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Distance Terre-Lune : périgée, apogée et vrais chiffres

Distance Terre-Lune : périgée, apogée et vrais chiffres

Par Guillaume P.

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Guillaume P.

384 400 kilomètres. C'est le chiffre qu'on récite pour la distance Terre-Lune, et il est juste. Le problème, c'est qu'il ne dit presque rien. La Lune ne tourne pas sur un cercle, elle décrit une ellipse, et sa distance à la Terre change tous les jours. La plupart des sites de calendrier lunaire vous balancent une seule valeur sans jamais préciser si c'est une moyenne, un record ou la position du moment. Résultat : tout le monde confond. Alors reprenons les chiffres des agences, NASA et ESA en tête.

En moyenne, la Lune se tient à 384 400 km de la Terre, selon le CNES. Mais son orbite est elliptique : elle descend jusqu'à 363 396 km au périgée moyen et grimpe à 405 504 km à l'apogée moyen. Les records absolus sur 5000 ans, eux, vont de 356 355 à 406 725 km d'après la NASA. Trois nombres, trois réalités différentes.

Quelle est la vraie distance entre la Terre et la Lune ?#

Ça dépend du jour, et surtout de ce que vous appelez « distance ». Il faut séparer deux choses que presque personne ne distingue : la valeur mensuelle typique et le record historique.

Chaque mois, la Lune passe par un point le plus proche (le périgée) et un point le plus lointain (l'apogée). Ces valeurs bougent d'un cycle à l'autre. La NASA, via le catalogue de Fred Espenak sur 5000 ans, donne des moyennes et des extrêmes. Voici les deux à côté :

PositionValeur moyenne mensuelle (NASA)Record extrême sur 5000 ans (NASA)
Périgée (au plus près)363 396 km356 355 km
Distance moyenne384 400 km (CNES)sans objet
Apogée (au plus loin)405 504 km406 725 km

La colonne de droite, c'est le plus proche et le plus loin que la Lune puisse atteindre. La colonne du milieu, c'est ce que vous verrez la plupart des mois. Le périgée d'un mois donné peut d'ailleurs remonter jusqu'à 370 399 km selon la phase : autrement dit, tous les périgées ne se valent pas. Confondre le record de 356 355 km avec le périgée du mois, c'est l'erreur numéro un.

L'ESA recoupe la NASA de façon indépendante : elle cite 356 400 km au plus près et 406 700 km au plus loin. Deux agences, des méthodes différentes, des chiffres qui collent à quelques centaines de mètres près. Quand deux sources primaires s'accordent comme ça, on peut y aller les yeux fermés. Ces valeurs d'apogée servent de repère jusque dans les missions habitées, comme le record de distance battu au retour d'Artemis II.

Pourquoi cette danse ? Parce que l'orbite lunaire a une excentricité moyenne de 0,0549, une ellipse légèrement aplatie (sur 5000 ans, cette excentricité oscille entre 0,0255 et 0,0775 au périgée). Le cycle complet périgée-apogée-périgée dure environ 27,55 jours, ce qu'on appelle le mois anomalistique.

Un exemple daté pour ancrer tout ça. En juin 2024, l'IMCCE a mesuré la Lune à 368 102 km le 2 juin (près du périgée), puis à 404 077 km le 14 juin (à l'apogée), et de nouveau à 369 286 km le 27 juin. Trois valeurs réelles en un seul mois, toutes comprises entre les records. C'est ça, la réalité du terrain : la distance Terre-Lune est une fourchette qui respire, pas un nombre gravé.

Pourquoi la Lune s'éloigne de 3,8 cm par an ?#

Petit détail que les tableaux de calendrier n'affichent jamais : la Lune se barre. Lentement, mais elle se barre. La NASA/JPL mesure un éloignement d'environ 3,8 cm par an. L'ESA, de son côté, arrondit à environ 4 cm par an. Même ordre de grandeur, deux sources qui convergent.

La méthode est ce qu'il y a de plus solide en astronomie. Les missions Apollo ont déposé des rétroréflecteurs sur la surface lunaire. On tire un laser depuis la Terre, il rebondit dessus, on chronomètre l'aller-retour. La précision atteint mieux qu'une partie sur dix milliards. À ce niveau, on ne discute plus l'ordre de grandeur.

Ce même éloignement explique, sur le très long terme, pourquoi la Lune garde encore de la glace d'eau piégée dans ses cratères polaires : un corps qui s'éloigne conserve ses réservoirs. Ce chiffre a même été révisé. En 1989, la NASA/JPL annonçait 3,7 cm par an, sur la base de 20 ans de données depuis Apollo 11. Dix ans plus tard, avec plus de trois décennies de mesures, la valeur est passée à 3,8 cm par an. Un centième de centimètre, ça peut sembler ridicule, mais ça montre le sérieux du suivi. Au passage, la distance moyenne de référence est elle aussi descendue de 385 000 km (arrondi de 1989) à 384 400 km aujourd'hui : les éphémérides s'affinent en continu.

Sur ce point, j'ai une réserve honnête : je n'ai trouvé aucune valeur d'excentricité orbitale ponctuelle sourcée pour 2026. La plage historique existe, la valeur du moment précis, non. Je préfère le dire que broder.

Superlune et marées : la distance change-t-elle quelque chose ?#

Oui, mais pas comme la presse le raconte. Quand la pleine lune tombe près du périgée, on a une superlune. Terme grand public, d'ailleurs : les astronomes préfèrent parler de « perigee-syzygy » du système Terre-Lune-Soleil, moins vendeur mais plus exact.

L'effet visuel est réel. Selon la NASA et l'ESA, une superlune apparaît jusqu'à 14 % plus grande en diamètre et 30 % plus lumineuse que la plus petite pleine lune de l'année. À l'œil nu, l'écart de taille est difficile à percevoir, mais le surcroît de luminosité, lui, se remarque (et se capte bien en photographiant la Lune, du smartphone au reflex). Si vous voulez la voir dans les meilleures conditions, la superlune du 24 décembre 2026 sera la plus proche de l'année. À l'opposé, une pleine lune à l'apogée donne une microlune, comme celle du 31 mai 2026.

Côté marées, il faut calmer le jeu. Chaque fois qu'une superlune fait la une, un client ou un pote me sort que la mer va tout engloutir. Non. La NOAA documente des marées de périgée-syzygie 6 à 8 fois par an, plus hautes de jusqu'à plus de 30 cm (un pied) qu'une marée d'apogée. C'est mesurable, ce n'est pas cataclysmique. Le seul vrai risque, c'est le cumul : une de ces grandes marées qui tombe pile pendant une tempête. Là, l'inondation côtière peut mordre. Sans tempête, c'est un joli coefficient, rien de plus.

Questions fréquentes#

À quelle distance est la Lune en ce moment ?#

Impossible de donner un chiffre unique valable en permanence : la distance change chaque jour au fil du cycle d'environ 27,55 jours. Elle reste comprise entre le périgée (autour de 363 396 km en moyenne) et l'apogée (autour de 405 504 km), avec une moyenne de 384 400 km. Pour la valeur d'un jour précis, il faut une source d'éphémérides comme l'IMCCE.

Périgée et apogée, quelle est la différence ?#

Le périgée est le point de l'orbite où la Lune est au plus près de la Terre, l'apogée le point où elle est au plus loin. Sur une valeur moyenne, la NASA donne 363 396 km au périgée et 405 504 km à l'apogée. L'écart, plus de 40 000 km, explique pourquoi la Lune ne paraît jamais tout à fait de la même taille.

La superlune est-elle vraiment plus grosse ?#

Un peu. Selon la NASA et l'ESA, elle est jusqu'à 14 % plus grande en diamètre apparent et 30 % plus lumineuse que la plus petite pleine lune de l'année. La différence de taille passe presque inaperçue à l'œil nu d'une fois sur l'autre, mais la Lune est nettement plus éclatante lors d'une superlune.

Pourquoi les sites de calendrier lunaire donnent des chiffres différents ?#

Parce qu'ils affichent souvent une seule valeur sans dire laquelle : moyenne, record ou position du jour. Un site peut citer 356 355 km (le record de proximité sur 5000 ans), un autre 363 396 km (le périgée moyen), un troisième la distance d'un événement daté. Ce sont tous des chiffres corrects, mais ils ne parlent pas de la même chose. D'où la confusion.

Image : Pleine lune au périgée (supermoon) : Credit: NASA/Bill Ingalls, domaine public

Sources#

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