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Phases de la Lune : comprendre et déduire le cycle lunaire

Phases de la Lune : comprendre et déduire le cycle lunaire

Par Julien P.

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Julien P.

Fred Espenak, à la NASA, a catalogué les lunaisons sur cinq mille ans. De cette compilation sort un chiffre que les pages de définition ne reprennent jamais : entre la lunaison la plus courte et la plus longue du catalogue, l'écart atteint 13 heures 48 minutes et 13 secondes. Le cycle de 29,5 jours qu'on récite pour expliquer les phases de la Lune n'est donc pas une constante gravée ; c'est une moyenne autour de laquelle la mécanique céleste respire.

Les phases de la Lune sont les portions du disque lunaire éclairées par le Soleil et visibles depuis la Terre. Elles se succèdent en huit étapes, de la nouvelle lune au dernier croissant, sur un cycle de 29,53059 jours en moyenne. Ce n'est pas l'ombre de la Terre qui les produit, mais l'angle sous lequel nous regardons.

Une phase, c'est une géométrie, pas une ombre#

L'IMCCE, qui calcule les éphémérides françaises, donne la définition la plus économe : la phase d'un corps désigne la portion du disque céleste illuminée par le Soleil et visible depuis la Terre. Le service de l'institut publie ce pourcentage jour par jour pour la Lune, mais aussi pour Mercure et Vénus, les deux planètes qui, comme elle, se placent parfois entre nous et le Soleil. Mars, Jupiter et Saturne, elles, ne nous montrent jamais qu'un disque plein ou légèrement gibbeux ; leur orbite ne leur permet pas de nous tourner le dos.

La NASA décrit le mécanisme en deux mouvements. Quand la Lune croît, son orbite fait entrer progressivement sa face jour dans notre champ de vision. Quand elle décroît, la portion éclairée que nous voyons rétrécit à mesure qu'elle s'éloigne du Soleil sur son orbite. Le terme « gibbeuse » désigne le moment où la majeure partie de cette face jour est visible.

Rien là-dedans ne fait intervenir la Terre. Notre planète projette bien une ombre, et cette ombre produit un phénomène spectaculaire, mais c'est un tout autre rendez-vous : celui de l'éclipse lunaire totale, comme celle de mars 2026 et de son cycle Saros. Les éclipses sont réglées par le mois draconique, le retour de la Lune au même nœud de son orbite, d'une durée moyenne de 27,21222 jours. Les phases, elles, suivent un tout autre compteur.

Le tableau des huit phases et son cadre de validité#

Avant de lire ce tableau, une précaution qui vaut pour tout ce qui suit. Ces descriptions de lever et de coucher sont les règles générales valables aux latitudes tempérées, France métropolitaine comprise, pour une Lune proche de l'équateur céleste. L'heure exacte de lever varie chaque jour, avec la latitude de l'observateur et avec la saison, exactement comme celle du Soleil. Aucune des sources institutionnelles consultées ne publie d'heure d'horloge universelle par phase, et pour cause : elle n'existe pas. Les positions ci-dessous sont relatives au Soleil, jamais absolues. Pour une heure précise à une date et un lieu donnés, il faut un calcul d'éphémérides.

PhaseNom anglais (NASA)Fraction éclairéeComportement dans le cielFenêtre de visibilité
Nouvelle luneNew Moonenviron 0 %Face visible entièrement dans l'ombre, la Lune est proche du Soleil dans le cielInvisible à l'œil nu, noyée dans la lumière du jour
Premier croissantWaxing Crescent1 à 49 %, en croissanceVisible vers le sud-ouest en début de soirée, se couche quelques heures après le SoleilDébut de soirée, bas sur l'horizon ouest
Premier quartierFirst Quarterenviron 50 %Visible haut dans le ciel sud en début de soiréeDébut et milieu de soirée
Gibbeuse croissanteWaxing Gibbous51 à 99 %, en croissanceVisible vers le sud-est en début de soirée, présente la majeure partie de la nuitSoirée et bonne partie de la nuit
Pleine luneFull Moonenviron 100 %Se lève au coucher du Soleil, haute au milieu de la nuitToute la nuit
Gibbeuse décroissanteWaning Gibbous99 à 51 %, en décroissanceSe lève après le coucher du Soleil, haute en seconde partie de nuit, encore au sud-ouest après le lever du SoleilFin de nuit et matinée
Dernier quartierThird Quarterenviron 50 %Se lève au milieu de la nuit, visible au sud après le lever du SoleilMilieu de nuit et matinée
Dernier croissantWaning Crescent49 à 1 %, en décroissanceBas sur l'horizon est avant le lever du SoleilFin de nuit, juste avant l'aube

Les valeurs de 0, 50 et 100 % découlent de la géométrie qui définit ces phases, avec un angle Soleil-Terre-Lune de 0, 90 et 180 degrés. Ce sont des repères de définition, pas des mesures constatées à heure fixe. Pour les phases intermédiaires, aucune source ne publie de table figée : croissant et gibbeuse sont des plages continues, et le pourcentage éclairé glisse d'un jour sur l'autre. Ceux qui ont lu notre guide sur la conjonction Lune-Vénus de juin 2026 ont vu un exemple daté de croissant à 11 %, calculé pour ce soir-là et pour lui seul.

Ce tableau, je l'ai reconstruit à partir des descriptions de la visualisation Dial-A-Moon de la NASA après avoir cherché en vain une table horaire propre. Il n'y en a pas. Les pages qui en affichent une inventent une précision que la mécanique orbitale ne permet pas.

Déduire la phase du jour sans ouvrir une application#

La méthode ne demande aucun outil ni application. Elle repose sur une seule donnée : la durée moyenne du mois synodique, 29,53059 jours, soit 29 jours 12 heures 44 minutes et 3 secondes, mesurés d'une nouvelle lune à la suivante.

  1. Choisissez une nouvelle lune datée dont vous êtes sûr : un calendrier lunaire, une éphéméride, ou votre propre note du soir où vous avez repéré le premier croissant à l'ouest.
  2. Comptez les jours écoulés depuis cette date, puis retranchez 29,53059 autant de fois que possible. Le reste vous donne votre position dans le cycle en cours.
  3. Traduisez ce reste en fraction de cycle. Au quart, vous êtes au premier quartier ; à la moitié, en pleine lune ; aux trois quarts, au dernier quartier. Entre ces bornes, croissant avant le premier quartier et gibbeuse après, en montant ; l'inverse en descendant.

La lecture visuelle complète le calcul et sert de contrôle. Dans l'hémisphère nord, une Lune dont le côté droit est éclairé est en train de croître, puisque sa face jour entre progressivement dans notre champ ; une Lune éclairée à gauche décroît. Si le calcul et le ciel se contredisent, c'est le ciel qui a raison, et votre date de départ qui était fausse.

Vient ensuite la marge d'erreur, et autant la donner franchement. La durée d'une lunaison s'écarte de sa moyenne de sept heures au maximum. En 2008, par exemple, elle est passée de 29 jours 6 heures 56 minutes le 3 juin à 29 jours 19 heures 33 minutes le 27 décembre. Ces écarts ne sont pas aléatoires : une lunaison est plus courte quand la nouvelle lune survient près du périgée, plus longue près de l'apogée, ce qui renvoie directement à la distance Terre-Lune et à son ellipse. Et ces écarts se cumulent d'une lunaison à l'autre. Conséquence pratique : la méthode identifie une phase, elle ne prédit pas une heure. Plus votre point de départ est ancien, plus le décalage grandit ; reprenez une nouvelle lune récente et le problème disparaît.

Pourquoi 29,53 jours et pas 27,32#

Le détail est ce qui m'a le plus surpris quand j'ai posé les deux nombres côte à côte. La Lune boucle un tour complet par rapport aux étoiles en 27,32166 jours, soit 27 jours 7 heures 43 minutes et 12 secondes : c'est le mois sidéral. Mais pendant ce temps, la Terre et la Lune ont avancé ensemble sur l'orbite terrestre autour du Soleil. Après un tour complet par rapport aux étoiles, la Lune doit donc poursuivre un peu plus loin sur son orbite pour retrouver le même alignement Soleil-Terre-Lune. Ce rattrapage d'environ 2,21 jours fait toute la différence entre le mois sidéral et le mois synodique.

Paradoxalement, c'est le nombre le moins pur des deux qui gouverne ce que nous voyons. Le mois sidéral décrit la Lune seule ; le mois synodique décrit un trio en mouvement, et c'est ce trio que nos yeux enregistrent.

Ce que le vocabulaire courant fait croire à tort#

La face cachée n'est pas la face sombre. Le Soleil illumine toujours la moitié de la Lune, l'autre moitié restant dans le noir, mais ce n'est pas toujours la même moitié qui nous est dérobée. Comme la Terre, la Lune a un côté jour et un côté nuit qui tournent avec elle. La face cachée est celle que nous ne voyons jamais depuis la Terre ; elle reçoit autant de lumière solaire que celle qui nous fait face.

Cette face invisible existe parce que la Lune est en rotation synchrone : sa rotation sur elle-même et sa révolution autour de la Terre sont verrouillées. Le verrouillage n'est pourtant pas parfaitement rigide. Les variations de vitesse orbitale font légèrement osciller notre satellite, un mouvement de torsion et de balancement que la NASA décrit joliment comme la possibilité de « jeter un œil par-dessus l'épaule de la Lune ». C'est la libration. Elle nous laisse voir un peu au-delà du bord visible, un peu plus de la moitié de la surface, sous des angles qui changent au fil du mois. Sur ce point, j'aurais aimé donner un pourcentage exact de surface accessible ; les sources institutionnelles que j'ai consultées ne le publient pas, et le chiffre qui circule ailleurs, je n'ai pas su remonter jusqu'à sa référence.

Dernière confusion, la plus tenace : la lumière cendrée. Ce halo grisâtre qui remplit la partie non éclairée d'un croissant n'est pas un reste d'éclairage solaire. C'est la lumière renvoyée par la surface de la Terre sur la face de la Lune. Nous éclairons notre satellite comme il nous éclaire, et le phénomène se voit surtout en phase de croissant, quand le contraste le permet.

Superlune et lune bleue ne sont pas des phases#

Le mot mérite d'être remis à sa place. « Superlune » n'est pas un terme astronomique officiel, la NASA le dit sans détour. L'usage désigne une pleine lune survenant à au moins 90 % du périgée. L'effet est mesurable : une superlune peut apparaître jusqu'à 14 % plus grande et 30 % plus lumineuse que la pleine lune la plus éloignée de l'année. Ces épisodes reviennent trois à quatre fois par an, toujours de façon consécutive, ce qui explique qu'on en annonce plusieurs de suite avant de n'en plus entendre parler pendant des mois. La superlune du 24 décembre 2026 en donnera une illustration datée.

Le Royal Observatory de Greenwich complète le vocabulaire par symétrie : quand c'est l'apogée qui coïncide avec une pleine lune, on parle de microlune. Quant à la « lune bleue », son histoire relève d'une erreur de lecture devenue définition, que nous avons racontée à propos de la lune bleue du 31 mai 2026. Aucun de ces trois mots ne décrit une phase supplémentaire. Ils qualifient une pleine lune particulière, par sa distance ou par sa position dans le calendrier.

Il reste une question que ce cycle pose sans y répondre. Nous avons décrit la Lune telle qu'elle nous apparaît, depuis un point d'observation qui se déplace lui aussi ; le mois synodique n'a de sens que vu de la Terre. Qu'observerait un habitant de Mars en levant les yeux vers Phobos, et quel calendrier en tirerait-il ?

Questions fréquentes#

Combien de temps dure un cycle lunaire complet ?#

29,53059 jours en moyenne, soit 29 jours 12 heures 44 minutes et 3 secondes, d'une nouvelle lune à la suivante. Cette valeur est une moyenne : selon la NASA, la durée réelle d'une lunaison s'écarte jusqu'à sept heures de cette moyenne, et l'écart extrême relevé sur cinq mille ans atteint 13 heures 48 minutes.

Comment savoir si la Lune croît ou décroît ?#

Regardez de quel côté se trouve la portion éclairée. Dans l'hémisphère nord, un croissant éclairé à droite correspond à une Lune croissante, dont la face jour entre progressivement dans notre champ de vision ; éclairé à gauche, il correspond à une Lune décroissante, qui s'éloigne du Soleil sur son orbite. L'heure d'observation donne un second indice, la Lune croissante étant une Lune de soirée.

La face cachée de la Lune est-elle toujours dans le noir ?#

Non. Le Soleil illumine en permanence la moitié de la Lune, mais ce n'est pas toujours la même moitié qui nous reste invisible. La face cachée connaît un jour et une nuit comme la Terre. Elle reçoit donc autant de lumière solaire que la face que nous voyons ; ce qui la définit, c'est son orientation par rapport à nous, pas son éclairage.

Pourquoi les calendriers lunaires ne donnent-ils pas les mêmes heures ?#

Parce qu'une heure de lever ou de coucher dépend de la latitude et de la saison, et qu'elle se calcule pour un lieu précis. Les règles générales de visibilité par phase restent valables aux latitudes tempérées, mais elles décrivent des positions relatives au Soleil. Un calendrier calé sur une autre ville que la vôtre affichera légitimement d'autres horaires.

Image d'illustration : croissant lunaire photographié depuis la Station spatiale internationale, NASA Johnson Space Center, image du domaine public selon la politique d'usage des images de la NASA.

Sources#

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