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Webb et Hubble révèlent Saturne

Webb et Hubble révèlent Saturne

Par Guillaume P.

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Guillaume P.

Le 25 mars 2026, la NASA publie deux images de Saturne prises par Webb et Hubble. Même planète, deux télescopes, deux longueurs d'onde. Et le résultat claque.

Je suis tombé dessus hier soir en scrollant le site de la NASA, café froid à côté de l'écran. Le genre d'image qui te fait zoomer, re-zoomer, puis ouvrir un deuxième onglet pour comprendre ce que tu regardes vraiment. Parce que Saturne en infrarouge, c'est une planète qu'on ne reconnaît pas.

Pourquoi assembler les images de Webb et Hubble sur Saturne ?#

Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur Artemis II : 4 astronautes autour de la Lune, le compte à rebours f….

Webb a observé Saturne le 29 novembre 2024 avec son instrument NIRCam, la caméra proche infrarouge qui couvre de 0,6 à 5,0 µm. Quatre filtres utilisés : F164N, F212N, F430M et F470N. Hubble avait fait son observation plus tôt, le 22 août 2024, avec WFC3/UVIS en lumière visible (filtres F395N, F502N, F631N). Quatorze semaines séparent les deux clichés.

L'idée n'est pas nouvelle. Le programme OPAL de Hubble surveille les planètes géantes depuis 2014 et a produit plus de 60 publications. Sauf que cette fois, on ajoute Webb dans la boucle. Le temps d'observation Webb a été alloué en DDT (Director's Discretionary Time), ce qui veut dire que des scientifiques ont convaincu la direction du télescope que ça valait le coup de casser le planning. Amy Simon du NASA Goddard Space Flight Center et Michael Wong de UC Berkeley pilotent le projet.

En clair : on a maintenant une vue en visible ET en infrarouge de la même planète, à quelques semaines d'intervalle. C'est la combinaison la plus complète de Saturne à ce jour selon la NASA elle-même.

Qu'est-ce que l'infrarouge révèle sur Saturne que la lumière visible masque ?#

En lumière visible, Saturne est la carte postale qu'on connaît. Bandes nuageuses beiges, anneaux dorés, tout est lisse. En infrarouge avec Webb, la planète change de visage.

Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur Conjonction de quatre planètes en avril 2026 : le guide.

Les anneaux deviennent d'une luminosité intense. Normal : ils sont composés de glace d'eau qui réfléchit le rayonnement infrarouge bien mieux que la lumière visible. L'anneau B, le plus dense, ressort en premier. L'anneau F, plus ténu, apparaît aussi. Et les spokes, ces structures radiales éphémères dans les anneaux, sont visibles sur les deux images.

Sur le globe, le ribbon wave saute aux yeux. C'est un courant-jet ondulant qui traverse les latitudes moyennes nord. En visible, il est discret. En infrarouge, il découpe l'atmosphère comme une couture. La raison est thermique : le courant-jet crée des contrastes de température que NIRCam capte directement.

Il y a aussi la cicatrice de la Grande Tempête de 2010-2012. Cette tempête avait démarré le 5 décembre 2010 et ravagé l'hémisphère nord pendant des mois. En 2024, la tache persistante est encore là. Sur l'image Webb, elle est nette. Sur celle de Hubble, il faut savoir où chercher.

Pourquoi l'équinoxe de Saturne change ce qu'on peut mesurer ?#

Le pôle nord de Saturne abrite un truc que j'ai du mal à expliquer sans avoir l'air de délirer : un courant-jet hexagonal. Découvert par Voyager en 1981. Six côtés d'environ 14 500 km chacun, largeur totale de 29 000 km. Il est toujours là, quarante-cinq ans plus tard. Les deux télescopes le captent, chacun à sa manière.

Le contexte saisonnier rend ces observations encore plus intéressantes. Saturne a traversé son équinoxe le 6 mai 2025, marquant la transition entre l'été nord et l'automne. Les images Webb et Hubble datent d'avant cet équinoxe, pendant la fin de l'été septentrional. Ça veut dire qu'on dispose d'un point de référence juste avant le basculement saisonnier, et que les futures observations pourront mesurer les changements atmosphériques liés à ce cycle.

Sur ce point précis, j'aimerais voir ce que les mêmes filtres donneront dans deux ou trois ans côté hémisphère sud. Mais on n'y est pas encore.

Pourquoi voir six lunes dans le champ du télescope parle à tout le monde ?#

Sur un sujet proche, découvrez notre article : M101 : ce que Hubble et le Webb révèlent sur ses bras spiraux.

Les images ne montrent pas que Saturne. Six lunes sont identifiées dans le champ : Janus, Dione, Encelade, Mimas, Épiméthée et Titan. Saturne possède plus de 270 lunes confirmées, donc six c'est une fraction. Mais c'est suffisant pour donner de l'échelle.

Encelade, en particulier, intéresse tout le monde depuis que Cassini y a détecté des geysers (la sonde avait orbité Saturne du 1er juillet 2004 au 15 septembre 2017, après un lancement le 15 octobre 1997). Voir Encelade sur un cliché Webb, même en point lumineux, rappelle qu'il y a un océan sous cette croûte de glace, à 1,4 milliard de kilomètres du Soleil.

Pour ceux qui s'intéressent à ce que Webb révèle sur d'autres cibles, le télescope continue de produire des résultats sur les nébuleuses et objets profonds avec la même rigueur instrumentale. Et les données de cette campagne Saturne alimenteront aussi les équipes qui préparent les futures missions habitées au-delà de l'orbite terrestre.

En quoi combiner deux télescopes donne vraiment une vue en 3D ?#

Un télescope seul donne une image. Deux télescopes donnent une compréhension. Webb voit la chaleur, la composition chimique, les structures thermiques profondes. Hubble voit les nuages, les couleurs, les détails de surface en lumière réfléchie. Superposer les deux, c'est obtenir la version tridimensionnelle de l'atmosphère saturnienne.

Saturne fait 120 500 km de diamètre. Ses anneaux s'étendent sur 282 000 km avec une épaisseur d'à peine 10 mètres. Dix mètres. Pour un objet de 282 000 km de large. C'est comme si tu étalais une feuille de papier sur un terrain de foot, sauf que le terrain fait la taille d'un continent.

Les résultats de XRISM sur les vents galactiques montrent que la complémentarité entre instruments (rayons X, infrarouge, visible) est la tendance lourde de l'astrophysique actuelle. Saturne en est un cas d'école dans notre propre système solaire.

Webb et Hubble reverront-elles Saturne après l'équinoxe ?#

La question ouverte, c'est la suite du programme. OPAL continue avec Hubble. Webb a prouvé que le DDT sur Saturne valait le détour. Si les deux télescopes refont le même exercice post-équinoxe, on aura une base de comparaison saisonnière en multi-longueurs d'onde. Ça n'a jamais existé.

Cassini est mort en 2017. Il n'y a plus de sonde autour de Saturne. Webb et Hubble sont, pour l'instant, nos seuls yeux sur cette planète. Et ces images montrent qu'ils suffisent à poser les bonnes questions.

Sources#

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