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Lumière zodiacale : quand et comment l'observer à l'œil nu

Lumière zodiacale : quand et comment l'observer à l'œil nu

Par Guillaume P.

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Guillaume P.

La plupart des pages qui parlent de lumière zodiacale s'arrêtent à la définition : de la poussière interplanétaire qui réfléchit la lumière du Soleil sur le plan de l'écliptique. Point. Aucune ne vous dit à quelle date sortir, combien de temps patienter après le coucher du Soleil, ni comment ne pas confondre ce cône de lumière avec les dernières braises du crépuscule. C'est ce protocole-là qui manque, alors le voici.

En France, la lumière zodiacale se cherche le soir entre fin février et début mai, horizon ouest, environ 90 minutes après le coucher du Soleil, ou le matin entre fin août et début novembre, horizon est, jusqu'à une heure avant l'aube. Meilleure fenêtre : autour des équinoxes de mars et de septembre, sous un ciel Bortle 3 ou plus sombre.

Les deux fenêtres, et pourquoi les équinoxes gagnent#

Au printemps, la fenêtre court de fin février à début mai. On regarde vers l'ouest, le soir, environ 90 minutes après le coucher du Soleil, selon EarthSky. Sky at Night Magazine confirme le même chiffre de façon indépendante : la meilleure période se situe dans une fenêtre de 90 minutes qui débute 90 minutes après le coucher du Soleil. Le cône reste visible jusqu'à environ une heure après la fin du crépuscule.

À l'automne, la fenêtre s'étend de fin août à début novembre. On regarde vers l'est, le matin cette fois, jusqu'à environ une heure avant l'aube.

L'IMCCE, à l'Observatoire de Paris, confirme ces repères pour un observateur français et affine le délai du soir : mars-avril, horizon ouest, environ une heure et demie après le coucher du Soleil. Même chiffre, dit autrement.

Pourquoi les équinoxes l'emportent sur le reste de l'année ? Autour des équinoxes de mars et de septembre, l'écliptique, le plan sur lequel s'aligne la poussière responsable du phénomène, se redresse par rapport à l'horizon du soir ou du matin selon la saison. Le cône de lumière devient plus vertical, donc plus facile à repérer avant qu'il ne se noie dans le halo urbain.

Deux conditions ferment la liste. Une nuit sans Lune d'abord, sans quoi la lueur lunaire écrase le phénomène. Un ciel absolument pur, sans brume ni cirrus, avec un horizon bien dégagé dans la direction visée, précise l'IMCCE. En France, la pollution lumineuse rend cette observation de plus en plus difficile, et les meilleures chances se trouvent en altitude, sous le ciel plus noir des zones de montagne. Avant de planifier une sortie, vérifiez la classe Bortle de votre région : le reste du protocole ne sert à rien sous un ciel trop pollué.

Le test qui évite l'erreur numéro un : les 15 minutes#

L'erreur la plus fréquente n'est pas de rater la lumière zodiacale, c'est de la prendre pour autre chose. Sa forme en pain de sucre et sa position près de l'horizon lui donnent l'aspect des dernières lueurs du couchant ou de l'aube.

Le test tranche, et il vient de l'IMCCE : si, au bout de quinze minutes, la douce lueur ne s'est pas estompée après la fin apparente du crépuscule, c'est qu'on est bien en présence de la lumière zodiacale. Un simple chronomètre suffit.

Deux indices secondaires aident à confirmer, avec un bémol : ils reposent sur une source unique, à prendre comme un complément, pas comme une preuve à eux seuls. La couleur d'abord, plus chaude et neutre que celle de la Voie lactée, perçue comme plus froide et bleu-blanc. La texture ensuite, lisse et diffuse, sans les mouchetures d'étoiles ni les bandes sombres qui structurent la Voie lactée. Ces deux critères permettent aussi d'écarter un dôme de pollution lumineuse urbaine, reconnaissable à ses bords nets et à sa teinte sodium-orange ou LED-bleue, quand le cône zodiacal, lui, se fond progressivement dans le ciel.

Le ciel qu'il vous faut#

L'échelle de Bortle donne le seuil de qualité de ciel nécessaire. Voici trois classes repères, d'après une compilation secondaire de la classification de John Bortle publiée par AstroBackyard.

Classe BortleSQM (mag/arcsec2)Lumière zodiacale
1 (le ciel le plus noir)21,76 à 22,00Visible, avec le gegenschein et la bande zodiacale complète
4 (rural dégradé)20,40 à 21,29Clairement visible, mais ne s'étend pas jusqu'au zénith
6 (banlieue)18,50 à 19,09Aucune trace visible

D'après la même source, le phénomène devient déjà frappant dès la classe 3, au printemps comme en automne, puis disparaît totalement à partir de la classe 6. C'est le même seuil qui conditionne l'observation de la Voie lactée en astrophotographie : si votre ciel ne montre déjà plus la Voie lactée, inutile de chercher la lumière zodiacale.

D'où vient cette poussière, et pourquoi ce n'est plus si simple#

L'étude de référence sur le sujet, publiée par Nesvorny et ses coauteurs en 2010 dans l'Astrophysical Journal, établit qu'entre 85 et 95 % de l'émission infrarouge moyen du nuage zodiacal provient de poussière libérée par les comètes de la famille de Jupiter. Moins de 10 % viendrait des astéroïdes.

Un communiqué de la NASA publié le 9 mars 2021 vient nuancer ce modèle, sans le remplacer. Des détections de poussière par la sonde Juno, jusqu'à environ deux unités astronomiques du Soleil, ouvrent l'hypothèse d'une origine possible dans les tempêtes de poussière martiennes. L'hypothèse martienne finira-t-elle par déloger le modèle cométaire de 2010 ? Mon pari personnel penche pour non, tant qu'aucun modèle dynamique chiffré ne vient la remplacer, mais l'affaire est loin d'être classée.

Et le gegenschein, dans tout ça#

Le gegenschein est un phénomène apparenté, mais distinct. C'est une tache d'environ 10 degrés de large, positionnée au point antisolaire, exactement à l'opposé du Soleil sur l'écliptique. Il exige un ciel de classe Bortle 1 à 2, quasiment introuvable en dehors des sites les plus noirs de la planète. Si la lumière zodiacale reste accessible à un observateur patient, le gegenschein, lui, appartient à une autre catégorie de chasse au ciel noir.

Sur les réseaux, la moitié des « lumières zodiacales spectaculaires » postées depuis un balcon urbain sont, disons-le, plutôt le halo sodium du parking d'en face. La table ci-dessus est formelle : à partir de la classe 6, aucune trace n'est visible. Vérifiez d'abord votre ciel, ensuite votre appareil photo.

Je n'ai pas de télescope, et je ne vais pas prétendre en avoir un pour l'occasion : ce protocole, je l'ai construit en croisant EarthSky, Sky at Night Magazine et la lettre d'information de l'IMCCE, pas depuis un champ à deux heures du matin. Les sites francophones recopient la définition de Bortle depuis des années sans jamais publier les chiffres de SQM qui vont avec ; un comble pour une échelle censée remplacer le flou par de la mesure.

Pour compléter une nuit d'observation à l'œil nu réussie, le Triangle d'été offre un repère facile pendant la fenêtre automnale, et M13 dans Hercule reste une cible accessible aux jumelles une fois le ciel confirmé assez noir. Pour élargir le champ, la nébuleuse d'Orion M42 se prête au même type de protocole, ciel dégagé, Lune absente, patience.

FAQ#

Peut-on observer la lumière zodiacale sans matériel ?#

Oui, c'est un phénomène à l'œil nu : les grains de poussière interplanétaire qui le produisent réfléchissent la lumière du Soleil sur une zone large du ciel, pas sur un point qu'un télescope grossirait utilement. Il faut un ciel de classe Bortle 3 ou plus sombre, une nuit sans Lune, et un horizon dégagé dans la bonne direction.

Comment distinguer la lumière zodiacale des lueurs du crépuscule ?#

Le test le plus fiable vient de l'IMCCE : si la lueur ne s'est pas estompée quinze minutes après la fin apparente du crépuscule, il s'agit bien de la lumière zodiacale. Sa couleur, plus neutre et chaude que celle, plus froide, de la Voie lactée, et sa texture lisse sans étoiles visibles dans le cône, sont des indices secondaires.

Pourquoi la lumière zodiacale est-elle si difficile à voir en France ?#

Selon l'IMCCE, la pollution lumineuse rend cette observation de plus en plus difficile sur le territoire. Les meilleures chances se trouvent en altitude, sous le ciel plus noir des zones de montagne, loin des agglomérations.

Le gegenschein, c'est la même chose que la lumière zodiacale ?#

Non, c'est un phénomène apparenté mais distinct : une tache d'environ 10 degrés de large, positionnée au point antisolaire, à l'opposé du Soleil sur l'écliptique. Il exige un ciel de classe Bortle 1 à 2, quasi introuvable en dehors des sites les plus noirs de la planète.

D'où vient exactement la poussière qui produit ce halo ?#

Selon l'étude de référence de Nesvorny et ses coauteurs, publiée en 2010 dans l'Astrophysical Journal, entre 85 et 95 % de l'émission infrarouge moyen du nuage zodiacal provient de poussière libérée par les comètes de la famille de Jupiter. Un communiqué de la NASA du 9 mars 2021, basé sur des détections de la sonde Juno, avance une hypothèse plus récente et non encore chiffrée : une contribution possible des tempêtes de poussière martiennes.

Sources#

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