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CAS500-2 : Falcon 9 place 45 satellites en orbite le 3 mai

CAS500-2 : Falcon 9 place 45 satellites en orbite le 3 mai

Par Guillaume P.

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Guillaume P.

45 satellites en orbite en moins de deux heures. Falcon 9 a décollé du SLC-4E de Vandenberg le 3 mai 2026 à 07:00 UTC (donc dans la nuit du 2 au 3 mai côté France), avec à son bord le coréen CAS500-2 en charge primaire et 44 passagers secondaires. C'était la 54e mission SpaceX de l'année, on n'est qu'en mai. Le rythme est devenu banal au point qu'on ne le commente même plus, sauf quand le manifeste lui-même mérite qu'on s'arrête.

Et celui-là le mérite. Pas seulement parce qu'il y a un satellite français dedans, BRO-21 d'Unseenlabs. Surtout parce que cette mission illustre, presque caricaturalement, ce qu'est devenu l'accès à l'orbite en 2026 : un fret-multimodal où une agence nationale paye sa place à côté d'une PME bretonne, d'un industriel italien, d'une start-up américaine et d'un opérateur de constellation.

CAS500-2, le passager principal qui a failli ne jamais voler#

Le satellite principal s'appelle CAS500-2, pour Compact Advanced Satellite 500-2. Cinq cents kilos, plateforme développée par le KARI (Korea Aerospace Research Institute) et industrialisée depuis 2018 par KAI (Korea Aerospace Industries). Capteur AEISS-C : 0,5 m de résolution en panchromatique, 2 m en multispectral, fauchée supérieure à 12 km. Surveillance des catastrophes, agriculture, gestion de l'eau, cartographie. La fiche technique est cohérente avec ce que font les Pléiades françaises ou les WorldView américains, dans une gamme de prix très inférieure.

Le détail intéressant, c'est le taux de coréanisation des composants : 98,6 %. Pour un pays qui a démarré son programme spatial autonome il y a quinze ans, c'est l'objectif politique qui transparaît. Industrialiser localement, ne plus dépendre des fournisseurs occidentaux ou russes pour les briques critiques.

Sauf que pour le lancement, justement, la dépendance a viré au cauchemar. CAS500-2 devait décoller au second semestre 2022, sur un Soyouz russe affrété depuis Baïkonour. Invasion de l'Ukraine en février 2022, contrats Soyouz rompus, satellite coréen au placard. Trois ans et demi de retard. Et pendant ce temps, CAS500-3, sa petite sœur de la série, a décollé avant lui, le 26 novembre 2025, sur le lanceur coréen Nuri. C'est l'avantage d'avoir investi dans son propre lanceur national : on ne reste pas bloqué au sol pendant que la géopolitique se réorganise.

L'orbite cible est héliosynchrone à environ 528 km, inclinaison 97,7°. Configuration intéressante : CAS500-2 est placé à 180° de CAS500-1 (lancé en mars 2021 depuis Baïkonour) sur la même orbite. Les deux satellites se font face, ce qui double mécaniquement la cadence de revisite sur les zones d'intérêt. Pour un système d'observation dédié à la gestion des catastrophes, c'est exactement ce qu'on cherche.

Le programme prévoit cinq satellites au total. CAS500-4 emportera un capteur grand champ de 5 m, fauchée 120 km, pour les cultures et forêts. CAS500-5 portera un radar SAR en bande C, 10 m, fauchée 120 km, pour la ressource en eau. KASA, l'agence spatiale coréenne créée le 27 mai 2024, vise le top 5 mondial avec un investissement total de 100 000 milliards de wons (environ 72,6 milliards de dollars) d'ici 2045. Lune en 2032, Mars en 2045. Budget 2025 à 806 milliards de wons (environ 595 millions de dollars), soit +43 % sur 2024. Un pays qui finance, et qui paie comptant.

Les 44 passagers : ce que dit le manifeste#

Le travail d'intégration des 44 charges secondaires a été assuré par Exolaunch, à sa 47e mission. Quarante-et-un satellites confiés à eux : 18 microsatellites, 21 cubesats, plus 2 ajouts tardifs au manifeste initial. Quinze pays représentés (Finlande, Pologne, Royaume-Uni, États-Unis, Taïwan, Singapour, Canada, Allemagne, France, Bulgarie, Corée du Sud, Grèce, Espagne, Italie, Lituanie). Le rideshare comme ONU orbitale.

Côté français, BRO-21 d'Unseenlabs. La PME rennaise opère sa constellation Breizh Reconnaissance Orbiter pour la surveillance du spectre radioélectrique maritime, c'est du SIGINT commercial. Détection des navires qui éteignent leur AIS, traçabilité des activités illégales en mer. Une niche que personne d'autre n'occupait sérieusement il y a six ans, et qui s'avère stratégique. Vingt-et-un satellites en orbite, c'est un vrai service, pas une démo.

Sept HEO MicroSats construits par Argotec pour la constellation IRIDE italienne. Cette mission porte IRIDE à 15 satellites HEO et 31 satellites au total. L'Italie a mis plus d'un milliard d'euros sur la table, ASI plus ESA, pour se doter d'une capacité d'observation autonome dédiée à la sécurité civile et à la surveillance environnementale. C'est la réponse italienne au constat post-COVID qu'attendre les données Copernicus n'est pas suffisant pour la réactivité opérationnelle nationale.

Six satellites pour EarthDaily Analytics, construits par Loft Orbital, sur une constellation cible de 20. Deux Lynk Tower (numéros 7 et 8), du direct-to-device : votre téléphone parle au satellite sans hardware spécifique. Trois Pelican de Planet Labs (numéros 7 à 9), haute résolution. Un Jackal de True Anomaly, véhicule orbital autonome. Et GalaxEye Drishti, premier satellite indien combinant radar SAR et imagerie multispectrale dans une seule plateforme. La densité technologique sur ce vol est anormale.

CAS500-2 a été déployé environ 60 minutes après le décollage. Les 44 autres se sont libérés sur les 90 minutes suivantes. Trois quarts d'heure de chorégraphie orbitale qui exige un séquencement précis pour éviter les rapprochements dangereux entre satellites fraîchement séparés.

Le booster, le tarif, et ce que tout ça raconte#

Le premier étage Falcon 9 portait le numéro B1071. Trente-troisième vol pour ce booster. Atterrissage nominal sur LZ-4 à Vandenberg. SpaceX continue d'amortir les châssis qu'on lui pensait jetables, et la barre des 33 vols est devenue routinière. On parle d'un cylindre en aluminium-lithium qui a vu 33 fois la pression dynamique max, 33 fois la séparation, 33 fois la rentrée. Aucune autre famille de lanceurs n'approche ces chiffres, et personne ne les approchera avant longtemps.

Le tarif rideshare SpaceX vers SSO en février 2026 est public : 350 000 dollars pour 50 kg de base, puis 7 000 dollars par kg supplémentaire. C'est ce qui a rendu possible la prolifération de cubesats opérationnels. À ce prix, une PME peut envoyer un satellite. Une équipe universitaire aussi. La barrière économique d'accès à l'orbite a chuté d'un ordre de grandeur en dix ans, et le manifeste de cette mission en est la photographie.

Pour mémoire, le record SpaceX rideshare reste Transporter-1 en janvier 2021 avec 143 charges utiles. Transporter-16 fin mars 2026 a embarqué 119 payloads, 21e mission Transporter. Cette CAS500-2 est plus petite en volume (45 versus 100+) mais plus diversifiée en sophistication par satellite. Les Transporter sont des bus, celui-là est un train de nuit Wagons-Lits.

Bon, je vais être honnête : à force d'écrire sur ces lancements, on finit par oublier que chaque satellite est le résultat de cinq à dix ans de travail pour des dizaines d'ingénieurs. Le côté rideshare en mode supermarché grand format anesthésie le regard. CAS500-2 c'est trois ans et demi de purgatoire pour KARI, KAI et tout l'écosystème coréen. Pour BRO-21, c'est une PME bretonne qui ajoute une brique à sa constellation et tient sa promesse face à des clients gouvernementaux. Pour IRIDE, c'est un programme national de souveraineté en train de se déployer. Le rideshare est devenu si fluide qu'on en oublie ce que chaque payload représente individuellement.

Reste un sujet qu'on évacue trop vite : les débris en orbite basse. Mettre 45 nouveaux objets sur SSO en deux heures, sans qu'aucune coordination internationale réelle ne pilote la densité orbitale, ça ne peut pas indéfiniment se passer sans incident. SpaceX nous vend du Mars alors qu'on n'a pas réglé le problème de la gestion durable de l'orbite basse. Question posée, je n'ai pas la réponse, mais la question mérite d'être posée à chaque vol.

D'autres lancements à surveiller dans les prochains mois rappellent que l'écosystème d'observation depuis l'orbite ne se limite pas aux constellations commerciales : NEO Surveyor décollera en 2027 sur Falcon Heavy pour cartographier les astéroïdes géocroiseurs en infrarouge, Tianwen 2 partira en mai 2026 vers Kamooalewa pour ramener un échantillon de quasi-satellite terrestre, et le démonstrateur européen Celeste-LEO prépare une infrastructure PNT autonome qui dépendra elle aussi de cette même cadence rideshare. Tout le monde compte sur SpaceX pour monter, et ça fait beaucoup d'œufs dans un seul panier californien.

Sources#

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