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Les Pléiades (M45) : combien d'étoiles voyez-vous ?

Les Pléiades (M45) : combien d'étoiles voyez-vous ?

Par Guillaume P.

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Guillaume P.

Vous les avez déjà vues sans le savoir. Cette petite tache floue en forme de mini-casserole, haute dans le ciel d'automne et d'hiver, que la moitié des gens prend pour la Petite Ourse : ce sont les Pléiades. L'amas ouvert M45, dans la constellation du Taureau, « les Sept Sœurs » de leur surnom. Magnitude 1,6, c'est l'un des objets du ciel profond les plus brillants qui soient. Et pourtant, posez la vraie question à dix personnes qui les regardent : combien d'étoiles vous comptez, là ? Les réponses vont partir dans tous les sens. C'est exactement le sujet.

Combien d'étoiles, vraiment ?#

Le nom promet sept sœurs. La réalité de l'œil nu est plus nuancée, et c'est là que ça devient intéressant. Depuis une ville, sous les lampadaires, vous en tirerez péniblement quatre ou cinq. Sous un ciel de campagne correct, six à sept, ce qui colle au surnom. Et sous un ciel vraiment noir, en montagne ou dans un désert, un œil entraîné peut en distinguer jusqu'à une douzaine, parfois quatorze en conditions exceptionnelles.

Retenez la fourchette, jamais un chiffre unique : entre six et quatorze selon votre ciel et votre acuité. Parce que c'est justement l'intérêt de la cible. Le nombre d'étoiles que vous arrachez aux Pléiades est un thermomètre de votre pollution lumineuse. Pas besoin de sortir une carte de Bortle, l'amas vous la donne gratis. Merope, la magnitude 4,17, est la plus coriace des sept historiques : le jour où vous la tenez sans effort, votre ciel est bon.

La solution évidente si vous plafonnez à quatre étoiles : changer de ciel, pas de matériel. J'ai décortiqué l'échelle de Bortle et les sites de ciel noir en France dans un autre papier, ça vaut mieux qu'un gros télescope posé sur un balcon éclairé. Et si l'histoire des magnitudes vous embrouille, comment lire la magnitude d'un astre remet les idées en place.

Les jumelles : là où l'amas explose#

Voilà le verdict qui surprend tout le monde : sur les Pléiades, les jumelles battent le télescope. Pas « font aussi bien ». Battent.

L'amas s'étale sur environ 2 degrés, soit à peu près quatre fois le diamètre apparent de la pleine Lune. C'est énorme. Un télescope, même à faible grossissement, ne rentre pas tout ça dans son champ : vous zoomez dans un coin et vous perdez la forme d'ensemble, celle qui fait justement le charme du bijou. Les jumelles, elles, embrassent le tout d'un coup.

Une paire de 7x35 à 10x50 est parfaite. C'est le point de bascule : là où l'œil nu vous donne six étoiles, les jumelles en révèlent des dizaines, et le fond de champ se met à grouiller de petits points. Parce que derrière les têtes d'affiche, l'amas compte plus de mille étoiles confirmées, réparties sur environ treize années-lumière. Alcyone, la plus brillante à la magnitude 2,86, ancre le groupe ; Pleione, variable, joue les capricieuses. Si vous ne savez pas quelle paire acheter, mon guide d'achat des jumelles détaille les deux chiffres qui comptent, la pupille de sortie et le poids.

Au Japon, les Pléiades portent un autre nom : Subaru, « se réunir ». Oui, le logo du constructeur automobile, six étoiles bleues sur fond ovale. Vous ne regarderez plus une berline pareillement.

La nébulosité, le vrai défi#

C'est le graal des Pléiades, et le piège à débutant. Sur les belles photos, les étoiles baignent dans un voile bleu électrique : ce sont les nébuleuses par réflexion NGC 1432 et NGC 1435, de la poussière interstellaire que l'amas traverse et qui diffuse la lumière bleue des jeunes étoiles chaudes.

Le problème : à l'œil nu ou aux jumelles, vous ne verrez rien de ce voile. Rien. Il faut un télescope d'au moins six pouces d'ouverture, soit 152 millimètres, sous un ciel très sombre et à faible grossissement, et même là ça reste une lueur laiteuse ténue qu'on soupçonne plus qu'on ne voit. Honnêtement, sur ce point j'ai longtemps douté de moi avant de comprendre que ce n'était pas mon œil le problème, mais la nature même de l'objet. La couleur saturée des images, elle, n'existe qu'en pose longue sur un capteur. Ne partez pas déçu si votre oculaire ne la restitue pas : personne ne la voit vraiment en direct.

Donc si vous sortez le tube quand même, une règle : bridez le grossissement. Réfracteur court de 80 à 120 millimètres ou Dobson avec un oculaire grand champ de deux pouces, on cherche le champ large, pas le zoom. Pour comprendre ce que change réellement le diamètre, j'en parle dans le comparatif réfracteur, réflecteur et Dobson.

Ne les confondez pas avec le Double Amas#

Piège classique de l'automne : Pléiades et Double Amas de Persée, ce n'est pas la même chose. Le Double Amas, ce sont deux essaims jumeaux et compacts à environ 7 500 années-lumière dans Persée. Les Pléiades, c'est un amas unique, dix-sept fois plus proche à quelque 444 années-lumière, et nettement plus brillant. Vous les repérez dans le Taureau, pas dans Persée. Deux cibles, deux ambiances, la même nuit d'hiver si vous enchaînez.

Un mot sur cette distance, parce que c'est un chiffre où les sources se sont longtemps chamaillées : les anciennes mesures balançaient entre 390 et 460 années-lumière. Le consensus récent, appuyé par les données Gaia de l'ESA, se cale autour de 444 années-lumière. Retenez l'ordre de grandeur, pas la décimale.

Quand les regarder#

Rien de compliqué. Les Pléiades sont une cible d'automne et d'hiver, visibles d'octobre à février. Elles culminent au plus haut, plein sud et au meilleur de leur éclat, vers minuit autour du 21 novembre, et restent observables toute la nuit en novembre et décembre. Un amas vieux d'environ cent millions d'années, jeune à l'échelle cosmique, que Galilée fut le premier à pointer à la lunette en 1610, et que des générations avant lui admiraient déjà à l'œil nu.

En clair : commencez à l'œil nu, comptez vos étoiles, prenez vos jumelles, et gardez le télescope pour le jour où vous aurez un vrai ciel noir et l'envie de chasser un fantôme bleu. Dans cet ordre. C'est la seule façon de ne pas être déçu par l'un des plus beaux objets du ciel.

Image d'en-tête : l'amas ouvert des Pléiades (M45) dans le Taureau. Crédit : NASA/JPL-Caltech (Spitzer), domaine public.

Sources#

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