356 740 kilomètres. C'est la distance qui séparera la Terre de la Lune dans la nuit du 24 décembre 2026, à 01h28 UTC (02h28 à Paris). La superlune du 24 décembre 2026 sera la plus proche et la plus grande de l'année, et elle tombe pile la nuit de Noël. De quoi nourrir tous les titres racoleurs des prochains mois.
Autant le dire tout de suite : vous verrez une belle pleine Lune. Pas un disque géant qui écrase l'horizon. La différence existe, elle est mesurable, mais elle reste bien plus modeste que ce que le mot « superlune » laisse croire. Voici les chiffres, et ce qu'ils valent vraiment.
356 650 km au périgée : la plus proche des trois de 2026#
Trois superlunes cette année. Le 3 janvier à 362 312 km, le 24 novembre à 360 768 km, et celle du 24 décembre à 356 740 km. Classement sans appel : la dernière gagne. C'est aussi la nuit où la Lune frôle son périgée annuel, le point le plus proche de son orbite (24 décembre, 08h30 UTC, 356 650 km, minimum de 2026).
La pleine Lune et le périgée tombent donc à quelques heures d'écart. C'est exactement ce qui définit une superlune : la coïncidence entre la phase pleine et le passage au plus près. Rien de magique, juste deux horloges orbitales qui s'alignent.
Pour situer : la distance moyenne Terre-Lune est de 384 400 km. Deux semaines plus tôt, le 11 décembre, la Lune était à l'apogée, 406 421 km. Écart entre les deux extrêmes du mois : près de 49 771 km. L'orbite lunaire n'est pas un cercle, c'est une ellipse, et cette excentricité fait tout le spectacle.
+7 %, pas +14 % : l'erreur que tout le monde recopie#
Voilà où ça se complique, et où la plupart des articles se plantent. Deux comparaisons circulent, et on les mélange en permanence.
Comparaison n°1, la bonne pour une superlune : face à une pleine Lune moyenne, une superlune gagne environ 7 % de diamètre apparent et 15 % de luminosité (source NASA). C'est ça, la vraie mesure de ce que vous verrez le 24 décembre.
Comparaison n°2, celle qu'on vous ressort à tort : entre le périgée le plus proche et l'apogée le plus lointain de l'année, l'écart grimpe à 14 % de diamètre et 30 % de luminosité. Impressionnant, sauf que ça compare deux extrêmes qui ne se produisent jamais côte à côte. Personne ne voit une superlune et une microlune dans la même seconde.
Les 7 % et 15 %, c'est votre superlune. Les 14 % et 30 %, c'est un écart théorique entre deux nuits séparées de deux semaines. Confondre les deux, c'est comme comparer la conso d'une voiture à l'arrêt et à pleine charge, puis annoncer l'écart comme sa consommation normale. Techniquement vrai, pratiquement trompeur.
Et là, la mauvaise nouvelle pour les 7 % : à l'œil nu, sans point de comparaison, c'est quasi indétectable. La BBC Sky at Night Magazine et la Cité de l'Espace le confirment, un écart de 7 à 14 % ne se discerne pas sans photo de référence côte à côte. Notre œil n'a pas de règle graduée dans le ciel. J'ai fait le test avec la Lune bleue microlune du 31 mai : superposées, les deux disques trahissent l'écart. Isolées une nuit sur l'autre, mon cerveau n'a rien vu.
Le seul moyen honnête de constater la différence, c'est l'objectif. Photographiez la Lune du 24 décembre avec le même matériel et le même cadrage qu'une pleine Lune ordinaire, superposez, et là les 7 % sautent aux yeux. Un guide pour ça : photographier la Lune au smartphone ou au reflex.
Un mot d'astrologue, pas d'astronome#
Petit détail que le marketing oublie de préciser : « superlune » n'est pas un terme astronomique. Il a été forgé en 1979 par Richard Nolle, un astrologue, dans le magazine Dell Horoscope, à partir d'une publication de Fergus Wood pour la NOAA en 1976. Les astronomes, eux, parlent de « périgée-syzygie ». Moins vendeur, je vous l'accorde.
Ça n'enlève rien à la réalité du phénomène, la Lune est bel et bien plus proche. Mais ça éclaire l'emballement médiatique. Un mot né dans une rubrique horoscope a plus de punch commercial que « pleine Lune au périgée ». C'est le même réflexe qui rebaptise une itération correcte en « révolution ». J'ai vu assez de fiches techniques gonflées pour reconnaître le procédé.
Autre légende à évacuer : non, une superlune ne déclenche ni séisme ni éruption. Aucun lien établi, quoi qu'en disent les prophètes de catastrophes à chaque périgée.
L'illusion lunaire, l'autre malentendu#
Il y a un moment où la Lune paraît réellement énorme : quand elle se lève à l'horizon. Sauf que ça n'a rien à voir avec la superlune. C'est l'illusion lunaire, un effet psychologique (l'effet Ponzo) où le cerveau surestime la taille d'un astre bas sur l'horizon, à côté d'arbres et de bâtiments. Mesurée, la Lune fait exactement la même taille au zénith. La distance Terre-Lune n'y change rien.
Le 24 décembre, les deux effets se cumulent : une Lune déjà au plus proche, observée au moment de son lever. C'est là qu'elle vous paraîtra la plus imposante. Pas parce qu'elle est physiquement plus grosse à cet instant, mais parce que votre cerveau vous ment. Le meilleur des deux mondes, en quelque sorte.
Les marées passent à la caisse#
La superlune a un effet bien réel, et il n'est pas dans le ciel mais sur les côtes. Quand Soleil, Terre et Lune s'alignent (syzygie) et que la Lune est au plus proche, l'attraction combinée gonfle les marées. Selon point-maree.fr (données dérivées du SHOM), de grandes marées sont attendues du 24 au 27 décembre 2026, avec un coefficient maximal de 99 le 26 décembre, en référence à Brest. Les pêcheurs à pied, eux, ne se trompent jamais de superlune : ils regardent le coefficient, pas les titres.
Détail pour les curieux de mécanique orbitale : la Lune s'éloigne de nous de 3,8 cm par an. Les superlunes d'aujourd'hui sont donc, à très long terme, un peu moins « super » que celles de nos lointains ancêtres. Rien qui change votre nuit de Noël.
Mon verdict d'observateur#
Ce que vous verrez le 24 décembre : une pleine Lune franchement lumineuse, la plus proche de 2026, baptisée « Cold Moon » (un nom d'origine mohawk pour la pleine Lune de décembre). Pas un disque monstrueux. Un beau prétexte pour sortir couvert, lever les yeux, et accessoirement noyer les faibles météores de fin d'année, pour ceux qui espéraient encore les Géminides.
Mon conseil, sans détour : ne surchargez pas d'attentes. Regardez-la se lever à l'est en début de nuit, c'est là qu'elle donne son meilleur, illusion lunaire comprise. Et si vous voulez vraiment prouver qu'elle est plus grande, sortez l'appareil photo. L'œil, lui, se contentera d'une jolie Lune de Noël. Ce qui, honnêtement, suffit largement.
Image d'illustration : superlune photographiée par la NASA. Crédit : NASA/Bill Ingalls (domaine public).
Sources#
- Astropixels (Fred Espenak), "Full Moon at Perigee 2001-2100" : https://astropixels.com/ephemeris/moon/fullperigee2001.html
- Astropixels (Fred Espenak), "Moon at Perigee and Apogee 2001-2100" : https://astropixels.com/ephemeris/moon/moonperap2001.html
- NASA Science, "Supermoons" : https://science.nasa.gov/moon/supermoons/
- BBC Sky at Night Magazine, "Supermoons 2026" : https://www.skyatnightmagazine.com/advice/supermoons-2026
- Wikipedia, "Supermoon" : https://en.wikipedia.org/wiki/Supermoon
- Cité de l'Espace, "La super lune, c'est quoi ?" : https://www.cite-espace.com/centre_ressources/la-super-lune-cest-quoi/
- point-maree.fr, "Grandes marées 2026" : https://point-maree.fr/blog/grandes-marees-2026/
- StarWalk, "Full Moon December" : https://starwalk.space/en/news/full-moon-december





