Quatre planètes dans un mouchoir de poche, et la plupart des gens dormiront. Le vingt avril 2026, Mercure, Mars, Saturne et Neptune se retrouvent dans un champ d'environ deux degrés, soit moins que la largeur de votre pouce bras tendu. Sauf que Neptune, à magnitude 7,8, est invisible à l'œil nu. Autrement dit : sans jumelles, vous verrez trois planètes, pas quatre. Autant le savoir avant de mettre le réveil à cinq heures du matin.
Quand regarder#
La fenêtre d'observation se situe entre une heure et une heure trente avant le lever du soleil, soit grossièrement entre cinq heures et six heures trente heure locale en France métropolitaine. Mercure est très bas sur l'horizon est avant l'aube, donc chaque minute compte. Trop tôt, les planètes ne sont pas encore levées. Trop tard, le ciel s'éclaircit et Mercure disparaît dans la lueur solaire.
La date optimale, c'est le vingt avril. Ce jour-là, Mercure et Saturne passent à seulement vingt-sept arcminutes l'un de l'autre, soit moins que le diamètre apparent de la pleine Lune. Mars est quasiment superposé à Mercure en ascension droite, avec environ deux degrés d'écart en déclinaison. Neptune traîne à une vingtaine d'arcminutes à l'ouest.
Détail qui change tout : la nouvelle Lune tombe le dix-sept avril. Vous avez donc un ciel sans Lune du dix-sept au vingt-quatre avril. Fenêtre idéale.
Où regarder#
Plein est, horizon dégagé. C'est la contrainte la plus sous-estimée. Si vous avez des arbres, des immeubles, une colline à l'est, c'est terminé. Mercure ne monte jamais bien haut au-dessus de l'horizon, surtout depuis nos latitudes européennes. Le site EarthSky le confirme : la visibilité est meilleure depuis l'hémisphère sud en avril.
Pour ceux qui veulent les coordonnées exactes : les quatre planètes se trouvent dans la région des Poissons, entre RA zéro heure treize minutes et zéro heure trente-deux minutes. La frontière avec la constellation de la Baleine (Cetus) est proche, et In-The-Sky.org place d'ailleurs la conjonction Mercure-Saturne dans Cetus. Bref, on est à la frontière entre les deux constellations.
Si vous êtes du genre à vérifier les éphémérides vous-même (et je vous y encourage), j'ai passé un bon moment sur les tables JPL DE405 via Astropixels pour recouper les positions. Les données collent entre les deux sources, à quelques arcminutes près.
Avec quoi observer#
Là, soyons honnêtes, ça dépend de ce que vous voulez voir.
Mercure (magnitude moins zéro virgule trois) : visible à l'œil nu, brillant. Pas besoin de matériel. C'est même la planète la plus facile à repérer ce matin-là, à condition d'avoir l'horizon dégagé.
Saturne (magnitude zéro virgule huit) : visible à l'œil nu également. Pour apercevoir les anneaux, comptez un télescope de soixante millimètres minimum avec un grossissement de trente fois. Le diamètre apparent des anneaux tourne autour de seize secondes d'arc en avril.
Mars (magnitude un virgule deux) : visible à l'œil nu, mais ne vous attendez pas à un spectacle. Mars est loin de nous en ce moment, à environ deux virgule vingt-cinq unités astronomiques, avec un diamètre apparent de seulement quatre virgule une secondes d'arc. Un petit point orangé, rien de plus. La phase est quasi pleine, autour de quatre-vingt-dix-huit pour cent d'illumination.
Neptune (magnitude sept virgule huit) : invisible à l'œil nu. La limite de l'œil humain se situe autour de magnitude six virgule cinq. Il vous faut au minimum des jumelles dix fois cinquante, et même avec ça, Neptune restera un point indistinguable d'une étoile sans carte de champ précise. Un télescope de quatre-vingts millimètres ou plus permet de distinguer son disque, mais on parle d'un exercice pour observateurs expérimentés.
Pour les Lyrides qui arrivent deux jours plus tard, le vingt-deux avril, consultez notre guide d'observation des Lyrides pour maximiser votre nuit.
Ce que vous verrez exactement#
Imaginez un triangle aplati, bas sur l'horizon est. Mercure en bas à droite, le plus brillant. Saturne juste au-dessus, presque collé. Mars un peu plus haut, décalé d'environ deux degrés. Le tout tient dans le champ d'une paire de jumelles standard.
Et puis il y a Neptune, invisible mais présente, vingt arcminutes à l'ouest de ce trio. Si vous la pointez aux jumelles, vous ne la distinguerez probablement pas des étoiles de fond sans avoir préparé votre carte avant. C'est le genre de cible qui demande de la patience et une application de planétarium sur le téléphone, orientée vers le ciel en temps réel.
J'ai, je l'avoue, hésité à inclure Neptune dans le titre. Trois planètes visibles, une invisible : est-ce qu'on peut vraiment parler de "conjonction à quatre" ? Astronomiquement, oui, les quatre sont bien dans le même champ. Mais pour l'observateur lambda, c'est un trio. J'ai choisi l'honnêteté plutôt que le titre accrocheur.
Le bonus : une comète au périhélie#
Sur un sujet proche, découvrez notre article : Transit de Mercure 2032 : guide d'observation 13 novembre.
Comme si ce n'était pas assez, la comète C/2025 R3 (PANSTARRS) atteint son périhélie le dix-neuf avril, la veille de la conjonction, dans la même région du ciel. Visible à l'œil nu d'après In-The-Sky.org. Si les prévisions de luminosité se confirment, vous pourriez observer trois planètes et une comète dans la même séance d'aube.
Pour suivre l'actualité cométaire, notre article sur la fragmentation d'une comète observée par Hubble donne un aperçu de ce qui peut arriver quand une comète s'approche du Soleil.
Le contexte : Mercure au meilleur de sa forme#
Mercure a atteint son élongation maximale ouest le trois avril, à vingt-huit degrés du Soleil. C'est sa meilleure fenêtre de visibilité matinale de l'année. Sa magnitude passe de plus zéro virgule huit début avril à moins zéro virgule un fin avril : elle brille de plus en plus au fil du mois.
Saturne, de son côté, émerge progressivement dans le ciel du matin. Son élongation solaire passe de six degrés début avril à trente degrés fin avril. Autrement dit, début avril, Saturne est noyée dans le crépuscule. Fin avril, elle est bien dégagée. Le vingt avril, on est pile dans la zone de transition : visible, mais pas confortable. Il faut un horizon propre.
Si vous préparez déjà votre calendrier astronomique pour l'été, l'éclipse solaire totale du douze août 2026 sera l'événement majeur de l'année en Europe.
Résumé pratique#
Vingt avril 2026, entre cinq heures et six heures trente. Horizon est dégagé. Jumelles dix fois cinquante recommandées (indispensables pour Neptune). Trois planètes à l'œil nu, une aux jumelles, et peut-être une comète en prime. Nouvelle Lune trois jours avant : ciel noir garanti.
Le seul risque, c'est la météo. Et ça, aucun éphéméride ne peut le prédire.
Sources#
- In-The-Sky.org, conjonction Mercure-Saturne du 20 avril 2026 : https://in-the-sky.org/news.php?year=2026&month=4&day=20
- Astropixels, éphémérides Mercure 2026 (JPL DE405) : https://www.astropixels.com/ephemeris/planets/mercury2026.html
- Astropixels, éphémérides Saturne 2026 (JPL DE405) : https://www.astropixels.com/ephemeris/planets/saturn2026.html
- Astropixels, éphémérides Mars 2026 (JPL DE405) : https://www.astropixels.com/ephemeris/planets/mars2026.html
- Astropixels, éphémérides Neptune 2026 (JPL DE405) : https://www.astropixels.com/ephemeris/planets/neptune2026.html
- EarthSky, planètes visibles avril 2026 : https://earthsky.org/astronomy-essentials/visible-planets-tonight-mars-jupiter-venus-saturn-mercury/
- In-The-Sky.org, comète C/2025 R3 PANSTARRS : https://in-the-sky.org/news.php?year=2026&month=4&day=25





