ZHR nominal de 10 météores par heure. Lune gibbeuse à 94 % d'illumination au moment du pic. Faites le calcul : les Ursides 2026 vont finir mangées par la lumière. C'est le dernier essaim de l'année, il culmine le 22 décembre, et sur le papier, il n'a aucune chance.
Je pose le verdict tout de suite, ça évitera à personne de programmer un réveil à 3h du matin pour rien. Les Ursides sont un essaim mineur en temps normal, actif du 17 au 26 décembre selon le calendrier de l'International Meteor Organization. Dix filantes à l'heure dans les meilleures conditions, avec un ciel parfaitement noir et le radiant au zénith. Retirez de ce budget déjà maigre tout ce qu'une Lune presque pleine efface, et il ne reste pas grand-chose.
La Lune à 94 % règle le match#
Le problème n'est pas discutable. La pleine Lune de décembre tombe le 24, deux jours après le pic. Le 22 au soir, notre satellite affiche donc entre 94 % (calcul EarthSky) et 99 % d'illumination (In-The-Sky.org selon le lieu) : une Lune gibbeuse croissante qui reste au-dessus de l'horizon quasiment toute la nuit.
Concrètement, un ciel lavé de lumière ne laisse passer que les météores les plus brillants. Or les Ursides sont un essaim riche en filantes faibles. Le fond de ciel noyé, vous perdez la majorité du flux. Les modèles professionnels sont formels : aucun sursaut n'est prédit pour 2026. On part donc d'un ZHR de 10 déjà modeste, amputé par la Lune. Mon verdict : mauvaise année, point.
Ça me rappelle les Éta Aquariides sous une Lune gibbeuse, même configuration défavorable, même frustration. Certaines années, le ciel ne coopère pas, et aucun conseil d'observation ne rattrape ça.
Ce que sont vraiment les Ursides#
Le radiant se situe près de l'étoile Kochab, dans la Petite Ourse, tout près de la Polaire. Détail qui compte : à nos latitudes, ce coin de ciel est circumpolaire. Le radiant ne se couche jamais, l'essaim reste théoriquement observable toute la nuit dans l'hémisphère nord. C'est d'ailleurs un phénomène strictement boréal : au sud, le radiant ne monte pas assez pour donner quoi que ce soit.
Les filantes entrent dans l'atmosphère à environ 33 km/s. Vitesse moyenne, ni traînardes comme les Taurides ni fulgurantes comme les Léonides.
La comète parente, c'est 8P/Tuttle, une période orbitale d'environ 13,6 ans. Elle a été repérée le 9 janvier 1790 par Pierre Méchain depuis Paris, puis reconnue comme périodique par Horace Tuttle en 1858. Chaque passage, elle sème les poussières que la Terre traverse fin décembre.
Sursauts : trois vrais, deux surestimés#
C'est là que les Ursides deviennent intéressantes, et c'est là qu'on lit le plus de bêtises. On voit régulièrement traîner une liste de « sursauts » qui mélange tout. Remettons les compteurs à l'endroit.
Trois sursauts majeurs sont réellement documentés. Le premier, en 1945, c'est carrément l'acte de naissance de l'essaim : Antonín Bečvář l'observe depuis l'observatoire de Skalnaté Pleso, en Slovaquie. Le taux brut rapporté à l'époque était spectaculaire, mais la réanalyse scientifique de Zdeněk Ceplecha en 1951 l'a ramené à environ 48 météores par heure. Déjà largement au-dessus du niveau habituel. Rebelote en 1986, avec un pic autour de 90 à l'heure. Puis en 2000, un sursaut prédit à l'avance.
Le mécanisme est élégant. Une partie des poussières de 8P/Tuttle est piégée dans une résonance orbitale 6:7 avec Jupiter, sur une orbite légèrement plus longue que celle de la comète. Il faut environ 600 ans pour que cette poussière migre vers l'orbite terrestre. Ce n'est pas propre aux Ursides : 55P/Tempel-Tuttle, la parente des Léonides, et 109P/Swift-Tuttle, celle des Perséides, présentent le même genre de filament résonant.
Maintenant les deux cas surestimés. 2006 : on lit parfois que c'était un sursaut. Faux. Le ZHR observé plafonnait à 15 plus ou moins 5, contre moins de 10 en temps normal. Une activité un peu renforcée, rien de comparable à 1945 ou 2000.
2007, c'est plus subtil, et honnêtement, sur ce cas précis, je reste prudent. Un sursaut fort avait été prédit par les professionnels, avec un ZHR attendu de 40 à 80 à l'heure. Sauf qu'une quasi-pleine Lune gênait l'observation, exactement comme en 2026. Les auteurs de la prédiction le signalaient eux-mêmes. Résultat : les sources disponibles n'ont jamais confirmé que le sursaut annoncé s'était réellement produit à ce niveau. Prédiction forte, confirmation absente. On ne peut donc pas ranger 2007 dans la même case que les trois vrais.
Une source secondaire évoque un léger renforcement possible le 22 décembre 2026 vers 14h UTC, jusqu'à 20 filantes à l'heure. À prendre avec des pincettes : ce chiffre ne figure pas dans le document officiel de l'IMO, et de toute façon la Lune rendrait la chose imperceptible.
Ne les confondez pas avec les Géminides#
Piège classique du mois : huit jours avant les Ursides, les Géminides atteignent leur maximum le 14 décembre, avec un ZHR de 150. Sans commune mesure. Et leur corps parent n'est même pas une comète, mais l'astéroïde 3200 Phaethon. Si vous ne devez sortir qu'une nuit de décembre pour des étoiles filantes, c'est mi-décembre pour les Géminides, pas le 22 pour les Ursides. Le solstice tombe le 21 décembre à 20h50 UTC : les Ursides culminent donc juste après la nuit la plus longue de l'année, jolie coïncidence, mauvais timing lunaire.
Pour qui ?#
Trois profils, un verdict par profil.
L'observateur du dimanche : passez votre tour. Sous cette Lune, vous verrez trois filantes en deux heures de froid mordant, et vous rentrerez déçu. Gardez votre énergie pour les Géminides.
Le compteur assidu, celui qui envoie ses données à l'IMO : là oui, ça vaut le coup. Chaque année sans sursaut construit la ligne de base qui rendra le prochain détectable. Le radiant circumpolaire vous laisse toute la nuit, visez le pic autour de 21h-22h UTC selon les modèles, et éloignez la Lune de votre champ de vision.
Le curieux qui veut juste tenter : un site sombre change tout, même contre la Lune. Un coin loin des lampadaires, repéré via une carte de pollution lumineuse, et un peu de patience. Vous ne battrez aucun record, mais une Urside isolée qui traverse le ciel du solstice, ça se mérite.
Mon avis final : 2026 n'est pas l'année des Ursides. La prochaine fenêtre correcte se jouera quand la Lune décidera de coopérer. Pour cette fois, elle a choisi son camp.
Sources#
- IMO, 2026 Meteor Shower Calendar (Table 5, Table 4)
- Jenniskens et al., WGN 35:6 (2007), Strong Ursid shower predicted for 2007 December 22
- EarthSky, Ursid meteor shower active around winter solstice
- American Meteor Society, Viewing the Ursid meteor shower
- Wikipedia, 8P/Tuttle
- The Old Farmer's Almanac, Full Cold Moon December
- In-The-Sky.org, Ursid meteor shower 2026





