Une comète qui tourne dans un sens, ralentit, s'arrête, puis repart dans l'autre sens. C'est exactement ce que Hubble a capturé sur 41P/Tuttle-Giacobini-Kresák. Personne n'avait jamais vu ça.
Quel est le verdict d'abord ?#
Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur Comète C/2025 R3 : la géante printanière à surveiller en avril 2026.
David Jewitt et son équipe à UCLA l'ont confirmé dans The Astronomical Journal : la comète 41P est le premier objet cométaire dont on a observé une inversion complète du sens de rotation. Le mécanisme est lié au dégazage asymétrique du noyau, ces jets de gaz qui agissent comme des micro-propulseurs sur un corps minuscule.
J'ai passé un bon moment à lire le preprint sur arXiv, et le truc qui frappe c'est la violence du phénomène rapportée à la taille du noyau. On parle d'un objet d'environ un kilomètre de diamètre. Pas une montagne. Un gros rocher glacé.
Quelle est la chronologie du retournement ?#
En mars 2017, la période de rotation de 41P était d'environ vingt heures. Deux mois plus tard, elle avait triplé : entre quarante-six et soixante heures. Le noyau freinait à vue d'œil.
Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur Éta Aquariides mai 2026 : observer les débris de Halley.
Puis, autour du neuf juin 2017, tout bascule. La rotation s'inverse.
En décembre 2017, Hubble braque sa WFC3 (Wide Field Camera 3, filtre F350LP) sur la comète. Vingt-quatre images, cent soixante secondes d'intégration chacune. Résultat : la période de rotation est redescendue à quatorze heures et vingt-quatre minutes, mais dans le sens opposé.
Pour situer le contexte temporel : 41P était passée au plus près du Soleil le douze avril 2017. C'est là que le dégazage tape le plus fort, avec un taux de perte de masse de quatre-vingt-dix kilogrammes par seconde. Quatre-vingt-dix kilos de matière éjectés chaque seconde. Sur un noyau de cinq cents mètres de rayon, avec une densité d'environ cinq cents kilogrammes par mètre cube, ça pèse.
Le mécanisme est presque trivial dans son principe : quand la glace se sublime sous l'effet du rayonnement solaire, elle produit des jets de gaz. Si ces jets ne sont pas répartis uniformément sur la surface (et ils ne le sont jamais, parce que la surface d'une comète c'est tout sauf homogène), ils génèrent un couple. Un torque qui peut accélérer, ralentir, ou inverser la rotation.
Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur Hubble surprend la fragmentation d'une comète après son périhélie.
David Jewitt le résume bien : « les jets de gaz qui s'échappent de la surface peuvent agir comme de petits propulseurs ». C'est exactement ça. Sauf que sur un noyau aussi petit, avec un rapport d'axes d'au moins 1,4 pour 1 (forme allongée), l'effet est amplifié. La géométrie du noyau joue contre sa stabilité rotationnelle.
Le fait que ce soit la première observation me surprend un peu. On observe des comètes depuis des décennies. Mais il faut un télescope de la résolution de Hubble, pointé au bon moment, sur le bon objet, pour capter ce genre de changement. Et 41P, avec son orbite de cinq ans et quatre mois qui la ramène régulièrement près de nous, est une cible idéale.
Que nous dit cela sur la durée de vie des comètes ?#
C'est là que ça devient concret. L'étude estime le délai avant la rupture rotationnelle de 41P entre treize et vingt-cinq ans, soit deux et demie à cinq orbites supplémentaires. Pas des millénaires. Des années.
Le dégazage ne se contente pas de faire tourner le noyau dans tous les sens ; il le ronge. À quatre-vingt-dix kilos par seconde au périhélie, le budget masse n'est pas extensible. 41P est une comète de la famille de Jupiter, originaire de la ceinture de Kuiper, et elle est en train de se désagréger sous nos yeux, passage après passage.
(En regardant les données, je me suis demandé si on pourrait suivre l'évolution au prochain passage. Le périhélie suivant est prévu pour février 2028. Hubble sera encore opérationnel, Webb aussi. On pourrait avoir une séquence complète sur plusieurs orbites.)
Que nous apprend l'éruption de 1973 sur le passif de 41P ?#
41P n'est pas une comète banale. Découverte en 1858 par Horace Parnell Tuttle, perdue puis retrouvée par Giacobini en 1907 et Kresák en 1951, elle a produit en 1973 une éruption spectaculaire : un sursaut d'environ neuf magnitudes qui l'a rendue visible à l'œil nu. Neuf magnitudes, c'est un facteur multiplicatif d'environ quatre mille en luminosité.
Ce genre d'événement est cohérent avec un noyau fragile, poreux, dont la surface est truffée de poches de glace volatile. Le même type de structure qui produit un dégazage asymétrique capable d'inverser la rotation.
En avril 2017, 41P est passée à environ vingt et un millions de kilomètres de la Terre, soit cinquante-cinq fois la distance Terre-Lune. Assez proche pour que Hubble puisse résoudre les détails de la coma et traquer les variations de luminosité liées à la rotation.
Qu'en est-il maintenant ?#
La question ouverte, c'est la stabilité. Est-ce que 41P va se re-inverser au prochain passage ? Est-ce que le dégazage va finir par la fragmenter ? Les modèles suggèrent que ce type d'inversion peut se répéter si la géométrie du noyau et la distribution des zones actives restent favorables.
On est dans un cas où l'observation a précédé la théorie. Le modèle existait (les jets peuvent modifier la rotation), mais personne n'avait la preuve directe d'une inversion complète. Maintenant on l'a. Et ça ouvre la porte à une question plus large : combien de comètes subissent ce phénomène sans qu'on le sache, simplement parce qu'on ne les observe pas assez longtemps ou avec assez de résolution ?
Si vous êtes du genre à braquer un télescope sur les événements célestes, gardez 41P dans vos favoris pour 2028. Le spectacle pourrait être instructif.
Sources#
- NASA Science, « NASA's Hubble Detects First-Ever Spin Reversal of Tiny Comet », mars 2026 : https://science.nasa.gov/missions/hubble/nasas-hubble-detects-first-ever-spin-reversal-of-tiny-comet/
- Jewitt et al., preprint arXiv 2602.06403v2, The Astronomical Journal, février 2026 : https://arxiv.org/html/2602.06403
- Earth.com, « Hubble captures comet's unexpected spin reversal », février 2026 : https://www.earth.com/news/hubble-captures-comets-unexpected-spin-reversal/
- Phys.org, « Jupiter family comet 41P/TGK reverses spin », février 2026 : https://phys.org/news/2026-02-jupiter-family-comet-41ptgk-reverses.html






Comment les jets agissent-ils comme micro-propulseurs ?#