# Portail Astronomie - Full Content > Observation du ciel, exploration spatiale, cosmologie et événements célestes. L'astronomie expliquée pour les curieux et les passionnés. This file contains the full text of all 176 published articles for LLM indexing. For a lightweight index, see [llms.txt](https://www.portail-astronomie.fr/llms.txt). --- ## Orbite géostationnaire : pourquoi le satellite reste fixe - URL: https://www.portail-astronomie.fr/orbite-geostationnaire-pourquoi-satellite-immobile/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-10-08T06:00:00 - Categories: exploration-spatiale Il tourne à 3 km/s, exactement comme la Terre tourne sur elle-même. Le match des deux vitesses produit l'immobilité apparente d'un satellite géostationnaire : pas de magie, pas de sustentation, de la mécanique orbitale, et trois nombres pour la résumer. Un satellite géostationnaire vole au-dessus de l'équateur, d'ouest en est, et met « 23 heures 56 minutes et 4 secondes à accomplir une orbite complète, c'est-à-dire la durée d'un jour sidéral ». À cette période correspond une altitude précise, 35 786 km, et une vitesse d'environ 3 km/s. Le satellite paraît alors fixe au-dessus d'un point de la surface. C'est ce qui rend possible une antenne parabolique sans suivi motorisé. ## Le jour sidéral, pas le jour de 24 heures Le chiffre qui fait tout est 23 h 56 min 4 s, pas 24 h. La Terre tourne sur elle-même en un jour sidéral ; le jour solaire de 24 heures est plus long parce que la Terre avance sur son orbite autour du Soleil pendant ce temps. Un satellite calé sur 24 heures exactes dériverait dans le ciel. Les lois de Kepler, détaillées dans [un article du pilier](/lois-kepler-mouvement-planetaire-orbites-elliptiques), lient période et demi-grand axe : à la période sidérale correspond une altitude précise, 35 786 km au-dessus de la surface. Attention au piège de vocabulaire : géostationnaire n'est pas géosynchrone. Toute orbite de période sidérale est géosynchrone ; seule l'orbite circulaire dans le plan équatorial est géostationnaire, et c'est l'alignement équatorial qui fixe le satellite au-dessus d'un point, pas la période seule. ## Comment un satellite y va La fusée ne dépose pas un satellite directement à 35 786 km. Elle le place sur une orbite de transfert géostationnaire, une ellipse dont l'apogée atteint 35 786 km ; là, au point le plus haut, le satellite allume ses moteurs de telle façon qu'il circularise son orbite, entre en GEO et y reste. ## LEO, MEO, GEO : où se situe la géostationnaire | Régime | Altitude | Vitesse | Période | Plans d'orbite | | ------ | ----------------------------------- | ---------- | --------------- | ------------------------------------------- | | LEO | sous 2 000 km, rarement sous 180 km | ~7,8 km/s | ~90 minutes | inclinables, dont polaires (200 à 1 000 km) | | MEO | entre la LEO et la GEO | non publié | non publié | variés | | GEO | 35 786 km | ~3 km/s | 23 h 56 min 4 s | équatorial seulement | La LEO est beaucoup plus basse que la GEO, et c'est pour ça qu'un satellite d'observation y gagne en résolution : la proximité permet des images plus fines, et l'ISS, dans ce régime, boucle environ 16 tours de la Terre par jour. Les constellations de télécom en LEO compensent leur non-stationnarité par le maillage : plusieurs satellites identiques se relaient en réseau pour couvrir en continu, le principe même de [Celeste et de la navigation LEO européenne](/celeste-leo-pnt-navigation-europeenne-premier-vol), dont les lanceurs remplissent les étages avec des grappes de [32 satellites en une fois](/ariane-6-va268-lancement-28-avril-2026-mission-charge-utile). Le plafond de la LEO, vers 2 000 km, résulte des ceintures de Van Allen, dont l'environnement hostile limite les séjours. ## Une idée datée : automne 1945 En automne 1945, Arthur C. Clarke, alors officier de la RAF et membre de la British Interplanetary Society, publie dans Wireless World un article décrivant l'usage de satellites en orbite de 24 heures pour diffuser la télévision au-dessus des masses continentales. Sa vision parle de trois satellites « habités » ; l'idée fait peu de vagues à l'époque, note la NASA dans son historique des satellites de communication. Le principe, lui, équipe aujourd'hui la météo (les images que les chaînes montrent viennent d'orbite géostationnaire) et une grande part des télécoms. Ce que la GEO ne fait pas : l'observation fine (trop haut), l'interactivité à faible latence (trop loin), ni la couverture des hautes latitudes (l'orbiteur équatorial reste bas sur l'horizon vers le nord). Les [points de Lagrange](/points-lagrange-explication-orbite-l2-james-webb) résolvent un autre problème, celui de la station d'observation. Et la GEO a sa dette : la fin de vie des satellites et les déchets spatiaux, un sujet traité sur le pilier recyclage, [déchets spatiaux et satellites en fin de vie](https://www.recy.net/dechets-spatiaux-recyclage-satellites-fin-vie/). - Image : [GOES 12 Full Disk view March 16, 2010](https://images.nasa.gov/details/GSFC_20171208_Archive_e002123) : Credit: NOAA/NASA GOES Project, domaine public ## FAQ ### Pourquoi le satellite géostationnaire ne tombe-t-il pas ? Il tombe en permanence, exactement comme la Lune : sa vitesse d'environ 3 km/s à 35 786 km courbe sa chute autour de la Terre. La chute et la courbure se compensent, l'orbite reste fermée. ### Un satellite géostationnaire est-il au-dessus de la France ? Non. L'orbite est équatoriale : un satellite GEO fixe survole l'équateur. Vu de France, il apparaît au sud, bas sur l'horizon d'autant plus que l'on monte en latitude. ### Pourquoi les antennes paraboliques ne bougent-elles pas ? Parce que le satellite paraît fixe : il tourne à la période sidérale de 23 h 56 min 4 s, au-dessus d'un point de l'équateur. L'antenne est pointée une fois pour toutes, sans motorisation de suivi. ### Quelle différence entre géostationnaire et géosynchrone ? Géosynchrone : période de 23 h 56 min 4 s, n'importe quelle orbite. Géostationnaire : géosynchrone circulaire et équatoriale, seule à rendre le satellite fixe au-dessus d'un point. ## Sources - [ESA - Types of orbits](https://www.esa.int/Enabling_Support/Space_Transportation/Types_of_orbits), consulté le 2026-10-07 - [ESA - Geostationary orbit](https://www.esa.int/ESA_Multimedia/Images/2020/03/Geostationary_orbit), consulté le 2026-10-07 - [NASA History - Communications Satellites: Making the Global Village Possible](https://www.nasa.gov/history/communications-satellites/), consulté le 2026-10-07 --- ## Pleine lune du Chasseur du 26 octobre 2026 : l'observer - URL: https://www.portail-astronomie.fr/pleine-lune-chasseur-26-octobre-2026-observation/ - Author: Julien P. - Published: 2026-10-07T06:00:00 - Categories: evenements-celestes La pleine lune du Chasseur 2026 tombe le lundi 26 octobre, à 04:12 UTC, soit 05:12 en heure légale française. Réponse directe à la question que tout le monde tape dans un moteur de recherche : le disque ne basculera pas en « pleine » sous vos yeux à cinq heures du matin, la plupart dorment encore à cette heure-là. Ce qui mérite le déplacement, c'est la nuit entière autour de ce sommet : une Lune dans la constellation du Bélier, Saturne non loin, et Aldebaran avec les Pléiades en toile de fond deux soirs plus tard. ## 04:12 UTC : quatre sources convergent, les minutes divergent Le sommet de la phase est daté à la minute près, et il est recoupé. Starwalk annonce « La Pleine Lune aura lieu le 26 octobre 2026 à 04:12 GMT », EarthSky écrit que le pic tombe à 4:12 UTC le 26 octobre, pleine-lune.org affiche 05h12 et calendrierlunaire.com 05:12 heure de Paris. Quatre pages indépendantes, la même valeur : 04:12 UTC, ce qui fait 05:12 en heure légale française, la passe à l'heure d'hiver ayant eu lieu dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre (3 h deviennent 2 h, selon calendrier-365.fr). J'ai compilé les heures des pages de calendrier une par une pour cette nuit-là, et c'est en dessous de la minute que ça se gâte. pleine-lune.net affiche 05h11 en bannière et 05h09 dans son propre tableau ; calendrier-365.fr pousse le détail jusqu'à 05:13:07. Les sources elles-mêmes divergent sur ce point. Pour une observation à l'œil nu, l'écart est sans conséquence : la Lune est pleine à quelques minutes près, et votre nuit ne se décrète pas à la minute. ## Le Bélier, pas le Taureau Voilà l'information que les tableaux du web ratent le plus souvent. Starwalk est précis : « En 2026, au moment exact de la Pleine Lune, elle brillera dans la constellation du Bélier, puis dérivera vers les Poissons au cours de la même nuit. » calendrierlunaire.com confirme le passage de la Lune par la constellation Aries. Deux sites de calendrier, pourtant, étiquettent le 26 octobre sous le signe du Taureau. Les deux ne mesurent pas la même chose, et celle qui décrit le ciel réel cette nuit-là est la première : Bélier au sommet, Poissons avant l'aube. Si le décalage entre ce qu'affiche un calendrier et ce que montre le ciel vous agace, la mécanique du cycle est détaillée dans [Phases de la Lune : comprendre et déduire le cycle lunaire](/phases-lune-cycle-lunaire-guide-explication). ## La nuit se déroule entière, du coucher du Soleil au lever Une pleine lune ne se voit pas une minute, elle reste visible toute la nuit. EarthSky le résume bien : la Lune se lève à peu près au coucher du Soleil, reste plus haut dans le ciel en milieu de nuit, et se couche à l'opposé du lever du Soleil le lendemain matin. calendrierlunaire.com donne les horaires parisiens : lever à 17:20, coucher à 07:56 en heure locale. | Repère de la nuit du 26 octobre | Valeur | | ------------------------------- | ----------------------------------------------- | | Sommet de la pleine lune | 04:12 UTC, soit 05:12 en heure légale française | | Lever de la Lune à Paris | 17:20 | | Coucher de la Lune à Paris | 07:56 | | Constellation au moment exact | Bélier | | Distance Terre-Lune | environ 369 000 km | | Superlune | non | Les horaires de lever et de coucher sont relevés sur calendrierlunaire.com, qui signale au passage que cette pleine lune n'est pas une superlune. Sur la distance, les relevés divergent : 368 859 km d'un côté, 369 597 km de l'autre. Je garde l'ordre de grandeur, environ 369 000 km, et je laisse le détail des deux mesures à [Distance Terre-Lune : périgée, apogée et vrais chiffres](/distance-terre-lune-perigee-apogee-explication). ## Le nom : 1710 en Angleterre, pas un héritage amérindien authentique La Lune du Chasseur est, par définition, la pleine lune qui suit la Lune des Moissons. Cette année, la Moissons est tombée le 26 septembre 2026 à 18:49 (18:50 selon pleine-lune.net) ; la Chasseur est la phase suivante, comme le veut la définition. Le sens du nom est simple et saisonnier : octobre est le mois où le gibier s'engraisse avant l'hiver, et la lumière de la pleine lune, juste après le coucher du Soleil, permettait de chasser et de faire des réserves pour les mois longs, expliquent l'Old Farmer's Almanac et Universe Today. C'est sur l'origine que la lecture rapide se trompe. Le nom « Hunter's Moon » est attesté bien avant les reprises américaines modernes : sa plus ancienne trace écrite connue date de 1710. Selon l'Oxford English Dictionary, cité par Universe Today, une édition du British Apollo attribue déjà le terme aux « country people », les gens des campagnes anglaises. L'attribution populaire aux Native Americans est une simplification récente : le nom est traditionnel des almanachs nord-américains, popularisé aux États-Unis, repris en français sous la forme Lune du Chasseur. L'Old Farmer's Almanac documente d'ailleurs des noms alternatifs selon les nations, Dakota, Anishinaabe, Ojibwe, Haida ou Cree, ce qui règle la question d'un bloc : il n'y a pas « un » nom amérindien. Faut-il continuer à parler de Lune du Chasseur avec une origine aussi mal racontée ? Je garde le nom, même imparfait : une étiquette imprécise qui donne envie de sortir vaut mieux qu'une appellation exacte qui laisse le lecteur chez lui. L'exigence de rigueur se défend, je ne la trouve pas décisive. ## Autour de la Lune : ce que la nuit offre en plus Le 26 octobre ne se résume pas à son disque. Selon EarthSky, Saturne, à l'opposition le 4 octobre 2026, reste visible toute la nuit et passe près de la Lune les 23-26 octobre. Les soirs des 26 et 27 octobre, la Lune frôle Aldebaran et les Pléiades ; le paquet d'étoiles se repère aux jumelles, comme le détaille [Les Pléiades (M45) : combien d'étoiles voyez-vous ?](/m45-pleiades-jumelles-telescope-automne-hiver). Avant l'aube, à l'est, Jupiter et Mars restent observables en octobre, tandis que Vénus traîne basse dans la lueur de l'ouest, sur le point de disparaître du ciel du soir. Starwalk cite enfin deux cibles de ciel profond pour la saison, la galaxie d'Andromède et la nébuleuse de Saturne ; la première a son vise-à-vis dédié en [Galaxie d'Andromède : la viser en automne 2026](/m31-galaxie-andromede-observation-automne-2026). Un bémol pour les chasseurs d'étoiles filantes : une pleine lune n'arrange rien de ce côté-là, et ceux qui ont tenté [les Orionides plus tôt en octobre](/orionides-2026-pic-21-octobre-comete-halley) ont déjà testé le problème. Le gibier, lui, n'a jamais consulté d'almanach. ## Et la suite ? Après le Chasseur, la pleine lune suivante est la Lune des Castors, le 24 novembre 2026 à 15:54 selon calendrierlunaire.com ; elle retombe en journée, et les amateurs de pluie de météores de fin d'année retrouveront son effet sur [les Ursides du 22 décembre](/ursides-22-decembre-2026-sursaut-solstice). La prochaine Lune du Chasseur après celle-ci tombe le 15 octobre 2027, d'après Starwalk. Si vous ratez celle de 2026, il faudra attendre la suivante. Adolescent, en octobre, je confondais systématiquement la Lune des Moissons et celle du Chasseur ; il m'a fallu comprendre que la seconde est simplement la suivante pour que les calendriers arrêtent de me paraître contradictoires. Ce qui ne changeait rien à l'affaire : la nuit du 26 octobre 2026, le ciel, lui, sera plein, que vous sachiez ou non le nom de ce que vous regardez. - Image : [Full Moon](https://images.nasa.gov/details/GSFC_20171208_Archive_e001381), NASA, domaine public. ## Sources - [Pleine lune d'octobre 2026 : heure et constellation (Starwalk)](https://starwalk.space/fr/news/full-moon-october), consulté le 6 octobre 2026 - [Visible planets tonight : guide du ciel d'octobre 2026 (EarthSky)](https://earthsky.org/astronomy-essentials/visible-planets-tonight-mars-jupiter-venus-saturn-mercury/), consulté le 6 octobre 2026 - [Pleine lune de octobre 2026 (calendrierlunaire.com)](https://www.calendrierlunaire.com/pleine-lune/2026/octobre/), consulté le 6 octobre 2026 - [Calendrier lunaire 2026 (pleine-lune.org)](https://www.pleine-lune.org/calendrier-lunaire-2026), consulté le 6 octobre 2026 - [Full Moon Names (Old Farmer's Almanac)](https://www.almanac.com/full-moon-names), consulté le 6 octobre 2026 - [Hunter's Moon : origine du nom (Universe Today)](https://www.universetoday.com/61121/hunters-moon/), consulté le 6 octobre 2026 - [Heure d'été, heure d'hiver 2026 (calendrier-365.fr)](https://www.calendrier-365.fr/heure-d-ete-heure-d-hiver.html), consulté le 6 octobre 2026 --- ## Héliopause : où s'arrête vraiment l'influence du Soleil - URL: https://www.portail-astronomie.fr/heliopause-limite-influence-soleil-voyager/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-10-05T06:00:00 - Categories: systeme-solaire Voyager 1 n'a pas quitté le Système solaire. Voyager 2 non plus. Le raccourci circule pourtant partout, et il est faux au sens où la NASA l'entend : les deux sondes ont traversé l'héliopause, la limite de l'influence du vent solaire, pas le bord du Système solaire. Entre les deux notions, il y a le nuage d'Oort. En clair : l'héliopause est la limite où la pression du vent solaire est équilibrée par celle du milieu interstellaire, selon l'ESA. Voyager 1 l'a franchie le 25 août 2012 à 121,6 UA du Soleil, Voyager 2 le 5 novembre 2018 à environ 119 UA. Ce n'est pas la sortie du Système solaire : il reste à dépasser le nuage d'Oort. ## Où commence l'héliopause, et qu'est-ce qu'elle sépare ? Le Soleil souffle en continu un vent de particules. Ce vent creuse autour de lui une bulle, l'héliosphère, que la NASA décrit comme le bord de l'influence magnétique du Soleil dans l'espace. Cette bulle a des couches, et elles se traversent dans un ordre précis. D'abord le choc terminal. La NASA le définit comme le point où le vent solaire commence à interagir avec le milieu interstellaire local et ralentit ; l'ESA précise qu'il y est décéléré jusqu'à des vitesses subsoniques. Après lui vient l'héliogaine, que la NASA décrit comme la région entre le choc terminal et l'héliopause, où le vent solaire ralentit et se comprime. Puis l'héliopause. La définition de l'héliopause se lit de deux façons. L'ESA écrit que la pression du vent solaire y équilibre celle du milieu interstellaire. La NASA reste plus prudente : on pense que c'est l'endroit où le vent solaire n'a plus la force de repousser le vent stellaire et se trouve arrêté par le milieu interstellaire. Deux formulations, la même idée. Cette prudence se comprend : les seules mesures faites sur place viennent de deux sondes qui ont croisé la frontière, chacune une seule fois. ## Les quatre franchissements, sonde par sonde Voici ce que les publications établissent, avec la distance au Soleil en [unités astronomiques](/unite-astronomique-definition-mesure-distances) (UA). | Franchissement | Sonde | Date | Distance du Soleil | Publication qui l'établit | | -------------- | --------- | ------------------------------------------------------ | ------------------ | ----------------------------------------------- | | Choc terminal | Voyager 1 | 16 décembre 2004 | 94,01 UA | Stone et al., Science, 2005 | | Choc terminal | Voyager 2 | 30 août 2007 | 83,7 UA | Stone et al., Nature, 2008 | | Héliopause | Voyager 1 | 25 août 2012 (date généralement acceptée par l'équipe) | 121,6 UA | Burlaga et al., Nature Astronomy, novembre 2019 | | Héliopause | Voyager 2 | 5 novembre 2018 | environ 119,0 UA | Burlaga et al., Nature Astronomy, novembre 2019 | Trois remarques sur ce tableau. Le choc terminal de Voyager 2 n'a pas été un événement net. L'article de Richardson et al. (Nature, 2008) parle de plusieurs traversées, entre le 30 août et le 1er septembre 2007. Le 30 août est la première de la série. Les deux chocs terminaux ne sont pas à la même distance. Selon Stone et al. (Nature, 2008), celui de Voyager 2 se trouve environ 10 UA plus près du Soleil que celui de Voyager 1. Voyager 1 a franchi l'héliopause dans l'hémisphère nord, Voyager 2 dans l'hémisphère sud : la bulle n'est pas une sphère régulière. Enfin, Burlaga et al. donnent les deux héliopauses dans la même publication. J'ai lu les résumés des articles originaux plutôt que les récapitulatifs de presse, et c'est ce papier de 2019 qui range les deux franchissements côte à côte. ## Voyager 1 : trois dates, trois événements Ne mélangez pas ce que la littérature sépare. Pour Voyager 1, trois dates circulent, et chacune désigne autre chose. Le 25 août 2012, à 121,6 UA : c'est le franchissement, que l'équipe Voyager retient comme la date d'arrivée dans l'espace interstellaire. La NASA écrit que l'équipe accepte généralement cette date, pas qu'elle l'a mesurée sur le moment. Le 12 septembre 2013 : c'est la date de l'annonce, avec l'article de Gurnett et al. dans Science et le communiqué de la NASA. Le franchissement avait déjà plus d'un an. Le 23 octobre 2013, à 122,6 UA : c'est la première mesure de densité du plasma interstellaire, 0,055 par centimètre cube, d'après Gurnett et al. (Nature Astronomy, 2019). Une mesure, pas le franchissement. Pourquoi ce décalage ? Parce que Voyager 1 n'a pas de capteur plasma fonctionnel, comme l'explique la NASA en 2013. Les scientifiques ont dû trouver autre chose : une [éjection de masse coronale](/eruption-solaire-ejection-masse-coronale-difference) de mars 2012, arrivée sur la sonde en avril 2013, a fait vibrer le plasma. Le 9 avril 2013, l'instrument d'ondes plasma a détecté des oscillations autour de 2,6 kilohertz, soit une densité d'électrons d'environ 0,08 par centimètre cube. Pour une frontière, la preuve est arrivée par un coup de chance solaire. Voyager 2 a eu droit à un traitement plus propre : la NASA a annoncé son franchissement le 10 décembre 2018, après une observation dans le plasma établie par Richardson et al. (Nature Astronomy, 2019). ## Où sont les deux sondes aujourd'hui ? Selon la page de la NASA « Where Are Voyager 1 and 2 Now ? », au 2 octobre 2026 : - Voyager 1 se trouve à environ 172 UA du Soleil ; - Voyager 2 se trouve à environ 144 UA du Soleil. Les deux sont donc au-delà de leur héliopause, dans le milieu interstellaire. Les instruments s'éteignent peu à peu : sur la même page, mise à jour le 17 avril 2026, le magnétomètre et l'instrument d'ondes plasma de Voyager 1 fonctionnent encore, mais son instrument de particules de basse énergie (LECP) est coupé depuis le 17 avril 2026. Reste une échéance. Selon la NASA, Voyager 1 sera à un jour-lumière de la Terre le mercredi 18 novembre 2026, à 16,094 milliards de miles (25,902 milliards de kilomètres) de nous. La NASA présente Voyager 1 comme le premier objet fabriqué par l'humain à cette distance. L'annonce ne vient que de la NASA, et l'événement n'a pas encore eu lieu. ## L'héliopause n'est pas la sortie du Système solaire La NASA est explicite dans la FAQ des Voyager : les sondes n'ont pas quitté le Système solaire selon la définition scientifique. Pour le quitter, il faut dépasser le nuage d'Oort. La même FAQ chiffre l'ordre de grandeur : environ 300 ans pour que Voyager 1 atteigne le bord interne du nuage, et peut-être 30 000 ans environ pour le dépasser. Les bornes du nuage varient d'une page NASA à l'autre. La page Facts situe son bord interne entre 2 000 et 5 000 UA et son bord externe entre 10 000 et 100 000 UA ; le communiqué de 2018 parle d'environ 1 000 à 100 000 UA. Pas de chiffre unique, donc, et l'article sur le [nuage d'Oort](/nuage-oort-reserve-cometes-longue-periode) garde ces fourchettes. Côté petits corps, la [ceinture de Kuiper](/ceinture-kuiper-definition-objets-au-dela-neptune) a le sien. Autre limite, autre définition : la FAQ NASA, qui cite l'Encyclopedia of Planetary Science, indique que l'influence gravitationnelle du Soleil pourrait s'étendre jusqu'à 2 années-lumière. Au conditionnel, une seule source. Si les échelles vous intéressent, l'[année-lumière](/annee-lumiere-echelle-univers) vaut le détour. L'héliopause est une porte d'entrée dans le vent interstellaire, pas la porte de sortie de la maison. ## Onde de choc d'étrave : l'ESA dessine, IBEX dit non Dernier point où deux sources s'opposent. Le schéma de l'ESA, une image NASA de 2010 mise à jour par l'ESA le 1er septembre 2019, dessine une onde de choc d'étrave devant l'héliosphère. Or McComas et al. (Science, 10 mai 2012), à partir des données d'IBEX, concluent qu'aucun choc d'étrave ne se forme devant l'héliosphère, contrairement à ce qu'on attendait largement. La NASA, sous l'intitulé « Bow Shock », écrit « a bow (or shock) wave » : onde d'étrave ou onde de choc, elle garde les deux mots. Deux sources, deux lectures, zéro recoupement. Je ne vais pas trancher à votre place entre les deux. La suite se joue avec les instruments en orbite. Selon la NASA, IBEX, lancé le 19 octobre 2008, observe la frontière du Système solaire depuis l'orbite terrestre. IMAP, lancé le 24 septembre 2025, a commencé sa mission scientifique primaire de deux ans le 1er février 2026, et les données de 7 de ses instruments sur 10, collectées jusqu'au 30 avril, ont été publiées le 7 août 2026. ## Questions fréquentes sur l'héliopause ### L'héliopause est-elle la sortie du Système solaire ? Non. Selon la NASA, les sondes Voyager n'ont pas quitté le Système solaire au sens scientifique : il faut pour cela dépasser le nuage d'Oort. L'héliopause marque la limite de l'influence du vent solaire, là où sa pression est équilibrée par celle du milieu interstellaire, d'après l'ESA. ### À quelle distance se trouve l'héliopause ? Elle n'a pas de distance unique. Voyager 1 l'a franchie à 121,6 UA du Soleil le 25 août 2012, dans l'hémisphère nord, et Voyager 2 à environ 119 UA le 5 novembre 2018, dans l'hémisphère sud (Burlaga et al., Nature Astronomy, 2019). Deux franchissements, deux distances. ### Où sont Voyager 1 et Voyager 2 aujourd'hui ? Selon la page NASA « Where Are Voyager 1 and 2 Now ? », au 2 octobre 2026, Voyager 1 se trouve à environ 172 UA du Soleil et Voyager 2 à environ 144 UA. Les deux sondes sont au-delà de leur héliopause, dans le milieu interstellaire. ### Quand Voyager 1 sera-t-elle à un jour-lumière de la Terre ? Selon la NASA, le mercredi 18 novembre 2026, à 16,094 milliards de miles (25,902 milliards de kilomètres) de la Terre. La NASA présente Voyager 1 comme le premier objet fabriqué par l'humain à cette distance. Elle est seule à l'annoncer, et l'événement reste à venir. ### Y a-t-il une onde de choc d'étrave devant l'héliosphère ? Les sources divergent. Le schéma de l'ESA en dessine une, alors que McComas et al. (Science, 2012), avec les données d'IBEX, concluent qu'aucun choc d'étrave ne se forme devant l'héliosphère. La NASA écrit « a bow (or shock) wave », sans choisir entre les deux mots. ## Sources - [NASA Science, "Where Are Voyager 1 and 2 Now ?"](https://science.nasa.gov/mission/voyager/where-are-voyager-1-and-voyager-2-now/), consulté le 5 octobre 2026 - [NASA Science, "Components of the Heliosphere"](https://science.nasa.gov/learn/heat/resource/components-of-the-heliosphere), consulté le 5 octobre 2026 - [ESA Science & Technology, "Features of the heliosphere"](https://sci.esa.int/web/cluster/-/46876-features-of-the-heliosphere), consulté le 5 octobre 2026 - [NASA, "NASA's Voyager 2 Probe Enters Interstellar Space"](https://www.nasa.gov/news-release/nasas-voyager-2-probe-enters-interstellar-space/), consulté le 5 octobre 2026 - [NASA, "NASA Spacecraft Embarks on Historic Journey Into Interstellar Space"](https://www.nasa.gov/news-release/nasa-spacecraft-embarks-on-historic-journey-into-interstellar-space/), consulté le 5 octobre 2026 - [Burlaga et al., "Magnetic field and particle measurements made by Voyager 2 at and near the heliopause", Nature Astronomy](https://www.nature.com/articles/s41550-019-0920-y), consulté le 5 octobre 2026 - [Richardson et al., "Voyager 2 plasma observations of the heliopause and interstellar medium", Nature Astronomy](https://www.nature.com/articles/s41550-019-0929-2), consulté le 5 octobre 2026 - [Gurnett et al., Nature Astronomy, novembre 2019](https://www.nature.com/articles/s41550-019-0918-5), consulté le 5 octobre 2026 - [Stone et al., Science 309, 2005 (Voyager 1, choc terminal)](https://www.ebi.ac.uk/europepmc/webservices/rest/search?query=DOI:10.1126/science.1117684&format=json&resultType=core), consulté le 5 octobre 2026 - [Stone et al., "An asymmetric solar wind termination shock", Nature, 2008](https://www.ebi.ac.uk/europepmc/webservices/rest/search?query=DOI:10.1038/nature07022&format=json&resultType=core), consulté le 5 octobre 2026 - [Richardson et al., Nature 454, 2008 (Voyager 2, traversées du choc terminal)](https://www.ebi.ac.uk/europepmc/webservices/rest/search?query=DOI:10.1038/nature07024&format=json&resultType=core), consulté le 5 octobre 2026 - [Gurnett et al., "In situ observations of interstellar plasma with Voyager 1", Science, 2013](https://www.ebi.ac.uk/europepmc/webservices/rest/search?query=DOI:10.1126/science.1241681&format=json&resultType=core), consulté le 5 octobre 2026 - [McComas et al., "The heliosphere's interstellar interaction: no bow shock", Science, 2012](https://www.ebi.ac.uk/europepmc/webservices/rest/search?query=DOI:10.1126/science.1221054&format=json&resultType=core), consulté le 5 octobre 2026 - Image : [Voyager 1 entrant dans l'espace interstellaire, vue d'artiste](https://images.nasa.gov/details/PIA17462) : Credit: NASA/JPL-Caltech, domaine public - [NASA Science, "Voyager Frequently Asked Questions"](https://science.nasa.gov/mission/voyager/frequently-asked-questions/), consulté le 5 octobre 2026 - [NASA Science, "Oort Cloud Facts"](https://science.nasa.gov/solar-system/oort-cloud/facts/), consulté le 5 octobre 2026 - [NASA Science, IBEX](https://science.nasa.gov/mission/ibex/), consulté le 5 octobre 2026 - [NASA Science, blog IMAP, "NASA's IMAP Begins Primary Science Mission"](https://science.nasa.gov/blogs/imap/2026/02/02/nasas-imap-begins-primary-science-mission/), consulté le 5 octobre 2026 - [NASA Science, blog IMAP, "NASA's IMAP Mission Releases New Data From 7 Science Instruments"](https://science.nasa.gov/blogs/imap/2026/08/07/nasas-imap-mission-releases-new-data-from-7-science-instruments/), consulté le 5 octobre 2026 --- ## Orionides 2026 : pic le 21 octobre, malgré la Lune - URL: https://www.portail-astronomie.fr/orionides-2026-pic-21-octobre-comete-halley/ - Author: Julien P. - Published: 2026-10-02T06:00:00 - Categories: evenements-celestes Oui, les Orionides 2026 s'observent malgré la Lune, à une condition : les chercher quand elle est couchée. À Paris, d'après l'IMCCE, la Lune se couche à 02:29 le 21 octobre puis à 03:41 le 22, en heure légale. Le début de l'aube astronomique tombe à 06:34 le 21 et à 06:36 le 22, selon le même service. Ces quatre heures décident de la qualité de la nuit bien plus que la date du maximum, que l'on cite partout comme si elle suffisait. La mise en regard de ces deux relevés est la mienne : l'IMCCE donne des heures, pas un créneau. ## Que dit le calendrier de l'IMO pour 2026 ? Dans le calendrier 2026 de l'International Meteor Organization (IMO), les Orionides ont leur maximum le 21 octobre, soit une longitude solaire de 208 degrés. Le radiant se situe à α = 95 degrés et δ = +16 degrés, dans la constellation d'Orion, et les météores entrent dans l'atmosphère à 66 km/s. Selon la NASA, l'essaim est actif du 2 octobre au 7 novembre 2026 et sa nuit de pointe est celle du 21 au 22 octobre ; l'American Meteor Society (AMS) retient la même nuit. Le 21 octobre de l'IMO et la nuit du 21 au 22 de la NASA ne se contredisent pas : le premier est une date, la seconde un découpage en nuit d'observation. Le maximum lui-même est large. L'IMO écrit que les Orionides peuvent offrir plusieurs maxima secondaires, et que l'activité peut rester comparable pendant plusieurs nuits consécutives centrées sur le pic principal. Se fixer sur une minute précise du 21 n'aurait donc pas grand sens, et c'est pour cela que cet article raisonne en nuits plutôt qu'en heure de pic. J'ai relu le PDF du calendrier IMO en entier plutôt que de me fier aux extraits repris par les sites d'actualité, et la fiche des Orionides y tient en quelques lignes : date, ZHR, vitesse, radiant, un paramètre de population de 2,5 selon cette même source. Tout le reste, la Lune en particulier, se construit ailleurs. ## « ZHR = 20+ » ou « 10 à 20 par heure » : deux grandeurs Le calendrier IMO indique « ZHR = 20+ ». Le ZHR, taux horaire zénithal, est un taux théorique : ciel idéal, radiant au zénith. La NASA, elle, parle d'environ 10 à 20 météores par heure sous ciel sombre. Les deux chiffres se ressemblent, ils ne mesurent pas la même chose : l'un est un plafond de calcul, l'autre une attente d'observateur. Dans les conditions idéales du ZHR, on peut compter jusqu'à 20 et plus ; sous un ciel réel, la NASA situe l'attente entre 10 et 20. Le contexte historique rend la comparaison plus intéressante. D'après l'IMO, chaque retour de 2006 à 2009 a produit des ZHR inattendus par leur force, dans une fourchette de 40 à 70 sur deux ou trois dates consécutives. Le ZHR maximal moyen de 2012 à 2020, toujours selon l'IMO, est de l'ordre de 20 à 30. Les Orionides ont donc connu une période plus généreuse que leur réputation d'essaim modeste, et la valeur de 2026 se lit contre cet arrière-plan, pas contre le seul « 10 à 20 » des guides. ## La Lune : trois quarts éclairée Le premier quartier tombe le 18 octobre et la pleine Lune le 26 octobre, d'après l'IMO. Entre les deux, la Lune est gibbeuse croissante. L'IMO le formule avec retenue : la Lune croissante laisse des heures sans Lune au moins jusqu'au maximum. L'AMS est plus sévère : elle attend une interférence importante tant que la Lune est au-dessus de l'horizon, tout en précisant que les météores les plus brillants restent visibles. Reste le pourcentage d'illumination. L'AMS annonce 74 % pour la nuit du 21 au 22. Une seconde mesure existe, brute : l'IMCCE, via son service Miriade, calcule un angle de phase de 64,03 degrés le 21 octobre à 00:00 UT. Je ne la convertis pas en pourcentage ; « environ les trois quarts éclairée » suffit pour la suite. ## À Paris, les deux nuits côte à côte Voici le tableau que je voulais voir publié avant de rédiger ce guide. Les heures sont en heure légale (UTC+2), valable jusqu'au 25 octobre 2026, puis UTC+1. | Nuit | Coucher de la Lune (IMCCE) | Début de l'aube astronomique (IMCCE) | | ------------------- | -------------------------- | ------------------------------------ | | du 20 au 21 octobre | 02:29 le 21 | 06:34 le 21 | | du 21 au 22 octobre | 03:41 le 22 | 06:36 le 22 | Deux précisions de lecture. D'une part, la Lune se lève le 20 à 16:38 et le 21 à 16:55 selon l'IMCCE, avec un passage au méridien à 21:28 puis à 22:12 : elle est levée dès la fin d'après-midi et le ciel ne devient sombre qu'après son coucher. D'autre part, le créneau sans Lune court du coucher de la Lune jusqu'à l'aube astronomique. Je lis volontairement les deux heures sans en tirer de durée : le service Miriade de l'IMCCE les calcule à la minute, pour un point de Paris, et je m'en tiens à cette précision. La Lune se couche plus tard la nuit du 21 au 22 que celle du 20 au 21, et l'aube astronomique aussi. Entre les deux nuits, mon penchant va à la seconde, celle que la NASA et l'AMS désignent comme la nuit du pic ; l'argument de la première, une Lune couchée plus tôt, ne s'écarte pas si facilement, et rien n'interdit de sortir les deux soirs. ## Quelle consigne pour un lecteur qui n'est pas à Paris ? Ces heures valent pour Paris, et pour Paris seulement. Pour tout autre lieu, consultez une éphéméride calculée pour votre commune : le critère reste le même, observer quand la Lune est couchée. Ce critère est vérifiable à vue, sans table : si la Lune est encore dans le ciel, la nuit des Orionides n'a pas commencé. Côté ciel, l'IMO indique que le radiant atteint une hauteur utile à partir de minuit local environ, un peu avant dans l'hémisphère nord. Le radiant se trouve dans Orion, mais les Orionides se regardent sur tout le ciel ; pour comprendre pourquoi les traînées semblent diverger d'un même point, l'article sur le [radiant et la perspective](/radiant-pluie-meteores-fonctionnement-perspective) en détaille la mécanique. Et un ciel sombre compte autant que l'absence de Lune : la [pollution lumineuse et les sites en ciel noir en France](/pollution-lumineuse-bortle-sites-ciel-noir-france) sont le deuxième filtre, celui que le calendrier ne montre pas. Pour situer la Lune elle-même, le guide sur les [phases du cycle lunaire](/phases-lune-cycle-lunaire-guide-explication) donne les repères. Un essaim voisin brouille la lecture : les ε-Géminides sont actives du 14 au 27 octobre, avec un maximum le 18 octobre, 70 km/s et un ZHR de 3. L'IMO prévient qu'il faut prendre grand soin de séparer les météores des deux sources. Combien de météores un ciel où la Lune vient juste de se coucher laissera passer, personne ne peut l'annoncer à l'avance ; c'est la seule incertitude que je garde, et elle ne se lève qu'en sortant. ## D'où vient la poussière : la comète de Halley Les Orionides sont des débris de la comète 1P/Halley. D'après la NASA, ce courant de débris donne chaque année deux pluies faibles : les êta-Aquarides en mai et les Orionides en octobre. L'IMO donne pour les êta-Aquarides un maximum le 6 mai et la même vitesse de 66 km/s ; leur guide d'observation existe déjà dans l'article sur les [êta-Aquariides de mai 2026](/eta-aquariides-mai-2026-observation-comete-halley-guide). Halley boucle son orbite en 76 ans en moyenne, selon la NASA. Son dernier passage au périhélie date du 9 février 1986, à 0,5871 ua du Soleil (87,8 millions de km), bien à l'intérieur de l'orbite de Vénus, et son prochain retour est attendu en 2061. Entre-temps, la comète s'est éloignée : d'après JPL Horizons et phys.org, elle a franchi son aphélie début décembre 2023, à environ 35 ua selon le JPL, au-delà de l'orbite de Neptune. Un mouvement rétrograde, inhabituel pour une comète à courte période, complète le portrait selon la NASA. Je trouve cet écart d'échelle assez frappant : la poussière qui s'enflamme à 66 km/s au-dessus de nos têtes appartient à un objet dont le noyau mesure 16 sur 8 sur 8 km et qui a franchi son point le plus lointain début décembre 2023. La sonde Giotto en avait photographié le noyau en 1986. Chaque octobre, la Terre croise simplement une trace que la comète a laissée derrière elle. Pour qui veut prolonger la saison, les [Géminides de décembre](/geminides-13-14-decembre-2026-pic-150-meteores-heure-asteroide-phaethon) ont leur propre guide. ## Sources - [Calendrier 2026 de l'International Meteor Organization (IMO)](https://web.archive.org/web/20260308033848/https://imo.net/files/meteor-shower/cal2026.pdf), consulté le 2 octobre 2026 - [Orionids, NASA Science](https://science.nasa.gov/solar-system/meteors-meteorites/orionids/), consulté le 2 octobre 2026 - [1P/Halley, NASA Science](https://science.nasa.gov/solar-system/comets/1p-halley/), consulté le 2 octobre 2026 - [Meteor shower calendar, American Meteor Society](https://www.amsmeteors.org/calendar/), consulté le 2 octobre 2026 - [Lever, passage au méridien et coucher de la Lune à Paris, 20 au 22 octobre 2026, service Miriade, IMCCE](https://ssp.imcce.fr/webservices/miriade/api/rts.php?-body=10&-ep=2026-10-20T12:00:00&-nbd=3&-observer=2.3522%2048.8566%2035&-tz=2&-mime=html), consulté le 2 octobre 2026 - [Crépuscules astronomiques à Paris, 20 au 22 octobre 2026, service Miriade, IMCCE](https://ssp.imcce.fr/webservices/miriade/api/rts.php?-body=11&-ep=2026-10-20T12:00:00&-nbd=3&-observer=2.3522%2048.8566%2035&-tz=2&-twilight=1&-mime=html), consulté le 2 octobre 2026 - [Éphéméride de la Lune, service Miriade, IMCCE](https://ssp.imcce.fr/webservices/miriade/api/ephemcc.php?-name=s:Moon&-ep=2461334.5&-nbd=1&-step=1d&-tscale=UTC&-observer=@500&-theory=INPOP&-teph=1&-tcoor=1&-mime=html&-output=--iso), consulté le 2 octobre 2026 - [1P/Halley, Small-Body Database Lookup, JPL](https://ssd.jpl.nasa.gov/tools/sbdb_lookup.html#/?sstr=1P), consulté le 2 octobre 2026 - [Horizons System, éphémérides du JPL](https://ssd.jpl.nasa.gov/horizons/app.html), consulté le 2 octobre 2026 - [Halley's comet reaches aphelion, phys.org](https://phys.org/news/2023-12-halley-comet-sun.html), consulté le 2 octobre 2026 - Image : [Orionides 2020, composite de 19 images d'un timelapse]() : Credit: Jim Vajda, [CC BY 2.0](https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/) --- ## Cycle solaire de 11 ans : où en est le cycle 25 ? - URL: https://www.portail-astronomie.fr/cycle-solaire-11-ans-taches-solaires-explication/ - Author: Julien P. - Published: 2026-10-01T14:00:00 - Categories: systeme-solaire En décembre 2019, le panel de prévision du cycle solaire annonçait, selon un communiqué de la NOAA du 9 décembre 2019, un pic en juillet 2025 (plus ou moins 8 mois), avec un nombre de taches solaires lissé de 115. Le SIDC, rattaché à l'Observatoire royal de Belgique, place le maximum lissé du cycle 25 en octobre 2024, à 161, soit 160,9 dans le suivi du STCE. Le pic est arrivé plus tôt que le calendrier central et bien au-dessus de la fourchette du panel, de 105 à 125 d'après l'article du SIDC. Reste à savoir ce que l'on mesure exactement, car plusieurs grandeurs circulent sous le même mot de « maximum ». Le cycle solaire est une oscillation de l'activité magnétique du Soleil, comptée en nombre de taches : environ 11 ans entre deux minimums. Au 1er octobre 2026, le cycle 25 a passé son maximum lissé, que le SIDC place en octobre 2024, et le STCE décrit une baisse continue. Le dernier mensuel brut du fichier de la NOAA est de 76,0 en août 2026, valeur encore provisoire. ## Qu'est-ce qu'une tache solaire, et que compte-t-on exactement ? Selon la NASA, dans son communiqué du 15 octobre 2024, les taches solaires sont des régions plus froides du Soleil, causées par une concentration de lignes de champ magnétique. On ne compte donc pas de la chaleur mais, indirectement, du magnétisme. Selon la revue de Hathaway publiée en 2015 dans Living Reviews in Solar Physics, le cycle n'a été véritablement découvert qu'en 1844, quand Schwabe a rapporté dans les Astronomische Nachrichten un cycle d'activité d'une période d'environ 10 ans. La série de référence est aujourd'hui tenue par le SILSO, au sein du SIDC. Selon le SILSO, elle est passée en version 2.0 le 1er juillet 2015, avec l'abandon du facteur conventionnel de 0,6 dit de Zurich. Toutes les valeurs de cet article se lisent dans cette version 2.0. ## Pourquoi le Soleil s'agite-t-il par périodes ? Selon l'ESA, le cycle solaire dure environ 11 ans et il est causé par la dynamo solaire, le processus qui engendre le champ magnétique du Soleil. La revue de Hathaway écrit qu'il ne fait guère de doute que le cycle est de nature magnétique, tout en précisant que les détails de cette dynamo (comment, quand, où) restent incertains. Dans le modèle décrit par cette revue, deux mouvements se combinent. Le premier est un cisaillement, l'effet Oméga : il renforce le champ magnétique et l'aligne sur l'écoulement. Le second est un mouvement hélicoïdal, l'effet alpha : il soulève le champ et le tord dans un autre plan. Un exemple suffit à retenir l'idée : un champ qui s'étire, se tord, puis se retourne. Ce retournement laisse une trace dans les taches. Selon la loi de Hale (Hale et al., 1919, citée par Hathaway et détaillée par le HAO), les taches vont par paires de polarités opposées, dans un sens inverse entre l'hémisphère nord et l'hémisphère sud, et les polarités d'un cycle sont opposées à celles du cycle précédent. Chapman, McIntosh, Leamon et Watkins (Astrophysical Journal, 2021) parlent pour cette raison d'un cycle de Hale, magnétique, d'environ 22 ans, soit deux cycles de taches. Les pôles magnétiques du Soleil s'inversent eux aussi : selon la NASA, environ tous les 11 ans, au plus haut du cycle. Pour le cycle 25, deux estimations coexistent. Le STCE situe l'inversion en 2023-2024. Un preprint arXiv (Hinode), non évalué par les pairs et soumis le 13 juin 2026, juge probables une inversion au sud en octobre 2024 et au nord en novembre 2024, d'après les calottes polaires au-delà de 70 degrés. Les deux estimations reposent sur des méthodes différentes. ## Un cycle de 11 ans dure-t-il vraiment 11 ans ? L'ESA et la NASA disent « environ 11 ans », et le mot « environ » porte du sens. La revue de Hathaway (2015) donne une durée moyenne d'environ 132 mois, soit 11 ans, avec un écart-type d'environ 14 mois. Les cycles récents le montrent. | Cycle | Minimum de début (lissé) | Maximum lissé | Durée | | ----- | ------------------------ | ------------------------------------------------ | ------------------------------------------------------------------------------ | | 22 | 13,5 (septembre 1986) | 212,5 (novembre 1989) | 9 ans 11 mois | | 23 | 11,2 (août 1996) | 180,3 (novembre 2001) | 12 ans 4 mois | | 24 | 2,2 (décembre 2008) | 116,4 (avril 2014) | 11 ans 0 mois | | 25 | 1,8 (décembre 2019) | 160,9 (octobre 2024, d'après le SIDC et le STCE) | en cours (cycle 26 attendu entre janvier 2029 et décembre 2032, selon la NOAA) | Valeurs d'après la table des cycles du SILSO (version 2.0), en nombre de taches lissé sur 13 mois. La ligne du cycle 25 n'y affiche pour l'instant que le minimum : son maximum vient de l'article du SIDC et de la page de suivi du STCE. Le cycle 22 est le plus court des trois cycles complets, le 23 le plus long. Côté amplitude, le maximum lissé du cycle 25 est plus haut que celui du cycle 24 (116,4) et plus bas que celui du cycle 23 (180,3). Quant au cycle 22, avec un maximum lissé de 212,5 d'après la même table du SILSO, il reste au-dessus de tous. ## Où en est le cycle 25 au 1er octobre 2026 ? Trois grandeurs circulent sous le nom de maximum, et elles ne se recouvrent pas. Le tableau les range avec leur mois et leur source. | Grandeur | Valeur | Mois | Source | | ----------------------------------------------- | ------ | --------------- | -------------------------------------- | | Record quotidien (provisoire) | 290 | 18 juillet 2024 | STCE | | Maximum mensuel brut | 216,0 | août 2024 | STCE | | Maximum lissé sur 13 mois | 160,9 | octobre 2024 | SIDC et STCE (séries SILSO) | | Dernier lissé calculable (provisoire) | 94,5 | mars 2026 | SILSO | | Dernier mensuel brut (mois récents provisoires) | 76,0 | août 2026 | fichier NOAA SWPC | | Prévision NOAA du lissé | 92,5 | juillet 2026 | NOAA SWPC, fichier du 1er octobre 2026 | Le mensuel brut de 216,0 en août 2024 est, selon le STCE, le plus haut depuis septembre 2001 (238,2). Le lissé de 160,9 en octobre 2024 est une autre grandeur : le SIDC écrit 161, le STCE 160,9, sur la même série. Je me suis arrêté sur ce détail en relisant le fichier mensuel du SILSO : le mois le plus haut du cycle n'apparaît nulle part comme maximum, parce que le lissé l'a étalé sur une fenêtre de 13 mois. Ce lissé impose de patienter. Selon la page d'information du SILSO, il n'existe pas de valeur lissée pour les six derniers mois de la série. D'après le fichier mensuel du SILSO, le dernier lissé calculable est donc celui de mars 2026, 94,5, après 99,8 en février 2026, les deux provisoires. Aucun lissé n'existe pour avril 2026 et les mois suivants, et un « lissé d'août 2026 » n'existe pas. Pour les mois récents, seul parle le mensuel brut, selon le fichier de la NOAA : 101,5 en mai 2026, 94,4 en juin, 78,1 en juillet, 76,0 en août, les derniers mois restant provisoires. Il y a une ironie propre à cette série : le chiffre que tout le monde cite, le maximum, est le seul que l'on ne peut pas connaître en direct. Le 15 octobre 2024, lors d'une téléconférence, la NASA, la NOAA et le Solar Cycle Prediction Panel ont annoncé que le Soleil avait atteint sa période de maximum, qui pouvait se poursuivre pendant l'année suivante. Selon la NASA, dans ce même communiqué, le pic exact ne pourrait être déterminé que de nombreux mois plus tard. Une période de maximum et un pic précis sont deux objets différents. Depuis, le SIDC situe le maximum lissé en octobre 2024, et le STCE, dans sa mise à jour du 29 juin 2026, relève que les prévisions montrent une baisse continue sur les mois suivants. Le calme apparent des derniers mois ne dit pourtant pas que le Soleil s'est tu. Selon le STCE (données au 31 mai 2026), le cycle 25 a produit 104 éruptions de classe X. La plus forte, toujours selon le STCE, une X9.0 dans la région NOAA 13842, date du 3 octobre 2024, dans le mois même du maximum lissé, et une X8.1 est encore survenue le 1er février 2026. La différence entre une [éruption solaire et une éjection de masse coronale](/eruption-solaire-ejection-masse-coronale-difference) a son propre article, qui détaille les échelles de la NOAA. Les effets au sol ont eux aussi marqué ce cycle. Selon la NASA, la tempête géomagnétique de mai 2024 a été la plus forte à atteindre la Terre en deux décennies. Pour savoir [où et quand voir une aurore boréale en France](/aurores-boreales-france-ou-quand-observer), un article dédié fait le point. Pour qui veut compter les taches soi-même, le [comparatif de télescopes solaires](/telescope-solaire-amateur-cycle-25-mai-2026-comparatif) existe déjà, et le poids de cette activité sur le climat se lit dans l'article sur l'[activité solaire et le réchauffement](https://www.rechauffement-climatique.com/activite-solaire-rechauffement-climatique-co2/). Et ce que les régions actives envoient vers la Terre, puis la façon dont la magnétosphère l'encaisse, est le sujet de l'article sur la [mission SMILE de l'ESA](/smile-esa-vent-solaire-magnetosphere-avril-2026). ## Que prévoyait-on en 2019, et que prévoit-on maintenant ? La prévision de 2019 et le réel se comparent grandeur par grandeur. | Grandeur | Prévision du panel (décembre 2019) | Observé (SIDC et STCE, séries SILSO V2.0) | | ----------------------- | ---------------------------------- | --------------------------------------------- | | Maximum lissé | 115 | 160,9 | | Fourchette annoncée | 105 à 125 | 160,9, au-dessus de cette fourchette | | Date du pic | juillet 2025, plus ou moins 8 mois | octobre 2024 | | Fenêtre annoncée du pic | novembre 2024 à mars 2026 | octobre 2024, avant le début de cette fenêtre | Le pic de juillet 2025 et la valeur de 115 viennent du communiqué de la NOAA ; la fourchette et la fenêtre du pic, de l'article du SIDC. Sur le jugement à porter sur le panel, mon avis reste partagé : la valeur du pic sort de la fourchette annoncée, mais le SIDC qualifie lui-même cette fourchette de très étroite, et sans critère fixé d'avance je ne sais pas dire si l'erreur tient à la méthode ou au choix d'une fourchette aussi serrée. Selon la page de suivi de la NOAA, ce panel a été remplacé en février 2025 par un ajustement mensuel d'une courbe non linéaire. Voici la trajectoire prévue du lissé, d'après le fichier du 1er octobre 2026 : | Mois | Lissé prévu | | ------------ | ----------- | | juillet 2026 | 92,5 | | janvier 2027 | 90,6 | | juillet 2027 | 74,9 | | janvier 2028 | 58,9 | | janvier 2029 | 33,6 | | janvier 2030 | 16,9 | La dernière échéance du fichier est décembre 2030, et l'incertitude est large : pour juillet 2027, selon ce même fichier, la valeur prévue de 74,9 s'accompagne d'une fourchette de 56,3 à 92,2. Un mensuel brut de 76,0 en août 2026 à côté d'un lissé prévu de 92,5 en juillet 2026, deux valeurs tirées des fichiers de la NOAA, ne se contredit pas : ce sont deux grandeurs, et la seconde est une prévision. La fin du cycle 25 n'a pas de date publique : la table du SILSO n'en porte pas, et la NOAA, qui ne produit pas de prévision pour le cycle 26, situe son début entre janvier 2029 et décembre 2032. Conséquence pratique : pour citer le niveau actuel du Soleil, il faut toujours donner la grandeur et le mois. ## Questions fréquentes sur le cycle solaire de 11 ans ### Combien de temps dure un cycle solaire ? Environ 11 ans, selon l'ESA et la NASA, mais la durée mesurée varie. D'après la table des cycles du SILSO (version 2.0), le cycle 22 a duré 9 ans 11 mois, le cycle 23 a duré 12 ans 4 mois et le cycle 24 a duré 11 ans 0 mois. La revue de Hathaway (2015) donne une moyenne d'environ 132 mois, avec un écart-type d'environ 14 mois. ### Où en est le cycle solaire 25 en octobre 2026 ? Au 1er octobre 2026, le maximum lissé de 160,9 date d'octobre 2024, d'après le SIDC et le STCE. Le dernier lissé calculable est celui de mars 2026 (94,5, provisoire, d'après le fichier du SILSO) et le dernier mensuel brut celui d'août 2026 (76,0, provisoire, selon le fichier de la NOAA). Le STCE décrit une baisse continue. Selon son fichier de prévision du 1er octobre 2026, la NOAA attend un lissé de 58,9 en janvier 2028 et de 33,6 en janvier 2029. ### Le maximum du cycle 25 est-il passé ? Le SIDC et le STCE placent le maximum lissé en octobre 2024. Le 15 octobre 2024, la NASA, la NOAA et le Solar Cycle Prediction Panel ont annoncé que le Soleil avait atteint sa période de maximum, qui pouvait durer encore un an. Selon la NASA, le pic exact ne se détermine que de nombreux mois après. ### Pourquoi parle-t-on d'un cycle de 22 ans ? Parce que la polarité magnétique des taches s'inverse d'un cycle à l'autre : selon la loi de Hale, citée par Hathaway (2015), les taches d'un cycle ont la polarité opposée à celles du cycle précédent. Chapman, McIntosh, Leamon et Watkins (Astrophysical Journal, 2021) parlent d'un cycle de Hale d'environ 22 ans, soit deux cycles de taches. ### Pourquoi 216,0 et 160,9 pour le même maximum ? Ce sont deux grandeurs. 216,0 est la moyenne mensuelle brute d'août 2024, la plus haute depuis septembre 2001 (238,2), selon le STCE. 160,9 est le nombre lissé sur 13 mois, atteint en octobre 2024 d'après le SIDC et le STCE. Un maximum se cite toujours avec sa grandeur, mensuel ou lissé. ## Sources - [Solar Cycle 25 reached its maximum in October 2024, SIDC](https://www.sidc.be/article/solar-cycle-25-reached-its-maximum-october-2024), consulté le 1er octobre 2026 - [Solar Cycle 25 tracking, STCE](https://www.stce.be/content/sc25-tracking), consulté le 1er octobre 2026 - [Table of minima, maxima and cycle durations (version 2.0), SILSO](https://www.sidc.be/SILSO/cyclesmm), consulté le 1er octobre 2026 - [Monthly mean total sunspot number (version 2.0), SILSO](https://www.sidc.be/SILSO/DATA/SN_ms_tot_V2.0.txt), consulté le 1er octobre 2026 - [Monthly mean total sunspot number, information, SILSO](https://www.sidc.be/SILSO/infosnmstot), consulté le 1er octobre 2026 - [New sunspot number version 2.0, SILSO](https://www.sidc.be/SILSO/newdataset), consulté le 1er octobre 2026 - [Observed solar cycle indices, NOAA SWPC](https://services.swpc.noaa.gov/json/solar-cycle/observed-solar-cycle-indices.json), consulté le 1er octobre 2026 - [Predicted solar cycle, NOAA SWPC](https://services.swpc.noaa.gov/json/solar-cycle/predicted-solar-cycle.json), consulté le 1er octobre 2026 - [Solar Cycle Progression, NOAA SWPC](https://www.spaceweather.gov/products/solar-cycle-progression), consulté le 1er octobre 2026 - [Solar Cycle 25 Forecast Update, NOAA SWPC](https://www.spaceweather.gov/news/solar-cycle-25-forecast-update), consulté le 1er octobre 2026 - [Joint solar maximum announcement, NASA and NOAA, NOAA SWPC](https://www.swpc.noaa.gov/news/joint-solar-maximum-announcement-nasa-and-noaa), consulté le 1er octobre 2026 - [NASA, NOAA: Sun Reaches Maximum Phase in 11-Year Solar Cycle, NASA](https://science.nasa.gov/science-research/heliophysics/nasa-noaa-sun-reaches-maximum-phase-in-11-year-solar-cycle), consulté le 1er octobre 2026 - [Sun's surprising activity surge in Solar Orbiter snapshot, ESA](https://www.esa.int/ESA_Multimedia/Images/2024/02/Sun_s_surprising_activity_surge_in_Solar_Orbiter_snapshot), consulté le 1er octobre 2026 - [The Solar Cycle, Hathaway, Living Reviews in Solar Physics](https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC4841188/), consulté le 1er octobre 2026 - [Chapman, McIntosh, Leamon, Watkins, Astrophysical Journal (2021), arXiv 2101.02569](https://arxiv.org/abs/2101.02569), consulté le 1er octobre 2026 - [Hale's sunspot polarity law, NCAR HAO](https://www2.hao.ucar.edu/Education/Sun/hales-sunspot-polarity-law), consulté le 1er octobre 2026 - [Preprint arXiv 2606.15259, non évalué par les pairs](https://arxiv.org/abs/2606.15259), consulté le 1er octobre 2026 - Image : [NASA's SDO Observes Largest Sunspot of the Solar Cycle](https://images.nasa.gov/details/GSFC_20171208_Archive_e000923) : Credit: NASA/GSFC/SDO, domaine public --- ## Résolution d'un télescope : quel diamètre, quel détail ? - URL: https://www.portail-astronomie.fr/resolution-angulaire-telescope-limite-diffraction/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-09-30T06:00:00 - Categories: observation 0,65 seconde d'arc. C'est la taille angulaire de la division de Cassini selon AIP Inside Science, qui rend compte d'une étude de Lozi et al. : quand Saturne passe au plus près de la Terre, le sillon sombre des anneaux de Saturne paraît environ 3 000 fois plus petit que la Lune. La résolution angulaire d'un télescope, sa « capacité à distinguer de fins détails » pour reprendre la définition de l'Observatoire de Paris, décide si ce sillon apparaît dans l'oculaire ou s'il se fond dans l'anneau. Deux plafonds se disputent le verdict : la limite de diffraction, fixée par le diamètre, et la turbulence de l'air, que les astronomes appellent le seeing. Pour savoir quel diamètre montre quel détail, on pose la taille angulaire de la cible face à la table publiée par l'OASI, une société d'astronomes amateurs d'Ipswich : en conditions idéales, 2,3 secondes d'arc à 50 mm, 0,6 à 200 mm. Mais l'air plafonne vite : l'ESO donne une moyenne de 0,66 seconde d'arc à Paranal et une médiane de 0,67 à Armazones. ## Que fixe vraiment le diamètre ? La limite de diffraction se lit dans une formule, celle du critère de Rayleigh, que l'Observatoire de Paris écrit α > 1,22 λ/D, où D est le diamètre de l'instrument. L'institution en tire une conséquence nette : il est impossible de distinguer des détails plus petits que cet angle. Le manuel OpenStax College Physics donne le sens concret du critère : deux images sont tout juste séparables quand le centre de la figure de diffraction de l'une tombe exactement sur le premier minimum de la figure de l'autre. Le diamètre est au dénominateur. Plus il grandit, plus l'angle limite rétrécit. C'est le critère qui devrait guider l'achat d'un instrument, et c'est celui que notre [guide du premier télescope](/premier-telescope-refracteur-reflecteur-dobson-achat) place en tête. Les amateurs utilisent souvent une autre règle, celle de Dawes. L'OASI, sous la plume de B. Barton, la donne sous la forme R = 116/D, avec R le pouvoir de résolution en secondes d'arc et D l'ouverture en millimètres, c'est-à-dire le diamètre de la lentille ou du miroir principal. Surtout, l'association publie le résultat ligne par ligne, avec une colonne rare : le diamètre du plus petit cratère lunaire visible, la Lune étant à sa [distance moyenne](/distance-terre-lune-perigee-apogee-explication). | Ouverture D (mm) | Résolution R (secondes d'arc) | Plus petit cratère lunaire L (km) | | ---------------- | ----------------------------- | --------------------------------- | | 25 | 4,6 | 8,5 | | 50 | 2,3 | 4,2 | | 75 | 1,5 | 2,8 | | 100 | 1,2 | 2,1 | | 125 | 0,9 | 1,7 | | 150 | 0,8 | 1,4 | | 175 | 0,7 | 1,2 | | 200 | 0,6 | 1,1 | | 250 | 0,5 | 0,8 | | 300 | 0,4 | 0,7 | | 350 | 0,3 | 0,6 | | 400 | 0,3 | 0,5 | | 450 | 0,3 | 0,5 | | 500 | 0,2 | 0,4 | | 10 000 (Keck) | 0,01 | 0,02 | Table publiée par l'OASI, valable selon elle « en conditions idéales ». Ce n'est pas une donnée d'observatoire institutionnel mais le travail d'un club, et elle se lit comme tel : un plafond théorique, pas une promesse. Ce genre de tableau me ramène aux fiches techniques que je dévorais sur Tom's Hardware au lycée, à l'époque où j'overclockais un Core 2 Duo. La colonne qui compte n'est jamais celle imprimée en plus gros. Ici, c'est la dernière : un cratère en kilomètres parle davantage qu'un angle en secondes d'arc. ## Quel diamètre pour la division de Cassini, Epsilon Lyrae ou Mars ? La table devient utile quand on la confronte à des cibles réelles. Voici les tailles angulaires publiées pour quelques détails classiques du ciel amateur. | Détail observé | Taille angulaire publiée | Source | | -------------------------------------- | ------------------------ | ------------------------------ | | Division de Cassini (Saturne) | 0,65" | AIP Inside Science | | Epsilon Lyrae, couple Eps-1 | 2,8" | J. B. Kaler, Univ. of Illinois | | Epsilon Lyrae, couple Eps-2 | 2,2" | J. B. Kaler, Univ. of Illinois | | Epsilon Lyrae, écart entre les couples | 208" | J. B. Kaler, Univ. of Illinois | | Grande Tache Rouge (Jupiter), latitude | 3,3" | OASI | | Disque de Mars, moyenne à l'opposition | 17,8" | NASA NSSDC | | Disque de Mars, maximum | 25,6" | NASA NSSDC | | Disque de Mars, minimum | 3,5" | NASA NSSDC | ### La division de Cassini Selon l'Observatoire de Paris, ce sillon particulièrement sombre mesure 4 500 km de large et se distingue même depuis la Terre ; Jean-Dominique Cassini l'a découvert en 1675. Dans la table OASI, la première ligne qui descend sous 0,65 seconde d'arc est celle des 200 mm (0,6), la ligne 175 mm restant à 0,7. Côté histoire, AIP Inside Science indique que les lentilles dont disposait Cassini dépassaient 13,5 cm de diamètre. Et le critère de Rayleigh, tel qu'OpenStax l'énonce, parle de deux images à séparer, alors que la division est une bande sombre. Entre prendre la ligne 200 mm comme seuil d'achat pour Cassini et la traiter comme une borne pessimiste, mon choix va à la seconde lecture, sans pouvoir l'imposer : c'est un arbitrage sur l'usage de la table, pas un calcul. ### Epsilon Lyrae, la double double Selon J. B. Kaler, de l'université de l'Illinois, les deux couples d'Epsilon Lyrae sont écartés de 208 secondes d'arc, et chacun se dédouble à son tour : 2,8 secondes pour Eps-1, 2,2 pour Eps-2. La ligne 50 mm de la table OASI annonce 2,3 secondes : elle passe sous Eps-1, mais reste au-dessus d'Eps-2. Il faut monter à la ligne 75 mm (1,5) pour descendre sous les deux. Pour repérer l'étoile et ses voisines d'été, notre guide des [étoiles doubles Albireo et Mizar](/etoiles-doubles-albireo-mizar-observer-ete) donne la marche à suivre. ### Mars et Jupiter Avec Mars, le diamètre n'est pas le goulot. La fiche de la NASA (NSSDC) donne un disque de 17,8 secondes d'arc en moyenne à l'opposition et 25,6 au maximum ; elle indique aussi une distance minimale de 54,6 millions de km. Même la ligne 25 mm de la table (4,6) descend sous la taille moyenne du disque à l'opposition. Le vrai paramètre, c'est la date : au minimum, le disque tombe à 3,5 secondes d'arc, sous la ligne 25 mm. D'où l'intérêt de [préparer l'opposition de 2027](/mars-opposition-2027-preparer-observation-automne-2026) plutôt que de viser Mars n'importe quand. L'OASI donne elle-même un exemple jovien : la Grande Tache Rouge, 3,3 secondes d'arc en latitude, qu'elle met en regard d'une ouverture de 35 mm. ### La Lune C'est la colonne L qui parle. En conditions idéales, un 100 mm atteint des cratères de 2,1 km, un 200 mm de 1,1 km, un 500 mm de 0,4 km. Le Keck, avec ses 10 000 mm, descendrait à 0,02 km. L'écart entre un instrument de jardin et un géant professionnel tient dans ces quatre lignes, à une réserve près : le mot « idéales ». ## Et le seeing, qui gagne à la fin ? L'ESO définit le seeing comme une mesure de la netteté des images stellaires, dégradée par la turbulence de l'atmosphère au-dessus du télescope : plus il est petit, plus les images sont nettes. En 1990, l'organisation mesurait à Paranal une moyenne de 0,66 seconde d'arc. Sur le site d'Armazones, celui de l'ELT, la médiane s'établit à 0,67 seconde d'arc à 500 nm, pour un temps de cohérence médian de 3,5 ms. Mettez ces valeurs face à la table : la moyenne de Paranal se situe entre les lignes 175 mm (0,7) et 200 mm (0,6). Autrement dit, sur ce site, la turbulence moyenne mesurée est déjà plus grossière que la ligne 200 mm de la table. Et ce ne sont pas des jardins : ce sont des sites étudiés par l'ESO, dont celui de l'ELT, jamais une référence pour un balcon. Côté professionnels, la suite de l'histoire se lit dans notre article sur [le laser et l'optique adaptative de Paranal](/laser-optique-adaptative-paranal-ciel). L'OASI le reconnaît pour son propre pays : sous un ciel britannique typique, un télescope peut montrer un pouvoir de résolution effectif très inférieur à sa valeur théorique. Je recommande de lire la table OASI comme un plafond qu'on paie en diamètre et que le ciel rabote chaque nuit : l'ouverture achète la limite de diffraction, l'atmosphère décide combien on en touche. ## Questions fréquentes sur la résolution d'un télescope ### Quelle est la formule de la résolution d'un télescope ? Le critère de Rayleigh, donné par l'Observatoire de Paris, s'écrit α > 1,22 λ/D, où D est le diamètre de l'instrument. Les amateurs utilisent aussi la règle de Dawes, que l'OASI publie sous la forme R = 116/D, avec R en secondes d'arc et D en millimètres. Dans les deux cas, le diamètre est au dénominateur : plus il grandit, plus l'angle limite diminue. ### Quel diamètre de télescope pour séparer Epsilon Lyrae ? Les couples d'Epsilon Lyrae sont séparés de 2,8 et 2,2 secondes d'arc selon J. B. Kaler, de l'université de l'Illinois. Dans la table de l'OASI, établie en conditions idéales, la ligne 50 mm donne 2,3 secondes d'arc, sous Eps-1 seulement, et la ligne 75 mm donne 1,5, sous les deux couples. ### Quel est le plus petit cratère lunaire visible au télescope ? La table de l'OASI, en conditions idéales et avec la Lune à distance moyenne, donne 8,5 km pour 25 mm d'ouverture, 2,1 km pour 100 mm et 1,1 km pour 200 mm. Le Keck, avec 10 000 mm, atteindrait 0,02 km. Ce sont des plafonds théoriques : l'OASI précise qu'un télescope sous un ciel britannique typique reste souvent très en dessous. ### Qu'est-ce que le seeing en astronomie ? Pour l'ESO, le seeing mesure la netteté des images stellaires, dégradée par la turbulence de l'atmosphère au-dessus du télescope ; plus sa valeur est petite, plus les images sont nettes. L'ESO a mesuré en 1990 une moyenne de 0,66 seconde d'arc à Paranal, et donne une médiane de 0,67 à Armazones, à 500 nm. Ce sont des sites d'exception, pas des références pour un jardin. > Image : [The Great Divide, la division de Cassini](https://images.nasa.gov/details/PIA18365) : Crédit : NASA/JPL-Caltech/Space Science Institute, domaine public ## Sources - [Résolution d'un télescope, Observatoire de Paris](https://media4.obspm.fr/public/ressources_lu/pages_optique-ondulatoire/oo-resolution.html), consulté le 30 septembre 2026 - [Limits of Resolution: The Rayleigh Criterion, OpenStax College Physics](https://pressbooks-dev.oer.hawaii.edu/collegephysics/chapter/27-6-limits-of-resolution-the-rayleigh-criterion/), consulté le 30 septembre 2026 - [Dawes limit, OASI](https://oasi.org.uk/Telescopes/Dawes_limit/Dawes_limit.php), consulté le 30 septembre 2026 - [La division de Cassini, Observatoire de Paris - PSL](https://observatoiredeparis.psl.eu/la-division-de-cassini-une.html), consulté le 30 septembre 2026 - [Squinting at Saturn Through 17th-Century Technology, AIP Inside Science](https://www.aip.org/inside-science/squinting-at-saturn-through-17th-century-technology), consulté le 30 septembre 2026 - [Epsilon Lyrae, J. B. Kaler, University of Illinois](http://stars.astro.illinois.edu/sow/epslyr.html), consulté le 30 septembre 2026 - [Mars Fact Sheet, NASA NSSDC](https://nssdc.gsfc.nasa.gov/planetary/factsheet/marsfact.html), consulté le 30 septembre 2026 - [eso9015, ESO](https://www.eso.org/public/news/eso9015/), consulté le 30 septembre 2026 - [ELT location, ESO](https://elt.eso.org/about/location/), consulté le 30 septembre 2026 --- ## Éruption solaire vs CME : la vraie différence - URL: https://www.portail-astronomie.fr/eruption-solaire-ejection-masse-coronale-difference/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-09-29T06:00:00 - Categories: systeme-solaire Confondre une éruption solaire et une éjection de masse coronale, c'est confondre un flash et un obus. Les deux partent souvent du même endroit du Soleil, au même moment, et pourtant l'un traverse l'espace en quelques minutes pendant que l'autre met parfois plusieurs jours. Un seul mot, « éruption », sert trop souvent à désigner les deux dans la presse grand public, alors que ce sont deux phénomènes physiques distincts, avec deux vitesses et deux menaces différentes. **Réponse directe** : une éruption solaire est une émission soudaine de rayonnement électromagnétique qui voyage à la vitesse de la lumière et brouille les communications radio en quelques minutes. Une éjection de masse coronale est une expulsion de plasma et de champ magnétique, plus lente, qui met de 15 heures à plusieurs jours pour atteindre la Terre et qui menace les réseaux électriques. ## Qu'est-ce qu'une éruption solaire, concrètement ? Selon la NOAA, sur [spaceweather.gov](https://www.spaceweather.gov/phenomena/solar-flares-radio-blackouts), une éruption solaire est une émission soudaine de rayonnement électromagnétique qui dure de quelques minutes à quelques heures. Cette énergie voyage à la vitesse de la lumière et provoque, côté éclairé de la Terre, une ionisation des basses couches de l'ionosphère. Concrètement, ça se traduit par un blackout radio dans la bande haute fréquence, entre 3 et 30 MHz, celle des liaisons radio à longue distance. Rien de tout ça ne déplace de matière. C'est un flash, pas un projectile. Ce point compte, parce que c'est exactement là que la plupart des résumés grand public glissent : ils décrivent l'éruption, puis lui attribuent les dégâts qui viennent en réalité de la CME. ## Et une éjection de masse coronale, en quoi ça diffère ? Une CME est une expulsion de plasma et de champ magnétique arrachée à la couronne solaire, chiffrée en milliards de tonnes de matière selon la NOAA. Contrairement à l'éruption, elle a une masse et une vitesse propre : entre moins de 250 km/s et près de 3000 km/s, toujours selon la même source. C'est cette masse en mouvement qui, en percutant le champ magnétique terrestre, déclenche une tempête géomagnétique et génère des courants induits dans le réseau électrique et les pipelines. Une éruption solaire accompagne typiquement une CME, jamais systématiquement : les deux sortent souvent ensemble d'une même région active, mais l'une n'implique pas l'autre à tous les coups. ## Combien de temps entre le Soleil et vous ? C'est là que l'écart devient concret, et c'est l'angle que la plupart des définitions isolées ne montrent jamais côte à côte. | Phénomène | Vitesse de propagation | Délai pour atteindre la Terre | | ------------------------------------ | ----------------------------------------------- | ----------------------------- | | Lumière et rayonnement de l'éruption | vitesse de la lumière | quelques minutes | | Protons solaires (tempête S) | fraction importante de la vitesse de la lumière | dizaines de minutes ou moins | | CME rapide | jusqu'à près de 3000 km/s | 15 à 18 heures | | CME lente | moins de 250 km/s | plusieurs jours | La NOAA formule aussi ce dernier délai autrement sur sa page dédiée aux tempêtes géomagnétiques : les CME mettent généralement plusieurs jours à arriver, mais certaines des tempêtes les plus intenses ont été observées en aussi peu que 18 heures. Une éjection particulièrement rapide en juillet 2012 avait mis 19 heures à parcourir la distance Terre-Soleil, sans toucher la Terre : elle était passée à côté, mais le temps de transit, lui, donne une idée de ce qu'un scénario Carrington moderne pourrait produire. ## Les échelles R, S, G : à quoi correspond chacune ? La NOAA a construit trois échelles séparées, une par phénomène, et c'est justement ce qui manque au résumé grand public qui parle d'« une tempête solaire » comme s'il n'y en avait qu'une. | Échelle | Ce qu'elle mesure | Niveau le plus fort | Fréquence du niveau le plus fort par cycle solaire | | -------------------------- | ----------------------------------------- | ------------------- | -------------------------------------------------- | | R (blackout radio) | l'éruption elle-même | R5 | moins de 1 | | S (tempête de rayonnement) | les protons solaires | S5 | moins de 1 | | G (tempête géomagnétique) | l'impact de la CME sur le champ terrestre | G5 | 4 (soit 4 jours par cycle) | Un R5 correspond à un blackout radio complet sur toute la face éclairée de la Terre, pendant plusieurs heures. Un G5, lui, est le niveau où certains réseaux électriques peuvent s'effondrer et où des transformateurs peuvent être endommagés. Ce sont deux échelles différentes parce que ce sont deux menaces différentes : l'une coupe les radios, l'autre peut couper le courant. ## Carrington 1859 : le pire scénario déjà arrivé Le 1er septembre 1859, Richard Carrington et Richard Hodgson observent, chacun de leur côté, la première éruption solaire jamais vue en lumière blanche. La tempête géomagnétique associée frappe la Terre 17 heures et 40 minutes plus tard, un délai documenté par la littérature scientifique sur l'événement. Les lignes télégraphiques de l'époque, seul réseau électrique existant, sont rendues inutilisables pendant 8 heures ou plus, avec un impact économique réel pour l'époque. Aucun réseau électrique moderne n'a encore encaissé un événement de cette ampleur. C'est ce qui rend la question inconfortable : un Carrington aujourd'hui ne couperait pas des télégraphes, il couperait des réseaux électriques entiers, des systèmes GPS et des satellites. ## Québec 1989, mai 2024, novembre 2025 : trois alertes plus récentes Le 13 mars 1989, à 2h44 du matin, le réseau électrique d'Hydro-Québec s'effondre en moins d'une minute. Selon Hydro-Québec elle-même, la province reste plongée dans le noir plus de neuf heures. L'origine se trouve dans une explosion solaire observée trois jours plus tôt, le vendredi 10 mars 1989, selon la NASA relayée par ScienceDaily. Le 10 mai 2024, la NOAA observe des conditions G5 à 18h54, heure de l'Est américain : la NOAA qualifiera cet épisode de tempête géomagnétique la plus extrême depuis 2003, rapporte la NASA. Puis, le 11 novembre 2025, une éruption de classe X5.1 atteint son pic vers 10h04 UTC, selon l'ESA. La CME associée, lancée à une vitesse initiale d'environ 1500 km/s, arrive sur Terre le 12 novembre à 18h50 UTC : un peu plus d'une journée et demie plus tard, pour un niveau de tempête G4. ## Pourquoi seulement 20 minutes de préavis ? C'est le chiffre qui devrait inquiéter davantage que les records de vitesse. L'ESA le dit sans détour à propos de l'épisode de novembre 2025 : la surveillance actuelle, depuis le point de Lagrange L1, ne permet de prédire l'impact d'une tempête solaire qu'environ 20 minutes à l'avance. Une future mission, Shield, viserait à porter ce préavis à environ deux heures et demie. En attendant, l'ESA prépare Vigil, une mission dédiée à la surveillance de la météo spatiale dont le lancement est prévu en 2031. Sur la question de savoir si 20 minutes suffisent, je n'ai pas de certitude tranchée : c'est largement assez pour basculer un satellite en mode sûr, mais sûrement pas pour préparer un réseau électrique entier à encaisser des courants induits. Entre les deux usages, le même chiffre ne pèse pas le même poids. Les agences, elles, ne confondent pas : la NASA consacre même une vidéo à rappeler que CME et éruptions sont deux événements solaires différents. C'est dans les reprises de presse que tout finit rangé sous le mot « éruption ». Le [vent solaire et la magnétosphère](/smile-esa-vent-solaire-magnetosphere-avril-2026) sont surveillés en continu par plusieurs missions justement pour combler ce trou de préavis, et le [point de Lagrange L1](/points-lagrange-explication-orbite-l2-james-webb) reste, pour l'instant, le seul poste avancé dont on dispose. Un dernier repère, pour remettre l'échelle des choses en place : l'activité solaire pèse peu face au [réchauffement d'origine humaine](https://www.rechauffement-climatique.com/activite-solaire-rechauffement-climatique-co2), même si les deux phénomènes viennent du même astre. Et pendant qu'une tempête géomagnétique menace les réseaux au sol, l'équipage de l'[ISS](/voir-passer-iss-oeil-nu-methode-observation) doit aussi composer avec les tempêtes de rayonnement, qui l'exposent directement. Les [aurores boréales](/aurores-boreales-france-ou-quand-observer), elles, restent la face visible et sans danger de cette même mécanique : c'est le même indice Kp qui sert à la fois à prédire le spectacle et à mesurer le risque. ## Questions fréquentes sur l'éruption solaire et la CME ### Une éruption solaire est-elle toujours suivie d'une CME ? Non. Une éruption accompagne typiquement une éjection de masse coronale, selon la NOAA, mais ce n'est pas systématique. Les deux phénomènes partent souvent de la même région active, sans que l'un garantisse l'autre. ### Quel phénomène menace vraiment les réseaux électriques ? La CME, pas l'éruption. C'est l'impact de la masse de plasma et de champ magnétique sur le champ terrestre qui génère les courants induits capables d'endommager des transformateurs, mesurés par l'échelle G de la NOAA. ### Pourquoi l'éruption solaire arrive-t-elle avant la CME ? Parce que son rayonnement voyage à la vitesse de la lumière, donc en quelques minutes, alors que la CME transporte une masse physique lancée à une vitesse comprise entre moins de 250 km/s et près de 3000 km/s selon la NOAA, ce qui prend de 15 heures à plusieurs jours. ### Combien de temps a-t-on pour se préparer à une CME aujourd'hui ? Environ 20 minutes, selon l'ESA, depuis la surveillance actuelle au point de Lagrange L1. Une mission future, Shield, viserait à porter ce délai à environ deux heures et demie, et la mission Vigil doit être lancée en 2031 pour améliorer cette surveillance. ### La tempête de mars 1989 au Québec a-t-elle vraiment coupé tout le réseau ? Oui. Selon Hydro-Québec, le réseau s'est effondré en moins d'une minute le 13 mars 1989 à 2h44, et la province est restée plongée dans le noir plus de neuf heures. ## Sources - [Solar Flares (Radio Blackouts), spaceweather.gov](https://www.spaceweather.gov/phenomena/solar-flares-radio-blackouts), consulté le 2026-09-29 - [Coronal Mass Ejections, spaceweather.gov](https://www.spaceweather.gov/phenomena/coronal-mass-ejections), consulté le 2026-09-29 - [Geomagnetic Storms, spaceweather.gov](https://www.spaceweather.gov/phenomena/geomagnetic-storms), consulté le 2026-09-29 - [Solar Radiation Storm, spaceweather.gov](https://www.spaceweather.gov/phenomena/solar-radiation-storm), consulté le 2026-09-29 - [NOAA Space Weather Scales, spaceweather.gov](https://www.spaceweather.gov/noaa-scales-explanation), consulté le 2026-09-29 - [G5 Conditions Observed !, spaceweather.gov](https://www.spaceweather.gov/news/g5-conditions-observed), consulté le 2026-09-29 - [Historic Geomagnetic Storm Dazzles, NASA Earth Observatory](https://science.nasa.gov/earth/earth-observatory/historic-geomagnetic-storm-dazzles-152815/), consulté le 2026-09-29 - [La tempête de mars 1989, Hydro-Québec](https://www.hydroquebec.com/learning/notions-de-base/tempete-mars-1989.html), consulté le 2026-09-29 - [Duration and extent of the great auroral storm of 1859, PMC](https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC5215858/), consulté le 2026-09-29 - [Space Weather: From Solar Origins to Risks and Hazards Evolving in Time, arXiv](https://arxiv.org/pdf/2212.11504), consulté le 2026-09-29 - [ESA actively monitoring severe space weather event, ESA](https://www.esa.int/Space_Safety/Space_weather/ESA_actively_monitoring_severe_space_weather_event), consulté le 2026-09-29 - [CMEs and flares, NASA Scientific Visualization Studio](https://svs.gsfc.nasa.gov/11667/), consulté le 2026-09-29 - [1989 storm caused by explosion on the sun, ScienceDaily](https://www.sciencedaily.com/releases/2009/03/090316144521.htm), consulté le 2026-09-29 --- ## Voir passer l'ISS à l'œil nu : la méthode complète - URL: https://www.portail-astronomie.fr/voir-passer-iss-oeil-nu-methode-observation/ - Author: Julien P. - Published: 2026-09-28T06:00:00 - Categories: observation Un soir de ciel dégagé, un point très lumineux monte au-dessus de l'horizon, file sans un bruit, ne clignote pas, puis s'éteint d'un coup avant d'avoir atteint l'autre bord du ciel. Beaucoup de gens ont vu passer l'ISS sans le savoir, en la prenant pour un avion ou pour une étoile « qui bouge ». La voir passer à l'œil nu ne demande ni télescope ni jumelles : il faut une prévision de passage, une fenêtre horaire juste et deux critères pour la reconnaître. **En pratique** : pour voir passer l'ISS à l'œil nu, récupérez une prévision de passage pour votre position (application NASA Spot The Station, ou table de passages de Heavens-Above), sortez à l'heure indiquée, près du crépuscule ou de l'aube, et cherchez un point très brillant, sans clignotement, qui traverse le ciel en ligne droite pendant quelques minutes. ## Pourquoi l'ISS n'est-elle visible qu'à l'aube ou au crépuscule ? Ce que l'on voit depuis le sol, c'est le Soleil qui se reflète sur la station. La NASA le résume sur sa page Spot The Station : le Soleil se réfléchit sur la station spatiale et contraste avec le ciel plus sombre. Tout le secret de l'observation tient dans ce décalage entre deux éclairages. Au sol, il fait déjà nuit, ou pas encore jour. À environ 400 km d'altitude (environ 250 miles selon la ressource pédagogique de la NASA), la station, elle, reçoit encore la lumière solaire. The Planetary Society le formule ainsi : ce n'est qu'au voisinage du bord de l'ombre de la Terre que les conditions sont réunies pour l'observer, en général autour de l'aube ou du crépuscule. En pleine nuit, la station plongée dans l'ombre de la Terre n'a plus rien à renvoyer. Cette mécanique explique aussi la disparition brutale décrite plus haut. Le point ne descend pas toujours jusqu'à l'horizon : la fin d'un passage peut survenir en plein ciel, au moment où la station cesse d'être éclairée. La première fois, l'effet surprend. On croit l'avoir perdue de vue, alors qu'elle poursuit simplement sa route dans l'ombre. Deux vitesses se mélangent souvent dans la tête de l'observateur débutant, et il vaut la peine de les séparer. La vitesse orbitale réelle de l'ISS est de 17 500 mph, soit environ 28 200 km/h, et elle boucle un tour de Terre en environ 90 minutes selon la NASA (le centre Johnson donne une fourchette de 90 à 93 minutes dans son tutoriel sur les orbites). Sa vitesse apparente dans le ciel, celle que perçoit l'œil, est une tout autre grandeur : selon Scientific American, la vitesse réelle d'un satellite comme l'ISS en orbite basse, environ 28 000 km/h, est à peu près deux douzaines de fois celle d'un avion de ligne, alors que leurs vitesses apparentes dans le ciel sont voisines. La vitesse seule ne suffit donc pas à trancher entre une station et un avion. ## Quel outil utiliser depuis juin 2025 ? C'est ici que beaucoup de guides en ligne sont restés figés. Pendant des années, le réflexe était d'aller sur le site web de la NASA, de taper le nom de sa ville et de recevoir une liste de passages, voire une alerte par e-mail ou SMS. Ce n'est plus possible. Selon un mémo de la NASA cité par NASA Watch, à compter du 12 juin 2025, les utilisateurs inscrits via le site Spot the Station ne reçoivent plus de notifications par e-mail ou par SMS, et la recherche de passages a été retirée du site web. L'ancienne page de recherche par ville ne répond plus. Les pages qui renvoient encore vers « le site de la NASA » pour obtenir un horaire envoient donc leurs lecteurs vers une impasse. L'outil officiel est désormais l'application mobile **Spot The Station**, disponible sur iOS et Android. Elle fournit des alertes de passage et le trajet de la station dans le ciel. Le second outil, indépendant de la NASA, est **Heavens-Above**. Sa page de passages de l'ISS affiche une table des passages visibles depuis la position choisie. C'est l'outil que je préfère pour préparer une soirée, parce qu'il donne plus d'informations qu'une simple alerte. Voici comment lire ses colonnes. | Colonne de la table Heavens-Above | Ce qu'elle indique | Usage pour l'observation | | --------------------------------- | ----------------------------------------------------------------------- | --------------------------------------------------- | | Date | Le jour du passage | Choisir la soirée ou la matinée | | Brightness (magnitude) | L'éclat prévu, variable d'un passage à l'autre | Comparer les passages entre eux | | Début : heure, altitude, azimut | Le moment et la direction où la station apparaît | Savoir vers quel horizon se tourner à l'heure dite | | Point culminant | L'heure, l'altitude et l'azimut du point le plus haut de la trajectoire | Repérer le moment où la station est la mieux placée | | Fin : heure, altitude, azimut | Le moment et la direction où la station disparaît | Anticiper la fin du passage | | Type de passage | La nature du passage | Trier les passages dans la table | En comparant les heures de début et de fin sur les passages réels affichés par Heavens-Above, un passage visible dure environ 2 à 7 minutes. Je me surprends à lire cette table comme on lit un horaire de train, alors qu'elle décrit une orbite. Ce qui m'a le plus frappé en la parcourant, c'est l'écart entre deux durées qui semblent se contredire : un tour complet de la Terre en environ 90 minutes, et pourtant quelques minutes seulement de visibilité depuis un point donné. Les deux chiffres ne mesurent pas la même chose. Le premier décrit toute l'orbite, le second la petite portion de trajectoire à la fois éclairée par le Soleil et située au-dessus de notre horizon. Faut-il choisir l'application ou la table ? J'hésite encore à conseiller l'une plutôt que l'autre à quelqu'un qui débute. L'application a pour elle la simplicité des alertes, la table la richesse des directions et des altitudes. Pour une première sortie, je pencherais pour l'alerte, puis pour la table dès qu'on veut choisir ses passages au lieu de les subir. ## Comment reconnaître l'ISS d'un avion ? Une fois dehors, à l'heure prévue et face au bon horizon, reste à ne pas se tromper d'objet. Deux critères, documentés par Scientific American, font le tri. | Critère | ISS (satellite) | Avion | | -------------------------- | ----------------------------------- | --------------------------------------------------------------------------------- | | Comportement de la lumière | Éclat stable ou qui varie lentement | Feux anticollision qui clignotent rapidement | | Feux de couleur | Aucun feu rouge ni vert | Feux de navigation rouge et vert aux bouts d'aile, visibles s'il est assez proche | À ces deux critères s'ajoute l'éclat. Selon The Planetary Society, l'ISS est plus brillante que Vénus, la planète la plus brillante, et que Sirius, l'étoile la plus brillante après le Soleil. Cela vaut pour ses meilleurs passages : la colonne de magnitude de Heavens-Above montre des éclats bien plus modestes sur d'autres. Si vous avez déjà repéré Vénus au crépuscule, par exemple lors de la [conjonction de Vénus et Jupiter](/conjonction-venus-jupiter-9-juin-2026-gemeaux-observation), vous avez un point de comparaison concret. ## La méthode en cinq gestes 1. Obtenir une prévision : installer l'application Spot The Station, ou ouvrir la table de passages Heavens-Above pour sa position. 2. Choisir le passage : repérer un passage près du crépuscule ou de l'aube, en comparant l'éclat prévu dans la colonne de magnitude et l'altitude du point culminant. 3. Noter la direction : relever l'azimut de début, pour savoir vers quel horizon se tourner, et l'azimut de fin. 4. Sortir en avance : être en place avant l'heure de début, avec une vue dégagée sur l'horizon concerné. Pour prolonger la soirée sur des objets plus discrets, notre guide sur la [pollution lumineuse et l'échelle de Bortle](/pollution-lumineuse-bortle-sites-ciel-noir-france) aide à choisir un site plus noir. 5. Vérifier l'objet : point sans clignotement, sans feux rouge et vert, trajectoire rectiligne. Les [jumelles astronomiques](/jumelles-astronomiques-guide-achat-debutant-2026) peuvent rester dans leur étui : l'œil nu suffit. ## Jusqu'à quand pourra-t-on la voir ? La méthode décrite ici vaut toute l'année, mais pas indéfiniment. Selon le livre blanc de la NASA consacré à l'analyse de la désorbitation, l'agence a mandat du Congrès pour exploiter la station au moins jusqu'au 30 septembre 2030, date à laquelle elle prévoit d'avoir achevé la transition vers l'industrie commerciale américaine en orbite basse. Je laisse le sort final de la station à l'article qui lui est consacré, sur la [désorbitation de l'ISS et les stations privées](/iss-desorbitation-2031-point-nemo-stations-privees). Les projets commerciaux, comme la [station Haven-1 de Vast](/haven-1-vast-space-premiere-station-commerciale-2027), ne changent rien à l'échéance de celle-ci : chaque passage observé d'ici là en est un de moins. Savoir qu'un équipage vit à bord, comme celui de la mission [Crew-13 de SpaceX](/crew-13-spacex-iss-septembre-2026-falcon-9-dragon), change d'ailleurs la façon de regarder ce point lumineux : il y a des gens à bord pendant les quelques minutes où il traverse votre ciel. ## FAQ ### Le site de la NASA donne-t-il encore les horaires de passage de l'ISS ? Non. Selon un mémo de la NASA cité par NASA Watch, depuis le 12 juin 2025, le site Spot the Station n'envoie plus de notifications par e-mail ou SMS et la recherche de passages en a été retirée. L'outil officiel est désormais l'application mobile Spot The Station, sur iOS et Android. Heavens-Above reste une alternative indépendante avec sa table de passages. ### Combien de temps dure un passage visible de l'ISS ? D'après les passages réels affichés par la table de Heavens-Above, un passage visible dure environ 2 à 7 minutes. La station fait pourtant le tour de la Terre en environ 90 minutes selon la NASA : la visibilité ne couvre que la portion d'orbite éclairée par le Soleil et située au-dessus de votre horizon. ### Pourquoi ne voit-on pas l'ISS en pleine nuit ? Parce qu'on ne la voit que grâce au Soleil qui se reflète sur elle, selon la NASA. The Planetary Society précise que les conditions ne sont réunies qu'au voisinage du bord de l'ombre de la Terre, en général autour de l'aube ou du crépuscule. En pleine nuit, la station est dans l'ombre de notre planète. ### L'ISS est-elle plus brillante qu'une étoile ? Oui, sur ses meilleurs passages. Selon The Planetary Society, l'ISS est plus brillante que Vénus, la planète la plus brillante, et que Sirius, l'étoile la plus brillante après le Soleil. Son éclat varie toutefois d'un passage à l'autre, comme le montre la colonne de magnitude de la table Heavens-Above. ### Comment savoir si c'est l'ISS et pas un avion ? Selon Scientific American, l'éclat d'un satellite est stable ou varie lentement, alors que les feux anticollision d'un avion clignotent rapidement. Un avion assez proche montre aussi des feux de navigation rouge et vert aux bouts d'aile, absents sur un satellite. La vitesse apparente, elle, ne suffit pas à les distinguer. > Image : [Fishing, tour boats, a rocket and the International Space Station](https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Fishing,_tour_boats,_a_rocket_and_the_International_Space_Station._(37468692460).jpg) : Credit: Michael Seeley (Photosofstuff.net), [CC BY 2.0](https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/) ## Sources - [Spot The Station, NASA](https://www.nasa.gov/spot-the-station/), consulté le 28 septembre 2026 - [NASA Is Removing Space Station Sighting Website Info, NASA Watch](https://nasawatch.com/iss-news/nasa-is-removing-space-station-sighting-website-info/), consulté le 28 septembre 2026 - [ISS, passages visibles, Heavens-Above](https://www.heavens-above.com/PassSummary.aspx?satid=25544), consulté le 28 septembre 2026 - [How to spot the ISS, The Planetary Society](https://www.planetary.org/articles/how-to-spot-the-iss), consulté le 28 septembre 2026 - [Can You Spot a Satellite ?, Scientific American](https://www.scientificamerican.com/article/can-you-spot-a-satellite/), consulté le 28 septembre 2026 - [What Is the International Space Station ? (Grades 5-8), NASA](https://www.nasa.gov/learning-resources/for-kids-and-students/what-is-the-international-space-station-grades-5-8/), consulté le 28 septembre 2026 - [Orbit Tutorial, NASA Johnson Space Center](https://eol.jsc.nasa.gov/Tools/orbitTutorial.htm), consulté le 28 septembre 2026 - [International Space Station Deorbit Analysis Summary, NASA](https://www.nasa.gov/wp-content/uploads/2024/06/iss-deorbit-analysis-summary.pdf), consulté le 28 septembre 2026 --- ## Aberration de la lumière : Bradley et la Terre en mouvement - URL: https://www.portail-astronomie.fr/aberration-lumiere-bradley-1728-decouverte/ - Author: Julien P. - Published: 2026-09-24T06:00:00 - Categories: observation Le 3 décembre 1725, à Kew, un instrument braqué vers le haut du ciel enregistre pour la première fois le passage d'une étoile de la tête du Dragon près du zénith. Aujourd'hui, la documentation officielle de la mission Gaia, à l'Agence spatiale européenne, précise que la vitesse du satellite doit être connue pour tenir compte de l'aberration stellaire. Entre ces deux dates, le même phénomène : l'aberration de la lumière, que James Bradley a décrite dans une lettre à Edmond Halley, et qui trahit le mouvement de celui qui observe. L'aberration de la lumière est un déplacement apparent des étoiles, lié à la vitesse de l'observateur combinée à la propagation de la lumière. Bradley l'a découverte sur Gamma Draconis, suivie à Kew dès décembre 1725, puis décrite dans une lettre à Halley publiée en 1729 : un effet annuel qui suppose une Terre en mouvement. ## Que s'est-il passé à Kew en décembre 1725 ? L'instrument appartient à Samuel Molyneux : un secteur zénithal de 24 pieds et demi, construit pour lui par George Graham et installé à Kew ; le site historique consacré à l'Observatoire royal de Greenwich, tenu par Graham Dolan, confirme aussi l'instrument et son constructeur. Bradley le raconte lui-même dans sa lettre : l'appareil de Molyneux était « compleated and fitted for observing about the End of November 1725 », et c'est à Kew qu'il était fixé. Quelques jours plus tard, le 3 décembre, la cible passe dans le champ. La lettre la désigne ainsi : « the bright Star in the Head of Draco (marked [gamma] by Bayer) was for the first Time observed, as it passed near the Zenith ». L'étoile brillante de la tête du Dragon, marquée gamma par Bayer : Gamma Draconis, observée par Bradley et Molyneux. Ce qui suit tient en une idée simple à énoncer et longue à établir. Suivre une étoile nuit après nuit, c'est suivre sa position, autrement dit ses [coordonnées sur la sphère céleste](/coordonnees-celestes-ascension-droite-declinaison-guide), et c'est un déplacement de cette position que Bradley va devoir expliquer. Un instrument fixé au sol, immobile par construction, allait servir à démontrer que le sol lui-même avance. ## Que dit exactement la lettre de Bradley à Halley ? Le texte existe, et il se lit. Il paraît dans le volume 35 des Philosophical Transactions of the Royal Society of London, au numéro 406, celui de décembre 1728, de la page 637 à la page 661, post-scriptum compris. Son titre donne déjà le ton : « A Letter from the Reverend Mr. James Bradley Savilian Professor of Astronomy at Oxford, and F.R.S. to Dr. Edmond Halley Astronom. Reg. &c. giving an Account of a new discovered Motion of the Fix'd Stars ». Un professeur savilien d'astronomie d'Oxford écrit à l'astronome royal pour annoncer un mouvement nouveau des étoiles fixes. J'ai lu la lettre dans le scan du volume mis en ligne par archive.org, et ce qui frappe d'abord, c'est l'orthographe : « compleated », « Ecliptick », « Fix'd ». Puis la densité des chiffres. Bradley ne se contente pas de décrire un décalage, il le mesure, et il en tire deux grandeurs distinctes qu'il faut garder séparées. La première est un angle. Bradley raisonne sur une étoile placée au pôle de l'écliptique, qui décrirait chaque année un petit cercle, et il en recalcule le diamètre étoile par étoile. Ses observations de Gamma Draconis donnent 40,4 secondes d'arc. Une petite étoile presque opposée à Gamma Draconis le conduit à 40,2 secondes : « the Diameter of the little Circle described by a Star in the Pole of the Ecliptick would be 40",2 ». La dernière étoile de la queue de la Grande Ourse redonne 40,4 secondes, un maximum qu'il juge « exactly the same as was before found from the Observations of gamma Draconis ». D'une étoile à l'autre, deux dixièmes de seconde d'arc séparent les résultats. La seconde grandeur est une durée. De ce petit cercle, Bradley déduit le temps que met la lumière pour franchir la distance du Soleil à la Terre, et il l'écrit en une phrase : « Light moves, or is propagated as far as from the Sun to the Earth in 8' 12". » Huit minutes et douze secondes. Parti d'un décalage d'étoile, le raisonnement aboutit à une vitesse de la lumière, tirée d'un instrument pointé vers le zénith. Reste la question de l'année. D'après le volume lui-même, les observations commencent en décembre 1725 à Kew, la lettre prend place dans le numéro 406, daté de décembre 1728, et le volume 35 qui rassemble ces numéros sort des presses à Londres en 1729. Trois années pour un seul résultat. Je penche pour 1728 comme date de la découverte, parce que c'est l'année où une série de mesures devient une explication ; une histoire des sciences qui date par la publication a pourtant autant de légitimité à retenir 1729, et je ne vois pas d'argument décisif pour départager ces deux conventions. ## Comment un décalage d'étoile révèle-t-il le mouvement de la Terre ? Le cercle décrit par l'étoile est annuel, et sa cause, selon Bradley, tient à la propagation de la lumière. La documentation de Gaia donne l'autre moitié du mécanisme, avec un vocabulaire moderne : c'est la vitesse de l'observateur qu'il faut connaître pour corriger l'aberration. Le petit cercle décrit par l'étoile renseigne donc d'abord sur celui qui la regarde. Une image aide, à condition de ne pas lui demander davantage qu'elle ne porte : sous une averse sans vent, qui marche voit la pluie arriver de biais. La lumière d'une étoile est la pluie, la Terre est le marcheur. Un décalage qui revient chaque année, avec la même amplitude, suppose un observateur dont la vitesse change de direction au fil de l'année : une Terre qui tourne autour du Soleil. La distance que Bradley relie à ses 8 minutes 12 secondes est celle qui sépare le Soleil de la Terre, celle que les astronomes appellent aujourd'hui l'[unité astronomique](/unite-astronomique-definition-mesure-distances). C'est elle qui permet de comparer son chiffre à celui d'aujourd'hui. ## Que vaut le chiffre de 1729 face à la valeur actuelle ? Bradley ne partait pas de rien. Il évoque lui-même dans sa lettre les estimations tirées des éclipses des satellites de Jupiter : environ 11 minutes pour Rømer, puis environ 7 minutes pour des estimations postérieures fondées sur les mêmes éclipses. Sa propre valeur, obtenue par une méthode entièrement différente, tombe entre les deux. | Estimation | Temps de trajet de la lumière du Soleil à la Terre | Méthode | Source | | ------------------------ | -------------------------------------------------- | ------------------------------------------------------- | ------------------------------------------------ | | Rømer | environ 11 minutes | éclipses des satellites de Jupiter | rapportée par Bradley, lettre de 1729 | | Estimations postérieures | environ 7 minutes | éclipses des satellites de Jupiter | rapportées par Bradley, lettre de 1729 | | Bradley | 8 minutes 12 secondes | aberration de Gamma Draconis | Philosophical Transactions, vol. 35 | | Valeur actuelle | environ 8 minutes 19 secondes (499,0048 secondes) | unité astronomique divisée par la vitesse de la lumière | unité astronomique UAI 2012 (NASA JPL), mètre SI | La dernière ligne demande un mot, car elle ne mesure pas la même chose que les autres. L'unité astronomique vaut exactement 149 597 870 700 mètres, définition adoptée par l'Union astronomique internationale en 2012 selon le JPL de la NASA ; la vitesse de la lumière vaut exactement 299 792 458 mètres par seconde, puisque la définition du mètre la fixe, la même vitesse qui sert d'étalon à l'[année-lumière](/annee-lumiere-echelle-univers). La division de l'une par l'autre donne 499,0048 secondes, soit environ 8 minutes 19 secondes. Deux mesures d'objets différents, donc. Les trois premières lignes sont des observations, avec leurs instruments et leurs erreurs ; la quatrième est la conséquence de deux conventions fixées par les institutions scientifiques. Comparer 8 minutes 12 secondes à environ 8 minutes 19 secondes revient à confronter une mesure de 1729 à une définition, et c'est ce qui rend la valeur de Bradley si parlante : elle n'avait aucune convention sur laquelle s'appuyer. Pour ce que ce temps de trajet implique à l'échelle de l'univers, je renvoie à l'article sur le [temps de trajet de la lumière](/temps-trajet-lumiere-observer-passe-univers), qui le suit bien au-delà du Soleil. ## Aberration ou parallaxe : quelle différence ? Les deux effets se ressemblent assez pour qu'on les confonde. Tous deux déplacent une étoile en apparence, tous deux au rythme de l'orbite terrestre. Selon T. Timberlake, dans un article de The Physics Teacher paru en novembre 2013 (« Seeing Earth's Orbit in the Stars: Parallax and Aberration »), les deux suivent la même période d'un an, avec un décalage de phase entre leurs trajectoires apparentes. La différence décisive est ailleurs, et l'auteur la formule sans détour : « a parallax measurement would have given the distance to the star, while a measurement of aberration provides no information about stellar distances ». La parallaxe renseigne sur la distance d'une étoile, l'aberration n'en dit rien. | Critère | Aberration de la lumière | Parallaxe stellaire | Source | | --------------------------------------- | -------------------------------------------------------------------------------- | ---------------------------------------------------------------- | ---------------------------------- | | Grandeur de l'observateur en cause | sa vitesse | sa position | documentation Gaia DR2 (ESA) | | Période | un an | un an | selon The Physics Teacher (2013) | | Information sur la distance de l'étoile | aucune | donne la distance | selon The Physics Teacher (2013) | | Ordre de grandeur mesuré | 40,2 à 40,4 secondes d'arc, diamètre du cercle au pôle de l'écliptique (Bradley) | 768,0665 millisecondes d'arc pour Proxima du Centaure (Gaia DR3) | lettre de 1729 ; base SIMBAD (CDS) | La dernière ligne compare deux objets distincts, un diamètre de cercle d'un côté, une parallaxe de l'autre, et le périmètre change d'une colonne à l'autre. Elle suffit pourtant à situer les échelles. Le cercle de Bradley se compte en dizaines de secondes d'arc ; la parallaxe de Proxima du Centaure, l'étoile la plus proche du Soleil, reste sous la seconde d'arc, à 768,0665 millisecondes d'arc (incertitude de 0,0499 milliseconde d'arc) selon la base SIMBAD du CDS, qui reprend le catalogue Gaia DR3. L'aberration ne dit rien de la distance ; la parallaxe en est la mesure, et c'est elle que détaille l'article sur la [parallaxe stellaire et la distance des étoiles proches](/parallaxe-stellaire-mesurer-distance-etoiles-proches). ## Pourquoi Gaia corrige-t-il encore l'aberration ? Parce que l'effet n'a pas disparu avec le dix-huitième siècle. La documentation officielle de Gaia Data Release 2, au chapitre consacré à l'astrométrie, pose la distinction en une phrase : « The velocity of Gaia is needed to take into account stellar aberration, while the position is needed to compute parallax and the gravitational deflection affecting the observations. » La vitesse du satellite sert à l'aberration, sa position à la parallaxe et à la déviation gravitationnelle. C'est exactement la ligne de partage du tableau précédent, appliquée à un instrument spatial plutôt qu'à un secteur zénithal planté à Kew. Ce qui me frappe dans cette phrase, c'est qu'elle range l'aberration du côté des corrections, là où Bradley la présentait comme une découverte. La preuve du mouvement terrestre est devenue une ligne de calcul à soustraire avant de publier une position, et je trouve une forme d'élégance dans cette banalisation. ## Questions fréquentes sur l'aberration de la lumière ### Qu'est-ce que l'aberration de la lumière ? C'est un déplacement apparent des étoiles lié à la vitesse de l'observateur combinée à la propagation de la lumière. D'après la lettre de Bradley, une étoile située au pôle de l'écliptique décrit chaque année un petit cercle de 40,2 à 40,4 secondes d'arc de diamètre, selon les étoiles observées. La documentation de la mission Gaia de l'ESA rappelle que la vitesse du satellite doit être connue pour corriger cet effet. ### Quelle étoile Bradley a-t-il observée pour découvrir l'aberration ? Gamma Draconis, l'étoile brillante de la tête du Dragon, marquée gamma par Bayer. Bradley et Molyneux l'ont observée pour la première fois le 3 décembre 1725, à Kew, au moment où elle passait près du zénith. L'instrument était un secteur zénithal de 24 pieds et demi, construit par George Graham pour Samuel Molyneux. ### En quelle année Bradley a-t-il découvert l'aberration ? Trois dates coexistent. Les observations commencent en décembre 1725 à Kew ; la lettre figure dans le numéro 406 des Philosophical Transactions, daté de décembre 1728, pages 637 à 661 ; le volume 35 qui le rassemble est imprimé en 1729. Le choix dépend de ce qu'on appelle découverte. ### Quelle vitesse de la lumière Bradley a-t-il trouvée ? Il l'exprime en durée : la lumière va du Soleil à la Terre en 8 minutes 12 secondes, selon sa lettre à Halley. La valeur actuelle, environ 8 minutes 19 secondes, découle de l'unité astronomique fixée à 149 597 870 700 mètres par l'Union astronomique internationale en 2012 et de la vitesse de la lumière fixée par la définition du mètre. ### Quelle est la différence entre aberration et parallaxe ? Selon un article de The Physics Teacher paru en 2013, les deux effets suivent une période d'un an, mais seule la parallaxe renseigne sur la distance d'une étoile ; l'aberration n'en donne aucune. La documentation Gaia de l'ESA les rattache à deux grandeurs distinctes du satellite : sa vitesse pour l'aberration, sa position pour la parallaxe. ## Sources - Image : [Portrait de James Bradley par Thomas Hudson](https://commons.wikimedia.org/wiki/File:James_Bradley_by_Thomas_Hudson.jpg) : Credit: Thomas Hudson, domaine public - [A Letter from the Reverend Mr. James Bradley to Dr. Edmond Halley, giving an Account of a new discovered Motion of the Fix'd Stars, Philosophical Transactions, vol. 35 (archive.org)](https://archive.org/stream/philosophicaltra3517roya/philosophicaltra3517roya_djvu.txt), consulté le 24 septembre 2026 - [Telescope: Bradley's 12.5-foot Zenith Sector (1727), The Royal Observatory Greenwich (site de Graham Dolan)](https://www.royalobservatorygreenwich.org/articles.php?article=1065), consulté le 24 septembre 2026 - [Frequently Asked Questions, NASA JPL Solar System Dynamics](https://ssd.jpl.nasa.gov/faq.html), consulté le 24 septembre 2026 - [Astrometry, Overview, Gaia Data Release 2 Documentation (ESA)](https://gea.esac.esa.int/archive/documentation/GDR2/Data_processing/chap_cu3ast/sec_cu3ast_intro/ssec_cu3ast_intro_overview.html), consulté le 24 septembre 2026 - [Proxima Centauri, SIMBAD (CDS)](https://simbad.cds.unistra.fr/simbad/sim-id?Ident=Proxima+Centauri), consulté le 24 septembre 2026 - [Seeing Earth's Orbit in the Stars: Parallax and Aberration, T. Timberlake, The Physics Teacher](https://sites.berry.edu/ttimberlake/wp-content/uploads/sites/37/2015/08/ParallaxAberration.pdf), consulté le 24 septembre 2026 --- ## Aurores boréales en France : où et quand tenter sa chance - URL: https://www.portail-astronomie.fr/aurores-boreales-france-ou-quand-observer/ - Author: Julien P. - Published: 2026-09-23T07:20:00 - Categories: observation Une aurore boréale en France n'est plus une rareté théorique depuis 2024. Le phénomène s'est produit au moins quatre fois en un peu moins de deux ans, jusque dans le sud du pays. Ce qui décide de sa visibilité, ce n'est pas la chance : c'est un chiffre, l'indice Kp, publié en continu par des agences officielles, et une latitude, la vôtre. Une aurore boréale devient visible en France quand l'indice Kp planétaire, mesuré par le GFZ Potsdam et interprété par la NOAA en classes de tempête G1 à G5, dépasse un certain seuil : plus il monte, plus le phénomène descend vers le sud. Depuis 2024, quatre épisodes ont atteint ce seuil sur le territoire français, avec des outils gratuits pour être alerté à temps. ## Qu'est-ce que l'indice Kp mesure exactement ? L'indice Kp est un indice global qui va de 0 à 9. Il quantifie les perturbations du champ magnétique terrestre, dérivées de mesures de magnétomètres sur des intervalles de trois heures, selon la définition du NOAA/NWS Space Weather Prediction Center. Ce n'est pas une invention récente : l'indice trihoraire a été introduit par le géophysicien Julius Bartels en 1949, et la série de données remonte à 1932, selon le GFZ Potsdam (Helmholtz Centre for Geosciences). Depuis 1997, c'est le GFZ qui fournit officiellement le Kp planétaire, à partir des données de treize observatoires géomagnétiques répartis dans le monde, et qui le verse à l'International Service of Geomagnetic Indices. Une valeur unique pour tout le globe, par tranche de trois heures, que les services de météo spatiale utilisent en quasi temps réel. ## Comment lire la correspondance entre Kp et tempête géomagnétique ? La NOAA traduit ensuite ce chiffre en classes de tempête, du plus faible au plus intense. En dessous de Kp 5, on reste sous le niveau de tempête : rien à observer depuis la France. Au-delà, chaque palier correspond à une classe G précise. | Indice Kp | Classe de tempête NOAA | | --------- | ------------------------------- | | 0 à 4 | En dessous du niveau de tempête | | 5 | G1 | | 6 | G2 | | 7 | G3 | | 8 | G4 | | 9 | G5 | C'est cette même échelle qui a servi à qualifier la tempête du 10 et 11 mai 2024 de G5, la plus intense mesurée depuis 2003 selon l'Observatoire de Paris (LESIA). ## Quel seuil viser depuis chez vous ? Ici, l'indice officiel ne suffit plus : le Kp planétaire donne une seule valeur pour tout le globe, pas un seuil par ville. Selon Pulsar, un site spécialisé dans le suivi des aurores (pas une agence officielle, donc à traiter comme une indication et non comme une certitude), le seuil dépend de la latitude géomagnétique précise, et la probabilité d'observation de la pollution lumineuse et des nuages sur place. À titre indicatif : Calais, à environ 52 degrés de latitude géomagnétique, demanderait un Kp de l'ordre de 5 ; Marseille, à environ 43 degrés, un Kp de 8 à 9. Ce sont des ordres de grandeur, pas des seuils physiques garantis : « Kp 7 pour le nord » reste une formulation courante sur les sites d'alerte, jamais une promesse. La qualité du ciel compte aussi. Sur ce point, une carte de l'association AVEX place dans les Pyrénées la seule zone noire, son niveau le plus sombre, mais l'association y voit elle-même sans doute un effet de bord : sa carte ne tient pas compte de la pollution lumineuse au-delà de la frontière. Autrement dit, un résidu de calcul, pas un verdict définitif sur le meilleur site d'observation du pays. Pour choisir un site plus largement, notre [guide sur l'échelle de Bortle](/pollution-lumineuse-bortle-sites-ciel-noir-france) détaille comment lire une carte de pollution lumineuse sans lui faire dire plus qu'elle ne peut. ## Quels épisodes ont vraiment été visibles depuis la France ? Quatre dates suffisent à mesurer l'accélération récente du phénomène. La nuit du 10 au 11 mai 2024, un orage géomagnétique majeur de classe G5, le plus intense depuis 2003, a été déclenché par la fusion de six éjections de masse coronale. Selon l'Observatoire de Paris, des aurores ont illuminé tout le territoire métropolitain, une première depuis près de vingt ans, et l'orage auroral a duré près de vingt heures, admiré ensuite depuis l'Amérique du Nord. Cinq mois plus tard, dans la nuit du 10 au 11 octobre 2024, un nouveau pic d'activité vers 1h30 heure légale française a rendu le phénomène visible à l'œil nu jusque dans le sud du pays, selon Ciel & Espace. L'écart entre ces deux nuits est instructif : la première s'inscrit dans un orage de près de vingt heures, la seconde, étalée sur toute la nuit selon Ciel & Espace, a culminé vers 1h30. Deux profils différents, tous deux en pleine période de maximum solaire : le 15 octobre 2024, quatre jours après ce second épisode, la NASA, la NOAA et le Solar Cycle Prediction Panel ont annoncé en téléconférence que le Soleil avait atteint sa période de maximum solaire, celle du cycle 25. Notre [comparatif de télescopes solaires en fin de cycle 25](/telescope-solaire-amateur-cycle-25-mai-2026-comparatif) revient sur ce que ce maximum change pour l'observation du Soleil lui-même. Le mouvement ne s'est pas arrêté là. Dans la nuit du 12 novembre 2025, l'indice Kp a dépassé 8 sur 9, avec un pic mesuré à 8,67 par pas de trois heures cette nuit-là selon Météo-Paris, déclenché par une éruption solaire survenue le matin du 11 novembre. Puis, le 18 janvier 2026 à 18h09 UT, le Soleil a produit une éruption de classe X1.9, suivie d'une tempête géomagnétique intense qui a rendu une aurore visible jusqu'en France, selon le blog institutionnel Epos-France (European Plate Observing System). ## Quels outils utiliser pour être alerté à temps ? Attendre le bulletin du lendemain matin revient à rater l'épisode : une aurore se joue en quelques heures. La NOAA/SWPC publie une prévision d'aurore à trente minutes, un outil officiel accessible directement sur spaceweather.gov. Côté application mobile, My Aurora Forecast, disponible sur l'App Store, fonctionne à partir des prévisions Ovation du SWPC : elle affiche l'indice Kp actuel, la probabilité d'aurore, et propose des notifications push gratuites. Il existe aussi SpaceWeatherLive, un site et une application qui suivent l'activité géomagnétique et l'indice Kp en direct, avec leurs propres alertes. Entre les deux, mon choix personnel penche pour la notification push plutôt que la consultation manuelle d'une page web, même si un lecteur qui veut le détail heure par heure gagnera davantage à ouvrir directement spaceweather.gov : un arbitrage qui reste discutable selon l'usage qu'on en fait. ## Comment régler son appareil photo pour capter le phénomène ? Les guides photo spécialisés donnent des plages de départ assez proches. Terdav demande un appareil capable de monter au moins de 800 à 3200 ISO ; La Photo Nature conseille de commencer autour de 1600 ISO, d'ouvrir le diaphragme au maximum et de poser entre 5 et 10 secondes, sans dépasser 10 secondes pour éviter le filé d'étoiles. Terdav évoque, lui, une pose de 2 à 30 secondes selon l'appareil et l'objectif. Un trépied est indispensable dans tous les cas. Pour le reste, notre [guide d'astrophotographie de la Voie lactée](/voie-lactee-astrophotographie-guide-ete-2026) et notre comparatif sur le [choix d'une monture pour l'astrophoto](/monture-equatoriale-azimutale-debutant-astrophoto) creusent la question du matériel au-delà de ce seul réglage. ## Où regarder, concrètement ? Le meilleur signal reste le plus simple : une alerte reçue, et un ciel dégagé vers le nord. Pas besoin de matériel spécialisé pour la première observation à l'œil nu ; les [Nuits des étoiles](/nuits-des-etoiles-2026-programme-observation) restent aussi l'occasion de se familiariser avec l'observation nocturne en attendant la prochaine alerte. La direction compte davantage que le lieu exact : viser l'horizon nord, loin des lumières de ville, reste le premier réflexe. Le reste, la latitude et l'intensité de la tempête, ne dépend pas de vous. ## Questions fréquentes sur les aurores boréales en France ### Qu'est-ce que l'indice Kp exactement ? C'est un indice global de 0 à 9 qui quantifie les perturbations du champ magnétique terrestre, à partir de mesures de magnétomètres sur des intervalles de trois heures, selon la NOAA. Il est calculé depuis 1997 par le GFZ Potsdam à partir de treize observatoires géomagnétiques mondiaux. ### Quel Kp faut-il pour voir une aurore depuis la France ? Il n'existe pas de seuil national unique. Selon Pulsar, un site spécialisé, ce serait de l'ordre de Kp 5 pour l'extrême nord (Calais) et de Kp 8 à 9 pour le sud (Marseille), en valeur indicative liée à la latitude géomagnétique. La correspondance officielle NOAA situe ces niveaux entre les classes G1 et G4-G5. ### Quels ont été les derniers épisodes visibles en France ? Quatre, entre mai 2024 et janvier 2026 : la tempête G5 des 10 et 11 mai 2024, visible sur tout le territoire métropolitain ; celle du 10 au 11 octobre 2024 ; l'épisode du 12 novembre 2025 avec un Kp mesuré à 8,67 ; et celui du 18 janvier 2026, déclenché par une éruption solaire de classe X1.9. ### Comment être alerté d'une aurore visible depuis chez soi ? La NOAA/SWPC publie une prévision officielle à trente minutes sur spaceweather.gov. L'application My Aurora Forecast, basée sur les mêmes prévisions Ovation du SWPC, propose des notifications push gratuites. SpaceWeatherLive suit aussi l'activité géomagnétique en direct. ### Le pic d'activité solaire actuel va-t-il durer ? Le Soleil a atteint son maximum du cycle solaire 25 selon l'annonce conjointe de la NASA, de la NOAA et du Solar Cycle Prediction Panel, le 15 octobre 2024. Les épisodes de novembre 2025 et janvier 2026, postérieurs à cette annonce, confirment que l'activité reste soutenue plus d'un an après ce maximum. ## Sources - Image : [Aurora Borealis and city lights on the horizon](https://images.nasa.gov/details/iss029e012564) : Credit: NASA, Expedition 29, domaine public - [The Planetary K-index, NOAA/NWS Space Weather Prediction Center](https://www.spaceweather.gov/products/planetary-k-index), consulté le 23 septembre 2026 - [Kp index, GFZ Potsdam](https://kp.gfz.de/en/), consulté le 23 septembre 2026 - [Planetary index of geomagnetic activity, GFZ](https://www.gfz.de/en/press/news/details/planetary-index-of-geomagnetic-activity), consulté le 23 septembre 2026 - [NASA, NOAA officials confirm the Sun has reached solar maximum, NASA SVS](https://svs.gsfc.nasa.gov/14683/), consulté le 23 septembre 2026 - [Des aurores partout en France, Observatoire de Paris (LESIA)](https://lesia.obspm.fr/Des-aurores-partout-en-France-c.html), consulté le 23 septembre 2026 - [D'intenses aurores polaires dans le ciel de la France, Ciel & Espace](https://www.cieletespace.fr/article/d-intenses-aurores-polaires-dans-le-ciel-de-la-france), consulté le 23 septembre 2026 - [Aurores boréales en France, Météo-Paris](https://www.meteo-paris.com/actualites/aurores-boreales-en-france), consulté le 23 septembre 2026 - [A major solar flare caused a geomagnetic storm and lit up the sky, Epos-France](https://www.epos-france.fr/en/blog/2026/02/23/a-major-solar-flare-caused-a-geomagnetic-storm-and-lit-up-the-sky/), consulté le 23 septembre 2026 - [Aurora 30 Minute Forecast, NOAA/NWS Space Weather Prediction Center](https://www.spaceweather.gov/products/aurora-30-minute-forecast), consulté le 23 septembre 2026 - [My Aurora Forecast, App Store](https://apps.apple.com/fr/app/my-aurora-forecast/id1073082439), consulté le 23 septembre 2026 - [Indice Kp : le guide pratique, Pulsar](https://aurores.pulsar-si.com/blog/indice-kp-guide-pratique/), consulté le 23 septembre 2026 - [Cartes spéciales astrophoto, AVEX](https://www.avex-asso.org/dossiers/wordpress/tutoriels-logiciels/archives-cartes-europeennes/cartes-speciales-astropho), consulté le 23 septembre 2026 - [Nos 7 conseils pour photographier les aurores boréales, Terdav](https://www.terdav.com/magazine-voyage/nos-7-conseils-pour-photographier-les-aurores-boreales), consulté le 23 septembre 2026 - [Photographier les aurores boréales, La Photo Nature](https://laphotonature.com/photographier-les-aurores-boreales/), consulté le 23 septembre 2026 - [Kp-index, SpaceWeatherLive](https://www.spaceweatherlive.com/en/auroral-activity/kp-index.html), consulté le 23 septembre 2026 --- ## Zone habitable : pourquoi la bande est si étroite - URL: https://www.portail-astronomie.fr/zone-habitable-etoile-pourquoi-bande-etroite/ - Author: Julien P. - Published: 2026-09-18T06:00:00 - Categories: cosmologie Vénus et Mars posent un problème que la définition courante de la zone habitable ne résout pas. La NASA place la première à l'intérieur de la bordure interne du Soleil, la seconde près de la limite externe : deux planètes rocheuses, deux voisines immédiates de la Terre, et aucune des deux ne porte d'eau liquide en surface. Si la distance suffisait à décider, l'affaire serait close depuis longtemps. **Réponse directe** : la zone habitable est la région autour d'une étoile où une planète de masse terrestre, dotée d'une atmosphère de gaz carbonique, d'eau et d'azote, peut maintenir de l'eau liquide en surface. Ses bornes ne sont pas uniques : elles dépendent du critère climatique retenu et de la température de l'étoile. ## Que recouvre exactement l'expression « zone habitable » ? Le terme trompe presque tout le monde, et The Planetary Society a mis des mots dessus en août 2024 : la principale idée fausse consiste à traiter la zone habitable comme une règle absolue d'habitabilité. Une planète dans la bande n'est pas pour autant habitable, encore moins habitée. Elle remplit une condition de flux reçu, une seule, et rien d'autre. La définition de référence, celle de Kopparapu et ses coauteurs publiée en 2013 dans The Astrophysical Journal, est plus exigeante que les formules qui circulent. Elle parle d'une planète de masse terrestre dotée d'une atmosphère de gaz carbonique, d'eau et d'azote capable de maintenir de l'eau liquide en surface. L'atmosphère n'est pas un complément apporté après coup au calcul : elle est dans la définition. Sans elle, pas de pression suffisante pour que l'eau reste liquide, quelle que soit la distance à l'étoile. C'est exactement ce que raconte le couple Vénus-Mars. La NASA les cite toutes les deux comme bornes de son propre schéma : Vénus, brûlante, à l'intérieur du bord interne ; Mars, réfrigérée, près de la frontière externe. Les deux ont raté l'étape atmosphérique, dans deux directions opposées. ## Où passent les bornes autour du Soleil ? C'est ici que le discours public s'arrête et que la source primaire commence. La Table 1 de Kopparapu et al. 2013 ne donne pas une bordure interne et une bordure externe : elle en donne cinq, chacune attachée à un phénomène climatique précis. Le Planetary Habitability Laboratory de l'université de Porto Rico à Arecibo résume la logique dans sa synthèse du papier : la zone habitable dite conservative est bornée par la serre humide et le maximum de gaz carbonique, la zone optimiste par les critères Vénus récente et Mars primitive. | Critère climatique | Kopparapu et al. 2013 | Kasting et al. 1993 | | ------------------------------------------------------- | --------------------- | ------------------- | | Vénus récente (interne, borne optimiste) | 0,75 UA | 0,75 UA | | Emballement de serre (interne) | 0,97 UA | 0,84 UA | | Serre humide (interne, borne conservative) | 0,99 UA | 0,95 UA | | Maximum de gaz carbonique (externe, borne conservative) | 1,70 UA | 1,67 UA | | Mars primitive (externe, borne optimiste) | 1,77 UA | 1,77 UA | J'ai mis les deux colonnes côte à côte parce que l'écart entre elles raconte quelque chose. Kopparapu et ses coauteurs ont repris le modèle climatique unidimensionnel de Kasting et al. 1993 avec de meilleures bases de données d'absorption : la bordure interne conservative passe de 0,95 à 0,99 [unité astronomique](/unite-astronomique-definition-mesure-distances), soit quatre centièmes qui suffisent à faire entrer ou sortir la Terre selon l'humeur du modèle. La bordure d'emballement de serre bouge davantage encore, de 0,84 à 0,97 UA. Retenez le mécanisme plutôt que les décimales : une borne sans son critère ne veut rien dire. Écrire « la zone habitable du Soleil va de 0,75 à 1,77 UA » et écrire « elle va de 0,99 à 1,70 UA » sont deux affirmations justes qui ne parlent pas de la même chose. Sur le choix à faire quand on s'adresse au grand public, entre la fourchette conservative et l'optimiste, je penche pour la conservative, et je reconnais que l'argument inverse, celui du recensement le plus large possible, ne s'écarte pas d'un revers de main. ## Les bornes changent-elles avec le type d'étoile ? Oui, et pas seulement parce qu'une étoile faible chauffe moins. Kopparapu et al. 2013 donnent la raison physique : le rayonnement des étoiles F est plus bleu que celui du Soleil, celui des étoiles K et M plus rouge, ce qui modifie l'albédo planétaire calculé et donc les limites elles-mêmes. Le type spectral n'agit pas uniquement sur la quantité de lumière reçue, mais sur sa couleur, et donc sur la part qui repart dans l'espace. La [classification spectrale](/classification-spectrale-etoiles-obafgkm-temperature) n'est pas un détail de nomenclature quand on calcule une zone habitable. Côté résultat, la NASA le formule simplement : les zones habitables sont plus larges autour des étoiles chaudes, et les naines rouges, les plus nombreuses de la Voie lactée, ont des zones nettement plus serrées. | Étoile | Type spectral | Borne interne (critère) | Borne externe (critère) | Grandeur publiée par la source | | ---------------- | ------------- | ------------------------------------------- | ------------------------------------------- | --------------------------------------- | | Soleil | G2V | 0,99 UA (serre humide) | 1,70 UA (maximum de gaz carbonique) | distance, en unités astronomiques | | Kepler-186 | M1V | 0,20 à 0,23 UA (emballement de serre) | 0,40 à 0,43 UA (maximum de gaz carbonique) | distance, en unités astronomiques | | Proxima Centauri | M5.5V | 0,9 fois le flux terrestre (limite interne) | 0,2 fois le flux terrestre (limite externe) | flux stellaire reçu, en flux terrestres | La ligne Kepler-186 vient de Bolmont, Raymond, Leconte, Correia et Von Paris, qui ont appliqué les équations de Kopparapu au système en 2014 dans The Astrophysical Journal : leur estimation empirique plus optimiste élargit la fourchette de 0,15 à 0,42 UA. La ligne Proxima Centauri vient de Ribas et ses coauteurs, dans Astronomy and Astrophysics en 2016, qui expriment les limites de la zone conservative en flux stellaire reçu et non en distance : 0,9 et 0,2 fois le flux terrestre. Proxima b, dont le demi-grand axe publié vaut 0,0485 UA, reçoit 65 à 70 % du flux terrestre selon la même source. Deux mesures d'objets différents, donc, dans la même colonne : une distance orbitale d'un côté, un flux reçu de l'autre. Les deux décrivent la même frontière, mais la source primaire ne les publie pas dans la même grandeur, et les convertir sans le dire reviendrait à fabriquer un chiffre. ## Qu'est-ce qui rétrécit encore la bande au-delà de la distance ? Une planète peut cocher la case orbitale et rester inhabitable pour des raisons qui n'ont rien à voir avec sa distance. Le premier frein tient à la proximité elle-même. Kaltenegger, dans sa revue de 2017 pour l'Annual Review of Astronomy and Astrophysics, explique que l'habitabilité des planètes autour des naines M est compliquée par la faible distance orbitale de leurs zones habitables, conséquence de la faible luminosité de ces étoiles. L'interaction de marée devient forte, et la planète finit potentiellement en rotation synchrone, une face toujours éclairée, l'autre toujours dans la nuit. Le deuxième frein est l'éruptivité. Le Center for Astrophysics de Harvard et du Smithsonian, dans sa note de décembre 2016 sur les éruptions de Proxima Centauri, indique que les éruptions en rayons X ou en ultraviolet présentent des dangers significatifs pour toute atmosphère présente, au moins jusqu'à ce que l'étoile atteigne quelques milliards d'années et passe à une phase plus calme. Ribas et ses coauteurs chiffrent l'exposition de Proxima b : trente fois plus de rayonnement extrême ultraviolet que la Terre, et deux cent cinquante fois plus de rayons X. C'est le même type d'environnement que celui discuté autour de [Proxima b dans nos pages](/jwst-signal-radio-regulier-proxima-b), et il pèse lourd dans le bilan. Le troisième frein est temporel. Gonzalez, en 2005, rappelle que Hart avait introduit dès 1978 et 1979 la notion de zone habitable continue : la luminosité du Soleil augmente en vieillissant, la zone migre vers l'extérieur, et la région réellement habitable en permanence est l'intersection de toutes les positions passées. Son estimation, 0,958 à 1,004 UA, est une valeur historique de 1979, obtenue avec un traitement des nuages et de l'albédo critiqué depuis, et Gonzalez la présente comme le point de départ des études de zone habitable continue, pas comme un chiffre de référence actuel. Elle a le mérite de montrer l'idée : une bande déjà étroite à un instant donné devient encore plus mince quand on exige qu'elle le reste pendant des milliards d'années. Ces trois freins expliquent pourquoi les résultats du JWST sur des systèmes réels déçoivent si souvent les attentes du grand public, du climat dépouillé de [TRAPPIST-1 b et c](/trappist-1-climat-jwst-avril-2026-differences-temperature-atmosphere-exoplanete) aux biosignatures discutées de [K2-18b](/k2-18b-jwst-biosignatures-dms-vie-extraterrestre). La bande orbitale est une condition de tri, pas un verdict. ## Combien d'exoplanètes sont-elles dans cette bande ? Le chiffre existe, à condition de le dater. Un catalogue publié le 19 mars 2026 dans les Monthly Notices of the Royal Astronomical Society identifie 290 exoplanètes dans la zone habitable dite empirique, dont un sous-ensemble de 45 mondes rocheux, sur la base du NASA Exoplanet Archive arrêté au 20 décembre 2025. Un modèle tridimensionnel plus étroit en ajoute 24. Ce nombre monte à chaque confirmation nouvelle, ce qui en fait une photographie et non une constante : il vaut pour l'état de l'archive à sa date d'arrêt, trois mois avant la publication du catalogue. Le rappel vaut aussi pour les [méthodes de détection](/exoplanete-definition-methodes-detection), qui décident en amont de ce qui entre dans un tel décompte. Adolescent, je regardais les premiers documentaires climat en me disant que la Terre était un cas banal. Vingt ans plus tard, la lecture des tables de bornes donne une impression inverse : ce qui est banal, c'est d'être dans la bande. Ce qui ne l'est pas, c'est d'y rester assez longtemps, avec une atmosphère assez épaisse, autour d'une étoile assez calme. ## Questions fréquentes sur la zone habitable ### Une planète en zone habitable est-elle habitable ? Non. Selon The Planetary Society, la principale idée fausse sur le sujet consiste justement à traiter la zone habitable comme une règle absolue d'habitabilité. Être dans la bande signifie seulement qu'une planète de masse terrestre, avec une atmosphère adaptée, pourrait y maintenir de l'eau liquide en surface. Vénus et Mars, citées par la NASA aux deux bords de la zone solaire, n'en ont pourtant pas. ### Quelles sont les bornes de la zone habitable du Soleil ? Cela dépend du critère. Selon la Table 1 de Kopparapu et al. 2013, la zone conservative va de 0,99 UA (serre humide) à 1,70 UA (maximum de gaz carbonique), et la zone optimiste de 0,75 UA (Vénus récente) à 1,77 UA (Mars primitive). Le modèle antérieur de Kasting et al. 1993 donnait respectivement 0,95 et 1,67 UA pour les deux bornes conservatives. ### Pourquoi la zone habitable des naines rouges est-elle si étroite ? Parce que ces étoiles sont peu lumineuses. Selon la NASA, les zones habitables sont plus larges autour des étoiles chaudes et nettement plus serrées autour des naines rouges. Kopparapu et al. 2013 ajoutent une raison physique : le rayonnement des étoiles M est plus rouge que celui du Soleil, ce qui modifie l'albédo planétaire calculé et déplace les limites. ### L'atmosphère compte-t-elle dans la définition ? Oui, elle y est inscrite. Kopparapu et al. 2013 définissent la zone habitable comme la région où une planète de masse terrestre dotée d'une atmosphère de gaz carbonique, d'eau et d'azote peut maintenir de l'eau liquide en surface. Sans atmosphère, aucune eau liquide ne tient en surface, quelle que soit la distance à l'étoile. ### Combien d'exoplanètes connaît-on dans la zone habitable ? Un catalogue publié le 19 mars 2026 dans les Monthly Notices of the Royal Astronomical Society recense 290 exoplanètes dans la zone habitable empirique, dont 45 mondes rocheux, à partir du NASA Exoplanet Archive arrêté au 20 décembre 2025. Un modèle tridimensionnel plus étroit en ajoute 24. Le décompte augmente à chaque confirmation. ### La zone habitable reste-t-elle au même endroit ? Non. Gonzalez rappelle en 2005 que Hart avait montré dès 1978 et 1979 que la luminosité d'une étoile augmente avec son âge et que la zone migre vers l'extérieur. La zone habitable continue correspond à l'intersection des positions successives, ce qui la rend plus étroite que la zone instantanée. ## Sources - [Habitable Zones around Main-sequence Stars : New Estimates, Kopparapu et al. 2013](https://arxiv.org/abs/1301.6674), consulté le 18 septembre 2026 - [The Habitable Zone, NASA Science](https://science.nasa.gov/exoplanets/habitable-zone/), consulté le 18 septembre 2026 - [What Is the Habitable Zone ?, NASA Science](https://science.nasa.gov/resource/what-is-the-habitable-zone/), consulté le 18 septembre 2026 - [Summary of the limits of the new habitable zone, Planetary Habitability Laboratory, UPR Arecibo](https://phl.upr.edu/library/labnotes/summary-of-the-limits-of-the-new-habitable-zone), consulté le 18 septembre 2026 - [Formation, tidal evolution and habitability of the Kepler-186 system, Bolmont et al. 2014](https://arxiv.org/pdf/1404.4368), consulté le 18 septembre 2026 - [The habitability of Proxima Centauri b. I., Ribas et al. 2016](https://arxiv.org/pdf/1608.06813), consulté le 18 septembre 2026 - [How to Characterize Habitable Worlds and Signs of Life, Kaltenegger 2017](https://www.astro.sunysb.edu/fwalter/PHY688/Kaltenegger_annurev-astro-082214-122238.pdf), consulté le 18 septembre 2026 - [Flares on Proxima Centauri, Center for Astrophysics, Harvard and Smithsonian](https://www.cfa.harvard.edu/news/flares-proxima-centauri), consulté le 18 septembre 2026 - [Habitable Zones in the Universe, Gonzalez 2005](https://arxiv.org/pdf/astro-ph/0503298), consulté le 18 septembre 2026 - [Catalogue of exoplanets in the habitable zone, Monthly Notices of the Royal Astronomical Society 547(3)](https://academic.oup.com/mnras/article/547/3/stag028/8526432), consulté le 18 septembre 2026 - [Why the habitable zone doesn't always mean habitable, The Planetary Society](https://www.planetary.org/articles/why-the-habitable-zone-doesnt-always-mean-habitable), consulté le 18 septembre 2026 --- ## Parallaxe stellaire : mesurer la distance des étoiles - URL: https://www.portail-astronomie.fr/parallaxe-stellaire-mesurer-distance-etoiles-proches/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-09-17T06:00:00 - Categories: observation Plus de 1,46 milliard d'étoiles avec une parallaxe mesurée : c'est ce que porte le catalogue Gaia DR3, publié par l'Agence spatiale européenne le 13 juin 2022. Le catalogue de référence précédent, Hipparcos, plafonnait à environ 120 000 étoiles, avec une précision de l'ordre du milliarcseconde. Le bond n'est pas seulement une affaire de volume : c'est surtout une affaire d'angle, et c'est cet angle qui donne la distance. **Réponse directe** : la parallaxe stellaire est le léger décalage apparent de la position d'une étoile proche, observé à six mois d'intervalle depuis les deux points opposés de l'orbite terrestre. Sa mesure permet de calculer la distance de l'étoile par triangulation : plus l'angle est petit, plus l'étoile est loin. C'est la seule méthode de mesure directe des distances stellaires. ## Comment la parallaxe transforme-t-elle un angle en distance ? Le principe vient de l'Observatoire de Paris : la parallaxe annuelle mesure le demi-grand axe angulaire du mouvement apparent d'une étoile proche sur le fond des étoiles fixes, provoqué par la révolution de la Terre autour du Soleil. C'est le même principe de triangulation que celui qui sert à évaluer une [distance dans le système solaire](/distance-terre-lune-perigee-apogee-explication), appliqué ici à une échelle bien plus grande. La conversion tient en une formule, toujours selon l'Observatoire de Paris : une étoile dont la parallaxe s'exprime en secondes d'arc se trouve à une distance égale à 1 divisée par cette parallaxe, exprimée en parsecs. Le parsec lui-même est défini comme la distance à laquelle une [unité astronomique](/unite-astronomique-definition-mesure-distances) sous-tend un angle d'une seconde d'arc. Depuis la résolution B2 de l'Union astronomique internationale, adoptée en 2015, la valeur est fixée officiellement : un parsec équivaut exactement à 648 000 divisé par pi unités astronomiques. Pour convertir un résultat en parsecs vers une unité plus parlante, il suffit ensuite de passer par l'[année-lumière](/annee-lumiere-echelle-univers). ## Gaia a-t-il vraiment surclassé Hipparcos ? Sur le papier, oui, et les chiffres publiés par l'ESA le confirment sans avoir besoin d'être enjolivés. Selon la page Gaia DR3 de l'ESA Cosmos, l'incertitude médiane sur la parallaxe se situe entre 0,02 et 0,03 mas pour les étoiles de magnitude inférieure à 15, monte à 0,07 mas à la magnitude 17, à 0,5 mas à la magnitude 20 et à 1,3 mas à la magnitude 21. Chaque chiffre de précision n'a de sens qu'accompagné de sa magnitude de référence, c'est ce que la page elle-même impose. Cette troisième release a été publiée le 13 juin 2022. Je suis ces annonces un peu comme des notes de version logicielle : chaque publication déplace le curseur de précision d'un cran, et celle-ci avait été préparée pendant des années avant sa sortie. La collecte de données de la mission s'est arrêtée depuis : la dernière observation date du 15 janvier 2025, et le satellite a été passivé le 27 mars 2025, toujours selon l'ESA. La prochaine publication, Gaia DR4, est annoncée pour le 2 décembre 2026 sur la page dédiée de l'ESA Cosmos ; à ce jour, le 17 septembre 2026, elle n'est pas encore parue, et Gaia DR3 reste la dernière release publiée. L'Observatoire de Paris, sur sa page consacrée aux observations et précisions de la mission, donne aussi la cible visée pour la suite : pour DR4, construite sur cinq ans de données, la précision attendue va de 10 microsecondes d'arc à la magnitude 13 jusqu'à 835 microsecondes d'arc à la magnitude 20,7. Pour DR5, la mission complète sur dix ans, l'objectif descend entre 7 et 588 microsecondes d'arc sur la même plage de magnitude. Sur la meilleure unité à afficher au lecteur, microseconde d'arc ou année-lumière, je n'ai pas de position tranchée : la première est fidèle à l'instrument, la seconde parle davantage à l'intuition. ## Que disent les parallaxes de cinq étoiles proches ? La base SIMBAD du Centre de données astronomiques de Strasbourg permet de comparer directement ces chiffres, étoile par étoile. | Étoile | Parallaxe (mas) | Distance (pc) | Distance (années-lumière) | Source | | ------------------- | ----------------- | ------------- | ------------------------- | --------- | | Proxima du Centaure | 768,0665 ± 0,0499 | 1,3019 | 4,244 | Gaia | | Étoile de Barnard | 546,9759 ± 0,0401 | 1,8282 | environ 5,96 | Gaia | | 61 Cygni A | 285,9949 ± 0,0599 | 3,4965 | environ 11,4 | Gaia | | Alpha du Centaure A | 742,12 ± 1,40 | 1,348 | environ 4,39 | Hipparcos | | Sirius A | 379,21 ± 1,58 | 2,638 | environ 8,60 | Hipparcos | Les deux dernières lignes ne sont pas un oubli : Alpha du Centaure A et Sirius A restent sourcées Hipparcos dans SIMBAD, pas Gaia. Ces deux étoiles sont trop brillantes pour l'instrument : Gaia sature sur elles, et la base continue de s'appuyer sur le catalogue Hipparcos : le catalogue original de 1997 pour Alpha du Centaure A, la révision de 2007 signée van Leeuwen pour Sirius. ## Que reste-t-il de la toute première parallaxe mesurée ? 61 Cygni A doit sa place dans cette liste à son histoire autant qu'à sa proximité. C'est l'étoile sur laquelle Friedrich Bessel a réalisé, en 1838, la première mesure de parallaxe stellaire jamais publiée. L'Agence spatiale européenne, dans son histoire de l'astrométrie, chiffre le décalage annuel qu'il a détecté à 0,314 seconde d'arc, ce qui plaçait l'étoile à une dizaine d'années-lumière. La valeur moderne pour 61 Cygni A, 285,9949 millisecondes d'arc dans SIMBAD, donne 11,4 années-lumière : Bessel surestimait l'angle d'environ 10 %, et rapprochait donc l'étoile d'autant. Pour une grandeur que personne n'avait jamais mesurée avant lui, à l'héliomètre et à la vis micrométrique, l'écart reste modeste. La microseconde d'arc reste hors de portée d'une lunette grand public : c'est le domaine des instruments dédiés. Bessel a ouvert la voie au dix-neuvième siècle avec de la mécanique, et Gaia poursuit la même idée deux siècles plus tard, depuis l'espace. ## Jusqu'où la parallaxe permet-elle de mesurer l'univers ? La méthode a une limite physique, pas seulement technique. Selon la NASA, la parallaxe donne des distances fiables jusqu'à quelques milliers d'années-lumière ; au-delà, l'angle devient trop petit pour être mesuré par les instruments actuels, et les astronomes basculent sur des méthodes indirectes. Sur ces échelles, la distance et le [temps de trajet de la lumière](/temps-trajet-lumiere-observer-passe-univers) se confondent : voir loin, c'est déjà voir le passé. C'est là qu'interviennent les Céphéides, ces étoiles variables pulsantes qui servent de chandelles standards. Selon l'ESA, elles fournissent une étape indirecte mais essentielle de l'échelle des distances cosmiques, qui permet de l'étendre jusqu'aux galaxies lointaines, une fois calibrées par les parallaxes Gaia elles-mêmes. Leur identification passe le plus souvent par l'analyse de la lumière qu'elles émettent, un exercice détaillé dans notre [guide sur la spectroscopie](/spectroscopie-astronomique-decomposer-lumiere-etoile). La parallaxe reste ainsi le socle sur lequel repose toute l'échelle des distances, même quand elle cède elle-même la place à d'autres méthodes. La prochaine étape est calée au calendrier : le 2 décembre 2026, date annoncée de Gaia DR4, qui révisera d'un cran les parallaxes du tableau ci-dessus. ## Questions fréquentes sur la parallaxe stellaire ### Qu'est-ce que la parallaxe stellaire exactement ? C'est le léger décalage apparent de la position d'une étoile proche, observé sur fond d'étoiles fixes, quand on la regarde à six mois d'intervalle depuis deux points opposés de l'orbite terrestre. Ce décalage angulaire, une fois mesuré, permet de calculer la distance de l'étoile par triangulation : c'est la seule méthode de mesure directe des distances stellaires. ### Comment calcule-t-on une distance à partir d'une parallaxe ? La formule vient de l'Observatoire de Paris : une étoile dont la parallaxe s'exprime en secondes d'arc se trouve à une distance égale à 1 divisée par cette parallaxe, exprimée en parsecs. Le parsec est fixé depuis 2015 par l'Union astronomique internationale à exactement 648 000 divisé par pi unités astronomiques, une valeur officielle et invariable. ### Pourquoi Alpha du Centaure A et Sirius A restent-elles mesurées par Hipparcos et pas par Gaia ? Parce que Gaia sature sur les étoiles trop brillantes. Dans la base SIMBAD, ces deux étoiles restent donc sourcées sur le catalogue Hipparcos : Alpha du Centaure A sur le catalogue original de 1997, Sirius A sur la révision de 2007 signée van Leeuwen. Les autres étoiles proches plus discrètes, elles, bénéficient déjà des parallaxes Gaia, bien plus précises. ### Quand la prochaine publication Gaia, DR4, est-elle attendue ? L'ESA Cosmos annonce sa publication pour le 2 décembre 2026. À ce jour, le 17 septembre 2026, elle n'est pas encore parue : Gaia DR3, publié le 13 juin 2022, reste la dernière release disponible. La collecte de données de la mission s'est terminée le 15 janvier 2025, avec la passivation du satellite le 27 mars 2025. ### Jusqu'à quelle distance la parallaxe fonctionne-t-elle ? Selon la NASA, la méthode donne des distances fiables jusqu'à quelques milliers d'années-lumière. Au-delà, l'angle à mesurer devient trop petit pour les instruments actuels. Les astronomes prennent alors le relais avec des méthodes indirectes, à commencer par les Céphéides, des étoiles variables calibrées elles-mêmes par les parallaxes Gaia. ## Sources - [Gaia Data Release 3, ESA Cosmos](https://www.cosmos.esa.int/web/gaia/dr3), consulté le 17 septembre 2026 - [Gaia Data Release 4, ESA Cosmos](https://www.cosmos.esa.int/web/gaia/data-release-4), consulté le 17 septembre 2026 - [End of the science observations, ESA Cosmos](https://www.cosmos.esa.int/web/gaia/end-of-observations), consulté le 17 septembre 2026 - [Unités de distance, Observatoire de Paris](https://media4.obspm.fr/public/ressources_lu/pages_unites/unite-distance-apprendre.html), consulté le 17 septembre 2026 - [IAU 2015 Resolution B2 on recommended zero points, arXiv](https://arxiv.org/abs/1510.06262), consulté le 17 septembre 2026 - [Distances to the Stars, NASA Imagine the Universe](https://imagine.gsfc.nasa.gov/features/cosmic/solar_neighborhood_info.html), consulté le 17 septembre 2026 - [How does Gaia study the Milky Way ?, ESA](https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/Gaia/How_does_Gaia_study_the_Milky_Way), consulté le 17 septembre 2026 - [Proxima Centauri, SIMBAD (CDS)](https://simbad.cds.unistra.fr/simbad/sim-basic?Ident=Proxima+Centauri), consulté le 17 septembre 2026 - [Barnard's star, SIMBAD (CDS)](https://simbad.cds.unistra.fr/simbad/sim-basic?Ident=Barnard%27s+star), consulté le 17 septembre 2026 - [61 Cygni A, SIMBAD (CDS)](https://simbad.cds.unistra.fr/simbad/sim-basic?Ident=61+Cygni+A), consulté le 17 septembre 2026 - [Alpha Centauri A, SIMBAD (CDS)](https://simbad.cds.unistra.fr/simbad/sim-basic?Ident=Alpha+Centauri+A), consulté le 17 septembre 2026 - [Sirius, SIMBAD (CDS)](https://simbad.cds.unistra.fr/simbad/sim-basic?Ident=Sirius), consulté le 17 septembre 2026 - [Observations et précisions, Observatoire de Paris](https://gaia.obspm.fr/la-mission/article/observations-et-precisions), consulté le 17 septembre 2026 - [A history of astrometry, Part II : Telescope ignites the race to measure stellar distances, ESA Science & Technology](https://sci.esa.int/web/gaia/-/53197-seeing-and-measuring-farther), consulté le 17 septembre 2026 - Image : [Depth Perception in Space, vue d'artiste du principe de la parallaxe appliqué au télescope Spitzer](https://images-assets.nasa.gov/image/PIA09562/PIA09562~orig.jpg) : NASA/JPL-Caltech, domaine public --- ## Mars 2027 : préparer l'opposition dès l'automne 2026 - URL: https://www.portail-astronomie.fr/mars-opposition-2027-preparer-observation-automne-2026/ - Author: Julien P. - Published: 2026-09-16T06:00:00 - Categories: systeme-solaire En février 2027, deux planètes atteignent leur opposition à huit jours d'intervalle, et toutes les deux dans la même constellation. Jupiter le 11, Mars le 19, le Lion pour l'une comme pour l'autre : c'est le site allemand Sterngucker qui relie ces deux dates dans une même page consacrée au ciel de février 2027. Un observateur qui prépare cet hiver-là n'a donc pas une cible à viser, mais deux, dans le même coin de ciel et à quelques soirées d'écart. L'opposition de Mars, elle, est datée à la minute : le 19 février 2027 à 15h45 UTC, selon Explore Scientific. La planète y atteint un diamètre apparent de 13,8 secondes d'arc, pour une distance de 101,7 millions de kilomètres, soit 63,0 millions de miles. Star Walk donne la magnitude associée, -1,2. Ces valeurs se préparent à l'avance, parce que la fenêtre utile s'ouvre bien avant : dès la mi-octobre 2026. ## La fenêtre s'ouvre le 14 octobre 2026, pas en février L'Association of Lunar and Planetary Observers (ALPO), sous la plume de Jeff Beish, fixe une borne d'entrée précise : le disque observable de Mars dépasse 6 secondes d'arc à partir du 14 octobre 2026, et l'apparition commence à cette date pour les observateurs équipés d'instruments de 4 à 8 pouces et au-delà. Autrement dit, bien avant l'opposition, Mars est déjà un disque, plus un simple point orange. Plus tard dans l'automne, la planète est installée dans sa constellation d'opposition. Toujours selon l'ALPO, au 20 novembre 2026, Mars est visible en fin de nuit dans le Lion, à la magnitude 0,6. Elle y restera : c'est bien dans le Lion que se joue toute la séquence, jusqu'à l'opposition de février. C'est la raison pour laquelle je traite ce sujet en septembre 2026 plutôt qu'en janvier. Une opposition planétaire ne se prépare pas la semaine d'avant, et la [rentrée de Vesta en octobre 2026](/vesta-opposition-octobre-2026-observation-asteroide-jumelles) tombe précisément dans la même fenêtre : autant caler les deux dans le même agenda. ## Une opposition aphélienne : ce que ça change réellement Le mot compte, et il conditionne tout ce que le lecteur verra dans son oculaire. L'ALPO classe l'apparition 2026-2027 comme aphélienne, et donne le critère chiffré : la longitude orbitale de Mars au moment de l'opposition n'est qu'à 4,5° de sa longitude d'aphélie, elle-même située à 70° Ls. Mars est donc proche du point de son orbite le plus éloigné du Soleil quand la Terre la double. Conséquence concrète, documentée par nakedeyeplanets.com : le disque est plus petit et l'opposition moins favorable qu'une opposition périhélienne, comme celle de 2018 ou celle à venir en 2033. La même source chiffre l'écart d'une manière que je trouve plus parlante que n'importe quelle formule : en 2027, Mars n'atteint que 54 % de la taille maximale possible lors d'une opposition périhélienne favorable. La valeur figure dans une cellule du tableau comparatif du site, pas dans une phrase rédigée : je la donne pour ce qu'elle est, un ordre de grandeur publié par une seule source. Et ce rythme n'a rien d'aléatoire. Toujours selon nakedeyeplanets.com, les oppositions les plus brillantes et les plus favorables de Mars se regroupent par deux ou trois, à des intervalles de 15 et 17 ans. C'est le genre de cycle long qui me retient : la qualité du rendez-vous ne se lit pas dans la seule date, elle se lit dans la place de cette date à l'intérieur du cycle. Deux chiffres méritent d'être distingués plutôt que confondus, parce qu'ils ne mesurent pas la même chose. Les 101,7 millions de kilomètres d'Explore Scientific sont la distance au moment exact de l'opposition, le 19 février. La distance minimale entre les deux planètes, elle, tombe le lendemain : 0,67792 unité astronomique, soit 101,4 millions de kilomètres, le 20 février 2027, d'après spider.seds.org, une valeur recoupée par l'ALPO et par nakedeyeplanets.com. Deux valeurs voisines, deux définitions différentes du même rapprochement, et deux dates distinctes : l'instant de l'opposition n'est pas l'instant de la distance minimale. Une opposition modeste reste une opposition. Le pilier a déjà traité ce gabarit sur [Saturne en juillet 2026](/saturne-opposition-juillet-2026-anneaux-quasi-disparus-observation) et sur [Neptune en septembre 2026](/neptune-opposition-26-septembre-2026-observation-telescope-triton) : le principe y est détaillé, je ne le reprends pas ici. ## Le calendrier complet, d'octobre 2026 à juillet 2027 Ces bornes se lisent d'ordinaire éparpillées sur plusieurs pages. Les voici regroupées, avec leur origine ligne par ligne. La borne de fin, le 1er juillet 2027, mérite une réserve de sourçage : l'ALPO l'écrit noir sur blanc, en précisant que le disque ne repassera pas sous ce seuil avant cette date, mais aucune autre source consultée ne la reprend. | Date | Ce qui se passe | Source | | -------------------------- | ------------------------------------------------------------------------------- | ------------------ | | 14 octobre 2026 | Le disque dépasse 6 secondes d'arc, début de l'apparition pour les 4 à 8 pouces | ALPO | | 20 novembre 2026 | Mars dans le Lion à la magnitude 0,6, visible en fin de nuit | ALPO | | 10 janvier 2027 | Début de la rétrogradation de Mars | ALPO | | 11 février 2027 | Opposition de Jupiter, dans le Lion | Sterngucker | | 19 février 2027, 15h45 UTC | Opposition de Mars : 13,8 secondes d'arc, 101,7 millions de kilomètres | Explore Scientific | | 20 février 2027 | Distance minimale Terre-Mars : 0,67792 UA, soit 101,4 millions de kilomètres | spider.seds.org | | 1er avril 2027 | Fin de la rétrogradation de Mars | ALPO | | 1er juillet 2027 | Le disque repasse sous 6 secondes d'arc | ALPO | La rétrogradation, du 10 janvier au 1er avril 2027 selon l'ALPO, encadre l'opposition de façon presque symétrique. C'est la période où Mars semble revenir sur ses pas parmi les étoiles du Lion : le mouvement se suit très bien sur des relevés de position espacés de quelques nuits, y compris à l'œil nu pour la trajectoire générale. Explore Scientific donne aussi la déclinaison de Mars à l'opposition, +15,4°. C'est une coordonnée de position, à ne pas confondre avec une hauteur au-dessus de l'horizon, qui dépend du lieu d'observation et de l'heure. ## Jupiter le 11, Mars le 19 : deux cibles dans le Lion C'est l'élément qui change le plus la préparation d'une soirée d'hiver, et il se perd facilement derrière l'annonce d'une date isolée. Sterngucker titre sa page de février 2027 sur cette double opposition et pose la mécanique en une phrase : Jupiter le 11 février, Mars le 19 février, huit jours d'écart, les deux planètes dans le Lion. Pour un observateur, ça veut dire une seule constellation à repérer au lieu de deux, sur un même créneau de nuit, à huit jours d'intervalle. Les deux planètes se suivent dans le Lion, et une sortie préparée pour l'une sert à l'autre. Sur le moment où il faut vraiment sortir l'instrument, en revanche, je n'ai pas d'arbitrage tranché. Commencer dès le 14 octobre 2026, comme l'apparition le permet pour les 4 à 8 pouces, c'est accepter un disque encore proche du seuil de 6 secondes d'arc pendant des semaines ; attendre la quinzaine de février, c'est tout miser sur une opposition qui ne donne que 54 % de la taille maximale possible. Les deux stratégies se défendent, et je ne prendrai pas parti entre elles. ## Quel instrument pour voir autre chose qu'un disque Sur ce point, la donnée ne dépend pas de l'année, et c'est heureux, parce que la référence francophone la plus précise sur l'instrumentation martienne, Stelvision, a été rédigée pour l'opposition précédente. Le seuil technique, lui, reste valable. Selon Stelvision, une lunette ou un télescope de 60 à 100 mm de diamètre, à fort grossissement, fait apparaître le disque de Mars, mais sans plus : aucun détail de surface. Pour accéder aux premiers détails, la même source situe le besoin à partir de 115 à 130 mm de diamètre, avec un grossissement fort, jusqu'à 1,5 fois le diamètre instrumental. Ces deux valeurs viennent d'une page unique et non recoupée par une autre source : elles indiquent un ordre de grandeur, pas une frontière garantie. Un détail précis vaut le détour cette fois-ci. L'ALPO signale que la calotte polaire nord sera inclinée vers la Terre pendant toute la durée de l'apparition, ce qui en donnera une excellente vue ; spider.seds.org va dans le même sens, en parlant de la meilleure vue possible de la calotte nord. La géométrie est nommée par l'ALPO : la Terre se trouve environ 20° au nord de l'équateur céleste de Mars. Pour ce que ces calottes donnent à fort diamètre, Stelvision publie le dessin d'un astronome amateur réalisé au télescope de 406 mm, à 470 fois, où la calotte polaire est visible ; c'est une illustration isolée, elle ne fixe aucun seuil minimal. Reste que Mars n'est pas seulement un disque à scruter depuis la Terre. [Les cinq ans de Perseverance et Curiosity](/curiosity-perseverance-mars-5-ans-avril-2026-organiques) rappellent l'écart entre les deux échelles de lecture de cette planète : 13,8 secondes d'arc dans un oculaire d'un côté, des échantillons de roche analysés au sol de l'autre. ## Ce qu'il faut caler dès maintenant Trois dates suffisent à ne rien rater : le 14 octobre 2026 pour sortir l'instrument, le 20 novembre 2026 pour repérer Mars dans le Lion en fin de nuit, et la quinzaine du 11 au 19 février 2027 pour les deux oppositions. Le reste, rétrogradation comprise, se lit dans le tableau plus haut. Et pour ceux qui aiment les cibles difficiles, la série continue : [l'opposition de Pluton de juillet 2026](/pluton-opposition-27-juillet-2026-observation-capricorne) occupe la case opposée du spectre, celle où le diamètre apparent ne veut plus rien dire du tout. ## Sources - [Oppositions of Mars, Explore Scientific](https://explorescientific.com/pages/oppositions-of-mars), consulté le 16 septembre 2026 - [The 2026-2027 Aphelic Apparition of Mars, ALPO Astronomy](https://www.alpo-astronomy.org/jbeish/2027_MARS.htm), consulté le 16 septembre 2026 - [Mars 2027, spider.seds.org](https://spider.seds.org/spider/Mars/mars2027.html), consulté le 16 septembre 2026 - [Mars Oppositions from 2012 to 2027, nakedeyeplanets.com](https://www.nakedeyeplanets.com/mars-oppositions.htm), consulté le 16 septembre 2026 - [Night sky February 2027: Jupiter and Mars opposition, Sterngucker](https://www.sterngucker.de/en/astronomical-events/night-sky-february/), consulté le 16 septembre 2026 - [Next Opposition of Mars, Star Walk](https://starwalk.space/en/news/mars-opposition), consulté le 16 septembre 2026 - [Observer la planète Mars à l'œil nu ou au télescope, Stelvision](https://www.stelvision.com/astro/observer-mars/), consulté le 16 septembre 2026 - [Mars opposition 2026-27, British Astronomical Association](https://britastro.org/section_information_/mars-section-overview/mars-opposition-2026-27), consulté le 16 septembre 2026 --- ## Spectroscopie : ce que révèle la lumière d'une étoile - URL: https://www.portail-astronomie.fr/spectroscopie-astronomique-decomposer-lumiere-etoile/ - Author: Julien P. - Published: 2026-09-09T06:00:00 - Categories: observation Deux étoiles peuvent se ressembler point pour point dans un petit télescope : même éclat apparent, même couleur à l'œil, même position dans le ciel. Il suffit pourtant de faire passer leur lumière à travers un prisme, ou son équivalent moderne, pour découvrir qu'elles n'ont presque rien en commun : composition chimique différente, vitesse différente par rapport à la Terre, parfois même une histoire de formation différente. Une définition courte passe forcément à côté de cet écart entre ce que l'œil voit et ce que la lumière porte réellement. La spectroscopie astronomique consiste à décomposer la lumière d'un astre en ses longueurs d'onde constitutives pour y lire des raies sombres ou brillantes, propres à chaque élément chimique. Chaque raie correspond à une transition d'électron entre deux niveaux d'énergie précis, ce qui la fixe à une longueur d'onde exacte. C'est cette signature qui permet de connaître la composition d'une étoile et d'estimer sa vitesse sans jamais s'en approcher. ## Pourquoi chaque élément chimique laisse-t-il une signature unique ? Un spectre d'élément fonctionne comme une empreinte digitale, une signature, un code-barres, selon la formule employée par la NASA pour décrire ce mécanisme. Deux éléments n'ont jamais le même spectre, parce qu'ils n'ont ni le même nombre de protons, ni le même nombre et la même disposition d'électrons. Cette unicité tient à une contrainte physique stricte, que l'IMCCE détaille dans ses pages consacrées aux concepts fondamentaux de la spectroscopie : l'énergie d'un photon absorbé ou émis, notée E et liée à sa fréquence par la relation E = h.ν, doit correspondre exactement à l'écart entre deux niveaux d'énergie permis dans l'atome. Un électron ne peut pas passer d'un niveau à un autre avec n'importe quelle quantité d'énergie ; il lui faut, selon l'IMCCE, recevoir exactement la différence d'énergie entre les deux niveaux concernés, ni plus, ni moins. C'est cette quantification qui verrouille chaque raie sur une longueur d'onde fixe, année après année, étoile après étoile. ## Raie sombre ou raie brillante : qu'est-ce qui change ? Un même mécanisme produit deux types de spectres opposés en apparence. Quand un gaz plus froid se trouve devant une source de lumière plus chaude, les atomes de ce gaz absorbent certaines longueurs d'onde précises, ce qui creuse des raies sombres dans le spectre continu : c'est le spectre d'absorption, celui qu'on observe le plus souvent en pointant une étoile, dont la photosphère joue le rôle de gaz absorbant devant le cœur incandescent. Le mécanisme ne s'arrête pas là. L'énergie absorbée est réémise presque aussitôt, mais dans toutes les directions de l'espace, pas seulement dans celle du rayon initial : vu depuis un axe différent, on ne capte que cette réémission, sous forme de raies brillantes, aux mêmes longueurs d'onde exactes que les raies sombres observées en absorption. L'IMCCE résume ce basculement en une phrase : les raies sombres du spectre d'absorption deviennent les seules raies brillantes du spectre en émission. Même signature, deux visages, selon l'angle depuis lequel on regarde le gaz. ## Le tableau des quatre raies visibles de l'hydrogène L'hydrogène, élément le plus simple et le plus abondant de l'univers, illustre ce mécanisme avec quatre raies d'absorption bien identifiées dans la partie visible du spectre. Chacune correspond à une transition électronique distincte, mais toutes obéissent à la même contrainte de quantification décrite plus haut : une énergie fixe, donc une longueur d'onde fixe. | Longueur d'onde | Couleur observée | | --------------- | ---------------- | | 410 nm | violet | | 434 nm | bleu | | 486 nm | bleu-vert | | 656 nm | rouge | Repérer ces quatre raies dans le spectre d'une étoile suffit, à lui seul, à confirmer la présence d'hydrogène dans son atmosphère, sans avoir besoin d'aucune autre mesure. C'est la même logique qui permet ensuite de classer les étoiles par [type spectral](/classification-spectrale-etoiles-obafgkm-temperature), en comparant l'intensité relative de ces raies et d'autres, propres à chaque élément. ## Que raconte le spectre d'une étoile sur sa composition ? Un spectre stellaire porte la signature des éléments qui constituent la photosphère de l'étoile, rappelle l'Observatoire de Paris. L'analyse de ce spectre donne deux informations distinctes et complémentaires : une lecture qualitative, quels éléments sont présents, et une lecture quantitative, dans quelle abondance chacun l'est. On ne se contente donc pas de savoir qu'une étoile contient du fer ou du calcium : on peut, à partir de la profondeur relative des raies, estimer combien. C'est ce même travail de lecture spectrale qui alimente en amont les échelles de [luminosité et de magnitude](/magnitude-apparente-absolue-luminosite-etoiles-echelle-pogson) des étoiles, une fois la composition et la température connues. ## Comment un spectrographe mesure-t-il la vitesse d'une étoile ? Une raie spectrale ne reste pas immobile si l'étoile qui l'émet se déplace par rapport à nous : elle se décale légèrement en longueur d'onde, selon le principe que l'[effet Doppler](/effet-doppler-redshift-blueshift-astronomie-explication) applique à la lumière. Ce que la spectroscopie apporte ici, c'est l'instrument capable de mesurer ce décalage avec une précision suffisante pour en tirer une vitesse exploitable. Deux instruments réels donnent une idée de ce que cette précision représente concrètement, et il faut résister à l'envie de les comparer terme à terme, parce qu'ils ne visent pas le même objectif. Le spectrographe HARPS, installé à La Silla par l'Observatoire européen austral (ESO), a été conçu pour viser une précision de vitesse radiale de 1 mètre par seconde, un chiffre pensé spécifiquement pour détecter des [exoplanètes par la méthode des vitesses radiales](/exoplanete-definition-methodes-detection), sur une poignée d'étoiles ciblées à la fois. Le spectromètre de vitesse radiale (RVS) du satellite Gaia, de l'Agence spatiale européenne (ESA), répond à un cahier des charges très différent : il observe dans le proche infrarouge, entre 845 et 872 nm, à une résolution spectrale moyenne d'environ 11 500, et son objectif n'est pas de traquer une planète autour d'une étoile choisie, mais de mesurer la vitesse radiale de plus d'un milliard d'étoiles pour cartographier la Voie lactée. Selon l'ESA, Gaia atteint, au mieux et pour ses étoiles les plus brillantes à fort rapport signal sur bruit, des précisions de l'ordre de 125 mètres par seconde ; ce plancher se dégrade fortement pour les étoiles plus faibles, ce qui interdit de le citer comme une performance universelle de l'instrument. Le grand écart entre 1 mètre par seconde et 125 mètres par seconde ne dit rien d'un instrument meilleur que l'autre : il dit deux méthodes construites pour deux échelles de travail, l'une chirurgicale sur une cible, l'autre statistique sur un catalogue entier. J'ai gardé, quelque part sur un disque dur, un tableur où j'accumule ce genre d'écarts d'ordre de grandeur entre instruments d'un même domaine : c'est souvent là, plus que dans une image spectaculaire, que se niche ce qui me fascine vraiment dans l'instrumentation spatiale. ## Un spectrographe amateur peut-il faire le même travail ? Pas à la précision d'HARPS, mais la spectroscopie amateur n'est plus un exercice de laboratoire réservé aux observatoires professionnels. Le fabricant français Shelyak Instruments commercialise l'Alpy 600, un module de spectroscopie d'entrée de gamme conçu pour l'observation stellaire, avec une résolution d'environ 600 et une couverture qui va du domaine visible à un léger débordement dans l'ultraviolet et l'infrarouge proche. Son tarif relevé le 5 septembre 2026 sur le site du fabricant est de 930 € TTC, soit 775 € HT. Le fabricant ne publie aucun chiffre de précision de vitesse radiale atteignable avec cet instrument, ce qui n'a rien d'anormal pour un module pensé avant tout pour l'analyse de composition plutôt que pour la chasse aux exoplanètes. Un tel module se fixe sur un instrument d'observation classique, du même ordre que [ceux recommandés pour débuter](/premier-telescope-refracteur-reflecteur-dobson-achat) : la spectroscopie s'ajoute au télescope, elle ne le remplace pas. Cette frontière entre amateur et professionnel n'est d'ailleurs pas toujours aussi nette qu'on l'imagine. L'astronome amateur Christian Buil publie sur son propre site le détail des mesures de vitesse radiale qu'il a menées entre mars et août 2009, avec un télescope de 28 cm à l'observatoire de Castanet-Tolosan et un spectrographe échelle de pouvoir de résolution R = 11 000 : il y annonce une détection positive des exoplanètes HD 189733 b, HD 195019 b, 51 Peg b et tau Boo b, planètes déjà connues et redétectées depuis un instrument amateur. L'écart avec un module comme l'Alpy 600 tient d'ailleurs moins au diamètre du télescope qu'à la résolution du spectrographe, R = 11 000 d'un côté, R d'environ 600 de l'autre. Si je devais trancher entre présenter la spectroscopie amateur comme un outil de recherche à part entière ou comme un outil pédagogique avant tout, je pencherais pour la seconde lecture s'agissant d'un module à 930 €, faute de précision chiffrée publiée par le fabricant lui-même sur ce que l'instrument peut vraiment mesurer en vitesse : mais je reconnais que le cas Buil, obtenu avec un spectrographe bien plus résolvant, pousse plutôt vers la première. ## FAQ ### Qu'est-ce qui rend le spectre de chaque élément chimique unique ? Le nombre de protons d'un élément, ainsi que le nombre et la disposition de ses électrons, déterminent un spectre propre à chaque élément, décrit par la NASA comme une empreinte digitale ou un code-barres. Deux éléments différents n'ont jamais le même spectre. ### Pourquoi une raie spectrale apparaît-elle toujours à la même longueur d'onde ? Selon l'IMCCE, un électron ne peut passer d'un niveau d'énergie à un autre qu'en recevant exactement la différence d'énergie entre ces deux niveaux, ni plus ni moins. Cette quantification fixe chaque raie à une longueur d'onde précise et invariable. ### Quelles sont les longueurs d'onde des quatre raies visibles de l'hydrogène ? D'après la NASA, l'hydrogène absorbe la lumière visible à 410 nm (violet), 434 nm (bleu), 486 nm (bleu-vert) et 656 nm (rouge). Ces quatre raies suffisent à confirmer sa présence dans le spectre d'une étoile. ### Quelle précision de vitesse vise un spectrographe comme HARPS ? L'ESO a conçu HARPS, installé à La Silla, pour viser une précision de vitesse radiale de 1 mètre par seconde, un objectif pensé pour détecter des exoplanètes sur des étoiles ciblées individuellement. ### Un spectrographe amateur peut-il révéler la composition d'une étoile ? Oui : un module comme l'Alpy 600 de Shelyak Instruments, vendu 930 € TTC (tarif relevé le 5 septembre 2026), couvre le domaine visible avec une résolution d'environ 600, suffisante pour identifier les raies principales d'un spectre stellaire, même si le fabricant ne publie pas de chiffre de précision en vitesse radiale. ## Sources - [Spectroscopy 101: How Absorption and Emission Spectra Work, NASA Science](https://science.nasa.gov/mission/webb/science-overview/science-explainers/spectroscopy-101-how-absorption-and-emission-spectra-work/), consulté le 8 septembre 2026 - [Comprendre - Concepts fondamentaux - Spectroscopie, IMCCE](https://promenade.imcce.fr/fr/pages3/327.html), consulté le 8 septembre 2026 - [Signatures spectrales, Observatoire de Paris](https://media4.obspm.fr/public/ressources_lu/pages_signatures-spectrales/impression.html), consulté le 8 septembre 2026 - [First Light for HARPS at La Silla, ESO](https://www.eso.org/public/news/eso0308/), consulté le 8 septembre 2026 - [Radial Velocity Spectrometer, ESA Gaia](https://www.cosmos.esa.int/web/gaia/radial-velocity-spectrometer), consulté le 8 septembre 2026 - [Gaia Mission Science Performance, ESA](https://www.cosmos.esa.int/web/gaia/science-performance), consulté le 8 septembre 2026 - [Spectroscope Alpy 600, Shelyak Instruments](https://www.shelyak.com/produit/spectroscope-alpy-600/?lang=en), consulté le 8 septembre 2026 - [Exoplanet observations, Christian Buil](https://buil.astrosurf.com/extrasolar/obs.htm), consulté le 8 septembre 2026 --- ## Ceinture de Kuiper : combien d'objets recense-t-on ? - URL: https://www.portail-astronomie.fr/ceinture-kuiper-definition-objets-au-dela-neptune/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-09-08T06:00:00 - Categories: systeme-solaire 8 315. C'est le nombre d'objets distants effectivement catalogués par le Minor Planet Center au 14 avril 2026. La page grand public de la NASA sur la ceinture de Kuiper, elle, continue d'annoncer « plus de 2 000 objets transneptuniens catalogués », sans date. Un chiffre qui ressemble à une fiche technique jamais mise à jour depuis son lancement commercial. Voilà le genre d'écart qui mérite qu'on ouvre le capot. La ceinture de Kuiper est une région en forme de disque, située au-delà de l'orbite de Neptune, entre environ 30 et 50 unités astronomiques du Soleil, peuplée de corps glacés (roche, eau, ammoniac, méthane gelés). Le Minor Planet Center y recense officiellement 8 315 objets distants catalogués au 14 avril 2026, un chiffre bien supérieur au « plus de 2 000 » encore diffusé par certaines pages grand public non datées. Elle se divise en trois familles dynamiques : classiques, résonants (dont les plutinos comme Pluton) et disque dispersé, ce dernier s'étendant jusqu'à près de 1 000 UA. ## Combien d'objets compte-t-on vraiment au-delà de Neptune ? Reprenons les deux chiffres, côte à côte, parce que c'est là que la plupart des pages qui traitent du sujet s'arrêtent trop vite. La page factuelle de la NASA Science sur la ceinture de Kuiper affirme que « plus de 2 000 objets transneptuniens ont été catalogués », sans préciser à quelle date cette photographie a été prise. Le Minor Planet Center, l'organisme qui tient officiellement le registre de ces objets pour le compte de l'Union astronomique internationale, publiait au 14 avril 2026 un total de 8 315 « Distant Objects » dans son tableau de statistiques. Les deux chiffres ne se contredisent pas au sens où l'un serait faux : ils mesurent la même chose à des moments différents, et l'un des deux communiqués n'a manifestement jamais été revu. C'est exactement le défaut que je traque sur une fiche technique de composant : la spécification d'origine, recopiée d'annonce en annonce, pendant que le produit réel a changé plusieurs fois de révision. Ici, la « révision », c'est le rythme des découvertes et des confirmations d'orbite, qui a fait plus que quadrupler le compteur officiel sans que la communication grand public ne suive. Il faut aussi distinguer deux natures de chiffres, et c'est le piège le plus courant sur ce sujet : le comptage du Minor Planet Center porte sur des objets effectivement catalogués, avec une orbite confirmée. Les estimations de plusieurs centaines de milliers, voire de millions d'objets, qui circulent par ailleurs pour la ceinture de Kuiper, sont des extrapolations statistiques sur la population totale probable, pas un recensement. Mélanger les deux revient à comparer le nombre de clients enregistrés d'une base de données avec une estimation de marché total : les deux chiffres sont légitimes, mais ils ne répondent pas à la même question. ## Une ceinture, un disque, un nuage : les trois familles dynamiques La classification de référence sur le sujet, publiée par Gladman, Marsden et Vanlaerhoven en 2008 dans l'ouvrage collectif _The Solar System Beyond Neptune_, découpe la population en trois familles selon leur comportement orbital, pas selon leur position instantanée. Les objets classiques, aussi appelés cubewanos, ne sont pas en résonance avec Neptune. Cette famille se subdivise elle-même en ceinture classique interne (moins de 39,4 UA) et externe (plus de 48,4 UA). Les objets résonants, dont les plutinos, sont verrouillés dans une résonance orbitale 3:2 avec Neptune, à environ 39,4 UA : Pluton en fait partie, ce qui en fait l'objet le plus célèbre de toute la ceinture. Pour aller plus loin sur ce cas précis, direction le [guide de son opposition de juillet 2026](/pluton-opposition-27-juillet-2026-observation-capricorne). Enfin, les objets du disque dispersé ont été éjectés par Neptune vers des orbites très excentriques, avec un périhélie proche de la planète : certains d'entre eux survivent malgré tout environ 4,5 milliards d'années sur ce type d'orbite, selon les mêmes auteurs. Ce disque dispersé s'étend jusqu'à près de 1 000 UA du Soleil, bien au-delà de la région principale de la ceinture (30 à 50 UA, juste après l'[orbite de Neptune](/neptune-opposition-26-septembre-2026-observation-telescope-triton)). C'est cette famille-là, la plus lointaine et la plus excentrique, qui alimente une bonne partie des comètes à courte période observables depuis la Terre, comme celle traitée dans le [dossier sur 10P/Tempel 2](/comete-10p-tempel-2-retour-observation-ete-2026). Le tableau de statistiques du Minor Planet Center publie un total d'objets distants, sans ventilation par classe dynamique : le poids relatif des trois familles ne se lit donc pas dans ce comptage officiel. ## Kuiper contre astéroïdes : quel poids réel ? Le réflexe courant consiste à comparer la ceinture de Kuiper à la ceinture principale d'astéroïdes, celle située entre Mars et Jupiter, comme s'il s'agissait de deux versions d'un même produit. Les masses mesurées disent autre chose. | Région | Masse totale | Composition dominante | | -------------------------------- | ----------------------------------------- | ------------------------------------- | | Ceinture principale d'astéroïdes | (4,008 +/- 0,029) x 10^-4 masse terrestre | corps rocheux, sans atmosphère | | Ceinture de Kuiper | (1,97 +/- 0,030) x 10^-2 masse terrestre | corps glacés (eau, ammoniac, méthane) | Ces valeurs viennent d'un article à comité de lecture, celui de Pitjeva et Pitjev publié en 2018 dans _Astronomy Letters_, qui a reconstitué les deux masses à partir des perturbations gravitationnelles mesurées sur les trajectoires des planètes et des sondes spatiales. Verdict sans détour : la ceinture de Kuiper pèse environ cinquante fois plus lourd que la ceinture d'astéroïdes. Un écart de cette ampleur que la plupart des comparaisons grand public passent sous silence, en se contentant de dire que les deux régions sont « peuplées de petits corps », ce qui est vrai mais ne dit rien du poids réel de chacune. La masse totale de la ceinture d'astéroïdes, pour donner un point de repère, reste inférieure à celle de la Lune, selon la NASA. Pour un exemple concret de ce que pèse un objet de cette ceinture, [Vesta se prêtera bien au jeu à son opposition d'octobre 2026](/vesta-opposition-octobre-2026-observation-asteroide-jumelles). ## Arrokoth, l'objet qui a mis un visage sur la théorie Toute cette classification resterait abstraite sans un survol réussi. Le 1er janvier 2019, la sonde New Horizons a survolé Arrokoth, un objet situé à 44,6 UA du Soleil au moment de la rencontre, en s'approchant jusqu'à 3 538 kilomètres. Le survol précédent de la même sonde, celui de Pluton, datait du 14 juillet 2015. Les chiffres sont sans ambiguïté : Arrokoth mesure environ 35 kilomètres de long, 20 kilomètres de large et 10 kilomètres d'épaisseur, selon la NASA. Sa forme, deux lobes accolés, lui vaut la comparaison avec un « bonhomme de neige aplati ». Sa couleur, enfin, en fait l'objet du système solaire externe le plus rouge jamais visité par une sonde, plus rouge encore que Pluton. Sur le papier, Arrokoth n'a rien d'un objet spectaculaire face aux planètes naines de la ceinture. En pratique, c'est justement son caractère primitif et peu transformé qui en fait la meilleure fenêtre disponible sur la matière originelle du disque protoplanétaire. ## Ceinture de Kuiper et nuage d'Oort : ne pas confondre Les deux structures partagent une réputation de « réservoir de comètes lointain », ce qui pousse à les confondre. Elles n'ont pourtant ni la même forme, ni la même origine cométaire. La ceinture de Kuiper est un disque aplati, proche du plan de l'écliptique, dont la région principale s'arrête à 50 UA et dont le disque dispersé s'étend jusqu'à près de 1 000 UA : c'est de là, essentiellement, que proviennent les comètes à courte période. Le [nuage d'Oort](/nuage-oort-reserve-cometes-longue-periode), lui, serait une coquille sphérique bien plus lointaine, jamais observée directement, et c'est de là que viendraient les comètes à longue période. Deux géométries, deux origines de comète, un seul mot générique de « réservoir » qui brouille la distinction dans à peu près tous les résumés rapides. Faut-il, dans un article grand public, mettre en avant le chiffre catalogué (8 315) plutôt que l'estimation totale de la population, quitte à donner l'impression trompeuse que cette région du système solaire est presque vide ? Je penche pour le chiffre catalogué en premier, parce qu'un nombre invérifiable ment davantage qu'un nombre incomplet mais réel. L'argument inverse, celui de ne pas sous-vendre la richesse probable de la zone en ouvrant sur l'estimation la plus large, ne s'écarte pas non plus si facilement : les deux lectures ont leur logique, et je ne suis pas certain d'avoir tranché la bonne pour de bon. ## FAQ ### Qu'est-ce que la ceinture de Kuiper exactement ? C'est une région en forme de disque, située au-delà de l'orbite de Neptune, entre environ 30 et 50 unités astronomiques du Soleil pour sa région principale, peuplée de corps glacés contenant roche, eau, ammoniac et méthane gelés, selon la NASA. ### Combien d'objets contient la ceinture de Kuiper ? Le Minor Planet Center recensait officiellement 8 315 objets distants catalogués au 14 avril 2026. Ce chiffre est un comptage réel d'objets à l'orbite confirmée, à distinguer des estimations de plusieurs centaines de milliers voire de millions d'objets, qui restent des extrapolations statistiques sur la population totale probable. ### Quelle est la différence entre un objet classique, un plutino et un objet du disque dispersé ? Les objets classiques, ou cubewanos, ne sont pas en résonance avec Neptune. Les plutinos, dont Pluton, sont verrouillés dans une résonance orbitale 3:2 avec Neptune à environ 39,4 UA. Les objets du disque dispersé ont été éjectés vers des orbites très excentriques et s'étendent jusqu'à près de 1 000 UA, d'après la classification de référence de Gladman, Marsden et Vanlaerhoven (2008). ### La ceinture de Kuiper pèse-t-elle plus lourd que la ceinture d'astéroïdes ? Oui, nettement : environ (1,97 +/- 0,030) x 10^-2 masse terrestre contre (4,008 +/- 0,029) x 10^-4 masse terrestre pour la ceinture principale d'astéroïdes, selon l'article de Pitjeva et Pitjev publié en 2018 dans _Astronomy Letters_. La ceinture de Kuiper pèse environ cinquante fois plus lourd. ### Qu'a révélé le survol d'Arrokoth par New Horizons ? Le 1er janvier 2019, New Horizons a survolé Arrokoth à 44,6 UA du Soleil, un objet bilobé d'environ 35 km de long, 20 km de large et 10 km d'épaisseur, et le plus rouge jamais visité par une sonde dans le système solaire externe, selon la NASA. ### La ceinture de Kuiper et le nuage d'Oort, c'est la même chose ? Non. La ceinture de Kuiper est un disque proche du plan de l'écliptique qui alimente surtout les comètes à courte période, tandis que le nuage d'Oort serait une coquille sphérique bien plus lointaine et jamais observée, source des comètes à longue période. ## Sources - [Kuiper Belt facts](https://science.nasa.gov/solar-system/kuiper-belt/facts/), consulté le 7 septembre 2026 - Image : [New Horizons Encountering 2014 MU69 (Artist's Impression)](https://images.nasa.gov/details/PIA22190) : Credit: NASA/Johns Hopkins APL/Southwest Research Institute/Steve Gribben, domaine public - [MPC Summary Statistics](https://www.minorplanetcenter.net/mpc/summary), consulté le 7 septembre 2026 - [Nomenclature in the Outer Solar System, Gladman, Marsden and Vanlaerhoven, 2008](https://web.gps.caltech.edu/~mbrown/out/kbbook/Chapters/Gladman_Nomenclature.pdf), consulté le 7 septembre 2026 - [Arrokoth (2014 MU69) facts](https://science.nasa.gov/solar-system/kuiper-belt/arrokoth-2014-mu69/facts/), consulté le 7 septembre 2026 - [Masses of the Main Asteroid Belt and the Kuiper Belt, Pitjeva and Pitjev, 2018](https://arxiv.org/abs/1811.05191), consulté le 7 septembre 2026 - [Asteroids facts](https://science.nasa.gov/solar-system/asteroids/), consulté le 7 septembre 2026 - [Five years after New Horizons' historic flyby, NASA](https://www.nasa.gov/solar-system/five-years-after-new-horizons-historic-flyby-here-are-10-cool-things-we-learned-about-pluto/), consulté le 7 septembre 2026 --- ## Nuage d'Oort : la réserve de comètes jamais observée - URL: https://www.portail-astronomie.fr/nuage-oort-reserve-cometes-longue-periode/ - Author: Julien P. - Published: 2026-09-08T06:00:00 - Categories: systeme-solaire Jan Oort est mort en 1992, l'année même où la ceinture de Kuiper cessait d'être une hypothèse pour devenir une réalité confirmée par l'observation. Le réservoir qui porte son nom, lui, en est resté exactement là où il l'avait laissé en formulant son hypothèse vers 1950 : jamais observé, jamais mesuré directement, seulement déduit d'un raisonnement sur les orbites. C'est ce vide, précisément, que le SERP francophone recouvre d'un chiffre unique et rassurant, comme si la question était tranchée. Le nuage d'Oort est une coquille sphérique hypothétique de corps glacés qui entourerait le Système solaire, jamais observée directement. Sa distance est estimée entre 1 000 et 100 000 unités astronomiques selon les sources et les définitions retenues, sa population à environ mille milliards de comètes selon un modèle dynamique débattu, et sa masse totale reste inconnue : seul le nuage externe est estimé, autour de trois masses terrestres, tandis que le nuage interne, dit de Hills, échappe à toute contrainte observationnelle. ## D'où vient l'idée d'un nuage de comètes invisible ? L'astronome néerlandais Jan Oort a formulé cette hypothèse vers 1950, à partir de la distribution des orbites des comètes à longue période, confirme l'IMCCE. La NASA situe la même proposition en 1950 : Oort avançait que certaines comètes proviennent d'une vaste coquille sphérique de corps glacés, extrêmement éloignée, entourant le Système solaire. Le raisonnement, à l'époque comme aujourd'hui, ne repose sur aucune image, aucun signal, aucune détection directe. Il repose sur une observation indirecte, et c'est précisément ce que la plupart des définitions courtes du web francophone omettent d'expliquer : la distribution des inclinaisons orbitales des comètes dites « nouvelles », celles qui n'ont jamais approché le Soleil auparavant, est quasi isotrope, rétrogrades comprises, d'après les travaux de Morbidelli publiés en notes de cours en 2006. Une distribution isotrope, ça veut dire que ces comètes arrivent de partout, sans direction privilégiée. Or seul un réservoir de forme quasi sphérique peut produire une telle isotropie. D'où l'inférence : puisque les orbites sont isotropes, la source doit être sphérique ; puisqu'elle est sphérique, ce doit être un nuage, pas un disque comme la ceinture de Kuiper. Toute la structure du nuage d'Oort tient sur cette chaîne de déduction, jamais sur une photographie. Pour mesurer l'écart avec la ceinture de Kuiper : cette dernière, un disque de corps glacés situé près du plan de l'écliptique, est devenue une réalité confirmée par observation directe en 1992, rappelle l'IMCCE. Le nuage d'Oort, lui, attend toujours sa confirmation. Je laisse le sujet Kuiper à l'article qui lui est consacré ; la seule chose à retenir ici, c'est que forme et statut d'observation les séparent radicalement. ## À quelle distance se trouve le nuage d'Oort ? Voici où le SERP français ment par omission. La plupart des définitions courtes citent une distance unique, souvent autour de 50 000 unités astronomiques (UA), comme s'il s'agissait d'un chiffre établi. Ce n'est pas ce que disent les sources primaires. | Source | Bord interne | Bord externe | | ------------------------------------ | ---------------- | ------------------- | | NASA Science (page « facts ») | 2 000 à 5 000 UA | 10 000 à 100 000 UA | | NASA Science (infographie d'échelle) | dès 1 000 UA | environ 100 000 UA | Même la NASA, sur deux supports différents, ne donne pas le même bord interne : 2 000 UA sur une page, 1 000 UA sur une infographie. Ce n'est pas une contradiction entre deux organismes rivaux, c'est la marque d'un objet qui n'a jamais été délimité par une mesure, seulement approché par des modèles successifs. L'IMCCE, de son côté, place le bord externe jusqu'à près de 100 000 UA et converge donc avec la NASA sur ce point : aucune des sources primaires consultées ici ne pousse la limite extérieure au-delà de cet ordre de grandeur. Pour donner une échelle à ces distances : Voyager 2, qui file vers l'extérieur du Système solaire depuis 1977, met environ 300 ans pour atteindre le bord interne du nuage, et environ 30 000 ans pour le traverser complètement, selon une infographie de la NASA. Une [unité astronomique](/unite-astronomique-definition-mesure-distances) correspond à la distance moyenne Terre-Soleil ; imaginer 100 000 fois cette distance donne une idée du vide que ces sondes devront encore parcourir avant de sortir vraiment du voisinage solaire. Ce vide reste, à cette échelle, une fraction infime de ce que couvre une [année-lumière](/annee-lumiere-echelle-univers), l'unité qui prend le relais dès qu'on quitte le voisinage du Soleil. ## Combien de comètes contient-il, et peut-on vraiment les compter ? Trois sources indépendantes convergent sur le même ordre de grandeur : la NASA évoque des centaines de milliards, voire des billions (mille milliards) d'objets glacés ; l'ESA parle d'un « stupéfiant » billion de comètes potentielles ; l'IMCCE avance environ mille milliards de comètes. Un calcul dynamique indépendant, celui de Morbidelli, arrive à la même magnitude : le nombre de comètes du nuage externe suffisamment grandes (magnitude nucléaire H10 inférieure à 11) est estimé à 10 puissance 12, soit mille milliards. Mais ce chiffre n'est pas un comptage. Personne n'a dénombré mille milliards d'objets un par un ; c'est une estimation déduite d'un modèle de formation et de dynamique orbitale. Et le modèle lui-même reconnaît son propre désaccord : le rapport entre le nombre de comètes du nuage externe et celui du disque dispersé, déduit des observations, se situe entre 100 et 1 000, alors que les meilleures simulations de formation ne produisent qu'un rapport d'environ 10. Un écart d'un facteur 10 à 100 entre ce que l'on observe et ce que le modèle prédit, resté non résolu depuis la publication de Morbidelli. Ce n'est pas un détail technique : c'est l'aveu que le chiffre de mille milliards, aussi souvent recopié soit-il, reste une estimation débattue, pas un fait établi. ## Quelle est la masse du nuage d'Oort ? Ici, il faut résister à la tentation du chiffre unique, parce qu'il n'existe pas. Le nuage d'Oort se divise en deux composantes bien distinctes, et seule l'une des deux porte une estimation de masse. Le nuage externe, celui qui produit les comètes à longue période classiques, pèserait environ 3 x 10^28 grammes, soit à peu près trois masses terrestres, selon le modèle de formation de Morbidelli. Ce chiffre suppose une efficacité de formation de 2,5 %, appliquée à un disque source de planétésimaux d'environ 100 masses terrestres, situé jadis dans la région de Jupiter et Neptune. C'est une estimation de modèle, pas une pesée. Le nuage interne, dit nuage de Hills, est une tout autre affaire. Un préprint de mars 2026, signé Menichella et destiné à la revue Icarus, chiffre à 98,2 % la part de l'incertitude totale sur la masse du Système solaire (hors Soleil) qui provient du seul nuage de Hills, faute de contrainte observationnelle directe. Autrement dit : quand les astronomes essaient d'estimer la masse totale de tout ce qui gravite autour du Soleil, en dehors du Soleil lui-même, la quasi-totalité de leur marge d'erreur vient de cette seule zone, qu'on ne sait tout simplement pas peser. Ce préprint situe la masse totale non solaire du Système solaire à 462 masses terrestres en valeur médiane, avec un intervalle crédible à 68 % allant de 451 à 515 masses terrestres. Ce chiffre n'a pas encore été validé par un comité de lecture au moment de la rédaction : à traiter comme une estimation récente, pas comme un résultat définitif. Fusionner ces deux masses en un total unique du nuage d'Oort serait une erreur de méthode : l'une vient d'un modèle de formation vieux de vingt ans, l'autre d'un préprint tout juste soumis, et elles ne mesurent pas la même chose. ## Sedna, la preuve indirecte du nuage interne Aucune sonde n'a jamais visité le nuage d'Oort, mais un objet a fourni un indice précieux sur son bord le plus proche. En 2004, Brown, Trujillo et Rabinowitz publient la découverte de Sedna, un corps sur une orbite hautement excentrique, avec un demi-grand axe de 480 (plus ou moins 40) UA et un périhélie de 76 (plus ou moins 4) UA, largement au-delà de la ceinture de Kuiper. Les auteurs concluent que, dans les scénarios les plus probables, Sedna appartient au nuage interne d'Oort, une structure qui s'étendrait alors bien plus près du Soleil qu'on ne l'imaginait. C'est une preuve indirecte, pas une observation du nuage lui-même : Sedna n'est pas le nuage d'Oort, c'est un objet dont l'orbite correspond au critère orbital qui définit cette région. Contrairement à [Pluton](/pluton-opposition-27-juillet-2026-observation-capricorne), classée dans la ceinture de Kuiper, Sedna orbite bien au-delà. En 2015, Brasser et Schwamb précisent ce critère : appartient au nuage interne (Hills) tout objet dont le demi-grand axe dépasse 250 UA et le périhélie dépasse 45 UA. Sedna (périhélie 76,2 UA, demi-grand axe 533 UA) et 2012 VP113 (périhélie 80,3 UA, demi-grand axe 268 UA) sont cités comme membres confirmés selon ce critère. ## Comment une comète du nuage d'Oort finit-elle par tomber vers le Soleil ? Deux mécanismes, décrits par Morbidelli, expliquent qu'une comète quitte ce repos glacé pour plonger vers le Soleil, des millions d'années après sa formation. Le premier est la marée galactique : à ces distances énormes du Soleil, l'évolution des comètes est fortement affectée par le champ gravitationnel global dû à la distribution de masse de la galaxie elle-même. Le second est l'effet cumulé des étoiles de passage et des nuages moléculaires géants, dont la rencontre rapprochée avec le Système solaire peut perturber suffisamment une orbite pour renvoyer une comète vers l'intérieur. L'IMCCE confirme ce second mécanisme en des termes plus simples : des perturbations occasionnelles par des étoiles proches du Soleil peuvent changer les orbites de ces comètes et les réinjecter vers le Soleil. Ce sont ces comètes réinjectées, après un voyage de plusieurs millions d'années, qui deviennent les [comètes à longue période](/eta-aquariides-mai-2026-observation-comete-halley-guide) qu'on observe parfois depuis la Terre, sur une orbite elliptique supérieure à 200 ans selon la définition de l'IMCCE. Une partie de la poussière libérée par ces mêmes comètes finit d'ailleurs par nourrir la [lumière zodiacale](/lumiere-zodiacale-observer-phenomene-oeil-nu) qu'on observe bien plus près du Soleil, sur le plan de l'écliptique. ## FAQ ### Le nuage d'Oort a-t-il déjà été observé directement ? Non. La NASA le décrit comme un groupe théorisé d'objets glacés, et l'IMCCE le présente en creux comme toujours hypothétique, à la différence de la ceinture de Kuiper devenue une réalité confirmée en 1992. Son existence repose sur l'isotropie observée des orbites des comètes nouvelles, pas sur une détection. ### Quelle est la distance exacte du nuage d'Oort ? Il n'existe pas de distance unique fiable. La NASA situe le bord interne entre 1 000 et 5 000 UA selon la source consultée, et le bord externe entre 10 000 et 100 000 UA. L'IMCCE converge vers un bord externe proche de 100 000 UA. La distance d'environ 50 000 UA souvent citée dans les définitions courtes n'est qu'une simplification. ### Combien de comètes contient le nuage d'Oort ? De l'ordre de mille milliards, selon des estimations convergentes de la NASA, de l'ESA, de l'IMCCE et d'un calcul dynamique de Morbidelli. C'est une estimation déduite d'un modèle, pas un décompte, et le modèle reconnaît un désaccord d'un facteur 10 à 100 avec les observations sur le rapport de comètes par rapport au disque dispersé. ### Quelle est la masse du nuage d'Oort ? Il n'existe pas de masse totale unique fiable. Le nuage externe est estimé à environ trois masses terrestres par un modèle de formation. Le nuage interne, dit nuage de Hills, n'a aucune contrainte observationnelle directe : un préprint de mars 2026, non encore évalué par les pairs, attribue à ce seul nuage 98,2 % de l'incertitude totale sur la masse du Système solaire hors Soleil. ### Sedna fait-elle partie du nuage d'Oort ? Sedna est considérée comme un membre du nuage interne d'Oort selon ses découvreurs, Brown, Trujillo et Rabinowitz, en 2004. C'est une preuve indirecte fondée sur son orbite (demi-grand axe 480 UA, périhélie 76 UA), pas une observation directe du nuage lui-même. ### Quelle différence avec la ceinture de Kuiper ? La ceinture de Kuiper est un disque de corps glacés proche du plan de l'écliptique, confirmée par observation directe depuis 1992. Le nuage d'Oort est une coquille quasi sphérique jamais observée, déduite de l'isotropie des orbites des comètes à longue période. Deux formes, deux statuts d'observation, deux histoires. Ce qui me frappe, en reprenant ces chiffres pour la énième fois, c'est le contraste entre la solidité du raisonnement (l'isotropie des orbites ne laisse guère de place au doute sur la forme sphérique) et la fragilité de tout ce qu'on empile ensuite dessus : distances, population, masse, autant d'estimations de modèle qui se contredisent d'une source à l'autre sans que personne ne s'en émeuve vraiment. J'aurais tendance à faire davantage confiance au raisonnement qu'aux chiffres qu'il produit, mais je conçois que ce soit une position discutable : d'autres préféreront s'accrocher au chiffre, même approximatif, plutôt qu'à la logique nue. Reste que le nuage de Hills illustre bien où en est vraiment la recherche sur ce sujet : un préprint de 2026 qui avoue que 98,2 % de l'incertitude sur la masse du Système solaire loge dans une région qu'on ne peut toujours pas peser, vingt ans après les notes de cours de Morbidelli sur le sujet. Le [temps de trajet de la lumière](/temps-trajet-lumiere-observer-passe-univers) nous apprend à voir loin dans le passé ; le nuage d'Oort, lui, nous apprend surtout à mesurer ce qu'on ignore encore à notre porte. ## Sources - [Oort Cloud facts](https://science.nasa.gov/solar-system/oort-cloud/facts), consulté le 7 septembre 2026 - [Oort Cloud and Scale of the Solar System infographic](https://science.nasa.gov/resource/oort-cloud-and-scale-of-the-solar-system-infographic/), consulté le 7 septembre 2026 - [Promenade dans le système solaire, IMCCE](https://promenade.imcce.fr/fr/pages3/310.html), consulté le 7 septembre 2026 - [Origin and dynamical evolution of comets and their reservoirs, Morbidelli](https://arxiv.org/abs/astro-ph/0512256), consulté le 7 septembre 2026 - [Discovery of a Candidate Inner Oort Cloud Planetoid, Brown, Trujillo & Rabinowitz](https://arxiv.org/abs/astro-ph/0404456), consulté le 7 septembre 2026 - [How many comets are there ?, ESA](https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/Rosetta/How_many_comets_are_there), consulté le 7 septembre 2026 - [The mass of the Solar System, Menichella](https://arxiv.org/abs/2603.17561), consulté le 7 septembre 2026 - [Brasser & Schwamb, Monthly Notices of the Royal Astronomical Society, vol. 446, n° 4, 2015](https://academic.oup.com/mnras/article/446/4/3788/2892865), consulté le 7 septembre 2026 --- ## Lumière zodiacale : quand et comment l'observer à l'œil nu - URL: https://www.portail-astronomie.fr/lumiere-zodiacale-observer-phenomene-oeil-nu/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-09-02T06:00:00 - Categories: observation La plupart des pages qui parlent de lumière zodiacale s'arrêtent à la définition : de la poussière interplanétaire qui réfléchit la lumière du Soleil sur le plan de l'écliptique. Point. Aucune ne vous dit à quelle date sortir, combien de temps patienter après le coucher du Soleil, ni comment ne pas confondre ce cône de lumière avec les dernières braises du crépuscule. C'est ce protocole-là qui manque, alors le voici. En France, la lumière zodiacale se cherche le soir entre fin février et début mai, horizon ouest, environ 90 minutes après le coucher du Soleil, ou le matin entre fin août et début novembre, horizon est, jusqu'à une heure avant l'aube. Meilleure fenêtre : autour des équinoxes de mars et de septembre, sous un ciel Bortle 3 ou plus sombre. ## Les deux fenêtres, et pourquoi les équinoxes gagnent Au printemps, la fenêtre court de fin février à début mai. On regarde vers l'ouest, le soir, environ 90 minutes après le coucher du Soleil, selon EarthSky. Sky at Night Magazine confirme le même chiffre de façon indépendante : la meilleure période se situe dans une fenêtre de 90 minutes qui débute 90 minutes après le coucher du Soleil. Le cône reste visible jusqu'à environ une heure après la fin du crépuscule. À l'automne, la fenêtre s'étend de fin août à début novembre. On regarde vers l'est, le matin cette fois, jusqu'à environ une heure avant l'aube. L'IMCCE, à l'Observatoire de Paris, confirme ces repères pour un observateur français et affine le délai du soir : mars-avril, horizon ouest, environ une heure et demie après le coucher du Soleil. Même chiffre, dit autrement. Pourquoi les équinoxes l'emportent sur le reste de l'année ? Autour des équinoxes de mars et de septembre, l'écliptique, le plan sur lequel s'aligne la poussière responsable du phénomène, se redresse par rapport à l'horizon du soir ou du matin selon la saison. Le cône de lumière devient plus vertical, donc plus facile à repérer avant qu'il ne se noie dans le halo urbain. Deux conditions ferment la liste. Une nuit sans Lune d'abord, sans quoi la lueur lunaire écrase le phénomène. Un ciel absolument pur, sans brume ni cirrus, avec un horizon bien dégagé dans la direction visée, précise l'IMCCE. En France, la pollution lumineuse rend cette observation de plus en plus difficile, et les meilleures chances se trouvent en altitude, sous le ciel plus noir des zones de montagne. Avant de planifier une sortie, vérifiez la [classe Bortle de votre région](/pollution-lumineuse-bortle-sites-ciel-noir-france) : le reste du protocole ne sert à rien sous un ciel trop pollué. ## Le test qui évite l'erreur numéro un : les 15 minutes L'erreur la plus fréquente n'est pas de rater la lumière zodiacale, c'est de la prendre pour autre chose. Sa forme en pain de sucre et sa position près de l'horizon lui donnent l'aspect des dernières lueurs du couchant ou de l'aube. Le test tranche, et il vient de l'IMCCE : si, au bout de quinze minutes, la douce lueur ne s'est pas estompée après la fin apparente du crépuscule, c'est qu'on est bien en présence de la lumière zodiacale. Un simple chronomètre suffit. Deux indices secondaires aident à confirmer, avec un bémol : ils reposent sur une source unique, à prendre comme un complément, pas comme une preuve à eux seuls. La couleur d'abord, plus chaude et neutre que celle de la Voie lactée, perçue comme plus froide et bleu-blanc. La texture ensuite, lisse et diffuse, sans les mouchetures d'étoiles ni les bandes sombres qui structurent la Voie lactée. Ces deux critères permettent aussi d'écarter un dôme de pollution lumineuse urbaine, reconnaissable à ses bords nets et à sa teinte sodium-orange ou LED-bleue, quand le cône zodiacal, lui, se fond progressivement dans le ciel. ## Le ciel qu'il vous faut L'échelle de Bortle donne le seuil de qualité de ciel nécessaire. Voici trois classes repères, d'après une compilation secondaire de la classification de John Bortle publiée par AstroBackyard. | Classe Bortle | SQM (mag/arcsec2) | Lumière zodiacale | | ------------------------ | ----------------- | ----------------------------------------------------------- | | 1 (le ciel le plus noir) | 21,76 à 22,00 | Visible, avec le gegenschein et la bande zodiacale complète | | 4 (rural dégradé) | 20,40 à 21,29 | Clairement visible, mais ne s'étend pas jusqu'au zénith | | 6 (banlieue) | 18,50 à 19,09 | Aucune trace visible | D'après la même source, le phénomène devient déjà frappant dès la classe 3, au printemps comme en automne, puis disparaît totalement à partir de la classe 6. C'est le même seuil qui conditionne l'observation de la [Voie lactée en astrophotographie](/voie-lactee-astrophotographie-guide-ete-2026) : si votre ciel ne montre déjà plus la Voie lactée, inutile de chercher la lumière zodiacale. ## D'où vient cette poussière, et pourquoi ce n'est plus si simple L'étude de référence sur le sujet, publiée par Nesvorny et ses coauteurs en 2010 dans l'Astrophysical Journal, établit qu'entre 85 et 95 % de l'émission infrarouge moyen du nuage zodiacal provient de poussière libérée par les comètes de la famille de Jupiter. Moins de 10 % viendrait des astéroïdes. Un communiqué de la NASA publié le 9 mars 2021 vient nuancer ce modèle, sans le remplacer. Des détections de poussière par la sonde Juno, jusqu'à environ deux unités astronomiques du Soleil, ouvrent l'hypothèse d'une origine possible dans les tempêtes de poussière martiennes. L'hypothèse martienne finira-t-elle par déloger le modèle cométaire de 2010 ? Mon pari personnel penche pour non, tant qu'aucun modèle dynamique chiffré ne vient la remplacer, mais l'affaire est loin d'être classée. ## Et le gegenschein, dans tout ça Le gegenschein est un phénomène apparenté, mais distinct. C'est une tache d'environ 10 degrés de large, positionnée au point antisolaire, exactement à l'opposé du Soleil sur l'écliptique. Il exige un ciel de classe Bortle 1 à 2, quasiment introuvable en dehors des sites les plus noirs de la planète. Si la lumière zodiacale reste accessible à un observateur patient, le gegenschein, lui, appartient à une autre catégorie de chasse au ciel noir. Sur les réseaux, la moitié des « lumières zodiacales spectaculaires » postées depuis un balcon urbain sont, disons-le, plutôt le halo sodium du parking d'en face. La table ci-dessus est formelle : à partir de la classe 6, aucune trace n'est visible. Vérifiez d'abord votre ciel, ensuite votre appareil photo. Je n'ai pas de télescope, et je ne vais pas prétendre en avoir un pour l'occasion : ce protocole, je l'ai construit en croisant EarthSky, Sky at Night Magazine et la lettre d'information de l'IMCCE, pas depuis un champ à deux heures du matin. Les sites francophones recopient la définition de Bortle depuis des années sans jamais publier les chiffres de SQM qui vont avec ; un comble pour une échelle censée remplacer le flou par de la mesure. Pour compléter une nuit d'observation à l'œil nu réussie, le [Triangle d'été](/triangle-ete-vega-deneb-altair-observation) offre un repère facile pendant la fenêtre automnale, et [M13 dans Hercule](/amas-globulaire-m13-hercule-observation-ete) reste une cible accessible aux jumelles une fois le ciel confirmé assez noir. Pour élargir le champ, la [nébuleuse d'Orion M42](/m42-nebuleuse-orion-observer-photographier-guide) se prête au même type de protocole, ciel dégagé, Lune absente, patience. ## FAQ ### Peut-on observer la lumière zodiacale sans matériel ? Oui, c'est un phénomène à l'œil nu : les grains de poussière interplanétaire qui le produisent réfléchissent la lumière du Soleil sur une zone large du ciel, pas sur un point qu'un télescope grossirait utilement. Il faut un ciel de classe Bortle 3 ou plus sombre, une nuit sans Lune, et un horizon dégagé dans la bonne direction. ### Comment distinguer la lumière zodiacale des lueurs du crépuscule ? Le test le plus fiable vient de l'IMCCE : si la lueur ne s'est pas estompée quinze minutes après la fin apparente du crépuscule, il s'agit bien de la lumière zodiacale. Sa couleur, plus neutre et chaude que celle, plus froide, de la Voie lactée, et sa texture lisse sans étoiles visibles dans le cône, sont des indices secondaires. ### Pourquoi la lumière zodiacale est-elle si difficile à voir en France ? Selon l'IMCCE, la pollution lumineuse rend cette observation de plus en plus difficile sur le territoire. Les meilleures chances se trouvent en altitude, sous le ciel plus noir des zones de montagne, loin des agglomérations. ### Le gegenschein, c'est la même chose que la lumière zodiacale ? Non, c'est un phénomène apparenté mais distinct : une tache d'environ 10 degrés de large, positionnée au point antisolaire, à l'opposé du Soleil sur l'écliptique. Il exige un ciel de classe Bortle 1 à 2, quasi introuvable en dehors des sites les plus noirs de la planète. ### D'où vient exactement la poussière qui produit ce halo ? Selon l'étude de référence de Nesvorny et ses coauteurs, publiée en 2010 dans l'Astrophysical Journal, entre 85 et 95 % de l'émission infrarouge moyen du nuage zodiacal provient de poussière libérée par les comètes de la famille de Jupiter. Un communiqué de la NASA du 9 mars 2021, basé sur des détections de la sonde Juno, avance une hypothèse plus récente et non encore chiffrée : une contribution possible des tempêtes de poussière martiennes. - Image : [Cône de lumière zodiacale s'élevant au-dessus de l'horizon]() : Credit: F. Char/ESO, [CC BY 4.0](https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/) ## Sources - [Zodiacal Light: A False Dusk, How To See It](https://earthsky.org/astronomy-essentials/zodiacal-light-false-dusk-how-to-see-explanation/), consulté le 1er septembre 2026 - [How to see the Zodiacal Light](https://www.skyatnightmagazine.com/advice/skills/zodiacal-light), consulté le 1er septembre 2026 - [Lettre d'information LTE, archive 166](https://lettre-info-lte.obspm.fr/archives/166), consulté le 1er septembre 2026 - [The Bortle Scale](https://astrobackyard.com/the-bortle-scale/), consulté le 1er septembre 2026 - [Hunting the Gegenschein](https://www.universetoday.com/127052/hunting-the-gegenschien/), consulté le 1er septembre 2026 - [Cometary Origin of the Zodiacal Cloud and Carbonaceous Micrometeorites](https://arxiv.org/abs/0909.4322), consulté le 1er septembre 2026 - [Serendipitous Juno Spacecraft Detections Shatter Ideas About Origin of Zodiacal Light](https://www.nasa.gov/missions/serendipitous-juno-spacecraft-detections-shatter-ideas-about-origin-of-zodiacal-light/), consulté le 1er septembre 2026 --- ## Nuit de la Lune 2026 : le 19 septembre, en premier quartier - URL: https://www.portail-astronomie.fr/nuit-internationale-observation-lune-19-septembre-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-08-31T06:00:00 - Categories: evenements-celestes Chaque année, la même confusion revient dans les recherches autour de cet événement : beaucoup s'attendent à une pleine lune éclatante. C'est raté, et c'est voulu. La Nuit internationale de l'observation de la Lune, organisée par la mission Lunar Reconnaissance Orbiter de la NASA et la division Solar System Exploration du Goddard Space Flight Center, se tiendra le samedi 19 septembre 2026. La NASA l'a confirmé sur trois pages distinctes de son site, hub de l'événement, page de présentation et bilan de l'édition 2025 : la date ne bouge plus. ## Pourquoi un premier quartier, jamais une pleine lune L'événement se tient chaque année en septembre ou en octobre, au moment où la Lune approche du premier quartier, une phase que la NASA présente comme particulièrement favorable à l'observation du soir. La raison tient au terminator, cette ligne qui sépare la face éclairée de la face plongée dans la nuit : à ce stade du cycle, les ombres portées par le relief lunaire s'allongent le long de cette frontière et font ressortir le creux des cratères, quand une pleine lune aplatit tout sous une lumière frontale. Le premier quartier est donc un choix d'observation, pas un hasard de calendrier. J'ai vérifié pas mal de pages événementielles dans ma vie de praticien SEO, et celle-ci a un mérite rare : la date annoncée un an à l'avance tient encore debout à la relecture, sourcée trois fois sur le même domaine. Ce n'est pas si fréquent. ## Un rendez-vous annuel depuis 2010 Selon la NASA, la Nuit internationale de l'observation de la Lune se tient chaque année en septembre ou en octobre depuis 2010, un rythme lancé après l'arrivée du Lunar Reconnaissance Orbiter en orbite lunaire en 2009. Le tableau des éditions passées, publié sur le site de l'événement, permet de suivre la progression d'une décennie et demie de manifestations locales dans le monde entier. | Édition | Date | Participants (estimé) | Pays | | ------- | ------------ | --------------------- | ------- | | 2020 | 26 septembre | environ 500 000 | 104 | | 2021 | 16 octobre | environ 500 000 | 122 | | 2022 | 1er octobre | environ 1 million | 125 | | 2023 | 21 octobre | environ 900 000 | 123 | | 2024 | 14 septembre | environ 1,3 million | 127 | | 2025 | 4 octobre | environ 1 million | 129 | | 2026 | 19 septembre | à venir | à venir | Ces chiffres viennent tous du tableau « Past Events » et du bilan officiel de l'édition 2025 publiés par la NASA ; l'édition 2026 ne s'étant pas encore tenue, sa fréquentation n'est logiquement pas encore connue. Le bilan de l'édition 2025 précise que ce chiffre d'environ un million de participants reste une estimation, construite à partir des données d'inscription, d'une enquête auprès des organisateurs locaux et des remontées sur les réseaux sociaux, pas un décompte exhaustif. En 2025, l'événement a rassemblé 5 359 inscriptions, 1 074 événements et 4 285 foyers participants sur six continents et 129 pays, dont 4 nouveaux par rapport à l'édition précédente. Est-ce que ce genre d'estimation mesure vraiment l'ampleur réelle de l'événement, ou surtout la vigueur de sa communication ? Les deux lectures se défendent, et je n'ai pas de certitude tranchée sur laquelle domine. ## Ce que prépare la NASA pour 2026 Pour cette édition, la NASA propose une activité dédiée, « Artemis II : Observe the Moon Like an Astronaut », qui invite le public à repérer cratères, montagnes et autres reliefs sur des images réelles prises par la sonde Lunar Reconnaissance Orbiter, la même sonde dont l'arrivée en orbite lunaire, en 2009, a inspiré la création de l'événement. Les participants sont aussi invités à se connecter entre eux via le hashtag #ObserveTheMoon sur les réseaux sociaux et à rejoindre le groupe photo Flickr dédié à l'événement, une manière de comparer les prises de vue d'un continent à l'autre le même soir. L'inscription et les ressources pratiques, cartes des rassemblements locaux compris, passent par la page go.nasa.gov/ObserveTheMoon. C'est cette partie pratique, l'inscription et la localisation d'un événement près de chez soi, qui manque le plus souvent aux pages qui se contentent d'annoncer la date sans dire quoi faire ensuite. ## Un enthousiasme mesuré après coup La NASA ne se contente pas d'annoncer l'événement : elle interroge ses participants après coup. Sur l'édition 2025, 83 % des répondants à l'enquête post-événement disent avoir appris quelque chose de nouveau sur la science et l'exploration lunaires, et 94 % se disent intéressés pour en savoir davantage sur la science planétaire. Deux chiffres qui pointent vers l'envie d'aller plus loin, sans doute l'objectif réel derrière une soirée d'observation gratuite. Pour préparer sa propre soirée du 19 septembre, mieux vaut d'abord comprendre ce que montre exactement un [premier quartier dans le cycle des phases lunaires](/phases-lune-cycle-lunaire-guide-explication), puis vérifier si la Lune sera proche du [périgée ou de l'apogée](/distance-terre-lune-perigee-apogee-explication) ce soir-là, un paramètre qui joue sur sa taille apparente. Côté matériel, un smartphone suffit pour commencer : notre guide sur l'[astrophotographie lunaire au smartphone et au reflex](/astrophotographie-lune-smartphone-reflex-debutant) détaille la marche à suivre. Ceux qui préfèrent une sortie encadrée peuvent aussi regarder du côté des [Nuits des étoiles](/nuits-des-etoiles-2026-programme-observation), l'équivalent français porté par l'Association Française d'Astronomie. Et pour resituer l'activité Artemis II proposée cette année, notre suivi de la [mission Artemis II](/artemis-ii-lancement-imminent-equipage-lune-2026) donne le contexte du programme dont sont tirées les images utilisées lors de la soirée. ## Sources - [International Observe the Moon Night, NASA](https://science.nasa.gov/moon/observe-the-moon-night), consulté le 31 août 2026 - [Overview, International Observe the Moon Night, NASA](https://science.nasa.gov/moon/observe-the-moon-night/overview/), consulté le 31 août 2026 - [Past Events, International Observe the Moon Night, NASA](https://science.nasa.gov/moon/observe-the-moon-night/past-events/), consulté le 31 août 2026 - [International Observe the Moon Night 2025 Recap, NASA](https://assets.science.nasa.gov/content/dam/science/psd/earths-moon/observe-the-moon/IOMN_recap_2025.pdf), consulté le 31 août 2026 - [Artemis II: Observe the Moon, NASA](https://www.nasa.gov/stem-content/artemis-ii-observe-the-moon/), consulté le 31 août 2026 --- ## Exoplanète : définition et méthodes de détection - URL: https://www.portail-astronomie.fr/exoplanete-definition-methodes-detection/ - Author: Julien P. - Published: 2026-08-28T06:00:00 - Categories: cosmologie En 2018, l'Union astronomique internationale a tranché une question que les astronomes se posaient depuis les premières détections : où s'arrête une planète, où commence une naine brune ? Depuis cette définition, le compteur n'a cessé de tourner. Le 20 août 2026, la NASA Exoplanet Archive affichait 6 354 exoplanètes confirmées ; un chiffre qui continue de grimper chaque semaine, ce qui rend toute date de relevé indispensable pour ne pas le figer dans un faux présent. Ce serait trop simple de croire que cette masse de découvertes repose sur une seule technique : elle vient de cinq méthodes principales, chacune avec sa physique, son biais et sa part propre dans le total. ## Réponse directe Une exoplanète est, selon la définition de l'Union astronomique internationale amendée en 2018, un objet de masse vraie inférieure à 13 masses de Jupiter (le seuil de fusion du deutérium) qui orbite une étoile, une naine brune ou un reste stellaire ; les planètes flottantes, sans étoile hôte, en sont exclues par ce seul critère d'orbite. Sur les 6 354 exoplanètes confirmées au 20 août 2026, la méthode du transit en a livré 4 688, la vitesse radiale 1 200, la microlentille gravitationnelle 283, l'imagerie directe 98 et l'astrométrie 6, selon la NASA Exoplanet Archive. ## Qu'est-ce qu'une exoplanète, exactement ? Le Working Group on Exoplanetary System Nomenclature de l'UAI a fixé, en 2018, la définition qui fait aujourd'hui référence : un objet dont la masse vraie reste sous la limite de fusion thermonucléaire du deutérium, calculée à 13 masses de Jupiter pour une métallicité solaire, et qui orbite une étoile, une naine brune ou un reste stellaire, avec un rapport de masse sous le seuil d'instabilité L4/L5. Chaque terme compte. Le premier trace la frontière avec les naines brunes, ces astres dont la masse franchit le seuil de fusion du deutérium quand celle d'une planète reste en dessous ; cette frontière à 13 masses joviennes reste disputée parmi les astrophysiciens, qui discutent encore de sa pertinence physique. Le second exclut, de fait, les planètes flottantes : ces objets sans étoile hôte, errant seuls dans la galaxie, ne répondent à aucun des trois compagnons centraux listés par l'UAI. Elles peuvent ressembler à des planètes par leur masse ; elles n'en sont pas, au sens de cette définition, faute d'orbite. Cette rigueur définitionnelle n'a rien d'un exercice académique. Elle conditionne ce qui entre, ou non, dans le compteur des 6 354. Et ce compteur, justement, ne doit jamais s'écrire nu : il vaut au 20 août 2026, il grossit en continu, et le republier sans sa date reviendrait à afficher un chiffre déjà faux. ## Comment détecte-t-on une exoplanète qu'on ne voit jamais directement ? C'est là que la physique devient concrète. Une étoile est à des années-lumière, sa planète minuscule et noyée dans son éclat ; il a fallu quatre approches indirectes, et une directe rarissime, pour construire ce catalogue. ### Le transit : la méthode qui a livré les trois quarts des découvertes Quand une planète passe devant son étoile, vue depuis la Terre, elle réduit d'une fraction mesurable la luminosité de l'étoile hôte, selon le CNES. Cette diminution périodique, captée par des télescopes comme Kepler ou TESS, a permis de détecter environ les trois quarts des exoplanètes connues, toujours selon le CNES. La méthode livre le rayon de la planète, via la profondeur du transit, et la taille de l'orbite, calculée à partir de la période et de la masse de l'étoile. C'est la méthode qui a mis au jour K2-315b, [cette exoplanète dont l'orbite dure 3,14 jours](/k2-315b-exoplanete-orbite-pi-jours), et c'est encore le transit qui a permis au JWST de cartographier le climat de [TRAPPIST-1 b et c](/trappist-1-climat-jwst-avril-2026-differences-temperature-atmosphere-exoplanete), une fois les deux planètes repérées puis observées lors de leurs passages successifs devant leur étoile. ### La vitesse radiale : une masse minimale, jamais la masse réelle Une planète ne tourne pas seule autour de son étoile ; les deux orbitent autour d'un centre de gravité commun, légèrement décalé du centre de l'étoile elle-même. Ce décalage fait "vaciller" l'étoile, un mouvement que l'effet Doppler rend mesurable sur son spectre, explique l'ESA. C'est ce principe qui a livré 51 Pegasi b, l'exemple que la NASA cite pour illustrer le biais de la méthode : elle favorise les planètes massives proches de leur étoile, qui produisent le plus grand signal. Voici le point que le grand public rate le plus souvent, et que la vulgarisation courante ne prend jamais la peine d'expliciter : la vitesse radiale ne mesure pas la masse d'une planète, elle mesure une masse minimale, notée m sin i. The Planetary Society le formule sans détour : la méthode ne peut pas déterminer précisément la masse d'une planète lointaine, seulement en estimer le minimum. La raison tient à un angle qu'on ne connaît presque jamais, l'inclinaison orbitale du système par rapport à la ligne de visée. Si ce système est vu presque de face, la masse réelle de la planète peut être bien supérieure à cette estimation minimale ; certains objets détectés par vitesse radiale pourraient même être trop massifs pour être de véritables planètes. Un chiffre annoncé comme "la masse" d'une exoplanète trouvée par vitesse radiale mérite, à ce titre, qu'on lise la ligne d'à côté. ### L'imagerie directe : capter une lumière un million de fois plus faible Photographier une exoplanète suppose de séparer sa lumière propre, réfléchie ou émise, de celle de son étoile hôte, plus d'un million de fois plus intense, selon l'ESA. La méthode favorise donc les planètes jeunes, massives, encore chaudes de leur formation et situées loin de leur étoile ; elle mesure la séparation angulaire et le spectre de la planète, la masse et l'âge restant estimés via des modèles d'évolution plutôt que mesurés directement. C'est le terrain d'une instrumentation de pointe, comme [les masques à vortex optique](/masques-vortex-optique-detection-exoterres), une technique de coronographie conçue précisément pour repousser cette limite d'un million et rendre visibles des exoplanètes de plus en plus proches de leur étoile ; c'est aussi cette approche qui a livré [l'exoplanète la plus légère jamais imagée directement, autour de TWA 7](/jwst-twa-7-imagerie-directe-exoplanete-coronagraphe-france-disque-debris). ### La microlentille gravitationnelle : un évènement qui ne se répète jamais Fondée sur la relativité générale, cette méthode observe une étoile-lentille au premier plan courber et amplifier transitoirement la lumière d'une étoile source en arrière-plan. Si la lentille porte une planète, un pic supplémentaire, bref, apparaît dans une courbe de lumière qui serait sinon lisse, selon l'ESA. La méthode est extrêmement sensible, capable de détecter de très petites planètes, mais chaque évènement est unique : il ne se reproduira jamais, ce qui exclut tout suivi ultérieur du même système. ### L'astrométrie : la méthode la plus rare Avec seulement 6 exoplanètes confirmées à son actif, l'astrométrie reste la plus discrète des cinq. Elle mesure le déplacement de l'étoile sur le ciel plutôt que sa vitesse radiale : la regarder par-dessus plutôt que de côté, en somme. L'ESA écrit attendre de sa mission Gaia la détection de plusieurs dizaines de milliers d'exoplanètes jusqu'à 500 parsecs du Soleil, soit environ 1 600 années-lumière, par cette technique astrométrique ; c'est une attente affichée par l'agence, pas un résultat acquis. ## Répartition des 6 354 exoplanètes confirmées par méthode, au 20 août 2026 | Méthode | Exoplanètes confirmées (20/08/2026) | Ce qu'elle mesure | | ------------------------------ | ----------------------------------- | --------------------------------------- | | Transit | 4 688 | Rayon de la planète, taille de l'orbite | | Vitesse radiale | 1 200 | Masse minimale (m sin i) | | Microlentille gravitationnelle | 283 | Existence ponctuelle, non reproductible | | Imagerie directe | 98 | Séparation angulaire, spectre propre | | Astrométrie | 6 | Déplacement de l'étoile sur le ciel | Ces cinq chiffres sont relevés dans les tableaux de comptage par méthode de la NASA Exoplanet Archive. Ils totalisent 6 275, et non 6 354 : les 79 exoplanètes qui manquent à l'appel ont été trouvées par six méthodes bien plus marginales, de la variation du temps de transit au chronométrage de pulsars, chacune sous la barre des cinquante détections. L'archive recense onze méthodes en tout, dont les cinq du tableau ci-dessus concentrent près de 99 % des découvertes. Paradoxalement, c'est le transit, la méthode la plus indirecte des cinq (elle ne mesure jamais la planète elle-même, seulement l'ombre qu'elle porte sur son étoile), qui a produit l'écrasante majorité du catalogue. L'imagerie directe, la seule à capter réellement de la lumière venue de la planète, n'en a livré que 98 : la méthode la plus intuitive se retrouve reléguée en bas du classement. ## Une frontière encore disputée avec les naines brunes J'hésite encore à trancher si la limite de 13 masses joviennes de l'UAI relève d'une convention pratique ou d'une frontière physique réelle ; les deux lectures se défendent, et la communauté elle-même reste partagée sur ce point, comme le montre [le cas de 29 Cygni b, dont le JWST a dû trancher s'il s'agissait d'une planète ou d'une naine brune](/29-cygni-b-jwst-frontiere-planete-naine-brune-avril-2026). Ce qui est certain, c'est que cette limite structure tout le comptage : sans elle, où s'arrêterait le catalogue ? ## FAQ ### Qu'est-ce qu'une exoplanète selon l'UAI ? Un objet dont la masse vraie reste sous la limite de fusion du deutérium, actuellement calculée à 13 masses de Jupiter pour une métallicité solaire, et qui orbite une étoile, une naine brune ou un reste stellaire. Cette définition, amendée par le Working Group on Exoplanetary System Nomenclature en 2018, exclut de fait les planètes flottantes, qui n'ont aucun compagnon central. ### Combien d'exoplanètes ont été confirmées à ce jour ? 6 354, selon la NASA Exoplanet Archive, au 20 août 2026. Ce total augmente en continu à mesure que de nouvelles détections sont confirmées ; toute réutilisation de ce chiffre doit conserver sa date de relevé. ### Quelle méthode a détecté le plus d'exoplanètes ? Le transit, avec 4 688 exoplanètes confirmées au 20 août 2026, soit environ les trois quarts du catalogue total selon le CNES. Vient ensuite la vitesse radiale, avec 1 200 exoplanètes. ### La vitesse radiale donne-t-elle la masse réelle d'une exoplanète ? Non, seulement une masse minimale, notée m sin i, faute de connaître l'inclinaison orbitale exacte du système. Selon The Planetary Society, la masse réelle peut être bien supérieure à cette estimation si le système est vu presque de face, au point que certains objets détectés pourraient être trop massifs pour être de véritables planètes. ### Les planètes flottantes sont-elles des exoplanètes ? Non, pas au sens de la définition de l'UAI. Ces objets errent sans orbiter aucune étoile, naine brune ou reste stellaire, ce qui les exclut du critère d'orbite posé par le Working Group on Exoplanetary System Nomenclature en 2018. > Image de couverture : vue d'artiste d'une exoplanète géante et de son disque de débris, NASA/JPL-Caltech (PIA22082, domaine public). ## Sources - [The IAU Working Definition of an Exoplanet](https://arxiv.org/abs/2203.09520), consulté le 28 août 2026 - [NASA Exoplanet Archive](https://exoplanetarchive.ipac.caltech.edu/), consulté le 28 août 2026 - [NASA Exoplanet Archive, comptage détaillé par méthode de détection](https://exoplanetarchive.ipac.caltech.edu/docs/counts_detail.html), consulté le 28 août 2026 - [Détection des exoplanètes, ESA Science & Technology](https://sci.esa.int/web/exoplanets/-/60655-detection-methods), consulté le 28 août 2026 - [How We Find and Characterize Exoplanets, NASA Science](https://science.nasa.gov/exoplanets/how-we-find-and-characterize/), consulté le 28 août 2026 - [CHEOPS, en détails, CNES](https://cnes.fr/projets/cheops/en-details), consulté le 28 août 2026 - [Color-Shifting Stars: The Radial-Velocity Method, The Planetary Society](https://www.planetary.org/articles/color-shifting-stars-the-radial-velocity-method), consulté le 28 août 2026 --- ## Saisons : l'axe incliné, pas la distance au Soleil - URL: https://www.portail-astronomie.fr/saisons-astronomiques-equinoxes-solstices/ - Author: Julien P. - Published: 2026-08-27T06:00:00 - Categories: evenements-celestes Le 4 janvier 2025, la Terre est passée au périhélie, le point de son orbite le plus proche du Soleil, à 13 h 28 UTC, et nous étions en plein hiver, dans l'hémisphère nord. Ce seul fait, publié chaque année par l'IMCCE, suffit à faire s'effondrer l'explication des saisons qu'on a le plus souvent entendue : l'idée que les saisons dépendraient de la distance Terre-Soleil est fausse. Ce serait trop simple de conclure que l'hiver viendrait d'un Soleil plus lointain ; le périhélie de janvier nous répond déjà, et il reste à mesurer ce que ce mécanisme implique, date après date. ## Réponse directe Les saisons résultent de l'inclinaison de l'axe de rotation de la Terre, de 23° 26′ en moyenne, combinée à sa révolution autour du Soleil ; la distance Terre-Soleil n'y est pour rien. Les équinoxes tombent entre le 19 et le 21 mars et entre le 21 et le 24 septembre, en heure UTC ; les solstices, entre le 19 et le 22 juin et entre le 20 et le 23 décembre. ## Pourquoi l'hiver boréal tombe-t-il quand la Terre est au plus près du Soleil ? Pour comprendre ce phénomène, il faut d'abord regarder l'axe. L'IMCCE, l'institut de l'Observatoire de Paris qui calcule ces éphémérides, donne une inclinaison de l'axe de rotation de la Terre de 23,5° environ (23° 26′ précisément), combinée à la révolution de la Terre autour du Soleil, comme origine des saisons. Ce sont donc l'inclinaison axiale et la révolution, non la distance, qui créent les saisons. Un axe penché d'environ 23°, une orbite qui tourne : selon le point de l'orbite atteint, l'exposition de chaque hémisphère change, et c'est ce balancement, et non un rapprochement de l'astre, qui produit l'été d'un côté et l'hiver de l'autre. L'argument par la distance se heurte ensuite au périhélie. Début janvier, la Terre est plus près du Soleil qu'à tout autre moment de son orbite ; nous sommes alors en plein hiver boréal. Si la proximité solaire suffisait à faire l'été, le cœur de l'hiver serait le moment le plus chaud de l'année. Paradoxalement, c'est la donnée la plus simple du système qui démonte l'explication la plus répandue. La distance, en elle-même, n'est pas un sujet qu'on traite à la légère : nous l'avons déjà passée au crible pour la Terre et la Lune dans [notre article sur le périgée et l'apogée](/distance-terre-lune-perigee-apogee-explication), et les distances du système solaire se mesurent en [unités astronomiques](/unite-astronomique-definition-mesure-distances). De l'autre côté de l'orbite, le point le plus éloigné du Soleil porte un autre nom, [l'aphélie](/aphelie-terre-6-juillet-2026-plus-loin-soleil-observation). ## Quand tombent équinoxes et solstices, et pourquoi les dates bougent-elles ? À l'équinoxe, le Soleil est situé directement au zénith de l'équateur. C'est le point de bascule entre les deux régimes d'exposition des hémisphères. Dire « au zénith de l'équateur », c'est donner au Soleil des coordonnées précises ; [notre article sur l'ascension droite et la déclinaison](/coordonnees-celestes-ascension-droite-declinaison-guide) explique comment on place un astre dans le ciel. Les équinoxes et les solstices n'arrivent pas le même jour chaque année. En heure UTC, l'équinoxe de mars tombe les 19, 20 ou 21 mars ; le solstice de juin, les 19, 20, 21 ou 22 juin ; l'équinoxe de septembre oscille entre le 21 et le 24 septembre ; le solstice de décembre, entre le 20 et le 23 décembre. Ce léger flottement vient des années bissextiles, qui font osciller l'instant de chaque saison sur trois jours et, exceptionnellement, quatre. | Évènement | 2025, heure UTC | Bornes possibles, heure UTC | | --------------------- | ---------------------- | --------------------------- | | Équinoxe de mars | 20 mars, 09:01:30 | 19, 20 ou 21 mars | | Solstice de juin | 21 juin, 02:42:17 | 19, 20, 21 ou 22 juin | | Équinoxe de septembre | 22 septembre, 18:19:22 | 21, 22, 23 ou 24 septembre | | Solstice de décembre | 21 décembre, 15:03:06 | 20, 21, 22 ou 23 décembre | Ces heures exactes pour 2025 proviennent des lettres d'information de l'IMCCE, publiées à chaque équinoxe et à chaque solstice ; les bornes calendaires, elles, viennent de l'Observatoire de Paris. ## Pourquoi les saisons ne durent-elles pas toutes le même temps ? Elles ne le font pas. Entre ces quatre moments, l'IMCCE mesure le printemps boréal (automne austral) à 92,7 jours, l'été à 93,7, l'automne à 89,9 et l'hiver à 89,0. C'est le genre de tableau qui m'arrête : l'été boréal est la plus longue des quatre saisons, l'hiver la plus courte, alors qu'on s'attend, par habitude, à des parts presque égales. Les données racontent une autre histoire ; l'année est découpée en morceaux inégaux, et personne ne s'en étonne depuis des lustres, ce qui est peut-être la meilleure preuve qu'on n'y a jamais vraiment prêté attention. Les causes de cet écart dépassent le cadre de cet article ; [notre article sur les lois de Kepler](/lois-kepler-mouvement-planetaire-orbites-elliptiques) fait le tour de la géométrie orbitale. Ce qu'on peut dire sans excès de zèle, c'est que les saisons s'échelonnent entre les quatre moments du tableau ci-dessus. Le solstice de décembre est, par définition, la journée la plus courte de l'année dans l'hémisphère nord, et le solstice de juin la plus longue : ce n'est pas une coïncidence à vérifier, c'est le solstice qui définit ces deux extrêmes. En 2025, cela donne le 21 décembre pour la plus courte et le 21 juin pour la plus longue ; une autre année, ces dates peuvent glisser de quelques jours, dans les bornes du tableau ci-dessus. Le mécanisme, au bout du compte, tient en deux éléments : un axe penché d'environ 23°, une orbite qui tourne. Les deux hémisphères se partagent l'exposition au fil de l'année, et l'hiver n'a rien d'une punition solaire ; début janvier, nous sommes au contraire au plus près de l'astre. Les bornes des équinoxes et des solstices bougent-elles, elles, d'une décennie à l'autre ? Pas vraiment : l'échelle qui compte, c'est le cycle de quatre ans des années bissextiles, qui fait osciller chaque instant sur trois jours et, exceptionnellement, quatre. Sur des siècles, ces bornes dérivent lentement sous l'effet de la précession et du calendrier grégorien, mais pour un lecteur d'aujourd'hui, le cycle pertinent est bien celui de quatre ans, pas celui de la décennie. ## FAQ ### Pourquoi les saisons sont-elles inversées entre les deux hémisphères ? Parce que c'est la même inclinaison axiale, vue du côté opposé. L'IMCCE parle à ce sujet du « printemps boréal (automne austral) » : quand le printemps s'installe dans l'hémisphère nord, l'automne commence dans l'hémisphère sud, et l'été de l'un coïncide avec l'hiver de l'autre. L'inclinaison ne change pas, seule la saison qu'elle produit change de camp. ### Quand a lieu l'équinoxe de mars ? En heure UTC, il peut tomber les 19, 20 ou 21 mars ; l'équinoxe de septembre, lui, oscille entre le 21 et le 24 septembre. En 2025, l'équinoxe de mars a eu lieu le 20 mars à 09:01:30 UTC, selon l'IMCCE. La date exacte varie d'une année à l'autre, ce que les bornes du tableau permettent d'anticiper. ### Pourquoi la Terre est-elle plus proche du Soleil en plein hiver boréal ? Début janvier, la Terre passe au périhélie, le point de son orbite le plus proche du Soleil, alors que l'hiver bat son plein dans l'hémisphère nord. C'est précisément ce décalage qui invalide l'explication par la distance : si la proximité solaire faisait l'été, le cœur de l'hiver boréal serait le moment le plus chaud de l'année, et c'est manifestement le contraire. ### Où se trouve le Soleil à l'équinoxe ? Directement au zénith de l'équateur. C'est l'un des deux moments de l'année où le Soleil occupe cette position, l'autre étant l'équinoxe de septembre ; entre les deux, c'est l'un ou l'autre hémisphère qui est le plus exposé. ### Quelle est la journée la plus courte de l'année ? Le 21 décembre en 2025 : c'est le solstice de décembre, qui définit par nature la journée la plus courte de l'année dans l'hémisphère nord. La plus longue, le solstice de juin, est tombée le 21 juin la même année. Ce ne sont pas deux coïncidences : les bornes de ces dates figurent au tableau plus haut, et elles peuvent glisser de quelques jours d'une année sur l'autre. ## Sources - [Les saisons : formulaire de calcul et explication, IMCCE (Observatoire de Paris), 2023](https://www.imcce.fr/lettre-information/archives/204) - [La Terre au périhélie en 2025, IMCCE (Observatoire de Paris), janvier 2025](https://www.imcce.fr/lettre-information/archives/219) - [L'équinoxe de printemps 2025, IMCCE (Observatoire de Paris), mars 2025](https://www.imcce.fr/lettre-information/archives/221) - [Le solstice d'été 2025, IMCCE (Observatoire de Paris), juin 2025](https://www.imcce.fr/lettre-information/archives/224) - [L'équinoxe d'automne 2025, IMCCE (Observatoire de Paris), septembre 2025](https://www.imcce.fr/lettre-information/archives/226) - [Le solstice d'hiver 2025, IMCCE (Observatoire de Paris), décembre 2025](https://www.imcce.fr/lettre-information/archives/230) - [Les dates des quatre saisons, Observatoire de Paris](https://media4.obspm.fr/public/ressources_lu/pages_saisons/dates-saisons_impression.html) - Image : [Seeing Equinoxes and Solstices from Space](https://images.nasa.gov/details/GSFC_20171208_Archive_e001175) : Credit: NASA/GSFC, domaine public --- ## Naine blanche : ce qui reste d'une étoile morte - URL: https://www.portail-astronomie.fr/naine-blanche-fin-etoile/ - Author: Julien P. - Published: 2026-08-26T06:00:00 - Categories: cosmologie Le 9 janvier 2019, la revue Nature publiait une étude signée Tremblay et ses coauteurs qui rebattait une idée reçue vieille de plusieurs décennies sur la fin de vie des étoiles. En exploitant les mesures de position et de luminosité du satellite Gaia, l'équipe montrait que le cœur d'une naine blanche peut se cristalliser en cours de refroidissement, un phénomène qui retarde tout le processus. Ce résultat n'a pourtant toujours pas atteint les définitions courtes qui circulent sur le sujet, lesquelles s'arrêtent en général à une phrase sur un « cadavre d'étoile » qui refroidit sans plus d'histoire. ## Réponse directe Une naine blanche est le noyau restant d'une étoile qui a épuisé son carburant nucléaire, comme le deviendra le Soleil selon la NASA. Elle ne peut pas dépasser 1,4 masse solaire (la limite de Chandrasekhar), pèse environ la moitié de la masse du Soleil pour une taille proche de celle de la Terre, et sa matière est si dense qu'une cuillerée pèserait plusieurs tonnes. ## Un noyau qui ne s'effondre pas, et une limite qui porte un nom Selon la NASA (Imagine the Universe), une naine blanche est ce que deviennent des étoiles comme le Soleil une fois leur carburant nucléaire épuisé. Ce n'est ni une coquille vide ni une braise qui s'éteint doucement : c'est un cœur stellaire mis à nu, débarrassé de ses couches externes, et il pèse en général environ la moitié de la masse du Soleil pour une taille à peine supérieure à celle de la Terre. Ce cœur ne peut pas peser n'importe quoi. Subrahmanyan Chandrasekhar a établi que la limite se situe à 1,4 masse solaire : au-delà, l'objet ne peut plus exister sous forme de naine blanche stable. La raison tient à un principe de mécanique quantique, le principe d'exclusion de Pauli, qui interdit à deux électrons d'occuper le même état quantique. Une fois la matière stellaire dans cet état dit dégénéré, la gravité ne peut plus la comprimer davantage : il n'y a tout simplement plus de place disponible, quelle que soit la pression exercée. C'est ce mécanisme qui tient la naine blanche debout contre son propre poids. La conséquence sur la densité se passe de commentaire. Une naine blanche de la taille de la Terre atteint une densité d'environ 1 x 10^9 kg par mètre cube, soit 200 000 fois celle de notre planète, selon la NASA ; le National Radio Astronomy Observatory confirme indépendamment ce même ordre de grandeur. Concrètement, une cuillerée à café de cette matière pèserait 5,5 tonnes sur Terre, l'équivalent d'un éléphant, d'après une autre page de la NASA. Une troisième page de l'agence illustre la même densité par une comparaison différente, sans chiffre cette fois : plus lourde qu'un pick-up. Deux images, une seule réalité physique. ## Géante rouge, nébuleuse planétaire, naine blanche, naine noire : quatre étapes, pas une C'est là que la plupart des définitions courtes sèment la confusion, et je le comprends : les mots se ressemblent, les images aussi. Une étoile comme le Soleil traverse d'abord une phase de géante rouge, puis expulse son atmosphère externe. Cette enveloppe expulsée forme la nébuleuse planétaire, un nuage de gaz qui se dissipe progressivement dans l'espace ; le cœur qui reste, lui, devient la naine blanche. Ce sont deux objets distincts, observés à deux moments différents, pas deux noms pour la même chose. La naine noire est encore autre chose, et c'est peut-être la confusion la plus tenace. Elle désigne un objet purement hypothétique, pas une naine blanche particulièrement vieille qu'on aurait déjà observée quelque part. Aucune naine noire n'existe à ce jour, l'univers n'est tout simplement pas assez âgé pour qu'une naine blanche ait eu le temps de refroidir jusqu'à ce stade terminal. Écrire l'inverse, même en simplifiant pour la vulgarisation, revient à décrire un objet qui n'a, en l'état actuel des connaissances, jamais été observé. ## Le Soleil deviendra une naine blanche, mais dans combien de temps ? La NASA elle-même hésite C'est le genre de détail qu'un format de définition rapide gomme systématiquement, faute de place : la NASA publie deux horizons temporels différents pour le même événement, et aucune des deux pages ne renvoie vers l'autre. La page consacrée au Soleil (NASA Sun Facts) indique qu'il durera encore environ 5 milliards d'années avant de devenir une naine blanche. La page consacrée aux types d'étoiles (NASA Science) avance, elle, un horizon d'environ 10 milliards d'années, après sa phase de géante rouge. Deux pages officielles de la même agence, deux horizons différents. Je ne vais pas trancher entre les deux, ce serait malhonnête : rien dans les deux pages ne permet de dire laquelle prime sur l'autre. On peut supposer, sans que ce soit confirmé nulle part, que l'écart vient de ce que chaque page choisit de compter : la fin de la séquence principale d'un côté, la fin complète de la phase de géante rouge de l'autre. Une hypothèse, pas une certitude. Et c'est précisément ce genre de nuance que les pages généralistes ne signalent pas, alors qu'elle vient de la source la plus officielle qui soit. ## Ce que Gaia a changé en 2019 : un cœur qui se fige au lieu de refroidir platement Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Zone habitable : pourquoi la bande est si étroite](/zone-habitable-etoile-pourquoi-bande-etroite). L'image d'usage veut qu'une naine blanche refroidisse en ligne droite, année après année, sans production de chaleur propre puisqu'elle ne fusionne plus rien. C'est globalement vrai : sauf si elle accrète de la matière d'une étoile voisine, elle se contente de perdre sa chaleur résiduelle sur des milliards d'années, selon la NASA. Mais l'étude de Tremblay et ses coauteurs, publiée dans Nature en janvier 2019 et synthétisée par l'ESA à partir des données du satellite Gaia, a montré que le cœur de la naine blanche peut se cristalliser pendant ce refroidissement. Le passage de l'état liquide à l'état cristallin libère de la chaleur latente, ce qui retarde tout le processus d'environ un milliard d'années. Rapporté aux échelles de refroidissement que donne la NASA, l'ordre de grandeur frappe : un simple changement d'état de la matière pèse un milliard d'années sur le calendrier d'un astre. C'est le genre de résultat qui ne fait la une nulle part, et qui change pourtant la façon de raconter la fin de vie de la quasi-totalité des étoiles. ## Sirius B, l'étoile qu'on a pesée deux fois La naine blanche la plus célèbre du ciel nocturne n'est pas visible à l'œil nu depuis la Terre : c'est Sirius B, la compagne de Sirius, l'étoile la plus brillante de notre ciel. En 2005, une mesure par le télescope spatial Hubble, exploitant le décalage gravitationnel de sa lumière, lui attribuait une masse égale à 98 % de celle du Soleil, selon l'ESA. Cette valeur a depuis été affinée. Une étude postérieure, menée par Bond et ses coauteurs en 2017, avance une masse de 1,018 (plus ou moins 0,011) masse solaire, une donnée qu'on ne trouve, à ma connaissance, que dans une infobox Wikipédia citant l'étude, sans phrase complète à laquelle l'attribuer mot pour mot : à prendre avec la réserve qu'impose une source secondaire. La même page situe Sirius B à environ 8,61 années-lumière de la Terre. Deux mesures, deux méthodes : une bonne illustration de ce que « peser une étoile » veut dire concrètement, et de la marge de progrès que chaque nouvelle instrumentation vient encore grignoter. ## Les chiffres clés à retenir | Donnée | Valeur | Source | | --------------------------------------------------------- | --------------------------------------------------- | ------------------------------------------ | | Masse maximale (limite de Chandrasekhar) | 1,4 masse solaire | NASA Imagine the Universe | | Masse typique | Environ la moitié de la masse du Soleil | NASA Imagine the Universe | | Taille typique | Légèrement supérieure à la Terre | NASA Imagine the Universe | | Densité (naine blanche de la taille de la Terre) | 1 x 10^9 kg/m3, soit 200 000 fois celle de la Terre | NASA / NRAO | | Poids d'une cuillerée de matière | 5,5 tonnes | NASA Imagine the Universe | | Retard de refroidissement dû à la cristallisation du cœur | Environ un milliard d'années | ESA, synthèse Tremblay et al. 2019, Nature | | Masse de Sirius B (mesure Hubble, 2005) | 98 % de la masse du Soleil | ESA | Ce sont [les points de Lagrange](/points-lagrange-explication-orbite-l2-james-webb) qui servent à stationner un télescope, mais c'est bien ce genre d'objet compact, la naine blanche, qui reste l'étape terminale de la quasi-totalité des étoiles observées jusqu'ici, y compris celles dont on suit la position en [ascension droite et déclinaison](/coordonnees-celestes-ascension-droite-declinaison-guide). Le sujet est bien moins souvent détaillé que celui d'objets pourtant plus exotiques, comme le [trou noir](/trou-noir-definition-horizon-evenements-types). Je ne sais toujours pas quoi penser de cet écart entre les deux pages NASA sur le destin du Soleil. Qu'une agence aussi rigoureuse laisse deux horizons temporels différents en ligne, sans renvoi de l'une vers l'autre, en dit peut-être plus sur la difficulté de vulgariser une échelle de temps aussi peu intuitive que sur un manque de rigueur. [Le cas de Gamma Cassiopeiae](/xrism-gamma-cas-naine-blanche-mystere-50-ans) montre d'ailleurs qu'une naine blanche individuelle peut rester énigmatique très longtemps avant qu'un instrument ne tranche. Pour l'échelle des distances qui séparent ces objets les uns des autres, [le calcul de l'année-lumière](/annee-lumiere-echelle-univers) reste la référence de base. ## FAQ ### Qu'est-ce qu'une naine blanche, exactement ? C'est le noyau restant d'une étoile, comme le Soleil, une fois son carburant nucléaire épuisé. Elle pèse en général environ la moitié de la masse du Soleil pour une taille à peine supérieure à celle de la Terre, selon la NASA. ### Quelle est la masse maximale d'une naine blanche ? 1,4 masse solaire, la limite de Chandrasekhar établie par Subrahmanyan Chandrasekhar. Au-delà, l'objet ne peut plus exister sous cette forme stable. ### Pourquoi une naine blanche ne s'effondre-t-elle pas sous son propre poids ? Parce que sa matière est dans un état dit dégénéré, régi par le principe d'exclusion de Pauli : la mécanique quantique interdit à deux électrons d'occuper le même état, donc la gravité ne trouve plus d'espace disponible pour comprimer davantage la matière. ### Le Soleil deviendra-t-il une naine blanche, et dans combien de temps ? Oui, selon la NASA, mais l'agence donne deux horizons différents sur ses propres pages : environ 5 milliards d'années sur l'une, environ 10 milliards d'années sur l'autre. Les deux sources restent officielles, sans réconciliation publiée entre elles. ### Une naine blanche et une naine noire, c'est la même chose ? Non. La naine noire est un stade encore plus refroidi et purement hypothétique : aucune n'existe à ce jour, l'univers n'étant pas assez âgé pour qu'une naine blanche ait eu le temps d'atteindre ce stade. ## Sources - [NASA Imagine the Universe, « White Dwarfs and Planetary Nebulae »](https://imagine.gsfc.nasa.gov/science/objects/dwarfs2.html) - [NASA Imagine the Universe, comparaison de densité](https://imagine.gsfc.nasa.gov/science/toolbox/cool_dwarf_fact2.html) - [NRAO, « What is the density of a white dwarf ? »](https://public.nrao.edu/ask/what-is-the-density-of-a-white-dwarf/) - [ESA / Gaia, synthèse de Tremblay et al. 2019, Nature](https://sci.esa.int/web/gaia/-/61047-tremblay-et-al-2019) - [NASA Science, « Sun Facts »](https://science.nasa.gov/sun/facts/) - [NASA Science, « Types of Stars »](https://science.nasa.gov/universe/stars/types/) - [ESA, « Weighing the Dog Star's companion »](https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/Weighing_the_Dog_Star_s_companion) - [Wikipedia, « Sirius B »](https://en.wikipedia.org/wiki/Sirius_B) - [Wikipedia, « Black dwarf »](https://en.wikipedia.org/wiki/Black_dwarf) - Image : [Nébuleuse planétaire Mz 2, vue par Hubble](https://images.nasa.gov/details/GSFC_20171208_Archive_e000577), crédit ESA/Hubble et NASA, remerciements Serge Meunier, licence [CC BY 4.0](https://esahubble.org/copyright/) --- ## Temps de trajet de la lumière : neuf paliers vers le passé - URL: https://www.portail-astronomie.fr/temps-trajet-lumiere-observer-passe-univers/ - Author: Julien P. - Published: 2026-08-25T07:00:00 - Categories: cosmologie En mai 2024, la NASA annonçait JADES-GS-z14-0 comme la galaxie la plus lointaine jamais observée avec certitude, une lumière émise moins de 300 millions d'années après le Big Bang. Vingt mois plus tard, en janvier 2026, un communiqué de l'ESA et du télescope Webb annonçait qu'un autre objet, MoM-z14, prenait sa place. Deux records séparés par moins de deux ans, et pourtant, dans les deux cas, ce qu'on observe n'a jamais existé au moment où on le regarde : c'est déjà du passé, figé dans un rayon lumineux parti bien avant que quiconque, sur Terre, ne pointe un instrument vers lui. ## Réponse directe Regarder loin dans l'espace, c'est regarder loin dans le temps : la lumière met un temps fini à nous parvenir, donc plus un objet est distant, plus l'image qu'on en reçoit est ancienne. La lumière du Soleil met 8 minutes et 20 secondes à nous atteindre ; celle de MoM-z14, la galaxie la plus lointaine confirmée à ce jour, voyage depuis environ 13,5 milliards d'années selon l'ESA et le télescope Webb. Ce délai porte un nom : le temps de trajet, ou lookback time. ## Neuf paliers, de la Lune à la lumière la plus ancienne Le format qui circule sur ce sujet s'arrête presque toujours à une définition et un exemple isolé, le Soleil ou une galaxie du JWST, sans jamais construire l'échelle intermédiaire. Voici les neuf paliers, chacun adossé à une source individuelle. | Objet | Temps de trajet de la lumière | Source | | -------------------------------------------- | ------------------------------------------------------------------- | ---------------------------------------------------------------------------- | | Lune | 1,28 seconde-lumière (384 400 km en moyenne) | NASA Science, mesures affinées par les réflecteurs laser des missions Apollo | | Soleil | 8 minutes et 20 secondes (~150 millions de km) | NASA Science, Sun Facts | | Jupiter (opposition du 10 janvier 2026) | environ 35 minutes-lumière (4,23 UA) | in-the-sky.org | | Proxima Centauri | 4,2465 années-lumière | ESA Gaia | | Vega | 25,04 années-lumière (± 0,07) | mesure Hipparcos, via Wikipedia | | Bételgeuse | entre 613 et 881 années-lumière, distance débattue | EarthSky | | M13, amas globulaire d'Hercule | 25 000 années-lumière | NASA APOD, 14 août 2025 | | Andromède (M31) | environ 2,54 millions d'années-lumière, moyenne de mesures | Universe Today | | MoM-z14, galaxie confirmée la plus lointaine | environ 13,5 milliards d'années de trajet, pas de distance actuelle | ESA/Webb, communiqué weic2603 | Ce qui frappe, en construisant cette liste sur un tableur plutôt qu'en la lisant en vrac : les sept premiers paliers, de la Lune à l'amas M13, tiennent tous dans une fourchette de secondes à quelques dizaines de milliers d'années. Puis on saute à Andromède, et l'échelle change de nature ; avec MoM-z14, elle change encore, d'un facteur supérieur à cinq mille par rapport à la galaxie voisine. Aucun de ces sauts n'est arbitraire, ils suivent simplement la structure réelle de l'Univers observable, mais l'œil, sur un graphique, ne s'y habitue jamais tout à fait. ## Le temps de trajet et la distance racontent-ils la même histoire ? Non, et c'est là que la plupart des vulgarisations glissent sans le signaler. Pour un objet proche, comme la Lune ou Proxima Centauri, l'écart entre "distance actuelle" et "distance parcourue par la lumière" est négligeable : l'expansion de l'Univers n'a quasiment pas eu le temps de jouer sur des trajets aussi courts. Pour un objet à grand redshift, ce n'est plus le cas. Selon l'observatoire Las Cumbres, dans son explication du couple distance et lookback time, la distance qu'on associe naïvement à une durée de trajet en années-lumière n'est pas la distance réelle à l'objet, parce que l'Univers a continué de s'étendre pendant que la lumière voyageait et que l'objet se trouve aujourd'hui bien plus loin qu'au moment où cette lumière est partie. L'observatoire l'illustre avec la galaxie UDFy-38135539 : sa lumière voyage depuis environ 13,1 milliards d'années, mais sa distance actuelle, une fois l'expansion prise en compte, atteint environ 30,4 milliards d'années-lumière. Deux nombres, une seule galaxie, deux questions différentes. Pour MoM-z14, la fiche technique du communiqué ESA/Webb ne porte en confiance ferme que le temps de trajet : environ 13,5 milliards d'années. Une distance comobile actuelle circule bien, autour de 33,8 milliards d'années-lumière, mais uniquement via des sources secondaires ; ni le communiqué ESA/Webb ni l'article évalué par les pairs qui confirme le redshift ne l'avancent eux-mêmes. Il faut donc la considérer comme une estimation non recoupée par la source primaire, pas comme une valeur établie au même titre que les 13,5 milliards d'années de trajet. Confondre les deux grandeurs, c'est précisément l'erreur la plus répandue sur ce sujet. ## Qui détient le record de l'objet le plus lointain observé ? Au 24 août 2026, date de publication de cet article, MoM-z14. Le redshift de cette galaxie, z = 14,44, a été confirmé par spectroscopie NIRSpec du télescope Webb dans le cadre du programme d'observation "Mirage or Miracle", puis validé par un article évalué par les pairs publié le 30 janvier 2026 dans The Open Journal of Astrophysics. Elle remplace JADES-GS-z14-0, dont le redshift de 14,32 avait été confirmé en janvier 2024 après près de dix heures d'observation NIRSpec, un objet qui existait alors moins de 300 millions d'années après le Big Bang. Ce classement n'a rien de définitif ; il l'était déjà pour JADES-GS-z14-0, jusqu'à ce qu'il ne le soit plus, vingt mois plus tard. Un record de distance cosmique se lit toujours à la date où on le cite, jamais comme un plafond. Ce qui distingue MoM-z14 d'une simple candidate, c'est la confirmation par spectroscopie : le décalage vers le rouge n'est pas estimé sur une couleur globale, il est mesuré raie par raie, ce qui est la seule preuve qu'une communauté d'astronomes accepte comme définitive pour ce genre d'annonce. ## Et la lumière la plus ancienne de toutes ? Elle ne vient d'aucune galaxie. Le fond diffus cosmologique, ce rayonnement fossile détecté dans toutes les directions du ciel, a été émis environ 380 000 ans après le Big Bang, selon la NASA, au moment où l'Univers est devenu assez froid pour que l'hydrogène se forme et que la lumière cesse d'être piégée par la matière ionisée. Paradoxalement, cette lumière est à la fois la plus vieille qu'on puisse capter et la source la plus étudiée en cosmologie moderne : elle porte, gravée dans ses infimes variations de température, la structure qui a donné naissance à toutes les galaxies qu'on observe aujourd'hui, MoM-z14 comprise. Je ne suis pas certain qu'il faille vraiment chercher à se représenter cet écart-là de façon intuitive, tant il échappe à toute échelle humaine ; le constat suffit, et il suffit largement. ## FAQ ### Qu'est-ce que le temps de trajet de la lumière ? C'est la durée qu'a mise la lumière d'un objet pour nous parvenir, aussi appelée lookback time. Pour le Soleil, elle vaut 8 minutes et 20 secondes ; pour MoM-z14, la galaxie confirmée la plus lointaine, elle atteint environ 13,5 milliards d'années selon l'ESA et le télescope Webb. ### Pourquoi regarder loin dans l'espace revient-il à regarder dans le passé ? Parce que la lumière voyage à vitesse finie : l'image qui atteint un télescope aujourd'hui a quitté sa source il y a un temps égal à la distance de trajet, exprimée en années-lumière. Un objet à 25 000 années-lumière, comme l'amas M13, est donc observé tel qu'il était il y a 25 000 ans, pas tel qu'il est maintenant. ### Le temps de trajet et la distance actuelle d'un objet lointain sont-ils identiques ? Non. L'expansion de l'Univers continue pendant que la lumière voyage, donc la distance actuelle d'un objet à grand redshift dépasse toujours son temps de trajet en années-lumière. Selon l'observatoire Las Cumbres, une galaxie dont la lumière voyage depuis environ 13,1 milliards d'années peut se trouver aujourd'hui à environ 30,4 milliards d'années-lumière. ### Quel est l'objet le plus lointain jamais confirmé ? MoM-z14, avec un redshift de 14,44 confirmé par spectroscopie NIRSpec du télescope Webb et validé par un article évalué par les pairs publié le 30 janvier 2026. Sa lumière voyage depuis environ 13,5 milliards d'années. Ce record, valable au 24 août 2026, a remplacé celui de JADES-GS-z14-0, confirmé en 2024 avec un redshift de 14,32. ### Combien de temps la lumière de la Lune met-elle à nous parvenir ? Environ 1,28 seconde, pour une distance moyenne de 384 400 kilomètres affinée grâce aux réflecteurs laser laissés sur place par les missions Apollo. C'est le trajet lumineux le plus court de toute échelle astronomique usuelle, hors instruments pointés sur la Terre elle-même. Pour comprendre ce qu'est concrètement une année-lumière avant de manipuler ces échelles, direction [l'article qui pose l'unité de mesure](/annee-lumiere-echelle-univers), plutôt que ce sujet-ci, qui se concentre sur le délai d'observation. Le décalage vers le rouge, qui permet de mesurer ces temps de trajet pour les objets les plus lointains, est expliqué plus en détail dans [ce guide sur l'effet Doppler et le redshift](/effet-doppler-redshift-blueshift-astronomie-explication). Pour situer précisément notre satellite naturel, [cet article sur le périgée et l'apogée lunaires](/distance-terre-lune-perigee-apogee-explication) complète le premier palier du tableau ci-dessus. L'unité astronomique, utilisée ici pour Jupiter, est détaillée dans [cet article sur sa définition exacte](/unite-astronomique-definition-mesure-distances). Pour aller observer un objet du tableau soi-même, [ce guide sur la nébuleuse d'Orion](/m42-nebuleuse-orion-observer-photographier-guide) donne un point de départ accessible avec un instrument amateur. Enfin, le dossier complet consacré au record actuel se trouve dans [cet article sur MoM-z14](/mom-z14-jwst-galaxie-record-recul-cosmique-anniversaire-2026). ## Sources - [ESA/Webb, communiqué weic2603, "MoM-z14"](https://esawebb.org/news/weic2603/) - [The Open Journal of Astrophysics, "A Cosmic Miracle: A Remarkably Luminous Galaxy at z_spec = 14.44 Confirmed with JWST"](https://astro.theoj.org/article/156033-a-cosmic-miracle-a-remarkably-luminous-galaxy-at-_z_-sub-spec-sub-14-44-confirmed-with-jwst) - [NASA Science, "NASA's James Webb Space Telescope Finds Most Distant Known Galaxy"](https://science.nasa.gov/blogs/webb/2024/05/30/nasas-james-webb-space-telescope-finds-most-distant-known-galaxy/) - [NASA Science, "What Is Cosmological Redshift ?"](https://science.nasa.gov/asset/webb/what-is-cosmological-redshift/) - [NASA Science, "Big Bang and the Evolution of the Universe"](https://science.nasa.gov/astrophysics/programs/physics-of-the-cosmos/big-bang-and-the-evolution-of-the-universe/) - [Las Cumbres Observatory, "Distance and Lookback Time"](https://lco.global/spacebook/cosmology/distance-and-lookback-time/) - [NASA Science, Sun Facts](https://science.nasa.gov/sun/facts/) - [NASA APOD, 14 août 2025](https://apod.nasa.gov/apod/ap250814.html) - [Universe Today, "Distance to Andromeda"](https://www.universetoday.com/articles/distance-to-andromeda) - [Wikipedia, "Vega"](https://en.wikipedia.org/wiki/Vega) - [EarthSky, "How far is Betelgeuse"](https://earthsky.org/astronomy-essentials/how-far-is-betelgeuse/) - [in-the-sky.org, "Jupiter at opposition"](https://in-the-sky.org/news.php?id=20260110_12_100) --- ## Année-lumière : 9 460 730 472 580 800 mètres exactement - URL: https://www.portail-astronomie.fr/annee-lumiere-echelle-univers/ - Author: Julien P. - Published: 2026-08-21T06:00:00 - Categories: cosmologie En 1976, l'Union astronomique internationale retenait parmi ses constantes la durée de l'année julienne, 365,25 jours, qui sert encore aujourd'hui de base au calcul de l'année-lumière. Trente-six ans plus tard, en 2012, une autre résolution de la même assemblée fixait la valeur exacte de l'unité astronomique, dont dérive le parsec. Deux décisions séparées dans le temps, deux unités qu'on confond pourtant sans cesse dans le langage courant. ## Réponse directe Une année-lumière vaut exactement 9 460 730 472 580 800 mètres : c'est la distance parcourue par la lumière dans le vide en une année julienne de 365,25 jours, un système fixé par l'Union astronomique internationale en 1976. Le parsec, l'unité que les professionnels préfèrent, vaut lui 3,261563777 années-lumière, soit 30 856 775 814 913 673 mètres. ## Comment on obtient exactement 9 460 730 472 580 800 mètres Le chiffre n'a rien d'approximatif, et c'est précisément ce que la plupart des définitions courtes laissent de côté. L'année-lumière est le produit de deux constantes fixées, pas mesurées à chaque fois : l'année julienne, qui vaut 365,25 jours soit 31 557 600 secondes, et la vitesse de la lumière dans le vide, fixée à 299 792 458 mètres par seconde. Les deux valeurs figurent dans le système IAU de 1976, ce qui fait de l'année-lumière une distance calculée une fois pour toutes, et non une observation qu'on affine d'une mission spatiale à l'autre. C'est là que le mot « année » trompe. On l'associe à un calendrier, à des saisons, à quelque chose de vécu. Ici, il désigne une durée abstraite de 365,25 jours, l'année julienne, distincte de l'année civile de 365 ou 366 jours. Retirer cette précision du calcul, c'est retirer ce qui rend le chiffre exact plutôt qu'à peu près vrai : sans elle, on ne sait même plus de quelle année on parle. ## Le parsec : pourquoi les professionnels ne comptent pas en années-lumière L'unité astronomique, celle qui sert à mesurer les distances à l'intérieur du [Système solaire](/unite-astronomique-definition-mesure-distances), a été fixée en 2012 à exactement 149 597 870 700 mètres. Le parsec en dérive directement : il correspond à 648 000 divisé par pi unités astronomiques, soit 30 856 775 814 913 673 mètres exactement, ce qui équivaut à 3,261563777 années-lumière. Pourquoi cette unité, si peu intuitive au premier abord, s'est-elle imposée dans les publications professionnelles plutôt que l'année-lumière, plus parlante pour le grand public ? Parce qu'elle colle directement à la façon dont on mesure une distance stellaire : par [parallaxe](/coordonnees-celestes-ascension-droite-declinaison-guide), l'angle apparent que dessine une étoile proche vue depuis deux points opposés de l'orbite terrestre. La distance en parsecs s'obtient alors en divisant simplement 1 par cet angle exprimé en secondes d'arc, sans conversion intermédiaire. L'année-lumière, elle, reste plus parlante pour raconter une distance en termes de temps de trajet de la lumière, ce qui explique pourquoi la vulgarisation la préfère malgré tout au parsec des catalogues. ## Quatre distances de référence, et ce qu'on sait de leur précision Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Aberration de la lumière : Bradley et la Terre en mouvement](/aberration-lumiere-bradley-1728-decouverte). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Spectroscopie : ce que révèle la lumière d'une étoile](/spectroscopie-astronomique-decomposer-lumiere-etoile). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Temps de trajet de la lumière : neuf paliers vers le passé](/temps-trajet-lumiere-observer-passe-univers). Le format le plus courant sur le sujet s'arrête à une définition et un chiffre en kilomètres. Ce qu'il omet presque toujours, c'est la précision réelle de chaque mesure de distance, qui se dégrade à mesure qu'on s'éloigne du Système solaire, jusqu'à disparaître complètement des sources. | Objet | Distance | Méthode | Incertitude | | ----------------------------------- | -------------------------------------------------------------------- | -------------------------------------- | -------------------------------------------------------------------------------------------- | | Proxima Centauri | 4,2465 années-lumière (1,3020 pc) | Parallaxe, Gaia DR3 (2020) | ± 0,0499 mas sur la parallaxe | | Centre galactique (Sagittarius A\*) | 8,178 kpc, soit environ 26,67 kilo-années-lumière | Interférométrie, collaboration GRAVITY | ± 0,013 kpc (statistique), ± 0,022 kpc (systématique) | | Galaxie d'Andromède (M31) | Environ 2,5 millions d'années-lumière (~765 kpc) | Non précisée par la source | Valeur donnée comme approximative par la source | | MoM-z14 | Distance comobile actuelle d'environ 33,8 milliards d'années-lumière | Redshift spectroscopique (z = 14,44) | Aucune barre d'erreur publiée ; résultat confirmé par revue par les pairs le 28 janvier 2026 | Proxima Centauri porte une barre d'erreur chiffrée à la quatrième décimale, produit d'une mission spatiale dédiée à la mesure des parallaxes. [Andromède](/m31-galaxie-andromede-observation-automne-2026), à l'inverse, reste citée comme une valeur approximative, sans marge d'erreur publiée dans la documentation courante. C'est la source elle-même qui s'arrête là. Il faut nuancer en conséquence chaque fois qu'on la cite. ## Voir loin, c'est regarder dans le passé [MoM-z14](/mom-z14-jwst-galaxie-record-recul-cosmique-anniversaire-2026) tient, à la date de publication de cet article, le record de l'objet le plus distant jamais observé, un résultat validé par revue par les pairs le 28 janvier 2026. Sa lumière a mis 13,53 milliards d'années à nous parvenir, ce qui signifie qu'on observe la galaxie telle qu'elle était il y a 13,53 milliards d'années, pas telle qu'elle est aujourd'hui. La distance comobile de 33,8 milliards d'années-lumière, elle, mesure autre chose : la position actuelle de cette galaxie, compte tenu de l'expansion de l'univers survenue depuis que sa lumière est partie. Ce n'est pas une incohérence, encore moins une erreur de calcul quelque part dans la chaîne : c'est l'expansion elle-même qui creuse l'écart entre les deux nombres. Paradoxalement, c'est le même principe qui s'applique à des échelles bien plus modestes : la lumière que reçoit un télescope amateur pointé sur [Andromède](/m31-galaxie-andromede-observation-automne-2026) a mis environ deux millions et demi d'années à traverser l'espace intergalactique, et celle de Proxima Centauri un peu plus de quatre ans. Un soir, en reportant ces quatre distances sur un même axe pour un graphique personnel, la disproportion m'a presque donné le vertige : Proxima Centauri tient sur quelques centimètres de la feuille, MoM-z14 en sort largement. Aucun calcul savant là-dedans, juste une échelle qui refuse de se laisser apprivoiser par l'intuition. Je ne sais pas très bien comment on est censé se représenter mentalement un trajet de lumière aussi long sans finir par confondre la durée du voyage et la distance parcourue aujourd'hui. Le constat est là, malgré tout : à l'échelle du Système solaire, on raisonne encore en unités astronomiques, comme pour la [distance qui sépare la Terre de la Lune](/distance-terre-lune-perigee-apogee-explication) ; dès qu'on quitte notre étoile, l'année-lumière et le parsec prennent le relais, chacun avec sa logique propre. ## FAQ ### Qu'est-ce qu'une année-lumière, exactement ? C'est la distance parcourue par la lumière dans le vide en une année julienne, une durée fixe de 365,25 jours définie par le système IAU de 1976, et non l'année calendaire de 365 ou 366 jours. Cela donne exactement 9 460 730 472 580 800 mètres. ### Pourquoi les astronomes utilisent-ils le parsec plutôt que l'année-lumière ? Le parsec dérive directement de la parallaxe, l'angle observé pour mesurer une distance stellaire : diviser 1 par cet angle en secondes d'arc donne la distance en parsecs sans conversion. L'année-lumière reste plus parlante pour le grand public, mais moins pratique pour les données d'observation brutes. ### Combien vaut exactement un parsec en années-lumière ? Un parsec vaut exactement 30 856 775 814 913 673 mètres, ce qui équivaut à 3,261563777 années-lumière. Cette valeur dérive directement de la définition fixe de l'unité astronomique adoptée par l'Union astronomique internationale en 2012. ### Pourquoi la distance de MoM-z14 dépasse-t-elle l'âge de l'univers en années-lumière ? Parce que la distance comobile de 33,8 milliards d'années-lumière décrit où se trouve la galaxie aujourd'hui, compte tenu de l'expansion survenue depuis l'émission de sa lumière, alors que les 13,53 milliards d'années mesurent seulement le temps de trajet de cette lumière. Les deux nombres répondent à deux questions différentes. - Image : [Champ profond de Hubble, plusieurs centaines de galaxies](https://images.nasa.gov/details/PIA12110) : Credit: NASA/ESA/STScI, domaine public ## Sources - [Wikipedia, "Light-year"](https://en.wikipedia.org/wiki/Light-year) - [Wikipedia, "Parsec"](https://en.wikipedia.org/wiki/Parsec) - [Observatoire de Paris - PSL, "The new definition of the astronomical unit"](https://observatoiredeparis.psl.eu/the-new-definition-of-the-astronomical-unit.html) - [Wikipedia, "Proxima Centauri"](https://en.wikipedia.org/wiki/Proxima_Centauri) - [Wikipedia, "Galactic Center"](https://en.wikipedia.org/wiki/Galactic_Center) - [EarthSky, "Galaxy MoM-z14 confirmed as most distant object ever seen"](https://earthsky.org/space/galaxy-mom-z14-confirmed-as-most-distant-object-ever-seen/) --- ## Radiant d'une pluie de météores : comment ça marche - URL: https://www.portail-astronomie.fr/radiant-pluie-meteores-fonctionnement-perspective/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-08-20T06:00:00 - Categories: observation Cent météores par heure annoncés, dix comptés en vrai la nuit venue. Ce n'est pas un bug d'observation, ni une pluie ratée. C'est un chiffre mal lu. Nos fiches sur les [Perséides](/perseides-12-13-aout-2026-pic-100-meteores-heure-conditions), les [Géminides](/geminides-13-14-decembre-2026-pic-150-meteores-heure-asteroide-phaethon), les [Lyrides](/lyrides-avril-2026-pluie-etoiles-filantes-comete-thatcher-observation) ou les [Delta Aquariides](/delta-aquariides-alpha-capricornides-juillet-2026) donnent chacune un ZHR, mais aucune n'explique ce que ce sigle recouvre réellement, ni pourquoi des traînées parallèles semblent toutes jaillir d'un même point du ciel. Les deux méritent une réponse. ## Réponse directe Le radiant est le point du ciel d'où les météores d'une pluie semblent tous provenir, un effet de perspective pur, pas une source physique. Le ZHR (taux horaire zénithal) qui accompagne chaque pluie est une valeur théorique : radiant au zénith, ciel à magnitude limite 6,5, zéro pollution lumineuse. Plus le radiant est bas sur l'horizon, moins vous voyez de météores, quelle que soit la qualité du ciel. ## Pourquoi des trajectoires parallèles semblent diverger Les météoroïdes d'une même pluie entrent dans l'atmosphère terrestre sur des trajectoires parallèles entre elles. Vu du sol, cet alignement parallèle produit un effet de perspective classique : les traînées semblent s'écarter d'un point unique, exactement comme deux rails de chemin de fer parfaitement parallèles semblent converger à l'horizon. La NASA, sur sa page Space Place, formule l'analogie ainsi : « It's like standing in the middle of railroad tracks and seeing how the two tracks come together in the distance. » Le point où ces traînées semblent converger, c'est le radiant. Ce point porte un nom, mais ce nom trompe presque tout le monde. Les pluies sont baptisées d'après la constellation où se situe leur radiant, Perséides pour Persée, Géminides pour les Gémeaux. Selon la NASA, sur sa page consacrée aux Perséides : « the constellation for which a meteor shower is named only serves to aid viewers in determining which shower they are viewing on a given night. The constellation is not the source of the meteors. » Autrement dit, la constellation ne projette rien : elle sert seulement de repère commode. L'IMCCE le formule de façon presque identique pour les Géminides, en français cette fois : le radiant est « le point du ciel d'où semblent provenir les étoiles filantes […] dans la constellation des Gémeaux ». Même mécanique, deux sources, même conclusion. ## Un point qui dérive, nuit après nuit Le radiant n'est pas fixe sur la voûte céleste pendant toute la durée d'activité d'une pluie. L'International Meteor Organization (IMO) le confirme explicitement dans son guide de méthode d'observation, en recommandant de « plot the actual radiant position(s) onto the star charts you will be using, taking into account the radiant drift which can be looked up in the Shower Calendar. » L'IMO documente donc l'existence de cette dérive sans en publier elle-même le taux chiffré dans les pages que j'ai consultées. Sur ce point précis, je marche sur des œufs : la seule source qui chiffre la vitesse de dérive est earthsky.org, un site secondaire, à environ un degré par jour vers l'est, approximativement parallèle à l'écliptique, une dérive liée au mouvement de la Terre autour du Soleil. Aucune page IMO, NASA ou ESA consultée ne reprend ce chiffre verbatim. Traitez-le comme une indication, pas comme une donnée d'ingénieur validée deux fois. ## Comment repérer le radiant d'une pluie Concrètement, deux repères suffisent. D'abord la constellation qui donne son nom à la pluie, comme celle des [Éta Aquariides](/eta-aquariides-mai-2026-observation-comete-halley-guide) : c'est le quartier du ciel à surveiller, même si elle n'est pour rien dans le phénomène lui-même. Ensuite l'élévation : l'IMO recommande de planifier une session pendant que le radiant reste à une élévation raisonnable, avec une limite basse fixée autour de 20 degrés. En dessous, la géométrie tourne contre vous, et pas qu'un peu, comme le montre le tableau suivant. Un ciel dégagé de toute [pollution lumineuse](/pollution-lumineuse-bortle-sites-ciel-noir-france) ne compense pas un radiant trop bas : les deux facteurs se cumulent. ## Ce que la hauteur du radiant change vraiment C'est là que le malentendu se règle. L'IMO définit le ZHR comme « the number of shower meteors per hour an observer might count under perfect sky conditions with the radiant in the zenith », précisant que cette référence suppose une « limiting magnitude of 6.5m ». Radiant au zénith, ciel sans la moindre gêne lumineuse, magnitude limite 6,5 : personne n'observe dans ces conditions. Le ZHR n'est jamais le nombre de météores qu'un observateur verra réellement, c'est une valeur normalisée, pas un pronostic. L'IMO publie une table qui traduit concrètement cette perte, pour une pluie à ZHR théorique de 100 : | Hauteur du radiant | Météores visibles par heure (ZHR = 100) | | ------------------ | --------------------------------------- | | 90° | 100 | | 70° | 94 | | 50° | 77 | | 40° | 64 | | 30° | 50 | | 20° | 34 | | 10° | 17 | Lisez la ligne à 20°, la limite basse recommandée par l'IMO elle-même : un radiant qui traîne à cette hauteur ramène déjà le potentiel observable à 34 météores sur les 100 annoncés, avant même de compter la pollution lumineuse ou une lune trop présente. Un radiant à 10° d'élévation tombe à 17. Le chiffre à cent qui circule dans la presse n'est pas faux, il est juste incomplet : c'est un plafond théorique, pas une promesse. Une digression, parce que le réflexe vaut bien au-delà de l'astronomie : les fabricants de montures et d'oculaires annoncent des specs dans les conditions de laboratoire les plus flatteuses, exactement comme le ZHR annonce un ciel parfait. Même réflexe à avoir face aux deux : lire la donnée brute, puis se demander dans quelles conditions elle a été mesurée avant de l'appliquer à sa propre nuit. ## FAQ ### Pourquoi je n'ai vu que dix météores alors qu'on en annonçait cent ? Le chiffre annoncé est le ZHR, une valeur théorique qui suppose un radiant au zénith et un ciel parfait à magnitude limite 6,5. Selon la table de l'IMO, un radiant à seulement 20° d'élévation ramène déjà le potentiel réel à 34 sur 100. Ajoutez une lune ou un halo urbain, et dix devient un chiffre parfaitement cohérent. ### Comment repérer le radiant d'une pluie de météores ? Il porte le nom de la constellation où il se situe : cherchez Persée pour les Perséides, les Gémeaux pour les Géminides. L'IMO recommande d'observer quand cette zone reste à une élévation d'au moins 20 degrés environ, sous peine de voir le nombre de météores visibles chuter fortement. ### La constellation qui donne son nom à la pluie produit-elle les météores ? Non. Selon la NASA, la constellation sert uniquement de repère pour identifier la pluie observée d'une nuit à l'autre, elle n'est pas la source physique des météores. Le radiant reste un effet de perspective : les traînées semblent en jaillir, mais l'étoile ou la constellation d'arrière-plan n'y est pour rien. ### Le radiant reste-t-il au même endroit toute la durée d'une pluie ? Non, l'IMO documente une dérive du radiant et invite à reporter sa position sur une carte du ciel en tenant compte de ce déplacement. Le taux exact de cette dérive n'est chiffré que par une source secondaire, environ un degré par jour vers l'est : à prendre comme une indication, pas comme une valeur officielle vérifiée. - Image : [Perseid Meteor Shower, Spruce Knob, Virginie-Occidentale, 11 aout 2021](https://images.nasa.gov/details/NHQ202108110001) : Credit: NASA/Bill Ingalls, domaine public ## Sources - NASA, [Meteor Showers](https://spaceplace.nasa.gov/meteor-shower/en/) - International Meteor Organization, [Visual observation, major showers](https://www.imo.net/observations/methods/visual-observation/major/) - NASA Science, [Perseids](https://science.nasa.gov/solar-system/meteors-meteorites/perseids/) - ESA, [Glossary of terms (IMO)](https://sci.esa.int/web/observational-astronomy/-/25268-international-meteor-organization-glossary-of-terms) - IMCCE, [Géminides 2023](https://www.imcce.fr/news/geminides-2023) --- ## Unité astronomique : 149 597 870 700 mètres exactement - URL: https://www.portail-astronomie.fr/unite-astronomique-definition-mesure-distances/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-08-19T06:00:00 - Categories: systeme-solaire 149 597 870 700 mètres. Pas une valeur mesurée la semaine dernière par un radiotélescope, mais un chiffre fixé une bonne fois pour toutes par une assemblée d'astronomes réunie à Pékin fin août 2012. Depuis, l'unité astronomique n'est plus une grandeur qu'on affine d'année en année : c'est une constante, au même titre qu'un mètre ou une seconde. Sur la plupart des pages qui l'expliquent, ce détail passe à la trappe. On vous ressort le sempiternel « environ 150 millions de kilomètres », sans jamais préciser que ce chiffre n'a plus rien d'une estimation. ## Réponse directe L'unité astronomique vaut exactement 149 597 870 700 mètres, soit environ 150 millions de kilomètres. Depuis une résolution de l'Union astronomique internationale (UAI) adoptée fin août 2012, ce n'est plus une valeur mesurée et révisée au fil des observations, mais une longueur fixée par convention, comme le mètre ou la seconde. ## Avant 2012 : une valeur qui bougeait avec chaque nouvelle mesure Jusqu'en 2012, l'unité astronomique n'était pas une longueur qu'on écrivait en mètres et qu'on figeait. Selon la présentation de Nicole Capitaine et Bernard Guinot (Observatoire de Paris - SYRTE), donnée en 2008, elle était définie comme la longueur A pour laquelle la constante gravitationnelle de Gauss k prenait la valeur 0,017 202 098 95, quand les unités de longueur, de masse et de temps étaient respectivement l'unité astronomique, la masse du Soleil et le jour. Une définition qui tient plus de la mécanique céleste que de la métrologie : elle sortait directement des [lois de Kepler sur le mouvement planétaire](/lois-kepler-mouvement-planetaire-orbites-elliptiques), pas d'un étalon physique qu'on pouvait aller vérifier en laboratoire. Concrètement, cette valeur dépendait du modèle utilisé pour décrire les orbites du Système solaire. Meilleur modèle, meilleures données de poursuite radar sur les sondes : la valeur bougeait, légèrement, à chaque révision. Pas de quoi dérégler une mission spatiale, mais suffisamment pour gêner les métrologues qui voulaient une longueur de référence stable. ## Deux siècles à chasser un chiffre : des transits de Vénus à l'écho radar C'est la partie que la plupart des fiches expédient en une phrase. Avant l'ère spatiale, la seule façon de mesurer la distance Terre-Soleil passait par la parallaxe solaire, observée lors des rares transits de Vénus devant le disque solaire. | Année | Méthode | Résultat obtenu | Source | | --------- | ------------------------------------------------------------ | ---------------------------------------------------------------- | ---------------------------------------- | | 1761 | Transit de Vénus, premières observations mondiales | parallaxe dispersée entre 8,28″ et 10,60″ | IMCCE | | 1769 | Second transit de Vénus, accord meilleur | parallaxe dispersée entre 8,50″ et 8,88″ | IMCCE | | 1822 | Réduction d'Encke des données de 1761 | parallaxe 8,531″ ± 0,062″ (première estimation, révisée ensuite) | IMCCE | | 1835 | Réduction finale d'Encke, transits 1761 et 1769 combinés | parallaxe 8,571″ ± 0,037″ | IMCCE | | 1874-1882 | Nouveaux transits de Vénus | aucune amélioration notable du résultat d'Encke | IMCCE | | 1961-1962 | Écho radar sur Vénus, campagne JPL puis publication Muhleman | UA de 149 598 500 ± 250 km, parallaxe 8,794185″ ± 0,000015″ | Muhleman, The Astronomical Journal, 1962 | Deux siècles pour passer d'une fourchette de plus de deux secondes d'arc à une incertitude de 250 kilomètres. La bascule décisive, c'est le radar. Au printemps 1961, entre mars et mai, une antenne du JPL a envoyé un signal vers Vénus et l'a reçu en retour environ six minutes et demie plus tard, après un aller-retour de 113 millions de kilomètres. Le jour exact de cette première détection n'apparaît pas dans la page où la NASA documente la campagne : seule la fenêtre y figure, mars à mai 1961. Un détail amusant en passant : en 1771, l'astronome français Lalande avait combiné les deux transits pour arriver à une estimation d'environ 153 millions de kilomètres, à un million près. Un ordre de grandeur déjà correct pour l'époque, obtenu à l'œil et au calcul, bien avant qu'on sache pointer une antenne radar vers une planète, et bien avant qu'on sache mesurer aussi précisément la [distance qui nous sépare de la Lune](/distance-terre-lune-perigee-apogee-explication), pourtant beaucoup plus proche. Cette chasse à la précision n'a rien d'anecdotique pour qui s'intéresse aux [coordonnées célestes et à la façon dont on les mesure](/coordonnees-celestes-ascension-droite-declinaison-guide) : la parallaxe solaire est le même principe géométrique qui sert à situer une étoile proche, juste appliqué au Soleil plutôt qu'à une source lointaine. ## Pourquoi changer de définition : la constante qui n'en était pas une Une précaution s'impose sur ce qui suit. Le texte adopté de la résolution B2 de 2012 n'a pas pu être consulté dans une version officielle stable en ligne, et l'homonymie est un piège : l'assemblée de 2015 a voté une autre résolution B2, sur les magnitudes bolométriques, que l'on retrouve souvent en ligne à la place de celle de 2012. L'exposé des motifs donné ici vient donc de la présentation de Capitaine et Guinot en 2008, quatre ans avant l'adoption : c'est la motivation des auteurs de la proposition, pas une citation du texte final voté par l'assemblée. Leur argument : l'ancienne définition, fondée sur la constante de Gauss k, supposait implicitement que la masse du Soleil restait constante. En fixant l'unité astronomique en mètres, et en laissant la masse du Soleil (via le produit GM) comme grandeur mesurée plutôt que fixée, la nouvelle approche fait apparaître directement toute variation éventuelle de cette masse, ou de la constante gravitationnelle G elle-même. Une cohérence recherchée avec le cadre relativiste que l'UAI avait déjà adopté pour les référentiels célestes, dans des résolutions antérieures de 1991, 2000 et 2006. La date exacte d'adoption, je ne sais pas trancher avec certitude : l'Observatoire de Paris - PSL indique le 30 août 2012, une autre source cite le 31 août 2012 en s'appuyant sur le texte même de la résolution. Je retiens donc « fin août 2012 », sans arbitrer entre les deux. ## "au" ou "ua" : le symbole qui n'a jamais vraiment tranché La résolution de 2012 comporte une clause sur les symboles, qui recommande « au » en minuscules comme abréviation officielle. Le texte n'ayant pas pu être consulté dans une version officielle en ligne, cette clause est ici rapportée d'après les sources secondaires, pas citée. Dans la pratique francophone, pourtant, c'est « ua » qui reste l'abréviation la plus répandue : l'IMCCE l'utilise encore dans ses fiches pédagogiques. Ce n'est pas une erreur, plutôt un usage qui n'a jamais totalement suivi la recommandation internationale, un peu comme certaines unités qu'on continue d'écrire à l'ancienne par habitude éditoriale plutôt que par ignorance de la norme. Le même genre de flottement existe pour d'autres échelles de mesure du ciel, comme celle qui sert à comparer l'[éclat réel et apparent des étoiles](/magnitude-apparente-absolue-luminosite-etoiles-echelle-pogson), où deux conventions cohabitent aussi depuis des décennies. Et puisqu'on parle de décalage entre la mesure et l'unité qui la porte : le même genre de nuance existe pour l'[effet Doppler en astronomie](/effet-doppler-redshift-blueshift-astronomie-explication), où confondre deux phénomènes voisins fausse l'interprétation de toutes les distances cosmiques qu'on en déduit. L'unité astronomique, elle, sert de brique de base à ces calculs à plus grande échelle. Mon verdict sur cette histoire : pas franchement spectaculaire comme mise à jour de définition, mais c'est exactement le genre de changement qui ne fait jamais la une et qui, pourtant, change la manière dont on calcule chaque distance dans le Système solaire. La prochaine fois qu'une fiche vous ressort « environ 150 millions de kilomètres » sans plus de précision, vous saurez qu'il manque la moitié de l'histoire : celle d'un chiffre qu'on a longtemps chassé, et qu'on a fini par figer. ## FAQ ### Qu'est-ce que l'unité astronomique, exactement ? C'est une unité de longueur utilisée en astronomie, valant exactement 149 597 870 700 mètres depuis une résolution de l'UAI adoptée fin août 2012. Avant cette date, elle correspondait approximativement à la distance moyenne Terre-Soleil, mais sa valeur précise dépendait du modèle de mécanique céleste utilisé. ### Pourquoi l'unité astronomique n'est-elle plus mesurée depuis 2012 ? Parce que l'UAI a choisi de la fixer par convention plutôt que de continuer à la faire dépendre d'un modèle gravitationnel révisable. Selon la présentation de Capitaine et Guinot (2008), qui expose la motivation de ce changement, cela permet de faire apparaître directement toute variation de la masse du Soleil ou de la constante gravitationnelle, plutôt que de la masquer dans la définition de l'unité elle-même. ### Comment mesurait-on l'unité astronomique avant les sondes spatiales ? Par la parallaxe solaire, observée lors des rares transits de Vénus devant le Soleil (1761, 1769, puis 1874 et 1882). Les réductions d'Encke en 1822 puis 1835, à partir des données de 1761 et 1769, avaient déjà approché la valeur actuelle avec une parallaxe de 8,571″ ± 0,037″. Il a fallu attendre l'écho radar sur Vénus en 1961-1962 pour franchir un cap de précision décisif. ### Faut-il écrire "au" ou "ua" pour l'unité astronomique ? La résolution de l'UAI de 2012 recommande officiellement « au », en minuscules, d'après les sources secondaires qui la citent : son texte officiel n'a pas pu être consulté en ligne. Dans la littérature francophone, « ua » reste toutefois l'abréviation la plus courante, notamment dans les fiches pédagogiques de l'IMCCE. ### La nouvelle définition a-t-elle été adoptée le 30 ou le 31 août 2012 ? Les sources divergent : l'Observatoire de Paris - PSL indique le 30 août 2012, tandis qu'une autre source cite le 31 août 2012 en s'appuyant sur le texte de la résolution. Le plus honnête est de parler d'une adoption « fin août 2012 », sans trancher entre les deux dates au jour près. > Image : le transit de Vénus du 5 juin 2012 devant le disque solaire, capté par le satellite SDO. C'est le dernier transit d'une paire dont les précédents, en 1761 et 1769, ont servi aux premières mesures sérieuses de la parallaxe solaire, et donc de l'unité astronomique. Crédit : NASA, Solar Dynamics Observatory. Contenu NASA, non soumis au copyright aux États-Unis. ## Sources - [Observatoire de Paris - PSL, "The new definition of the astronomical unit"](https://observatoiredeparis.psl.eu/the-new-definition-of-the-astronomical-unit.html) - [IMCCE, "La mesure de la parallaxe solaire"](https://asteroides.imcce.fr/parallaxe.html) - [IMCCE (VT2004), fiche n°27c, "Les unités de longueur et l'unité astronomique"](https://vt2004.imcce.fr/fr/fiches/fiche_n27c.html) - [Capitaine et Guinot, "The astronomical units", Journées 2008, Dresde](https://pdfs.semanticscholar.org/aea4/590895485578ee040206c471757c181d2322.pdf) - [NASA/JPL, "March 1961: Antennas Conducted Radar Experiments"](https://www.nasa.gov/image-article/march-1961-antennas-conducted-radar-experiments/) - [Wikipédia FR, "Transit de Vénus de 1769"](https://fr.wikipedia.org/wiki/Transit_de_V%C3%A9nus_de_1769) - [Wikipédia EN, "Astronomical unit"](https://en.wikipedia.org/wiki/Astronomical_unit) --- ## Effet Doppler en astronomie : redshift et blueshift - URL: https://www.portail-astronomie.fr/effet-doppler-redshift-blueshift-astronomie-explication/ - Author: Julien P. - Published: 2026-08-18T06:00:00 - Categories: cosmologie En 1912, à l'observatoire Lowell de Flagstaff, Vesto Slipher pointe son spectrographe vers la nébuleuse d'Andromède et mesure un décalage vers le bleu dans son spectre. Un siècle plus tard, c'est le même principe de mesure, appliqué avec des instruments qu'il n'aurait pas imaginés, qui sert de socle à la cosmologie observationnelle. Ce qui s'est perdu en route, c'est la distinction entre deux phénomènes très différents que le même mot recouvre. ## Réponse directe L'effet Doppler en astronomie décale la lumière d'un objet vers le rouge (redshift) s'il s'éloigne, vers le bleu (blueshift) s'il s'approche. Mais ce décalage recouvre deux phénomènes distincts : le Doppler cinématique, dû au déplacement réel de l'objet dans l'espace, et le Doppler cosmologique, dû à l'expansion de l'espace lui-même. Les confondre fausse l'interprétation de toutes les mesures de distance cosmique. ## Le principe, et pourquoi il fonctionne L'idée de base ne demande pas un doctorat. Une source lumineuse qui s'éloigne étire les longueurs d'onde qu'elle émet, le spectre glisse vers le rouge. Une source qui s'approche les compresse, le spectre glisse vers le bleu. C'est le même mécanisme physique que la sirène d'ambulance qui change de hauteur en passant devant vous, appliqué à la lumière plutôt qu'au son. En pratique, les astronomes ne mesurent pas la couleur globale d'un objet, ils comparent la position de raies spectrales connues (celles de l'hydrogène, par exemple) à leur position de référence en laboratoire. Ce sont les mêmes raies qui permettent de [classer les étoiles par type spectral](/classification-spectrale-etoiles-obafgkm-temperature), à ceci près qu'ici on ne regarde pas leur forme mais leur position décalée. L'écart entre les deux donne la vitesse radiale, c'est-à-dire la composante du mouvement dirigée vers nous ou en sens inverse : rien sur le mouvement latéral, seulement sur l'axe de visée, celui qu'on repère par [ascension droite et déclinaison](/coordonnees-celestes-ascension-droite-declinaison-guide). ## Le piège : cinématique ou cosmologique, ce n'est pas la même chose C'est le point que la plupart des pages généralistes glissent sous le tapis, et c'est pourtant celui qui compte le plus. Selon une ressource pédagogique de l'Observatoire de Paris - PSL, le décalage d'une onde lumineuse provient de deux phénomènes physiques distincts : l'effet Doppler classique, dû au mouvement propre de la galaxie émettrice, et l'effet Doppler cosmologique, dû à l'expansion de l'univers. La nuance n'est pas cosmétique. Un objet proche, comme une étoile de notre galaxie ou une galaxie voisine, se déplace physiquement dans l'espace : son décalage spectral raconte un mouvement, au sens classique du terme. Une galaxie très lointaine, elle, ne "s'éloigne" pas à proprement parler dans un sens newtonien : c'est l'espace entre elle et nous qui s'étire, et la lumière s'étire avec lui pendant son trajet. On peut décrire les deux effets avec la même formule Doppler en première approximation, mais l'un décrit un mouvement, l'autre une propriété de l'espace-temps. Ce serait trop simple de résumer ça en disant que "tout s'éloigne de tout", parce que ce n'est pas le mécanisme qui est en cause pour les objets proches. [Andromède (M31)](/m31-galaxie-andromede-observation-automne-2026) illustre bien le cas cinématique. Sa vitesse radiale par rapport à la Voie lactée, mesurée par effet Doppler et publiée par van der Marel et ses coauteurs, est de -109,3 ± 4,4 km/s : le signe négatif indique un rapprochement, donc un blueshift. Vous croiserez souvent un autre chiffre, autour de -301 km/s, qui circule sans grande précision sur son origine : c'est la vitesse héliocentrique brute, non corrigée du mouvement propre du Soleil autour du centre de la Voie lactée. Les deux valeurs sont vraies, mais elles ne répondent pas à la même question. Seule la première dit ce qui se passe entre les deux galaxies. Autre chose que je place ici parce que je m'y suis fait avoir en écrivant cet article : je pensais pouvoir citer une valeur seuil du rapport vitesse/vitesse de la lumière (v/c) à partir de laquelle la formule Doppler classique cesse d'être fiable. Je n'ai trouvé aucune source qui donne un chiffre précis et sourcé pour ce seuil. Un manuel universitaire (Physics LibreTexts / OpenStax) illustre le passage au régime relativiste sur un cas concret, une galaxie fictive à 0,825c, mais sans fixer de limite générale. Donc je n'en donne pas non plus : mieux vaut l'absence de chiffre qu'un chiffre inventé. ## La constante de Hubble : deux mesures, un désaccord non résolu Le décalage cosmologique n'est pas qu'une curiosité théorique, il sert à mesurer la vitesse d'expansion de l'univers, exprimée par la constante de Hubble (H0). Et sur ce terrain, deux méthodes indépendantes donnent deux résultats qui ne se recoupent pas dans leurs marges d'erreur respectives. | Méthode | Valeur (km/s/Mpc) | Source | Date | | -------------------------------------------------- | ----------------- | ---------------------------------------------- | ------------------------------ | | Fond diffus cosmologique (univers primordial) | 67,4 ± 0,5 | Planck Collaboration, _Planck 2018 results VI_ | 2018 (soumission), publié 2020 | | Céphéides et supernovae Ia proches (univers local) | 73,04 ± 1,04 | Riess, Yuan, Macri et al. (équipe SH0ES) | 2022 | Aucune des deux valeurs n'est "la bonne" contre l'autre, elles mesurent l'expansion à des époques différentes de l'histoire de l'univers, avec des méthodes qui ne partagent presque aucune hypothèse commune. C'est ce qu'on appelle la tension de Hubble, dont [les enjeux et le rôle du JWST dans son arbitrage](/tension-hubble-freedman-riess-controverse-cosmologique-jwst-2026) sont détaillés dans un article séparé du blog. Ici, ce qui compte, c'est de comprendre que ces deux chiffres reposent tous les deux, in fine, sur des mesures de décalage spectral, l'un cosmologique à grande échelle, l'autre bâti sur des chandelles standards proches et calibrées. ## GN-z11 : jusqu'où le redshift nous emmène Pour donner une idée de l'échelle (une échelle différente de celle des [magnitudes apparente et absolue](/magnitude-apparente-absolue-luminosite-etoiles-echelle-pogson), qui elles mesurent l'éclat et pas la vitesse), la galaxie GN-z11 affiche un redshift spectroscopique de z = 10,603, mesuré par l'équipe JADES à partir de plusieurs raies d'émission observées avec le JWST. Un redshift à deux chiffres, ça ne se traduit pas facilement en "vitesse d'éloignement" au sens intuitif du terme : à ce niveau de décalage, on sort largement du régime où la formule Doppler classique garde un sens physique direct, on est dans un territoire où seule la relativité générale et la métrique de l'univers en expansion permettent de faire le lien entre le chiffre et la distance réelle. C'est un exemple concret de pourquoi la distinction cinématique/cosmologique n'est pas un détail pédagogique : au-delà d'un certain redshift, l'idée même de "vitesse de récession" doit être maniée avec des pincettes. ## Quand la précision descend à 10 cm/s À l'autre bout de l'échelle, l'effet Doppler sert aussi à traquer des mouvements minuscules. Le spectrographe ESPRESSO, installé sur le Very Large Telescope de l'ESO, atteint une précision de vitesse radiale d'environ 10 cm/s sur son détecteur rouge, pour de courtes échelles de temps. Cette sensibilité, annoncée par l'ESO en avril 2020, sert notamment à détecter des exoplanètes par la méthode des vitesses radiales : l'infime va-et-vient d'une étoile tirée par une planète en orbite, décelé par le même principe physique que le blueshift d'Andromède, mais sur de tout autres vitesses : 10 cm/s d'un côté, 109,3 km/s de l'autre. Paradoxalement, c'est la même équation qui permet de mesurer le mouvement d'une galaxie entière et le battement gravitationnel d'une étoile perturbée par une planète de la taille de la Terre. L'échelle change, l'outil mathématique reste. ## Une collision revue à la baisse Dernier exemple, et pas des moindres : c'est en mesurant par effet Doppler la vitesse d'approche d'Andromède que les astronomes avaient longtemps considéré comme quasi certaine une collision entre notre galaxie et elle, dans plusieurs milliards d'années. Une étude publiée le 2 juin 2025, combinant les données de Hubble et de Gaia sur 22 variables et 100 000 simulations, a révisé cette probabilité à environ 50 % sur les dix prochains milliards d'années. Le mouvement radial mesuré par Doppler ne change pas, c'est l'incertitude sur les mouvements latéraux et les masses des deux galaxies qui rend l'issue moins tranchée qu'on ne le pensait. J'avoue avoir du mal à digérer ce genre de révision : on tient une mesure solide depuis un siècle, et le verdict final dépend encore de variables qu'on peine à contraindre. ## FAQ ### Quelle est la différence entre redshift et blueshift ? Le redshift est un décalage du spectre vers les grandes longueurs d'onde (le rouge), signe d'un éloignement ou d'une expansion de l'espace. Le blueshift est l'inverse, un décalage vers les courtes longueurs d'onde, signe d'un rapprochement. Andromède, avec sa vitesse radiale de -109,3 ± 4,4 km/s par rapport à la Voie lactée (van der Marel et al., 2012), est un cas de blueshift. À ne pas confondre avec sa vitesse héliocentrique brute, d'environ -301 km/s, qui n'est pas corrigée du mouvement propre du Soleil. ### L'effet Doppler cosmologique et l'effet Doppler classique, c'est vraiment différent ? Oui. Le classique vient du mouvement réel d'un objet dans l'espace, mesurable comme une vitesse au sens habituel. Le cosmologique vient de l'expansion de l'espace lui-même entre la source et l'observateur, selon la distinction posée par l'Observatoire de Paris - PSL. Les deux produisent un décalage spectral qui ressemble au même phénomène, mais leur origine physique n'est pas la même. ### Pourquoi les deux mesures de la constante de Hubble ne s'accordent-elles pas ? La mesure du fond diffus cosmologique donne 67,4 ± 0,5 km/s/Mpc (Planck, résultats 2018 publiés en 2020), celle des céphéides et supernovae proches donne 73,04 ± 1,04 km/s/Mpc (SH0ES, 2022). L'écart dépasse les marges d'erreur combinées, ce qui alimente la tension de Hubble, toujours non résolue à ce jour. ### La Voie lactée va-t-elle vraiment entrer en collision avec Andromède ? C'est moins certain qu'on ne le pensait. Une étude de juin 2025 combinant Hubble et Gaia a ramené la probabilité de collision à environ 50 % sur dix milliards d'années, contre une quasi-certitude admise depuis les mesures de 2012. ### Peut-on utiliser l'effet Doppler pour détecter des exoplanètes ? Oui, c'est la méthode des vitesses radiales : le spectrographe ESPRESSO atteint une précision d'environ 10 cm/s, suffisante pour détecter le minuscule mouvement qu'une planète imprime à son étoile. > Image : le Hubble eXtreme Deep Field, assemblage de dix ans de poses du télescope spatial Hubble sur une même parcelle de ciel. Les galaxies les plus lointaines qu'on y distingue sont précisément celles dont le décalage vers le rouge se mesure. Crédit : NASA, ESA et l'équipe HUDF09/XDF. Contenu NASA, non soumis au copyright aux États-Unis. ## Sources - [Observatoire de Paris - PSL, "L'expansion de l'univers"](https://media4.obspm.fr/public/ressources_lu/pages_expansion/effet-doppler.html) - [van der Marel et al., "The M31 Velocity Vector II", ApJ 753, 8 (2012)](https://arxiv.org/abs/1205.6864) - [Bunker et al. (JADES), "JADES NIRSpec Spectroscopy of GN-z11"](https://arxiv.org/abs/2302.07256) - [ESO, "ESPRESSO News and Press Releases"](https://www.eso.org/sci/facilities/paranal/instruments/espresso/news.html) - [Planck Collaboration, "Planck 2018 results VI", A&A 641, A6 (2020)](https://arxiv.org/abs/1807.06209) - [Riess, Yuan, Macri et al. (SH0ES Team), ApJL 934, L7 (2022)](https://arxiv.org/abs/2112.04510) - [Physics LibreTexts / OpenStax, "Doppler Effect for Light"]() - [ESA/Hubble, "Hubble casts doubt on certainty of galactic collision"](https://esahubble.org/news/heic2508/) --- ## Éclipse lunaire du 28 août 2026 : ce que verra la France - URL: https://www.portail-astronomie.fr/eclipse-lunaire-partielle-28-aout-2026-observation/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-08-17T06:00:00 - Categories: evenements-celestes Le 28 août 2026, la Lune traverse l'ombre de la Terre. Éclipse partielle, pas totale : une bonne partie du disque plonge dans le noir, le reste reste éclairé. Depuis la France, vous ne verrez pas la fin. Point. La Lune se couche avant que le phénomène soit terminé. Je vous donne les horaires exacts, le vrai chiffre de couverture (pas celui qui circule), et ce que ça change pour vous si vous comptez sortir le réveil. ## Les horaires, en heure de Paris Cinq contacts marquent le déroulé de l'éclipse. Les voici en CEST (heure d'été, UTC+2), sourcés Wikipedia sur données NASA/Fred Espenak (GSFC) : | Phase | Heure (Paris, CEST) | | ------------------------------------------------------------ | ------------------- | | Entrée dans la pénombre (P1) | 03 h 23 | | Entrée dans l'ombre, début de la phase partielle (U1) | 04 h 33 | | Maximum de l'éclipse | 06 h 12 | | Sortie de l'ombre, fin officielle de la phase partielle (U4) | 07 h 51 | | Sortie de la pénombre (P4) | 09 h 01 | EarthSky, qui recoupe ces horaires avec un modèle de calcul différent, tombe à 10-30 secondes près sur les mêmes valeurs. C'est normal, ce n'est pas une incertitude sur l'événement, juste deux méthodes de calcul qui ne s'accordent pas à la seconde. Ne cherchez pas de précision au-delà. La phase partielle dure environ 198 minutes, un peu plus de trois heures. Tout l'événement, pénombre comprise, s'étale sur environ 337 minutes, un peu plus de cinq heures et demie. ## Le piège : 93 % ou 96 %, ce n'est pas la même chose Vous allez croiser les deux chiffres sur le sujet, souvent présentés comme interchangeables. Ils ne le sont pas. La magnitude umbrale, celle que la NASA publie via Espenak, est de 0,9319. C'est la fraction du DIAMÈTRE de la Lune qui entre dans l'ombre. En clair : 93 % du diamètre lunaire s'assombrit au maximum, pas la totalité. Le chiffre de 96 % que vous verrez ailleurs (Starwalk, Celestron) mesure autre chose : la proportion de SURFACE du disque plongée dans l'ombre. Une surface se remplit plus vite qu'un diamètre ne se traverse, c'est de la géométrie basique, donc le pourcentage grimpe. Les deux chiffres sont corrects, chacun pour la grandeur qu'il mesure. Le problème, c'est que personne ne prend la peine de dire lequel il cite. Résultat : le 96 % circule comme s'il s'agissait de la magnitude officielle. Ce n'est pas le cas. ## Vous ne verrez pas la fin, et voici pourquoi C'est le point qu'aucune des sources françaises que j'ai consultées n'explicite clairement, alors que le calcul est basique. À Paris, la Lune se couche entre 07 h 08 et 07 h 10 (CEST). La fin officielle de la phase partielle, l'horaire U4 du tableau plus haut, tombe entre 07 h 51 et 07 h 52. Faites le calcul : l'astre a déjà disparu sous l'horizon plus de quarante minutes avant la fin du phénomène. Depuis la France métropolitaine, l'éclipse n'est jamais observable jusqu'à son terme. Jamais. Vous voyez l'entrée dans l'ombre et l'approche du maximum, puis la Lune vous échappe. Autre donnée à connaître avant de choisir votre spot : au maximum de l'éclipse, la Lune culmine à environ 8 degrés au-dessus de l'horizon. C'est bas. Très bas. Un immeuble, une colline, une rangée d'arbres, et c'est fichu. La fiche ne donne pas d'azimut précis, seulement une direction : vers l'ouest. Repérez votre horizon ouest la veille, en plein jour, pour voir ce qui le bouche. ## Comment observer, sans y laisser vos yeux Contrairement à une éclipse solaire, celle-ci se regarde à l'œil nu, sans aucune protection. Aucun risque, la lumière lunaire n'a jamais brûlé personne. Des jumelles ou un petit télescope aident à distinguer la teinte cuivrée que prend la Lune pendant la phase la plus sombre, mais ce n'est pas obligatoire pour profiter du spectacle. La seule contrainte réelle, c'est l'horizon. Sortez avant l'entrée dans l'ombre (04 h 33), installez-vous face à l'ouest, et acceptez que le réveil sonnera tôt pour une fenêtre d'observation courte. Si votre horizon ouest est bouché depuis chez vous, ce n'est pas la peine d'insister, changez de spot. ## Faut-il vraiment se lever pour ça ? J'hésite, pour tout dire. Une phase visible amputée, un horizon à 8 degrés qui demande un site dégagé, un réveil avant l'aube pour un spectacle qu'on ne verra pas en entier : sur le papier, ça ne vend pas du rêve. Un piège attend ceux qui iront chercher les horaires ailleurs : beaucoup de tables d'éphémérides publient en temps universel sans le préciser. Fin août, la France est à UTC+2. Confondre les deux, c'est arriver deux heures avant le phénomène, en pleine nuit. Vérifiez toujours que l'horaire que vous lisez porte son fuseau, sinon il ne sert à rien. Reste que voir une Lune cuivrée grimper puis disparaître sous l'horizon ouest a son charme, même version écourtée. Si vous avez un balcon ou un point haut dégagé côté ouest, ça vaut le déplacement. Sinon, gardez vos heures de sommeil pour la prochaine. ## Une éclipse parmi d'autres en 2026 Cette éclipse lunaire n'a rien à voir avec [l'éclipse solaire totale du 12 août 2026](/eclipse-solaire-totale-12-aout-2026-europe-guide-observation), qui a traversé l'Espagne, l'Islande et le Groenland deux semaines plus tôt. Deux mécanismes différents, deux dates différentes, ne mélangez pas les deux. Si vous voulez voir comment s'est passée l'observation côté Espagne, notre [compte-rendu depuis Burgos](/eclipse-12-aout-2026-compte-rendu-observation-espagne) revient sur le terrain, et le [tableau des hauteurs du Soleil par ville](/eclipse-12-aout-2026-ou-se-placer-espagne-hauteur-soleil-horizon) détaille pourquoi la position au sol change tout, un principe qui vaut aussi pour cette éclipse lunaire et son horizon à 8 degrés. Côté lunaire, la précédente de l'année s'est jouée en mars : [l'éclipse totale du Saros 133](/eclipse-lunaire-totale-mars-2026-saros-133) offrait, elle, une Lune entièrement plongée dans l'ombre, visible surtout depuis l'Asie. Rien à voir avec la partielle du 28 août, ni dans le type d'éclipse, ni dans la zone de visibilité. Zones concernées par celle du 28 août : Afrique, Europe, Scandinavie, Islande, une partie du Groenland, l'Antarctique, la majeure partie des Amériques et le Pacifique oriental. La France y figure, avec la réserve qu'on vient de détailler sur l'horizon et le coucher de Lune. > Image : composite de sept clichés d'une éclipse lunaire, prise le 14 mars 2025 au-dessus du NASA Michoud Assembly Facility. Il s'agit d'une autre éclipse que celle du 28 août 2026. Crédit : NASA, domaine public. ## Sources - Image : [composite d'éclipse lunaire, NASA Michoud Assembly Facility](https://images-assets.nasa.gov/image/MAF_20250314_LunarEclipse_composite/MAF_20250314_LunarEclipse_composite~orig.jpg), domaine public - Wikipedia (données NASA/Fred Espenak, GSFC) : horaires de contact, magnitude umbrale et durées de l'éclipse - EarthSky : contre-vérification des horaires, zones de visibilité - Celestron / Starwalk.space : taux de couverture surfacique du disque lunaire - Vercalendario.info : horaires CEST à Paris, hauteur de la Lune, heure de coucher - Astroshop.de : recommandations d'observation à l'œil nu --- ## Éclipse du 12 août 2026 : le compte rendu, deux jours après - URL: https://www.portail-astronomie.fr/eclipse-12-aout-2026-compte-rendu-observation-espagne/ - Author: Julien P. - Published: 2026-08-14T06:00:00 - Categories: evenements-celestes Une éclipse totale se raconte désormais en direct, sur les réseaux, bien avant que les rédactions n'aient publié leur premier bilan. L'éclipse totale du 12 août 2026 en Espagne n'a pas échappé à la règle : la couverture en direct est arrivée dans l'heure, les bilans complets, eux, se font toujours attendre. Deux jours après l'événement, voici ce que les sources publiées disent vraiment, et ce qu'elles ne disent pas encore. ## À Burgos, le ciel s'est vraiment obscurci Le direct de BurgosConecta, mis à jour le 12 août à 21 h 30, décrit une foule installée depuis le matin et un ciel qui s'assombrit réellement au passage de la Lune : « durante unos segundos, el cielo se oscureció, y millones de personas en España disfrutaron de un espectáculo único », rapporte le média local. Traduction : pendant quelques secondes, le ciel s'est obscurci, et des millions de personnes en Espagne ont profité d'un spectacle unique. Ce n'est pas rien de pouvoir l'écrire au passé : jusqu'au soir du 12, tout ce qui circulait sur cette éclipse relevait de la prévision. Cette source-là, elle, date du soir même. Le même direct évoque un déploiement de sécurité conséquent, plus de 30 000 policiers mobilisés à Burgos ce jour-là, un chiffre relevé dans la synthèse du live-blog plutôt que dans une citation isolée, à prendre donc avec cette réserve. ## Lodoso : moins de deux minutes, applaudies À une poignée de kilomètres de Burgos, le village de Lodoso a servi de point d'observation à des centaines de personnes. La couverture en direct suivie ce 12 août rapporte que « el eclipse total duró menos de dos minutos en Lodoso, cerca de Burgos » : la totalité y a duré moins de deux minutes, et la foule a applaudi. C'est cohérent avec la durée maximale théorique annoncée avant l'événement pour la région, sans jamais atteindre les deux minutes pleines nulle part en Espagne. Pour le détail des horaires par ville, notre [grille des quatre contacts, minute par minute](/eclipse-12-aout-2026-deroule-minute-par-minute-contacts-villes) reste la référence, elle n'a pas changé : ce sont des calculs astronomiques, pas des observations. ## Un témoignage, et une explication qu'il faut nuancer Parmi les personnes présentes, une voix a été recueillie et relayée le jour même : Yenny Guevara, une Péruvienne de 50 ans venue depuis la France pour l'occasion. Elle confie, verbatim : « Es la primera vez y también la última, la única vez que voy a ver un eclipse », soit : c'est la première fois, et ce sera aussi la dernière, la seule fois où je verrai une éclipse. Une phrase qui dit, mieux qu'un chiffre de fréquentation, pourquoi des gens traversent un pays pour deux minutes de pénombre. L'astrophysicien britannique Graham Jones, interrogé par l'AFP, a par ailleurs rappelé que les animaux réagissent souvent à la chute brutale de lumière pendant la totalité, oiseaux qui voletent, chiens qui aboient. C'est une explication générale du phénomène, pas une observation datée et localisée de cette éclipse précise : je la garde donc au conditionnel, comme un élément de contexte plutôt qu'un fait constaté ce jour-là à Burgos ou à Lodoso. ## Chaleur, et un incendie en arrière-plan La galerie photo publiée le 12 août par un média mexicain relève des températures supérieures à 35 degrés dans plusieurs zones où la totalité a été observée : la couronne solaire s'est jouée sous une chaleur bien réelle, pas seulement dans un ciel assombri. Le même reportage situe l'événement dans un contexte plus lourd, celui d'un incendie qui aurait dévasté environ 500 km² et forcé l'évacuation de dizaines de milliers de personnes à Ávila avant l'éclipse ; l'information vient d'une seule couverture et mérite d'être lue comme telle, pas comme un fait recoupé par plusieurs sources. ## Ce que les bilans ne disent pas encore C'est là, honnêtement, que je bute un peu : les guides publiés avant le 12 août annonçaient un dispositif d'ampleur, environ un demi-million de visiteurs supplémentaires attendus et 350 points d'observation officiels aménagés par le ministère de l'Intérieur, dont 123 à accès restreint. Ce sont des chiffres de préparation : la prévision de fréquentation vient du ministère espagnol de l'Économie, publiée dès le 10 août, et le dispositif des points d'observation a été annoncé en amont par le ministère de l'Intérieur. Les deux datent d'avant que qui que ce soit ne sache si le ciel serait dégagé. Aucune source consultée à ce jour ne confirme une fréquentation réellement mesurée le jour J, ni pour ces points précis ni pour la région dans son ensemble. Le mélanger avec ce qui a été vu à Burgos ou à Lodoso reviendrait à faire dire à une prévision ce qu'elle n'a jamais mesuré. Trois autres zones restent muettes pour l'instant. La météo réellement observée site par site, notamment aux Asturies, à Saragosse ou aux Baléares, n'a pas de compte rendu post-événement disponible, seulement des prévisions AEMET publiées avant le 12 août ; si vous cherchiez ces probabilités, elles sont toujours dans notre [guide où se placer en Espagne](/eclipse-12-aout-2026-ou-se-placer-espagne-hauteur-soleil-horizon), mais elles datent d'avant, pas d'après. La durée de totalité chronométrée ailleurs qu'à Lodoso n'a pas non plus été rapportée. Et aucun incident logistique, aucune évacuation, aucun bouchon lié à l'afflux n'a été signalé par les sources consultées, ce qui ne permet pas d'écrire que tout s'est bien passé partout, seulement que rien de tel n'a été rapporté à ce stade. Paradoxalement, c'est peut-être ce silence qui en dit le plus long sur l'état réel de la couverture à J+2 : un événement de cette ampleur, avec un dispositif policier annoncé à plus de 30 000 personnes, devrait produire un bilan chiffré assez vite. Il n'existe pas encore dans les sources publiées à ce stade, deux jours après. Si vous n'avez pas encore vérifié votre équipement pour la prochaine occasion, notre [test des lunettes ISO 12312-2](/eclipse-12-aout-2026-lunettes-iso-12312-2-filtres-securite) reste valable pour 2027. Le guide complet de l'événement, lui, [garde toute sa matière pratique](/eclipse-solaire-totale-12-aout-2026-europe-guide-observation) pour qui voudra la comparer aux prochaines éclipses de la bande ibérique. ## Sources - BurgosConecta, direct mis à jour le 12 août 2026 : [Un solar eclipse marca jornada histórica en Burgos](https://www.burgosconecta.es/provincia/eclipse-solar-marca-jornada-historica-burgos-20260812162050-di.html) - unotv.com, couverture en direct du 12 août 2026 : [En vivo, sigue el eclipse solar de hoy miércoles 12 de agosto](https://www.unotv.com/ciencia-y-tecnologia/en-vivo-sigue-el-eclipse-solar-de-hoy-miercoles-12-de-agosto/) - N+ (nmas.com.mx), galerie photo du 12 août 2026 : [Imágenes, eclipse solar total hoy 12 de agosto 2026, España y mundo](https://www.nmas.com.mx/ciencia-tecnologia/astronomia/imagenes-eclipse-solar-total-hoy-12-de-agosto-2026-espana-mundo/) - Wikipédia : [Éclipse solaire du 12 août 2026](https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89clipse_solaire_du_12_ao%C3%BBt_2026) --- ## OBAFGKM : pourquoi l'ordre des classes d'étoiles surprend - URL: https://www.portail-astronomie.fr/classification-spectrale-etoiles-obafgkm-temperature/ - Author: Julien P. - Published: 2026-08-13T06:00:00 - Categories: observation ## En 1901, Annie Jump Cannon jette l'alphabet à la poubelle En 1901, à l'observatoire du Harvard College, Annie Jump Cannon prend une décision qui va tenir cent vingt-cinq ans : elle abandonne un système de classement alphabétique vieux d'une génération et ne garde que sept lettres, dans un ordre qui ne doit plus rien à l'alphabet. O, B, A, F, G, K, M. Le moyen mnémotechnique qu'on apprend encore aujourd'hui, « Oh Be A Fine Girl/Guy, Kiss Me », masque un détail que la plupart des résumés grand public escamotent : pourquoi cet ordre-là, précisément, et pas A, B, C ? **Réponse directe.** OBAFGKM classe les étoiles par température de surface décroissante, du bleu (classe O, plus de 33 000 K) au rouge (classe M, sous 3 900 K), d'après l'intensité de raies spectrales précises. L'ordre des lettres semble incohérent parce qu'il vient d'un système alphabétique antérieur, fondé sur la seule intensité des raies d'hydrogène, que les astronomes ont ensuite réordonné selon la température réelle des étoiles. ## Pourquoi l'ordre des lettres ne suit aucune logique alphabétique Le système originel, conçu par Williamina Fleming sous la direction d'Edward Pickering à l'observatoire de Harvard, classait les étoiles par ordre alphabétique selon l'intensité de leurs raies d'absorption d'hydrogène : la classe A affichait les raies les plus fortes, la classe O n'en montrait quasiment aucune. C'était un classement pratique, pas physique. En 1897, Antonia Maury est la première à bousculer cet ordre : elle place les étoiles B avant les A, une correction qui annonce la suite. Puis, en 1901, Annie Jump Cannon abandonne l'alphabet purement et simplement. Elle ne conserve que sept classes, O, B, A, F, G, K, M, dans cet ordre précis : celui de la température décroissante des étoiles, du plus chaud au plus froid. Les lettres qui restent n'ont plus rien d'alphabétique ; elles sont l'empreinte fossile d'un système qui classait par intensité de raies d'hydrogène, réordonné pour classer par physique réelle. C'est ce décalage entre l'origine alphabétique et l'usage final, thermique, qui rend la séquence incompréhensible sans son histoire. L'Union astronomique internationale a formellement adopté le système de Cannon le 9 mai 1922, ce qui en a fait la norme mondiale. ## Le tableau complet, classe par classe Voici, selon Wikipedia (Stellar classification), les plages de température effective par classe, toutes classes de luminosité confondues. Ces bornes varient légèrement d'un ouvrage à l'autre ; elles restent l'estimation la plus citée. | Classe | Température effective | Couleur | Raies caractéristiques | | ------ | --------------------- | ------------------ | ---------------------------------------------------------------------------------------------------- | | O | 33 000 K et plus | Bleu | Hélium ionisé (He II), silicium, oxygène et azote ionisés, quasiment aucune raie d'hydrogène | | B | 10 000-33 000 K | Blanc bleuté | Hélium neutre, maximales vers B2, hydrogène modéré | | A | 7 300-10 000 K | Blanc | Hydrogène très fort, maximal en A0, métaux ionisés (Fe II, Mg II, Si II) | | F | 6 000-7 300 K | Blanc jaunâtre | Calcium ionisé (raies H et K) qui se renforce, hydrogène et métaux ionisés plus faibles | | G | 5 300-6 000 K | Jaune | Calcium ionisé dominant, métaux neutres, bande moléculaire du CN | | K | 3 900-5 300 K | Orange clair | Hydrogène très faible, métaux neutres dominants (Mn I, Fe I, Si I), oxyde de titane en fin de classe | | M | 2 300-3 900 K | Rouge orangé clair | Bandes moléculaires d'oxyde de titane, métaux neutres, hydrogène généralement absent | Ce tableau confond toutes les étoiles d'une classe, qu'elles soient naines ou géantes. Pour la seule séquence principale, celle du Soleil et de Véga, la table de référence d'Eric Mamajek, de l'université de Rochester, construite à partir des travaux de Pecaut et Mamajek (2013), donne des chiffres différents : une naine G2V comme le [Soleil](/magnitude-apparente-absolue-luminosite-etoiles-echelle-pogson) affiche environ 5 770 K, une naine A0V comme [Véga](/triangle-ete-vega-deneb-altair-observation) environ 9 700 K, une naine O5V environ 41 400 K, une naine M5V environ 3 060 K. Les deux jeux de valeurs ne se lisent pas de la même façon, parce qu'ils ne portent pas sur la même population : le premier confond toutes les classes de luminosité, le second isole les seules naines. J'ai mis les deux tableaux côte à côte en préparant cet article, et c'est exactement le genre de détail qui fait citer une température de naine comme si elle valait pour toute une classe. ## Le système complet ne s'arrête pas à la lettre La lettre seule ne dit qu'une partie de l'histoire. Le système de Yerkes, ou système MK, y ajoute un chiffre romain de classe de luminosité : I pour les supergéantes (avec des sous-classes Ia+, Ia, Iab, Ib selon leur éclat), II pour les géantes brillantes, III pour les géantes normales, IV pour les sous-géantes, V pour les naines de séquence principale, celle du Soleil. C'est ce qui explique qu'une même lettre puisse désigner des étoiles très différentes : Bételgeuse, classée M1-2 Ia-Iab, est une supergéante rouge, pas une naine froide ordinaire. Chaque lettre se subdivise aussi en dix degrés numérotés de 0, le plus chaud, à 9, le plus froid : B0 est plus chaude que B5, qui est elle-même plus chaude que B9. Cannon utilise déjà cette notation numérique dès 1912. Je n'ai pas trouvé de règle précise reliant ce chiffre à un pourcentage exact de température, et je préfère l'admettre plutôt qu'inventer une formule qui sonnerait juste sans l'être : la subdivision existe, sa traduction chiffrée en degrés Kelvin ne suit pas de règle simple documentée. ## Combien d'étoiles de chaque classe existe-t-il vraiment ? Le SERP francophone dominant se contente d'une phrase par classe. Voici, toujours selon Wikipedia, les proportions estimées de chaque classe parmi les étoiles de séquence principale du voisinage solaire, avec une étoile repère dont la classification a été vérifiée individuellement. | Classe | Proportion estimée | Étoile repère | Classification | | ------ | ----------------------------------- | ------------------ | -------------- | | O | Environ 1 sur 3 000 000 (0,00003 %) | Zeta Puppis (Naos) | O4If(n)p | | B | Environ 1 sur 800 (0,125 %) | Rigel | B8 Ia | | A | Environ 1 sur 160 (0,625 %) | Véga | A0V | | F | Environ 1 sur 33 (3,03 %) | Procyon | F5IV-V | | G | Environ 7,5 % | Le Soleil | G2V | | K | Environ 12 % | Aldébaran | K5+ III | | M | Environ 76 % | Bételgeuse | M1-2 Ia-Iab | La classe qui donne son nom au moyen mnémotechnique le plus connu, O, est aussi la plus rare de toutes : à peine une étoile de séquence principale sur trois millions dans notre voisinage. La classe M, la plus discrète dans le ciel nocturne à l'œil nu parce que ses naines rouges sont trop faibles, domine en réalité la population stellaire avec environ trois étoiles sur quatre. Zeta Puppis fait partie des rares étoiles de classe O visibles à l'œil nu, ce qui en fait une cible d'observation à part pour qui veut voir une extrémité de la séquence spectrale sans instrument. Pour espérer la repérer, ou pour distinguer à l'œil les couleurs contrastées d'une naine rouge et d'une géante bleue, un ciel sombre change tout : notre guide sur [l'échelle de Bortle et les sites de ciel noir en France](/pollution-lumineuse-bortle-sites-ciel-noir-france) référence les endroits qui s'y prêtent encore, et nos repères de [coordonnées célestes, ascension droite et déclinaison](/coordonnees-celestes-ascension-droite-declinaison-guide) aident à pointer la bonne zone du ciel. ## Le catalogue Henry Draper, ou comment une veuve a financé un siècle d'astrophysique Le nom du catalogue vient de Henry Draper, qui photographie le spectre de Véga dès 1872, une prouesse pour l'époque. Mais c'est sa veuve, Mary Anna Palmer Draper, qui finance en 1886 le programme systématique qui porte son nom, le Henry Draper Memorial. Le résultat, le Henry Draper Catalogue, paraît en neuf volumes des Annals of Harvard College Observatory entre 1918 et 1924. Cannon a personnellement classé environ 350 000 étoiles au cours de sa carrière, un volume de travail manuel que personne n'a égalé depuis. Ce que je retiens de cette histoire, c'est qu'elle tient sur trois noms de femmes qu'on cite rarement dans le même souffle : Fleming pour le classement alphabétique initial, Maury pour la première correction en 1897, Cannon pour la refonte définitive de 1901 qui a fini par devenir la norme internationale en 1922. Le mnémotechnique qu'on récite en cours d'astronomie n'a jamais transmis cette généalogie. Pour voir cette diversité de couleurs stellaires à l'œil, sans même parler de spectroscopie, notre guide sur les [étoiles doubles d'été](/etoiles-doubles-albireo-mizar-observer-ete) reste un bon point de départ. ## Questions fréquentes ### Pourquoi l'ordre OBAFGKM ne suit-il pas l'alphabet ? Il en a suivi un, à l'origine : le système de Fleming et Pickering classait par intensité des raies d'hydrogène, de A à P. Maury puis Cannon l'ont réordonné selon la température réelle des étoiles, en ne gardant que sept lettres. L'ordre actuel est donc l'héritage d'un classement abandonné, pas un choix arbitraire. ### Quelle étoile de classe O peut-on observer à l'œil nu ? Zeta Puppis, aussi appelée Naos, classée O4If(n)p, fait partie des rares étoiles de classe O visibles sans instrument. Cette classe reste la plus rare de toutes, avec environ une étoile de séquence principale sur trois millions dans le voisinage solaire. ### De quelle classe spectrale est le Soleil ? Le Soleil est classé G2V : classe G, deuxième subdivision, naine de séquence principale. Sa température effective se situe entre 5 300 et 6 000 K selon le tableau général, et à environ 5 770 K selon la table Pecaut et Mamajek dédiée aux naines. ### Combien d'étoiles appartiennent à chaque classe ? Les proportions sont très inégales : la classe M domine avec environ 76 % des étoiles de séquence principale, suivie de la classe K (environ 12 %) et de la classe G (environ 7,5 %). Les classes O, B et A, les plus chaudes, réunissent ensemble moins de 1 % des étoiles. ### Qui a construit ce système de classification ? Williamina Fleming a conçu, sous la direction d'Edward Pickering, le système alphabétique initial. Antonia Maury l'a corrigé une première fois en 1897. Annie Jump Cannon l'a refondu en 1901 sous sa forme actuelle, adoptée par l'Union astronomique internationale le 9 mai 1922. ### Que signifie le chiffre après la lettre, comme dans G2 ? Chaque classe se subdivise en dix degrés numérotés de 0, le plus chaud, à 9, le plus froid. Cannon utilise cette notation dès 1912. Aucune règle simple et documentée ne relie ce chiffre à un pourcentage exact d'écart de température entre deux sous-classes voisines. ## Sources - [Wikipedia, Stellar classification](https://en.wikipedia.org/wiki/Stellar_classification) - [Wikipedia, Henry Draper Catalogue](https://en.wikipedia.org/wiki/Henry_Draper_Catalogue) - [Wikipedia, Annie Jump Cannon](https://en.wikipedia.org/wiki/Annie_Jump_Cannon) - [Swinburne University, COSMOS Encyclopedia, Harvard spectral classification](https://astronomy.swin.edu.au/cosmos/h/harvard+spectral+classification) - [Eric Mamajek, table de référence Pecaut & Mamajek (2013)](https://www.pas.rochester.edu/~emamajek/EEM_dwarf_UBVIJHK_colors_Teff.txt) - [Wikipedia, Sun](https://en.wikipedia.org/wiki/Sun) - [Wikipedia, Vega](https://en.wikipedia.org/wiki/Vega) - [Wikipedia, Procyon](https://en.wikipedia.org/wiki/Procyon) - [Wikipedia, Aldebaran](https://en.wikipedia.org/wiki/Aldebaran) - [Wikipedia, Betelgeuse](https://en.wikipedia.org/wiki/Betelgeuse) - [Wikipedia, Rigel](https://en.wikipedia.org/wiki/Rigel) - [Wikipedia, Zeta Puppis](https://en.wikipedia.org/wiki/Zeta_Puppis) --- ## Les trois lois de Kepler vérifiées sur les 8 planètes - URL: https://www.portail-astronomie.fr/lois-kepler-mouvement-planetaire-orbites-elliptiques/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-08-12T06:00:00 - Categories: systeme-solaire Trois lois écrites il y a plus de quatre siècles décident encore de l'altitude exacte à laquelle un satellite de télévision reste immobile au-dessus de l'équateur. Les lois de Kepler ne sont pas un chapitre d'histoire des sciences : elles servent tous les jours, et elles se vérifient avec des chiffres publics que n'importe qui peut recalculer. Les trois lois de Kepler décrivent le mouvement d'un corps en orbite : l'orbite est une ellipse dont le Soleil occupe un foyer, la ligne Soleil-planète balaie des aires égales en des temps égaux, et le carré de la période égale le cube du demi-grand axe, en unités astronomiques et en années. Publication : 1609 et 1619. ## 1601 : un héritage de carnets et une planète qui ne rentre pas dans le moule Kepler s'est appuyé sur les observations de Tycho Brahe, dont il avait hérité à la mort de celui-ci en 1601. Le travail a porté spécifiquement sur l'orbite de Mars, et le titre complet d'Astronomia Nova le dit lui-même : un traité en commentaires sur les mouvements de la planète Mars, à partir des observations de Tycho Brahe. Ce détail explique tout le reste. Mars a une excentricité de 0,09339410 d'après les éléments képlériens du JPL, la plus forte des planètes intérieures après Mercure. Assez pour qu'un modèle circulaire craque de façon visible dans les données de Brahe, et pas assez pour qu'on l'ait remarqué avant lui. ## 1609 : la loi des aires trouvée avant la loi de l'ellipse Presque toutes les fiches de vulgarisation racontent cet épisode à l'envers. Kepler a découvert la deuxième loi avant la première, même si les deux paraissent ensemble dans Astronomia Nova en 1609. L'ordre logique dans lequel on les enseigne, ellipse puis aires, n'est pas l'ordre dans lequel elles ont été trouvées. Kepler tenait déjà la règle de balayage avant de renoncer au cercle. Une nuance à garder en tête sur la datation : plusieurs sources académiques, dont l'article Wikipedia consacré aux lois de Kepler, situent la formulation moderne et définitive de la loi des aires dans l'Epitome Astronomiae Copernicanae de 1621, alors que le principe est déjà présent et démontré dans Astronomia Nova en 1609. Dater la découverte et la première publication de 1609 est exact ; affirmer que la formulation employée aujourd'hui date mot pour mot de 1609 ne l'est pas. Selon la NASA, l'énoncé de la première loi tient en deux phrases : l'orbite de chaque planète autour du Soleil est une ellipse, et le centre du Soleil se trouve toujours à l'un des foyers de cette ellipse. La deuxième dit que la ligne imaginaire joignant une planète au Soleil balaie des aires égales de l'espace pendant des intervalles de temps égaux, à mesure que la planète parcourt son orbite. ## 1619 : la troisième loi, dix ans plus tard La troisième loi arrive une décennie après les deux premières, publiée en 1619 dans Harmonices Mundi. Elle s'écrit `p² = a³` : le carré de la période orbitale d'une planète est directement proportionnel au cube du demi-grand axe de son orbite, toujours selon la NASA. Dix ans d'écart entre les deux premières lois et la troisième. C'est un intervalle qu'on oublie systématiquement quand on récite « les trois lois de Kepler » d'un seul souffle, comme si elles étaient sorties du même carnet le même hiver. ## Les huit planètes vérifient-elles vraiment la troisième loi ? C'est ici que la loi cesse d'être un énoncé pour devenir une mesure. Le tableau ci-dessous reprend le demi-grand axe et l'excentricité des huit planètes tels que publiés par le JPL Solar System Dynamics de la NASA, ainsi que leur période de révolution sidérale. La dernière colonne, elle, ne vient d'aucune publication : c'est le rapport `a³/T²` que j'ai calculé à partir des deux colonnes précédentes. La troisième loi impose qu'il vaille 1 pour toute planète en orbite autour du Soleil, dès lors qu'on compte les distances en unités astronomiques et les périodes en années. | Planète | Demi-grand axe (UA) | Excentricité | Période sidérale (an) | Rapport `a³/T²` | | ------- | ------------------- | ------------ | --------------------- | --------------- | | Mercure | 0,38709927 | 0,20563593 | 0,2408467 | 0,99997 | | Vénus | 0,72333566 | 0,00677672 | 0,61519726 | 0,99998 | | Terre | 1,00000261 | 0,01671123 | 1,0000174 | 0,99997 | | Mars | 1,52371034 | 0,09339410 | 1,8808476 | 1,00000 | | Jupiter | 5,20288700 | 0,04838624 | 11,862615 | 1,00086 | | Saturne | 9,53667594 | 0,05386179 | 29,447498 | 1,00022 | | Uranus | 19,18916464 | 0,04725744 | 84,016846 | 1,00100 | | Neptune | 30,06992276 | 0,00859048 | 164,79132 | 1,00122 | Huit rapports, tous compris entre 0,99997 et 1,00122. Une loi de 1619 dont le rapport ne s'écarte jamais de 1 de plus de 0,00122, sur des orbites dont la plus longue dure 164,79132 ans, avec des données mesurées par des sondes et des radars que Kepler n'aurait pas su nommer. L'écart résiduel n'est pas réparti au hasard. Les quatre planètes intérieures, Mercure, Vénus, la Terre et Mars, restent collées à 1 ; les quatre géantes, Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune, s'en écartent davantage. La forme initiale de la troisième loi néglige la masse de la planète devant celle du Soleil. Newton a réglé ce point, on y vient plus bas. Une réserve quand même sur la lecture de cette colonne : l'écart ne se range pas par masse décroissante. Saturne, deuxième planète la plus massive, s'écarte moins qu'Uranus et Neptune, qui sont bien plus légères. Le demi-grand axe et la période ne viennent pas du même tableau du JPL, et je n'ai pas de quoi dire ce qui reste, dans ces dernières décimales, de physique et ce qui tient à l'ajustement des éléments. Le tableau dit aussi autre chose sur la première loi. L'excentricité de la Terre vaut 0,01671123, celle de Vénus 0,00677672 : à cette échelle, les orbites sont des ellipses tellement proches du cercle qu'un dessin honnête est indiscernable d'un rond. Toutes les illustrations d'école qui montrent une planète sur une ellipse très aplatie mentent sur la forme réelle, tout en ayant raison sur le principe. Mercure, avec 0,20563593, est la seule à s'écarter franchement. ### D'où viennent ces chiffres, et pourquoi pas de la source habituelle Un mot sur la méthode, parce qu'elle change la provenance des données. La référence que tout le monde cite pour ce genre de tableau, la Planetary Fact Sheet du NSSDC, était hors ligne au moment de la collecte : le site renvoie une page de maintenance annonçant que l'archive de la NASA est temporairement indisponible. Les valeurs ci-dessus viennent donc du JPL Solar System Dynamics, également NASA, et à jour. Ce n'est pas une source de repli au rabais, mais ce n'est pas la même page, et les chiffres ne sont pas rigoureusement identiques. Des valeurs très proches, publiées antérieurement par la même institution à une époque de référence légèrement différente, divergent dans les dernières décimales : Mercure à 0,38709893 au lieu de 0,38709927, Jupiter à 5,20336301 au lieu de 5,20288700. Ce recoupement provient de fiches archivées retrouvées via des extraits de recherche, le site principal étant inaccessible : à prendre comme un ordre de grandeur d'écart, pas comme une mesure concurrente. ## Ce que Newton en a fait : peser un trou noir La version newtonienne de la troisième loi s'écrit `a³/T² = G(M+m)/4π²`. Elle vaut pour tout couple d'objets en orbite l'un autour de l'autre, et elle inverse le problème : au lieu de prédire une période à partir d'une distance, elle donne une masse à partir d'une distance et d'une période. La NASA résume la portée sans détour : cette forme permet de calculer la masse de deux objets quelconques dans l'espace si l'on connaît leur distance et le temps qu'ils mettent à s'orbiter mutuellement. Les applications que cite l'agence sont la masse des lunes planétaires, celle des étoiles binaires, celle des trous noirs via le mouvement des étoiles proches, celle des exoplanètes, et la présence de matière noire dans les galaxies. Le cas le plus spectaculaire est celui du trou noir central de notre Galaxie. Selon l'ESO, l'étoile S2 boucle une orbite complète autour de lui en 16 ans, sur une trajectoire très excentrique qui l'amène jusqu'à environ vingt milliards de kilomètres, soit 120 fois la distance Terre-Soleil, à son passage au plus près. De cette orbite se déduit une masse d'environ quatre millions de fois celle du Soleil. Ce chiffre a bougé. En 2002, l'ESO annonçait 2,6 millions de masses solaires, sur une période orbitale alors mesurée à 15,2 ans à partir d'un arc d'orbite incomplet. Il a fallu attendre 2018 et une orbite entière parcourue pour arriver aux quatre millions retenus aujourd'hui. Même loi, même méthode, même équipe : c'est la couverture de l'orbite qui a changé. Un [trou noir supermassif](/trou-noir-definition-horizon-evenements-types) se pèse comme une planète, à condition d'avoir la patience d'attendre le tour complet, et les [observations du centre galactique](/sagittarius-a-webb-flares-permanents-48h-nircam) continuent d'affiner ce qu'on y voit. ## À quelle altitude un satellite reste-t-il fixe au-dessus de l'équateur ? L'orbite géostationnaire est la démonstration la plus quotidienne de la troisième loi. On impose la période, 24 heures, et la loi rend le rayon. Le calcul détaillé donne un rayon orbital de 42 164 kilomètres depuis le centre de la Terre ; en retirant le rayon équatorial terrestre de 6 378 kilomètres, il reste 35 786 kilomètres d'altitude. L'ESA publie la même valeur, en précisant que ces satellites se déplacent à environ 3 kilomètres par seconde pour suivre la rotation terrestre. Sauf que le CNES, sur sa page grand public consacrée aux orbites, affiche 35 880 kilomètres. Deux agences spatiales, deux valeurs publiées, sur une donnée que tout le monde présente comme fixe. Je ne tranche pas, et je n'ai rien pour le faire : aucune des deux pages n'explicite sa méthode ni son arrondi. La valeur de 35 786 kilomètres est celle qui découle du calcul képlérien détaillé et celle que publie l'ESA, c'est donc celle que je retiens comme référence de travail. Mais un lecteur qui tomberait sur le chiffre du CNES et croirait à une coquille de notre part a le droit de savoir que les deux circulent, publiés l'un et l'autre par des sources institutionnelles. Ce genre d'écart en dit long sur la façon dont les chiffres voyagent. Une valeur arrondie une fois dans une brochure devient une référence citée mille fois, et plus personne ne remonte au calcul. La mécanique céleste, elle, ne connaît que le calcul : c'est bien pour ça que les [points de Lagrange](/points-lagrange-explication-orbite-l2-james-webb) se placent au kilomètre près sans qu'on ait à voter dessus. ## Questions fréquentes ### Quelles sont les trois lois de Kepler en une phrase chacune ? Première loi : l'orbite de chaque planète autour du Soleil est une ellipse dont le centre du Soleil occupe l'un des foyers. Deuxième loi : la ligne joignant la planète au Soleil balaie des aires égales en des temps égaux. Troisième loi : le carré de la période orbitale est proportionnel au cube du demi-grand axe, ce qui s'écrit `p² = a³`. ### Kepler a-t-il trouvé ses lois dans l'ordre où on les numérote ? Non. Il a découvert la deuxième loi, celle des aires, avant la première, celle de l'ellipse, même si les deux sont publiées ensemble en 1609 dans Astronomia Nova. La troisième arrive dix ans plus tard, en 1619, dans Harmonices Mundi. ### Sur quelles observations les deux premières lois reposent-elles ? Sur les observations de Tycho Brahe, dont Kepler a hérité à la mort de celui-ci en 1601. Le travail a porté spécifiquement sur l'orbite de Mars, dont l'excentricité de 0,09339410 rendait l'écart au cercle mesurable dans les données de l'époque. ### La troisième loi est-elle exacte pour toutes les planètes ? À une excellente approximation. Le rapport `a³/T²` calculé depuis les données du JPL vaut entre 0,99997 pour Mercure et 1,00122 pour Neptune, alors que la loi prédit exactement 1. L'écart se concentre sur les quatre géantes, sans se ranger exactement par masse. La forme newtonienne `a³/T² = G(M+m)/4π²`, qui tient compte de la masse des deux corps, corrige la part de cet écart qui vient de la masse de la planète. ### À quoi la troisième loi sert-elle aujourd'hui ? À calculer des masses. La NASA cite les lunes planétaires, les étoiles binaires, les trous noirs via le mouvement des étoiles proches, les exoplanètes et la matière noire dans les galaxies. Elle sert aussi à fixer le rayon d'une orbite de période donnée, comme l'orbite géostationnaire. ### Pourquoi les orbites des planètes semblent-elles circulaires sur les schémas ? Parce qu'elles le sont presque. Les excentricités relevées par le JPL vont de 0,00677672 pour Vénus à 0,20563593 pour Mercure ; la Terre est à 0,01671123. À cette valeur, l'ellipse est visuellement indiscernable d'un cercle, et c'est la position décentrée du Soleil qui trahit sa vraie nature. Rien de tout cela ne rend l'observation plus facile depuis un jardin, mais ces trois lois expliquent la plupart des rendez-vous du calendrier : pourquoi la [distance Terre-Lune varie entre périgée et apogée](/distance-terre-lune-perigee-apogee-explication), pourquoi la Terre passe à son [aphélie début juillet](/aphelie-terre-6-juillet-2026-plus-loin-soleil-observation), et pourquoi le [cycle des phases lunaires](/phases-lune-cycle-lunaire-guide-explication) revient avec cette régularité. Pour situer les objets dont il est question ici dans le ciel réel, notre guide des [coordonnées célestes](/coordonnees-celestes-ascension-droite-declinaison-guide) prend le relais. ## Sources - [NASA Science, Orbits and Kepler's Laws](https://science.nasa.gov/solar-system/orbits-and-keplers-laws/) - [NASA JPL Solar System Dynamics, éléments képlériens approchés des planètes](https://ssd.jpl.nasa.gov/planets/approx_pos.html) - [NASA JPL Solar System Dynamics, paramètres physiques des planètes](https://ssd.jpl.nasa.gov/planets/phys_par.html) - [Wikipedia, Astronomia nova](https://en.wikipedia.org/wiki/Astronomia_nova) - [Wikipedia, Kepler's laws of planetary motion](https://en.wikipedia.org/wiki/Kepler%27s_laws_of_planetary_motion) - [ESA, Types of orbits](https://www.esa.int/Enabling_Support/Space_Transportation/Types_of_orbits) - [Wikipedia, Geostationary orbit](https://en.wikipedia.org/wiki/Geostationary_orbit) - [CNES, dossier orbites](https://cnes.fr/dossiers/orbite) - [ESO, communiqué eso1825 sur l'étoile S2 et Sagittarius A\*](https://www.eso.org/public/news/eso1825/) - [ESO, communiqué eso0226 sur la première estimation de masse du trou noir central](https://www.eso.org/public/news/eso0226/) - [NASA, page de maintenance du NSSDC](https://www.nasa.gov/nssdc/) --- ## Points de Lagrange : pourquoi le Webb ne s'y pose jamais - URL: https://www.portail-astronomie.fr/points-lagrange-explication-orbite-l2-james-webb/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-08-11T06:00:00 - Categories: exploration-spatiale Le James Webb n'est pas garé en L2. Point. C'est la phrase que la quasi-totalité des articles grand public évitent, alors que c'est la clé pour comprendre comment un télescope de plusieurs milliards de dollars tient en poste depuis 2022 sans jamais se poser nulle part. En clair : un point de Lagrange est un endroit de l'espace où l'attraction du Soleil et de la Terre s'équilibre avec le mouvement d'un objet léger. L1, L2 et L3 sont instables, comme une balle en haut d'une colline. Le Webb ne s'y arrête pas : il tourne autour de L2 en orbite de halo, avec des corrections de trajectoire régulières. ## Cinq points, deux familles bien distinctes Dans un système à deux corps massifs (ici le Soleil et la Terre), il existe cinq positions où la gravité combinée des deux astres et la force centrifuge se neutralisent pour un troisième objet plus léger. Selon la NASA, ces cinq points existent dans tout système de ce type. Rien de mystique, de la mécanique pure. Trois d'entre eux, L1, L2 et L3, sont alignés sur la droite Soleil-Terre. La NASA les décrit avec l'image d'une balle posée en haut d'une colline : à l'équilibre exact, mais prête à dévaler au moindre écart. Ce sont des points instables. Les deux autres, L4 et L5, forment les sommets de deux triangles équilatéraux avec le Soleil et la Terre. Là, l'image change : une balle au fond d'un bol, qui y revient d'elle-même après une petite perturbation. Encore faut-il que le rapport de masse entre les deux corps principaux dépasse un seuil précis, environ 24,96 selon le calcul repris par la NASA et vérifié indépendamment par le mathématicien John D. Cook. Pour le Soleil et Jupiter, ce rapport dépasse largement 1000 : ses points L4 et L5 sont donc solidement stables, ce qui explique pourquoi ils hébergent des milliers d'astéroïdes troyens. ## Pourquoi L2, précisément, pour le Webb L2 se situe à environ 1,5 million de kilomètres de la Terre, du côté opposé au Soleil, soit environ quatre fois la distance qui nous sépare de la Lune (le sujet mérite d'ailleurs [son propre article sur les distances Terre-Lune](/distance-terre-lune-perigee-apogee-explication), les ordres de grandeur s'y emmêlent vite). À cette distance, un alignement Soleil-Terre-Lune-Webb permet au bouclier thermique du télescope de bloquer les trois sources de rayonnement à la fois, tout en gardant les miroirs et les instruments hors de leurs ombres. C'est le vrai critère de sélection : pas la distance en soi, mais la géométrie qu'elle permet. Un télescope infrarouge comme le Webb doit rester glacial pour fonctionner. L2 offre l'alignement qui rend ça possible en continu. ## Le Webb ne se pose pas en L2, il tourne autour Voilà le point que presque personne ne détaille correctement. Le Webb n'est pas positionné au point L2 lui-même : il orbite autour, en orbite de halo, avec un circuit complet toutes les 168 jours. Sa distance au point L2 varie entre environ 250 000 et 830 000 kilomètres selon la NASA, et le grand axe de cette orbite fait à peu près la même longueur que la distance Terre-L2, soit environ 1,5 million de kilomètres. Résultat concret : comme L2 est instable, le Webb dérive naturellement s'il n'est pas corrigé, un peu comme la balle sur la colline de tout à l'heure. Il effectue donc des manœuvres de maintien à poste par petites poussées de propulseurs, et des manœuvres de gestion du moment cinétique. Je botte en touche sur leur fréquence exacte et leur coût en ergols : le seul document technique NASA que j'ai trouvé sur le sujet est un PDF illisible en l'état, et je préfère ne rien avancer plutôt qu'inventer un chiffre qui sonnerait officiel sans l'être. Le marketing spatial adore le mot « stationné », ça fait tranquille et définitif. La réalité, elle, tourne, dérive un peu, se corrige, recommence. ## Qui d'autre occupe L1 et L2 Le Webb n'a rien inventé : L1 accueille des missions d'observation solaire depuis les années 1990, et L2 des missions de cosmologie depuis 2001. Voici l'essentiel, mission par mission. | Point | Mission | Agence | Lancement | Statut (2026) | | ----- | ----------------- | ---------------- | ------------------------------- | ---------------------------------------------------------------------------------------- | | L1 | SOHO | ESA / NASA | 1995 | Toujours active | | L1 | ACE | NASA | 1997 | Toujours active | | L1 | WIND | NASA | 1994 | Toujours active | | L1 | DSCOVR | NOAA / NASA | 2015 | Toujours active | | L2 | WMAP | NASA | 2001 | Mission achevée en 2010 | | L2 | Herschel | ESA | 2009 | Mission achevée en 2013 | | L2 | Planck | ESA | 2009 | Mission achevée en 2013 | | L2 | Gaia | ESA | 2013 | Mission achevée en 2025 | | L2 | James Webb | NASA / ESA / CSA | 2021 | Toujours active | | L2 | Euclid | ESA | 2023 | Toujours active | | L2 | Spektr-RG | Roscosmos / DLR | 2019 | Volet allemand en mode sécurisé depuis 2022, volet russe actif selon un programme propre | | L2 | Nancy Grace Roman | NASA | Lancement prévu le 30 août 2026 | À venir | Le point Spektr-RG mérite une nuance : l'instrument allemand eROSITA a été mis en veille en 2022, dans le contexte de la guerre en Ukraine, pendant que l'instrument russe ART-XC continuerait de fonctionner selon les informations disponibles, sans confirmation récente et directe d'une source officielle. Je préfère le signaler que de trancher à sa place. Le [Nancy Grace Roman Space Telescope](/nancy-grace-roman-telescope-assemblage-finalise-avril-2026) doit décoller le 30 août 2026 pour rejoindre le Webb et Euclid à L2. Trois grands observatoires spatiaux autour du même point, ça commence à faire du monde dans ce coin-là. ## Pourquoi la durée de vie du Webb est passée de 10 à plus de 20 ans Le Webb a décollé le 25 décembre 2021 à bord d'une Ariane 5 ECA depuis Kourou, et l'insertion finale sur son orbite autour de L2 a eu lieu le 24 janvier 2022, via une manœuvre de 297 secondes. Conçu pour une mission d'au moins cinq ans, avec un objectif de dix, le télescope a vu son estimation de vie scientifique révisée à plus de 20 ans dès le 29 décembre 2021, quatre jours après le lancement. La raison est connue et documentée par la NASA : le lancement Ariane 5 a été si précis que les manœuvres de correction de trajectoire post-lancement ont consommé beaucoup moins d'ergols que prévu. Le réservoir censé durer dix ans en tient donc plus du double. C'est un des rares cas où la précision d'un lanceur se traduit directement en années de science en plus, pas juste en économie de carburant sur le papier. ## Et les points L3, L4, L5, alors L3, sur l'orbite terrestre à 180 degrés de la Terre, reste en permanence caché derrière le Soleil vu depuis chez nous, selon le glossaire officiel du JPL. Personne n'y a placé de mission active. L4 et L5 sont plus fréquentés qu'on ne le croit, mais pas par des télescopes : la mission NASA Lucy, lancée le 16 octobre 2021, doit visiter cinq astéroïdes troyens de Jupiter au point L4 entre 2027 et 2028, avant un rendez-vous avec les astéroïdes Patrocle et Ménœtius au point L5 en 2033. Côté Terre-Soleil, le premier astéroïde troyen terrestre connu, 2010 TK7, a été repéré par le satellite NASA WISE en octobre 2010 et confirmé stable autour de L4 sur au moins 10 000 ans. J'ai lu la FAQ NASA sur le Webb dans sa version mise à jour, pas l'archive de fin 2021 qui traîne encore sur pas mal de sites : c'est là que la nuance sur les 20 ans apparaît clairement, et elle passe souvent à la trappe dans les résumés qui circulent. Le Webb continue d'ailleurs à produire des résultats depuis son poste orbital, qu'il s'agisse d'imagerie directe d'exoplanètes comme dans le [système TWA 7](/jwst-twa-7-imagerie-directe-exoplanete-coronagraphe-france-disque-debris), d'un [signal radio étudié autour de Proxima b](/jwst-signal-radio-regulier-proxima-b), ou de la cartographie de la [toile cosmique et de la matière noire](/jwst-cosmic-web-cosmos-web-matiere-noire-11-mai-2026). Rien de tout ça ne serait possible sans la stabilité relative que procure cette orbite de halo, même instable au sens mathématique du terme. ## FAQ ### Le James Webb est-il vraiment au point L2 ? Non. Il orbite autour de L2, en orbite de halo, avec un circuit complet toutes les 168 jours. Sa distance au point exact varie entre environ 250 000 et 830 000 kilomètres selon la NASA. La formule « en L2 » est une simplification pratique, pas une description technique exacte de sa position. ### À quelle distance de la Terre se trouve le James Webb ? Environ 1,5 million de kilomètres, du côté opposé au Soleil. C'est à peu près quatre fois plus loin que la Lune ne l'est jamais de la Terre. Le Webb, contrairement à [Hubble](/webb-hubble-saturne-infrarouge-visible-2026), n'est donc pas en orbite terrestre : personne ne peut aller le réparer sur place. ### Pourquoi ne peut-on pas réparer le Webb comme Hubble ? Hubble orbite à quelques centaines de kilomètres de la Terre, une distance atteignable en navette ou en capsule habitée, ce qui a permis cinq missions de maintenance. Le Webb, à environ 1,5 million de kilomètres, est hors de portée de toute mission habitée actuelle. Chaque panne doit se résoudre depuis le sol, à distance. ### Combien de temps le Webb va-t-il fonctionner ? Plus de 20 ans de vie scientifique selon la NASA, contre 10 ans visés à l'origine. Le lancement Ariane 5, particulièrement précis, a économisé les ergols normalement consommés lors des corrections de trajectoire post-lancement. Aucune date de fin précise au-delà de « plus de 20 ans » n'est confirmée par une source NASA officielle à ce jour. ### Existe-t-il d'autres objets aux points L4 et L5 de la Terre ? Oui, au moins un connu : l'astéroïde 2010 TK7, repéré en 2010 par le satellite NASA WISE, oscille autour du point L4 depuis au moins 10 000 ans selon les modèles orbitaux. La mission Lucy vise, elle, les troyens du couple Soleil-Jupiter, bien plus nombreux, aux points L4 et L5 de Jupiter. ## Sources - NASA Science, [What Are Lagrange Points ?](https://science.nasa.gov/solar-system/resources/faq/what-are-lagrange-points) - ESA, [What are Lagrange points ?](https://www.esa.int/Enabling_Support/Operations/What_are_Lagrange_points) - ESA, [L1, the first Lagrangian Point](https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/L1_the_first_Lagrangian_Point) - ESA, [L2, the second Lagrangian Point](https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/L2_the_second_Lagrangian_Point) - NASA Science, [Webb's Orbit](https://science.nasa.gov/mission/webb/orbit/) - NASA Science, [Webb's Orbit at Sun-Earth Lagrange Point 2](https://science.nasa.gov/asset/webb/webbs-orbit-at-sun-earth-lagrange-point-2-l2/) - NASA Science, [Webb FAQ](https://science.nasa.gov/mission/webb/faqs-full/) - NASA Science, [NASA Says Webb's Excess Fuel Likely to Extend its Lifetime Expectations](https://science.nasa.gov/blogs/webb/2021/12/29/nasa-says-webbs-excess-fuel-likely-to-extend-its-lifetime-expectations) - NASA Science, [Orbital Insertion Burn a Success, Webb Arrives at L2](https://science.nasa.gov/blogs/webb/2022/01/24/orbital-insertion-burn-a-success-webb-arrives-at-l2) - NASA Science, [Lucy Mission](https://science.nasa.gov/mission/lucy/) - NASA JPL, [NASA's WISE Finds Earth's First Trojan Asteroid](https://www.jpl.nasa.gov/news/nasas-wise-finds-earths-first-trojan-asteroid/) - JPL Solar System Dynamics, [Glossary: L1, L2](https://ssd.jpl.nasa.gov/glossary/l12.html) --- ## Ascension droite et déclinaison : coordonnées célestes - URL: https://www.portail-astronomie.fr/coordonnees-celestes-ascension-droite-declinaison-guide/ - Author: Julien P. - Published: 2026-08-10T06:00:00 - Categories: observation En 1997, l'Union astronomique internationale a changé la référence de tout le ciel sans que personne ne s'en aperçoive au télescope. L'ICRS a remplacé le système FK5, une bascule administrative que la plupart des guides d'observation ignorent encore aujourd'hui. Pour comprendre pourquoi ce genre de détail compte quand on pointe un objet, il faut d'abord revenir à la géographie du ciel elle-même. L'ascension droite et la déclinaison forment le système de coordonnées équatoriales qui localise tout objet céleste, quelle que soit la position de l'observateur sur Terre. L'ascension droite se lit en heures, minutes et secondes depuis le point vernal ; la déclinaison se lit en degrés depuis l'équateur céleste, comme une latitude. Ensemble, elles sont l'adresse fixe d'un objet dans le ciel. ## Pourquoi deux coordonnées, et pourquoi cette forme étrange L'ascension droite est l'équivalent céleste de la longitude terrestre, et la déclinaison celui de la latitude, avec des pôles à plus ou moins 90 degrés, selon la NASA. C'est la comparaison la plus utile pour s'y retrouver, mais elle cache une différence de mesure qui déroute presque tout le monde au début. La déclinaison se lit comme n'importe quel angle, en degrés, minutes d'arc et secondes d'arc, nulle sur l'équateur céleste et positive vers le nord. L'ascension droite, elle, se lit en heures. La raison tient à la rotation de la Terre : le ciel paraît tourner de 360 degrés en 24 heures, soit 15 degrés par heure, d'après la NASA. Une heure d'ascension droite correspond donc à 15 degrés de rotation du ciel. Ce choix n'a rien d'arbitraire, il colle à la façon dont les astres se lèvent et se couchent, heure après heure. Le point de départ de cette mesure, le point vernal, est l'intersection de l'écliptique et de l'équateur céleste du côté du printemps : la direction du Soleil à l'équinoxe de printemps. C'est le zéro de l'ascension droite, exactement comme le méridien de Greenwich est le zéro de la longitude terrestre. ## Réponse directe L'ascension droite indique la position est-ouest d'un astre en heures, minutes, secondes depuis le point vernal ; la déclinaison indique sa position nord-sud en degrés depuis l'équateur céleste. Ensemble, elles forment une adresse fixe qui ne dépend ni du lieu ni de l'heure d'observation, contrairement à l'azimut et la hauteur. Pour pointer un objet avec une monture équatoriale, on règle les deux cercles gradués sur ces valeurs après une mise en station correcte, en gardant à l'esprit qu'elles changent très lentement avec la précession. ## Le tableau : six objets, coordonnées J2000 vérifiées Voici les coordonnées de six objets célèbres, lues directement sur SIMBAD (CDS, Observatoire de Strasbourg), à l'époque de référence J2000.0. Aucune valeur ici n'est arrondie de mémoire : chacune vient de la fiche source individuelle de l'objet. | Objet | Type | Ascension droite (J2000) | Déclinaison (J2000) | | ------------------------------- | --------------- | ------------------------ | ------------------- | | Vega (alpha Lyrae) | Étoile | 18h 36m 56,33635s | +38° 47' 01,2802" | | Polaris (alpha Ursae Minoris) | Étoile | 02h 31m 49,09456s | +89° 15' 50,7923" | | Sirius (alpha Canis Majoris) | Étoile | 06h 45m 08,91728s | -16° 42' 58,0171" | | M31 (galaxie d'Andromède) | Galaxie | 00h 42m 44,330s | +41° 16' 07,50" | | M42 (nébuleuse d'Orion) | Nébuleuse | 05h 35m 16,8s | -05° 23' 15" | | M13 (amas globulaire d'Hercule) | Amas globulaire | 16h 41m 41,634s | +36° 27' 40,75" | Une chose saute aux yeux en alignant ces six lignes : la précision varie énormément d'un objet à l'autre. Vega et Sirius affichent des secondes d'arc à quatre décimales, qualité A sur SIMBAD. M42, la nébuleuse d'Orion, tombe à une précision de qualité D, la seconde d'arc entière. Ce n'est pas un défaut de la base de données, c'est la différence entre pointer une étoile ponctuelle et fixer un centroïde sur un nuage de gaz diffus qui n'a pas de bord net. ## Pourquoi les coordonnées ont une date de péremption Je croyais ces coordonnées gravées dans le marbre. Elles ne le sont pas. La précession des équinoxes et la nutation font continuellement varier les coordonnées équatoriales, ce qui impose l'usage d'une époque standard de référence, actuellement J2000.0, correspondant à l'équateur moyen et l'équinoxe moyen de l'année 2000, nominalement le 1er janvier à 12h00 Temps Universel. Le taux exact de cette dérive, selon l'IMCCE, est de 50,2877 secondes d'arc par an en mouvement rétrograde, pour un cycle complet en environ 26 000 ans. La NASA donne un chiffre de recoupement indépendant : un déplacement apparent des étoiles d'environ 0,014 degré par an vers l'est, soit environ 50,4 secondes d'arc par an. Les deux sources s'accordent à moins d'un demi pour cent d'écart l'une de l'autre, ce qui est plutôt rassurant quand on doit s'appuyer sur un chiffre pour calibrer du matériel. Cette dérive est-elle vraiment négligeable pour un observateur occasionnel ? Je n'arrive pas à trancher. Sur une seule soirée, elle ne représente rien. Mais un catalogue d'objets édité avant 2000 et jamais mis à jour commence, doucement, à raconter une autre histoire que le ciel réel. Depuis 1998, l'IAU a d'ailleurs officiellement remplacé J2000/FK5 par l'ICRS comme système de référence, un changement dont l'orientation reste cohérente avec l'équateur et l'équinoxe J2000.0 dans la limite de précision du catalogue FK5. En pratique, pour un astronome amateur, cela ne change rien au geste de pointage : les coordonnées J2000 restent la référence courante des catalogues et des montures GoTo. ## Coordonnées équatoriales contre coordonnées locales : ne pas confondre Les coordonnées équatoriales ne sont pas les seules à décrire une position dans le ciel. Le système horizontal local utilise l'azimut, l'angle depuis le nord ou le sud cardinal projeté sur le plan horizontal, et la hauteur, l'angle vertical entre l'horizon à 0 degré et le zénith à 90 degrés. La différence entre les deux systèmes tient en une phrase : l'azimut et la hauteur dépendent du lieu et de l'instant d'observation, contrairement aux coordonnées équatoriales. Une même étoile a une ascension droite et une déclinaison fixes toute la nuit, mais son azimut et sa hauteur changent en continu à mesure que la Terre tourne. C'est justement pour cette raison que l'ascension droite et la déclinaison servent de référence dans les catalogues, tandis que l'azimut et la hauteur servent au pointage instantané. Le lien entre les deux passe par le temps sidéral, l'angle horaire du point vernal à un instant et un lieu donnés. L'angle horaire local d'un astre se calcule en soustrayant son ascension droite au temps sidéral local. C'est cette conversion, gérée automatiquement par une monture GoTo ou une application, qui transforme une coordonnée de catalogue en direction physique à suivre dans le ciel. ## Pointer aux cercles de coordonnées d'une monture équatoriale Voici où la théorie rejoint le matériel. Une monture équatoriale a un axe de rotation, l'axe polaire, parallèle à l'axe de rotation terrestre. La mise en station consiste à incliner cet axe selon la latitude du site, puis à l'orienter vers le pôle céleste nord dans l'hémisphère nord. Une fois cette étape faite, la monture porte deux cercles gradués : l'axe d'ascension droite, gradué de 0 à 24 heures, et l'axe de déclinaison, perpendiculaire, gradué de plus 90 à moins 90 degrés. La procédure de pointage manuel, une fois la mise en station réalisée, suit trois étapes. D'abord, centrer une étoile de référence dont les coordonnées sont connues avec précision, comme Vega ou Sirius dans le tableau plus haut. Ensuite, comparer la lecture de déclinaison affichée par la monture à la valeur théorique de cette étoile, noter l'écart entre les deux, et caler le cercle d'ascension droite sur l'ascension droite connue de l'étoile. Enfin, pour pointer l'objet cible, appliquer cet écart corrigé à sa déclinaison théorique, régler le cercle d'ascension droite en conséquence, et la monture pointe l'objet. Cette méthode aux cercles gradués a largement cédé la place aux montures GoTo, où un calculateur corrige lui-même les erreurs de mise en station après la visée de quelques étoiles guides, et permet un pointage automatique : il suffit d'entrer les coordonnées de l'objet ou de le sélectionner dans une liste. Reste que comprendre la mécanique manuelle aide à saisir ce que la machine fait à votre place, et surtout à repérer quand elle se trompe. ### Le piège du croisement à 90 degrés Il y a un piège concret, documenté dans les guides de terrain, qui attend le débutant au cercle de déclinaison. Ce cercle est gradué deux fois de manière symétrique, de moins 90 à plus 90 degrés. En franchissant la graduation des 90 degrés, il faut recalibrer la lecture d'ascension droite, sous peine d'un décalage de 12 heures complet. Autrement dit, on pointe l'opposé exact de ce qu'on cherchait, dans une direction du ciel qui n'a rien à voir. C'est le genre d'erreur qui, la première fois, fait perdre une bonne demi-heure à chercher ce qui ne va pas, avant de comprendre que le problème n'était ni dans le catalogue ni dans le matériel, mais dans une graduation mal relue. ## Questions fréquentes ### Pourquoi l'ascension droite se mesure-t-elle en heures et pas en degrés ? Parce que la rotation apparente du ciel se fait à raison de 360 degrés en 24 heures, soit 15 degrés par heure. Mesurer l'ascension droite en heures colle directement au rythme du lever et du coucher des astres, plutôt qu'à une unité d'angle abstraite. ### Les coordonnées J2000 restent-elles valables aujourd'hui ? Oui, avec une nuance. Elles restent la référence standard des catalogues et des montures GoTo, mais la précession les fait dériver d'environ 50 secondes d'arc par an. Pour de l'observation grand public, l'écart reste négligeable ; pour un pointage très précis sur un catalogue ancien, une correction devient nécessaire. ### Quelle est la différence entre coordonnées équatoriales et coordonnées horizontales ? Les coordonnées équatoriales, ascension droite et déclinaison, sont fixes dans le temps pour un astre donné. Les coordonnées horizontales, azimut et hauteur, changent en continu selon le lieu et l'heure d'observation, puisqu'elles décrivent la position de l'astre par rapport à l'horizon local. ### Faut-il savoir pointer aux cercles gradués si on a une monture GoTo ? Ce n'est pas indispensable pour observer, mais cela aide à comprendre ce que fait la monture, et à diagnostiquer une erreur de mise en station quand le GoTo pointe à côté. Le piège du croisement à 90 degrés, lui, concerne uniquement le pointage manuel aux cercles. ### Pourquoi les coordonnées de M42 sont-elles moins précises que celles de Vega ? Vega est une étoile ponctuelle, dont la position se mesure avec une précision extrême, qualité A sur SIMBAD. M42 est une nébuleuse diffuse, un nuage de gaz sans bord net : sa position enregistrée correspond à un centroïde approximatif, d'où une précision de qualité D, la seconde d'arc entière. ### Le système ICRS a-t-il remplacé le système J2000 ? L'ICRS est devenu le système de référence officiel de l'IAU depuis le 1er janvier 1998, mais son orientation reste cohérente avec l'équateur et l'équinoxe J2000.0, dans la limite de précision du catalogue FK5. En pratique, les coordonnées J2000 continuent de circuler sans rupture visible pour l'observateur amateur. Reste une question que je n'ai pas de réponse toute faite : à mesure que les catalogues automatisés et les montures GoTo se généralisent, combien d'observateurs débutants sauront encore lire un cercle gradué le jour où l'électronique fait défaut sur le terrain ? Pour aller plus loin sur le matériel de pointage, notre guide sur la [monture équatoriale et la monture azimutale](/monture-equatoriale-azimutale-debutant-astrophoto) détaille les critères de choix pour l'astrophoto. Le choix du [premier télescope, réfracteur, réflecteur ou Dobson](/premier-telescope-refracteur-reflecteur-dobson-achat), conditionne aussi la facilité avec laquelle ces coordonnées se traduisent en visée réelle. Pour situer les objets plus faibles du tableau, notre article sur la [magnitude apparente et absolue](/magnitude-apparente-absolue-luminosite-etoiles-echelle-pogson) complète la lecture des catalogues. M13, cité plus haut, a droit à son propre [guide d'observation de l'amas d'Hercule](/amas-globulaire-m13-hercule-observation-ete). Et pour les débutants qui hésitent encore sur le premier instrument à acheter, notre comparatif de [jumelles d'astronomie pour débuter](/jumelles-astronomiques-guide-achat-debutant-2026) reste un bon point de départ avant d'investir dans une monture équatoriale complète. > Image : [Traînées d'étoiles au-dessus de l'atmosphère terrestre](https://images.nasa.gov/details/54054828189_08b2de91bc_o) : Crédit : NASA/Jeanette Epps, domaine public ## Sources - [Observatoire de Paris, système de repères célestes](https://media4.obspm.fr/public/ressources_lu/pages_reperes/impression.html) - [Wikipedia FR, Système de coordonnées équatoriales](https://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_de_coordonn%C3%A9es_%C3%A9quatoriales) - [NASA Science, Basics of Space Flight, chapitre 2](https://science.nasa.gov/learn/basics-of-space-flight/chapter2-2/) - [NASA Science, Basics of Space Flight, chapitre 2 (époque J2000)](https://science.nasa.gov/learn/basics-of-space-flight/chapter2-1/) - [IMCCE, précession des équinoxes](https://promenade.imcce.fr/fr/pages4/438.html) - [Wikipedia EN, International Celestial Reference System and its realizations](https://en.wikipedia.org/wiki/International_Celestial_Reference_System_and_its_realizations) - [Wikipedia FR, Système de coordonnées horizontales](https://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_de_coordonn%C3%A9es_horizontales) - [Wikipedia FR, Monture équatoriale](https://fr.wikipedia.org/wiki/Monture_%C3%A9quatoriale) - [Doubs Astuces, guide pointage aux coordonnées équatoriales](https://doubsastuces.fr/index.php/astronomie/explications-en-astronomie/28-setting-up-and-pointing-to-equatorial-coordinates?showall=1) - [SIMBAD, CDS Université de Strasbourg, Vega](https://simbad.u-strasbg.fr/simbad/sim-basic?Ident=Vega&submit=SIMBAD+search) - [SIMBAD, CDS Université de Strasbourg, Polaris](https://simbad.u-strasbg.fr/simbad/sim-basic?Ident=Polaris&submit=SIMBAD+search) - [SIMBAD, CDS Université de Strasbourg, Sirius](https://simbad.u-strasbg.fr/simbad/sim-basic?Ident=Sirius&submit=SIMBAD+search) - [SIMBAD, CDS Université de Strasbourg, M31](https://simbad.u-strasbg.fr/simbad/sim-basic?Ident=M31&submit=SIMBAD+search) - [SIMBAD, CDS Université de Strasbourg, M42](https://simbad.u-strasbg.fr/simbad/sim-basic?Ident=M42&submit=SIMBAD+search) - [SIMBAD, CDS Université de Strasbourg, M13](https://simbad.u-strasbg.fr/simbad/sim-basic?Ident=M13&submit=SIMBAD+search) --- ## Phases de la Lune : comprendre et déduire le cycle lunaire - URL: https://www.portail-astronomie.fr/phases-lune-cycle-lunaire-guide-explication/ - Author: Julien P. - Published: 2026-08-07T06:00:00 - Categories: systeme-solaire Fred Espenak, à la NASA, a catalogué les lunaisons sur cinq mille ans. De cette compilation sort un chiffre que les pages de définition ne reprennent jamais : entre la lunaison la plus courte et la plus longue du catalogue, l'écart atteint 13 heures 48 minutes et 13 secondes. Le cycle de 29,5 jours qu'on récite pour expliquer les phases de la Lune n'est donc pas une constante gravée ; c'est une moyenne autour de laquelle la mécanique céleste respire. Les phases de la Lune sont les portions du disque lunaire éclairées par le Soleil et visibles depuis la Terre. Elles se succèdent en huit étapes, de la nouvelle lune au dernier croissant, sur un cycle de 29,53059 jours en moyenne. Ce n'est pas l'ombre de la Terre qui les produit, mais l'angle sous lequel nous regardons. ## Une phase, c'est une géométrie, pas une ombre L'IMCCE, qui calcule les éphémérides françaises, donne la définition la plus économe : la phase d'un corps désigne la portion du disque céleste illuminée par le Soleil et visible depuis la Terre. Le service de l'institut publie ce pourcentage jour par jour pour la Lune, mais aussi pour Mercure et Vénus, les deux planètes qui, comme elle, se placent parfois entre nous et le Soleil. Mars, Jupiter et Saturne, elles, ne nous montrent jamais qu'un disque plein ou légèrement gibbeux ; leur orbite ne leur permet pas de nous tourner le dos. La NASA décrit le mécanisme en deux mouvements. Quand la Lune croît, son orbite fait entrer progressivement sa face jour dans notre champ de vision. Quand elle décroît, la portion éclairée que nous voyons rétrécit à mesure qu'elle s'éloigne du Soleil sur son orbite. Le terme « gibbeuse » désigne le moment où la majeure partie de cette face jour est visible. Rien là-dedans ne fait intervenir la Terre. Notre planète projette bien une ombre, et cette ombre produit un phénomène spectaculaire, mais c'est un tout autre rendez-vous : celui de l'[éclipse lunaire totale, comme celle de mars 2026 et de son cycle Saros](/eclipse-lunaire-totale-mars-2026-saros-133). Les éclipses sont réglées par le mois draconique, le retour de la Lune au même nœud de son orbite, d'une durée moyenne de 27,21222 jours. Les phases, elles, suivent un tout autre compteur. ## Le tableau des huit phases et son cadre de validité Avant de lire ce tableau, une précaution qui vaut pour tout ce qui suit. Ces descriptions de lever et de coucher sont les règles générales valables aux latitudes tempérées, France métropolitaine comprise, pour une Lune proche de l'équateur céleste. L'heure exacte de lever varie chaque jour, avec la latitude de l'observateur et avec la saison, exactement comme celle du Soleil. Aucune des sources institutionnelles consultées ne publie d'heure d'horloge universelle par phase, et pour cause : elle n'existe pas. Les positions ci-dessous sont relatives au Soleil, jamais absolues. Pour une heure précise à une date et un lieu donnés, il faut un calcul d'éphémérides. | Phase | Nom anglais (NASA) | Fraction éclairée | Comportement dans le ciel | Fenêtre de visibilité | | --------------------- | ------------------ | -------------------------- | ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------- | --------------------------------------------------- | | Nouvelle lune | New Moon | environ 0 % | Face visible entièrement dans l'ombre, la Lune est proche du Soleil dans le ciel | Invisible à l'œil nu, noyée dans la lumière du jour | | Premier croissant | Waxing Crescent | 1 à 49 %, en croissance | Visible vers le sud-ouest en début de soirée, se couche quelques heures après le Soleil | Début de soirée, bas sur l'horizon ouest | | Premier quartier | First Quarter | environ 50 % | Visible haut dans le ciel sud en début de soirée | Début et milieu de soirée | | Gibbeuse croissante | Waxing Gibbous | 51 à 99 %, en croissance | Visible vers le sud-est en début de soirée, présente la majeure partie de la nuit | Soirée et bonne partie de la nuit | | Pleine lune | Full Moon | environ 100 % | Se lève au coucher du Soleil, haute au milieu de la nuit | Toute la nuit | | Gibbeuse décroissante | Waning Gibbous | 99 à 51 %, en décroissance | Se lève après le coucher du Soleil, haute en seconde partie de nuit, encore au sud-ouest après le lever du Soleil | Fin de nuit et matinée | | Dernier quartier | Third Quarter | environ 50 % | Se lève au milieu de la nuit, visible au sud après le lever du Soleil | Milieu de nuit et matinée | | Dernier croissant | Waning Crescent | 49 à 1 %, en décroissance | Bas sur l'horizon est avant le lever du Soleil | Fin de nuit, juste avant l'aube | Les valeurs de 0, 50 et 100 % découlent de la géométrie qui définit ces phases, avec un angle Soleil-Terre-Lune de 0, 90 et 180 degrés. Ce sont des repères de définition, pas des mesures constatées à heure fixe. Pour les phases intermédiaires, aucune source ne publie de table figée : croissant et gibbeuse sont des plages continues, et le pourcentage éclairé glisse d'un jour sur l'autre. Ceux qui ont lu notre guide sur la [conjonction Lune-Vénus de juin 2026](/conjonction-lune-venus-juin-2026-observation-soir) ont vu un exemple daté de croissant à 11 %, calculé pour ce soir-là et pour lui seul. Ce tableau, je l'ai reconstruit à partir des descriptions de la visualisation Dial-A-Moon de la NASA après avoir cherché en vain une table horaire propre. Il n'y en a pas. Les pages qui en affichent une inventent une précision que la mécanique orbitale ne permet pas. ## Déduire la phase du jour sans ouvrir une application La méthode ne demande aucun outil ni application. Elle repose sur une seule donnée : la durée moyenne du mois synodique, 29,53059 jours, soit 29 jours 12 heures 44 minutes et 3 secondes, mesurés d'une nouvelle lune à la suivante. 1. Choisissez une nouvelle lune datée dont vous êtes sûr : un calendrier lunaire, une éphéméride, ou votre propre note du soir où vous avez repéré le premier croissant à l'ouest. 2. Comptez les jours écoulés depuis cette date, puis retranchez 29,53059 autant de fois que possible. Le reste vous donne votre position dans le cycle en cours. 3. Traduisez ce reste en fraction de cycle. Au quart, vous êtes au premier quartier ; à la moitié, en pleine lune ; aux trois quarts, au dernier quartier. Entre ces bornes, croissant avant le premier quartier et gibbeuse après, en montant ; l'inverse en descendant. La lecture visuelle complète le calcul et sert de contrôle. Dans l'hémisphère nord, une Lune dont le côté droit est éclairé est en train de croître, puisque sa face jour entre progressivement dans notre champ ; une Lune éclairée à gauche décroît. Si le calcul et le ciel se contredisent, c'est le ciel qui a raison, et votre date de départ qui était fausse. Vient ensuite la marge d'erreur, et autant la donner franchement. La durée d'une lunaison s'écarte de sa moyenne de sept heures au maximum. En 2008, par exemple, elle est passée de 29 jours 6 heures 56 minutes le 3 juin à 29 jours 19 heures 33 minutes le 27 décembre. Ces écarts ne sont pas aléatoires : une lunaison est plus courte quand la nouvelle lune survient près du périgée, plus longue près de l'apogée, ce qui renvoie directement à la [distance Terre-Lune et à son ellipse](/distance-terre-lune-perigee-apogee-explication). Et ces écarts se cumulent d'une lunaison à l'autre. Conséquence pratique : la méthode identifie une phase, elle ne prédit pas une heure. Plus votre point de départ est ancien, plus le décalage grandit ; reprenez une nouvelle lune récente et le problème disparaît. ### Pourquoi 29,53 jours et pas 27,32 Le détail est ce qui m'a le plus surpris quand j'ai posé les deux nombres côte à côte. La Lune boucle un tour complet par rapport aux étoiles en 27,32166 jours, soit 27 jours 7 heures 43 minutes et 12 secondes : c'est le mois sidéral. Mais pendant ce temps, la Terre et la Lune ont avancé ensemble sur l'orbite terrestre autour du Soleil. Après un tour complet par rapport aux étoiles, la Lune doit donc poursuivre un peu plus loin sur son orbite pour retrouver le même alignement Soleil-Terre-Lune. Ce rattrapage d'environ 2,21 jours fait toute la différence entre le mois sidéral et le mois synodique. Paradoxalement, c'est le nombre le moins pur des deux qui gouverne ce que nous voyons. Le mois sidéral décrit la Lune seule ; le mois synodique décrit un trio en mouvement, et c'est ce trio que nos yeux enregistrent. ## Ce que le vocabulaire courant fait croire à tort La face cachée n'est pas la face sombre. Le Soleil illumine toujours la moitié de la Lune, l'autre moitié restant dans le noir, mais ce n'est pas toujours la même moitié qui nous est dérobée. Comme la Terre, la Lune a un côté jour et un côté nuit qui tournent avec elle. La face cachée est celle que nous ne voyons jamais depuis la Terre ; elle reçoit autant de lumière solaire que celle qui nous fait face. Cette face invisible existe parce que la Lune est en rotation synchrone : sa rotation sur elle-même et sa révolution autour de la Terre sont verrouillées. Le verrouillage n'est pourtant pas parfaitement rigide. Les variations de vitesse orbitale font légèrement osciller notre satellite, un mouvement de torsion et de balancement que la NASA décrit joliment comme la possibilité de « jeter un œil par-dessus l'épaule de la Lune ». C'est la libration. Elle nous laisse voir un peu au-delà du bord visible, un peu plus de la moitié de la surface, sous des angles qui changent au fil du mois. Sur ce point, j'aurais aimé donner un pourcentage exact de surface accessible ; les sources institutionnelles que j'ai consultées ne le publient pas, et le chiffre qui circule ailleurs, je n'ai pas su remonter jusqu'à sa référence. Dernière confusion, la plus tenace : la lumière cendrée. Ce halo grisâtre qui remplit la partie non éclairée d'un croissant n'est pas un reste d'éclairage solaire. C'est la lumière renvoyée par la surface de la Terre sur la face de la Lune. Nous éclairons notre satellite comme il nous éclaire, et le phénomène se voit surtout en phase de croissant, quand le contraste le permet. ## Superlune et lune bleue ne sont pas des phases Le mot mérite d'être remis à sa place. « Superlune » n'est pas un terme astronomique officiel, la NASA le dit sans détour. L'usage désigne une pleine lune survenant à au moins 90 % du périgée. L'effet est mesurable : une superlune peut apparaître jusqu'à 14 % plus grande et 30 % plus lumineuse que la pleine lune la plus éloignée de l'année. Ces épisodes reviennent trois à quatre fois par an, toujours de façon consécutive, ce qui explique qu'on en annonce plusieurs de suite avant de n'en plus entendre parler pendant des mois. La [superlune du 24 décembre 2026](/superlune-noel-24-decembre-2026) en donnera une illustration datée. Le Royal Observatory de Greenwich complète le vocabulaire par symétrie : quand c'est l'apogée qui coïncide avec une pleine lune, on parle de microlune. Quant à la « lune bleue », son histoire relève d'une erreur de lecture devenue définition, que nous avons racontée à propos de la [lune bleue du 31 mai 2026](/lune-bleue-31-mai-2026-guide-observation-microlune). Aucun de ces trois mots ne décrit une phase supplémentaire. Ils qualifient une pleine lune particulière, par sa distance ou par sa position dans le calendrier. Il reste une question que ce cycle pose sans y répondre. Nous avons décrit la Lune telle qu'elle nous apparaît, depuis un point d'observation qui se déplace lui aussi ; le mois synodique n'a de sens que vu de la Terre. Qu'observerait un habitant de Mars en levant les yeux vers Phobos, et quel calendrier en tirerait-il ? ## Questions fréquentes ### Combien de temps dure un cycle lunaire complet ? 29,53059 jours en moyenne, soit 29 jours 12 heures 44 minutes et 3 secondes, d'une nouvelle lune à la suivante. Cette valeur est une moyenne : selon la NASA, la durée réelle d'une lunaison s'écarte jusqu'à sept heures de cette moyenne, et l'écart extrême relevé sur cinq mille ans atteint 13 heures 48 minutes. ### Comment savoir si la Lune croît ou décroît ? Regardez de quel côté se trouve la portion éclairée. Dans l'hémisphère nord, un croissant éclairé à droite correspond à une Lune croissante, dont la face jour entre progressivement dans notre champ de vision ; éclairé à gauche, il correspond à une Lune décroissante, qui s'éloigne du Soleil sur son orbite. L'heure d'observation donne un second indice, la Lune croissante étant une Lune de soirée. ### La face cachée de la Lune est-elle toujours dans le noir ? Non. Le Soleil illumine en permanence la moitié de la Lune, mais ce n'est pas toujours la même moitié qui nous reste invisible. La face cachée connaît un jour et une nuit comme la Terre. Elle reçoit donc autant de lumière solaire que la face que nous voyons ; ce qui la définit, c'est son orientation par rapport à nous, pas son éclairage. ### Pourquoi les calendriers lunaires ne donnent-ils pas les mêmes heures ? Parce qu'une heure de lever ou de coucher dépend de la latitude et de la saison, et qu'elle se calcule pour un lieu précis. Les règles générales de visibilité par phase restent valables aux latitudes tempérées, mais elles décrivent des positions relatives au Soleil. Un calendrier calé sur une autre ville que la vôtre affichera légitimement d'autres horaires. > Image d'illustration : croissant lunaire photographié depuis la Station spatiale internationale, NASA Johnson Space Center, image du domaine public selon la politique d'usage des images de la NASA. ## Sources - [NASA Goddard, Fred Espenak, Moon Orbit and Phases](https://eclipse.gsfc.nasa.gov/SEhelp/moonorbit.html) - [NASA Science, Moon Phases](https://science.nasa.gov/moon/moon-phases/) - [NASA Science, Earth's Moon](https://science.nasa.gov/moon/) - [NASA Science, Supermoons](https://science.nasa.gov/moon/supermoons/) - [NASA Scientific Visualization Studio, Dial-A-Moon](https://svs.gsfc.nasa.gov/4955) - [NASA Scientific Visualization Studio, Moon Libration](https://svs.gsfc.nasa.gov/5048) - [IMCCE, Phases des corps du Système solaire](https://www.imcce.fr/news/phases) - [Royal Observatory Greenwich, Full Moon Calendar 2026](https://www.rmg.co.uk/stories/space-astronomy/full-moon-calendar-2026) --- ## Éclipse du 12 août 2026 : le vrai test des lunettes ISO - URL: https://www.portail-astronomie.fr/eclipse-12-aout-2026-lunettes-iso-12312-2-filtres-securite/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-08-06T06:00:00 - Categories: observation Transmittance lumineuse admise par la norme ISO 12312-2:2015 : entre 0,00032 % et 0,0032 % en visible, 3 % maximum en infrarouge. Voilà la seule spec qui compte le 12 août 2026. Le reste, logo imprimé, mention « certifié » sur l'emballage, couleur du carton, c'est du marketing. Je lis une fiche de protection oculaire comme une fiche technique de capteur ou de télescope : specs annoncées contre spec vérifiable, verdict à la fin. ## La norme ISO 12312-2, ce qu'elle exige vraiment Ces seuils viennent de l'American Astronomical Society (AAS), qui reprend les chiffres publiés par l'ISO. Je n'ai pas pu lire le texte normatif verbatim (accès payant sur iso.org), donc je m'appuie sur cette source croisée plutôt que sur une citation entre guillemets de la norme elle-même. La politique ISO, telle que la relaie l'AAS, interdit explicitement à un fabricant d'écrire « ISO certifié », « ISO conforme » ou « ISO approuvé » sur un produit ou son emballage. La seule preuve réelle de conformité, selon l'AAS et le ministère de l'Économie, c'est un certificat d'examen UE de type délivré par un organisme notifié accrédité, procédure Module B. Derrière ce certificat, des essais de laboratoire réalisés par une structure accréditée. Les lunettes d'éclipse sont classées équipement de protection individuelle de catégorie II au sens du règlement européen 2016/425 (risque intermédiaire, ni bénin ni immédiatement mortel), d'après les informations publiées par la DGCCRF et des fiches spécialisées concordantes. Conséquence directe : la DGCCRF contrôle, sanctionne, retire du marché. Chiffres en main : au 23 juillet 2026, près de 90 professionnels (fabricants, importateurs, distributeurs) avaient déjà été contrôlés en France, selon le communiqué officiel du ministère de l'Économie. Sanctions prévues : retrait, rappel, suspension, saisie, destruction du produit non conforme, amende pouvant atteindre 200 000 euros. Le ministère recommande aussi de limiter chaque séquence d'observation à trois minutes consécutives, avec pauses : détourner le regard du Soleil, sans retirer le filtre. Mentions obligatoires en français (mode d'emploi, avertissements, coordonnées du fabricant ou de l'importateur) sur le produit, l'emballage ou une notice jointe. Une paire sans un mot de français dessus, c'est déjà un signal d'alerte. Cas concret : en juin 2026, l'Association française d'astronomie a signalé un fascicule kiosque « Éclipse 2026, Hors-série Premium » vendu 6,99 euros, avec des lunettes dont la notice était uniquement en anglais, sans fabricant ni pays d'origine identifiables (saisine DGCCRF le 18 juin 2026). Communiqué original non retrouvé, seulement des reprises concordantes : je le donne pour ce que c'est. Autre changement cette année : l'AAS a arrêté de vérifier tous les revendeurs, ne maintenant plus qu'une liste de fabricants. Pour l'Espagne, zone de totalité, un vetting local a émergé, l'initiative « Eclipse Seguro » portée par les Volunteer Astronomy Observers of Spain, que l'AAS ne supervise pas. Aucune liste unique ne fait donc plus autorité pour l'Europe entière. ## La fenêtre de retrait : uniquement en bande de totalité, jamais en France Hors de la bande de totalité, donc partout en France le 12 août, le filtre ne se retire jamais. À aucun instant. Point non négociable : notre [guide complet sur l'éclipse du 12 août en Europe](/eclipse-solaire-totale-12-aout-2026-europe-guide-observation) détaille la trajectoire, la règle de sécurité, elle, est universelle. Pour ceux qui se trouvent dans la bande de totalité, deux repères visuels encadrent la fenêtre de retrait. Le deuxième contact (C2) marque l'instant précis où débute la phase totale. Juste avant, apparaissent les grains de Baily : des rayons de lumière filtrés par les vallées du relief lunaire, formant une série de points brillants sur le bord du disque. Le dernier grain isolé, brillant comme un diamant serti dans l'anneau pâle de la couronne, c'est l'anneau de diamant, signe que le début (ou la fin) de la totalité est imminent. Toujours dans la bande de totalité, et nulle part ailleurs, le repère opérationnel donné par l'AAS et la NASA est simple à retenir : le filtre se retire uniquement quand la Lune couvre complètement le disque solaire et qu'il fait soudainement sombre. Dès la moindre réapparition de lumière solaire directe, même minime, il se remet immédiatement. Le troisième contact (C3) marque la fin de la phase totale, et ce sont l'anneau de diamant puis les grains de Baily qui le signalent, en sens inverse. Attention au contresens, il est dangereux : ces deux phénomènes n'annoncent pas la fin de la totalité, ils la constatent. Quand vous les voyez au troisième contact, la lumière solaire directe est déjà revenue et le filtre aurait dû être remis. Ce protocole en deux temps stresse plus qu'il ne rassure la première fois. Mais c'est justement là que la marge d'erreur est la plus fine : à Oviedo comme à Burgos, la totalité dure moins de deux minutes. Pas de rattrapage possible si vous remettez vos lunettes trop tard. Les horaires de C2 et de C3 sont tabulés ville par ville dans [le déroulé minute par minute](/eclipse-12-aout-2026-deroule-minute-par-minute-contacts-villes), et le choix du site lui-même se joue sur [la hauteur du Soleil au-dessus de l'horizon](/eclipse-12-aout-2026-ou-se-placer-espagne-hauteur-soleil-horizon). ## Le matériel : ce qui protège et ce qui fait semblant Un filtre pleine ouverture, vissé ou clipsé devant l'objectif ou l'oculaire côté ciel, bloque la lumière avant qu'elle n'entre dans l'instrument. Un filtre d'oculaire, lui, se visse côté œil, en sortie. Selon la NASA (Goddard Space Flight Center), ce montage est dangereux : la chaleur concentrée par l'instrument pointé sur le Soleil peut faire craquer le verre sans prévenir, et la lésion rétinienne survient alors plus vite que l'œil ne peut réagir. Les filtres à densité neutre (ND) classiques, ceux qu'on utilise en photo de paysage, ne protègent pas non plus. Toujours selon la NASA, ils laissent passer un fort niveau de rayonnement infrarouge invisible à l'œil, capable de provoquer une brûlure thermique de la rétine. Pour un appareil photo, il faut une densité optique d'au moins 5 (réduction d'au moins 16 diaphragmes) pour envisager l'usage solaire, d'après des sources techniques concordantes ; un filtre solaire dédié reste la seule solution recommandée. Le verre de soudeur reste une option de secours valable, à condition de choisir la bonne teinte. Teinte 12 : seuil minimum sûr selon l'AAS, mais inconfortablement lumineux. Teinte 13 ou 14 : le point d'équilibre recommandé, image verte plutôt que l'orangé ou le blanc des lunettes dédiées. Teinte 15 et plus : trop sombre. Problème pratique signalé par l'AAS : les teintes 13 et 14 sont rarement en stock chez les fournisseurs de soudure classiques, mieux vaut commander en ligne à l'avance. Côté smartphones et appareils photo, le capteur n'a pas de rétine, mais il n'est pas indestructible. Une exposition directe et prolongée sans filtre peut brûler des pixels en quelques secondes, dommage permanent aggravé sur les téléobjectifs, selon des sources techniques convergentes. La parade la plus simple : tenir une paire de lunettes conformes à la norme ISO 12312-2 devant l'objectif au moment de la prise de vue, réflexe qui rejoint les bases posées dans notre [guide astrophotographie smartphone et reflex pour débutant](/astrophotographie-lune-smartphone-reflex-debutant). Dernier détail, celui-là justement pas écrit noir sur blanc : plusieurs relais de presse citent le ministère de l'Économie sur le fait qu'un filtre solaire perd son efficacité au fil des années, et sur les trois ans au-delà desquels une paire serait dégradée. Je n'ai retrouvé ni la citation dans le communiqué lui-même, ni cette durée. Ordre de grandeur de presse, pas règle sourcée. Si vos lunettes traînent depuis 1999, ce n'est pas un argument nostalgique, c'est un risque. ## La lésion qui ne prévient jamais La rétinopathie solaire ne fait pas mal. La rétine n'a pas de récepteurs de douleur, donc la lésion peut survenir sans aucune sensation au moment de l'exposition, selon des sources cliniques concordantes. La plupart des patients remarquent des changements visuels quatre à six heures après l'exposition, parfois jusqu'à douze heures plus tard. La douleur n'arrive jamais. Seulement le constat, trop tard. Ce que montrent les études cliniques, sans les fusionner en un chiffre unique. Après l'éclipse totale américaine de 2017, une étude de Clinical Ophthalmology (Ricks, Montoya, Pettey, DOI 10.2147/OPTH.S174808) recense 27 patients consultés dans l'Utah pour des changements visuels, 6 confirmés en rétinopathie solaire à l'examen, avec, sur les dossiers complets analysés, un scotome central et une atteinte de la jonction des photorécepteurs à l'OCT. Pour l'éclipse américaine de 2024, deux mesures indépendantes divergent. Une présentation de congrès ISPOR, non relue par les pairs, recense 124 cas vus par des rétinologues spécialisés en 2024 contre 113 en 2017, soit une incidence en baisse une fois rapportée à la population exposée : 14 contre 21 pour 100 000 yeux. Une étude relue par les pairs, publiée dans le Western Journal of Emergency Medicine (Poremba et al., DOI 10.5811/westjem.47187, janvier 2026), sur 1774 visites aux urgences généralistes pour blessures oculaires (853 avant l'éclipse, 921 après), ne constate elle aucune différence statistiquement significative. La première regarde des cabinets spécialisés qui voient déjà des patients inquiets, la seconde les urgences généralistes de tout le pays. Je ne tranche pas artificiellement entre les deux. Le précédent français reste le rapport de Santé publique France sur l'éclipse du 11 août 1999 : 1024 consultations rapportées au dispositif national, dont 147 cas de lésions rétiniennes, 17 jugées sévères (acuité visuelle inférieure à 2/10e, dont 7 bilatérales), et séparément 106 cas de kératite ponctuée superficielle, atteinte cornéenne réversible. Des lésions rétiniennes documentées, pas des cas de cécité, et la majorité n'était pas sévère. Sur les cas de lésion rétinienne, 100 patients avaient observé à l'œil nu, 74 avaient retiré leurs lunettes homologuées en cours d'observation, 32 avaient utilisé une protection inadaptée. Retenez le chiffre du milieu : 74 personnes disposaient d'une protection homologuée et l'ont enlevée pendant l'observation. La lunette conforme ne protège que tant qu'elle reste sur le nez. Mon verdict : la norme ISO 12312-2 fait le travail si le certificat derrière est réel, et la fenêtre de retrait ne tolère aucune approximation. En France le 12 août, la consigne se réduit d'ailleurs à une seule règle, le filtre ne se retire jamais. Pour le [comparatif des télescopes solaires du printemps](/telescope-solaire-amateur-cycle-25-mai-2026-comparatif), la sécurité tient en une ligne. Ici, c'est tout l'article. À ce prix-là, on est en droit d'exiger un certificat, pas un logo. > Image : [filtre solaire pleine ouverture monté sur téléobjectif lors de l'éclipse du 21 août 2017](https://images.nasa.gov/details/jsc2017e110808) : Crédit : NASA/Allison Bills, Johnson Space Center, domaine public ## Sources - [American Astronomical Society, ISO 12312-2 eye safety](https://eclipse.aas.org/eye-safety/iso12312-2) - [American Astronomical Society, Viewers and filters](https://eclipse.aas.org/eye-safety/viewers-filters) - [American Astronomical Society, Eye safety](https://eclipse.aas.org/eye-safety) - [American Astronomical Society, Eclipse glossary](https://eclipse.aas.org/eclipse-basics/eclipse-glossary) - [NASA Goddard Space Flight Center, Eye safety during solar eclipses](https://eclipse.gsfc.nasa.gov/SEhelp/safety2.html) - [NASA Science, Eclipse safety](https://science.nasa.gov/eclipses/safety/) - [Ministère de l'Économie, communiqué DGCCRF sur les lunettes d'éclipse](https://presse.economie.gouv.fr/?p=181861) - [PubMed, Ricks et al., The ophthalmic fallout in Utah after the Great American Solar Eclipse of 2017](https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30275682/) - [PubMed, Poremba et al., Incidence of Solar Retinopathy and Photokeratitis in US Emergency Departments Surrounding the April 2024 Total Solar Eclipse](https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41554171/) - [Santé publique France, dispositif de prévention et surveillance des complications oculaires liées à l'observation de l'éclipse de 1999](http://www.santepubliquefrance.fr/climat/uv/rapportsynthese/dispositif-de-prevention-et-surveillance-des-complications-oculaires-liees-a-lobservation-de) --- ## Éclipse 12 août 2026 : contacts minute par minute par ville - URL: https://www.portail-astronomie.fr/eclipse-12-aout-2026-deroule-minute-par-minute-contacts-villes/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-08-05T06:00:00 - Updated: 2026-08-06T15:38:18 - Categories: evenements-celestes Le 12 août 2026, à 19h29 heure locale, la Lune commence à mordre le disque solaire au-dessus de Bordeaux. Cinquante-huit minutes plus tard, à Oviedo, le ciel s'assombrit en plein jour pendant un peu moins de deux minutes. Entre les deux, quatre contacts précis rythment l'éclipse pour chaque ville de la bande, et personne ne les publie regroupés. J'ai déjà couvert le [guide général de cette éclipse](/eclipse-solaire-totale-12-aout-2026-europe-guide-observation) en mars, avec la trajectoire, la sécurité et la météo. Ici, on descend d'un cran : l'horaire exact, à la seconde, ville par ville. Ces horaires viennent des éphémérides, pas d'une observation : l'éclipse n'a pas encore eu lieu. Tout ce qui suit décrit ce qui va se produire. ## Les quatre contacts, ville par ville Une éclipse totale se découpe en quatre instants : C1 marque le début du grignotage du disque solaire par la Lune, C2 le début de la totalité, le maximum se situe au milieu de la totalité, C3 en marque la fin, C4 le retour à un ciel normal. Entre C2 et C3, vous pouvez retirer les lunettes de protection. En dehors, jamais. Précision qui vaut pour la majorité des lecteurs de ces lignes : C2 et C3 n'existent que dans la bande de totalité. Les villes françaises n'en ont aucun, elles n'ont qu'un maximum de couverture partielle. En France le 12 août, les lunettes ne se retirent à aucun moment. Onze villes de la bande de totalité, en Espagne. **Toutes les heures qui suivent sont en heure locale espagnole (CEST). Pour l'UTC, retranchez deux heures.** Reykjavik, seul autre point urbain de la bande, a son propre fuseau et sa propre section plus bas. D'abord la totalité, c'est-à-dire les deux minutes pour lesquelles on fait le voyage. | Ville | Début (C2) | Maximum | Fin (C3) | Durée | | --------------------- | ---------- | -------- | -------- | ---------- | | Oviedo | 20:27:07 | 20:28:01 | 20:28:55 | 1 min 48 s | | Gijón | 20:26:49 | 20:27:41 | 20:28:34 | 1 min 45 s | | Santander | 20:26:59 | 20:27:30 | 20:28:01 | 1 min 02 s | | Burgos | 20:28:27 | 20:29:19 | 20:30:10 | 1 min 43 s | | Valladolid | 20:29:54 | 20:30:38 | 20:31:22 | 1 min 28 s | | Palencia | 20:29:10 | 20:30:01 | 20:30:52 | 1 min 42 s | | León | 20:28:22 | 20:29:14 | 20:30:07 | 1 min 45 s | | Saragosse | 20:29:04 | 20:29:45 | 20:30:27 | 1 min 23 s | | Teruel | 20:31:05 | 20:31:53 | 20:32:40 | 1 min 35 s | | Castellón de la Plana | 20:31:20 | 20:32:07 | 20:32:54 | 1 min 34 s | | Palma de Majorque | 20:31:06 | 20:31:54 | 20:32:42 | 1 min 36 s | Ensuite l'enveloppe complète du phénomène, du premier grignotage au retour à la normale. C'est cette fenêtre-là qu'il faut bloquer dans un planning, pas la précédente : elle se compte en heures là où la totalité se compte en secondes. | Ville | Premier contact (C1) | Dernier contact (C4) | | --------------------- | -------------------- | -------------------- | | Oviedo | 19:31:22 | 21:21:06 | | Gijón | 19:31:04 | 21:20:46 | | Santander | 19:31:24 | 21:20:09 | | Burgos | 19:33:24 | 21:20:16 \* | | Valladolid | 19:34:32 | 21:22:56 \* | | Palencia | 19:33:56 | 21:22:36 | | León | 19:32:46 | 21:22:08 | | Saragosse | 19:34:42 | 21:07:35 \* | | Teruel | 19:36:58 | 21:05:54 \* | | Castellón de la Plana | 19:37:33 | 21:00:55 \* | | Palma de Majorque | 19:38:05 | 20:49:23 \* | \* Dans ces six villes, le Soleil se couche avant le retour au disque complet : l'éclipse partielle s'interrompt avec le coucher, elle ne va pas à son terme théorique. Le décalage entre les villes espagnoles tient à la géométrie de la bande, qui se déplace du nord-ouest vers le sud-est : Gijón entre en totalité la première, à 20 h 26 min 49 s, Castellón de la Plana la dernière, à 20 h 31 min 20 s. Quatre minutes et demie séparent les deux extrémités du tableau. ## Reykjavik n'a pas la durée record En clair : la confusion la plus fréquente sur cette éclipse porte sur l'Islande. La durée maximale de toute la trajectoire, 2 minutes 18 secondes, ne se produit pas à Reykjavik. Elle se produit au large, dans le détroit du Danemark, au point de coordonnées 65°10,3' Nord et 25°12,3' Ouest, en pleine mer. Reykjavik est dans la bande, mais proche de son bord nord : la ville ne voit qu'environ une minute de totalité (58 à 61 secondes selon la source). Sur ce genre de chiffre, je préfère vérifier deux fois : celui-là a déjà piégé plusieurs sites en ligne. Ses horaires, en UTC puisque l'Islande ne pratique pas de décalage saisonnier : premier contact à 16:47:10, totalité de 17:48:15 à 17:49:12, maximum à 17:48:44, dernier contact à 18:47:35. ## Sept villes françaises, zone partielle Aucune ville française métropolitaine n'entre dans la bande de totalité. Le pays reste en couverture partielle, avec un maximum qui dépasse 90 % sur une bonne partie du territoire. Heures en heure locale française, elle aussi à UTC+2 le 12 août. | Ville | Maximum | Couverture | | --------- | -------- | ------------ | | Biarritz | 20:26:54 | environ 99 % | | Bordeaux | 20:24:30 | 97,5 % | | Toulouse | 20:25:58 | 97,7 % | | Perpignan | 20:26:58 | 98 % | | Paris | 20:17:16 | 92,1 % | | Lyon | 20:21:37 | environ 94 % | | Marseille | 20:25:16 | 96,5 % | Sur Paris, deux sources indépendantes tombent d'accord sur 92,1 %. Une troisième donne 93,1 %, isolée : je retiens la valeur qui recoupe. Sur Biarritz, trois sources s'échelonnent entre 99,2 % et 99,5 %, sans consensus net à la décimale près : mieux vaut parler de couverture quasi-totale que trancher un chiffre que personne ne confirme. Même prudence sur Lyon, donnée à 94,5 % d'un côté et 93,8 % de l'autre. D'où les deux « environ » du tableau : ils signalent un désaccord entre sources, pas un arrondi de confort. 92 % de couverture, ce n'est pas 92 % d'obscurité. La luminosité perçue reste proche de la normale jusqu'à des couvertures élevées, parce que l'œil s'adapte. La vraie bascule se joue dans les dernières minutes avant le maximum. ## La séquence des phénomènes, dans l'ordre où ils arrivent Ordre chronologique pour un observateur situé dans la bande de totalité, avec la portée de chaque étape : partout, ou seulement dans la bande. **Environ une heure avant la totalité, dès C1.** Le disque lunaire commence à grignoter le disque solaire. Sous un arbre, l'effet sténopé projette au sol des croissants de lumière à travers le feuillage. Visible partout, y compris en zone partielle française. **Environ 15 minutes avant.** La lumière baisse de façon perceptible et prend une teinte étrange, selon l'American Astronomical Society (AAS). Net uniquement à l'approche de la bande de totalité. **Juste avant.** Il fait plus frais. La baisse moyenne documentée par l'AAS sur des éclipses passées tourne autour de 5 degrés Celsius, avec de fortes variations selon les conditions du jour. C'est une moyenne historique, pas une prévision météo pour le 12 août 2026 : personne ne peut prévoir la météo du jour à cette distance. Uniquement dans la bande. **Dans la dernière minute avant C2.** Des ombres volantes peuvent apparaître : de fines ondulations sombres et claires qui glissent sur le sol, causées par la turbulence atmosphérique. Pas garanties. Uniquement dans la bande. **Quelques secondes avant C2.** Les grains de Baily : les derniers rayons de Soleil filtrent par les vallées du relief lunaire et créent des points brillants qui s'éteignent un à un. Uniquement dans la bande. **La dernière seconde avant C2.** L'anneau de diamant : un seul grain persiste, brillant comme serti dans l'anneau pâle de la couronne interne. Ce grain est encore de la lumière solaire directe : les lunettes restent en place. Elles ne se retirent qu'une fois le point éteint, quand le ciel s'assombrit d'un coup. Uniquement dans la bande. **De C2 à C3.** La chromosphère apparaît en arc rouge et rose vif, puis disparaît vite. Les protubérances, boucles de gaz hydrogène, s'étirent depuis le bord du disque. La couronne se déploie en halo blanc et vaporeux. Une lueur à 360 degrés apparaît à l'horizon, comme un lever et un coucher de Soleil simultanés. Uniquement dans la bande. **À l'instant C3.** Réapparition brutale : un point de lumière éclate, puis la séquence inverse, anneau de diamant, grains de Baily, chromosphère, croissant qui s'élargit. Les lunettes doivent déjà être revenues : remettez-les quelques secondes avant l'heure de C3 de votre ville, pas au moment où vous voyez la lumière. Ce que vous voyez à C3, vous le regardez trop tard. Uniquement dans la bande. Les phénomènes qui encadrent la totalité n'existent que dans la bande. À Paris ou à Bordeaux, vous ne verrez qu'un croissant solaire qui se resserre puis se rouvre, sans jamais disparaître. Sur le comportement animal, les observations documentées viennent d'éclipses passées, pas de celle-ci : grillons qui chantent comme la nuit, poules qui se regroupent, jusqu'à 75 % des espèces observées au zoo de Riverbanks réagissant lors de l'éclipse américaine de 2017. Aucune observation n'existe encore pour le 12 août 2026. ## Vénus dans le ciel, sans chiffre pour l'Espagne Pendant la totalité, une planète brillante ou deux se détachent du ciel assombri. Selon l'American Astronomical Society, Vénus et Jupiter dominent, Mars et Saturne restent discrètes : c'est la règle générale pour ce type d'événement. La NASA chiffre l'élongation de Vénus pour le Royaume-Uni. Pour l'Espagne, aucune source consultée ne donne cette valeur, et je ne l'invente pas. Vénus sera visible, brillante, à l'est du Soleil éclipsé, sans degré à annoncer. La même nuit, les Perséides atteignent leur pic, avec une nouvelle Lune qui garantit un ciel sombre idéal après le coucher du Soleil. J'en ai détaillé les horaires dans [l'article dédié aux Perséides 2026](/perseides-12-13-aout-2026-pic-100-meteores-heure-conditions). Une éclipse en fin de soirée, un pic de météores dans la nuit qui suit : deux rendez-vous rares en moins de vingt-quatre heures. ## Une année chargée en éclipses 2026 aligne quatre éclipses. Celle du 12 août est la seule qui vaille un déplacement depuis la France. [L'éclipse lunaire totale de mars](/eclipse-lunaire-totale-mars-2026-saros-133) et [l'annulaire de février](/eclipse-annulaire-fevrier-2026-proba-2-orbite) sont détaillées ailleurs sur le site. Et si vous préférez une soirée collective à un chrono minute par minute, le [programme des Nuits des étoiles 2026](/nuits-des-etoiles-2026-programme-observation) tombe quelques jours plus tôt. Entre Burgos et Oviedo, cinq secondes d'écart sur la totalité. À ce niveau, le choix ne se joue plus sur le chrono mais sur la hauteur du Soleil et le relief à l'ouest, que j'ai détaillés ville par ville dans [le guide du choix de site](/eclipse-12-aout-2026-ou-se-placer-espagne-hauteur-soleil-horizon). Programmez le réveil sur C2 pour votre ville. Le reste suit tout seul. > Image : [couronne solaire et perles de Bailey lors de l'éclipse totale du 21 août 2017](https://images.nasa.gov/details/AFRC2017-0233-007) : Crédit : NASA/Carla Thomas, domaine public ## Sources - NASA Science, [Total solar eclipse on August 12, 2026](https://science.nasa.gov/eclipses/future-eclipses/total-solar-eclipse-on-august-12-2026/) - NASA Science, [What's Up: August 2026 Skywatching Tips from NASA](https://science.nasa.gov/solar-system/whats-up-august-2026-skywatching-tips-from-nasa/) - American Astronomical Society, [Eclipse phenomena](https://eclipse.aas.org/eclipse-basics/eclipse-phenomena) - Wikipedia, [Solar eclipse of August 12, 2026](https://en.wikipedia.org/wiki/Solar_eclipse_of_August_12,_2026) - NationalEclipse.com, [2026 Total Solar Eclipse Cities](https://nationaleclipse.com/cities/lists/2026-total-solar-eclipse-cities.html) - Unistellar, [Where to see the eclipse](https://eclipse.unistellar.com/where/) - Tutiempo.net, données ville par ville pour la bande de totalité et la France en zone partielle - Smithsonian Magazine, [How Do Animals React to a Total Solar Eclipse ?](https://www.smithsonianmag.com/science-nature/how-do-animals-react-to-a-total-solar-eclipse-180984093/) - LiveScience, [Solar Eclipse Temperature Drop](https://www.livescience.com/59527-solar-eclipse-temperature-drop.html) --- ## Éclipse totale du 12 août 2026 : où se placer en Espagne - URL: https://www.portail-astronomie.fr/eclipse-12-aout-2026-ou-se-placer-espagne-hauteur-soleil-horizon/ - Author: Julien P. - Published: 2026-08-04T06:00:00 - Updated: 2026-08-06T15:38:18 - Categories: evenements-celestes Depuis 1905, plus aucune éclipse solaire totale n'avait balayé la péninsule Ibérique. Cent vingt et un ans plus tard, le 12 août 2026, le phénomène revient, et il reste huit jours pour décider où se placer. Ce n'est pas une question de chance météo uniquement, même si elle compte. C'est d'abord une question de géométrie : partout en Espagne, le Soleil sera bas sur l'horizon au moment de la totalité, entre 2,4 et 10,2 degrés selon la ville, et cette hauteur dérisoire commande le choix du site. ## Un Soleil qui frôle l'horizon, et ce que ça implique À 20 heures locales le 12 août, l'astre n'est déjà plus haut dans le ciel espagnol : il glisse vers l'ouest, et l'éclipse le cueille dans cette position basse. Les guides généralistes recommandent un « horizon ouest dégagé » sans jamais dire à quel point ce dégagement doit être total. Selon une source spécialisée (UpToWhere), à 8 degrés d'altitude solaire, un obstacle a besoin de s'élever d'environ 140 mètres par kilomètre de distance pour masquer le Soleil. Ordre de grandeur, pas règle absolue : la source n'a pas été recoupée par une deuxième analyse identique. L'implication reste parlante : la chaîne Cantabrique au nord et le Système Ibérique plus au sud disqualifient de fait certains sites pourtant situés dans la bande de totalité, simplement parce qu'une colline ou un massif se dresse plein ouest. Un horizon ouest-nord-ouest dégagé sur une dizaine de kilomètres devient la condition minimale, pas un confort. Sur cette portion du trajet espagnol, la hauteur du Soleil décroît régulièrement du nord-ouest vers le sud-est : Oviedo culmine à 10,2 degrés, Palma de Majorque tombe à 2,4 degrés à peine en toute fin de parcours. Entre les deux, un dégradé continu qui structure tout le choix géographique. Attention à ne pas en déduire une règle sur la durée : les deux critères sont indépendants, et la section suivante montre qu'ils se croisent sans jamais se suivre. ## Le tableau ville par ville Voici les données croisées, ville par ville, telles qu'elles ressortent des sources espagnoles disponibles : la hauteur du Soleil au-dessus de l'horizon, la durée de la totalité, et l'heure locale du maximum. | Ville | Hauteur du Soleil | Durée de la totalité | Heure du maximum | | --------------------- | ----------------- | -------------------- | -------------------- | | Oviedo | 10,2° | 1 min 48 s | vers 20h27 | | Gijón | 10,1° | 1 min 45 s | vers 20h27 | | León | 9,6° | 1 min 45 s | entre 20h28 et 20h30 | | Santander | 8,8° | 1 min 02 s | vers 20h27 | | Valladolid | 8,6° | 1 min 28 s | vers 20h30 | | Burgos | 8,2° | 1 min 43 s | vers 20h28 | | Bilbao | 8,2° | 27 s | vers 20h27 | | Saragosse | 5,9° | 1 min 23 s | vers 20h29 | | Teruel | 5,4° | 1 min 35 s | entre 20h31 et 20h33 | | Castellón de la Plana | 4,5° | 1 min 34 s | entre 20h31 et 20h33 | | Palma de Majorque | 2,4° | 1 min 36 s | vers 20h31 | La durée de totalité ne suit pas la hauteur du Soleil de façon linéaire. Bilbao, avec 8,2 degrés, tombe à 27 secondes de totalité, l'une des plus courtes du lot, alors que Burgos, à la même hauteur, en offre 1 minute 43. Ce qui gouverne la durée, c'est la position par rapport à l'axe central de la bande. La hauteur solaire, elle, gouverne la visibilité. Deux critères, deux usages. Un cas mérite qu'on s'y arrête : Castellón de la Plana a publié, via son site municipal, des chiffres d'une précision inhabituelle pour ce genre de donnée, un azimut de 286 degrés, quasiment plein ouest, et une totalité de 94 secondes, entre 20h31 et 20h33. C'est le genre de source qu'on aimerait voir généralisée à chaque commune de la bande ; elle reste l'exception. ## Où se placer côté français : la marge se réduit vers l'est Le Sud-Ouest français, lui, reste en dehors de la bande de totalité, mais la couverture partielle y frôle le disque complet. Biarritz atteint 99,4 à 99,5 % de couverture, avec un maximum vers 20h26-20h27. Toulouse suit de près avec 97,8 %, maximum vers 20h26, un chiffre qu'eclipse-solaire.fr attribue à l'IMCCE de l'Observatoire de Paris, sans que la page correspondante de l'institut ait pu être retrouvée. Plus à l'est et au sud, la couverture décroît, avec des valeurs disponibles mais moins solidement recoupées : Perpignan afficherait environ 98,2 % (maximum vers 20h27), Bayonne et Pau se situeraient autour de 98 à 99 %, maximum vers 20h26. Ces trois dernières valeurs viennent d'une source unique chacune, à traiter comme des ordres de grandeur plutôt que des chiffres à la décimale près. Pour qui ne veut pas traverser la frontière, Biarritz et Toulouse restent les positions les plus favorables du Sud-Ouest, sans jamais atteindre la totalité. Le classement se joue à la décimale, et ces décimales viennent de sources qui ne s'accordent pas entre elles : Perpignan, pourtant plus à l'est, affiche un chiffre supérieur à celui de Toulouse. Pour la totalité, il n'y a pas de raccourci : il faut franchir les Pyrénées. ## La météo, ce facteur qu'on ne maîtrise jamais Une fois le site géométriquement validé, reste le nuage. Selon une analyse AEMET fondée sur les données ERA5 de 2010 à 2025, la probabilité de ciel dégagé entre 17h et 20h UTC autour du 12 août tombe à 30-50 % sur toute la façade cantabrique, de la Galice au Pays Basque. À l'intérieur des terres, en Castille-et-León, Castille-La Manche et dans la vallée de l'Èbre, cette probabilité grimpe à 50-70 %. Le contraste est net, et il pousse presque mécaniquement vers l'intérieur : Burgos, Valladolid ou Saragosse, malgré une hauteur solaire plus faible pour cette dernière, offrent statistiquement de meilleures chances de ciel dégagé qu'Oviedo ou Santander, pourtant mieux placées sur le critère de la hauteur. On observe que les deux facteurs, géométrie et météo, tirent parfois dans des directions opposées ; le choix final est un compromis, jamais une évidence. ## Circulation et logistique : ce qui est confirmé, ce qui ne l'est pas Un seul dispositif de circulation lié à l'éclipse est confirmé par un texte officiel : au Pays Basque, une résolution publiée au BOE le 10 juillet 2026 interdit la circulation de tous les véhicules ou ensembles de véhicules de plus de 7 500 kg de masse maximale autorisée sur l'ensemble du réseau routier de la communauté autonome, de minuit à minuit le 12 août, sauf autobus, autocars et véhicules autorisés. Pour le reste, la prudence s'impose. Selon la presse spécialisée espagnole, la Direction générale du trafic (DGT) envisagerait des mesures dans sept autres communautés autonomes, coupures ponctuelles, déviations, zones de stationnement dédiées, et une amende comprise entre 200 et 500 euros serait prévue pour un arrêt non justifié sur la chaussée. Je n'ai trouvé, en creusant le texte officiel cité par cette presse, aucune mention explicite de l'éclipse dans le document réglementaire correspondant. Ces éléments restent donc à prendre pour ce qu'ils sont, des annonces relayées par des médias, pas des textes officiels vérifiés au caractère près. ## La saturation touristique, elle, est déjà bien réelle Sur ce point, les chiffres ne souffrent d'aucune ambiguïté. Plusieurs provinces de Castille-et-León, Soria, Ávila, Palencia et Ségovie, affichaient déjà début août une occupation hôtelière et rurale de 100 % pour la nuit du 12 août, selon Hosteltur. Les Asturies, elles, enregistreraient 76 % de réservations en plus, selon des données SiteMinder relayées par la presse touristique espagnole. La ruée a commencé bien avant les huit jours qui restent. Réserver maintenant revient à choisir parmi ce qu'il reste plutôt qu'à composer librement. L'Espagne du nord est vaste et la bande traverse une douzaine de villes, mais la marge s'est refermée. ## Pour aller plus loin Le [guide général de l'éclipse du 12 août 2026](/eclipse-solaire-totale-12-aout-2026-europe-guide-observation) couvre l'équipement de sécurité et le déroulé complet de la trajectoire, Islande et Groenland compris, deux volets que cet article ne reprend volontairement pas. Pour situer cette éclipse dans le contexte plus large de 2026, année chargée en événements célestes, notre article sur l'[éclipse annulaire de février](/eclipse-annulaire-fevrier-2026-proba-2-orbite) et celui sur l'[éclipse lunaire totale de mars](/eclipse-lunaire-totale-mars-2026-saros-133) complètent le tableau. Et pour ceux qui veulent prolonger l'été d'observation après le 12 août, les [Nuits des étoiles 2026](/nuits-des-etoiles-2026-programme-observation) prennent le relais quelques jours plus tard. Les données de hauteur solaire, aussi précises soient-elles, ne disent rien de ce que ressentira quelqu'un debout dans un champ castillan à 20h28, le Soleil réduit à un mince croissant à quelques degrés au-dessus des collines. Cent vingt et un ans que la péninsule attend. Un massif mal placé plein ouest, et le calcul le plus soigné ne sert plus à rien : que restera-t-il, alors, du site choisi sur un tableau ? ## Sources - solareclipsespain.com, "2026 Total Solar Eclipse in Spain, A Complete Guide" : https://solareclipsespain.com/total-solar-eclipse-in-spain-august-12-2026/ - Instituto Geográfico Nacional (IGN), "Eclipse total de Sol de 12 de agosto de 2026" : https://eclipses.ign.es/eclipse-total-sol-de-12-de-agosto-2026.html - Ayuntamiento de Castelló, "Eclipse Total de Sol 2026" : https://www.castello.es/es/eclipse-total-de-sol-2026 - BOE, résolution circulation Pays Basque (BOE-A-2026-15034) : https://www.boe.es/diario_boe/txt.php?id=BOE-A-2026-15034 - Última Hora, analyse AEMET/ERA5 nébulosité : https://www.ultimahora.es/noticias/sociedad/2026/05/29/2639487/gran-eclipse-agosto-apunta-cielos-despejados-baleares-segun-analisis-climatico-aemet.html - Hosteltur, occupation hôtelière Castille-et-León : https://www.hosteltur.com/177843_el-turismo-rural-alcanza-el-70-de-ocupacion-en-agosto-impulsado-por-el-eclipse.html - Moncloa.com, dispositif DGT et Catalogne : https://www.moncloa.com/2026/07/30/eclipse-eclipse-total-dgt-3407775/ - eclipse-solaire.fr, données Biarritz et Toulouse : https://eclipse-solaire.fr/eclipse-solaire-2026/toulouse/ - UpToWhere, "Solar Eclipse 2026 in Spain: Will a Mountain Block Your View ?" : https://uptowhere.com/blog/solar-eclipse-2026-spain-clear-horizon/ --- ## Trou noir : définition, horizon des événements et types - URL: https://www.portail-astronomie.fr/trou-noir-definition-horizon-evenements-types/ - Author: Julien P. - Published: 2026-08-03T06:00:00 - Categories: cosmologie Un trou noir, tout le monde croit savoir ce que c'est : un aspirateur cosmique, un puits sans fond, un monstre qui gobe les étoiles. La définition scientifique est à la fois plus sobre et plus troublante. Et surtout, elle tient en une phrase que la NASA répète mot pour mot. Le reste, ce sont des ordres de grandeur : des masses, des distances, des dates de détection. C'est exactement ce que les fiches de dictionnaire escamotent, alors reprenons les chiffres des agences, un par un. Un trou noir est un objet astronomique dont l'attraction gravitationnelle est si forte que rien, pas même la lumière, ne peut s'en échapper, selon la NASA. Sa frontière, l'horizon des événements, marque le point où la vitesse de libération dépasse celle de la lumière. On en distingue trois familles, classées par leur masse. ## Qu'est-ce qu'un trou noir, au juste ? La formulation de la NASA est limpide : « un objet astronomique dont l'attraction gravitationnelle est si forte que rien, pas même la lumière, ne peut s'en échapper ». Pas de matière exotique dans cette phrase, pas de science-fiction. Juste de la gravité poussée à un régime où la géométrie de l'espace se referme sur elle-même. Au centre, la relativité générale prédit une singularité : un point où la matière est écrasée à densité infinie. Je pèse mes mots ici, parce que « densité infinie » est le genre de formule qui sonne bien mais qui cache surtout les limites de nos équations. La NASA la présente comme une prédiction théorique, pas comme une observation. Nuance de méthodo qui compte. Comment naît ce genre d'objet ? Le cas le mieux compris est le trou noir stellaire. Une étoile de plus de 20 masses solaires épuise le carburant nucléaire de son cœur, puis s'effondre sous son propre poids. La NASA décrit ce scénario comme le mécanisme de formation d'un trou noir de masse stellaire. Fin de vie d'une grosse étoile, naissance d'un trou noir. ## Où commence un trou noir : l'horizon des événements C'est le seul « bord » qu'un trou noir possède. La NASA définit l'horizon des événements comme « la frontière où la vitesse nécessaire pour s'échapper dépasse la vitesse de la lumière ». En dessous de cette limite, aucune information ne ressort, puisqu'il faudrait aller plus vite que la lumière pour remonter. D'où le nom : ce qui se passe au-delà reste hors d'atteinte de tout observateur. La taille de cet horizon a une formule, le rayon de Schwarzschild : Rg = 2GM/c², où G est la constante gravitationnelle, M la masse et c la vitesse de la lumière. Je la donne avec une réserve honnête : je n'ai trouvé aucune page NASA ou ESA qui la cite verbatim, la valeur vient de sources secondaires concordantes. Elle reste un standard de manuel, mais je préfère le signaler que la faire passer pour une citation d'agence. Ce que cette formule implique n'a rien d'abstrait. Comprimez le Soleil dans son rayon de Schwarzschild, environ 3 km, et il deviendrait un trou noir. La Terre ? Il faudrait la tasser dans une bille de 9 mm. Rien de tout cela n'arrive spontanément, ces astres n'ont pas assez de masse pour s'effondrer, mais l'ordre de grandeur dit tout : un trou noir, c'est de la masse concentrée à l'extrême. ## Quels sont les trois types de trous noirs ? Le SERP français traite ces catégories séparément, sans jamais les mettre côte à côte avec leurs masses. Voici la grille manquante, construite uniquement sur des chiffres NASA, avec un exemple mesuré pour chaque famille. | Type | Fourchette de masse (NASA) | Exemple confirmé et masse | | ------------- | ----------------------------- | ----------------------------------------------------------- | | Stellaire | 5 à 20 masses solaires | Cygnus X-1, 21,2 ± 2,2 masses solaires (Miller-Jones, 2021) | | Intermédiaire | 100 à 100 000 masses solaires | Catégorie encore rare et débattue, peu de cas confirmés | | Supermassif | Millions à milliards de M☉ | Sgr A*, 4 millions M☉ ; M87*, 6,5 milliards M☉ | Trois lignes qui couvrent un facteur d'un milliard entre le plus léger et le plus lourd. Les trous noirs stellaires naissent de l'effondrement d'étoiles massives. Cygnus X-1, le premier objet jamais identifié comme trou noir (détecté en 1964, confirmé en 1971), en est l'archétype. Sa masse a d'ailleurs été révisée à la hausse : on l'estimait à 14,8 masses solaires en 2011, une mesure radio de 2021 l'a portée à 21,2. Les chiffres bougent quand les instruments s'affinent. La catégorie intermédiaire, elle, je la note avec des pincettes. La NASA la définit bien entre 100 et 100 000 Soleils, mais la classe reste peu confirmée : plusieurs candidats initiaux ont été réattribués à d'autres mécanismes. C'est un chaînon dont on cherche encore les représentants solides, comme [le candidat repéré dans Omega Centauri](/omega-centauri-ngc-5139-trou-noir-intermediaire-jwst). Les supermassifs, enfin, trônent au centre des galaxies. Sagittarius A*, au cœur de la Voie lactée, pèse 4 millions de masses solaires et se tient à 27 000 années-lumière de la Terre ; c'est celui que le [JWST surveille dans l'infrarouge](/sagittarius-a-webb-flares-permanents-48h-nircam). M87*, dans la galaxie M87 à 55 millions d'années-lumière, culmine à 6,5 milliards de masses solaires. Et le JWST en débusque désormais [de jeunes exemplaires dans l'Univers primitif](/points-rouges-webb-trous-noirs-supermassifs-jeunes). ## Comment détecte-t-on un objet qui n'émet aucune lumière ? Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Unité astronomique : 149 597 870 700 mètres exactement](/unite-astronomique-definition-mesure-distances). C'est le paradoxe du métier : un trou noir est par définition invisible, on ne l'observe donc jamais directement. On lit ses effets. Trois méthodes ont fait leurs preuves. Les rayons X d'abord. Dans un système binaire, un trou noir stellaire arrache du gaz à son étoile compagne. La friction chauffe ce disque à des températures extrêmes, qui émettent des rayons X scintillant en moins d'une seconde. L'observatoire Chandra de la NASA confirme ensuite le trou noir en mesurant la vitesse orbitale de l'étoile visible. C'est cette signature qui rend certains d'entre eux [audibles une fois sonifiés](/sons-espace-nasa-sonification). L'imagerie radio ensuite. L'Event Horizon Telescope, un réseau mondial de radiotélescopes en interférométrie à très longue base observant à 230 et 345 GHz, a produit la première image d'un trou noir, M87*, le 10 avril 2019. Puis celle de Sgr A*, annoncée le 12 mai 2022. Les ondes gravitationnelles, enfin. Le 14 septembre 2015 à 09:51 UTC, LIGO capte GW150914 : la fusion de deux trous noirs de 29 et 36 masses solaires, survenue à 1,3 milliard d'années-lumière. Première détection directe, et ouverture d'une [ère où les fusions se comptent désormais par centaines](/ondes-gravitationnelles-218-fusions-ligo-2026). Plus fort encore : GW250114, deux trous noirs de 34 et 32 masses solaires détectés le 14 janvier 2025 et annoncés le 10 septembre 2025, a fourni la première confirmation empirique du théorème de l'aire de Hawking, formulé en 1971. La prochaine étape, [l'interféromètre spatial LISA](/lisa-ondes-gravitationnelles-spatiales-esa-2035), promet d'étendre encore cette fenêtre. Trois voies, trois messagers différents, la même conclusion : l'invisible se laisse mesurer par ce qu'il fait à son voisinage. ## Questions fréquentes ### Quelle est la définition d'un trou noir ? Selon la NASA, un trou noir est un objet astronomique dont l'attraction gravitationnelle est si forte que rien, pas même la lumière, ne peut s'en échapper. Sa frontière porte le nom d'horizon des événements. En son centre, la relativité générale prédit une singularité, un point de densité infinie. ### Qu'est-ce que l'horizon des événements ? C'est la frontière d'un trou noir, définie par la NASA comme le point où la vitesse de libération dépasse la vitesse de la lumière. Aucune information ne peut ressortir au-delà, puisqu'il faudrait dépasser la vitesse de la lumière pour s'en extraire. Sa taille est donnée par le rayon de Schwarzschild. ### Combien de types de trous noirs existe-t-il ? La NASA en distingue trois selon la masse : stellaire (5 à 20 masses solaires), intermédiaire (100 à 100 000 masses solaires, catégorie encore débattue) et supermassif (des millions à des milliards de masses solaires). Cygnus X-1, Sgr A* et M87* en sont des exemples confirmés. ### Comment a-t-on obtenu la première image d'un trou noir ? Grâce à l'Event Horizon Telescope, un réseau mondial de radiotélescopes fonctionnant en interférométrie à très longue base à 230 et 345 GHz. La première image, celle de M87*, a été publiée le 10 avril 2019. Celle de Sgr A*, au centre de notre galaxie, a suivi le 12 mai 2022. ### Peut-on voir un trou noir directement ? Non. Par définition, aucune lumière n'en sort, il reste donc invisible. On le détecte par ses effets : les rayons X émis par le gaz qu'il chauffe dans un système binaire, l'ombre de son horizon en imagerie radio, ou les ondes gravitationnelles produites lors d'une fusion, comme GW150914 en 2015. > Image : [Trou noir et son jet (vue d'artiste)](https://images.nasa.gov/details/PIA22085) : Credit: NASA/JPL-Caltech, domaine public ## Sources - [NASA, What Are Black Holes ?](https://www.nasa.gov/universe/what-are-black-holes/) - [NASA Science, Black Holes Anatomy](https://science.nasa.gov/universe/black-holes/anatomy/) - [NASA Science, Black Holes](https://science.nasa.gov/universe/black-holes/) - [NASA, Finding Intermediate-Sized Black Holes](https://www.nasa.gov/image-article/finding-intermediate-sized-black-holes/) - [NASA, Imagine the Universe, Black Holes](https://imagine.gsfc.nasa.gov/science/objects/black_holes1.html) - [NASA, Black Hole Image Makes History (M87\*)](https://www.nasa.gov/universe/black-hole-image-makes-history-nasa-telescopes-coordinated-observations/) - [NASA, Sagittarius A\* and the Event Horizon Telescope](https://www.nasa.gov/image-article/sagittarius-nasa-telescopes-support-event-horizon-telescope-studying-milky-ways-black-hole/) - [Chandra X-ray Observatory, Stellar Black Holes](https://chandra.harvard.edu/xray_sources/blackholes_stellar.html) - [LIGO Caltech, GW150914 Press Release](https://www.ligo.caltech.edu/page/press-release-gw150914) - [LIGO, GW250114 detection](https://ligo.org/detections/gw250114-10-years-of-gravitational-wave-astronomy/) - [Miller-Jones et al., Science 2021 (Cygnus X-1 mass)](https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/33602863/) --- ## Distance Terre-Lune : périgée, apogée et vrais chiffres - URL: https://www.portail-astronomie.fr/distance-terre-lune-perigee-apogee-explication/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-07-31T06:00:00 - Categories: systeme-solaire 384 400 kilomètres. C'est le chiffre qu'on récite pour la distance Terre-Lune, et il est juste. Le problème, c'est qu'il ne dit presque rien. La Lune ne tourne pas sur un cercle, elle décrit une ellipse, et sa distance à la Terre change tous les jours. La plupart des sites de calendrier lunaire vous balancent une seule valeur sans jamais préciser si c'est une moyenne, un record ou la position du moment. Résultat : tout le monde confond. Alors reprenons les chiffres des agences, NASA et ESA en tête. En moyenne, la Lune se tient à 384 400 km de la Terre, selon le CNES. Mais son orbite est elliptique : elle descend jusqu'à 363 396 km au périgée moyen et grimpe à 405 504 km à l'apogée moyen. Les records absolus sur 5000 ans, eux, vont de 356 355 à 406 725 km d'après la NASA. Trois nombres, trois réalités différentes. ## Quelle est la vraie distance entre la Terre et la Lune ? Ça dépend du jour, et surtout de ce que vous appelez « distance ». Il faut séparer deux choses que presque personne ne distingue : la valeur mensuelle typique et le record historique. Chaque mois, la Lune passe par un point le plus proche (le périgée) et un point le plus lointain (l'apogée). Ces valeurs bougent d'un cycle à l'autre. La NASA, via le catalogue de Fred Espenak sur 5000 ans, donne des moyennes et des extrêmes. Voici les deux à côté : | Position | Valeur moyenne mensuelle (NASA) | Record extrême sur 5000 ans (NASA) | | ---------------------- | ------------------------------- | ---------------------------------- | | Périgée (au plus près) | 363 396 km | 356 355 km | | Distance moyenne | 384 400 km (CNES) | sans objet | | Apogée (au plus loin) | 405 504 km | 406 725 km | La colonne de droite, c'est le plus proche et le plus loin que la Lune puisse atteindre. La colonne du milieu, c'est ce que vous verrez la plupart des mois. Le périgée d'un mois donné peut d'ailleurs remonter jusqu'à 370 399 km selon la phase : autrement dit, tous les périgées ne se valent pas. Confondre le record de 356 355 km avec le périgée du mois, c'est l'erreur numéro un. L'ESA recoupe la NASA de façon indépendante : elle cite 356 400 km au plus près et 406 700 km au plus loin. Deux agences, des méthodes différentes, des chiffres qui collent à quelques centaines de mètres près. Quand deux sources primaires s'accordent comme ça, on peut y aller les yeux fermés. Ces valeurs d'apogée servent de repère jusque dans les missions habitées, comme le [record de distance battu au retour d'Artemis II](/artemis-ii-splashdown-11-avril-2026-record-apollo-13-252756-miles). Pourquoi cette danse ? Parce que l'orbite lunaire a une excentricité moyenne de 0,0549, une ellipse légèrement aplatie (sur 5000 ans, cette excentricité oscille entre 0,0255 et 0,0775 au périgée). Le cycle complet périgée-apogée-périgée dure environ 27,55 jours, ce qu'on appelle le mois anomalistique. Un exemple daté pour ancrer tout ça. En juin 2024, l'IMCCE a mesuré la Lune à 368 102 km le 2 juin (près du périgée), puis à 404 077 km le 14 juin (à l'apogée), et de nouveau à 369 286 km le 27 juin. Trois valeurs réelles en un seul mois, toutes comprises entre les records. C'est ça, la réalité du terrain : la distance Terre-Lune est une fourchette qui respire, pas un nombre gravé. ## Pourquoi la Lune s'éloigne de 3,8 cm par an ? Petit détail que les tableaux de calendrier n'affichent jamais : la Lune se barre. Lentement, mais elle se barre. La NASA/JPL mesure un éloignement d'environ 3,8 cm par an. L'ESA, de son côté, arrondit à environ 4 cm par an. Même ordre de grandeur, deux sources qui convergent. La méthode est ce qu'il y a de plus solide en astronomie. Les missions Apollo ont déposé des rétroréflecteurs sur la surface lunaire. On tire un laser depuis la Terre, il rebondit dessus, on chronomètre l'aller-retour. La précision atteint mieux qu'une partie sur dix milliards. À ce niveau, on ne discute plus l'ordre de grandeur. Ce même éloignement explique, sur le très long terme, pourquoi la Lune garde encore [de la glace d'eau piégée dans ses cratères polaires](/crateres-lune-glace-eau-cachee) : un corps qui s'éloigne conserve ses réservoirs. Ce chiffre a même été révisé. En 1989, la NASA/JPL annonçait 3,7 cm par an, sur la base de 20 ans de données depuis Apollo 11. Dix ans plus tard, avec plus de trois décennies de mesures, la valeur est passée à 3,8 cm par an. Un centième de centimètre, ça peut sembler ridicule, mais ça montre le sérieux du suivi. Au passage, la distance moyenne de référence est elle aussi descendue de 385 000 km (arrondi de 1989) à 384 400 km aujourd'hui : les éphémérides s'affinent en continu. Sur ce point, j'ai une réserve honnête : je n'ai trouvé aucune valeur d'excentricité orbitale ponctuelle sourcée pour 2026. La plage historique existe, la valeur du moment précis, non. Je préfère le dire que broder. ## Superlune et marées : la distance change-t-elle quelque chose ? Oui, mais pas comme la presse le raconte. Quand la pleine lune tombe près du périgée, on a une superlune. Terme grand public, d'ailleurs : les astronomes préfèrent parler de « perigee-syzygy » du système Terre-Lune-Soleil, moins vendeur mais plus exact. L'effet visuel est réel. Selon la NASA et l'ESA, une superlune apparaît jusqu'à 14 % plus grande en diamètre et 30 % plus lumineuse que la plus petite pleine lune de l'année. À l'œil nu, l'écart de taille est difficile à percevoir, mais le surcroît de luminosité, lui, se remarque (et se capte bien en [photographiant la Lune, du smartphone au reflex](/astrophotographie-lune-smartphone-reflex-debutant)). Si vous voulez la voir dans les meilleures conditions, la [superlune du 24 décembre 2026 sera la plus proche de l'année](/superlune-noel-24-decembre-2026). À l'opposé, une pleine lune à l'apogée donne une [microlune, comme celle du 31 mai 2026](/lune-bleue-31-mai-2026-guide-observation-microlune). Côté marées, il faut calmer le jeu. Chaque fois qu'une superlune fait la une, un client ou un pote me sort que la mer va tout engloutir. Non. La NOAA documente des marées de périgée-syzygie 6 à 8 fois par an, plus hautes de jusqu'à plus de 30 cm (un pied) qu'une marée d'apogée. C'est mesurable, ce n'est pas cataclysmique. Le seul vrai risque, c'est le cumul : une de ces grandes marées qui tombe pile pendant une tempête. Là, l'inondation côtière peut mordre. Sans tempête, c'est un joli coefficient, rien de plus. ## Questions fréquentes ### À quelle distance est la Lune en ce moment ? Impossible de donner un chiffre unique valable en permanence : la distance change chaque jour au fil du cycle d'environ 27,55 jours. Elle reste comprise entre le périgée (autour de 363 396 km en moyenne) et l'apogée (autour de 405 504 km), avec une moyenne de 384 400 km. Pour la valeur d'un jour précis, il faut une source d'éphémérides comme l'IMCCE. ### Périgée et apogée, quelle est la différence ? Le périgée est le point de l'orbite où la Lune est au plus près de la Terre, l'apogée le point où elle est au plus loin. Sur une valeur moyenne, la NASA donne 363 396 km au périgée et 405 504 km à l'apogée. L'écart, plus de 40 000 km, explique pourquoi la Lune ne paraît jamais tout à fait de la même taille. ### La superlune est-elle vraiment plus grosse ? Un peu. Selon la NASA et l'ESA, elle est jusqu'à 14 % plus grande en diamètre apparent et 30 % plus lumineuse que la plus petite pleine lune de l'année. La différence de taille passe presque inaperçue à l'œil nu d'une fois sur l'autre, mais la Lune est nettement plus éclatante lors d'une superlune. ### Pourquoi les sites de calendrier lunaire donnent des chiffres différents ? Parce qu'ils affichent souvent une seule valeur sans dire laquelle : moyenne, record ou position du jour. Un site peut citer 356 355 km (le record de proximité sur 5000 ans), un autre 363 396 km (le périgée moyen), un troisième la distance d'un événement daté. Ce sont tous des chiffres corrects, mais ils ne parlent pas de la même chose. D'où la confusion. > Image : [Pleine lune au périgée (supermoon)](https://images.nasa.gov/details/NHQ201712030002) : Credit: NASA/Bill Ingalls, domaine public ## Sources - [NASA, Moon at Perigee and Apogee (eclipse.gsfc.nasa.gov)](https://eclipse.gsfc.nasa.gov/SEhelp/moonorbit.html) - [NASA/JPL, Apollo 11 Experiment Continues to Return Valuable Data](https://www.jpl.nasa.gov/news/apollo-11-experiment-continues-to-return-valuable-data/) - [NASA, Apollo Laser Ranging (eclipse.gsfc.nasa.gov)](https://eclipse.gsfc.nasa.gov/SEhelp/ApolloLaser.html) - [ESA, Moon facts - Distance](https://www.esa.int/ESA_Multimedia/Images/2021/09/Moon_facts_Distance) - [ESA, Ten things you didn't know about the Moon](https://www.esa.int/ESA_Multimedia/Images/2021/09/Ten_things_you_didn_t_know_about_the_Moon_The_Moon_is_drifting_away_from_Earth) - [NASA, Supermoons](https://science.nasa.gov/moon/supermoons/) - [NOAA, What is a perigean spring tide ?](https://oceanservice.noaa.gov/facts/perigean-spring-tide.html) - [CNES, Moon](https://cnes.fr/en/folders/moon) - [IMCCE, Lettre d'information n°213 (juin 2024)](https://www.imcce.fr/lettre-information/archives/213) --- ## Occultation de Jupiter le 6 octobre 2026 : pas en France - URL: https://www.portail-astronomie.fr/occultation-jupiter-lune-6-octobre-2026/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-07-30T06:00:00 - Categories: evenements-celestes L'occultation de Jupiter par la Lune du 6 octobre 2026 existe bel et bien. Elle est référencée par l'IOTA, l'organisation qui recense ces disparitions planétaires derrière notre satellite. Mauvaise nouvelle : vous ne la verrez pas depuis la France. Ni depuis l'Europe continentale, d'ailleurs. Les specs annoncent un événement, la réalité géographique dit autre chose. Je préfère poser ça net dès le départ, parce que le titre laisse croire à un spectacle accessible partout. C'est faux. Une occultation dépend de l'endroit exact d'où vous regardez le ciel. Et cette fois, la France n'est pas dans la bonne case. On va regarder pourquoi, ce qui se passe réellement ce jour-là, et surtout ce que les observateurs français peuvent viser à la place. ## Une occultation, c'est d'abord une affaire de position Une occultation, c'est le passage d'un astre derrière un autre qui le cache à la vue d'un observateur terrestre, selon la définition de Futura Sciences. La Lune, en se déplaçant sur le ciel, passe devant Jupiter et la masque quelques heures. Rien à voir avec une éclipse : ici, c'est un corps du système solaire qui en occulte un autre. Le point clé, c'est le mot « observateur ». La Lune est proche de nous, à peine plus d'une seconde-lumière. Sa position apparente devant les étoiles change selon l'endroit d'où on la regarde sur le globe. Ce décalage s'appelle la parallaxe. Résultat : à un instant donné, Jupiter est cachée pour un observateur africain et parfaitement visible, à côté de la Lune, pour un observateur français. Deux personnes, un même ciel, deux géométries. C'est pour ça qu'une occultation trace une « bande de visibilité » sur la Terre, un peu comme le fait une éclipse solaire. Le 6 octobre 2026, cette bande couvre l'Afrique, le continent américain (est des États-Unis, Canada et Mexique en début de matinée), plus les Açores, Madère, les îles Sauvages et les îles Canaries, d'après in-the-sky.org. Ces trois derniers territoires macaronésiens sont les seuls points « européens » au sens large concernés, et aucun n'est en France. Le calendrier de référence Stelvision ne mentionne même pas l'événement dans ses temps forts 2026. Cohérent. ## Ce qui se joue vraiment ce jour-là Pour les chanceux situés dans la bande, voici la fiche technique. L'occultation débute (disparition de Jupiter) vers 08:14 UTC et se termine (réapparition) vers 12:32 UTC, selon in-the-sky.org. Le maximum tombe à 10:16 UTC d'après Space & Telescope. Jupiter affiche une magnitude d'environ -1,9, largement au-dessus du seuil de l'œil nu : c'est l'un des astres les plus brillants du ciel ce matin-là. Le détail qui vaut le déplacement pour les observateurs bien placés, c'est la séquence des lunes galiléennes. Elles ne disparaissent pas toutes en même temps. Scientific American décrit l'ordre : Europe passe derrière la Lune en premier, suivie d'Io et Callisto très proches l'une de l'autre, puis Jupiter elle-même, et enfin Ganymède. Voir une géante gazeuse et son cortège de satellites s'effacer un à un derrière le bord lunaire, ça, c'est le genre de spectacle qui justifie de sortir le matériel. Une bonne paire de jumelles ou un télescope suffit à suivre toute l'action. Un mot sur le vocabulaire, parce qu'il compte quand on prépare une observation. La disparition s'appelle l'immersion, la réapparition l'émersion. Le CRAL de Lyon note que l'immersion est toujours plus facile à saisir que l'émersion, et qu'entre Nouvelle Lune et Pleine Lune, l'astre disparaît sur le bord sombre puis ressurgit sur le bord éclairé. Ce 6 octobre, la Lune est un croissant décroissant faiblement illuminé, entre 15 et 20 % selon les sources. Un croissant, c'est justement la meilleure config : le disque lunaire n'est pas assez lumineux pour noyer l'éclat de Jupiter. ## Occultation ou conjonction : ne pas mélanger Là où beaucoup se trompent, c'est en confondant occultation et conjonction. Une conjonction, c'est un simple rapprochement apparent maximal de deux astres dans le ciel, comme celle [entre Vénus et Jupiter le 9 juin 2026](/conjonction-venus-jupiter-9-juin-2026-gemeaux-observation/). L'occultation est le cas extrême : un astre passe réellement devant l'autre et le masque. Toutes les occultations sont des conjonctions serrées, mais l'immense majorité des conjonctions ne débouchent sur aucune occultation. Question de quelques dizaines de secondes d'arc de décalage. Et c'est exactement ce qui attend la France ce 6 octobre. Pas d'occultation, mais une conjonction Lune-Jupiter bien réelle. ## Le rapprochement Lune-Jupiter, lui, est pour vous Le même jour, la Lune et Jupiter se retrouvent à seulement 0,5 degré l'une de l'autre, avec un maximum du rapprochement calé sur 10h22 UTC, d'après le calendrier Astrofiles. Un demi-degré, c'est le diamètre apparent de la pleine Lune : les deux astres tiennent dans le même champ de jumelles, largement. Le principe est le même que pour la [conjonction Lune-Vénus de juin 2026](/conjonction-lune-venus-juin-2026-observation-soir/), un croissant posé à côté d'une planète brillante. Ce rapprochement, lui, est observable depuis la France, sans avoir besoin de traverser l'Atlantique. Côté matériel, pas la peine de sortir l'artillerie lourde. Le duo se repère à l'œil nu quand les deux astres sont assez hauts, et une paire de jumelles suffit à profiter du croissant lunaire à 15-20 % posé juste à côté du point brillant qu'est Jupiter. Pour le choix des jumelles, un format 8x42 reste le meilleur compromis en astro : assez lumineux, assez léger pour tenir à main levée. En dessous, du 8x22 dépanne pour débuter. Au-delà de 10 fois de grossissement, prévoyez un trépied, sinon le tremblement des mains gâche tout. J'ai appris ça à mes dépens avec une paire de 16x70 achetée d'occasion : superbe sur le papier, impossible à stabiliser sans support. Si vous partez de zéro, mon [guide d'achat de jumelles astronomiques](/jumelles-astronomiques-guide-achat-debutant-2026/) détaille les compromis. Petit conseil de calendrier : Saturne est à l'opposition deux jours avant, le 4 octobre 2026, selon Stelvision. Et pour rester dans le thème des rendez-vous d'octobre, [l'opposition de l'astéroïde Vesta le 13 octobre](/vesta-opposition-octobre-2026-observation-asteroide-jumelles/) s'observe elle aussi aux jumelles. Autrement dit, la première quinzaine d'octobre offre de quoi occuper une lunette même sans occultation à se mettre sous l'œil. Autant en profiter. ## Pourquoi ces rendez-vous restent rares Reste une question honnête : est-ce vraiment un manque de rater cette occultation ? Sur ce point, j'hésite à trancher. Les occultations de planètes visibles depuis la France sont rares, c'est un fait : en 2023, il n'y en a eu qu'une seule, celle de Vénus le 9 novembre, d'après le blog astro de S. Feldmann sur Futura Sciences. Donc oui, chaque occasion manquée compte un peu. Mais rareté ne veut pas dire spectacle garanti. Pour situer l'échelle, une occultation mutuelle entre deux planètes, Jupiter et Vénus par exemple, s'est produite en 1818 et la prochaine attendra 2065, selon Wikipédia. À côté de ça, une occultation de Jupiter par la Lune invisible de chez vous, c'est presque un non-événement local. Le vrai lot de consolation français, c'est cette conjonction à 0,5 degré, et elle ne coûte rien à observer. Mon verdict : ne bloquez pas votre matinée pour une occultation que vous ne verrez pas. Notez plutôt le rapprochement Lune-Jupiter, sortez les jumelles quand les deux astres sont visibles, et gardez Saturne à l'opposition comme plan B. Pour qui ? Pour tout observateur français qui préfère un ciel réel à un titre trompeur. Si vous voulez cocher une vraie occultation, il faudra guetter la prochaine, ou réserver un billet d'avion. > Image d'illustration : Jupiter photographiée par Voyager 1 (PIA01509). Crédit : NASA/JPL, domaine public. ## Sources 1. [in-the-sky.org, Occultation de Jupiter par la Lune du 6 octobre 2026](https://in-the-sky.org/news.php?id=20261006_16_100) 2. [Space & Telescope, Lunar occultations of planets 2026](https://spaceandtelescope.com/lunar-occultations-of-planets-2026/) 3. [Scientific American, The best skywatching events of 2026](https://www.scientificamerican.com/article/the-best-skywatching-and-stargazing-events-of-2026/) 4. [Astrofiles, Calendrier astronomique octobre 2026](https://www.astrofiles.net/calendrier/2026/octobre) 5. [Futura Sciences, Définition de l'occultation](https://www.futura-sciences.com/sciences/definitions/univers-occultation-950/) 6. [Stelvision, Les événements astro 2026](https://www.stelvision.com/astro/les-evenements-astro-2026/) 7. [IOTA, Prédiction occultation Jupiter 6 octobre 2026](http://www.lunar-occultations.com/iota/bstar/1006jupiter.htm) 8. [Blog Futura Sciences (S. Feldmann), L'occultation de Jupiter que vous n'avez pas vue](https://blogs.futura-sciences.com/feldmann/2023/05/18/loccultation-de-jupiter-que-vous-navez-pas-vue/) --- ## Superlune du 24 décembre 2026 : la plus proche de l'année - URL: https://www.portail-astronomie.fr/superlune-noel-24-decembre-2026/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-07-29T06:00:00 - Categories: evenements-celestes 356 740 kilomètres. C'est la distance qui séparera la Terre de la Lune dans la nuit du 24 décembre 2026, à 01h28 UTC (02h28 à Paris). La superlune du 24 décembre 2026 sera la plus proche et la plus grande de l'année, et elle tombe pile la nuit de Noël. De quoi nourrir tous les titres racoleurs des prochains mois. Autant le dire tout de suite : vous verrez une belle pleine Lune. Pas un disque géant qui écrase l'horizon. La différence existe, elle est mesurable, mais elle reste bien plus modeste que ce que le mot « superlune » laisse croire. Voici les chiffres, et ce qu'ils valent vraiment. ## 356 650 km au périgée : la plus proche des trois de 2026 Trois superlunes cette année. Le 3 janvier à 362 312 km, le 24 novembre à 360 768 km, et celle du 24 décembre à 356 740 km. Classement sans appel : la dernière gagne. C'est aussi la nuit où la Lune frôle son périgée annuel, le point le plus proche de son orbite (24 décembre, 08h30 UTC, 356 650 km, minimum de 2026). La pleine Lune et le périgée tombent donc à quelques heures d'écart. C'est exactement ce qui définit une superlune : la coïncidence entre la phase pleine et le passage au plus près. Rien de magique, juste deux horloges orbitales qui s'alignent. Pour situer : la distance moyenne Terre-Lune est de 384 400 km. Deux semaines plus tôt, le 11 décembre, la Lune était à l'apogée, 406 421 km. Écart entre les deux extrêmes du mois : près de 49 771 km. L'orbite lunaire n'est pas un cercle, c'est une ellipse, et cette excentricité fait tout le spectacle. ## +7 %, pas +14 % : l'erreur que tout le monde recopie Voilà où ça se complique, et où la plupart des articles se plantent. Deux comparaisons circulent, et on les mélange en permanence. Comparaison n°1, la bonne pour une superlune : face à une pleine Lune moyenne, une superlune gagne environ 7 % de diamètre apparent et 15 % de luminosité (source NASA). C'est ça, la vraie mesure de ce que vous verrez le 24 décembre. Comparaison n°2, celle qu'on vous ressort à tort : entre le périgée le plus proche et l'apogée le plus lointain de l'année, l'écart grimpe à 14 % de diamètre et 30 % de luminosité. Impressionnant, sauf que ça compare deux extrêmes qui ne se produisent jamais côte à côte. Personne ne voit une superlune et une microlune dans la même seconde. Les 7 % et 15 %, c'est votre superlune. Les 14 % et 30 %, c'est un écart théorique entre deux nuits séparées de deux semaines. Confondre les deux, c'est comme comparer la conso d'une voiture à l'arrêt et à pleine charge, puis annoncer l'écart comme sa consommation normale. Techniquement vrai, pratiquement trompeur. Et là, la mauvaise nouvelle pour les 7 % : à l'œil nu, sans point de comparaison, c'est quasi indétectable. La BBC Sky at Night Magazine et la Cité de l'Espace le confirment, un écart de 7 à 14 % ne se discerne pas sans photo de référence côte à côte. Notre œil n'a pas de règle graduée dans le ciel. J'ai fait le test avec la [Lune bleue microlune du 31 mai](/lune-bleue-31-mai-2026-guide-observation-microlune) : superposées, les deux disques trahissent l'écart. Isolées une nuit sur l'autre, mon cerveau n'a rien vu. Le seul moyen honnête de constater la différence, c'est l'objectif. Photographiez la Lune du 24 décembre avec le même matériel et le même cadrage qu'une pleine Lune ordinaire, superposez, et là les 7 % sautent aux yeux. Un guide pour ça : [photographier la Lune au smartphone ou au reflex](/astrophotographie-lune-smartphone-reflex-debutant). ## Un mot d'astrologue, pas d'astronome Petit détail que le marketing oublie de préciser : « superlune » n'est pas un terme astronomique. Il a été forgé en 1979 par Richard Nolle, un astrologue, dans le magazine Dell Horoscope, à partir d'une publication de Fergus Wood pour la NOAA en 1976. Les astronomes, eux, parlent de « périgée-syzygie ». Moins vendeur, je vous l'accorde. Ça n'enlève rien à la réalité du phénomène, la Lune est bel et bien plus proche. Mais ça éclaire l'emballement médiatique. Un mot né dans une rubrique horoscope a plus de punch commercial que « pleine Lune au périgée ». C'est le même réflexe qui rebaptise une itération correcte en « révolution ». J'ai vu assez de fiches techniques gonflées pour reconnaître le procédé. Autre légende à évacuer : non, une superlune ne déclenche ni séisme ni éruption. Aucun lien établi, quoi qu'en disent les prophètes de catastrophes à chaque périgée. ## L'illusion lunaire, l'autre malentendu Il y a un moment où la Lune paraît réellement énorme : quand elle se lève à l'horizon. Sauf que ça n'a rien à voir avec la superlune. C'est l'illusion lunaire, un effet psychologique (l'effet Ponzo) où le cerveau surestime la taille d'un astre bas sur l'horizon, à côté d'arbres et de bâtiments. Mesurée, la Lune fait exactement la même taille au zénith. La distance Terre-Lune n'y change rien. Le 24 décembre, les deux effets se cumulent : une Lune déjà au plus proche, observée au moment de son lever. C'est là qu'elle vous paraîtra la plus imposante. Pas parce qu'elle est physiquement plus grosse à cet instant, mais parce que votre cerveau vous ment. Le meilleur des deux mondes, en quelque sorte. ## Les marées passent à la caisse La superlune a un effet bien réel, et il n'est pas dans le ciel mais sur les côtes. Quand Soleil, Terre et Lune s'alignent (syzygie) et que la Lune est au plus proche, l'attraction combinée gonfle les marées. Selon point-maree.fr (données dérivées du SHOM), de grandes marées sont attendues du 24 au 27 décembre 2026, avec un coefficient maximal de 99 le 26 décembre, en référence à Brest. Les pêcheurs à pied, eux, ne se trompent jamais de superlune : ils regardent le coefficient, pas les titres. Détail pour les curieux de mécanique orbitale : la Lune s'éloigne de nous de 3,8 cm par an. Les superlunes d'aujourd'hui sont donc, à très long terme, un peu moins « super » que celles de nos lointains ancêtres. Rien qui change votre nuit de Noël. ## Mon verdict d'observateur Ce que vous verrez le 24 décembre : une pleine Lune franchement lumineuse, la plus proche de 2026, baptisée « Cold Moon » (un nom d'origine mohawk pour la pleine Lune de décembre). Pas un disque monstrueux. Un beau prétexte pour sortir couvert, lever les yeux, et accessoirement noyer les faibles météores de fin d'année, pour ceux qui espéraient encore [les Géminides](/geminides-13-14-decembre-2026-pic-150-meteores-heure-asteroide-phaethon). Mon conseil, sans détour : ne surchargez pas d'attentes. Regardez-la se lever à l'est en début de nuit, c'est là qu'elle donne son meilleur, illusion lunaire comprise. Et si vous voulez vraiment prouver qu'elle est plus grande, sortez l'appareil photo. L'œil, lui, se contentera d'une jolie Lune de Noël. Ce qui, honnêtement, suffit largement. > Image d'illustration : superlune photographiée par la NASA. Crédit : NASA/Bill Ingalls (domaine public). ## Sources - Astropixels (Fred Espenak), "Full Moon at Perigee 2001-2100" : https://astropixels.com/ephemeris/moon/fullperigee2001.html - Astropixels (Fred Espenak), "Moon at Perigee and Apogee 2001-2100" : https://astropixels.com/ephemeris/moon/moonperap2001.html - NASA Science, "Supermoons" : https://science.nasa.gov/moon/supermoons/ - BBC Sky at Night Magazine, "Supermoons 2026" : https://www.skyatnightmagazine.com/advice/supermoons-2026 - Wikipedia, "Supermoon" : https://en.wikipedia.org/wiki/Supermoon - Cité de l'Espace, "La super lune, c'est quoi ?" : https://www.cite-espace.com/centre_ressources/la-super-lune-cest-quoi/ - point-maree.fr, "Grandes marées 2026" : https://point-maree.fr/blog/grandes-marees-2026/ - StarWalk, "Full Moon December" : https://starwalk.space/en/news/full-moon-december --- ## Observer et photographier la nébuleuse d'Orion (M42) - URL: https://www.portail-astronomie.fr/m42-nebuleuse-orion-observer-photographier-guide/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-07-28T06:00:00 - Categories: ciel-profond M42, la nébuleuse d'Orion, c'est le premier objet du ciel profond que la plupart des gens pointent un jour, et pour une bonne raison : elle est lumineuse, énorme, et elle pardonne les erreurs de débutant. Magnitude 4,0, visible à l'œil nu même depuis une ville pas trop éclairée. C'est une nébuleuse en émission, une région HII comme disent les manuels, autrement dit un gigantesque nuage de gaz que de jeunes étoiles font briller de l'intérieur. Une pouponnière d'étoiles, la plus proche de nous. Alors on va voir comment la repérer, ce que vous verrez vraiment selon votre matériel, et surtout comment la photographier, parce que c'est là qu'elle est imbattable. ## L'étoile floue au milieu de l'épée Le repérage est presque trop simple. Trouvez la Ceinture d'Orion, les trois étoiles alignées que tout le monde appelle les Trois Rois. Juste en dessous pend l'épée d'Orion, une petite ligne de trois points plus discrète. Celui du milieu n'est pas net : ce n'est pas une étoile, c'est M42. À l'œil nu, ça ressemble à une étoile qui aurait bavé. Vous l'avez déjà vue sans le savoir. Côté calendrier, Orion est une constellation d'hiver dans l'hémisphère Nord. La fenêtre utile va de novembre à mars, avec un pic de confort en janvier et février, quand la nébuleuse monte haut dès la tombée de la nuit. À la mi-décembre, la constellation passe plein sud vers minuit, et elle se lève environ deux heures plus tôt chaque mois qui suit. Si vos étoiles se noient dans un halo orange, le problème n'est pas M42, c'est votre ciel : [l'échelle de Bortle et les sites de ciel noir en France](/pollution-lumineuse-bortle-sites-ciel-noir-france) sont détaillés ailleurs, ça change tout. ## À l'œil nu, aux jumelles, au télescope Voilà la progression que je conseille, dans cet ordre, sans brûler les étapes. À l'œil nu, vous tenez un point flou. Une simple paire de jumelles, et la nébulosité devient évidente : une tache laiteuse qui s'étale, bien plus grande que ce que la vue seule laissait deviner. M42 couvre plus d'un degré dans le ciel, soit une surface supérieure à celle de la pleine Lune. N'importe quelle paire de jumelles courante suffit largement, et si vous hésitez sur un modèle, mon [guide d'achat des jumelles](/jumelles-astronomiques-guide-achat-debutant-2026) tranche les deux ou trois critères qui comptent vraiment. Le petit télescope, disons une lunette de 60 à 100 millimètres, ajoute le détail et commence à découper le cœur. Au centre brille le Trapèze, l'amas Theta1 Orionis : quatre étoiles principales rangées A, B, C et D en forme de trapèze, que Galilée fut le premier à distinguer en 1617. Ce sont elles qui allument toute la nébuleuse. La plus chaude, Theta1 Orionis C, rayonne près de 251 000 fois plus que le Soleil. Derrière ces quatre têtes d'affiche se cachent environ mille jeunes étoiles, âgées d'à peine un million d'années, entassées au cœur du nuage. Pour choisir un premier tube, jetez un œil au [comparatif réfracteur, réflecteur et Dobson](/premier-telescope-refracteur-reflecteur-dobson-achat) : sur M42, l'ouverture compte plus que le grossissement. ## La photographier sans se ruiner C'est ici que M42 devient exceptionnelle. On la cite partout comme la meilleure cible pour débuter en astrophoto du ciel profond, et ce n'est pas un slogan : elle est tellement lumineuse que vous obtenez un résultat visible en une soirée, sans matériel de compétition. Le premier réflexe, c'est de poser l'appareil sur un trépied fixe et de viser. Ça marche, à une limite près : la Terre tourne. Au-delà d'environ cinq secondes de pose, les étoiles commencent à filer et laissent une petite traînée. Ma première tentative, il y a des années, ressemblait à ça, un joli flou de bougé que je prenais pour une buée sur l'objectif avant de comprendre que c'était la mécanique céleste qui me passait devant. La parade sans se ruiner : empiler. Prenez au moins trente poses courtes plutôt qu'une seule pose longue, puis additionnez-les dans un logiciel gratuit. Le bruit du capteur se dilue, le signal ressort. Trente clichés de quelques secondes valent mieux qu'un unique cliché baveux. Le vrai saut de qualité vient de la monture motorisée. Une monture équatoriale, alignée sur le pôle céleste, suit la rotation du ciel et vous débloque des poses unitaires de soixante secondes ou davantage. À partir de là, tout se joue sur le temps cumulé : les astrophotographes empilent de trente minutes à dix heures de pose totale sur cette seule cible. Vous n'êtes pas obligé de viser les dix heures pour vos débuts, mais l'idée est là, plus vous accumulez, plus les extensions ténues de gaz apparaissent. Si le sujet vous attire, la différence entre les deux grandes familles de montures est expliquée dans mon [guide monture équatoriale ou azimutale](/monture-equatoriale-azimutale-debutant-astrophoto). Reste un piège propre à M42 : son cœur est éblouissant, ses bords sont fantomatiques. Une seule durée de pose ne peut pas capter les deux à la fois. La solution est celle des photographes de paysage, la fusion HDR : quelques poses très courtes de cinq à dix secondes pour le centre autour du Trapèze, sans le cramer, mêlées à des poses longues de plusieurs minutes pour les volutes faibles. On assemble ensuite les deux. C'est un peu de travail au traitement, mais le rendu final n'a rien à voir. Et franchement, pour un objet qui se laisse cadrer aussi facilement, l'investissement en vaut la peine. Si vous voulez roder la technique de pose et d'empilement sur une cible plus indulgente avant de vous y frotter, commencez par [la Lune au smartphone ou au reflex](/astrophotographie-lune-smartphone-reflex-debutant), puis passez à M42. ## 1267 années-lumière, une valeur qui a bougé Un mot sur la distance, parce que c'est un chiffre où il faut se méfier de ce qu'on lit. La mesure la plus récente et la plus précise, publiée par Dzib et ses collègues en 2026 à partir de relevés radio, place M42 à 1267 années-lumière, à quelques années-lumière près. Beaucoup de sites affichent encore 1344 années-lumière : c'est une valeur de 2007, longtemps la référence, désormais dépassée. Et la NASA, dans ses communiqués grand public, arrondit volontiers à 1500. Retenez l'ordre de grandeur, environ 1300 années-lumière, et sachez que la décimale exacte a évolué. Sur ces 1267 années-lumière, la partie visible s'étend sur quelque 25 années-lumière de diamètre. De quoi relativiser la petite tache floue de l'épée. La même cible, la même nuit d'hiver, se prolonge d'ailleurs vers d'autres nébuleuses d'été comme [la Lagune, M8](/m8-nebuleuse-lagune-observation-ete-2026), quand la saison tourne. En clair : repérez-la à l'œil nu, savourez-la aux jumelles, détaillez le Trapèze au télescope, puis sortez l'appareil. Dans cet ordre. Aucune autre cible du ciel profond ne rend autant pour aussi peu d'efforts. > Image d'en-tête : « Chaos at the Heart of Orion », vue composite de la nébuleuse d'Orion (M42). Crédit : NASA/JPL-Caltech/STScI, domaine public. ## Sources - https://science.nasa.gov/mission/hubble/science/explore-the-night-sky/hubble-messier-catalog/messier-42/ - https://en.wikipedia.org/wiki/Orion_Nebula - https://arxiv.org/html/2602.22048 - http://www.messier.seds.org/more/m042_trapezium.html - https://astrobackyard.com/orion-nebula/ - https://earthsky.org/clusters-nebulae-galaxies/orion-nebula-jewel-in-orions-sword/ --- ## Ursides 2026 : la pleine Lune sabote le spectacle - URL: https://www.portail-astronomie.fr/ursides-22-decembre-2026-sursaut-solstice/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-07-27T06:00:00 - Categories: evenements-celestes ZHR nominal de 10 météores par heure. Lune gibbeuse à 94 % d'illumination au moment du pic. Faites le calcul : les Ursides 2026 vont finir mangées par la lumière. C'est le dernier essaim de l'année, il culmine le 22 décembre, et sur le papier, il n'a aucune chance. Je pose le verdict tout de suite, ça évitera à personne de programmer un réveil à 3h du matin pour rien. Les Ursides sont un essaim mineur en temps normal, actif du 17 au 26 décembre selon le calendrier de l'International Meteor Organization. Dix filantes à l'heure dans les meilleures conditions, avec un ciel parfaitement noir et le radiant au zénith. Retirez de ce budget déjà maigre tout ce qu'une Lune presque pleine efface, et il ne reste pas grand-chose. ## La Lune à 94 % règle le match Le problème n'est pas discutable. La pleine Lune de décembre tombe le 24, deux jours après le pic. Le 22 au soir, notre satellite affiche donc entre 94 % (calcul EarthSky) et 99 % d'illumination (In-The-Sky.org selon le lieu) : une Lune gibbeuse croissante qui reste au-dessus de l'horizon quasiment toute la nuit. Concrètement, un ciel lavé de lumière ne laisse passer que les météores les plus brillants. Or les Ursides sont un essaim riche en filantes faibles. Le fond de ciel noyé, vous perdez la majorité du flux. Les modèles professionnels sont formels : aucun sursaut n'est prédit pour 2026. On part donc d'un ZHR de 10 déjà modeste, amputé par la Lune. Mon verdict : mauvaise année, point. Ça me rappelle les [Éta Aquariides sous une Lune gibbeuse](/eta-aquarides-mai-2026-lune-gibbeuse-observation-difficile/), même configuration défavorable, même frustration. Certaines années, le ciel ne coopère pas, et aucun conseil d'observation ne rattrape ça. ## Ce que sont vraiment les Ursides Le radiant se situe près de l'étoile Kochab, dans la Petite Ourse, tout près de la Polaire. Détail qui compte : à nos latitudes, ce coin de ciel est circumpolaire. Le radiant ne se couche jamais, l'essaim reste théoriquement observable toute la nuit dans l'hémisphère nord. C'est d'ailleurs un phénomène strictement boréal : au sud, le radiant ne monte pas assez pour donner quoi que ce soit. Les filantes entrent dans l'atmosphère à environ 33 km/s. Vitesse moyenne, ni traînardes comme les Taurides ni fulgurantes comme les Léonides. La comète parente, c'est 8P/Tuttle, une période orbitale d'environ 13,6 ans. Elle a été repérée le 9 janvier 1790 par Pierre Méchain depuis Paris, puis reconnue comme périodique par Horace Tuttle en 1858. Chaque passage, elle sème les poussières que la Terre traverse fin décembre. ## Sursauts : trois vrais, deux surestimés C'est là que les Ursides deviennent intéressantes, et c'est là qu'on lit le plus de bêtises. On voit régulièrement traîner une liste de « sursauts » qui mélange tout. Remettons les compteurs à l'endroit. Trois sursauts majeurs sont réellement documentés. Le premier, en 1945, c'est carrément l'acte de naissance de l'essaim : Antonín Bečvář l'observe depuis l'observatoire de Skalnaté Pleso, en Slovaquie. Le taux brut rapporté à l'époque était spectaculaire, mais la réanalyse scientifique de Zdeněk Ceplecha en 1951 l'a ramené à environ 48 météores par heure. Déjà largement au-dessus du niveau habituel. Rebelote en 1986, avec un pic autour de 90 à l'heure. Puis en 2000, un sursaut prédit à l'avance. Le mécanisme est élégant. Une partie des poussières de 8P/Tuttle est piégée dans une résonance orbitale 6:7 avec Jupiter, sur une orbite légèrement plus longue que celle de la comète. Il faut environ 600 ans pour que cette poussière migre vers l'orbite terrestre. Ce n'est pas propre aux Ursides : 55P/Tempel-Tuttle, la parente des [Léonides](/leonides-17-18-novembre-2026-guide-observation/), et 109P/Swift-Tuttle, celle des [Perséides](/perseides-12-13-aout-2026-pic-100-meteores-heure-conditions/), présentent le même genre de filament résonant. Maintenant les deux cas surestimés. 2006 : on lit parfois que c'était un sursaut. Faux. Le ZHR observé plafonnait à 15 plus ou moins 5, contre moins de 10 en temps normal. Une activité un peu renforcée, rien de comparable à 1945 ou 2000. 2007, c'est plus subtil, et honnêtement, sur ce cas précis, je reste prudent. Un sursaut fort avait été prédit par les professionnels, avec un ZHR attendu de 40 à 80 à l'heure. Sauf qu'une quasi-pleine Lune gênait l'observation, exactement comme en 2026. Les auteurs de la prédiction le signalaient eux-mêmes. Résultat : les sources disponibles n'ont jamais confirmé que le sursaut annoncé s'était réellement produit à ce niveau. Prédiction forte, confirmation absente. On ne peut donc pas ranger 2007 dans la même case que les trois vrais. Une source secondaire évoque un léger renforcement possible le 22 décembre 2026 vers 14h UTC, jusqu'à 20 filantes à l'heure. À prendre avec des pincettes : ce chiffre ne figure pas dans le document officiel de l'IMO, et de toute façon la Lune rendrait la chose imperceptible. ## Ne les confondez pas avec les Géminides Piège classique du mois : huit jours avant les Ursides, les [Géminides](/geminides-13-14-decembre-2026-pic-150-meteores-heure-asteroide-phaethon/) atteignent leur maximum le 14 décembre, avec un ZHR de 150. Sans commune mesure. Et leur corps parent n'est même pas une comète, mais l'astéroïde 3200 Phaethon. Si vous ne devez sortir qu'une nuit de décembre pour des étoiles filantes, c'est mi-décembre pour les Géminides, pas le 22 pour les Ursides. Le solstice tombe le 21 décembre à 20h50 UTC : les Ursides culminent donc juste après la nuit la plus longue de l'année, jolie coïncidence, mauvais timing lunaire. ## Pour qui ? Trois profils, un verdict par profil. L'observateur du dimanche : passez votre tour. Sous cette Lune, vous verrez trois filantes en deux heures de froid mordant, et vous rentrerez déçu. Gardez votre énergie pour les Géminides. Le compteur assidu, celui qui envoie ses données à l'IMO : là oui, ça vaut le coup. Chaque année sans sursaut construit la ligne de base qui rendra le prochain détectable. Le radiant circumpolaire vous laisse toute la nuit, visez le pic autour de 21h-22h UTC selon les modèles, et éloignez la Lune de votre champ de vision. Le curieux qui veut juste tenter : un site sombre change tout, même contre la Lune. Un coin loin des lampadaires, repéré via une [carte de pollution lumineuse](/pollution-lumineuse-bortle-sites-ciel-noir-france/), et un peu de patience. Vous ne battrez aucun record, mais une Urside isolée qui traverse le ciel du solstice, ça se mérite. Mon avis final : 2026 n'est pas l'année des Ursides. La prochaine fenêtre correcte se jouera quand la Lune décidera de coopérer. Pour cette fois, elle a choisi son camp. ## Sources - [IMO, 2026 Meteor Shower Calendar (Table 5, Table 4)](https://www.imo.net/files/meteor-shower/cal2026.pdf) - [Jenniskens et al., WGN 35:6 (2007), Strong Ursid shower predicted for 2007 December 22](https://ursids.seti.org/WGNUrsids.pdf) - [EarthSky, Ursid meteor shower active around winter solstice](https://earthsky.org/astronomy-essentials/ursid-meteor-shower-active-around-winter-solstice/) - [American Meteor Society, Viewing the Ursid meteor shower](https://www.amsmeteors.org/2025/12/viewing-the-ursid-meteor-shower-in-2025/) - [Wikipedia, 8P/Tuttle](https://en.wikipedia.org/wiki/8P/Tuttle) - [The Old Farmer's Almanac, Full Cold Moon December](https://www.almanac.com/full-moon-december) - [In-The-Sky.org, Ursid meteor shower 2026](https://in-the-sky.org/news.php?id=20261222_10_100) --- ## Draconides 2026 : à observer le soir, pas à l'aube - URL: https://www.portail-astronomie.fr/draconides-8-9-octobre-2026-conditions-ideales/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-07-24T06:00:00 - Categories: evenements-celestes La plupart des guides d'observation vous diront la même chose : pour une pluie d'étoiles filantes, réglez le réveil sur 3 heures du matin et attendez que le radiant grimpe. Pour les Draconides, c'est le conseil à ne pas suivre. Cet essaim d'octobre, longtemps appelé les Giacobinides, casse la règle : son radiant est déjà au plus haut à la tombée de la nuit. Le pic 2026 tombe dans la nuit du 8 au 9 octobre, et le meilleur créneau se situe, justement, en soirée. Voilà pour le contre-pied. Le reste mérite qu'on regarde les chiffres de près, parce qu'entre le débit annoncé et ce que vous verrez vraiment, il y a le gouffre habituel. ## Le seul essaim qui se regarde en soirée Le radiant, ce point du ciel d'où les météores semblent jaillir, se loge dans la constellation du Dragon (Draco), tout près des étoiles Eltanin et Rastaban, surnommées « les yeux du Dragon ». Coordonnées pour les curieux : ascension droite 17h28m, déclinaison +54 degrés. Sous nos latitudes, cette zone est haute dans le ciel dès que la nuit tombe, et elle redescend au fil des heures. Conséquence directe : selon EarthSky, on voit davantage de Draconides en début de soirée qu'après minuit. L'inverse exact de presque tous les autres essaims. La fenêtre optimale court donc du crépuscule du 8 octobre jusqu'aux premières heures du 9. Le maximum théorique est calé le 9 octobre vers 01h00 en temps universel, soit environ 3 heures du matin en heure de Paris, l'heure d'été courant jusqu'au 25 octobre. Mais ne vous focalisez pas sur cette minute précise : sortez dès la nuit noire du 8 au soir, c'est là que le radiant travaille pour vous. Autre atout, et pas des moindres : la vitesse. Les Draconides entrent dans l'atmosphère à environ 20 km/s. C'est lent, l'un des essaims les plus lents du calendrier, bien en dessous des Léonides ou des Perséides. En pratique, ça donne des traînées posées, qu'on suit du regard sans se tordre le cou, là où une [Léonide](/leonides-17-18-novembre-2026-guide-observation) fulgure et disparaît avant que vous ayez tendu le doigt. Côté matériel, la bonne nouvelle : il n'en faut aucun. Une pluie de météores se regarde à l'œil nu, point. Rangez le télescope, son champ étroit est l'ennemi des étoiles filantes. Des [jumelles](/jumelles-astronomiques-guide-achat-debutant-2026) resteront au fond du sac, elles aussi, sauf pour balayer le ciel entre deux passages. ## Cinq météores à l'heure, et pas un de plus cette année Parlons débit, parce que c'est là que les guides survendent. Le ZHR attendu en 2026 tourne autour de 5 météores par heure, jusqu'à 10 sous un ciel vraiment noir et sans Lune. Rappel utile : le ZHR est un idéal théorique (radiant au zénith, ciel parfait, observateur infaillible), jamais un compteur de ce que vous verrez. Sur le terrain, tablez sur moins, et fuyez la [pollution lumineuse](/pollution-lumineuse-bortle-sites-ciel-noir-france) si vous voulez tenir le haut de la fourchette. Surtout, ne comptez sur aucun feu d'artifice. Selon le calendrier 2026 de l'IMO, aucun sursaut n'est prévu cette année : la Terre ne croise pas de jeune filament de débris, contrairement à 2025 qui avait offert un pic radar parmi les plus forts de la décennie. 2026, c'est le régime de fond, l'activité de base. Ce qui alimente tout ça, c'est la comète 21P/Giacobini-Zinner, une comète de la famille de Jupiter qui boucle son orbite en 6,6 ans environ. Elle est passée au périhélie en mars 2025, et son prochain rendez-vous avec le Soleil est prévu autour de 2031. À chaque passage, elle réensemence son orbite en poussières ; les Draconides ne sont que la trace laissée par ces allers-retours, que la Terre traverse tous les mois d'octobre entre le 6 et le 10. ## La Lune ? Quasi absente, mais lisez bien Le point où je vois passer le plus d'approximations. Beaucoup de pages vont vous écrire « nouvelle lune le 9 octobre ». C'est faux. La nouvelle lune d'octobre 2026 tombe le 10, à 15h50 en temps universel, soit un bon jour après le pic. Détail, direz-vous ? Pas quand on prétend informer. Dans les faits, ça ne change rien à votre confort, et même plutôt en bien. La nuit du 8 au 9, notre satellite n'est qu'un mince dernier croissant illuminé à environ 3 pour cent, qui se lève tard, très près de l'aube. Autrement dit, pendant toute la soirée du 8, celle qui vous intéresse, le ciel est quasiment vierge de Lune. Un fond parfaitement noir pour un essaim modeste : c'est exactement la condition qui fait passer un ZHR de 5 vers son plafond de 10. Le hasard fait parfois bien les choses. ## 1933, 1946 : le Dragon a déjà craché par milliers Si les Draconides gardent une place à part dans le cœur des astronomes malgré leur discrétion habituelle, c'est à cause de deux nuits. En 1933, puis en 1946, l'essaim a produit de véritables tempêtes météoriques. Les estimations de débit divergent fortement selon les sources d'époque : on parle de plusieurs milliers de météores à l'heure, avec des chiffres qui montent, pour 1933, jusqu'à plusieurs dizaines de milliers selon certaines études. Je me garde bien d'avancer un nombre unique, personne ne s'accorde dessus. Plus près de nous, l'essaim a rappelé son potentiel en 2011 (ZHR mesuré autour de 300 par heure) et en 2018 (environ 140), deux sursauts nets liés à la rencontre avec de vieux filaments de débris. Rien de comparable aux tempêtes historiques, mais de quoi entretenir la surveillance chaque octobre. Prédire le prochain grand sursaut relève encore du pari : les modèles progressent, mais le Dragon garde une part d'imprévu. C'est peut-être ça, aussi, qui donne envie de sortir même une année calme. ## Ça vaut la sortie ? Mon verdict, sans détour. Si vous cherchez du volume, un ciel qui grouille, passez votre tour : cinq à dix filantes à l'heure, c'est peu, et 2026 ne réserve aucune surprise. Mais les Draconides cochent trois cases que peu d'essaims réunissent la même nuit : elles se regardent en soirée sans réveil nocturne, sous une Lune quasi absente, et sans le moindre équipement. Pour une sortie en famille ou une première initiation, c'est le créneau le plus simple de l'automne. Une chaise longue, un ciel de campagne, vingt minutes pour que l'œil s'habitue au noir, et la soirée du 8 fera le reste. Pour les affamés de météores, la relève arrive vite : les Orionides prennent le relais dès la mi-octobre, et les grosses [Taurides](/taurides-nord-sud-novembre-2026-boules-de-feu) et leurs boules de feu suivent en novembre. Les Draconides, elles, jouent une autre partition : lentes et discrètes, donc faciles à suivre. Un essaim qu'on savoure plus qu'on ne compte. ## Sources - EarthSky, Everything you need to know: Draconid meteor shower, [earthsky.org](https://earthsky.org/astronomy-essentials/everything-you-need-to-know-draconid-meteor-shower/) - Wikipedia, Draconids, [en.wikipedia.org](https://en.wikipedia.org/wiki/Draconids) - StarWalk, Draconid meteor shower, [starwalk.space](https://starwalk.space/en/news/draconid-meteor-shower) - IMO International Meteor Organization, Draconids outburst, [imo.net](https://www.imo.net/draconids-outburst-on-oct-8-9/) - IMO, calendrier météores 2026, [imo.net](https://www.imo.net/files/meteor-shower/cal2026.pdf) - TheSkyLive, 21P/Giacobini-Zinner, [theskylive.com](https://theskylive.com/21p-info) - Fullmoonology, October new moon, [fullmoonology.com](https://www.fullmoonology.com/october-new-moon/) --- ## Taurides 2026 : ZHR ridicule, boules de feu géantes - URL: https://www.portail-astronomie.fr/taurides-nord-sud-novembre-2026-boules-de-feu/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-07-23T06:00:00 - Categories: evenements-celestes ZHR de 5 à 10. Sur la fiche technique, les Taurides du Sud passent pour l'essaim le plus quelconque de l'automne. Dix météores à l'heure dans le meilleur des cas, une misère à côté des Perséides. Et pourtant, ce sont les Taurides que les médias appellent les « Halloween Fireballs ». Comptez peu, mais regardez grand : c'est le seul essaim de la saison capable de vous coller une boule de feu en travers du ciel sans crier gare. Petit paradoxe que je trouve plus intéressant qu'une pluie dense et anonyme. ## Un ZHR de 5, et alors ? Le ZHR, c'est le débit horaire théorique en conditions parfaites. Pratique pour classer les essaims, inutile pour prédire ce qui vous impressionnera vraiment. Parce qu'un chiffre de fréquence ne dit rien de la taille des grains qui brûlent. Et c'est là que les Taurides trichent. La plupart des essaims sont faits de poussière, des grains de sable qui s'évaporent en une traînée fine. Les Taurides, elles, charrient des fragments nettement plus gros que la moyenne, des galets pouvant atteindre le mètre selon l'American Meteor Society. Un caillou de cette taille qui entre dans l'atmosphère, ça ne fait pas une petite rayure discrète : ça fait un bolide, une boule de feu qui projette une ombre au sol. Attention au contresens que je lis partout : non, ce n'est pas la vitesse qui fait la boule de feu. C'est même l'inverse. Les Taurides sont lentes, 27 km/s pour le flux Sud, 29 km/s pour le Nord. Comparez avec les [Léonides](/leonides-17-18-novembre-2026-guide-observation) qui déboulent à 71 km/s : bien plus rapides, et pourtant ce sont les Taurides qui font les plus grosses lumières. La luminosité ici vient de la masse du fragment, pas de son énergie cinétique. Un gros caillou lent bat un grain de poussière rapide. Contre-intuitif, mais physiquement logique. La comète parente porte la responsabilité de ce gabarit : 2P/Encke, qui boucle son orbite en 3,30 ans, la période la plus courte connue pour une comète. Des siècles de passages ont semé une traînée de débris grossiers que la Terre traverse chaque automne. ## Sud et Nord : deux flux, une même comète Il n'y a pas une pluie de Taurides mais deux, qui se chevauchent. Voici le comparatif propre, sans le flou habituel. | Essaim | Activité 2026 | Pic | ZHR | Vitesse | | ------------- | ---------------- | ------ | ---- | ------- | | Taurides Sud | 20 sept - 20 nov | 5 nov | 5-10 | 27 km/s | | Taurides Nord | 20 oct - 10 déc | 12 nov | 5 | 29 km/s | | Léonides | 6 - 30 nov | 17 nov | ~15 | 71 km/s | Le flux Sud (radiant à 52° d'ascension droite, +15° de déclinaison) pique le 5 novembre. Le flux Nord (radiant à 58°, +22°) prend le relais une semaine plus tard, le 12 novembre. Même indice de population r=2.3 pour les deux, ce qui traduit une proportion inhabituelle de météores brillants. En clair : sur toute la première quinzaine de novembre, vous avez un fond permanent de Taurides, avec deux bosses. Additionnez les deux flux et le débit reste modeste, mais la probabilité d'en voir une vraiment spectaculaire grimpe. ## Le piège du calendrier Première erreur classique que je veux tuer dans l'œuf : le pic Sud, c'est le 5 novembre. Point. Il existe bien un maximum secondaire plus précoce, autour du 13 octobre, avec un ZHR proche de 5, et je vois régulièrement des articles le confondre avec le vrai pic. Ce sont deux moments distincts. Si vous sortez mi-octobre en croyant assister au maximum, vous serez déçu. Deuxième confusion à éviter : ne mélangez pas Taurides et Léonides. Elles partagent le mois de novembre, mais tout les oppose. Radiant dans le Taureau contre radiant dans le Lion, débris de 2P/Encke contre débris de 55P/Tempel-Tuttle, cailloux lents contre poussière rapide. Si vous voulez creuser la mécanique des essaims rapides et denses, allez voir du côté des [Perséides d'août](/perseides-12-13-aout-2026-pic-100-meteores-heure-conditions) : c'est l'exact opposé des Taurides. ## L'essaim résonant, sans le catastrophisme Il faut que j'aborde le sujet qui traîne sur internet, parce que sinon vous tomberez dessus ailleurs, en pire. Une hypothèse scientifique, formulée par Asher et Clube en 1993, propose que les Taurides contiennent un « essaim résonant », une concentration de matière piégée dans une résonance orbitale avec Jupiter, que la Terre croiserait certaines années (2022, fin 2025 à mi-2026, puis 2032). Sur ce point, j'ai moins de certitudes, et c'est normal : le sujet reste débattu. Une étude de 2025 a d'ailleurs revu à la baisse la masse estimée de cet essaim. Le vrai questionnement scientifique, celui qui mérite qu'on s'y intéresse, porte sur la possibilité que cette concentration abrite plus d'objets de la taille de Toungouska (une cinquantaine de mètres) qu'on ne le pensait. Rien à voir avec les récits d'extinction et les scénarios apocalyptiques qui parasitent le débat. On parle d'un objet de recherche légitime, pas d'une menace imminente. Je préfère le dire clairement plutôt que de laisser le vide se remplir de bêtises. Dans le même registre prudent, l'idée que 2P/Encke soit le plus gros survivant d'une comète géante fragmentée il y a environ 20 000 ans reste une hypothèse de travail, séduisante mais non tranchée. À traiter comme telle. ## Comment les capter Bonne nouvelle côté conditions : la nouvelle lune tombe le 9 novembre 2026, pile entre les deux pics. Aucune lumière parasite lunaire pendant la fenêtre la plus active. C'est exactement la configuration qu'on espère, et elle n'arrive pas tous les ans. Le reste, c'est l'ABC de l'observation à l'œil nu. Pas de télescope, pas de jumelles : une boule de feu se voit sans instrument, et un champ de vision instrumenté ne ferait que réduire vos chances d'en attraper une. Trouvez un ciel sombre, loin des lampadaires, un [site à faible pollution lumineuse](/pollution-lumineuse-bortle-sites-ciel-noir-france) si vous en avez un sous la main. Laissez vos yeux s'adapter à l'obscurité un bon moment. Ne fixez pas le radiant dans le Taureau : regardez plutôt un peu à côté, les traînées y sont plus longues. Et prenez votre mal en patience, parce qu'avec un ZHR de cet ordre, il faudra du temps entre deux passages. ## Pour qui ? **Le chasseur de boules de feu** : c'est votre rendez-vous. Peu de météores, mais quand il y en a une, elle vaut à elle seule une nuit entière de Perséides. Bloquez les nuits du 5 et du 12 novembre. **L'observateur pressé qui veut du débit** : passez votre chemin. À 5-10 par heure, vous vous ennuierez. Attendez plutôt les [Géminides de décembre](/geminides-13-14-decembre-2026-pic-150-meteores-heure-asteroide-phaethon) et leur pic autrement généreux. **Le photographe** : c'est le meilleur profil pour les Taurides. Trépied, pose longue, cadrage large, et vous laissez le hasard travailler. Une seule boule de feu bien captée suffit à faire le cliché de la saison. Mon verdict : essaim frustrant en fréquence, imbattable en spectacle unitaire. ## Sources - International Meteor Organization, 2026 Meteor Shower Calendar : https://www.imo.net/files/meteor-shower/cal2026.pdf - NASA Science, comète 2P/Encke : https://science.nasa.gov/solar-system/comets/2p-encke/ - American Meteor Society, Taurid Fireballs : https://amsmeteors.org/2015/10/taurid-fireballs-2/ - The Conversation, Taurid pseudoscience : https://theconversation.com/as-the-taurid-meteor-shower-passes-by-earth-pseudoscience-rains-down-and-obscures-a-potential-real-threat-from-space-239484 --- ## Léonides 2026 : une pluie modeste dans l'attente de 2031 - URL: https://www.portail-astronomie.fr/leonides-17-18-novembre-2026-guide-observation/ - Author: Julien P. - Published: 2026-07-22T06:00:00 - Categories: evenements-celestes Dans la nuit du 12 au 13 novembre 1833, des habitants de la côte est des États-Unis se sont réveillés persuadés que le monde touchait à sa fin ; le ciel entier semblait se déchirer en dizaines de milliers de traînées lumineuses, avec des estimations qui montent, selon les sources d'époque, jusqu'à plus de cent mille météores à l'heure. Ces étoiles filantes portaient un nom que nous employons toujours : les Léonides. Près de deux siècles plus tard, l'édition de 2026 ne fera trembler personne. Son pic, attendu dans la nuit du 17 au 18 novembre, promet une quinzaine de météores à l'heure dans le meilleur des cas. Entre ces deux extrêmes se loge toute l'histoire d'une comète, d'un cycle de trente-trois ans, et d'une déception qui n'en est pas vraiment une. ## 1833, puis 1966 : la mémoire des tempêtes Pour comprendre pourquoi les Léonides fascinent les astronomes alors même qu'elles n'offrent, la plupart des années, qu'un maigre filet d'étoiles filantes, il faut remonter à ces nuits exceptionnelles. Celle de 1833 a marqué durablement les esprits ; elle est souvent citée comme l'événement qui a poussé les scientifiques à relier les pluies de météores aux comètes plutôt qu'à des phénomènes atmosphériques. L'histoire, ici, se répète avec une variante : en 1966, dans le sud-ouest des États-Unis, des observateurs ont rapporté quarante à cinquante météores par seconde pendant une quinzaine de minutes. Non pas par heure ; par seconde. Le ciel s'est littéralement mis à pleuvoir. Le dernier grand sursaut confirmé remonte à 2002, après une série de belles années autour de 1999 et 2001. Depuis, le calme. Rien d'anormal : les Léonides fonctionnent par cycles, et nous traversons actuellement le creux de la vague. Ce serait trop simple de conclure que la pluie s'essouffle définitivement ; elle attend simplement son heure. ## Le cycle de 55P/Tempel-Tuttle Toutes les pluies de météores naissent des poussières abandonnées par un corps céleste sur son orbite. Pour les Léonides, ce corps est la comète 55P/Tempel-Tuttle, découverte indépendamment par Ernst Tempel en 1865 puis par Horace Tuttle en 1866. Un objet modeste : un noyau d'environ 3,6 kilomètres de diamètre, invisible à l'œil nu, qui boucle son tour du Soleil en un peu plus de trente-trois ans. C'est ce chiffre qui explique tout. À chaque passage au périhélie, la comète regarnit les zones de son orbite en particules fraîches ; les années qui suivent immédiatement ce passage, la Terre traverse des filaments denses, et les taux explosent. Le dernier périhélie date de 1998, ce qui cadre parfaitement avec les belles années 1999 à 2002. Depuis, ces filaments se sont dispersés, et nous récoltons les restes d'anciens passages, beaucoup plus dilués. Le prochain rendez-vous de la comète avec le Soleil est prévu pour 2031 ; d'ici là, les éditions annuelles resteront discrètes. Discrètes, mais pas dénuées d'intérêt. Les Léonides ont une signature bien à elles : la vitesse. Les poussières entrent dans notre atmosphère à environ 71 kilomètres par seconde, ce qui les place parmi les météores les plus rapides que l'on connaisse. À titre de comparaison, les [Perséides d'août](/perseides-12-13-aout-2026-pic-100-meteores-heure-conditions) frappent à 58 kilomètres par seconde et les [Lyrides d'avril](/lyrides-avril-2026-pluie-etoiles-filantes-comete-thatcher-observation) à 49. Cette vélocité produit des traînées fines, rapides, souvent teintées, et laisse parfois derrière elle des sillages persistants qui flottent quelques secondes dans le ciel. Une Léonide bien nette se reconnaît à sa fulgurance ; on a à peine le temps de tendre le doigt qu'elle a disparu. Le radiant, ce point du ciel d'où semblent jaillir les météores, se situe dans la constellation du Lion, qui donne son nom à l'essaim. Il ne se lève, pour nos latitudes, qu'en seconde partie de nuit, et c'est là que se joue toute la stratégie d'observation de 2026. Un mot sur les chiffres, parce que je les triture souvent pour d'autres sujets et que les pluies de météores sont un piège classique. Le fameux ZHR, ce taux zénithal horaire, annoncé cette année autour de 15, décrit un idéal théorique : radiant au zénith, ciel parfaitement noir, observateur infaillible. Personne ne réunit jamais ces conditions. Sur le terrain, on tablera plutôt sur cinq à dix météores par heure. Paradoxalement, cet écart entre le chiffre affiché et la réalité vécue n'est pas une trahison ; c'est la définition même de la métrique, que trop de guides oublient d'expliquer. ## Ce que vous verrez vraiment dans la nuit du 18 Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Draconides 2026 : à observer le soir, pas à l'aube](/draconides-8-9-octobre-2026-conditions-ideales). Le pic est attendu dans la nuit du 17 au 18 novembre, avec un maximum situé aux alentours de minuit à une heure du matin en temps universel, le 18. Je précise la nuance, car certaines pages, dont celles de l'American Meteor Society et de la NASA, calent parfois le maximum sur la nuit du 16 au 17 ; l'activité étant étalée du 6 au 30 novembre, ces quelques heures de flottement changent peu de choses pour un observateur patient. Réservez plutôt vos deux ou trois nuits autour de cette date que de miser sur une seule. La Lune, cette année, joue un rôle presque idéal. Elle atteint son premier quartier précisément le 17 novembre, illuminée à moitié ; le lendemain, elle sera gibbeuse croissante, autour de 60 pour cent. De quoi gêner l'observation ? Pas vraiment, et c'est là toute la chance de 2026 : notre satellite se couche juste avant minuit le 17. Autrement dit, la seconde partie de la nuit, celle où le Lion grimpe dans le ciel, se déroule sous un fond parfaitement noir. La nouvelle lune du 9 novembre est déjà loin, la pleine lune du 24 encore à venir ; la fenêtre tombe pile entre les deux. Le protocole n'a rien de compliqué, et c'est ce qui rend ces nuits si accessibles. Fuyez d'abord la [pollution lumineuse](/pollution-lumineuse-bortle-sites-ciel-noir-france), qui reste l'ennemi numéro un ; un ciel de campagne vaut cent fois un balcon urbain. Installez-vous après minuit, moment où le radiant est suffisamment haut. Allongez-vous, sur une chaise longue ou une couverture, et balayez le ciel du regard sans fixer le Lion : les météores paraissent plus longs à distance du radiant. Accordez à vos yeux vingt à trente minutes d'adaptation à l'obscurité, sans consulter votre téléphone qui ruine cette accoutumance en une seconde. Et couvrez-vous : une nuit de novembre immobile est glaciale, je l'ai appris à mes dépens un an où j'avais sous-estimé l'humidité qui traverse les vêtements. ## Faut-il attendre 2031 ? Sur ce point, j'hésite à trancher. Les Léonides de 2026 ne rivaliseront pas avec les [Géminides de décembre](/geminides-13-14-decembre-2026-pic-150-meteores-heure-asteroide-phaethon), plus généreuses et plus fiables ; cinq à dix météores à l'heure, cela demande de la patience et une bonne dose d'indulgence. Mais réduire ces nuits à leur seul rendement serait passer à côté de l'essentiel. On observe rarement une pluie qui charrie autant de mémoire ; derrière chaque traînée rapide se cache le sillage d'une comète croisée pour la dernière fois en 1998, et l'écho des cieux embrasés de 1833. Le retour de 55P/Tempel-Tuttle au périhélie en 2031 ravivera l'espoir des tempêtes, sans qu'aucune modélisation ne garantisse aujourd'hui leur ampleur. Les cycles cométaires promettent, ils ne signent jamais. En attendant, la nuit du 18 novembre 2026 offre un ciel noir, un premier quartier complaisant et une poignée d'étoiles filantes parmi les plus véloces du calendrier. Ce n'est pas une tempête. C'est un rendez-vous avec une histoire qui, elle, ne s'éteint pas. ## Sources - American Meteor Society, Meteor Shower Calendar, [amsmeteors.org](https://www.amsmeteors.org/meteor-showers/meteor-shower-calendar/) - In-The-Sky, Leonid meteor shower 2026, [in-the-sky.org](https://in-the-sky.org/news.php?id=20261118_10_100) - IMO International Meteor Organization, calendrier 2026, [imo.net](https://www.imo.net/resources/calendar/) - NASA Science, 55P/Tempel-Tuttle, [science.nasa.gov](https://science.nasa.gov/solar-system/comets/55p-tempel-tuttle/) - NASA Science, Leonids, [science.nasa.gov](https://science.nasa.gov/solar-system/meteors-meteorites/leonids/) - ESA, About the Leonids, [esa.int](https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/About_the_Leonids) - EarthSky, Everything you need to know: Leonid meteor shower, [earthsky.org](https://earthsky.org/astronomy-essentials/everything-you-need-to-know-leonid-meteor-shower/) - Royal Observatory Greenwich, Leonid meteor shower, [rmg.co.uk](https://www.rmg.co.uk/stories/space-astronomy/leonid-meteor-shower-when-and-where-see-it-uk) - Pleine-lune.org, calendrier nouvelle lune 2026, [pleine-lune.org](https://www.pleine-lune.org/calendrier-nouvelle-lune-2026) - MoonGiant, phase lunaire 17 novembre 2026, [moongiant.com](https://www.moongiant.com/fr/phase-lunaire/17/11/2026/) --- ## Les Pléiades (M45) : combien d'étoiles voyez-vous ? - URL: https://www.portail-astronomie.fr/m45-pleiades-jumelles-telescope-automne-hiver/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-07-21T06:00:00 - Categories: ciel-profond Vous les avez déjà vues sans le savoir. Cette petite tache floue en forme de mini-casserole, haute dans le ciel d'automne et d'hiver, que la moitié des gens prend pour la Petite Ourse : ce sont les Pléiades. L'amas ouvert M45, dans la constellation du Taureau, « les Sept Sœurs » de leur surnom. Magnitude 1,6, c'est l'un des objets du ciel profond les plus brillants qui soient. Et pourtant, posez la vraie question à dix personnes qui les regardent : combien d'étoiles vous comptez, là ? Les réponses vont partir dans tous les sens. C'est exactement le sujet. ## Combien d'étoiles, vraiment ? Le nom promet sept sœurs. La réalité de l'œil nu est plus nuancée, et c'est là que ça devient intéressant. Depuis une ville, sous les lampadaires, vous en tirerez péniblement quatre ou cinq. Sous un ciel de campagne correct, six à sept, ce qui colle au surnom. Et sous un ciel vraiment noir, en montagne ou dans un désert, un œil entraîné peut en distinguer jusqu'à une douzaine, parfois quatorze en conditions exceptionnelles. Retenez la fourchette, jamais un chiffre unique : entre six et quatorze selon votre ciel et votre acuité. Parce que c'est justement l'intérêt de la cible. Le nombre d'étoiles que vous arrachez aux Pléiades est un thermomètre de votre pollution lumineuse. Pas besoin de sortir une carte de Bortle, l'amas vous la donne gratis. Merope, la magnitude 4,17, est la plus coriace des sept historiques : le jour où vous la tenez sans effort, votre ciel est bon. La solution évidente si vous plafonnez à quatre étoiles : changer de ciel, pas de matériel. J'ai décortiqué [l'échelle de Bortle et les sites de ciel noir en France](/pollution-lumineuse-bortle-sites-ciel-noir-france) dans un autre papier, ça vaut mieux qu'un gros télescope posé sur un balcon éclairé. Et si l'histoire des magnitudes vous embrouille, [comment lire la magnitude d'un astre](/magnitude-apparente-absolue-luminosite-etoiles-echelle-pogson) remet les idées en place. ## Les jumelles : là où l'amas explose Voilà le verdict qui surprend tout le monde : sur les Pléiades, les jumelles battent le télescope. Pas « font aussi bien ». Battent. L'amas s'étale sur environ 2 degrés, soit à peu près quatre fois le diamètre apparent de la pleine Lune. C'est énorme. Un télescope, même à faible grossissement, ne rentre pas tout ça dans son champ : vous zoomez dans un coin et vous perdez la forme d'ensemble, celle qui fait justement le charme du bijou. Les jumelles, elles, embrassent le tout d'un coup. Une paire de 7x35 à 10x50 est parfaite. C'est le point de bascule : là où l'œil nu vous donne six étoiles, les jumelles en révèlent des dizaines, et le fond de champ se met à grouiller de petits points. Parce que derrière les têtes d'affiche, l'amas compte plus de mille étoiles confirmées, réparties sur environ treize années-lumière. Alcyone, la plus brillante à la magnitude 2,86, ancre le groupe ; Pleione, variable, joue les capricieuses. Si vous ne savez pas quelle paire acheter, mon [guide d'achat des jumelles](/jumelles-astronomiques-guide-achat-debutant-2026) détaille les deux chiffres qui comptent, la pupille de sortie et le poids. Au Japon, les Pléiades portent un autre nom : Subaru, « se réunir ». Oui, le logo du constructeur automobile, six étoiles bleues sur fond ovale. Vous ne regarderez plus une berline pareillement. ## La nébulosité, le vrai défi C'est le graal des Pléiades, et le piège à débutant. Sur les belles photos, les étoiles baignent dans un voile bleu électrique : ce sont les nébuleuses par réflexion NGC 1432 et NGC 1435, de la poussière interstellaire que l'amas traverse et qui diffuse la lumière bleue des jeunes étoiles chaudes. Le problème : à l'œil nu ou aux jumelles, vous ne verrez rien de ce voile. Rien. Il faut un télescope d'au moins six pouces d'ouverture, soit 152 millimètres, sous un ciel très sombre et à faible grossissement, et même là ça reste une lueur laiteuse ténue qu'on soupçonne plus qu'on ne voit. Sur ce point j'ai longtemps douté de moi avant de comprendre que ce n'était pas mon œil le problème, mais la nature même de l'objet. La couleur saturée des images, elle, n'existe qu'en pose longue sur un capteur. Ne partez pas déçu si votre oculaire ne la restitue pas : personne ne la voit vraiment en direct. Donc si vous sortez le tube quand même, une règle : bridez le grossissement. Réfracteur court de 80 à 120 millimètres ou Dobson avec un oculaire grand champ de deux pouces, on cherche le champ large, pas le zoom. Pour comprendre ce que change réellement le diamètre, j'en parle dans le [comparatif réfracteur, réflecteur et Dobson](/premier-telescope-refracteur-reflecteur-dobson-achat). ## Ne les confondez pas avec le Double Amas Piège classique de l'automne : Pléiades et [Double Amas de Persée](/double-amas-persee-ngc-869-884-guide-automne), ce n'est pas la même chose. Le Double Amas, ce sont deux essaims jumeaux et compacts à environ 7 500 années-lumière dans Persée. Les Pléiades, c'est un amas unique, dix-sept fois plus proche à quelque 444 années-lumière, et nettement plus brillant. Vous les repérez dans le Taureau, pas dans Persée. Deux cibles, deux ambiances, la même nuit d'hiver si vous enchaînez. Un mot sur cette distance, parce que c'est un chiffre où les sources se sont longtemps chamaillées : les anciennes mesures balançaient entre 390 et 460 années-lumière. Le consensus récent, appuyé par les données Gaia de l'ESA, se cale autour de 444 années-lumière. Retenez l'ordre de grandeur, pas la décimale. ## Quand les regarder Rien de compliqué. Les Pléiades sont une cible d'automne et d'hiver, visibles d'octobre à février. Elles culminent au plus haut, plein sud et au meilleur de leur éclat, vers minuit autour du 21 novembre, et restent observables toute la nuit en novembre et décembre. Un amas vieux d'environ cent millions d'années, jeune à l'échelle cosmique, que Galilée fut le premier à pointer à la lunette en 1610, et que des générations avant lui admiraient déjà à l'œil nu. En clair : commencez à l'œil nu, comptez vos étoiles, prenez vos jumelles, et gardez le télescope pour le jour où vous aurez un vrai ciel noir et l'envie de chasser un fantôme bleu. Dans cet ordre. C'est la seule façon de ne pas être déçu par l'un des plus beaux objets du ciel. > Image d'en-tête : l'amas ouvert des Pléiades (M45) dans le Taureau. Crédit : NASA/JPL-Caltech (Spitzer), domaine public. ## Sources - https://science.nasa.gov/mission/hubble/science/explore-the-night-sky/hubble-messier-catalog/messier-45/ - https://en.wikipedia.org/wiki/Pleiades - https://www.constellation-guide.com/pleiades-the-seven-sisters-messier-45/ - https://telescopicwatch.com/how-to-find-pleiades-star-cluster/ - https://earthsky.org/tonight/november-is-the-month-of-the-pleiades/ - https://www.opticalmechanics.com/pleiades-m45-guide-science-and-how-to-observe/ - https://www.esa.int/About_Us/ESAC/A_ghost_in_the_Pleiades --- ## Double Amas de Persée : jumelles ou télescope ? - URL: https://www.portail-astronomie.fr/double-amas-persee-ngc-869-884-guide-automne/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-07-20T06:00:00 - Categories: ciel-profond Voilà une cible où le matériel le plus cher n'est pas le meilleur. Le Double Amas de Persée, ce couple d'amas ouverts catalogué NGC 869 et NGC 884, se trouve à environ 7 500 années-lumière, soit près de 2 300 parsecs. Deux essaims d'étoiles jeunes, 12 à 14 millions d'années au compteur, séparés l'un de l'autre par seulement quelques centaines d'années-lumière alors que des milliers nous en séparent. Sur le papier, ça sonne comme un objet réservé au gros télescope. En pratique, c'est l'inverse. Et c'est justement ce décalage qui rend le choix du matériel intéressant à trancher. ## Ce que vous pointez vraiment Commençons par le sujet, parce qu'il conditionne tout le reste. NGC 869, aussi appelé h Persei, est le plus brillant, le plus riche et le plus compact des deux. NGC 884, chi Persei, est plus étalé et compte une proportion plus élevée de supergéantes rouges. Chaque amas aligne 300 à 400 étoiles brillantes, les plus lumineuses tournant autour de la magnitude 7, et plus de 300 supergéantes bleu-blanc de type spectral B0 en haut de la séquence principale. Le relevé Gaia de l'ESA chiffre la masse cumulée à l'équivalent d'au moins 20 000 étoiles de type solaire. Bref, il y a de quoi remplir un champ. Un mot sur la magnitude, parce que c'est le genre de chiffre où les catalogues se contredisent et où il faut se méfier. L'infobox de Wikipedia annonce 3,7 et 3,8 pour l'ensemble. La NASA et Deep Sky Corner donnent 5,3 pour NGC 869 et 6,1 pour NGC 884. Freestarcharts se cale entre les deux, à +4,3 et +4,4. Trois jeux de valeurs, aucun consensus. Retenez la fourchette plutôt qu'un chiffre unique : dans tous les cas, l'objet est à la portée d'un œil sous ciel noir et devient facile à la moindre optique. Si l'échelle des magnitudes vous embrouille, j'ai décortiqué [comment lire la magnitude d'un astre](/magnitude-apparente-absolue-luminosite-etoiles-echelle-pogson) dans un autre papier. Pour le repérage, oubliez la figure de Persée et partez de Cassiopée. Le Double Amas se niche entre les deux constellations, à la déclinaison +57°, ce qui le rend circumpolaire depuis nos latitudes tempérées : il ne se couche jamais. Tracez une ligne depuis Mirfak, l'étoile alpha de Persée à la magnitude +1,8, en direction du « W » de Cassiopée. Le couple se trouve un peu après la moitié du trajet. Culmination au plus haut vers la mi-novembre, mais l'automne le place déjà bien assez haut pour une soirée confortable. ## Jumelles 10x50 : la cible faite pour ça Là où le télescope galère par excès de grossissement, les jumelles font mouche. Le Double Amas s'étale sur un champ large, de l'ordre du degré selon les mesures, et le vrai plaisir vient de voir les deux essaims dans le même oculaire, côte à côte, séparés par une bande de ciel plus sombre. Pour ça, il vous faut un champ réel d'environ 2°. Une paire de 10x50 le tient sans effort. C'est le meilleur rapport qualité-prix sur cette cible, et de loin. Si vous voulez pousser un cran, les 15x70 ajoutent du grossissement et de la lumière : les étoiles se détachent mieux, les couleurs des plus brillantes commencent à parler, sans jamais perdre la vision d'ensemble. Au-delà, le trépied devient obligatoire, parce qu'à 15x le moindre tremblement de main transforme les étoiles en virgules. Je le dis d'expérience, après quelques soirées à me casser les bras. Si vous hésitez encore sur la paire à acheter, mon [guide d'achat des jumelles](/jumelles-astronomiques-guide-achat-debutant-2026) détaille pupille de sortie et poids, les deux chiffres qu'on découvre trop tard. Le prérequis, lui, ne se négocie pas : le ciel. Sous un lampadaire de banlieue, même la meilleure optique rend un couple d'amas fadasse. Un site correct suffit largement ici, pas besoin d'un ciel de désert, mais un coup d'œil à [l'échelle de Bortle et aux cartes de ciel noir](/pollution-lumineuse-bortle-sites-ciel-noir-france) avant de sortir vous évitera une soirée déçue. ## Le télescope ne sert qu'à une chose ici Sur un sujet proche, découvrez notre article : [NGC 7000 : observer la nébuleuse North America du Cygne](/ngc-7000-nebuleuse-north-america-cygne-observation). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Les Pléiades (M45) : combien d'étoiles voyez-vous ?](/m45-pleiades-jumelles-telescope-automne-hiver). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Observer et photographier la nébuleuse d'Orion (M42)](/m42-nebuleuse-orion-observer-photographier-guide). Sortir le tube n'est pas absurde, à une condition : brider le grossissement. Un instrument grand champ à 25 ou 50x garde les deux amas ensemble ; au-delà, vous zoomez dans NGC 869 et vous perdez la moitié du spectacle, celle qui fait justement l'intérêt de l'objet. Sur le papier, un télescope, c'est mieux. En pratique, sur cette cible précise, c'est un piège à débutant. La règle est la même que pour observer une [galaxie diffuse comme M31](/m31-galaxie-andromede-observation-automne-2026) : plus l'objet est étendu, moins on grossit. Ce que le tube apporte vraiment, c'est le détail dans NGC 884. L'amas héberge cinq supergéantes rouges variables notables, toutes autour de la magnitude 8 : RS, AD, FZ, V403 et V439 Persei. RS Persei, une semi-régulière, oscille entre les magnitudes 7,82 et 10,0, jamais visible à l'œil nu. Repérer ces braises rouges au milieu du bleu des jeunes étoiles chaudes, ça, seul un instrument avec un peu de diamètre le permet. C'est le supplément d'âme du télescope, pas sa raison d'être. Pour comprendre ce que change réellement le diamètre, j'en parle dans le [comparatif réfracteur, réflecteur et Dobson](/premier-telescope-refracteur-reflecteur-dobson-achat). Petit détour historique, parce qu'il remet les choses en place : Hipparque documentait déjà l'objet vers 130 avant notre ère, Bayer lui a collé les lettres h et chi dans son atlas de 1603, et il a fallu attendre Herschel, au début du XIXe siècle, pour comprendre qu'il s'agissait de deux amas distincts et non d'une seule tache. Autrement dit, des générations d'astronomes ont admiré ce couple à l'œil nu ou à la lunette rudimentaire bien avant nos optiques modernes. Ça relativise la course au matériel. ## Pour qui ? Mon verdict, par profil, parce que la seule métrique qui compte, c'est ce que vous allez réellement voir. **Le débutant sans matériel :** une paire de 10x50. Rien d'autre. C'est l'objet idéal pour se prouver qu'on n'a pas besoin d'un télescope pour prendre du plaisir, et le couple d'amas dans un seul champ reste l'un des plus beaux souvenirs de première sortie. **L'observateur qui a déjà des jumelles et veut plus :** les 15x70 sur trépied. Le gain est net, les supergéantes rouges de NGC 884 commencent à se deviner, et vous gardez la vue d'ensemble. **Le propriétaire d'un télescope :** montez votre oculaire le plus grand champ, calez-vous entre 25 et 50x, et allez chercher les cinq variables rouges. Mais ne cherchez pas à grossir davantage, vous perdriez le sujet. Sur cette cible, votre tube joue en réalité le rôle d'une grosse paire de jumelles. Autant l'assumer. Une dernière remarque de terrain : si vous enchaînez, [l'amas globulaire M13](/amas-globulaire-m13-hercule-observation-ete) fait un excellent contrepoint, un essaim serré et sphérique là où le Double Amas est éclaté et lâche. Deux familles d'amas, deux textures, la même nuit. > Image d'en-tête : le Double Amas de Persée, NGC 869 et NGC 884. ## Sources - https://en.wikipedia.org/wiki/Double_Cluster - https://science.nasa.gov/mission/hubble/science/explore-the-night-sky/hubble-caldwell-catalog/caldwell-14/ - https://www.deepskycorner.ch/obj/ngc869.en.php - https://freestarcharts.com/23-guides/caldwell/373-caldwell-14-c14-ngc-869-ngc-884-the-double-cluster-open-clusters - https://sci.esa.int/web/gaia/-/60228-double-cluster-in-perseus - https://earthsky.org/clusters-nebulae-galaxies/double-cluster-in-perseus/ - https://en.wikipedia.org/wiki/RS_Persei --- ## Jumelles d'astronomie : quel modèle pour débuter ? - URL: https://www.portail-astronomie.fr/jumelles-astronomiques-guide-achat-debutant-2026/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-07-17T06:00:00 - Categories: observation À chaque personne qui me demande par où commencer en astronomie, je réponds la même chose, et ça déçoit souvent : pas un télescope. Une paire de jumelles. Les jumelles astronomiques coûtent moins cher, se rangent dans un sac, se pointent en une seconde, et vous montrent le ciel dès la première sortie, sans manuel de 40 pages. Le problème, c'est que le rayon jumelles d'un magasin ressemble à un mur de chiffres. 8x40, 10x50, 20x80, prismes Porro, FMC, BaK-4. Voici comment lire tout ça sans se tromper, et surtout quoi acheter pour débuter. ## La réponse courte : un 10x50 Si vous voulez juste un modèle et qu'on n'en parle plus, prenez un 10x50 à prismes de Porro. Trois sources francophones concordantes le donnent comme le meilleur compromis entre grossissement, stabilité et prix pour observer à main levée. Le premier chiffre, c'est le grossissement (10 fois), le second le diamètre des objectifs en millimètres (50 mm). Ce sont ces deux nombres qui décident de tout. Ce n'est pas le seul choix défendable. Le 7x50 et le 8x40 tiennent la comparaison, et un guide anglophone de référence range d'ailleurs ces trois-là (7x50, 8x40, 10x50) comme le meilleur rapport qualité-prix pour commencer. Mais si je dois trancher pour quelqu'un qui hésite, le 10x50 grappille juste ce qu'il faut de grossissement sans devenir intenable dans les mains. J'y reviens. Pourquoi 50 mm et pas moins ? Parce qu'en pleine nuit, c'est le diamètre qui gouverne la lumière que vous captez. Un 7x35 est décrit comme le minimum acceptable pour l'observation nocturne ; 50 mm, c'est nettement mieux, et 70 mm devient la référence des jumelles dites « grand ciel ». En dessous de 35 à 40 mm, vous êtes en terrain limite pour le ciel étoilé. ## La pupille de sortie, le chiffre qu'on ne vous montre pas C'est le calcul le plus utile de tout l'achat, et il ne figure pourtant sur aucune boîte. La pupille de sortie, c'est le diamètre du faisceau lumineux qui sort de l'oculaire et entre dans votre œil. La formule tient en une ligne : diamètre de l'objectif divisé par le grossissement. Un 10x50 donne donc 5 mm. Un 7x50 monte à 7,1 mm. Pourquoi ça compte ? Parce que dans l'obscurité, votre pupille se dilate, entre 5 et 7 mm environ selon l'âge (jusqu'à 8 mm chez un enfant, plutôt 4 mm passé la cinquantaine). L'idéal est que la pupille de sortie des jumelles corresponde à celle de votre œil : plus large, la lumière est gaspillée autour de l'iris ; plus étroite, l'image s'assombrit. Pour le ciel nocturne, une pupille de sortie de 5 à 7 mm est la bonne cible. Le 10x50 tombe pile en bas de cette fourchette, le 7x50 en haut. C'est aussi pour ça que ces deux formats reviennent toujours. Petite parenthèse : la première fois que j'ai calculé ça pour de vieilles jumelles 12x25 de rando qui traînaient chez mes parents, j'ai compris pourquoi le ciel y était si sombre. Pupille de sortie de 2 mm à peine. Parfaites pour les oiseaux en plein jour, aveugles la nuit. ## Grossissement : là où le 10x est un plafond, pas un plancher L'intuition dit « plus de grossissement, mieux c'est ». Faux, et c'est le piège le plus courant. À main levée, l'optimum se situe autour de 7 à 8 fois, et 10 fois est le maximum raisonnable. Au-delà, le moindre tremblement de vos bras est lui aussi grossi : l'image danse et devient inexploitable. C'est pour ça qu'un 10x50 est un plafond confortable, pas une étape vers plus fort. Les gros modèles lumineux (15x70, 20x80, voire 25x100) existent et donnent de belles images, mais ils imposent un trépied pour éviter le tremblement. Sans support, inutile d'y penser. Pour un premier achat destiné à être sorti d'un sac et pointé à la volée, ça complique tout. Gardez ça pour plus tard, si l'astronomie vous prend vraiment. Deux effets s'ajoutent au tremblement. D'abord le champ : les jumelles brillent justement par leur large champ de vision, typiquement 5 à 7 degrés de ciel d'un coup, là où un télescope en montre une fraction. Les modèles à fort grossissement rabotent ça à 3 ou 4 degrés. Pour repérer et se promener dans le ciel, le grand champ vaut de l'or. À titre de repère, un champ de 5 degrés permet de tenir en même temps les deux étoiles du bord de la casserole de la Grande Ourse. Ensuite le poids. ## Le poids, l'argument qu'on découvre trop tard On y pense rarement en magasin, on le regrette dehors. Tenir des jumelles bras levés fatigue vite : au-delà d'environ 900 g à 1,1 kg (2 à 2,5 livres), la fatigue du bras devient sérieuse et vos observations raccourcissent. Un 10x50 reste en général sous cette limite. Un 20x80, non, et ça rejoint l'argument du trépied. ## Porro contre toit, zoom à fuir Deux familles de prismes se partagent le marché. Les prismes en toit donnent des jumelles droites et compactes ; les prismes de Porro ont cette silhouette coudée, à l'ancienne. Pour l'astronomie, le Porro est recommandé par défaut : il transmet un peu plus de lumière, car il en perd moins à la réflexion. Le toit reste utilisable, mais il coûte plus cher sans avantage réel pour un usage nocturne posé. Autrement dit, à budget égal, le Porro vous en donne davantage. Deux pièges à éviter formellement. Les jumelles à zoom, d'abord : séduisantes sur le papier, elles souffrent d'un effet tunnel prononcé aux faibles grossissements et d'une optique dégradée, franchement déconseillées pour le ciel. Les modèles à mise au point fixe, dits « focus-free », ensuite : à écarter aussi pour l'observation astronomique. Cherchez plutôt la mention FMC (Fully Multi-Coated) : toutes les surfaces air-verre y reçoivent un traitement anti-reflet multicouche, ce qui maximise la lumière transmise sur les objets faibles comme les nébuleuses. C'est le vrai marqueur de qualité, avec le verre BaK-4. ## Le budget En France, un 10x50 Porro de qualité correcte se trouve entre 100 et 150 euros. Plus largement, comptez entre 80 et 300 euros pour un instrument de qualité (repérez la mention prismes BaK-4). En dessous, méfiance. Vous verrez souvent circuler des fourchettes en dollars, autour de 75 à 400 dollars aux États-Unis : ne les convertissez pas telles quelles, les marchés, les taxes et les gammes n'ont rien de comparable. Sur ce point, je préfère rester prudent et m'en tenir aux prix constatés en France. Si le budget est vraiment serré, un monoculaire 8x42 se trouve autour de 70 euros, comme alternative compacte, mais on perd le confort de la vision à deux yeux. ## Ce que vous verrez la première nuit Le meilleur argument, ce sont les objets eux-mêmes. La Lune d'abord : ses grands cratères et ses reliefs se détaillent nettement, c'est le terrain d'entraînement idéal. Jupiter ensuite, qui cesse d'être un point pour devenir un petit disque, flanqué de ses quatre lunes galiléennes principales, visibles selon leur position du soir. Puis les objets du ciel profond, ceux qui accrochent vraiment. La galaxie d'Andromède, M31 : magnitude 3,5, à 2,5 millions d'années-lumière, l'objet le plus lointain visible à l'œil nu par ciel noir. Aux jumelles standard, vous en voyez la partie centrale, une tache floue allongée ; le disque complet, lui, reste réservé à la photo au télescope. Ne vous attendez pas à l'image des magazines, mais savoir qu'on capte une lumière partie il y a 2,5 millions d'années fait toujours son effet. Je détaille quand et où la viser dans mon guide sur [l'observation de la galaxie d'Andromède](/m31-galaxie-andromede-observation-automne-2026). La nébuleuse d'Orion, M42, complète le tableau l'hiver venu : magnitude 4, à 1 300 années-lumière, elle apparaît comme un petit flocon blanchâtre. Surprise agréable, on la repère même sous un ciel de banlieue un peu pollué. Les couleurs, en revanche, restent hors de portée à ces diamètres. Les Pléiades, l'amas de la Ruche ou un balayage de la Voie lactée s'ajoutent à la liste, tout comme les comètes brillantes de passage, cibles classiques des jumelles. Ces magnitudes que je cite (3,5 pour M31, 4 pour M42) mesurent l'éclat apparent d'un astre ; si l'échelle vous échappe, [comment lire la magnitude](/magnitude-apparente-absolue-luminosite-etoiles-echelle-pogson) est expliqué ailleurs. Et pour M42 comme pour M31, tout se joue sur la noirceur du ciel : un site sombre change tout, et [le repérage des lieux de ciel noir en France](/pollution-lumineuse-bortle-sites-ciel-noir-france) fait le tri. Le jour où les jumelles ne vous suffiront plus, ce sera le moment de regarder du côté du [premier télescope](/premier-telescope-refracteur-reflecteur-dobson-achat). Mais franchement, ce jour-là est plus loin qu'on ne croit. ## Sources - https://www.stelvision.com/astro/comment-choisir-ses-jumelles-pour-lastronomie/ - https://cosmicpursuits.com/912/how-to-choose-astronomy-binoculars/ - https://www.astrofiles.net/astronomie-choisir-les-bonnes-jumelles - https://eyesonthesky.com/tutorials/how-to-choose-the-best-binoculars-for-astronomy-observing/ - https://les-meilleures-jumelles.fr/guides-achat/prismes-porro-vs-prismes-toit/ - https://www.astroshop.de/fr/magazine/connaissances/information-sur-les-jumelles/acheter-et-utiliser-des-jumelles/controle-rapide-de-la-qualite-des-jumelles/i,1127 - https://www.stelvision.com/astro/fiche-observation/la-galaxie-m31-aux-jumelles/ - https://www.stelvision.com/astro/fiche-observation/la-nebuleuse-d-orion-m42-aux-jumelles/ --- ## NGC 7000 : observer la nébuleuse North America du Cygne - URL: https://www.portail-astronomie.fr/ngc-7000-nebuleuse-north-america-cygne-observation/ - Author: Julien P. - Published: 2026-07-16T06:00:00 - Categories: ciel-profond Il y a des objets du ciel profond qui se laissent attraper au premier coup d'œil, et d'autres qui vous font douter de votre matériel. NGC 7000, la nébuleuse North America, appartient à la seconde catégorie, et pour une raison que ses chiffres ne racontent pas. Sur le papier, c'est une nébuleuse en émission géante du Cygne, large comme quatre pleines lunes mises côte à côte, avec une magnitude affichée autour de 4 à 5. Un débutant qui lit ça se dit qu'il va la trouver en une seconde. Puis il pointe ses jumelles vers le Cygne, et il ne voit qu'un fond laiteux de Voie Lactée. Ce décalage entre la fiche technique et la réalité du terrain, c'est exactement ce qui rend cet objet intéressant à décortiquer. ## Une magnitude qui ment par omission Commençons par le piège, parce que c'est le cœur du sujet. Quand une source vous donne la magnitude 4 de NGC 7000, elle parle de sa magnitude intégrée : toute la lumière de la nébuleuse ramassée en un seul point, comme si on la comprimait en une étoile. Sauf que cette lumière n'est pas comprimée du tout. Elle est étalée sur une surface de 120 par 100 minutes d'arc, soit près de quatre fois le diamètre apparent de la pleine Lune. La même quantité de photons, mais diluée sur une immense tache. Résultat : la brillance de surface, celle qui compte vraiment à l'oculaire, s'effondre. Certaines parties de la nébuleuse ne dépassent pas la magnitude 12. C'est ça, le vrai chiffre à retenir pour l'observation. Une étoile de magnitude 4 saute aux yeux ; une nappe de gaz de magnitude 12 par unité de surface, noyée dans le fond du ciel, demande des conditions irréprochables. J'insiste là-dessus parce que je vois régulièrement des gens conclure que leur instrument est en cause, alors que le problème est physique, pas optique. La conséquence pratique tombe d'elle-même : à l'œil nu, oubliez, sauf sous un ciel exceptionnel. Peu d'observateurs parviennent à la distinguer sans instrument, et uniquement sous un ciel très noir, sans lune ni pollution lumineuse, en vision décalée. Ce coup d'œil de côté qui sollicite les bâtonnets de la rétine, plus sensibles à la faible lumière, devient ici votre meilleur allié. ## Un continent de gaz dans le Cygne Maintenant, ce que vous cherchez au juste. NGC 7000 est une région HII, un nuage d'hydrogène ionisé qui rayonne sa propre lumière, catalogué Sh 2-117. Elle se trouve dans le Cygne, tout près de Deneb, l'étoile la plus brillante de la constellation et l'un des sommets du [Triangle d'été](/triangle-ete-vega-deneb-altair-observation). Son surnom, elle le doit à sa silhouette : sur une pose longue, ses contours dessinent l'Amérique du Nord, golfe du Mexique compris. C'est l'astrophotographe allemand Max Wolf qui a reconnu et baptisé cette forme en 1890, après l'avoir figée sur une plaque photographique. William Herschel, lui, l'avait repérée bien avant, le 24 octobre 1786, sans deviner à quoi elle ressemblait. Le détail que je trouve le plus élégant, c'est le golfe du Mexique. Cette échancrure sombre qui creuse la côte sud du continent n'est pas un vide : c'est une bande de poussière interstellaire, cataloguée LDN 935, qui absorbe la lumière en arrière-plan. La même bande sépare NGC 7000 de sa voisine, la nébuleuse du Pélican (IC 5070). Les deux ne font en réalité qu'un seul et même nuage d'hydrogène ionisé, la région Sh 2-117 justement, artificiellement coupé en deux par ce ruban opaque. Deux noms, deux formes reconnaissables, une seule structure physique. La zone qui évoque le Mexique et l'Amérique centrale porte un nom à part, le Mur du Cygne. C'est la région de formation d'étoiles la plus active du complexe, et de loin la cible préférée des astrophotographes en bande étroite. Si vous croisez de superbes images rougeoyantes de cette nébuleuse, il y a de bonnes chances qu'elles cadrent précisément ce mur. ## L'étoile qui l'allume, et ce n'est pas Deneb Une nébuleuse en émission a besoin d'une source pour ioniser son hydrogène, une étoile assez chaude pour arracher les électrons aux atomes. Pendant longtemps, le suspect désigné était Deneb, la voisine éclatante. Edwin Hubble l'avait proposée. Le problème, c'est la température : Deneb est une supergéante bleue à environ 8 500 K, bien trop froide. Pour allumer une région HII de cette taille, il faut dépasser les 30 000 K. L'affaire n'a été tranchée qu'en 2004. Fernando Comerón et Anna Pasquali, en fouillant le relevé infrarouge 2MASS, ont isolé la vraie coupable : une étoile cataloguée 2MASS J205551.3+435225, de type spectral O3.5, avec une température de surface supérieure à 40 000 K. Comme elle se niche juste au large de la « côte de Floride » de la nébuleuse, elle a hérité du surnom d'étoile Bajamar, l'ancien nom espagnol des Bahamas. Voilà un cas où l'objet le plus évident du champ n'était pas le bon. Ça arrive plus souvent qu'on ne le croit en astronomie. ## Comment la pointer sans se décourager Passons au concret, parce que c'est là que tout se joue. Première règle, non négociable : le ciel. Cet objet vit et meurt avec la qualité du site. Sous un ciel de banlieue, vous perdez votre temps. Il vous faut un site sombre, et si vous ne savez pas où en trouver un, l'[échelle de Bortle et la carte des ciels noirs de France](/pollution-lumineuse-bortle-sites-ciel-noir-france) sont le premier réflexe à avoir, avant même de sortir le matériel. Côté instrument, le paradoxe continue : moins vous grossissez, mieux c'est. Une nébuleuse aussi étendue et aussi diffuse se révèle à faible grossissement et grand champ. Les jumelles 7x50 ou 10x50 sont idéales pour une première tentative ; elles embrassent tout le champ d'un coup et concentrent la faible lumière. Un télescope à petit grossissement avec un oculaire grand-angle fonctionne aussi, à condition de ne pas chercher à zoomer. Pointez d'abord Deneb, puis balayez doucement la région alentour. L'accessoire qui change vraiment la donne, c'est le filtre. Un UHC (Ultra High Contrast) est fortement recommandé : il bloque les longueurs d'onde de la pollution lumineuse et laisse passer les raies d'émission de la nébuleuse, ce qui décolle la North America du fond de ciel de façon parfois spectaculaire. Un filtre OIII peut dépanner, mais sur cette cible précise l'UHC reste mieux adapté. Sans filtre à nébuleuse, je ne garantis rien, même sous un bon ciel. Reste le calendrier. Le Cygne monte haut dans le ciel de l'été à l'automne, grosso modo de juin à octobre dans l'hémisphère nord, avec une période particulièrement favorable en juillet et août quand la constellation frôle le zénith en début de nuit. C'est pour ça que cet article tombe en pleine saison. Si vous prolongez la soirée, la [nébuleuse de la Lagune M8](/m8-nebuleuse-lagune-observation-ete-2026) plus bas sur l'horizon fait une belle cible complémentaire, et pour ceux qui veulent immortaliser tout ça, le guide pour [photographier la Voie Lactée cet été](/voie-lactee-astrophotographie-guide-ete-2026) couvre les bases de la pose longue qui, elle, révèle enfin les couleurs que l'œil ne verra jamais. Un dernier mot sur la distance, parce que c'est le genre de chiffre où il faut se méfier des vieilles fiches. Longtemps, on situait NGC 7000 autour de 1 600 à 1 800 années-lumière, valeur qui traîne encore partout dans la littérature amateur. Les mesures du satellite Gaia, en 2020, l'ont repoussée à environ 2 590 années-lumière, à 80 près. C'est aujourd'hui l'estimation la plus solide, et si vous croisez encore l'ancien chiffre, ce n'est pas une erreur, juste une donnée d'avant Gaia. J'aime bien ce genre de révision : elle rappelle qu'un objet connu depuis 1786 continue de nous obliger à corriger nos notes. > Image d'en-tête : NGC 7000 en lumière visible et infrarouge, NASA/JPL-Caltech (domaine public). ## Sources - https://en.wikipedia.org/wiki/North_America_Nebula - https://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9buleuse_de_l'Am%C3%A9rique_du_Nord - https://freestarcharts.com/ngc-7000 - https://planete-telescope.fr/nebuleuse-ngc-7000-comment-observer/ - https://simbad.cds.unistra.fr/simbad/sim-id?Ident=NGC+7000 - https://www.caha.es/newsletter/news05b/Comeron/ngc7000.html --- ## Étoiles doubles d'été : optique ou vraiment liées ? - URL: https://www.portail-astronomie.fr/etoiles-doubles-albireo-mizar-observer-ete/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-07-15T06:00:00 - Categories: observation Il y a une question que je pose souvent aux gens qui découvrent une étoile double dans l'oculaire, la première fois. « Alors, elles tournent l'une autour de l'autre ? » Et la vraie réponse, la plupart du temps, c'est : ça dépend, et parfois personne n'en sait rien. Les étoiles doubles de l'été sont un terrain parfait pour comprendre pourquoi. Trois cibles suffisent, toutes visibles de juin à septembre, toutes atteignables avec du matériel modeste : Albireo, Mizar-Alcor et Epsilon Lyrae. Et chacune illustre un cas différent. Commençons par le vocabulaire, parce que c'est là que tout se joue. Une double physique, une binaire, ce sont deux étoiles réellement liées par la gravité, en orbite l'une autour de l'autre. Une double optique, c'est un trompe-l'œil : deux étoiles situées à des distances très différentes, sans aucun lien, mais qui tombent par hasard sur la même ligne de visée depuis la Terre. À l'oculaire, les deux se ressemblent. Il faut mesurer les distances pour trancher, et c'est un travail de satellite, pas d'amateur. ## Albireo, la plus belle et la plus ambiguë Si vous ne deviez en pointer qu'une, ce serait celle-là. Albireo, à la tête du Cygne, est la double la plus citée du ciel, et pour une bonne raison : le contraste de couleurs est saisissant. Une composante ambre, orangée, de magnitude 3,1, et une compagne franchement bleu-vert, de magnitude 5,1, séparées d'environ 34 à 35 secondes d'arc. Aux jumelles 10x50 tenues bien stables, on devine déjà la dualité ; mais pour que les couleurs éclatent vraiment, il faut monter à 50 ou 80 fois, donc passer à la lunette ou au télescope. Et le statut d'Albireo ? Voilà où je dois vous freiner. On a longtemps supposé un couple physique. Les mesures récentes du satellite Gaia (données eDR3) placent les deux composantes à des distances sensiblement différentes, un écart qui penche plutôt du côté de la double optique. Mais rien n'est tranché officiellement. C'est ce flou qui me plaît : l'objet le plus admiré du ciel d'été n'a pas encore livré son vrai statut. Détail que peu de gens connaissent : la composante orangée cache elle-même un compagnon très serré, à seulement 0,4 seconde d'arc, hors de portée de tout télescope d'amateur. Sa distance reste, elle aussi, un sujet de débat entre la valeur historique souvent citée, plus de 400 années-lumière, et les mesures Gaia par composante. ## Mizar-Alcor : le contre-exemple parfait Beaucoup de guides rangent Mizar-Alcor dans le même sac qu'Albireo, comme un exemple de double optique visible à l'œil nu. C'est faux, et c'est justement ce qui rend le couple intéressant. Le duo se niche dans le manche de la Grande Ourse. À l'œil nu, si votre vue est bonne, vous séparez Mizar (magnitude 2,2) d'Alcor (magnitude 3,99), distantes d'environ 12 minutes d'arc. Les Arabes et les Perses de l'Antiquité s'en servaient comme test de vue, et je trouve ça beau qu'on utilise encore aujourd'hui le même repère pour vérifier qu'un ciel est assez transparent. Sauf que ces deux étoiles ne sont pas un hasard de perspective : une étude statistique de 2011 leur attribue une probabilité de 100 % d'être gravitationnellement liées. Elles sont à environ 83 années-lumière, et forment une binaire très large, un couple physique réel, pas une illusion. Poussez un peu plus loin. Braquez un petit télescope sur Mizar seule, et elle se dédouble à son tour : deux composantes séparées de 14,4 secondes d'arc. C'est une séparation confortable, accessible dès la petite lunette. Et ce n'est pas n'importe quelle double : Mizar est la première étoile jamais reconnue comme double au télescope, en 1650. La première de l'histoire. Chaque fois que je la montre à quelqu'un, je repense à ça, au tout premier astronome qui a compris qu'une étoile pouvait en cacher une autre. ## Epsilon Lyrae, la « double-double » pour tester votre instrument Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Aurores boréales en France : où et quand tenter sa chance](/aurores-boreales-france-ou-quand-observer). Troisième cible, la plus exigeante, et la préférée de ceux qui veulent jauger leur matériel. Epsilon Lyrae brille tout près de Véga, à la limite de l'œil nu. Aux jumelles, elle se sépare en deux étoiles : la paire large, distante d'environ 208 secondes d'arc. Jusque-là, facile. Le piège arrive ensuite. Chacune de ces deux étoiles est elle-même une double serrée, avec des séparations de l'ordre de 2,2 à 2,8 secondes d'arc selon les sources et l'époque de mesure. C'est là que ça se corse. Pour voir les quatre étoiles distinctement, il faut un télescope d'au moins 130 à 200 mm bien collimaté, et pousser le grossissement au-delà de 150 fois. En dessous, vous verrez des étoiles allongées, ovales, mais pas dédoublées. Un bon test de nuit stable autant que d'optique. ## Ce que votre œil et votre instrument peuvent séparer Reste la question pratique : jusqu'où votre télescope peut-il aller ? Il existe une règle simple, le critère de Dawes, qui donne le pouvoir séparateur théorique d'un instrument. La formule : 116/D en mm, où D est le diamètre de l'ouverture. Un télescope de 200 mm atteint ainsi une limite de 0,58 seconde d'arc. Elle a été établie empiriquement par l'astronome britannique William Rutter Dawes, en comparant les performances de plusieurs lunettes. Un critère voisin, celui de Rayleigh (138/D en mm), est environ 19 % plus conservateur, parce qu'il découle de la théorie de la diffraction plutôt que de l'observation directe. En pratique, retenez ceci. Des jumelles 10x50 vous ouvrent Mizar-Alcor et la paire large d'Epsilon Lyrae. Une petite lunette de 60 mm dédouble Mizar elle-même et fait chanter les couleurs d'Albireo. Et il faut viser 130 à 200 mm pour craquer la double-double au complet. Aucun de ces objets n'exige une fortune ; si vous hésitez encore sur votre premier instrument, j'ai posé les critères dans mon comparatif entre [réfracteur, réflecteur et Dobson](/premier-telescope-refracteur-reflecteur-dobson-achat). Un dernier conseil de terrain. Ces étoiles se repèrent toutes à partir du [Triangle d'été](/triangle-ete-vega-deneb-altair-observation), la figure la plus fiable des nuits chaudes : Albireo à la tête du Cygne, Epsilon Lyrae collée à Véga. Et pour comprendre ce que veulent dire ces chiffres de magnitude que je cite sans arrêt, l'éclat apparent d'une étoile, jetez un œil à [l'échelle de Pogson](/magnitude-apparente-absolue-luminosite-etoiles-echelle-pogson). Reste à trouver une nuit noire, loin des lampadaires ; là-dessus, [le repérage des sites de ciel sombre en France](/pollution-lumineuse-bortle-sites-ciel-noir-france) fait le tri. Le reste, c'est de la patience. ## Sources - https://en.wikipedia.org/wiki/Albireo - https://en.wikipedia.org/wiki/Mizar_and_Alcor - https://en.wikipedia.org/wiki/Mizar - https://www.skyatnightmagazine.com/advice/epsilon-lyrae - https://www.stelvision.com/astro/fiche-observation/albireo-et-epsilon-lyre-etoiles-surprises/ - https://www.astronomy.com/science/101-must-see-cosmic-objects-mizar-and-alcor/ - https://oasi.org.uk/Telescopes/Dawes_limit/Dawes_limit.php - https://www.rocketmime.com/astronomy/Telescope/ResolvingPower.html --- ## Le Triangle d'été : repérer Véga, Deneb et Altaïr - URL: https://www.portail-astronomie.fr/triangle-ete-vega-deneb-altair-observation/ - Author: Julien P. - Published: 2026-07-13T06:00:00 - Categories: observation Il y a des figures du ciel que l'on retrouve sans y penser, comme un chemin que le corps connaît avant la mémoire. Le Triangle d'été est de celles-là. Trois étoiles brillantes, Véga, Deneb et Altaïr, tendues au-dessus de nos têtes de juin à septembre, forment le repère le plus fiable des nuits chaudes. Une fois qu'on le tient, on ne le perd plus ; et à partir de lui, tout le reste du ciel d'été se déplie. Précisons d'emblée un point qui déroute souvent les débutants : le Triangle d'été n'est pas une constellation. C'est un astérisme, un dessin commode que l'œil trace entre des étoiles qui appartiennent, elles, à trois constellations distinctes. Véga brille dans la Lyre, Deneb dans le Cygne, Altaïr dans l'Aigle. La figure englobe au passage deux petites constellations discrètes, la Flèche (Sagitta) et le Petit Renard (Vulpecula), que l'on ne remarque qu'en cherchant. ## Les trois sommets, et ce qu'ils cachent Commençons par le plus haut. Aux latitudes moyennes de l'hémisphère nord, Véga passe près du zénith vers 22h ou 23h en été ; c'est l'étoile qui vous tombe presque sur la nuque. Alpha de la Lyre, magnitude apparente très voisine de zéro (0,03 selon Wikipédia), c'est une naine blanc-bleuté de type A0 Va, relativement proche du Soleil à un peu plus de 25 années-lumière. Détail qui me plaît, parce qu'il raconte l'histoire de l'astronomie elle-même : Véga a longtemps servi d'étalon photométrique, la référence à partir de laquelle on calibrait l'échelle des magnitudes. Une étoile-mètre-étalon, en somme. Si l'idée de mesurer l'éclat des astres vous intrigue, j'ai détaillé ailleurs [l'échelle de Pogson et la différence entre magnitude apparente et absolue](/magnitude-apparente-absolue-luminosite-etoiles-echelle-pogson). Deneb, au nord de la figure, est d'une autre nature. Alpha du Cygne, magnitude autour de 1,25 (elle varie légèrement, entre 1,21 et 1,29, ce qui en fait le prototype des variables dites Alpha Cygni), c'est une supergéante bleue de type A2 Ia. Et c'est là que je dois freiner votre curiosité, parce que la question de sa distance est un vrai casse-tête. Selon la méthode de mesure retenue, les astronomes l'estiment entre 1 400 et 2 600 années-lumière ; l'écart est énorme, et il n'est toujours pas tranché. Retenez la fourchette, méfiez-vous des sites qui vous assènent un chiffre unique à la décimale près. Ce qui est sûr, en revanche, c'est que Deneb reste l'étoile de première grandeur la plus lointaine visible à l'œil nu : si elle nous parvient malgré cette distance, c'est qu'elle brille avec une puissance intrinsèque colossale. Altaïr, enfin, ferme le triangle au sud. Alpha de l'Aigle, magnitude 0,76 (0,77 pour certaines sources, l'arrondi diffère), à environ 17 années-lumière : une voisine, celle-là. Son signe particulier, c'est sa rotation folle. Altaïr tourne sur elle-même en quelques heures seulement, avec une vitesse équatoriale de l'ordre de 314 km/s, au point d'en être visiblement aplatie aux pôles. Une étoile toupie. On a du mal à se représenter ce que cela veut dire, une boule de gaz de la taille d'une étoile qui boucle un tour en moins d'une nuit de sommeil. ## Du triangle aux trésors : où pointer les jumelles Le vrai intérêt d'un astérisme, c'est de servir de tremplin. Une fois le Triangle en tête, plusieurs objets se laissent viser sans grand matériel. Le plus accessible est peut-être Albireo, à la tête du Cygne, souvent citée comme la plus belle étoile double du ciel. Aux jumelles tenues bien stables, ou mieux à la petite lunette, elle se dédouble : une composante jaune orangé (magnitude 3,1) et une compagne franchement bleue (magnitude 5,1), séparées d'environ 34 secondes d'arc. Le contraste de couleurs est saisissant. Longtemps on a cru à un couple physique ; les données du satellite Gaia ont depuis penché pour un simple alignement optique, deux étoiles situées à des distances différentes qui se trouvent sur la même ligne de visée. Un peu décevant sur le plan romanesque, mais l'image, elle, reste sublime. Deux nébuleuses planétaires méritent aussi le détour. M57, la nébuleuse de l'Anneau, nichée dans la Lyre entre deux étoiles du parallélogramme, affiche une magnitude de 8,8 : trop faible pour l'œil nu, mais un anneau de fumée fantomatique dès le petit télescope. Sa distance, là encore, reste discutée, quelque part entre 2 300 et 2 600 années-lumière selon les sources. Sa cousine M27, la nébuleuse de l'Haltère, loge dans le Petit Renard, à environ 1 250 années-lumière, plus lumineuse (magnitude 7,4) et plus facile à débusquer. Un mot d'histoire qui me touche particulièrement : c'est un 12 juillet, en 1764, que Charles Messier la repère ; ce fut la toute première nébuleuse planétaire jamais observée. Presque jour pour jour l'anniversaire de ces lignes. Pour choisir entre les deux selon votre instrument, j'ai comparé [M57 et M27 côté observation](/m57-lyre-m27-haltere-nebuleuses-planetaires-ete). Autour de Deneb s'étend enfin la vaste nébuleuse de l'Amérique du Nord (NGC 7000), dont le contour évoque le continent. Sa magnitude d'ensemble avoisine 4, mais sa faible densité la rend traître à observer ; sa distance, longtemps flottante, a été ramenée par les mesures récentes de Gaia à 2 590 années-lumière environ. Et par-dessus tout cela court la Voie lactée, qui traverse le Triangle de part en part : le Cygne y déploie ses ailes en plein dans la bande laiteuse. Rien ne remplace un ciel vraiment noir pour la voir. Si vous cherchez où fuir les lampadaires, ce [repérage des sites de ciel noir en France](/pollution-lumineuse-bortle-sites-ciel-noir-france) devrait aider ; et pour la photographier, [le guide astrophoto de la Voie lactée](/voie-lactee-astrophotographie-guide-ete-2026) donne les réglages. ## Les récits accrochés aux étoiles On observe rarement le ciel sans convoquer les histoires qu'on y a projetées. La Lyre, celle de Véga, serait l'instrument d'Orphée : une lyre façonnée par Hermès, placée parmi les astres par les Muses après la mort du musicien. L'Aigle, celui d'Altaïr, est dans la tradition grecque l'oiseau qui portait les éclairs de Zeus, celui-là même qui enleva le jeune Ganymède. Trois étoiles brillantes de la constellation, Altaïr, Alshain et Tarazed, dessinent un alignement presque parfait, la tête de l'oiseau. Mais le récit qui me semble le plus juste, parce qu'il relie précisément deux sommets du triangle, nous vient du Japon. La fête de Tanabata associe Véga à la princesse tisserande Orihime et Altaïr au bouvier Hikoboshi, deux amants que la Voie lactée sépare et qui ne se retrouvent qu'une nuit par an. Cette nuit tombe le 7 juillet, en plein cœur de la saison où le Triangle domine le ciel. Difficile de trouver plus belle coïncidence entre une mythologie et une réalité d'observation ; les deux étoiles sont bien de part et d'autre de la rivière d'étoiles, et il faut lever les yeux à la bonne date pour que l'histoire prenne son sens. ## Comment s'y prendre, concrètement Le Triangle d'été n'exige rien d'autre qu'un ciel dégagé et un peu de patience. Repérez d'abord Véga, la plus brillante, quasi au-dessus de vous en soirée. Descendez vers le sud-est pour Altaïr, encadrée par ses deux gardiennes. Remontez vers le nord-est pour Deneb, à la queue du Cygne. Le triangle est immense, il occupe une large portion de la voûte ; ne cherchez pas un petit motif serré. Un conseil que je me répète à chaque sortie : ne visez pas trop d'objets d'un coup. Deux ou trois cibles apprises et retrouvées valent mieux que quinze survolées et oubliées au réveil. Le Triangle reste visible une grande partie de l'année, glissant vers l'ouest jusqu'aux soirées d'automne et de début d'hiver ; vous aurez le temps d'y revenir. Si vous voulez prolonger vers un bel amas d'étoiles, [le Grand Amas d'Hercule, M13](/amas-globulaire-m13-hercule-observation-ete), n'est pas loin du sommet occidental. Je repense parfois aux étés de mon adolescence, aux nuits passées dehors sans savoir nommer ce que je regardais. Le Triangle était là, évidemment, je le fixais sans le reconnaître. C'est peut-être ça, apprendre le ciel : mettre des noms sur ce qu'on voyait déjà. Rien de plus, et c'est déjà beaucoup. ## Sources - https://fr.wikipedia.org/wiki/V%C3%A9ga - https://fr.wikipedia.org/wiki/Alta%C3%AFr - https://en.wikipedia.org/wiki/Deneb - https://starwalk.space/en/news/summer-triangle-asterism - https://earthsky.org/favorite-star-patterns/summer-triangle-asterism-vega-deneb-altair/ - https://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9buleuse_de_la_Lyre - https://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9buleuse_de_l%27Halt%C3%A8re - https://fr.wikipedia.org/wiki/Beta_Cygni - https://en.wikipedia.org/wiki/North_America_Nebula - https://en.wikipedia.org/wiki/Cygnus_%28constellation%29 - https://fr.wikipedia.org/wiki/Aigle_%28constellation%29 - https://en.wikipedia.org/wiki/Lyra - https://blogs.futura-sciences.com/feldmann/2019/07/05/tanabata-matsuri-au-japon-on-celebre-la-fete-des-etoiles/ --- ## Nuits des étoiles 2026 : le programme d'observation - URL: https://www.portail-astronomie.fr/nuits-des-etoiles-2026-programme-observation/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-07-10T06:00:00 - Categories: observation Un télescope à 1500 euros ne vous montrera rien de plus qu'une paire de jumelles si vous restez sous un lampadaire. C'est la vraie leçon des Nuits des étoiles, et elle tombe bien : l'édition 2026 se tient du 7 au 9 août, gratuite, partout en France. Trois soirées pour lever le nez sans rien débourser, encadré par des gens qui savent où pointer. L'événement est organisé par l'Association Française d'Astronomie (AFA), avec Planète Sciences et le CNES. Accès libre à toutes les manifestations, aucune connaissance requise. Vous débarquez, un bénévole cale son tube sur Saturne, vous regardez. C'est tout. Selon la presse spécialisée, c'est la 36e édition. ## Le thème 2026 : le Soleil, et ce qui se prépare le 12 août Cette année, l'AFA a mis notre étoile au centre. Le thème affiché est « Notre étoile, le Soleil », que l'association articule autour d'un récit qu'elle résume par « des Nuits des étoiles, à la nuit de l'étoile ». Traduction : ces trois nuits d'août servent de compte à rebours vers l'éclipse solaire du 12 août 2026. Autant être clair tout de suite sur cette éclipse, parce que les attentes sont souvent fausses. En France métropolitaine, elle sera partielle, pas totale. La bande de totalité passe par l'Islande, le Groenland, l'Espagne et le nord-est du Portugal, elle frôle l'Hexagone sans y entrer. Reste que le spectacle sera loin d'être négligeable : l'AFA annonce entre 92 % et 99 % du Soleil masqué juste avant son coucher, selon les régions. Je m'en tiens à cette fourchette officielle. Les tableaux ville par ville qui circulent divergent d'une source à l'autre, et je préfère un intervalle honnête à un chiffre faux à la deuxième décimale. Ce qui est sûr : la France n'a rien connu d'équivalent depuis l'éclipse totale du 11 août 1999. Et d'après les éphémérides reprises par la presse, la prochaine totale sur le territoire métropolitain n'est pas attendue avant 2081. Les Nuits des étoiles 2026 sont donc l'occasion de préparer le terrain, repérer un bon site, comprendre les horaires, avant le vrai rendez-vous quelques jours plus tard. Le détail de l'éclipse, je l'ai décortiqué dans [ce guide dédié au 12 août](/eclipse-solaire-totale-12-aout-2026-europe-guide-observation). Un mot sur le contexte : le Soleil est actuellement proche du maximum de son cycle d'activité, avec des éruptions marquées ces deux dernières années. Le thème n'est pas tombé du ciel par hasard. ## Où aller, et quoi emporter Des centaines de soirées sont montées par les clubs d'astronomie un peu partout en France, et le réseau déborde même en Belgique et en Algérie. L'AFA met une carte interactive en ligne : vous tapez votre ville, vous trouvez le club le plus proche. Faites-le en amont, pas le soir même. Le seul critère qui compte pour choisir votre point de chute : la qualité du ciel. Un site loin de la pollution lumineuse change tout, bien plus que le diamètre du télescope planté à côté de vous. Si le sujet vous intéresse, j'ai déjà creusé [où trouver un vrai ciel noir en France](/pollution-lumineuse-bortle-sites-ciel-noir-france). La liste du matériel utile est courte : - Des cartes du ciel imprimées, pas le téléphone. L'écran vous crame la vision nocturne en une seconde. - Une lampe torche à lumière rouge, pour lire sans détruire cette même vision. - Des vêtements chauds. Même en août, on ne bouge pas pendant deux heures dans un champ sans se refroidir. - Une paire de jumelles si vous en avez. Suffisant pour dégrossir le ciel d'été. Côté Lune, la fenêtre est correcte. Le dernier quartier tombe autour du 7 août, la Lune décroît ensuite vers la nouvelle lune du 12. Les nuits gagnent en noirceur au fil du week-end, ce qui aide pour le ciel profond. ## Ce que vous verrez vraiment Le grand repère de l'été, c'est le Triangle d'été. Trois étoiles brillantes qui forment un astérisme visible toute la nuit : Véga dans la Lyre, Deneb dans le Cygne, Altaïr dans l'Aigle. Une fois que vous l'avez en tête, vous ne le perdez plus, et il sert de tremplin pour trouver le reste. Depuis ce triangle, deux nébuleuses planétaires se laissent pointer avec un instrument modeste : M57, la nébuleuse de l'Anneau, logée dans la Lyre, et M27, la nébuleuse de l'Haltère, dans le Petit Renard. Si vous hésitez sur laquelle viser en premier selon votre matériel, j'ai comparé [M57 et M27 côté observation](/m57-lyre-m27-haltere-nebuleuses-planetaires-ete). L'AFA suggère aussi Vénus en début de soirée, l'étoile du Berger qu'on ne peut pas rater, la Voie lactée qui traverse le ciel dès qu'on s'éloigne des villes, et l'amas d'Hercule, M13, gros paquet d'étoiles pour ceux qui aiment le ciel profond. Saturne, elle, se mérite : au télescope, comptez rester jusqu'à 1h du matin environ pour la voir grimper. La planète approche de son opposition du 4 octobre 2026, donc les soirées de la fin d'année lui seront plus favorables, mais l'apercevoir en août reste un bon amuse-bouche. Petit conseil de méthode : ne cherchez pas à tout cocher en une nuit. Prenez deux ou trois cibles, apprenez à les retrouver, revenez. C'est comme ça qu'on progresse, pas en survolant quinze objets qu'on oubliera au réveil. ## Et les Perséides, dans tout ça Voilà le bonus que peu de gens anticipent. Le pic de la pluie de météores des Perséides tombe dans la nuit du 12 au 13 août 2026, quelques jours après le week-end des Nuits des étoiles. Et le calendrier fait bien les choses : la nouvelle lune est justement le 12 août. Ciel sans Lune, conditions optimales, on attend environ une centaine de météores par heure au maximum. Dit autrement, si vous accrochez au virus pendant les Nuits des étoiles, ne rangez pas le transat. La semaine du 12 août enchaîne l'éclipse au coucher du Soleil et les étoiles filantes dans la foulée. Le détail des Perséides, horaires et conditions, c'est [par ici](/perseides-12-13-aout-2026-pic-100-meteores-heure-conditions). Et pour immortaliser la Voie lactée pendant que vous y êtes, [le guide astrophoto de l'été](/voie-lactee-astrophotographie-guide-ete-2026) donne les réglages. ## Le verdict Je ne sais pas s'il existe une meilleure porte d'entrée vers l'astronomie que ces trois nuits. C'est gratuit, encadré, sans matériel obligatoire, et calé pile avant un mois d'août qui aligne une éclipse et un pic de météores comme rarement. Le genre de fenêtre qui ne se représente pas chaque année. En clair : repérez votre club sur la carte de l'AFA, prévoyez un pull et une lampe rouge, et gardez la semaine du 12 août au chaud dans l'agenda. Le reste, les bénévoles s'en chargent. ## Sources - https://www.afastronomie.fr/les-nuits-des-etoiles - https://www.afastronomie.fr/le-theme-des-nuits - https://www.stelvision.com/astro/nuits-des-etoiles/ - https://cnes.fr/evenements/nuits-etoiles-2026 - https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89clipse_solaire_du_12_ao%C3%BBt_2026 - https://www.stelvision.com/astro/les-etoiles-filantes-des-perseides/ - https://eclipse-solaire.fr/ --- ## Galaxie d'Andromède : la viser en automne 2026 - URL: https://www.portail-astronomie.fr/m31-galaxie-andromede-observation-automne-2026/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-07-09T06:00:00 - Categories: ciel-profond Magnitude 3,4 environ (la NASA l'arrondit à 3,1, la plupart des catalogues donnent 3,44), une taille apparente de six fois le diamètre de la pleine Lune, une distance de 2,5 millions d'années-lumière : la galaxie d'Andromède, M31 au catalogue Messier, est l'objet le plus lointain qu'un œil humain puisse capter sans le moindre instrument. Et l'automne 2026 tombe dans la bonne fenêtre pour la pointer. Précisons tout de suite le statut de la cible, parce que le marketing des fiches d'observation a tendance à mentir par omission. M31 est la plus proche grande galaxie spirale de la nôtre, pas l'objet extragalactique le plus proche dans l'absolu : les nuages de Magellan et plusieurs naines satellites de la Voie lactée sont bien plus près, mais ce ne sont pas des « grandes » galaxies comparables. La nuance compte quand on choisit son matériel. ## Repérage : deux routes, la même arrivée Andromède se déniche par sauts d'étoiles, pas au hasard. Deux repères fonctionnent, et je conseille de mémoriser les deux : selon le ciel, l'un ou l'autre tombe mieux. Première route, le Grand Carré de Pégase. Repérez la diagonale du Carré, prolongez-la depuis l'étoile la plus au nord-est jusqu'à Mirach (Bêta Andromedae). De Mirach, remontez d'un cran vers Mu Andromedae, puis doublez cette distance dans le même axe : vous tombez sur M31. C'est la méthode décrite par EarthSky, et elle marche même en zone périurbaine une fois qu'on l'a faite une fois. Deuxième route, Cassiopée. Le « W » de la constellation dessine deux « V », dont un plus profond que l'autre. Ce V profond pointe vers Andromède, à un peu plus de 15 degrés. Pratique quand Pégase est mal placé sur l'horizon. Depuis un vrai site de ciel noir, sans Lune, la galaxie se voit à l'œil nu : une tache floue, un pâté laiteux dans le champ. Rien de spectaculaire, mais c'est déjà de la lumière vieille de 2,5 millions d'années qui vous arrive sur la rétine. La qualité du ciel pèse ici plus lourd que n'importe quel accessoire, et c'est pour ça que le premier investissement utile reste de trouver [un site à faible pollution lumineuse](/pollution-lumineuse-bortle-sites-ciel-noir-france) avant de sortir le portefeuille. ## Jumelles ou télescope : le bon outil pour le bon budget C'est la partie où je me sens en terrain connu. Andromède n'est pas une cible qui récompense le gros diamètre : c'est une cible qui récompense le grand champ et le faible grossissement. Autant le dire aux acheteurs tentés par un monstre de 250 mm : pour M31, ce n'est pas là que ça se joue. Une paire de jumelles suffit à la sortir du fond de ciel. Les modèles 7x35, 8x40 ou 10x50 conviennent parfaitement, et la galaxie apparaît en ovale allongé même en ville sous une pollution lumineuse modérée. Rapport résultat sur prix, difficile de faire mieux qu'une bonne paire de 10x50. Côté télescope, une lunette ou un tube de 4 pouces (environ 100 mm) montre déjà une forme ovale étirée avec un cœur plus brillant. Le réflexe du débutant, c'est de pousser le grossissement : erreur. Sur un objet aussi étendu, un faible grossissement donne le meilleur rendu, sinon vous cadrez un morceau flou du centre sans jamais voir l'ensemble. Si vous en êtes au [choix du premier instrument](/premier-telescope-refracteur-reflecteur-dobson-achat), retenez ça : pour Andromède, le champ prime sur le diamètre. Un mot d'honnêteté : sur la limite exacte à partir de laquelle on distingue les bandes de poussière, j'hésite encore. Ça dépend tellement de la transparence du ciel et de l'entraînement de l'œil que donner un seuil ferme serait malhonnête. Ce que je sais, c'est qu'un ciel médiocre plombe un bon tube, et qu'un ciel noir sublime des jumelles d'entrée de gamme. ## Les deux compagnes : M32 et M110 Andromède ne vient jamais seule. Elle traîne au moins 35 galaxies naines en orbite, et deux d'entre elles se glissent dans le même champ pour peu que l'instrument suive. M32, magnitude 8,1, est une galaxie elliptique compacte, la plus proche en projection. Elle a été repérée par le Français Guillaume Le Gentil en 1749, et elle ressemble à une petite boule floue collée au disque de M31. M110, magnitude 8,5, est une elliptique naine plus étalée, découverte indépendamment par Caroline Herschel le 27 août 1783 mais ajoutée au catalogue Messier seulement en 1967. Voir les trois dans le même oculaire, c'est le petit trophée d'une soirée réussie. Pour l'anecdote, l'objet lui-même est documenté depuis longtemps : l'astronome persan Abd al-Rahman al-Sufi le mentionnait déjà dans son « Livre des étoiles fixes » en 964. On observe la même tache que lui, avec mille ans de matériel en plus. ## L'astrophoto : ce que disent les réglages Passer de l'œil au capteur change tout, et la saison photo démarre tôt : dès fin juillet ou début septembre dans l'hémisphère nord, M31 grimpe assez haut dès la tombée de la nuit selon les guides spécialisés. Sur la focale, la cible est piégeuse parce qu'elle est grande. Pour la cadrer dans un large champ étoilé, on reste autour de 14 à 35 mm ; pour du détail sur la galaxie, on monte à 100-200 mm, et sur un capteur APS-C il ne faut pas dépasser 300 mm sous peine de ne plus l'inclure entièrement. Comparé à une nébuleuse planétaire, c'est l'inverse du problème habituel : ici on manque de champ, pas de résolution. Sans monture motorisée, la fameuse règle des 500 donne le temps de pose maximal avant filé d'étoiles : 500 divisé par la focale en millimètres, soit environ 3,7 secondes à 135 mm. Autant dire peu. Avec une [monture suiveuse](/monture-equatoriale-azimutale-debutant-astrophoto), on respire : les guides recommandent des poses de 3 minutes à f/5, entre 800 et 1600 ISO, et un empilement d'une trentaine de poses comme point de départ. Un exemple concret cité par les astrophotographes : 51 poses de 240 secondes à 1600 ISO avec une lunette de 480 mm de focale, soit 3 h 24 d'intégration totale. On est loin du cliché « un coup de reflex et c'est plié ». ## La collision, et le verdict Impossible de parler d'Andromède sans évoquer le choc annoncé avec la Voie lactée. Sauf que la certitude d'hier a pris du plomb dans l'aile. L'étude de Sawala et ses collègues, publiée dans Nature Astronomy le 2 juin 2025, donne environ 50 % de chances de collision dans les 10 prochains milliards d'années, contre la quasi-certitude affichée en 2012. En intégrant l'attraction du Grand Nuage de Magellan, oublié des modèles précédents, l'équipe a fait tomber à 2 % seulement la probabilité d'une fusion dans 4 à 5 milliards d'années. Vingt-deux variables, cent mille simulations Monte-Carlo : le scénario « fusion inévitable » n'est plus la valeur par défaut. Autre chiffre à manier avec précaution, celui du nombre d'étoiles. On lit parfois « 200 millions d'étoiles » : c'est le nombre d'astres individuellement résolus sur la mosaïque Hubble de 2017, pas le total de la galaxie, estimé autour de 1000 milliards. Confondre les deux, c'est diviser une galaxie par cinq mille. Si le sujet de la brillance vous intrigue, l'[échelle des magnitudes](/magnitude-apparente-absolue-luminosite-etoiles-echelle-pogson) explique pourquoi un objet aussi étendu paraît malgré tout discret. Pour comparer avec une autre spirale accessible, [M101](/m101-hubble-webb-structure-spirale-observation) offre un bon contrepoint côté ciel profond. Mon verdict, par profil d'observateur : - Le curieux sans matériel : une nuit sans Lune, un site sombre, et l'œil nu suffit à valider la coche. Gratuit, et ça marche. - Le débutant équipé : une paire de 10x50 avant tout achat de télescope. Meilleur rapport plaisir sur budget de tout le ciel profond. - L'astrophotographe : une monture suiveuse et de la patience. Le tube vient après, pas avant. Andromède ne se mérite pas par le portefeuille. Elle se mérite par le ciel qu'on choisit. C'est peut-être la seule cible où le budget matériel n'est pas la variable qui décide. > Image de couverture : mosaïque Hubble de la galaxie d'Andromède (relevé PHAT). Crédit NASA, ESA, J. Dalcanton, B. F. Williams, L. C. Johnson (Université de Washington) et l'équipe PHAT, domaine public. ## Sources - https://science.nasa.gov/mission/hubble/science/explore-the-night-sky/hubble-messier-catalog/messier-31/ - https://en.wikipedia.org/wiki/Andromeda_Galaxy - https://science.nasa.gov/missions/hubble/apocalypse-when-hubble-casts-doubt-on-certainty-of-galactic-collision/ - https://earthsky.org/tonight/star-hop-from-great-square-of-pegasus-to-andromeda-galaxy/ - https://earthsky.org/tonight/cassiopeia-the-queen-also-points-to-andromeda-galaxy/ - https://science.nasa.gov/mission/hubble/science/explore-the-night-sky/hubble-messier-catalog/messier-32/ - https://en.wikipedia.org/wiki/Messier_110 - https://www.skyatnightmagazine.com/advice/skills/andromeda-galaxy-tour-astronomer-guide - https://astrobackyard.com/andromeda-galaxy/ --- ## Aphélie du 6 juillet : plus loin du Soleil, et alors ? - URL: https://www.portail-astronomie.fr/aphelie-terre-6-juillet-2026-plus-loin-soleil-observation/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-07-08T06:00:00 - Categories: systeme-solaire Le lundi 6 juillet 2026, à 17h30min39s UTC, la Terre atteint son aphélie. Le point de son orbite le plus éloigné du Soleil. Et pourtant, dans l'hémisphère nord, c'est le plein été. Il y a là une contradiction que tout le monde a entendue au moins une fois, souvent avec une conclusion fausse à la clé. On nous vend du rêve : « plus loin du Soleil, donc il devrait faire plus frais ». C'est faux, et je vais expliquer pourquoi, chiffres de l'IMCCE en main. Soyons honnêtes sur ce que représente cet aphélie. Selon l'Observatoire de Paris, la Terre se trouve alors à 152 087 774 km du Soleil. C'est le maximum annuel. Six mois plus tôt, le 3 janvier 2026, elle était passée au périhélie, à 147 099 894 km, son minimum. Voilà tout l'intervalle sur lequel se joue l'affaire. ## L'erreur classique : croire que la distance fait les saisons Le raisonnement intuitif tient en une ligne. Plus on s'éloigne d'une source de chaleur, moins on a chaud. Vrai devant un feu de camp, faux à l'échelle de l'orbite terrestre. Regardons l'écart réel entre le point le plus proche et le point le plus lointain : 4 987 880 km. Concrètement, ça représente à peine 3,3 % de la distance moyenne. Une variation dérisoire à cette échelle. En clair : la Terre décrit un cercle presque parfait, pas une ellipse allongée. Son excentricité vaut environ 0,0167. Pour donner un ordre de grandeur, une excentricité de 0 serait un cercle exact. Autant dire qu'on en est très proche. L'orbite terrestre, si vous la dessiniez sur une feuille, ressemblerait à un cercle que personne ne saurait distinguer à l'œil nu d'un vrai cercle. Cette quasi-circularité, c'est la clé de tout. Une variation de distance de 3 %, ça ne suffit pas à créer un hiver et un été. La vraie cause, c'est l'inclinaison de l'axe de rotation. La Terre est penchée, et c'est cette inclinaison, pas la distance, qui détermine les saisons. En juillet, l'hémisphère nord est incliné vers le Soleil : les rayons arrivent plus à la verticale, ils chauffent une surface plus concentrée, les jours sont longs. En janvier, c'est l'inverse pour nous, l'hémisphère sud prend la lumière franche. Le même mécanisme géométrique qui dessine la [figure en 8 de l'analème au fil de l'année](/analemme-solaire-figure-huit-inclinaison-axiale) est celui qui règle nos saisons. La distance au Soleil, elle, ne fait que du bruit de fond. Le meilleur contre-argument, c'est la géographie. Quand Paris étouffe sous la canicule de juillet, c'est l'hiver à Buenos Aires. Même planète, même distance au Soleil au même instant, deux saisons opposées. Si la distance commandait le climat, les deux hémisphères auraient chaud ou froid en même temps. Ce n'est pas le cas. Fin du débat. La distance n'explique rien, l'inclinaison explique tout. Détail piquant, d'ailleurs : c'est au moment où la Terre est la plus proche du Soleil, en janvier, que l'hémisphère nord grelotte. Et c'est à l'aphélie, au plus loin, qu'on sort les ventilateurs. L'intuition se prend le mur de plein fouet. ## Ce que disent vraiment les chiffres de l'IMCCE Je vais être transparent sur ma méthode : chaque année, je récupère les fiches de l'IMCCE, l'Institut de mécanique céleste, et je regarde les valeurs à la virgule près. C'est là que l'aphélie devient intéressant, pas dans les légendes de comptoir. Premier chiffre qui m'a fait tiquer cette année. L'aphélie 2026 se situe à seulement 37 km de celui de 2025. Trente-sept kilomètres d'écart sur plus de 152 millions. L'IMCCE l'explique par la symétrie des phases lunaires entre les deux années, la Lune tirant la Terre autour de leur barycentre commun. Sur ce point précis j'ai dû relire le raisonnement deux fois avant de le tenir pour acquis, tellement l'écart paraît anecdotique. Il l'est, à l'échelle qui nous intéresse. Mais il rappelle que l'aphélie n'est pas figé, il bouge d'une année sur l'autre. Il bouge aussi dans le calendrier. Beaucoup pensent que l'aphélie tombe pile le 4 juillet, tous les ans. Faux là encore. Sur la période 2019-2030, l'IMCCE le place entre le 3 et le 6 juillet selon les années. Cette année, c'est le 6. Le décalage vient du calendrier grégorien qui ne colle jamais parfaitement à la révolution terrestre, et du couple Terre-Lune qui fait osciller le tout. Et sur le très long terme, la géométrie entière tourne. Le grand axe de l'orbite, celui qui relie périhélie et aphélie, avance de 11,61 secondes d'arc par an. À ce rythme, il faut environ 111 600 ans pour un tour complet. Autrement dit, dans quelques dizaines de milliers d'années, la Terre sera au périhélie en plein été boréal, pas au périhélie hivernal comme aujourd'hui. Ça ne changera pas le mécanisme des saisons, toujours commandé par l'inclinaison, mais ça en modulera l'intensité. C'est le genre de rouage lent qui joue dans les grands cycles climatiques. Une question revient souvent : le Soleil paraît-il plus petit à l'aphélie ? Oui, légèrement. Selon EarthSky, il apparaît de l'ordre de 3,4 à 3,6 % plus grand au périhélie qu'à l'aphélie. Je donne la fourchette, pas un chiffre unique, parce que la valeur exacte dépend de la mesure. Dans tous les cas, l'écart est imperceptible à l'œil, et rappelez-vous qu'on ne regarde jamais le Soleil en face sans filtre. ## Rien à observer, tout à comprendre Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Saisons : l'axe incliné, pas la distance au Soleil](/saisons-astronomiques-equinoxes-solstices). Inutile de sortir le télescope le 6 juillet au soir. L'aphélie n'est pas un spectacle, c'est une position sur une ellipse, invisible depuis un jardin. Si vous cherchez une vraie cible pour vos nuits d'été, visez plutôt un [rendez-vous planétaire comme l'opposition de Pluton fin juillet](/pluton-opposition-27-juillet-2026-observation-capricorne), autrement plus exigeant à traquer. Ce que l'aphélie offre, c'est autre chose : une occasion propre de démonter une croyance tenace. Non, ce n'est pas la distance au Soleil qui fait la pluie et le beau temps sur nos calendriers. C'est une planète penchée qui tourne. Ce décalage entre la mécanique céleste et le rythme réel des saisons se retrouve d'ailleurs dans le vivant, comme le montre le [décalage phénologique des écosystèmes](https://www.dictionnaire-environnement.com/phenologie-definition-decalage-saisons-ecosystemes/). Le vrai sujet n'est jamais où on croit. ## Sources - [IMCCE, Observatoire de Paris - Aphélie 2026 (PDF)](https://www.imcce.fr/newsletter/medias/2026/07/docs/Aphelie_2026.pdf) - [EarthSky - Earth farthest from sun for the year in early July](https://earthsky.org/astronomy-essentials/earth-farthest-from-sun-for-year-in-early-july/) - [TimeandDate - Perihelion, aphelion and the solstices](https://www.timeanddate.com/astronomy/perihelion-aphelion-solstice.html) - [Wikipedia - Orbital eccentricity](https://en.wikipedia.org/wiki/Orbital_eccentricity) --- ## Pluton à l'opposition : le défi ultime de l'été 2026 - URL: https://www.portail-astronomie.fr/pluton-opposition-27-juillet-2026-observation-capricorne/ - Author: Julien P. - Published: 2026-07-07T06:00:00 - Categories: observation Il aura fallu près d'un siècle pour que Pluton glisse du rang de neuvième planète à celui de planète naine, rétrogradée par l'Union astronomique internationale voici une vingtaine d'années. Pour comprendre ce que représente son observation, il faut remonter à cette trajectoire singulière : un astre longtemps surestimé, minuscule, glacé, tapi à la lisière du Système solaire. Le 27 juillet 2026, cet objet discret atteint son opposition. La Terre passe alors entre lui et le Soleil, et Pluton se retrouve au plus près, au plus haut et au plus lumineux de son cycle annuel. Le mot lumineux mérite des guillemets. À cette date, la planète naine plafonne à la magnitude 14,9, dans la constellation du Capricorne. Un point d'une faiblesse extrême, réservé à une poignée d'observateurs bien équipés. ## Un astre qui n'a jamais cessé de rétrécir Les données racontent une autre histoire que celle de la mythique planète X d'antan. À l'opposition, Pluton se situe à 34,55 unités astronomiques de la Terre, sa distance minimale de l'année. Convertie, cette valeur donne un ordre de grandeur qui laisse songeur : environ 5,2 milliards de kilomètres, un calcul approximatif que je livre pour fixer les idées, pas comme une mesure gravée dans le marbre. Voilà pourquoi le mot opposition, ailleurs synonyme de spectacle, prend ici un sens presque ironique. Chez Jupiter ou Saturne, l'opposition livre un disque, des bandes, des anneaux. Chez Pluton, elle ne livre rien de tel. Le constat est là, et il faut le poser sans détour : quel que soit l'instrument amateur, Pluton demeure un point ponctuel. Aucun disque, aucun détail de surface, aucune couleur, quel que soit le grossissement employé. Depuis un jardin terrestre, l'objet ne dépasse jamais le statut d'étoile parmi les étoiles. L'opposition ne change qu'une chose, précieuse malgré tout : elle porte l'astre à son maximum d'éclat et le place au méridien en pleine nuit, dans la fenêtre la plus favorable. C'est peu. Pour une cible pareille, c'est déjà beaucoup. Il y a, dans cette obstination à vouloir voir un point que rien ne distingue de ses voisins, quelque chose qui tient de la relation intime plus que de l'exploit visuel. On ne pointe pas Pluton pour la beauté du spectacle, on la pointe parce qu'elle est là, à des milliards de kilomètres, et qu'un instrument posé sur une terrasse parvient malgré tout à en capter la lueur. Cette disproportion entre l'effort consenti et la modestie du résultat résume assez bien ce qui, depuis toujours, pousse les amateurs à sortir leur matériel les nuits sans lune. ## Le vrai mur : la magnitude 14,9 Tout se joue sur ce chiffre. La magnitude 14,9 situe Pluton très loin sous la limite de l'œil nu, et même sous la portée de la plupart des petits télescopes de grande surface. Sur [l'échelle des magnitudes](/magnitude-apparente-absolue-luminosite-etoiles-echelle-pogson), chaque unité gagnée exige de capter bien plus de lumière ; à 14,9, on parle d'un astre des centaines de fois plus faible que ce qu'un débutant croit pouvoir viser. D'où la question du diamètre, et elle mérite qu'on écarte une confusion tenace. On lit parfois qu'un tube de 100 mm suffirait. C'est un chiffre générique, recopié de fiche en fiche, qui ne tient aucun compte de la faiblesse propre à Pluton. Sur le terrain, la cible réaliste se situe autour de 200 mm, soit huit pouces, à condition d'observer sous un ciel vraiment sombre. Un observateur chevronné, rompu à la vision décalée, tentera parfois sa chance avec cinq pouces, mais c'est une limite d'expert, pas une recommandation. Un 100 mm n'y suffira pas. Inutile de se raconter d'histoires. Je ne vais pas prétendre le contraire : sur la question du diamètre minimal, mes certitudes s'effritent, parce que tout dépend de la qualité du ciel autant que de l'optique. Un 200 mm sous un ciel de campagne battra toujours un plus gros instrument noyé dans les lumières urbaines. C'est même la variable qui pèse le plus lourd, avant le prix du tube. Avant de vous équiper, la vraie priorité est donc de trouver [un site à faible pollution lumineuse](/pollution-lumineuse-bortle-sites-ciel-noir-france) ; ensuite seulement se pose la question du [choix de l'instrument](/premier-telescope-refracteur-reflecteur-dobson-achat). Le Capricorne, qui plus est, reste une constellation basse sur l'horizon depuis nos latitudes, et cette faible hauteur ajoute encore de la turbulence à un objet déjà famélique. ## La seule méthode qui marche : traquer le mouvement Puisque Pluton ne se distingue en rien d'une étoile de champ, comment être sûr de l'avoir dans l'oculaire ? La réponse tient dans un mot : le mouvement. C'est la partie du sujet qui me passionne le plus, parce qu'elle transforme l'observation en une petite enquête. La méthode, telle que la décrivent les guides spécialisés, consiste à repérer sur une carte détaillée la position présumée de la planète naine, au milieu d'étoiles de magnitude 14 à 15, puis à mémoriser ou dessiner le champ à fort grossissement, autour de 200 fois. Rien ne bouge en une soirée. Il faut revenir la nuit suivante, et celle d'après, pour comparer le même champ sur deux ou trois nuits consécutives. Une seule ponctuation lumineuse aura changé de place : ce sera Pluton. Son déplacement apparent avoisine, selon ces mêmes sources, une minute et demie d'arc par jour, un glissement infime mais bien réel, seul indice qui la trahit. J'ai passé jadis une nuit entière à comparer deux clichés du même coin de ciel pour débusquer un astéroïde, et l'expérience m'a marqué : l'objet ne se révèle jamais par son aspect, seulement par son décalage d'une image à l'autre. Pluton impose exactement cette patience, à ceci près qu'ici l'œil remplace le capteur. Il faut nuancer toutefois : cette traque demande un ciel stable sur plusieurs nuits d'affilée, une constance météo qui n'est pas donnée partout. Concrètement, la réussite se prépare avant même de sortir l'instrument. Il faut une carte de champ imprimée à la bonne échelle, celle qui descend jusqu'aux étoiles de magnitude 14 à 15, sans quoi la position présumée de la planète naine ne veut rien dire. Il faut aussi apprivoiser la vision décalée, cette habitude de ne pas fixer directement l'objet mais de regarder légèrement à côté, là où la rétine capte mieux les faibles lueurs. Et il faut noter, dessiner, dater ce que l'on croit voir, sous peine de ne plus rien pouvoir comparer la nuit suivante. Le carnet compte ici autant que l'oculaire. On observe que les amateurs qui décrochent Pluton sont rarement ceux qui possèdent le plus gros tube ; ce sont ceux qui reviennent, méthodiques, une carte à la main. Un mot sur la fenêtre d'observation, avec la prudence qui s'impose. Pour un site de référence en Amérique du Nord, In-The-Sky.org annonce la nuit de l'opposition environ quatre heures et quart au-dessus de vingt et un degrés d'altitude. Ce chiffre dépend étroitement de la latitude de l'observateur ; il serait malhonnête de le transposer tel quel à la France, où le Capricorne culmine moins haut. Retenez le principe, pas la durée : viser l'astre quand il franchit le méridien, au cœur de la nuit. Pour qui veut se faire la main sur une cible du même genre mais plus généreuse, [l'opposition de Neptune fin septembre](/neptune-opposition-26-septembre-2026-observation-telescope-triton) offre un entraînement idéal, la géante restant nettement plus accessible. ## Ce que Pluton dit de notre regard Reste une question que je me pose à chaque tentative : pourquoi s'acharner sur un point qu'aucun instrument ne rendra spectaculaire ? Il y a là un éclairage qui dépasse l'astronomie. Débusquer Pluton, ce n'est pas contempler, c'est prouver. Prouver qu'on a compris la géométrie du ciel, qu'on sait lire une carte, qu'on accepte de revenir trois nuits de suite pour un résultat qui tient dans un décalage minuscule. Paradoxalement, l'objet le plus décevant à l'oculaire est peut-être celui qui apprend le plus à observer. Si ce défi vous semble hors de portée cet été, aucune honte à commencer plus modestement : [l'opposition de Vesta en octobre](/vesta-opposition-octobre-2026-observation-asteroide-jumelles) se laisse deviner aux jumelles, et c'est déjà une belle école du repérage par comparaison de champ. À plus long terme, chaque opposition de Pluton la ramènera un peu plus bas dans le ciel des observateurs de l'hémisphère nord, tendance de fond qui n'arrangera pas la tâche. Autant tenter le pari tant que la planète naine daigne encore grimper au-dessus de l'horizon d'été. Le 27 juillet 2026 est une invitation ; à chacun de voir s'il a la patience de la relever. > Image : mosaïque des meilleures vues de Pluton par la sonde New Horizons lors de son survol du 14 juillet 2015 (crédit NASA/JHUAPL/SwRI, domaine public). ## Sources - https://in-the-sky.org/news.php?id=20260727_13_100 - https://cosmobc.com/stargazing-calendar-july-2026/ - https://lovethenightsky.com/see-pluto-with-a-telescope/ - https://www.telescopeadvisor.com/can-you-see-pluto-with-a-telescope/ --- ## Lunar Pathfinder : premier relais télécom pour la Lune - URL: https://www.portail-astronomie.fr/firefly-blue-ghost-mission-2-lunar-pathfinder-fin-2026/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-07-06T06:00:00.000Z - Categories: exploration-spatiale La face cachée de la Lune ne pointe jamais vers la Terre. Un engin qui se pose là-bas n'a aucune liaison radio directe avec le sol terrestre. Aucune. Pas de plan B, pas de « on verra sur place ». Sans relais placé au bon endroit, une sonde posée sur cet hémisphère devient sourde et muette. C'est le vrai sujet de la deuxième mission Blue Ghost de Firefly Aerospace, attendue au plus tôt fin 2026 : elle emporte l'atterrisseur, oui, mais surtout le premier relais télécom que l'ESA veut installer autour de la Lune. Et c'est ce relais, pas l'atterrisseur, qui mérite qu'on s'y arrête. ## Le problème que personne ne contourne La géométrie est têtue. Depuis la Terre, on ne voit qu'une seule face de la Lune, toujours la même. Tout ce qui se pose sur l'autre côté, ou dans certains creux polaires, tombe hors de portée directe des antennes terrestres. Jusqu'ici, chaque mission visant ces zones devait embarquer sa propre solution de communication, ou renoncer. Ça pèse lourd dans un budget, ça mange de la masse, et ça limite les endroits accessibles. C'est précisément le trou que Lunar Pathfinder veut boucher. L'idée : un satellite en orbite qui écoute les engins au sol et renvoie leurs données vers la Terre. Un pont. L'ESA le présente comme le premier vaisseau relais de communication lunaire dédié au monde. La formule est belle, je la prends avec des pincettes : « premier au monde », dans le spatial, c'est un titre qu'on décerne vite. Mais l'intention technique, elle, est claire et solide. Les sites qui intéressent le plus l'exploration à venir sont justement les plus difficiles à joindre, comme ces [cratères polaires où se cache de l'eau gelée](/crateres-lune-glace-eau-cachee). ## Lunar Pathfinder : les specs du relais Voilà le cœur du sujet, et là, les chiffres parlent. Trois liaisons. Deux en bande S, l'une vers la surface, l'autre vers les engins en orbite. Une en bande X, pointée vers la Terre. Traduction concrète : un rover ou un atterrisseur posé sur la face cachée cause au satellite en bande S, et le satellite fait suivre vers le sol terrestre en bande X. La mission au sol n'a plus besoin de son propre relais. Elle se contente de parler à Pathfinder. Le satellite est construit par SSTL, Surrey Satellite Technology, au Royaume-Uni, dans le cadre d'un partenariat public-privé entre l'ESA et l'agence spatiale britannique. Ce n'est pas un projet isolé : Lunar Pathfinder est la première brique du programme Moonlight de l'ESA, qui vise à doter la Lune d'une infrastructure de navigation et de communication. Les opérations initiales sont annoncées pour fin 2028, le service complet pour 2030. Autrement dit, ce lancement pose la première pierre, il ne livre pas le réseau fini. Où en est le matériel ? D'après l'ESA, au printemps 2026, quasiment toutes les unités de vol avaient été livrées à SSTL, le modèle proto-vol étant assemblé à environ la moitié. Les specs annoncent un relais opérationnel, l'état d'avancement dit plutôt : le gros du chemin reste à parcourir avant la mise en service. Rien d'anormal pour ce type de programme, mais ça relativise l'idée d'un réseau lunaire tout proche. ## L'empilement Blue Ghost sur Elytra Dark Reste à amener tout ce petit monde là-haut. La configuration de vol est astucieuse. L'atterrisseur Blue Ghost est empilé sur un véhicule de transfert baptisé Elytra Dark. Le lanceur, un Falcon 9 Block 5 de SpaceX. Une fois en orbite lunaire, Elytra dépose l'atterrisseur et Lunar Pathfinder, puis reste sur place. Il ne devient pas un déchet orbital : il sert lui-même de relais et de calibration radiofréquence pendant que Blue Ghost descend se poser sur la face cachée. L'objectif au sol : un alunissage sur cet hémisphère, puis au moins dix jours d'opérations en surface. Et l'atterrisseur ne voyage pas léger. Il transporte six charges utiles issues de cinq pays. On y trouve LuSEE-Night, une expérience radio de la NASA, du DOE et de Berkeley ; un terminal utilisateur signé JPL ; l'instrument SPIDER de l'australien Fleet Space ; le rover Rashid 2 des Émirats ; LightPort du canadien Volta Space ; et bien sûr Lunar Pathfinder, la contribution européenne. Cette mission s'inscrit dans le programme commercial CLPS de la NASA, qui a retenu Firefly en mars 2023. Côté européen, l'accord avec la NASA remonte à un protocole de juin 2022, complété par un plan de gestion conjoint en 2023. Ce genre de logistique partagée fait descendre les coûts, et c'est la même logique qui pousse d'autres acteurs à viser la Lune, comme Blue Origin avec [son atterrisseur MK1 testé pour la NASA](/blue-origin-mk1-endurance-chambre-vide-nasa-hls-mai-2026). Le relais de l'ESA profitera à tout ce petit monde. ## Ce que Mission 1 a déjà prouvé Firefly n'arrive pas les mains vides. Sa première mission Blue Ghost avait décollé le 15 janvier 2025 depuis le Kennedy Space Center, sur un Falcon 9 Block 5. Le 2 mars 2025 à 8h34 UTC, l'atterrisseur se posait dans Mare Crisium. Firefly devenait la première société commerciale à réussir un alunissage en douceur totalement opérationnel. Pas une prouesse marketing : un vrai posé, suivi de plus de quatorze jours d'opérations, avec huit des dix charges utiles de la NASA menées à bien. Le tout couronné par un Collier Trophy en 2025. Ce bilan compte pour la suite. Se poser sur la face cachée est plus dur que sur la face visible, justement à cause du problème de communication. Mais une entreprise qui a déjà réussi un alunissage complet part avec un crédit sérieux. Ça ne garantit rien. Ça change le niveau de confiance qu'on accorde au planning. ## Mon verdict Le vrai enjeu de cette mission n'est pas l'atterrisseur, c'est l'infrastructure qu'il transporte. Un relais télécom autour de la Lune, c'est ce qui rend possibles les [missions futures d'exploitation des ressources lunaires](/nasa-isru-lune-hydrogene-helium-3-extraction-mai-2026) et le retour d'équipages vers des zones jusqu'ici hors de portée radio. Sans ce genre de brique, l'ambition lunaire des prochaines années reste bancale. Sur le calendrier, je reste prudent. Le lancement est donné au plus tôt fin 2026, en novembre ou décembre selon les sources. J'ai vu assez de plannings spatiaux glisser pour ne pas miser gros sur une date précise, surtout avec un modèle de vol assemblé à moitié au printemps. Sur ce point, j'hésite encore : le pari « relais d'abord » est le bon sur le fond, mais la mise en service utile n'arrive pas avant 2028, et le réseau complet pas avant 2030. On parle d'une fondation, pas d'un service prêt à l'emploi. Reste que si Firefly répète le sans-faute de sa première mission, l'Europe aura placé sa première antenne durable au-dessus de la face cachée. Ça, ça vaut le coup d'œil, bien avant le grand retour habité annoncé par [la mission Artemis II autour de la Lune](/artemis-ii-survol-lune-avril-2026). > Image : [NASA's CLPS Firefly Blue Ghost Mission 1 Launch](https://images-assets.nasa.gov/image/KSC-20250115-PH-FMX01_0004/KSC-20250115-PH-FMX01_0004~orig.jpg) : Credit NASA/Frank Michaux, domaine public. Photo du lancement de la mission 1 (15 janvier 2025), même lanceur et même partenaire industriel que la mission 2 traitée dans cet article. ## Sources - https://www.esa.int/Science_Exploration/Human_and_Robotic_Exploration/Firefly_to_take_Lunar_Pathfinder_to_the_Moon - https://bsgn.esa.int/service/lunar-pathfinder/ - https://fireflyspace.com/missions/blue-ghost-mission-2/ - https://www.esa.int/Applications/Connectivity_and_Secure_Communications/ESA_s_Moonlight_programme_Pioneering_the_path_for_lunar_exploration - https://en.wikipedia.org/wiki/Blue_Ghost_Mission_2 - https://spaceflightnow.com/2025/03/18/firefly-aerospaces-blue-ghost-mission-1-concludes-successful-14-day-mission-on-the-moon/ --- ## Nébuleuse de la Lagune M8 : quel matériel cet été ? - URL: https://www.portail-astronomie.fr/m8-nebuleuse-lagune-observation-ete-2026/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-07-03T06:00:00.000Z - Categories: ciel-profond Magnitude 6,0. C'est le chiffre qui résume tout l'intérêt de M8, la nébuleuse de la Lagune. Pile à la frontière de l'œil nu, sous un ciel vraiment noir. En dessous de cette limite, vous ne devinerez qu'une zone un peu plus laiteuse de la Voie lactée. Au-dessus, avec le bon matériel, elle devient l'une des plus belles cibles de l'été dans le Sagittaire. Et c'est là que le choix de l'instrument change tout. Jumelles, petit télescope, capteur photo : chacun raconte une version différente du même objet. Je vais les comparer, specs en main, comme je le ferais pour n'importe quel matériel. Un mot sur la carte d'identité, parce qu'elle réserve une surprise. M8 est une nébuleuse en émission, une région HII : un nuage de gaz que le rayonnement ultraviolet d'étoiles jeunes fait briller. Sa distance ? Méfiance. Les sources donnent entre 4 000 et 5 200 années-lumière selon les méthodes de mesure, et aucune ne fait consensus. Je vous donne la fourchette, pas un faux chiffre précis. Sa taille réelle avoisine 110 par 50 années-lumière, de quoi engloutir une belle portion de bras galactique. Dans le ciel, elle couvre environ 90 par 40 minutes d'arc, soit à peu près un degré et demi, nettement plus large qu'une Pleine Lune. Autant dire un objet large, pas un timbre-poste. ## Une vieille connaissance mal datée On lit souvent que M8 a été découverte en 1764. C'est faux, et l'erreur m'agace. 1764, c'est la date où Charles Messier l'a cataloguée, le 23 mai précisément, sous le numéro 8. La nébuleuse, elle, était repérée bien avant : l'astronome sicilien Giovanni Battista Hodierna l'avait déjà consignée avant 1654. Un siècle d'écart entre la découverte réelle et le catalogage. Quant au nom de Lagune, il est plus tardif encore : il viendrait de l'astronome Agnes Mary Clerke, qui l'emploie dans un ouvrage de 1890, du moins d'après les sources que j'ai pu recouper. ## Repérer M8 au-dessus de la théière Avant de comparer les instruments, il faut savoir où pointer. M8 se niche dans le Sagittaire, juste au-dessus de la théière, cet astérisme en forme de… théière, dont le bec crache la Voie lactée. Ses coordonnées J2000 : ascension droite 18h 03m 37s, déclinaison -24°23'12". Retenez surtout qu'elle reste basse sur l'horizon depuis l'hémisphère nord, et ça joue contre vous. La meilleure période court de juin à septembre. Le créneau optimal ? Début septembre, quand M8 franchit le méridien à la tombée de la nuit, au plus haut de sa course. Un horizon sud dégagé n'est pas une option, c'est une condition. Depuis un balcon orienté nord, laissez tomber. ## Jumelles ou télescope : le vrai match Voilà le cœur du sujet. Le même objet, deux instruments, deux verdicts. Aux jumelles d'abord. Une paire de 7x50 ou de 8x42 suffit largement à accrocher M8. Sur le papier, ces specs paraissent modestes. En pratique, elles font le travail : la nébuleuse apparaît comme une lueur allongée et floue, et l'amas ouvert NGC 6530 qui lui est associé commence déjà à se résoudre en poussière d'étoiles. Cet amas mérite qu'on s'y arrête : ses étoiles sont jeunes, environ deux millions d'années, des astres chauds de types O et B tout juste sortis du nuage. Aux jumelles, vous voyez donc le berceau et les nouveau-nés dans le même champ. Pour un investissement dérisoire, le rapport qualité-prix est imbattable. C'est d'ailleurs par là que je conseille de commencer, avant même de sortir le télescope. Le télescope, lui, joue une autre partition. Inutile de sortir l'artillerie : un tube de 80 à 100 mm suffit. Le piège du débutant, c'est de grossir trop. M8 est grande, un faible grossissement de 30 à 50 fois lui va bien mieux. À ce réglage, la nébuleuse se scinde en deux zones séparées par une bande sombre : c'est la lagune qui donne son nom à l'objet. Et si les conditions suivent, vous distinguez le Sablier, cette structure lumineuse plus dense en plein cœur, nommée par John Herschel et étudiée par Hubble dès 1997. Un filtre UHC ou OIII, qui isole les raies d'émission du gaz, décolle nettement la nébuleuse d'un ciel un peu pollué. Sur ce type de cible, c'est l'accessoire qui change le plus les choses, bien avant un oculaire haut de gamme. Faut-il monter au-delà de 100 mm ? Là, j'avoue coincer sur la règle générale : tout dépend de votre ciel et de la hauteur de M8 au moment où vous l'observez. Un gros diamètre capte plus de lumière, mais si l'objet rase l'horizon dans la turbulence, le gain fond. Un 100 mm sous un bon ciel bat un 250 mm en pleine ville. Sans discussion. Si vous n'avez pas encore d'instrument, le choix entre [réfracteur, réflecteur ou Dobson](/premier-telescope-refracteur-reflecteur-dobson-achat) conditionne tout ce qui suivra. M8 forme d'ailleurs un excellent trio avec deux autres cibles estivales : l'[amas globulaire M13 dans Hercule](/amas-globulaire-m13-hercule-observation-ete) et le [duo de nébuleuses planétaires M57 et M27](/m57-lyre-m27-haltere-nebuleuses-planetaires-ete). Une belle soirée d'été tient dans ces trois pointés. ## L'astrophoto : là où M8 change de dimension C'est en photo que M8 franchit un cap. À l'œil, elle reste grise, parce que notre rétine ne capte pas la couleur en basse lumière. Le capteur, lui, révèle le rose intense de l'hydrogène ionisé. C'est une cible réputée facile pour débuter en ciel profond : large, lumineuse, basse mais généreuse. Le nerf de la guerre, ce n'est pas le télescope, c'est la monture. Une monture motorisée qui suit la rotation du ciel fait la différence entre une image nette et une bouillie d'étoiles filées. Tout se joue sur le [choix entre monture équatoriale et azimutale](/monture-equatoriale-azimutale-debutant-astrophoto) : sur ce point, le budget passe avant le diamètre du tube. L'étoile qui allume tout ça mérite un mot. Herschel 36, une bête chaude qui rayonnerait environ 200 000 fois la luminosité du Soleil, pèserait 32 fois sa masse et serait huit fois plus chaude, d'après les données de la NASA. C'est son ultraviolet qui excite le gaz. L'autre moteur du secteur, 9 Sagittarii, est un couple de géantes bleues aux luminosités colossales. Pour voir M8 comme jamais : en 2018, Hubble en a publié une image en infrarouge, prise avec sa caméra WFC3/IR à travers des filtres proches infrarouges, dévoilée pour son 28e anniversaire d'après la NASA. L'infrarouge traverse la poussière et montre les étoiles cachées dans le nuage. C'est aussi dans M8 que se logent des globules de Bok, ces cocons de gaz sombres où naissent les étoiles, et des jets d'objets Herbig-Haro, preuves directes que la nébuleuse fabrique encore des astres. M8 tombe en plein champ de la Voie lactée d'été, ce qui en fait un morceau de choix quand vous [photographiez la Voie lactée](/voie-lactee-astrophotographie-guide-ete-2026). ## Pour qui ? Mon verdict par profil - Débutant sans matériel : commencez aux jumelles 7x50 ou 8x42. M8 se laisse trouver, l'amas NGC 6530 régale, et le budget reste ridicule. - Observateur avec un petit télescope : 80 à 100 mm, grossissement 30 à 50 fois, filtre UHC ou OIII. Vous décrochez la bande sombre et le Sablier. Le meilleur rapport plaisir-effort. - Astrophotographe : la monture prime sur le tube. M8 est une cible d'entrée idéale, à shooter début septembre au méridien. Mon verdict global : peu de cibles offrent autant à si peu de frais. À une condition : un horizon sud vraiment propre. En ville, passez votre chemin, M8 mérite un vrai ciel noir. > Image : [Hubble reveals heart of Lagoon Nebula](https://images-assets.nasa.gov/image/GSFC_20171208_Archive_e001955/GSFC_20171208_Archive_e001955~orig.jpg) : Credit NASA/ESA/Hubble, domaine public ## Sources - https://science.nasa.gov/mission/hubble/science/explore-the-night-sky/hubble-messier-catalog/messier-8/ - https://en.wikipedia.org/wiki/Lagoon_Nebula - https://fr.wikipedia.org/wiki/Nebuleuse_de_la_Lagune - https://earthsky.org/clusters-nebulae-galaxies/the-lagoon-nebula-messier-8/ - https://www.stelvision.com/astro/fiche-observation/la-nebuleuse-de-la-lagune-m8-aux-jumelles/ - https://science.nasa.gov/asset/hubble/lagoon-nebula-infrared-light-view/ --- ## ISS : désorbitation au Point Nemo, la NASA rebat les cartes - URL: https://www.portail-astronomie.fr/iss-desorbitation-2031-point-nemo-stations-privees/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-07-02T06:00:00.000Z - Categories: exploration-spatiale Le plan de désorbitation de l'ISS est fixé depuis des mois : rentrée contrôlée début 2031, direction le Point Nemo. Ça, c'est la partie prévisible. La vraie nouvelle est ailleurs, et personne n'en parle assez : le 24 mars 2026, la NASA a rebattu toutes les cartes du marché des stations qui doivent lui succéder. Le narratif qu'on nous vend depuis six ans vient d'être démoli par l'agence elle-même. Reprenons dans l'ordre, parce que les deux sujets se répondent. ## Le module que la NASA a décidé de posséder elle-même Pendant des années, le récit était simple. La NASA se retire de l'orbite basse, quatre entreprises construisent chacune leur station privée, l'agence n'est plus qu'un client parmi d'autres qui loue du temps à bord. Axiom Station, Orbital Reef, Starlab, Haven. Le modèle « clé en main », stations autonomes, marché libre. On nous l'a répété à chaque conférence. Le 24 mars 2026, la NASA a annoncé sa stratégie baptisée « Ignition ». Et là, virage complet. Fini le modèle des stations 100 % privées et indépendantes. L'agence va désormais construire et posséder elle-même un module central, arrimé d'abord à l'ISS avant sa désorbitation. Les entreprises ne construiront plus leur station : elles devront amarrer leurs modules commerciaux sur le module de la NASA. Le tout se détacherait ensuite pour voler libre. En clair : la NASA reprend le volant. Elle possède le cœur, les industriels branchent leurs wagons autour. Le problème, c'est qu'on nous a vendu du rêve. Plus de 3 milliards de dollars ont déjà été engagés par Axiom, Blue Origin, Vast et Voyager sur l'ancien modèle, selon l'analyse du CSIS. Trois milliards misés sur des stations autonomes, à quelques mois d'un changement de règles décidé unilatéralement. Ce n'est pas un ajustement de calendrier. C'est un changement de nature du projet. Un signe avant-coureur était passé sous le radar : le programme CLD Phase 2, le mécanisme par lequel la NASA finançait ces stations privées, a été mis en pause le 28 janvier 2026, d'après une source d'analyse spécialisée. Deux mois avant Ignition. La chronologie parle d'elle-même, même si personne n'a officialisé le lien de cause à effet. Soyons honnêtes : je ne sais pas encore si c'est de la lucidité ou un aveu d'échec. Peut-être que la NASA a compris que quatre stations privées viables en même temps, ça n'existait que sur les slides. Peut-être qu'elle a paniqué en voyant les calendriers déraper. Sur ce point précis, j'ai du mal à trancher. Mais le résultat est le même : le marché « libre » qu'on nous promettait n'existe plus tel quel. ## Pendant ce temps, l'ISS a rendez-vous avec le Point Nemo Revenons au concret, parce que la désorbitation, elle, avance sur des rails. Le 26 juin 2024, la NASA a sélectionné SpaceX pour développer le véhicule de désorbitation, l'US Deorbit Vehicle (USDV). Le contrat de développement avec SpaceX vaut 843 millions de dollars. À ne pas confondre avec le coût total du programme, lancement et intégration compris, estimé à 1,5 milliard de dollars. Deux chiffres différents, deux périmètres différents, et j'insiste parce que la moitié des articles les mélangent. L'engin, c'est une capsule Dragon dopée. Module de service renforcé, six fois plus de propergol et jusqu'à quatre fois plus de poussée qu'un Dragon standard. Selon astronomy.com, il embarquerait 46 propulseurs Draco, mais ce chiffre ne vient que de cette seule source, je le donne sous réserve. L'USDV doit être amarré 18 mois avant la rentrée finale. La physique du problème est brutale. L'ISS pèse plus de 430 000 kg. Pour la faire tomber au bon endroit, il faut lui imprimer un delta-V de 57 m/s au moment de la combustion finale. Pas de place pour l'improvisation : la manœuvre vise une trace au sol qui aligne l'empreinte des débris sur une zone océanique totalement inhabitée. Cette zone, c'est le Point Nemo. Coordonnées 48°52,6′ Sud, 123°23,6′ Ouest, en plein Pacifique Sud. C'est le point de l'océan le plus éloigné de toute terre habitée : environ 2 688 km des côtes les plus proches, équidistant des îles Ducie, Motu Nui et Maher. Autant dire nulle part. Depuis les années 1970, plus de 260 débris spatiaux y ont déjà été précipités. On l'appelle le cimetière des engins spatiaux, et ce n'est pas une métaphore. Un point de calendrier à ne jamais tordre : l'ISS est exploitée jusqu'en 2030, puis désorbitée début 2031. Deux années, deux étapes. Ceux qui écrivent « l'ISS tombe en 2030 » se trompent d'un cran. ## Mir l'a déjà fait, en 2001 On a un précédent, et il vaut le détour. La station Mir est rentrée dans l'atmosphère le 23 mars 2001, à 05:59 UTC, au-dessus du Pacifique Sud. La désorbitation avait été pilotée par un cargo Progress M1-5, surnommé « Hearse », le corbillard. Le nom disait tout. La différence d'échelle, c'est que Mir pesait une fraction de l'ISS. Là, on parle de la plus grosse structure jamais assemblée en orbite. Le principe reste le même, la marge d'erreur beaucoup plus mince. ## Les quatre « concurrents » qui attendent le verdict Voilà pourquoi le pivot Ignition compte autant. Regardez l'état réel des successeurs, chiffres à l'appui, et vous comprenez pourquoi la NASA a sifflé la fin de la récré. Haven-1, de Vast, était annoncée pour 2026. C'est reporté à début 2027 au plus tôt, lancement sur Falcon 9. J'en avais parlé quand [Haven-1 était présentée comme la première station commerciale](/haven-1-vast-space-premiere-station-commerciale-2027) : le calendrier a déjà glissé depuis. Axiom, même musique. Le premier module PPTM est désormais visé pour 2027 au plus tôt, repoussé depuis 2026, et le module habitat Hab-1 pour 2028. Ces dates viennent d'une source partiellement vérifiée, à prendre avec prudence, mais la tendance au report ne fait pas débat. Orbital Reef, de Blue Origin et Sierra Space ? Revue de définition système bouclée avec la NASA. C'est une étape de conception, pas un vaisseau. Aucune date de lancement ferme. Starlab, de Voyager et Airbus, vise la fin de la décennie, un module unique de 8 mètres lancé d'un coup par Starship. Une source évoque 2028, une autre 2029 ; je reste sur « fin de décennie » tant que ce n'est pas figé. Le vrai sujet, le voilà : aucune de ces quatre stations n'est en orbite, aucune n'a de date solide, et l'ISS, elle, a une échéance ferme en 2031. Quand on cumule les reports, la décision de la NASA de reprendre la main devient tout sauf absurde. Inutile de faire semblant que la course entre quatre indépendants tenait encore la route. Ce qui m'agace, ce n'est pas la désorbitation. Faire retomber proprement 430 tonnes de métal, c'est de l'ingénierie sérieuse, et le plan est solide. Ce qui m'agace, c'est qu'on nous ait vendu pendant des années un marché de stations privées comme s'il était acquis, alors qu'à six mois près la NASA a dû tout reconstruire autour de son propre module. Le storytelling avait dix ans d'avance sur le matériel. ## Ce qu'il faut retenir L'ISS finira au Point Nemo, USDV signé SpaceX, delta-V de 57 m/s, rentrée contrôlée après une exploitation menée jusqu'en 2030. Sur le plan technique, tout est carré. Sur le plan stratégique, retenez surtout la date du 24 mars 2026. Ce jour-là, la NASA a admis, sans le dire ainsi, que le modèle des stations privées indépendantes ne suivait pas. Elle reprend un module central en propre, et les industriels devront s'y raccrocher. Le reste, c'est de la communication qui rattrape la réalité du terrain. À suivre : les prochaines rotations d'équipage comme [Crew-13 prévue en septembre 2026](/crew-13-spacex-iss-septembre-2026-falcon-9-dragon) continuent pendant ce temps, et les astronautes européens comme [Sophie Adenot bouclent leurs séjours](/sophie-adenot-iss-trois-mois-epsilon-mai-2026) sur une station dont les jours sont désormais comptés. > Image : [2020 International Space Station Configuration](https://images.nasa.gov/details/200623_ISS_1) : Credit: NASA, domaine public ## Sources - [NASA : sélection de SpaceX pour l'US Deorbit Vehicle](https://www.nasa.gov/news-release/nasa-selects-international-space-station-us-deorbit-vehicle/) - [SpacePolicyOnline : coût de l'USDV et calendrier de désorbitation](https://spacepolicyonline.com/news/nasa-iss-deorbit-vehicle-will-cost-1-5-billion-but-its-essential/) - [NASA : FAQ du plan de transition de l'ISS (masse, delta-V, séquence)](https://www.nasa.gov/faqs-the-international-space-station-transition-plan/) - [New Atlas : spécifications de l'USDV](https://newatlas.com/space/nasa-spacex-iss-deobit-plans/) - [Astronomy.com : comment la NASA désorbitera l'ISS](https://www.astronomy.com/space-exploration/how-nasa-will-deorbit-the-international-space-station/) - [Discover Magazine : le Point Nemo, cimetière des engins spatiaux](https://www.discovermagazine.com/point-nemo-a-remote-underwater-graveyard-will-be-the-final-resting-place-of-the-iss-48595) - [NASA History : la rentrée de la station Mir en 2001](https://www.nasa.gov/history/20-years-ago-space-station-mir-reenters-earths-atmosphere/) - [CSIS : la NASA change de cap sur les stations commerciales](https://www.csis.org/analysis/nasa-changes-course-commercial-space-stations) - [Payload Space : Vast reporte Haven-1 à 2027](https://payloadspace.com/vast-delays-haven-1-launch-to-2027/) --- ## Omega Centauri : un trou noir intermédiaire signé Hubble - URL: https://www.portail-astronomie.fr/omega-centauri-ngc-5139-trou-noir-intermediaire-jwst/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-07-01T06:00:00.000Z - Categories: ciel-profond Au moins 8 200 masses solaires. Le chiffre est tombé le 10 juillet 2024, et il faut le dire d'entrée : il vient à 100 % de Hubble. Pas du JWST. Omega Centauri, le plus grand et le plus massif amas globulaire de la Voie lactée, abriterait un trou noir de masse intermédiaire en son centre. C'est la thèse de l'équipe de Maximilian Häberle (MPIA Heidelberg), publiée dans Nature. Une thèse sérieuse, étayée par de vraies mesures, mais qui n'est pas encore close, et que plusieurs titres ont vendue avec le mauvais télescope. NGC 5139, aussi cataloguée Caldwell 80, se loge dans la constellation du Centaure. Environ 10 millions d'étoiles, à peu près 4 millions de masses solaires au total, un âge estimé à 11,52 milliards d'années. C'est l'objet que tout amateur de l'hémisphère sud connaît : magnitude apparente 3,9, visible à l'œil nu sous un ciel sombre, avec une taille apparente proche de la pleine Lune. Bref, une cible massive. La question, c'est ce qui se cache au fond. ## La thèse : sept étoiles qui filent trop vite La méthode est ce que je préfère dans cette histoire, parce qu'elle ne coûte pas un euro de temps d'observation neuf. Häberle et son équipe ont repris plus de 500 images d'archives du Hubble Space Telescope, étalées sur environ 21 ans. Données publiques, accessibles à n'importe qui. Avec ça, ils ont mesuré le déplacement de 1,4 million d'étoiles dans l'amas. Sur cette masse, sept étoiles sortent du lot. Toutes regroupées dans un rayon de 3 secondes d'arc autour du cœur, et toutes anormalement rapides. La plus véloce atteint environ 113 km/s. Le problème, c'est que la vitesse de libération calculée de l'amas tourne autour de 62 km/s. Pour les membres normaux, on est plutôt sous les 30 km/s d'après les estimations. Autrement dit, ces sept étoiles devraient avoir quitté Omega Centauri depuis longtemps. Si elles sont toujours là à tracer aussi vite, c'est qu'une masse compacte les retient. Pas une étoile, pas un amas d'étoiles ordinaire : une concentration de masse invisible et très localisée. La signature d'un trou noir. Nadine Neumayer (MPIA) et Anil Seth (University of Utah) ont piloté l'analyse avec Häberle. Le résultat est paru dans Nature, volume 631, pages 285 à 288, DOI 10.1038/s41586-024-07511-z. ## Au moins 8 200 masses solaires : la nuance qui change tout Ici, attention au piège marketing. Le chiffre n'est pas « 8 200 masses solaires ». C'est « au moins 8 200 masses solaires ». Une limite inférieure ferme, pas une valeur centrale. La masse réelle peut être plus élevée, et c'est exactement ce que les mesures actuelles ne permettent pas de trancher. Pourquoi ça compte ? Parce qu'un trou noir de masse intermédiaire, par définition, se situe entre 100 et quelques centaines de milliers de masses solaires. Le fossé entre les trous noirs stellaires (quelques dizaines de masses solaires) et les supermassifs (des millions, voire des milliards) est resté longtemps quasi vide d'objets confirmés. Combler ce trou, c'est comprendre comment les seconds se forment à partir des premiers. Un IMBH bien documenté, c'est le chaînon qui manquait. Et celui-là a un argument de poids : la proximité. Selon les communiqués, ce candidat se trouve environ 9 000 années-lumière plus près de nous que [le trou noir supermassif du centre de la Voie lactée, Sagittarius A\*](/sagittarius-a-webb-flares-permanents-48h-nircam/). Omega Centauri lui-même est distant d'environ 17 000 à 18 000 années-lumière selon les mesures retenues. À cette échelle, c'est la cible la plus accessible de sa catégorie. ## Là où ça coince : ce que Hubble ne peut pas mesurer Maintenant la part honnête du dossier. Les images Hubble donnent le mouvement propre des étoiles, c'est-à-dire leur déplacement dans le plan du ciel, perpendiculaire à notre ligne de visée. Sur 21 ans, c'est mesurable au pixel près. Mais il manque une dimension : la vitesse radiale, le mouvement vers nous ou à l'opposé. Or c'est précisément cette composante qui verrouillerait la masse du trou noir et écarterait les interprétations concurrentes. Tant qu'on n'a pas les trois dimensions de vitesse pour ces sept étoiles, le débat reste techniquement ouvert. Solide, mais ouvert. Petit détail qui rassure plutôt qu'il n'inquiète : en octobre 2024, Nature a publié une correction d'auteur sur l'article. Elle portait sur une notation mathématique et de légers décalages de coordonnées d'ascension droite. L'erreur était dans la description seulement, sans aucun impact sur les résultats scientifiques. Rien à voir avec la robustesse de la mesure. ## Le malentendu JWST Venons-en au point qui m'agace dans la couverture grand public. Le JWST n'a strictement rien fait dans la découverte de 2024. Zéro image, zéro donnée. Tout repose sur les archives Hubble, accumulées par des générations d'instruments (WFPC2 en 1997, ACS en 2002, WFC3 en 2009). Le rôle du JWST est ailleurs, et il est futur. L'équipe a obtenu une autorisation d'observation pour mesurer, justement, la vitesse radiale des sept étoiles rapides. C'est la mesure manquante évoquée plus haut. À la date de publication, elle n'était pas encore réalisée. Le JWST n'a donc pas fourni la preuve. Il intervient seulement à l'étape suivante. Quant aux études JWST de 2025 sur Omega Centauri, il faut savoir lire ce qu'elles disent. Scalco et ses coauteurs (A&A, septembre 2025) ont travaillé sur les fonctions de luminosité et de masse stellaire. Ziliotto et son équipe (preprint arXiv, juin 2025) ont sondé les populations stellaires multiples et la cinématique. Ni l'une ni l'autre ne porte sur le trou noir central. Sur le papier, « le JWST observe Omega Centauri » est vrai. En pratique, ça ne confirme rien sur l'IMBH. Le raccourci est un peu facile. ## Mon verdict La détection tient comme limite inférieure : il y a une masse compacte d'au moins 8 200 masses solaires au cœur d'Omega Centauri, et les sept étoiles rapides le prouvent proprement. C'est l'un des meilleurs candidats IMBH connus, et le plus proche à étudier. L'interprétation « trou noir unique de masse intermédiaire » reste, elle, à verrouiller par la vitesse radiale. C'est le JWST qui doit livrer cette mesure, pas Hubble, et ce n'était pas fait au moment de l'annonce. Quiconque vous présente le JWST comme l'auteur de la découverte a sauté une étape. Pour la suite, c'est le genre de dossier qui se boucle en quelques années, pas en quelques mois. L'amas n'ira nulle part : noyau présumé d'une galaxie naine avalée par la Voie lactée il y a des milliards d'années, repéré dès 1677 par Edmond Halley comme objet non stellaire, et baptisé Omega Centauri par Bayer en 1603. Il a attendu quatre siècles qu'on regarde au bon endroit. Il peut bien patienter le temps d'une campagne spectroscopique. En attendant, si vous voulez vous faire l'œil sur ce type de cible avant de suivre l'affaire, [un amas globulaire comme M13 dans Hercule](/amas-globulaire-m13-hercule-observation-ete/) reste le meilleur terrain d'entraînement depuis nos latitudes. Et pour le fond scientifique, le chaînon trous noirs intermédiaires éclaire aussi [la question des trous noirs supermassifs jeunes traqués par le JWST](/points-rouges-webb-trous-noirs-supermassifs-jeunes/) et celle de [leur croissance par fusions successives](/ondes-gravitationnelles-218-fusions-ligo-2026/). > Image : [Omega Centauri vu par Hubble](https://esahubble.org/images/heic2409a/) : Credit: ESA/Hubble & NASA, M. Häberle, licence CC BY 4.0 ## Sources - [Communiqué MPIA : Intermediate-mass black hole in Omega Centauri](https://www.mpia.de/news/science/2024-10-omega-cen-imbh) - [Communiqué AIP : Black hole in Omega Centauri](https://www.aip.de/en/news/black-hole-omega-centauri/) - [PubMed : Fast-moving stars around an intermediate-mass black hole in ω Centauri (Nature, 2024)](https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/38987499/) - [NASA Caldwell 80 : caractéristiques d'Omega Centauri](https://science.nasa.gov/mission/hubble/science/explore-the-night-sky/hubble-caldwell-catalog/caldwell-80/) - [Wikipedia : Omega Centauri](https://en.wikipedia.org/wiki/Omega_Centauri) - [PMC : author correction de l'article Nature (octobre 2024)](https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11446818/) - [A&A (Scalco et al., septembre 2025) : fonctions de masse JWST](https://www.aanda.org/articles/aa/full_html/2025/09/aa55452-25/aa55452-25.html) - [arXiv 2506.21187 (Ziliotto et al., 2025) : populations stellaires JWST + HST](https://arxiv.org/abs/2506.21187) - [ScienceDaily : résumé de la découverte IMBH](https://www.sciencedaily.com/releases/2024/07/240710130803.htm) --- ## M57 ou M27 : quelle nébuleuse planétaire pointer cet été ? - URL: https://www.portail-astronomie.fr/m57-lyre-m27-haltere-nebuleuses-planetaires-ete/ - Author: Julien P. - Published: 2026-06-30T06:00:00 - Categories: ciel-profond On me pose souvent la même question quand un débutant lève les yeux vers le Triangle d'été : par quelle nébuleuse planétaire commencer ? Il y a deux candidates évidentes, M57 dans la Lyre et M27 dans le Petit Renard, et elles tiennent toutes les deux dans le champ d'une soirée d'observation entre Véga, Altaïr et Deneb. La réponse n'est pas la même selon votre instrument, et c'est tout l'intérêt de les mettre face à face. Une nébuleuse planétaire, malgré son nom, n'a rien à voir avec une planète : c'est l'enveloppe de gaz qu'une étoile de faible masse, moins de huit masses solaires, éjecte en fin de vie. Le gaz s'illumine sous le rayonnement ultraviolet de la naine blanche qui reste au centre. Et ces deux-là sont des cas d'école. ## Deux cadavres d'étoiles, deux histoires de découverte Commençons par les présentations, parce qu'elles n'ont pas la même biographie. M27, la nébuleuse de l'Haltère, a un statut particulier : Charles Messier l'a repérée le 12 juillet 1764, et c'est la toute première nébuleuse planétaire jamais découverte. Avant elle, personne n'avait mis de nom sur ce type d'objet. Messier ne savait évidemment pas qu'il regardait une étoile en train de mourir, le terme « nébuleuse planétaire » viendra bien plus tard avec William Herschel. M57, la nébuleuse de l'Anneau, arrive une quinzaine d'années plus tard. Et là, petit détail d'histoire que j'aime bien raconter : ce n'est pas Messier qui la voit en premier. C'est l'astronome français Antoine Darquier de Pellepoix, en janvier 1779, quelques jours avant que Messier ne l'ajoute à son catalogue le 31 janvier 1779. Darquier en a laissé une description qui résume tout le mystère de ces objets pour les observateurs de l'époque : elle est, écrit-il, « aussi large que Jupiter, elle semble une planète qui s'éteint ». Une planète qui s'éteint. Difficile de mieux dire pour quelqu'un qui n'avait aucune idée de ce qu'il regardait vraiment. Sur la nature physique, les deux se ressemblent : un anneau ou une coquille de gaz en expansion, une naine blanche centrale incandescente au milieu. Côté M57, cette naine blanche affiche une température de surface de 125 000 ± 5 000 K et pèse 0,61 à 0,62 masse solaire. Côté M27, on tourne autour de 85 000 K selon messier-objects.com, avec une autre source française qui monte à 115 000 K. Je préfère vous donner les deux que de trancher une valeur que les catalogues eux-mêmes ne partagent pas. ## Au télescope, deux spectacles qui n'ont rien à voir C'est ici que le match devient intéressant, parce que sur le papier M27 part largement favorite. Sa magnitude apparente tourne autour de 7,4 à 7,5, contre 8,8 pour M57. Plus de luminosité, et surtout une taille apparente bien plus généreuse : la partie centrale lumineuse de M27 mesure environ 8 par 5,6 minutes d'arc, avec un halo faible qui peut dépasser 15 minutes d'arc. M57, en comparaison, est un timbre-poste : 1,5 par 1 minute d'arc. Pour vous donner une échelle, M27 occupe à peu près un cinquième du diamètre apparent de la Lune. Conséquence concrète sur le terrain. M27 se devine déjà aux jumelles 10x50 dans de bonnes conditions, même si sa forme reste indiscernable, juste une tache. Avec une lunette de 60 mm ou un télescope de 100 mm, sa silhouette caractéristique apparaît : deux lobes lumineux séparés par une zone centrale plus sombre. Les Anglo-Saxons l'appellent l'« apple core », le trognon de pomme, et c'est exactement ça. À 150 ou 200 mm de diamètre, les détails internes se révèlent. M57 joue dans une autre catégorie de difficulté. Aux jumelles, oubliez, vous ne verrez rien d'exploitable. Il lui faut un télescope ou une lunette d'environ 100 mm et un grossissement d'au moins 50 fois pour que le disque se révèle vraiment comme un anneau, avec son trou central sombre. À 80 mm, l'anneau se détecte en vision décalée, ce coup d'œil de côté qui mobilise les bâtonnets de la rétine, plus sensibles. C'est à 200 mm que l'anneau devient net, avec des variations de luminosité le long de la couronne. La première fois qu'on voit ce petit donut de fumée flotter entre deux étoiles, on comprend pourquoi cet objet est devenu une star de l'astronomie amateur malgré sa petitesse. Mon verdict d'observateur, si vous débutez : pointez M27 en premier. Elle pardonne le manque de diamètre, elle se laisse trouver, elle récompense vite. M57 est plus exigeante mais plus spectaculaire à fort grossissement, gardez-la pour quand vous aurez pris vos marques. Et dans les deux cas, un filtre OIII ou UHC, qui isole la raie de l'oxygène doublement ionisé à 500 nm, fait des merveilles pour décoller la nébuleuse d'un ciel pollué. C'est l'accessoire qui change tout sur ce type de cible, bien plus qu'un oculaire de plus. ## Où les chercher dans le Triangle d'été Le bon réflexe, c'est de partir du Triangle d'été, ce grand repère formé par Véga dans la Lyre, Altaïr dans l'Aigle et Deneb dans le Cygne. Véga est la cinquième étoile la plus brillante du ciel, impossible à manquer une fois la nuit tombée : elle vous sert de point d'entrée. Pour M57, descendez de Véga vers le petit parallélogramme de la Lyre. La nébuleuse se loge entre deux étoiles, Beta Lyrae (Sheliak) et Gamma Lyrae (Sulafat), à environ 40 % de la distance entre les deux en partant de Sheliak. C'est un repérage d'une commodité rare en ciel profond : vous avez deux bornes brillantes, vous savez que votre cible est sur le segment qui les relie. Aucune autre nébuleuse planétaire n'est aussi facile à pointer aux coordonnées de tête. Pour M27, je passe par la Flèche (Sagitta), cette petite constellation discrète mais reconnaissable. Repérez l'étoile à la pointe de la Flèche, puis montez d'environ 3 degrés en déclinaison vers le nord : M27 apparaît dans le Petit Renard, en plein cœur du Triangle d'été. Une fois qu'on a la Flèche, on ne rate plus l'Haltère. Un mot sur les distances, parce que c'est le genre de chiffre où il faut être prudent. Les mesures récentes de la sonde Gaia ont rebattu les cartes. M27 se situe entre 1 200 et 1 360 années-lumière selon les sources modernes, là où d'anciennes valeurs descendaient bien plus bas. M57 est plus lointaine, autour de 2 300 années-lumière selon la NASA, ou 2 570 ± 90 années-lumière selon la parallaxe Gaia citée par Wikipédia. Je signale la divergence plutôt que de choisir, parce que ces écarts ne sont pas des erreurs : ils reflètent des méthodes de mesure différentes, et c'est là, peut-être, tout le sel de l'astronomie de précision : on révise encore la distance d'un objet connu depuis 1779. La même logique vaut pour leur âge, estimé à 6 000 à 8 000 ans pour M57 et autour de 9 800 ans, voire bien davantage, pour M27. Ces enveloppes sont jeunes à l'échelle cosmique, et elles se dissipent : une nébuleuse planétaire ne reste visible qu'entre 10 000 et 50 000 ans avant de se fondre dans le milieu interstellaire. Il faut d'ailleurs replacer ces deux objets dans leur famille. Le catalogue Messier ne compte que quatre nébuleuses planétaires : M57 et M27, plus M76 dans Persée et M97, la nébuleuse du Hibou, dans la Grande Ourse. Sur ces quatre, le duo de l'été est de loin le plus accessible, et c'est pour ça qu'il revient chaque année dans mes soirées de juillet et d'août. ## Ce que le James Webb a vu dans l'Anneau Petite parenthèse pour ceux qui aiment savoir ce que la recherche fait de ces objets familiers. En août 2023, le télescope James Webb a braqué ses instruments NIRCam et MIRI sur M57, et l'image qui en est sortie a montré des structures invisibles à nos télescopes amateurs : environ 20 000 globules denses dans l'anneau, des filaments organisés en éventail, et l'indice possible d'une étoile compagnon qui sculpterait les couches externes de la nébuleuse. Ça donne un peu le vertige, je trouve. Le même objet que je pointe avec un tube de 200 mm depuis mon jardin, vu comme un anneau gris translucide, révèle au Webb une dentelle de dizaines de milliers de noyaux de gaz. C'est tout le charme de ces cibles : elles sont à la portée du débutant le soir, et elles occupent encore les astrophysiciens en plein jour. Quand vous regardez M57 cet été, vous regardez exactement le même phénomène que Webb a disséqué, juste sans les détails. Si vous voulez prolonger la soirée sur d'autres cibles estivales, l'[amas globulaire M13 dans Hercule](/amas-globulaire-m13-hercule-observation-ete) est le compagnon naturel de ces deux nébuleuses, juste à côté dans le ciel d'été. Pour réussir vos observations, mieux vaut comprendre l'[échelle de Bortle et savoir où trouver un vrai ciel noir en France](/pollution-lumineuse-bortle-sites-ciel-noir-france), parce qu'un filtre ne remplacera jamais l'obscurité. Et si vous débutez tout juste, mon collègue a écrit un guide utile pour [choisir entre réfracteur, réflecteur ou Dobson](/premier-telescope-refracteur-reflecteur-dobson-achat), le choix qui conditionnera ce que vous verrez de M57. Le Triangle d'été est aussi le terrain de jeu idéal pour [photographier la Voie Lactée](/voie-lactee-astrophotographie-guide-ete-2026), nébuleuses comprises. Au bout du compte, ces deux étoiles mortes racontent la même histoire à des stades différents, et les opposer, c'est un peu observer deux moments d'un seul et même destin stellaire. Notre Soleil finira ainsi, dans quelques milliards d'années : une coquille de gaz illuminée par une braise blanche. Autant aller saluer ces aînées tant qu'elles brillent. > Image d'en-tête : Nébuleuse de l'Anneau (M57) photographiée par le télescope spatial Hubble. Crédit : NASA/ESA/Hubble Heritage Team, domaine public. ## Sources - https://science.nasa.gov/mission/hubble/science/explore-the-night-sky/hubble-messier-catalog/messier-57/ - https://science.nasa.gov/mission/hubble/science/explore-the-night-sky/hubble-messier-catalog/messier-27/ - https://www.messier-objects.com/messier-57-ring-nebula/ - https://www.messier-objects.com/messier-27-dumbbell-nebula/ - https://en.wikipedia.org/wiki/Ring_Nebula - https://en.wikipedia.org/wiki/Dumbbell_Nebula - https://www.stelvision.com/astro/fiche-observation/m57-nebuleuse-annulaire-de-la-lyre/ - https://apod.nasa.gov/apod/ap230814.html --- ## Monture équatoriale ou azimutale pour l'astrophoto ? - URL: https://www.portail-astronomie.fr/monture-equatoriale-azimutale-debutant-astrophoto/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-06-29T06:00:00 - Categories: observation Il y a un piège dans lequel presque tous les débutants tombent : ils mettent leur budget dans le tube optique, gardent la monture livrée avec, et se demandent pourquoi leurs photos du ciel profond sont ratées. La vérité, c'est que pour l'astrophoto longue pose, la monture compte plus que le tube. Et le choix entre azimutale et équatoriale n'est pas une question de confort, c'est une question de physique qui plafonne ce que vous pourrez faire. Je vais creuser ce verrou jusqu'au bout, parce qu'il commande tout le reste. J'ai vu des gens revendre un excellent Newton parce qu'ils croyaient le tube responsable. Le tube allait bien. C'est la monture azimutale dessous qui les bloquait. ## La rotation de champ : le mur invisible de l'azimutale Une monture azimutale fonctionne sur deux axes simples : un mouvement horizontal pour balayer l'horizon (l'azimut) et un mouvement vertical pour ajuster la hauteur (l'altitude). C'est intuitif, c'est ce qu'on fait naturellement avec une paire de jumelles. En observation visuelle, c'est parfait, et j'y reviendrai. Le problème surgit dès qu'on photographie. Même motorisée, même avec un système GoTo qui pointe l'objet tout seul, une monture azimutale ne corrige pas la rotation de champ. L'objet visé reste bien au centre de l'image, mais le cadre entier tourne lentement autour de lui. Au début c'est imperceptible. Au bout de quelques dizaines de secondes, les étoiles en bord de champ se mettent à filer en petits arcs. Ce n'est pas un défaut mécanique qu'on pourrait régler. C'est géométrique. La vitesse de cette rotation suit une formule précise : ω = ωT × cos(Lat) × cos(Az)/cos(Haut), où ωT est la vitesse de rotation sidérale de la Terre, soit 15,041 degrés par heure. Traduction : la rotation dépend de votre latitude et de la position de l'astre dans le ciel. Près du zénith, elle s'emballe. L'angle maximal qu'une image tolère avant que les étoiles ne filent visiblement est de l'ordre de 4 minutes d'arc, soit un quinzième de degré. Au-delà, le bord du champ est foutu. En pratique, cela fixe une limite dure : on ne dépasse pas 30 secondes de pose avec une monture azimutale, et encore, parce que son suivi est de toute façon moins précis qu'une équatoriale. Trente secondes, pour du ciel profond, c'est court. Une galaxie faible demande des dizaines de minutes de signal cumulé. C'est là que tout se joue. ## Pourquoi l'équatoriale règle le problème à la racine L'idée de la monture équatoriale est maligne. Au lieu de deux axes horizontal et vertical, elle incline un de ses axes, l'axe polaire, pour le rendre parallèle à l'axe de rotation de la Terre. Une fois cet alignement fait, un seul moteur tournant lentement dans le sens inverse de la Terre suffit à compenser exactement le mouvement apparent des étoiles. L'axe d'ascension droite entraîne l'instrument autour de l'axe polaire, et le champ ne tourne plus. Plus de rotation, donc plus de barrière des 30 secondes. Le prix à payer, c'est un réglage avant chaque séance : la mise en station. Il s'agit d'aligner cet axe polaire sur le pôle céleste. La méthode classique passe par un viseur polaire, une petite lunette graduée intégrée à la monture : on agit sur les molettes d'azimut et de latitude pour amener l'étoile Polaire à l'intérieur du petit cercle du réticule. Pour de la photo exigeante, on affine encore avec le drift alignment, une méthode qui analyse la dérive d'une étoile quelconque pour corriger l'alignement au poil. La méthode approchée à la boussole, elle, ne suffit pas en longue pose. C'est la mise en station qui rebute, je ne vais pas mentir. La première fois, on galère, on jure, on recommence. Puis ça devient un rituel de dix minutes qu'on ne remarque plus. C'est le ticket d'entrée, point. Si vous hésitez encore sur l'instrument lui-même avant de penser à la monture, j'ai détaillé le choix du tube dans mon guide sur le [premier télescope entre réfracteur, réflecteur et Dobson](/premier-telescope-refracteur-reflecteur-dobson-achat). Ici, on parle de ce qui porte le tube, pas du tube. ## Quelle équatoriale, pour quelle charge Toutes les équatoriales ne se valent pas, et le critère décisif n'est pas le prix mais la capacité de charge. Une règle revient partout chez les astrophotographes : ne dépassez jamais les deux tiers de la charge maximale annoncée. Le constructeur donne un chiffre pour l'observation visuelle ; pour la photo, où la moindre vibration ruine une pose, il faut une marge. Une monture saturée suit mal et s'use. Voici les modèles Sky-Watcher qui structurent le marché débutant et intermédiaire. La NEQ3-2, l'entrée de gamme dérivée de la classe EQ3, accepte 5,5 kg et coûte 309 euros sans motorisation. Réservez-la aux objectifs photo posés dessus ou à une petite lunette ; pour de l'astrophoto sérieuse au télescope, elle est vite à la peine. La NEQ5 Pro GoTo, classe EQ5, supporte 9 kg en visuel mais 7,5 kg recommandés en astrophoto, pour 875 euros. Son GoTo SynScan donne accès à une base de 42 900 objets. C'est un bon premier vrai pas vers le ciel profond léger. La HEQ5-R Pro GoTo, c'est le point bascule. 15 kg de charge maximale, 12 kg recommandés en astrophoto, 1 319 euros. La nouvelle version à entraînement par courroie remplace l'ancienne HEQ5 Pro. C'est, à mon avis, la monture que la plupart des débutants sérieux devraient viser directement, parce qu'elle encaisse un tube plus une caméra plus une lunette guide sans suer. L'EQ6-R Pro GoTo, enfin, monte à 20 kg pour 1 699 euros, avec une résolution moteur de 0,144 seconde d'arc par pas. C'est la bête de somme pour les gros tubes et les longues focales. Un exemple concret de la règle des deux tiers : si votre tube, votre caméra et votre lunette guide pèsent ensemble 12 kg, ne visez pas une monture de 15 kg en pensant être large, c'est le strict minimum. La HEQ5-R est alors un plancher, pas un confort. ## L'autoguidage : ce qui transforme la pose Avoir une équatoriale bien mise en station ne suffit pas pour les très longues poses. Aucun moteur n'est parfait : il existe une erreur périodique, une petite oscillation qui revient à chaque tour de vis sans fin. Sans correction, une EQ6 non optimisée plafonne autour de 18 secondes de pose ; bien réglée, elle atteint environ 54 secondes. Mieux que l'azimutale, mais encore loin des minutes nécessaires pour le ciel profond. La solution, c'est l'autoguidage. On installe une seconde petite lunette, la lunette guide, parallèle au tube principal, équipée d'une caméra dédiée. Cette caméra fixe une étoile et envoie en continu des ordres de correction à la monture via une interface ST4 ou USB. Le logiciel qui pilote tout ça, c'est PHD2, devenu un standard gratuit. Il travaille à une précision au sous-pixel et corrige l'erreur de guidage avant même qu'elle ne devienne visible sur l'image. Avec un autoguidage qui tourne, les poses de plusieurs minutes deviennent accessibles, et c'est là que le ciel profond s'ouvre vraiment. PHD2 a une réputation de bête noire des débuts, je l'admets, mais sa courbe d'apprentissage est moins raide que celle de la mise en station une fois qu'on a compris la logique. ## Et l'azimutale, alors ? Elle n'est pas inutile Tout ce qui précède pourrait laisser croire que l'azimutale est un mauvais choix. Faux. Elle est mauvaise pour la longue pose, ce n'est pas pareil. En observation visuelle, l'azimutale est souvent supérieure. Le Dobson, qui est un Newton posé sur une simple base azimutale en bois, en est la preuve : aucune mise en station, aucune motorisation complexe, on pousse le tube à la main pour pointer. Il est particulièrement performant sur le ciel profond visuel, les amas, les galaxies, les nébuleuses, justement le genre de cibles qu'on va ensuite essayer de photographier. Son rapport diamètre/prix est imbattable, et c'est ce qui en fait l'instrument que je recommande pour découvrir des objets comme [l'amas globulaire M13 dans Hercule](/amas-globulaire-m13-hercule-observation-ete). Pour ceux qui tiennent absolument à photographier sur une azimutale, trois rustines existent : un dérotateur mécanique qui fait tourner le capteur en sens inverse, une cale équatoriale (un wedge) qui incline la monture pour imiter une équatoriale, ou l'empilement logiciel de très nombreuses poses courtes. Aucune n'égale une vraie équatoriale, mais la troisième est honnête pour débuter, et c'est l'approche que j'ai décrite pour [photographier la Lune sans matériel lourd](/astrophotographie-lune-smartphone-reflex-debutant). Si je devais résumer pour quelqu'un qui se lance demain : observation seule, prenez un Dobson azimutal sans hésiter. Astrophoto du ciel profond, c'est équatoriale motorisée, et rien d'autre. Le choix de la monture précède celui du tube, parce que c'est lui qui fixe le plafond de vos nuits. Reste ensuite à trouver un ciel assez sombre pour mériter tout ce matériel, ce qui est une autre histoire, celle de la [pollution lumineuse et des réserves de ciel noir](/pollution-lumineuse-bortle-sites-ciel-noir-france). ## Sources - Astronomie Pratique, monture équatoriale ou azimutale : https://www.astronomie-pratique.com/monture-equatoriale-ou-azimutale/ - Astrophoto Facile, monture azimutale et rotation de champ : https://astrophotofacile.canalblog.com/pages/monture-azimutale-et-rotation-de-champ/40152960.html - PG-Astro, les montures : https://pg-astro.fr/astronomie/materiel-et-pratique/les-montures.html - Webastro, la monture Dobson : https://www.webastro.net/noctua/les-diff%C3%A9rents-mat%C3%A9riels/la-monture-dobson-r48/ - Webastro, l'autoguidage et ses secrets : https://www.webastro.net/noctua/astrophotographie/lautoguidage-et-ses-secrets-r4/ - Webastro, débuter en astrophoto avec une monture équatoriale motorisée : https://www.webastro.net/noctua/astrophotographie/d%C3%A9buter-en-astrophoto-avec-une-monture-%C3%A9quatoriale-motoris%C3%A9e-r3/ - SA Havre, temps de pose sans autoguidage : https://sahavre.fr/wp/temps-pose-sans-autoguidage/ - Telescopes-et-accessoires, Sky-Watcher NEQ5 Pro GoTo : https://www.telescopes-et-accessoires.fr/montures-equatoriales/9552-monture-equatoriale-sky-watcher-neq5-pro-go-to-3664055001329.html - Telescopes-et-accessoires, Sky-Watcher EQ6-R Pro GoTo : https://www.telescopes-et-accessoires.fr/montures-equatoriales/9212-monture-equatoriale-sky-watcher-eq6-r-pro-go-to-3664055003101.html - Pierro-Astro, Sky-Watcher HEQ5-R Pro GoTo : https://www.pierro-astro.com/materiel-astronomique/montures/montures-equatoriales/monture-heq5-r-pro-goto-%C3%A9quatoriale-sky-watcher_detail - Pierro-Astro, Sky-Watcher NEQ3-2 : https://www.pierro-astro.com/materiel-astronomique/montures/montures-equatoriales/monture-equatoriale-neq3-2-avec-trepied_detail --- ## Photographier la Lune : du smartphone au reflex - URL: https://www.portail-astronomie.fr/astrophotographie-lune-smartphone-reflex-debutant/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-06-26T06:00:00 - Categories: observation La première erreur du débutant qui veut photographier la Lune, c'est de viser la pleine lune. C'est logique, elle est ronde, brillante, photogénique. Et c'est exactement le pire moment. La lumière arrive de face, elle écrase les contrastes, et vous obtenez un disque blanc plat, sans relief. Stelvision le dit franchement : il faut éviter la pleine lune, trop lumineuse, elle écrase les contrastes. Le bon réflexe est inverse. On photographie la Lune quand elle est à moitié dans l'ombre. Je vais reprendre ça dans l'ordre où ça compte vraiment : la phase d'abord, l'exposition ensuite, le stacking en dernier. Et oui, on peut commencer avec le téléphone qui est dans votre poche. ## Le terminateur, c'est là que tout se joue Le terminateur, c'est la ligne qui sépare le jour et la nuit sur la Lune. Au premier ou au dernier quartier, le Soleil rase la surface lunaire, l'angle d'incidence tombe entre 5 et 15 degrés sur l'horizon local, et chaque cratère, chaque chaîne de montagnes projette une ombre longue. C'est ce relief en lumière rasante qui fait ressortir le moindre cratère. Stelvision le confirme : le meilleur moment pour capturer des détails précis de la surface lunaire, c'est le premier ou le dernier quartier. La pleine lune n'est bonne qu'à une chose, montrer les grandes plaines sombres et les rayons clairs autour des cratères récents. Pour le reste, oubliez. Petite parenthèse sur la taille de la cible. La Lune ne fait qu'environ 31 minutes et 36 secondes d'arc dans le ciel, et ce diamètre apparent varie de près de 14 % entre l'apogée et le périgée, grosso modo de 29,5' à 33,5'. Concrètement, elle est petite. Très petite. C'est pour ça que la focale va devenir le nerf de la guerre dès qu'on monte en gamme. ## Au smartphone : la méthode afocale Vous n'avez pas de télescope ? Le téléphone seul ne capturera qu'un point blanc minuscule, le zoom numérique ne sert à rien ici. Mais collé derrière l'oculaire d'un télescope, c'est une autre histoire. C'est la technique afocale : on place la lentille de la caméra du smartphone juste devant l'oculaire, bien centrée sur l'axe optique. Le souci numéro un, ce sont les vibrations. Toucher l'écran pour déclencher fait trembler tout le télescope, et la photo est floue. La parade tient en deux gestes : filmer une vidéo plutôt que prendre une photo, et utiliser le retardateur ou un déclencheur Bluetooth pour ne jamais toucher l'appareil. La vidéo, on verra plus loin pourquoi c'est malin. Deuxième point : la mise au point. L'autofocus du téléphone est perdu sur une cible aussi lumineuse et lointaine. Il faut passer en mode « pro », ce réglage planqué dans l'appli photo qui débloque la mise au point manuelle. Sans lui, vous luttez. Côté exposition, un point de départ qui fonctionne en afocale, c'est une pose unique de 1/500 s à 100 ISO. Vous ajustez ensuite à l'écran. Pour tenir le téléphone bien aligné sans devenir fou, un adaptateur afocal universel aide énormément. Les modèles comme l'Omegon Easypic centrent automatiquement la caméra sur l'oculaire en jouant sur trois axes via une molette. Ça vaut le coup, croyez-moi, parce que le centrage à la main, c'est trente secondes de bonheur suivies de dix minutes de jurons. La Lune n'est pas la seule cible accessible ainsi. Jupiter avec ses satellites galiléens, Saturne, Vénus, Mars passent aussi en afocale smartphone. Le ciel profond, lui, reste hors de portée de cette méthode. Si vous hésitez encore sur l'instrument à mettre sous le téléphone, j'ai détaillé les choix de [premier télescope entre réfracteur, réflecteur et Dobson](/premier-telescope-refracteur-reflecteur-dobson-achat) ailleurs. ## Au reflex : la règle Looney 11 et les bons réglages On monte d'un cran. Le reflex demande au minimum un téléobjectif de 300 mm, et franchement, c'est le plancher. À 400, 600 mm et au-delà, le disque lunaire commence à remplir le cadre et les détails apparaissent. En dessous de 300, la Lune reste un petit pois. Le réglage de base, c'est la règle Looney 11. Elle dit : ouverture à f/11, et vitesse d'obturation égale à l'inverse de la sensibilité ISO. À 100 ISO, vous shootez donc à 1/100 s. La NASA la formule exactement comme ça dans son guide de photographie lunaire : réglez l'ouverture sur f/11, et faites correspondre l'ISO et le temps d'exposition. C'est dérivé de la règle Sunny 16 du paysage diurne, avec un diaphragme de plus parce que la Lune renvoie moins de lumière que la Terre, son albédo géométrique n'est que de 0,136. La Looney 11 est un point de départ, pas un dogme. En pratique, beaucoup de photographes ajustent selon la phase. Pour la pleine lune, comptez 1/125 s à 1/250 s, ISO entre 100 et 400. Pour le quartier, plus sombre près du terminateur, descendez à 1/60 s à 1/125 s, même plage ISO. L'ouverture optimale du téléobjectif se situe entre f/8 et f/11, là où la lentille donne le meilleur piqué. Et enregistrez en RAW, pas en JPEG. Le RAW en 14 bits, c'est 16 384 valeurs tonales par canal de couleur, contre 256 pour le JPEG en 8 bits. Cette latitude, vous en aurez besoin au traitement pour récupérer les nuances de gris de la surface sans cramer les zones claires. Si vous voulez aller encore plus loin, le reflex se visse au foyer d'un télescope avec une bague T spécifique à votre marque, puis un adaptateur T2 au filetage de 42 mm, le tout monté sur le porte-oculaire. La focale optimale au foyer tourne autour de 1 400 mm pour un capteur APS-C et 2 000 mm pour un plein format. À ces focales, la Lune déborde du cadre, et c'est tant mieux. ## Le stacking : pourquoi une vidéo bat une photo Voilà le secret que personne ne vous dit au départ. Les meilleures images lunaires ne sont pas une seule photo. Ce sont des dizaines d'images empilées. C'est pour ça que filmer une vidéo, au smartphone comme au reflex, est plus malin qu'un cliché unique : une vidéo, c'est des centaines d'images gratuites. Le principe s'appelle le lucky imaging. La turbulence atmosphérique déforme l'image en permanence, mais sur des centaines de frames, certaines sont prises pile au bon instant, quand l'air est calme. On garde les 10 à 15 % les meilleures et on les superpose. Le bruit s'efface, les détails ressortent. Pour un résultat propre, comptez 20 à 50 images identiques au minimum à empiler. Le workflow standard repose sur trois logiciels gratuits, dans cet ordre : 1. PIPP fait le prétraitement. Il centre, recadre, convertit votre vidéo RAW en fichier SER 16 bits. Rien d'autre, c'est sa seule mission. 2. AutoStakkert empile. Sa version actuelle est AutoStakkert !4, gratuite. On y sélectionne le mode « Surface » et non « Planet COG », puis on pose une grille d'environ 100 points d'alignement sur la surface. 3. RegiStax 6 affûte. C'est lui qui applique l'affûtage par ondelettes, l'étape qui fait littéralement surgir les détails. Gratuit aussi. Une précision honnête, parce que beaucoup de tutoriels entretiennent la confusion : RegiStax ne fait pas le stacking, malgré sa réputation. C'est AutoStakkert qui empile, RegiStax ne fait que l'affûtage final. Et RegiStax 6 n'a plus été mis à jour depuis 2011. Il marche encore très bien, mais ne vous étonnez pas de son interface d'un autre âge. Le gros bémol : ces trois-là ne tournent que sous Windows. Sur Mac ou Linux, vous avez des alternatives. Eise.app fait du stacking planétaire directement dans le navigateur, sans rien installer, gratuit et open source, sur toutes les plateformes. LuckyStackWorker tourne sous Windows, Mac et Linux. Et Siril, open source lui aussi, remplace RegiStax pour le traitement. Personnellement je commencerais par eise.app : zéro installation, vous testez le principe en cinq minutes avant de vous engager dans la chaîne Windows. ## Par où démarrer ce soir Pas de matériel ? Sortez le téléphone, attendez le prochain quartier, posez-le sur quelque chose de stable et filmez la Lune si vous avez accès à un télescope. Vous avez un reflex et un 300 mm ? Trépied, Looney 11, RAW, et vous tenez déjà une bonne photo brute. Le stacking viendra après, quand l'envie de gratter le moindre cratère vous prendra. La Lune est l'objet le plus indulgent du ciel pour débuter. Elle est brillante, elle est grande à l'échelle astro, elle pardonne les erreurs. Quand vous serez à l'aise, regardez du côté des [cratères lunaires et de la glace cachée à leurs pôles](/crateres-lune-glace-eau-cachee), ça donne une autre dimension à ce que vous photographiez. Et tant que vous y êtes, guettez les [conjonctions de la Lune avec Vénus](/conjonction-lune-venus-juin-2026-observation-soir) : deux astres dans le même champ, c'est un classique qui marche au smartphone. ## Sources - [NASA, guide de photographie lunaire](https://science.nasa.gov/moon/photography-guide/) - [Wikipedia, règle Looney 11](https://en.wikipedia.org/wiki/Looney_11_rule) - [Stelvision, photographier le ciel avec un smartphone](https://www.stelvision.com/astro/photographier-le-ciel-avec-un-smartphone/) - [Astronomie pratique, astrophotographie au smartphone](https://www.astronomie-pratique.com/astrophotographie-smartphone/) - [Quel télescope, guide complet de la photographie lunaire](https://quel-telescope.fr/tutoriels/guide-complet-de-la-photographie-lunaire-de-lequipement-aux-techniques-avancees/) - [Astroshop, des images nettes de la Lune avec le reflex numérique](https://www.astroshop.de/fr/magazine/astuces-pratiques/conseils-techniques-de-weigand/des-images-nettes-de-la-lune-avec-le-reflex-numerique/i,1529) - [Astroshop, raccordement de l'appareil photo au télescope](https://www.astroshop.de/fr/magazine/astuces-pratiques/trucs-et-astuces/raccordement-de-lrappareil-photo-au-telescope-voici-comment-faire/i,1657) - [NightSkyPix, how to stack images of the moon](https://nightskypix.com/how-to-stack-images-of-the-moon/) - [AutoStakkert !4](https://www.autostakkert.com/) - [Eise.app, comparatif des logiciels de stacking planétaire](https://eise.app/about/planetary-stacking-software-comparison/) - [Wikipedia, la Lune](https://fr.wikipedia.org/wiki/Lune) - [Wikipedia, taille apparente](https://fr.wikipedia.org/wiki/Taille_apparente) --- ## Réfracteur, réflecteur ou Dobson : quel premier télescope ? - URL: https://www.portail-astronomie.fr/premier-telescope-refracteur-reflecteur-dobson-achat/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-06-25T06:00:00 - Categories: observation Je vais commencer par le conseil que personne ne veut entendre quand il achète son premier télescope : oubliez le grossissement. C'est le diamètre qui compte, pas le grossissement, et tant que ce réflexe n'est pas ancré, vous allez vous faire avoir. La boîte qui promet « 500x » en gros sur le carton, posée entre l'imprimante et la cafetière au supermarché, vous donnera une bouillie de pixels tremblotants. Stelvision le dit sans détour : le diamètre est le paramètre le plus important. Tout le reste, type optique, monture, marque, vient après. Dans ce premier achat, souvent porté par des parents qui veulent faire plaisir à un enfant ou par des adultes qui se relancent, le scénario rate toujours pour la même raison : ils ont regardé le mauvais chiffre. ## Pourquoi le diamètre, et rien d'autre, fixe ce que vous verrez Le diamètre, c'est l'ouverture du miroir ou de la lentille, exprimée en millimètres. Plus il est grand, plus l'instrument collecte de lumière, et plus vous accédez à des objets faibles. Il y a même une formule pour ça, héritée de Pogson : la magnitude limite vaut environ 2,1 + 5 × log(D), avec D en millimètres. Ça donne une échelle parlante. Un 70 mm atteint la magnitude 7,19. Un 130 mm grimpe à 7,74. Un 150 mm passe à 7,88, et un 200 mm flirte avec 8,20. Pour comparaison, l'œil nu sous un bon ciel plafonne autour de 6,5. Chaque centimètre de diamètre en plus, ce sont des étoiles et des galaxies qui sortent du noir. Attention quand même, et c'est honnête de le préciser : ces magnitudes sont théoriques. La formule de Pogson est optimiste, elle ignore la transmission de l'optique, votre âge, la transparence du ciel. En pratique, comptez environ une demi-magnitude à une magnitude en moins selon les conditions. Mais la hiérarchie, elle, reste vraie : plus de diamètre, plus de lumière. Quant au grossissement, il a des bornes utiles. Le maximum exploitable tourne autour de 2 fois le diamètre en millimètres, le grossissement vraiment confortable autour du diamètre divisé par 0,7. Un 200 mm donne donc un grossissement utile d'environ 285x. Mais une nuit ordinaire, la turbulence atmosphérique vous ramène souvent vers 1 à 1,5 fois le diamètre. Le « 500x » du carton ? Mathématiquement absurde sur un petit tube. C'est du marketing, point. ## Les trois familles, et ce qu'elles coûtent vraiment Trois architectures se partagent le marché du débutant. Le réfracteur, la lunette, utilise des lentilles. Image nette, robuste, sans entretien, mais il souffre d'aberration chromatique, ces franges colorées autour des objets brillants. Pour la contenir, les lunettes achromatiques d'entrée de gamme adoptent une focale longue, 10 à 13 fois le diamètre. La correction par doublet réduit le chromatisme sans l'éliminer ; les apochromatiques à triplet ou verre ED le corrigent presque entièrement, mais le prix s'envole, surtout si on vise l'astrophotographie. Côté budget débutant, une Celestron AstroMaster 70/900 AZ se trouve autour de 199 euros, livrée avec deux oculaires, un filtre lunaire et un adaptateur smartphone. Une Sky-Watcher 70/900 sur monture EQ1 descend vers 129 euros, quand elle est en stock. Le réflecteur de Newton utilise des miroirs. Plus de diamètre pour moins cher, focale compacte autour de 5 à 6 fois le diamètre, idéal donc pour le ciel profond. Sa contrepartie : la collimation. Il faut aligner le miroir primaire et le secondaire, une opération à refaire chaque fois que le tube a été démonté ou transporté. Quelques secondes pour vérifier, quelques minutes pour corriger, avec un œilleton de collimation à moins de 10 euros, voire fabriqué maison. Rien d'insurmontable, mais c'est un geste à apprendre. Le Dobson, enfin, est un Newton posé sur une monture azimutale en bois, une caisse pivotante sans trépied. Mécanique minimale, prix imbattable au millimètre de diamètre. C'est, à mon avis tranché, le meilleur premier instrument pour la grande majorité des débutants. Un Sky-Watcher Heritage 130P FlexTube, avec son tube escamotable qui tient presque dans un sac à dos, s'affiche autour de 228 euros (réduit depuis 265). Un cran au-dessus, le Skyliner 200/1200 se trouve vers 438 euros, parfois 479 selon le revendeur : 200 mm de diamètre, un pouvoir collecteur de 820 fois l'œil nu. Le revers, c'est le gabarit, 26 kilos au total, à ne pas négliger si vous montez trois étages. ## Azimutale ou équatoriale, et le piège du GoTo La monture, on l'oublie souvent, conditionne le confort autant que l'optique. L'azimutale bouge sur deux axes, horizontal et vertical. Prête à l'emploi, sans réglage préalable. C'est l'intuition même : on pointe, on regarde. Le Dobson en est l'incarnation. L'équatoriale, elle, ajoute des axes pour suivre la rotation du ciel, avec une mise en station à faire avant chaque séance. Plus exigeante, mais cette capacité de suivi devient indispensable dès qu'on veut faire de l'astrophotographie. Pour de l'observation visuelle pure de débutant, elle complique sans réelle nécessité. Si l'astrophoto vous attire, [le choix entre monture équatoriale et azimutale](/monture-equatoriale-azimutale-debutant-astrophoto/) mérite un détour : une azimutale plafonne vite à 30 secondes de pose, là où une EQ5 ou une HEQ5 ouvre la longue pose. Et le GoTo motorisé, qui pointe tout seul l'objet via une raquette ? Tentant. Sauf qu'à budget égal, il sacrifie le diamètre. À 500 euros, un GoTo vous donne un Maksutov de 127 mm là où un Dobson manuel vous offre un 200 mm. Or c'est le diamètre qui fait le spectacle. Je préfère, et de loin, apprendre à se repérer dans le ciel avec un grand tube qu'à déléguer le pointage à un petit. La frustration des premières soirées sous un GoTo capricieux mal aligné, je l'ai vue trop souvent. ## Combien mettre, et où acheter Le consensus des revendeurs sérieux est net : prévoyez entre 300 et 600 euros pour un premier instrument de qualité qui durera toute une vie (prix indicatifs marché France 2026). En dessous de 100 euros en grande surface, vous payez pour de la déception. Dans cette fourchette, l'offre est riche. Côté Dobson, Bresser propose un Messier 150/1200 autour de 399 euros selon les sources de fin 2025, à vérifier au moment de l'achat car les stocks et promotions fluctuent. Stelvision assemble son Stelescope 200, un Dobson de 200 mm livré complet avec oculaires et Barlow, à 650 euros TTC. Les marques fiables pour démarrer se comptent sur une main : Sky-Watcher, Celestron, Bresser, Omegon. Achetez chez un spécialiste, pas en grande surface. La France compte des revendeurs solides : Astroshop, Pierro-Astro, La Maison de l'Astronomie, La Clef des Étoiles, Optique Unterlinden, Loisirs Plaisirs, Enastros. Et l'occasion est un excellent terrain : Webastro et son forum, ou Leboncoin, regorgent de tubes bien entretenus revendus par des passionnés qui montent en gamme. Un dernier conseil que je donne systématiquement : rejoignez un club avant d'acheter. Les nuits d'observation partagées et les journées portes ouvertes vous laissent essayer plusieurs instruments sans débourser un centime. Vous saurez vite si la collimation vous rebute ou si le poids d'un 200 mm vous arrête. Une fois le tube choisi, le vrai déterminant de vos soirées ne sera plus l'instrument mais le ciel au-dessus. Un Dobson 200 sous un lampadaire vaut moins qu'un 130 sous un ciel sombre. D'où l'intérêt de connaître la [pollution lumineuse de votre coin et les réserves de ciel noir françaises](/pollution-lumineuse-bortle-sites-ciel-noir-france), avant même de penser à [photographier la Voie lactée](/voie-lactee-astrophotographie-guide-ete-2026) ou à débusquer un [amas globulaire comme M13](/amas-globulaire-m13-hercule-observation-ete). Et si le Soleil vous tente davantage que les nuits, sachez que l'observation solaire impose son propre matériel, comme je le détaillais à propos des [télescopes solaires amateurs](/telescope-solaire-amateur-cycle-25-mai-2026-comparatif). Si je devais offrir un premier télescope demain, ce serait un Dobson 200. Le maximum de ciel pour le prix, et la satisfaction d'avoir trouvé l'objet soi-même. Reste à ne pas regarder le mauvais chiffre sur la boîte. ## Sources - Stelvision, comprendre et choisir un télescope : https://www.stelvision.com/astro/telescopes-lunettes-astronomiques-comprendre-choisir/ - Wikipedia, magnitude limite visuelle : https://fr.wikipedia.org/wiki/Magnitude_limite_visuelle - Astroshop, magazine grossissement : https://www.astroshop.de/fr/magazine/connaissances/connaissance-du-telescope/le-bon-telescope/grossissement/i,1063 - Astrofiles, choisir le bon télescope : https://www.astrofiles.net/choisir-le-bon-telescope - Stelvision, collimation d'un télescope Newton : https://www.stelvision.com/astro/collimation-telescope-newton/ - Astronomie-pratique, monture équatoriale ou azimutale : https://www.astronomie-pratique.com/monture-equatoriale-ou-azimutale/ - Astronomie-pratique, où acheter un télescope : https://www.astronomie-pratique.com/ou-acheter-telescope/ - Astroshop, Sky-Watcher Heritage 130P FlexTube : https://www.astroshop.eu/telescopes/skywatcher-dobson-telescope-n-130-650-heritage-flextube-dob/p,14966 - Astroshop, Sky-Watcher Skyliner 200/1200 : https://www.astroshop.eu/telescopes/skywatcher-dobson-telescope-n-200-1200-skyliner-classic-dob/p,4440 - Celestron AstroMaster 70/900 AZ, Astronome.fr : https://www.astronome.fr/lunettes-astronomiques/796-lunette-celestron-astromaster-70900-az.html - Stelvision, Stelescope 200 : https://www.stelvision.com/astro/boutique/stelescope-200/ - Planète Télescope, télescope débutant : https://planete-telescope.fr/telescope-debutant/ - Webastro, conseils achat télescope : https://www.webastro.net/forums/topic/266843-conseils-achat-t%C3%A9lescope/ --- ## Échelle de Bortle : où voir un vrai ciel noir en France - URL: https://www.portail-astronomie.fr/pollution-lumineuse-bortle-sites-ciel-noir-france/ - Author: Julien P. - Published: 2026-06-24T06:00:00 - Categories: observation Mes grands-parents n'avaient pas besoin d'une appli pour savoir où était la Voie lactée ; elle leur passait au-dessus de la tête depuis le jardin. En deux générations, ce spectacle a disparu pour la plupart d'entre nous. L'étude de Falchi et ses collègues, publiée en 2016 dans Science Advances, met un chiffre sur cette perte : plus d'un tiers de l'humanité ne voit plus la Voie lactée à l'œil nu, dont 60 % des Européens et près de 80 % des Nord-Américains. C'est là qu'intervient l'échelle de Bortle, l'outil le plus simple pour mesurer ce que la pollution lumineuse nous a pris ; et pour savoir où aller le récupérer. ## Une échelle née d'un constat John E. Bortle a publié son échelle en février 2001 dans le magazine Sky & Telescope. L'idée était de donner aux astronomes amateurs un langage commun pour décrire la qualité d'un ciel, au-delà du vague « c'est sombre par chez moi ». Neuf classes, de 1 (le ciel le plus noir disponible sur Terre) à 9 (le plein centre-ville). Chaque classe s'appuie sur deux repères. La magnitude limite à l'œil nu, ou NELM : l'étoile la plus faible que vous arrivez à distinguer. Et des objets-tests bien connus : la galaxie du Triangle M33, sa voisine d'Andromède M31, la lumière zodiacale, le gegenschein. Si vous voyez M33 à l'œil nu, vous êtes sous un ciel d'exception ; si vous peinez à deviner M31, le halo urbain a déjà gagné. ## Les 9 classes, en clair | Classe | Type de ciel | NELM | SQM (mag/arcsec2) | Ce qu'on voit | | ------ | ------------------- | ------------ | ----------------- | ------------------------------------------------------ | | 1 | Excellent site noir | 7,6 à 8,0 | 21,76 à 22,0 | La Voie lactée projette des ombres ; M33 à l'œil nu | | 2 | Vrai site sombre | 7,1 à 7,5 | 21,6 à 21,75 | Gegenschein visible ; M33 facile | | 3 | Ciel rural | 6,6 à 7,0 | 21,3 à 21,6 | Lumière zodiacale frappante ; Voie lactée complexe | | 4 | Rural plus clair | 6,3 à 6,5 | 20,8 à 21,3 | Voie lactée impressionnante mais sans détails | | 4,5 | Transition | 6,1 à 6,3 | 20,3 à 20,8 | Voie lactée vaguement visible bas sur l'horizon | | 5 | Banlieue | 5,6 à 6,0 | 19,25 à 20,3 | Voie lactée blanchie au zénith, invisible à l'horizon | | 6 | Banlieue claire | 5,1 à 5,5 | 18,5 à 19,25 | Voie lactée seulement au zénith ; M33 aux jumelles | | 7 | Transition urbaine | 4,6 à 5,0 | 18,0 à 18,5 | Voie lactée quasi invisible ; M31 à peine devinée | | 8 | Ciel de ville | 4,1 à 4,5 | moins de 18,0 | Ciel gris ou orange ; objets Messier brillants seuls | | 9 | Centre-ville | 4,0 ou moins | non renseigné | Lune, planètes ; les Pléiades, seul Messier à l'œil nu | ## Le SQM, la mesure objective L'échelle de Bortle reste subjective : elle dépend de votre acuité, de votre fatigue, de l'adaptation de vos yeux. D'où l'intérêt du SQM, le Sky Quality Meter fabriqué par le canadien Unihedron. Cet appareil mesure la luminance du fond de ciel en magnitudes par seconde d'arc carrée. Plus la valeur grimpe, plus le ciel est sombre : on va d'environ 16 sous un ciel urbain brillant à 22 sous le ciel le plus noir. Un piège, et il vaut la peine d'être souligné : la correspondance entre SQM et Bortle n'est pas bijective. Bortle décrit une expérience visuelle complète, le SQM ne mesure qu'une luminance au zénith. Deux ciels affichant le même SQM peuvent offrir des sensations différentes selon l'éblouissement à l'horizon ou la transparence de l'air. Le SQM oriente, il ne tranche pas tout. Pour situer votre coin, les cartes de [pollution lumineuse en ligne](/laser-optique-adaptative-paranal-ciel) recoupent les deux approches à partir des données satellitaires. ## Sept réserves pour retrouver le ciel Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Lumière zodiacale : quand et comment l'observer à l'œil nu](/lumiere-zodiacale-observer-phenomene-oeil-nu). La France n'est pas démunie. Au 24 juin 2026, le pays compte sept Réserves internationales de ciel étoilé (RICE), un label attribué par DarkSky International, l'ex-Association internationale pour un ciel noir. Sept, et non quatre comme le répètent encore beaucoup d'articles antérieurs à 2022. Le Pic du Midi de Bigorre a ouvert le bal en décembre 2013, première RICE de France, sixième au monde et première d'Europe continentale, avec une zone cœur d'environ 600 km². Puis sont venus le Parc national des Cévennes (13 août 2018), à ce jour la plus grande réserve d'Europe ; les Alpes Azur Mercantour (décembre 2019, 14e mondiale) ; Millevaches en Limousin (30 novembre 2021) ; le Vercors (26 septembre 2023) ; les Landes de Gascogne (12 février 2025) ; et le Morvan (21 mai 2025), septième et dernière en date avec ses 1 297 km² sur 50 communes. Une précision sur le Pic du Midi, parce que la légende mérite d'être nuancée. Des mesures SQM réalisées sur place en décembre 2016 donnaient 21,1 à 21,2 mag/arcsec2, soit un ciel visuel situé entre Bortle 3 et 4. Pas un Bortle 1, contrairement à ce qu'on imagine : la station de ski voisine de La Mongie et les agglomérations de Toulouse et Tarbes dégradent le ciel vers le sud. Excellent, mais pas immaculé. Le vrai Bortle 1, avec son SQM de 21,76 à 22, reste quasi inatteignable en métropole. ## La régulation s'en mêle Le ciel noir n'est plus seulement une affaire d'astronomes. L'arrêté du 27 décembre 2018 encadre la prévention et la limitation des nuisances lumineuses en France ; il plafonne notamment la proportion de lumière émise vers le haut, applicable depuis le 1er janvier 2020. C'est l'admission officielle que l'éclairage public, longtemps synonyme de progrès, a un coût invisible. Falchi le rappelle d'ailleurs sans détour : 83 % de la population mondiale, et plus de 99 % des habitants des États-Unis et de l'Europe, vivent désormais sous un ciel pollué. Reste que la carte française est têtue. Selon l'Observatoire national de la biodiversité, en 2024, 75 % du territoire métropolitain subit un niveau élevé de pollution lumineuse. Les réserves sont des îlots ; le reste s'efface lentement. ## Que faire de tout ça L'échelle de Bortle vous sert deux fois. Avant de partir, elle vous dit ce que vous pouvez espérer voir : inutile de viser la Voie lactée structurée depuis un Bortle 6. Sur place, elle vous donne un vocabulaire pour juger le ciel, et un SQM de poche ou une appli pour le chiffrer. Le reste, c'est de la logistique : repérer une tache sombre à distance raisonnable, attendre une nuit sans Lune, laisser ses yeux s'adapter. Les mêmes réflexes que pour [photographier la Voie lactée](/voie-lactee-astrophotographie-guide-ete-2026) ou pour observer un [amas globulaire comme M13](/amas-globulaire-m13-hercule-observation-ete). Mes grands-parents n'avaient pas de RICE ; ils avaient le ciel partout. Nous, il faut le chercher. Reste une question que je me pose à chaque sortie sous un vrai ciel noir : combien de générations encore sauront seulement qu'il existe quelque chose à chercher ? ## Sources - Wikipedia, échelle de Bortle : https://en.wikipedia.org/wiki/Bortle_scale - Wikipedia, réserve internationale de ciel étoilé : https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9serve_internationale_de_ciel_%C3%A9toil%C3%A9 - Falchi et al. 2016, Science Advances : https://www.science.org/doi/10.1126/sciadv.1600377 - Legifrance, arrêté du 27 décembre 2018 sur les nuisances lumineuses : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000037864346 - Wikipedia, Sky Quality Meter : https://en.wikipedia.org/wiki/Sky_quality_meter - RICE Pic du Midi, Hautes-Pyrénées : https://www.hautespyrenees.fr/qualite-de-vie/un-environnement-preserve/la-reserve-internationale-de-ciel-etoile-rice-du-pic-du-midi-de-bigorre/ - RICE Cévennes, Parc national des Cévennes : https://www.cevennes-parcnational.fr/fr/actualites/le-parc-national-des-cevennes-plus-grande-reserve-internationale-de-ciel-etoile-deurope - RICE Alpes Azur Mercantour, Parc national du Mercantour : https://www.mercantour-parcnational.fr/fr/des-actions/connaitre-et-proteger/reserve-internationale-de-ciel-etoile-alpes-azur-mercantour - RICE Morvan, Ciel & Espace : https://www.cieletespace.fr/article/le-morvan-devient-la-septieme-reserve-de-ciel-noir-de-france - DarkSkyLab, mesures SQM Pic du Midi : https://darkskylab.com/pollution-lumineuse-pic-du-midi/ --- ## Astrophoto Voie Lactée : le guide de l'été 2026 - URL: https://www.portail-astronomie.fr/voie-lactee-astrophotographie-guide-ete-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-06-23T06:00:00.000Z - Categories: observation La fenêtre pour réussir une photo de la Voie Lactée se referme vite. En astrophotographie, l'été est la seule période où le cœur de notre galaxie passe à portée d'objectif depuis la France. Mi-avril à mi-septembre, le côté nocturne de la Terre fait face au centre galactique, et l'été reste le moment optimal. Inutile de tergiverser : si vous voulez ramener une image, c'est maintenant qu'il faut sortir le trépied. Ce centre, c'est la région du Sagittaire. Vu depuis la métropole, il rase l'horizon sud, ce qui complique la tâche. Bonne nouvelle : fin août, il grimpe presque au zénith les belles soirées. Au fond de ce bouillonnement se cache Sagittarius A\*, le trou noir supermassif de la galaxie, environ 4 millions de masses solaires. Vous ne le verrez pas, mais c'est lui que vos clichés encadrent. ## Étape 1 : choisir la bonne nuit Le pire ennemi de la Voie Lactée, ce n'est pas les nuages, c'est la Lune. Une pleine lune lave le ciel et tue le contraste. Visez les fenêtres autour des nouvelles lunes. Pour l'été 2026, à l'heure de Paris : - 15 juin à 04h54 - 14 juillet à 11h43 - 12 août à 19h36 - 11 septembre à 05h27 Comptez quelques nuits de part et d'autre de ces dates, quand le croissant se lève tard ou se couche tôt. La fin août coche toutes les cases : cœur galactique haut et nouvelle lune proche. Pour viser juste, une appli de planification fait gagner un temps fou. PhotoPills donne l'azimut, la hauteur et les horaires du centre galactique, avec un mode réalité augmentée pour le repérer sur place. C'est un achat unique, d'après les retours autour d'une dizaine d'euros, sur iOS et Android. Si vous débutez et ne deviez en prendre qu'une, ce serait celle-là. ## Étape 2 : fuir la lumière Photographier la Voie Lactée depuis une ville, c'est peine perdue. Il faut un ciel sombre, et là je suis catégorique : votre site fait 80 % du résultat. Pour situer la qualité d'un ciel, référez-vous à l'échelle de Bortle, proposée par John E. Bortle dans le magazine Sky & Telescope de février 2001. Neuf niveaux, du plus pur au plus pollué. Au niveau 1, ciel vierge de toute lumière artificielle, la Voie Lactée projette des ombres au sol (magnitude limite 7,6 à 8,0). Au niveau 9, en plein centre-ville, on ne distingue quasiment plus une étoile (magnitude inférieure ou égale à 4,0). Pour une vraie photo du cœur galactique, visez au minimum un ciel correct, loin des halos urbains. Comment trouver ce coin sombre ? Les cartes de pollution lumineuse. lightpollutionmap.info couvre le monde entier à partir des données VIIRS de la NASA. En France, DarkSkyLab propose des cartes nationales détaillées. Repérez une tache sombre à distance raisonnable de chez vous, et c'est gagné. Sur place, laissez vos yeux s'adapter au moins quinze minutes avant de juger le ciel. La pupille met du temps à s'ouvrir, et ce que vous voyez à l'arrivée n'a rien à voir avec ce que vous verrez un quart d'heure plus tard. ## Étape 3 : régler le boîtier Le matériel de base tient en trois éléments : un boîtier qui monte en ISO, un objectif grand-angle lumineux, et un trépied stable. Pas besoin de télescope. Et si vous débutez, commencez par une cible plus facile avant la galaxie : notre guide pour [photographier la Lune au smartphone ou au reflex](/astrophotographie-lune-smartphone-reflex-debutant/) pose les bons réflexes. Côté réglages, on travaille en manuel, toujours. L'ouverture la plus grande possible : f/1,4 à f/1,8 sur les focales fixes, f/2,8 au maximum sur les zooms lumineux. Les ISO se situent entre 1600 et 6400, mais ça dépend du capteur : un plein format récent encaisse mieux qu'un APS-C, alors testez votre boîtier avant la sortie. Format RAW obligatoire, sinon vous vous privez de toute marge au traitement. Un détail que tout le monde oublie : sur trépied, désactivez la stabilisation, optique et mécanique. Activée à l'arrêt, elle introduit du flou au lieu d'en retirer. C'est le genre d'erreur que j'ai faite une nuit entière avant de comprendre pourquoi mes étoiles bavaient. ## Étape 4 : la mise au point, ce piège Voilà où la plupart des photos partent à la poubelle. Le repère ∞ gravé sur l'objectif ne suffit pas : sur les optiques modernes, il est rarement précis. La méthode fiable : passez en live view, pointez une étoile brillante, grossissez l'affichage au maximum, et tournez la bague jusqu'à obtenir le point le plus fin possible. En pratique, il faut souvent revenir légèrement en arrière du symbole infini, de l'ordre de 5 à 10 degrés. Pour les perfectionnistes, le masque de Bahtinov coûte une vingtaine d'euros et règle la question. Il génère une figure de diffraction à trois branches : la mise au point est bonne quand la branche centrale tombe pile entre les deux autres, symétrique. Simple et imparable. ## Le temps de pose : 500 ou NPF ? Trop long, les étoiles filent et deviennent des traits. La règle des 500 donne un point de départ : temps de pose maximal égal à 500 divisé par la focale multipliée par le facteur de crop. À 14 mm en plein format, ça donne 35,7 secondes ; à 24 mm, 20,8 secondes ; à 35 mm, 14,3 secondes. Sur un APS-C Canon avec un 50 mm, on tombe à 6,25 secondes seulement. Le hic : cette règle est trop permissive sur les capteurs récents. À partir de 24 mégapixels, le filé reste visible une fois l'image agrandie. C'est là que la règle NPF prend le relais. Proposée par Frédéric Michaud de la Société Astronomique du Havre fin 2020, elle intègre la résolution du capteur (la taille des pixels), l'ouverture et la déclinaison de la zone visée. Résultat : un temps de pose plus juste, surtout si vous comptez imprimer en grand. Plus complexe à calculer de tête, mais des applis le font pour vous. Pour être franc, sur ce choix j'hésite encore selon les soirées : pour un partage écran, la règle des 500 suffit largement ; dès que je veux du piqué à 100 %, je bascule sur NPF. Vous voulez aller plus loin et capter le cœur du [Sagittaire](/sagittarius-a-webb-flares-permanents-48h-nircam) avec des focales plus longues ? Il faudra alors un suiveur d'étoiles. Un modèle compact comme le Star Adventurer Mini accepte jusqu'à 50 mm de focale. Comptez plusieurs centaines de dollars aux États-Unis pour les références populaires : un budget, mais le seul moyen de poser longtemps sans filé. ## En clair Une nuit sans lune, un ciel sombre repéré à l'avance, un grand-angle ouvert à fond, la mise au point vérifiée sur une étoile et le bon temps de pose. Rien d'inaccessible. L'été 2026 vous offre plusieurs créneaux, à commencer par cette belle fin août. Le reste, c'est de la patience et quelques essais ratés, comme tout le monde. Pendant que vous y êtes, le mois d'août sert deux fois : les [Perséides](/perseides-12-13-aout-2026-pic-100-meteores-heure-conditions) culminent dans la foulée, et une [éclipse solaire totale](/eclipse-solaire-totale-12-aout-2026-europe-guide-observation) traverse l'Europe. Autant prévoir le déplacement. ## Sources - AstroBackyard, règle des 500 : https://astrobackyard.com/the-500-rule/ - Société Astronomique du Havre, règle NPF (Frédéric Michaud) : https://sahavre.fr/wp/regle-npf-rule/ - Wikipédia, échelle de Bortle : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89chelle_de_Bortle - Stelvision, la Voie Lactée à l'œil nu en été : https://www.stelvision.com/astro/balade-estivale-a-loeil-nu-dans-la-voie-lactee/ - Pleine-lune.org, calendrier des nouvelles lunes 2026 : https://www.pleine-lune.org/calendrier-nouvelle-lune-2026 - Vivre de la photo, réglages photo d'étoiles : https://vivre-de-la-photo.fr/les-reglages-pour-la-photo-detoiles-et-de-la-voie-lactee/ - Astronomie pratique, mise au point en astrophoto : https://www.astronomie-pratique.com/mise-au-point-astrophoto/ - lightpollutionmap.info, carte de pollution lumineuse : https://www.lightpollutionmap.info/ - DarkSkyLab, plateforme pollution lumineuse : https://darkskylab.com/light-pollution-platform/ --- ## Hayabusa2# survole l'astéroïde Torifune le 5 juillet - URL: https://www.portail-astronomie.fr/hayabusa2-flyby-torifune-juillet-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-06-22T08:00:00 - Categories: exploration-spatiale Une sonde qui a déjà ramené sa cargaison sur Terre n'est pas censée travailler encore six ans plus tard. C'est pourtant ce que fait Hayabusa2#. Le 5 juillet 2026, vers 18h30 heure japonaise, elle va passer à environ 1 km du centre de l'astéroïde Torifune, à 5,25 km/s. Pas pour s'y poser. Pas pour prélever. Juste pour répéter un geste qu'elle devra réussir en 2031. La JAXA a confirmé le timing exact dans un communiqué du 9 juin 2026. Et autant le dire tout de suite : ce flyby est une répétition générale, rien de plus, rien de moins. ## Le vrai sujet : apprendre à viser Hayabusa2, c'est d'abord Ryugu. La sonde a rapporté environ 5 g de matériau de cet astéroïde carboné de type C, capsule récupérée le 6 décembre 2020 dans le désert de Woomera, en Australie. Mission accomplie, échantillons sur Terre, fin de l'histoire. Sauf qu'il restait du carburant. Environ la moitié du xénon embarqué, selon l'ISAS. La JAXA a donc prolongé la mission sous un nouveau nom : Hayabusa2#, pour SHARP, Small Hazardous Asteroid Reconnaissance Probe. Le « # » se lit « sharp ». Tout est dans l'acronyme : reconnaissance de petits astéroïdes dangereux. L'objectif officiel du survol de Torifune est limpide. Acquérir les données de base pour guider avec précision une sonde vers un petit corps céleste. En clair : s'entraîner à viser juste. C'est exactement la brique technique dont a besoin une mission de défense planétaire, celle qui consiste à envoyer un engin frapper un astéroïde menaçant. On a déjà vu ce que ça donne quand ça marche, avec [l'inspection par Hera du cratère laissé par l'impacteur DART sur Dimorphos](/hera-didymos-inspection-post-impact-dart-2026). Sauf que DART fonçait sur sa cible. Là, il s'agit de frôler, pas de percuter, et de tout mesurer en quelques secondes de passage. ## Torifune, et pas un autre Petite mise au point, parce que la confusion circule. L'astéroïde survolé le 5 juillet s'appelle officiellement (98943) Torifune, anciennement 2001 CC21. Le nom a été approuvé par l'Union astronomique internationale le 23 septembre 2024. Torifune est une abréviation d'Ame-no-torifune, une divinité de la mythologie japonaise : un vaisseau qui voyage vite comme un oiseau et solide comme un rocher. Plutôt bien choisi pour une cible de sonde. C'est un astéroïde de type Apollo, donc un géocroiseur, découvert le 3 février 2001 par le programme LINEAR. Il mesure dans les 450 m de diamètre (476 ± 9 m selon les mesures, avec des dimensions estimées à 591 × 461 × 392 m), tourne sur lui-même en un peu plus de 5 heures, et appartient à la famille spectrale des S, sous-type Sq, cohérent avec les chondrites ordinaires. Retenez ces chiffres, parce qu'ils n'ont rien à voir avec la cible finale de la mission. Torifune n'est pas la destination de 2031. C'est une étape sur la route. ## Cinq instruments, quelques secondes Le survol se fera à 0,81 unité astronomique du Soleil. À 5,25 km/s, la fenêtre d'observation est courte, et la sonde va mobiliser cinq instruments de télédétection : la caméra ONC-T, la grand-angle ONC-W1, l'imageur thermique TIR, le spectromètre proche infrarouge NIRS3 et le LIDAR. Un seul reste au repos, ONC-W2. Le LIDAR mérite qu'on s'y arrête. C'est lui qui mesure la distance par laser, donc qui valide en conditions réelles la capacité de la sonde à savoir précisément où elle se trouve par rapport à un caillou de quelques centaines de mètres lancé à grande vitesse. C'est tout l'enjeu du guidage de précision. Je ne sais pas encore quelle résolution d'images la JAXA arrachera à un passage aussi rapide, et l'agence n'a pas communiqué là-dessus. On le saura après coup. Ce flyby s'inscrit dans la lignée des missions japonaises vers les petits corps, comme [le prélèvement prévu par MMX sur Phobos](/mission-mmx-japon-phobos-echantillons-2031). Sauf qu'ici, pas de bras, pas de capsule. Que des yeux. ## Cap sur 2031 Après Torifune, la sonde n'a pas fini de rouler sa bosse. Deux passages près de la Terre sont prévus, en 2027 et en 2028, pour ajuster sa trajectoire. La vraie destination, c'est l'astéroïde 1998 KY26, avec un rendez-vous fixé en juillet 2031. Et là, on change complètement d'échelle. 1998 KY26 est un objet minuscule : son diamètre a été révisé en septembre 2025 à 11 ± 2 m, soit trois fois moins que la valeur de 30 ± 10 m estimée auparavant, d'après une étude parue dans Nature Communications (Santana-Ros et al.). Sa période de rotation a elle aussi été corrigée, à 5,3516 ± 0,0001 minute, deux fois plus rapide que les anciennes mesures. Il a même été identifié en 2023 comme une possible « comète sombre », un astéroïde qui accélère comme une comète mais sans queue ni chevelure visibles. Un corps de 11 m qui tourne sur lui-même en cinq minutes et des poussières, c'est une cible cauchemardesque. D'où l'utilité de répéter le guidage sur Torifune d'abord, un objet plus gros, plus lent, plus pardonnant. On apprend sur le facile avant d'attaquer le difficile. Et l'enjeu n'est pas théorique. Selon l'ISAS, une collision avec la Terre est anticipée une fois tous les 100 à 1000 ans pour ce genre de petits corps. Savoir s'en approcher avec précision, ce n'est pas un caprice d'ingénieur. C'est de la préparation. Le même genre de préparation que pour [l'approche d'Apophis en 2029](/apophis-2029-approche-historique-ramses-osiris-apex-missions), à une autre échelle. ## Ce qu'il faut en retenir Hayabusa2# ne va rien rapporter de Torifune. Pas d'échantillon, pas de retour sur Terre, pas de gros titre grand public. Et c'est précisément pour ça que ce flyby est intéressant : il sert exclusivement à fiabiliser une technique de visée que la JAXA veut maîtriser avant 2031. Pendant la croisière entre 2021 et 2026, la sonde a même servi à observer des transits d'exoplanètes, histoire de ne pas chômer. Mais le 5 juillet, c'est du sérieux opérationnel. Une vieille sonde qui répète ses gammes pour un examen final dans cinq ans. J'aime bien cette idée d'un matériel amorti qu'on continue de faire bosser jusqu'au bout du réservoir. Pour suivre d'autres survols rapprochés, voyez aussi [le passage de l'astéroïde 2026 JH2 à 90 000 km de la Terre](/asteroide-2026-jh2-flyby-18-mai-2026-90000-km-mt-lemmon). ## Sources - [JAXA, communiqué de presse du 9 juin 2026](https://global.jaxa.jp/press/2026/06/20260609-1_e.html) - [arXiv 2604.08832 : Overview of Hayabusa2 Extended Mission's Flyby of (98943) Torifune](https://arxiv.org/abs/2604.08832) - [Wikipedia : 98943 Torifune](https://en.wikipedia.org/wiki/98943_Torifune) - [MIT Lincoln Laboratory : Torifune, new name for asteroid 2001 CC21](https://www.ll.mit.edu/news/torifune-new-name-asteroid-2001-cc21) - [Nature Communications, Santana-Ros et al. : révision de 1998 KY26](https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12446490/) - [ISAS/JAXA : Hayabusa2 mission étendue](https://www.isas.jaxa.jp/en/missions/spacecraft/current/hayabusa2.html) --- ## K2-18b : le JWST a-t-il vraiment détecté la vie ? - URL: https://www.portail-astronomie.fr/k2-18b-jwst-biosignatures-dms-vie-extraterrestre/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-06-22T06:00:00 - Categories: cosmologie 2,9 sigma. C'est le niveau de confiance réel de la détection de DMS sur K2-18b annoncée en avril 2025 par l'équipe de Cambridge. Pas 5 sigma, le seuil d'or qui sépare une découverte d'une coïncidence statistique. Et depuis, quatre équipes indépendantes ont passé les mêmes données à la moulinette. Verdict : la biosignature ne tient pas. Pas encore, en tout cas. K2-18b, c'est cette exoplanète à 124 années-lumière (dans la constellation du Lion) que les titres de presse ont transformée en « planète qui pourrait abriter la vie ». Une sous-Neptune de 8,63 masses terrestres et 2,6 rayons terrestres, en zone habitable autour d'une naine rouge M. Sur le papier, le candidat parfait pour chercher des traces de vie. En pratique, l'histoire est nettement plus prudente que ce qu'on vous a vendu. Et comme souvent quand on parle de détection à la limite du bruit, le diable se cache dans l'instrument et dans la statistique. C'est exactement le terrain que j'aime décortiquer. ## Ce que le JWST mesure vraiment : la spectroscopie de transmission Avant de parler de DMS, il faut comprendre ce que le télescope fait réellement. Le JWST ne photographie pas K2-18b. Il ne la voit même pas. Ce qu'il fait, c'est de la spectroscopie de transmission : quand la planète passe devant son étoile, une fraction de la lumière stellaire traverse son atmosphère. Les molécules présentes absorbent certaines longueurs d'onde précises. En comparant le spectre pendant et hors transit, on déduit la composition chimique. La première campagne sérieuse date de septembre 2023. Madhusudhan et son équipe utilisent NIRISS et NIRSpec, sur la gamme 0,9 à 5,2 microns. Résultats solides : du méthane (CH4) détecté à 5 sigma, du CO2 à 3 sigma. Ça, personne ne le conteste vraiment. Le méthane est là, robuste, confirmé par toutes les réanalyses ultérieures. Le titre de l'article était d'ailleurs prudent : « Carbon-bearing Molecules in a Possible Hycean Atmosphere ». Un monde Hycean, c'est le concept introduit par la même équipe en 2021 : une atmosphère riche en hydrogène au-dessus d'un océan global. K2-18b en est devenue le prototype. Le DMS, dans ce papier de 2023 ? Mentionné comme « signes potentiels », sans niveau de sigma précis. Une piste, pas une affirmation. ## L'annonce d'avril 2025 et le piège du sigma C'est l'article MIRI d'avril 2025 qui a tout enclenché. Cette fois, Madhusudhan ajoute l'instrument MIRI (infrarouge moyen, 6 à 12 microns) et annonce la détection combinée de DMS et de DMDS, deux molécules soufrées que sur Terre seul le phytoplancton produit en quantité. L'abondance revendiquée est colossale : plus de 10 ppmv, des milliers de fois la concentration terrestre. Le problème, c'est le chiffre de confiance. L'article lui-même indique 2,9 à 3,2 sigma selon les modèles. Pas 5. Et là, il faut être clair sur ce que ça veut dire concrètement. En spectroscopie d'exoplanète, atteindre 5 sigma pour une raie de CO2 à 4,3 microns demande de l'ordre de 35 transits sous hypothèse de bruit blanc. Madhusudhan lui-même a reconnu qu'il faudrait 16 à 24 heures d'observations MIRI supplémentaires pour franchir le seuil. À sa décharge, il a joué franc jeu : « il est important que nous soyons profondément sceptiques envers nos propres résultats », a-t-il déclaré au moment de l'annonce. C'est rare et ça mérite d'être noté, parce que la presse, elle, n'a pas été sceptique du tout. Un signal à 3 sigma, dans n'importe quel labo de physique des particules, ce n'est pas une découverte. C'est une indication qui demande confirmation. Le marketing scientifique a tendance à l'oublier dès qu'il y a le mot « vie » dans le communiqué. ## Quatre équipes, un même verdict Là où ça devient intéressant pour quelqu'un qui aime les données brutes, c'est la vague de réanalyses indépendantes. Et elles convergent toutes. Schmidt et ses collègues, dès janvier 2025, refont l'analyse NIRISS et NIRSpec avec 60 traitements différents et 250 retrievals. Leur reproche méthodologique est direct : l'analyse originale reposait sur un seul pipeline de réduction, sans les tests de robustesse standard. Leur conclusion : le CH4 tient à environ 4 sigma, mais « aucune preuve statistiquement significative ou fiable pour le CO2 ou le DMS ». Luque et son équipe, dans Astronomy & Astrophysics en août 2025, combinent les trois instruments en un spectre panchromatique de 0,6 à 12 microns. Leur formule est sans appel : « dans aucun cas la préférence pour le DMS ou le DMDS n'atteint le seuil standard pour une détection moléculaire ». Selon eux, les préférences marginales sont un artefact de modélisation, le résultat d'un nombre trop limité de molécules considérées et d'une sursensibilité aux petites variations entre réductions de données. L'analyse de la NASA/JPL menée par Renyu Hu, en juillet 2025, abaisse le signal DMS à 2,7 sigma. Et elle ajoute un argument que je trouve décisif : une atmosphère riche en hydrogène peut produire du DMS par voie abiotique, sans aucune biologie. Le « seul la vie produit cette molécule » s'effondre dès qu'on regarde la photochimie d'un monde sub-neptunien. Enfin Stevenson et son équipe, dans The Astronomical Journal d'octobre 2025, signent le papier au titre le moins ambigu de la série : « K2-18b Does Not Meet the Standards of Evidence for Life ». Leur point le plus parlant : le signal MIRI dépend du binning des données. Seules 12,5 % des configurations de traitement testées supportent une détection de DMS/DMDS. Pire, d'autres molécules comme l'éthylène ou le chloroéthane ajustent les données aussi bien que le DMS. Quand plusieurs candidats expliquent le même spectre, vous n'avez pas une détection, vous avez une ambiguïté. ## Le verdict de Madhusudhan lui-même Le plus révélateur, c'est que l'équipe de Cambridge a fini par reculer. Les suivis JWST de fin 2025, cette fois dans le proche infrarouge plutôt que l'infrarouge moyen, n'ont pas trouvé de preuve concluante. Renyu Hu résume en novembre 2025 : « c'est un signal très faible, s'il y a un signal du tout ». Difficile d'être plus prudent. C'est là que je veux glisser une nuance personnelle. J'ai passé des années à comparer des specs annoncées par les constructeurs avec ce que donnait le banc de test. Le schéma est toujours le même : une mesure spectaculaire mise en avant, et la réalité terrain qui ramène tout le monde sur Terre. Ici c'est pareil, sauf que l'enjeu n'est pas un benchmark de carte graphique mais la première détection de vie hors du Système solaire. La rigueur compte d'autant plus. Sur un point je reste partagé : je ne sais pas si le DMS est totalement absent ou simplement trop faible pour les capteurs actuels. Les deux scénarios sont compatibles avec les données. C'est précisément ce flou que les réanalyses pointent du doigt, et c'est une réponse honnête en soi. Pour replacer K2-18b dans le paysage, le JWST sonde plusieurs cibles habitables avec la même méthode. Il a livré des résultats nettement plus nets sur [les atmosphères de TRAPPIST-1, finalement bien plus dépouillées que prévu](/trappist-1-climat-jwst-avril-2026-differences-temperature-atmosphere-exoplanete). Sur Proxima b, [un signal radio régulier a fait parler avant d'être relativisé](/jwst-signal-radio-regulier-proxima-b), exactement le même type d'emballement médiatique. Et quand le télescope passe en imagerie directe, comme sur [la première exoplanète qu'il a photographiée avec le coronagraphe français du MIRI](/jwst-twa-7-imagerie-directe-exoplanete-coronagraphe-france-disque-debris), on est sur un autre registre de certitude. La spectroscopie de transmission à la limite du bruit, elle, restera toujours fragile. ## Le bilan, données en main K2-18b n'est pas la preuve que la vie existe ailleurs. Point. Ce qui est confirmé : une atmosphère riche en eau et en hydrogène, du méthane robuste. Ce qui ne l'est pas : la moindre biosignature crédible. Le DMS à 3 sigma annoncé par Cambridge a été ramené à 2,7 sigma par la NASA, démonté par Luque, contredit par Stevenson, et finalement minimisé par ses propres auteurs. Pour franchir le seuil de 5 sigma, il faudrait des dizaines de transits MIRI supplémentaires. Une équipe estime qu'environ 25 transits suffiraient juste à rejeter définitivement le DMS à 3 sigma. On parle de centaines d'heures de temps télescope sur l'instrument le plus demandé de l'astronomie. Ça ne se décide pas à la légère. K2-18b reste une cible qui mérite le temps télescope, mais l'histoire qu'on en a faite a couru bien plus vite que les données. Le JWST mesure très bien. Ce sont les conclusions qu'on tire de ses mesures qu'il faut surveiller de près. Pour l'instant, la seule chose certaine, c'est qu'on ne sait pas. ## Sources - https://iopscience.iop.org/article/10.3847/2041-8213/adc1c8 - https://arxiv.org/abs/2504.12267 - https://www.aanda.org/articles/aa/full_html/2025/08/aa55580-25/aa55580-25.html - https://arxiv.org/abs/2501.18477 - https://iopscience.iop.org/article/10.3847/1538-3881/ae0338 - https://arxiv.org/abs/2508.05961 - https://www.eurekalert.org/news-releases/1080558 - https://www.astronomy.com/science/new-study-revisits-signs-of-life-on-k2-18-b/ - https://arxiv.org/abs/2309.05566 - https://science.nasa.gov/missions/webb/webb-discovers-methane-carbon-dioxide-in-atmosphere-of-k2-18-b/ - https://www.ladbible.com/news/science/planet-k218b-update-no-detection-molecules-james-webb-telescope-293688-20251128 - https://en.wikipedia.org/wiki/K2-18b --- ## 10P/Tempel 2 : la comète de l'été 2026 vaut-elle le coup ? - URL: https://www.portail-astronomie.fr/comete-10p-tempel-2-retour-observation-ete-2026/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-06-19T14:00:00 - Categories: evenements-celestes Magnitude attendue : entre 7 et 8 au pic. Déclinaison au périhélie : moins 24 degrés. Pour un observateur français, ces deux chiffres résument tout le problème. La comète 10P/Tempel 2 revient à son périhélie le 2 août 2026, c'est confirmé par une bonne dizaine de sources concordantes. Mais avant de sortir le matériel, regardons ce que ces nombres impliquent vraiment. Parce que sur le papier, une comète à magnitude 7 ça semble accessible. En pratique, ça dépend entièrement d'où vous vivez et de ce que vous pointez. ## Une habituée du système solaire interne 10P/Tempel 2 n'a rien d'une comète exotique. C'est une comète de la famille de Jupiter, découverte le 4 juillet 1873 par l'astronome allemand Wilhelm Tempel depuis Florence. Le « 2 » du nom indique qu'elle fut la deuxième découverte par Tempel, à ne pas confondre avec Tempel 1, la cible de la mission Deep Impact en 2005. Sa période orbitale tourne autour de 5,36 ans, soit un peu moins de deux mille jours. Elle oscille entre 1,418 unité astronomique au périhélie et 4,71 au plus loin. Rien de spectaculaire dans ces nombres, sauf un détail : son noyau mesure environ 10,6 km de diamètre, ce qui la place parmi les plus gros noyaux des comètes à courte période. Avec un albédo de 0,022, c'est un objet extrêmement sombre, plus noir que du charbon. La spectroscopie menée en 2010 par Herschel y a relevé du méthanol, de l'éthane, de l'ammoniac et du cyanure d'hydrogène. Son record de brillance remonte à 1925 : magnitude 6,5, lors d'un passage à seulement 0,35 unité astronomique de la Terre. Cette fois, l'approche terrestre du 3 août 2026 se fera à 0,414 unité astronomique, soit environ 61,9 millions de kilomètres. Plus loin qu'en 1925, donc plus discrète. On ne reverra pas le spectacle d'il y a un siècle. ## Le vrai problème : une comète qui rase l'horizon sud Voici où ça se complique pour la moitié nord du globe. Au périhélie, la comète affiche une déclinaison de moins 24 degrés, en plein ciel sud, du côté du Capricorne avant de glisser vers le Verseau. Pour un observateur situé en France, vers 46 degrés de latitude nord, la conséquence est mécanique : 10P/Tempel 2 culminera au mieux à environ 20 degrés au-dessus de l'horizon sud. Pas plus. Concrètement, ça veut dire qu'il vous faut un horizon sud parfaitement dégagé. Pas un arbre, pas une colline, pas un lotissement. La comète se traînera dans la zone la plus turbulente du ciel, là où l'atmosphère épaissit la couche d'air traversée et brouille les détails. Les observateurs de l'hémisphère sud, eux, la verront nettement plus haute et plus confortable, en soirée après le coucher du Soleil grâce à une élongation solaire de 164 degrés au périhélie. Je vais être direct : si vous comptez l'observer depuis un balcon parisien orienté nord, oubliez. Cette comète n'est pas un cadeau pour l'hémisphère nord. Elle réclame un déplacement vers un site surélevé, à la campagne, avec dégagement plein sud. Côté nord, la fenêtre se situe plutôt en fin de nuit, dans le secteur est-sud-est, de juillet à début août. ## Quel matériel selon le scénario de magnitude Et c'est là qu'il faut parler franchement de l'incertitude. Les comètes sont imprévisibles, et la magnitude annoncée n'est qu'une médiane. Les sources divergent : la BAA Comet Section table sur environ 7,0 au 2 août, EarthSky annonce « autour de magnitude 8 », StarWalk pousse l'optimisme jusqu'à 6,9. Wikipedia élargit même à une fourchette 8 à 10. Personne ne s'engage au dixième près, et c'est honnête de leur part. Une comète, ça surprend dans les deux sens. Du coup, le choix de l'instrument dépend du scénario. Voici comment je découpe la chose : | Scénario de magnitude | Instrument recommandé | | --------------------- | -------------------------------------------------------------- | | 6,9 à 7,5 (optimiste) | Jumelles 10x50 sous ciel sombre (NELM supérieur ou égal à 5,5) | | 7,5 à 8 (médiane) | Jumelles 15x70 ou télescope de 100 à 150 mm | | 8 à 9 (pessimiste) | Télescope de 150 à 200 mm minimum | Dans le scénario optimiste, une simple paire de jumelles 10x50 sous un ciel vraiment noir suffit. in-the-sky.org parle même d'un objet « facilement visible aux jumelles standard » sur la base d'une estimation à 7,4. La BAA, plus prudente avec une estimation autour de 8, évoque des jumelles de type observation ornithologique. Astronomy.com est la plus conservatrice et recommande carrément un petit télescope. Un point sur lequel toutes les sources s'accordent : pas d'observation à l'œil nu. N'espérez pas la repérer sans instrument, même sous le meilleur ciel. Une comète de magnitude 7 à 8 reste sous le seuil de visibilité naturel, d'autant plus pénalisée ici par sa faible hauteur. Mon conseil pratique, quel que soit votre instrument : un ciel sombre prime sur le diamètre du tube. Une comète diffuse comme celle-ci se noie dans la moindre pollution lumineuse. Mieux vaut des jumelles modestes sous un ciel noir qu'un gros télescope depuis la périphérie d'une ville. Et chargez une éphéméride à jour dans Stellarium ou SkySafari pour la repérer soir par soir, car sa position dans le Capricorne évolue au fil des semaines. ## Mon verdict : pour qui en vaut la peine Soyons clairs sur ce qu'on attend. 10P/Tempel 2 n'est pas la comète du siècle. Pas de queue spectaculaire annoncée, pas de visibilité à l'œil nu, une position basse et inconfortable depuis l'Europe. C'est un objet pour observateur motivé, pas pour le grand public qu'on traîne dans le jardin pour épater la galerie. **Pour l'observateur français équipé et mobile** : oui, si vous avez des jumelles 15x70 ou un télescope de 100 mm et un site avec horizon sud dégagé. Le périhélie et l'approche terrestre concentrés sur 48 heures, les 2 et 3 août, offrent la meilleure fenêtre. Visez la fin de nuit. **Pour l'observateur de l'hémisphère sud** : franchement, profitez-en. La comète vous est offerte sur un plateau, haute dans le ciel du soir. Vous avez la meilleure place du spectacle. **Pour le débutant ou l'observateur urbain** : passez votre tour sur celle-ci. Vous serez déçu. Reportez votre soirée d'été sur des cibles plus généreuses comme les amas globulaires, autrement plus gratifiants à débuter. Et gardez l'énergie pour des comètes mieux placées. Si l'été 2026 vous tente côté ciel nocturne, les essaims des [Delta Aquariides et Alpha Capricornides qui culminent fin juillet](/delta-aquariides-alpha-capricornides-juillet-2026) partagent justement la même région du ciel que Tempel 2, du côté du Capricorne. Pour comprendre pourquoi une magnitude 7 reste invisible à l'œil nu, l'article sur l'[échelle de magnitude apparente et absolue](/magnitude-apparente-absolue-luminosite-etoiles-echelle-pogson) détaille la mécanique de Pogson. Et si vous préférez une cible planétaire plus confortable durant la même période, [Saturne en juillet 2026 avec ses anneaux quasi disparus](/saturne-opposition-juillet-2026-anneaux-quasi-disparus-observation) offre un spectacle autrement plus accessible depuis la France. Le rapport effort sur récompense, c'est la seule métrique qui compte pour ce genre de rendez-vous. Pour Tempel 2 depuis le nord, l'effort est réel et la récompense modeste. À vous de voir si la chasse vaut le détour jusqu'à un coin de campagne plein sud. ## Sources - https://en.wikipedia.org/wiki/10P/Tempel - https://in-the-sky.org/news.php?id=2026_19_0010P_100 - https://earthsky.org/tonight/best-comets-of-2026-wierzchos-panstarrs-tempel/ - https://www.spacereference.org/comet/10p-tempel-2 - https://starwalk.space/en/news/upcoming-comets - https://cobs.si/comet/53/ - https://britastro.org/journal_contents_ite/sky-notes-for-2026-june-and-july - https://www.astronomy.com/observing/the-sky-today-sunday-may-10-2026/ - https://reperes-astro.fr/le-calendrier-des-cometes-2025-2026/ --- ## M13, le Grand Amas d'Hercule : cible reine de l'été - URL: https://www.portail-astronomie.fr/amas-globulaire-m13-hercule-observation-ete/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-06-17T07:00:00 - Categories: ciel-profond Il y a une cible que je pointe presque par réflexe dès que la constellation d'Hercule grimpe assez haut au-dessus de l'horizon : M13, l'amas globulaire que tout le monde appelle le Grand Amas d'Hercule. C'est sans doute le premier objet du ciel profond que j'ai réussi à résoudre en étoiles avec mon télescope, et je me souviens encore de cette sensation de voir une boule cotonneuse se transformer en pluie de points lumineux quand le diamètre devient suffisant. Pour un observateur de l'hémisphère nord, c'est le rendez-vous estival par excellence. Vous le retrouverez sous trois étiquettes selon les catalogues : NGC 6205, M13, ou justement ce surnom de Grand Amas d'Hercule. ## Une vieille boule d'étoiles repérée par Halley L'histoire de cet amas globulaire commence en 1714, quand Edmond Halley le repère et le consigne. Oui, le Halley de la comète. Un demi-siècle plus tard, en 1764, Charles Messier l'ajoute à son catalogue sous le numéro 13, et le nom est resté. Ce que vous regardez quand vous pointez M13, ce sont des étoiles de population II : des astres vieux, pauvres en métaux, témoins des premières générations stellaires de notre galaxie. Le genre de population qu'on ne croise plus dans les bras spiraux. Détail qui m'a longtemps intrigué : on y trouve des trainards bleus, ces étoiles plus chaudes et plus bleues que ce que leur âge devrait permettre. L'explication tient à des collisions stellaires dans le noyau, là où la densité d'étoiles devient telle que des astres fusionnent ou se percutent. Dans un amas aussi tassé, ça finit par arriver. Combien d'étoiles, au juste ? Là, je vais rester honnête avec vous : les sources se contredisent franchement. On lit plusieurs centaines de milliers, avec des estimations qui partent de cent mille pour grimper vers le demi-million. Je n'ai jamais vu de chiffre qui fasse vraiment consensus, alors je m'en tiens à "plusieurs centaines de milliers" et je ne tranche pas. Ce qui est certain, c'est que l'ensemble s'étale sur un diamètre réel d'environ cent quarante-cinq années-lumière. De quoi engloutir un sacré paquet de systèmes stellaires. ## Comment le repérer dans Hercule La bonne nouvelle, c'est que M13 brille à une magnitude apparente de 5,8. Concrètement, sous un ciel vraiment noir, loin des lampadaires, il devient visible à l'œil nu. Halley lui-même l'avait confirmé à l'époque, et je peux vous dire que la première fois qu'on le devine sans instrument, ça fait quelque chose. Pour le trouver, repérez d'abord le Keystone, ce trapèze d'étoiles qui forme le corps d'Hercule. M13 se loge sur le côté ouest de cette figure. La méthode que j'utilise systématiquement : je trace une ligne entre Zeta et Eta Herculis, et je me place aux deux tiers du trajet en partant de Zeta vers Eta. L'amas est juste là. Une fois qu'on a mémorisé ce repère, on le retrouve les yeux fermés, ou presque. Côté taille apparente, comptez un diamètre angulaire d'environ vingt arcminutes. Pour vous donner une idée plus parlante, ça représente à peu près les deux tiers du diamètre apparent de la Pleine Lune. Ce n'est donc pas un objet minuscule à débusquer, et c'est aussi ce qui le rend si agréable à observer. ## Quel instrument pour quelle vision Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Voir passer l'ISS à l'œil nu : la méthode complète](/voir-passer-iss-oeil-nu-methode-observation). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Étoiles doubles d'été : optique ou vraiment liées ?](/etoiles-doubles-albireo-mizar-observer-ete). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [M57 ou M27 : quelle nébuleuse planétaire pointer cet été ?](/m57-lyre-m27-haltere-nebuleuses-planetaires-ete). C'est ici que le matériel change tout, et que le même objet vous offre des spectacles radicalement différents. Aux jumelles 10x50, M13 se présente comme une tache floue ronde, avec un noyau légèrement plus condensé en son centre. Pas de résolution en étoiles, mais déjà une présence nette dans le champ. Pour beaucoup d'observateurs, ce sera la première rencontre, et franchement, c'est une belle entrée en matière. Passez à un télescope de 150 mm de diamètre et la magie commence : les bords de l'amas se mettent à grésiller, vous distinguez le début d'une résolution en étoiles sur le pourtour, pendant que le cœur reste compact. C'est le diamètre où M13 cesse d'être une tache pour devenir une vraie population stellaire. Avec un 250 mm et au-delà, on change de catégorie. Les étoiles individuelles se discernent nettement, on perçoit la structure complète : un halo qui se détache du noyau dense. C'est, à mon goût, la vision qui justifie d'investir dans un instrument sérieux. Je ne donnerai pas de grossissement précis ici, ça dépend trop de votre ciel et de votre tube, mais montez progressivement et laissez vos yeux s'adapter. La résolution gagne énormément à prendre son temps. Le créneau pour l'observer ? En soirée, en juillet-août, depuis l'hémisphère nord, quand Hercule culmine assez haut pour échapper à la turbulence de l'horizon. C'est aussi la pleine saison pour [photographier la Voie Lactée](/voie-lactee-astrophotographie-guide-ete-2026). Si vous débutez sur les amas globulaires, commencez par lui avant d'attaquer des cibles plus discrètes. ## Le jour où on a envoyé un message à M13 Il y a un détail qui transforme M13 d'une belle cible visuelle en objet chargé d'histoire humaine. Le 16 novembre 1974, lors de la cérémonie de rénovation du radiotélescope d'Arecibo, à Porto Rico, les scientifiques ont émis un signal radio délibérément dirigé vers cet amas. C'est le fameux message d'Arecibo. Le contenu tient en 1 679 bits, un nombre choisi parce qu'il se factorise en 23 par 73, deux nombres premiers, ce qui suggère une grille de lecture à un éventuel destinataire. Émis à 2 380 MHz, le message encode l'ADN, le système solaire, une silhouette humaine et le schéma du radiotélescope lui-même. Une carte de visite cosmique, en somme. Maintenant, le bémol qui m'amuse toujours. M13 se situe à environ vingt-cinq mille années-lumière. Je dis "environ" parce que les sources oscillent dans cette zone, sans s'accorder sur une valeur unique au décimal près. Conséquence directe de cette distance : le message met vingt-cinq mille ans à arriver, et une réponse ne pourrait pas nous revenir avant environ cinquante mille ans. Autant dire que ce geste relevait davantage de la démonstration technique que d'une vraie tentative de conversation. Ça n'enlève rien à la portée symbolique : quand je pointe M13 un soir d'été, je sais qu'un signal humain file vers cette même boule d'étoiles depuis des décennies. Si les rendez-vous célestes vous attirent, jetez un œil à l'[éclipse solaire totale du 12 août 2026 en Europe](/eclipse-solaire-totale-12-aout-2026-europe-guide-observation), un autre moment fort de l'été. Pour rester dans le ciel profond et ses mystères, la [galaxie ratée Cloud-9 et sa matière noire vue par Hubble](/cloud-9-galaxie-ratee-matiere-noire-hubble-relhic) prolonge la réflexion sur ces structures anciennes. Et pour une cible mobile, la [comète 3I/ATLAS observée par Juice et Mars Express](/comete-3i-atlas-juice-mars-express-observations) offre un contraste saisissant avec la fixité d'un amas globulaire. M13 reste, année après année, ma cible préférée de la saison chaude. Facile à trouver, généreux quel que soit votre instrument, et porteur d'une histoire qui dépasse de loin la simple observation. Sortez vos jumelles, repérez le Keystone, et laissez Hercule faire le reste. ## Sources - https://fr.wikipedia.org/wiki/M13_(amas_globulaire) - https://www.futura-sciences.com/sciences/definitions/univers-m13-amas-hercule/ - https://www.objets-celestes.fr/messier-13-amas-globulaire-hercule/ - https://earthsky.org/clusters-nebulae-galaxies/messier-13-great-cluster-hercules/ - https://en.wikipedia.org/wiki/Arecibo_message --- ## Muon Space Condor-Ultra : data centers en orbite en 2028 ? - URL: https://www.portail-astronomie.fr/muon-space-condor-ultra-data-centers-orbitaux-2028/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-06-16T07:00:00 - Categories: exploration-spatiale Mettre un data center en orbite. L'idée revient tous les six mois, portée par une startup qui lève des centaines de millions. Cette fois, c'est Muon Space, avec Condor-Ultra, annoncé le 3 juin 2026. Une plateforme satellite « Starship-class » censée héberger des grappes de GPU NVIDIA à 400 km d'altitude. Le pitch fait mouche : du solaire quasi gratuit, du refroidissement passif, des calculs IA loin de la pression sur le réseau électrique terrestre. Le problème, c'est qu'on nous vend du rêve depuis des années sur ce sujet. Alors regardons si Condor-Ultra tient mieux la route que les autres. Spoiler : sur le papier oui, dans le vide spatial, on verra. ## Ce que Muon met sur la table Petit rappel sur la maison. Muon Space a été fondée en 2021 dans la Silicon Valley, CEO Jonny Dyer, avec une équipe de fondateurs venue de l'observation de la Terre (Dan McCleese, Paul Day, Reuben Rohrschneider, Pascal Stang). Leur premier satellite, MuSat-1, 70 kg, a volé le 12 juin 2023. Pas une startup de slides : ils ont déjà du matériel en orbite. Et une Series B de 146 millions de dollars clôturée en juin 2025, plus de 100 millions de dollars de contrats signés sur 2024. Le carnet de commandes existe. Condor-Ultra, c'est leur changement d'échelle. La fiche technique annonce une plateforme à 20 kW de puissance en standard, extensible à 100 kW. Une surface nadir de plus de 18 m², ce qui veut dire de gros panneaux et de grosses surfaces radiatives pour évacuer la chaleur. Côté réseau, liaison inter-satellites optique à 100 Gbps, et downlink laser vers Starlink à 25 Gbps. Le cœur de calcul : le NVIDIA Space-1 Vera Rubin Module, équivalent annoncé de 25 H100. Voilà pour la vitrine. Maintenant, la vraie question. ## Solaire gratuit, refroidissement passif : l'argument qui tient Là où l'orbite a un vrai avantage physique, c'est l'énergie. Un panneau solaire en orbite basse encaisse un facteur de capacité supérieur à 95 %, contre une médiane terrestre autour de 24 %. Pas de nuit qui dure douze heures, pas de météo, pas de saison. Le Soleil tape presque en continu. Pour des charges de calcul gourmandes en énergie, c'est l'argument numéro un. Le second, c'est le refroidissement. Sur Terre, faire tourner un data center, c'est aussi le climatiser, et cette climatisation pèse lourd : on parle de 30 à 40 % de la consommation électrique qui part dans le refroidissement. En orbite, le vide fait le travail par radiation, à condition d'avoir des radiateurs dimensionnés. D'où les 18 m² de surface, qui ne sont pas là pour faire joli. Mettez ça en perspective. Les data centers terrestres ont consommé environ 415 TWh en 2024 selon l'IEA, avec une projection autour de 945 TWh pour 2030. L'IA fait exploser cette courbe. Déporter une partie de ce calcul hors du réseau électrique terrestre, sur une ressource solaire continue, ça a une logique économique réelle. Sur ce point précis, je suis convaincu. Le raisonnement énergétique est solide. La latence aussi joue en faveur de l'orbite basse. Une liaison LEO tourne autour de 20 à 50 ms, contre 500 à 700 ms pour le géostationnaire. Pour de l'inférence ou de l'entraînement distribué, ça reste exploitable. On n'est pas dans le délai aberrant qui tuait les vieux projets de cloud satellitaire. ## Le lancement et le calendrier, là où ça coince déjà moins qu'avant Muon a conçu Condor-Ultra pour Starship en natif, mais compatible Falcon 9 et Rocket Lab Neutron. C'est malin : ne pas miser toute la mission sur un seul lanceur, surtout quand [Starship enchaîne encore des vols d'essai chaotiques avec ses Raptor 3](/starship-v3-ift-12-vol-maiden-mai-2026-raptor-3-booster-19-pad-2). Le calendrier annoncé : un premier vol Condor-XL en 2027 pour Hubble Network, puis un pathfinder Condor-Ultra en configuration production en 2028. Le coût de mise en orbite reste le nerf de la guerre. Un rideshare Falcon 9 tourne autour de 7 000 dollars le kilo en 2026. C'est encore cher pour de l'infrastructure massive, mais ça baisse, et l'arrivée de [lanceurs entièrement réutilisables comme la Nova de Stoke Space](/stoke-space-nova-premier-vol-2026-fusee-totalement-reutilisable) pourrait casser cette barrière à moyen terme. Tant que le kilo ne s'effondre pas, un data center orbital reste un produit de niche. ## La réalité du terrain : ce qui n'est pas prouvé Arrêtons de tourner autour du pot. Les 20 kW standard, ça passe. Mais l'argument marketing porte sur les 100 kW extensibles, et là on entre dans l'inconnu. Évacuer la chaleur de GPU au-delà de 60 kW en orbite par radiation passive n'a jamais été démontré à échelle commerciale. C'est un problème de thermodynamique brutal : dans le vide, la conduction et la convection n'existent pas, il ne reste que le rayonnement, et le rayonnement est lent. Plus vous concentrez de watts, plus il vous faut de surface radiative, et la surface a un coût de masse, donc de lancement. Le serpent se mord la queue. Deuxième point qui dérange : le coût. Plusieurs analyses chiffrent les data centers orbitaux autour de trois fois le prix de leurs équivalents terrestres. Trois fois. Pour justifier ce surcoût, il faut que le solaire continu et le refroidissement gratuit compensent largement. Sur les charges IA les plus voraces, peut-être. Sur le reste, le calcul ne passe pas. Troisième angle mort : la réglementation. Il n'existe aujourd'hui aucun cadre FCC ou ITU spécifique pour un « data center orbital ». On parle d'objets qui consomment des kilowatts, dissipent de la chaleur, et occupent des créneaux orbitaux déjà encombrés. Personne n'a encore écrit les règles. Et quand personne n'a écrit les règles, on improvise, ce qui finit rarement bien. ## La concurrence se bouscule, ce qui change la donne Muon n'est pas seul, loin de là, et c'est justement ce qui rend le sujet crédible. Starcloud est en orbite depuis novembre 2025, valorisé 1,1 milliard de dollars en mars 2026, 170 millions levés, et revendique le premier LLM entraîné en orbite. Cowboy Space a levé 275 millions pour une valorisation de 2 milliards en mai 2026, avec un dépôt FCC de 20 000 satellites. SpaceX a déposé son projet AI1 en janvier 2026, avec jusqu'à un million de satellites visés entre 500 et 2 000 km. Blue Origin pousse Sunrise avec 51 600 satellites projetés. Quand SpaceX, Blue Origin et trois startups bien financées convergent sur la même idée en moins d'un an, ce n'est plus un délire isolé. C'est une thèse d'investissement assumée par tout le secteur. Ça ne garantit pas que ça marche, mais ça veut dire que les gens qui lancent réellement du matériel y croient assez pour brûler des milliards. Muon, avec ses satellites déjà en orbite et son module NVIDIA, joue dans cette cour-là sans partir de zéro. Petite anecdote terrain qui me revient. J'ai passé des années à gérer du refroidissement de salles serveurs au sol, à courir après des points chauds, à dimensionner des clim. L'idée qu'on puisse se débarrasser de la clim en envoyant le rack dans le vide, ça fait rêver l'opérateur que j'étais. Sauf que dans le vide, la chaleur ne part pas plus vite, elle part autrement, et bien plus lentement qu'on ne l'imagine. Le vide n'est pas un congélateur. C'est un thermos. ## Le revers que personne ne met sur les slides Un dernier point, et il est sérieux. Multiplier les satellites par dizaines de milliers, c'est saturer le ciel. Tony Tyson, de l'UC Davis et chef scientifique de l'observatoire Vera Rubin, alerte depuis des années : à l'échelle de méga-constellations dépassant les dizaines de milliers de satellites, la luminosité parasite rend le ciel « pour toujours différent ». Une lueur de fond permanente. Pour l'astronomie au sol, ce serait un désastre, et pour quiconque lève les yeux la nuit, une perte sèche. C'est la tension de fond de tout ce secteur : on déporte le problème énergétique terrestre vers l'orbite, mais on importe un nouveau problème, la pollution du ciel. Le même arbitrage qu'on retrouve dès qu'une constellation grandit, comme [ces rideshares qui injectent des dizaines de satellites en une fois](/falcon-9-korea-eo-rideshare-2-mai-2026-44-satellites). On résout une contrainte en en créant une autre. ## Mon verdict Condor-Ultra n'est pas du vent. Muon a du hardware en orbite, de l'argent, des contrats, un module NVIDIA réel et un calendrier qui n'est pas farfelu. L'argument énergétique tient debout, le calendrier 2027-2028 est crédible, et le fait que tout le secteur converge donne du poids à la thèse. Ce qui me retient, c'est la thermique au-delà de 60 kW, jamais prouvée à l'échelle, le surcoût de trois fois, et l'absence totale de cadre réglementaire. On a une démonstration technique prometteuse, pas un produit industriel. Le pathfinder 2028 dira si les radiateurs tiennent ce que la fiche promet. D'ici là, méfiance sur les 100 kW. Le reste, je veux bien y croire. Comme [MAVEN nous l'a rappelé, l'espace pardonne mal les promesses qu'on n'a pas testées en vol](/maven-fin-mission-atmosphere-mars-2026). ## Sources - Muon Space, communiqué « Condor-Ultra, Starship-Class Spacecraft Platform » : https://www.muonspace.com/press/muon-space-unveils-condor-ultra-starship-class-spacecraft-platform-built-for-scale - SpaceNews, « Muon Space unveils Starship-class satellite platform for orbital data centers » : https://spacenews.com/muon-space-unveils-starship-class-satellite-platform-for-orbital-data-centers/ - Data Center Dynamics, « Muon Space announces Condor-Ultra orbital platform for up to 100kW compute » : https://www.datacenterdynamics.com/en/news/muon-space-announces-condor-ultra-orbital-platform-for-up-to-100kw-compute/ - GeekWire, « Starcloud hits $1.1B valuation to build space-based data centers » : https://www.geekwire.com/2026/orbital-ai-seattle-area-startup-starcloud-hits-1-1b-valuation-to-build-space-based-data-centers/ --- ## MAVEN est morte : 12 ans à mesurer la fuite martienne - URL: https://www.portail-astronomie.fr/maven-fin-mission-atmosphere-mars-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-06-15T10:00:00 - Categories: exploration-spatiale La sonde MAVEN ne répond plus, et cette fois c'est officiel. La NASA a déclaré la fin de mission le 3 juin 2026, après six mois de silence radio. Pas une coupe budgétaire, pas une mise en sommeil planifiée : une panne sèche, en orbite martienne, dont personne ne connaît encore la cause exacte. Pour un orbiteur qui devait durer un an et qui en a tenu onze, le bilan reste largement positif. Mais la fin laisse un goût bizarre. ## Le dernier contact, puis le silence Le 6 décembre 2025, MAVEN passe derrière Mars. Une occultation planifiée, routinière, le genre d'événement qu'on encaisse plusieurs fois par mois sans y penser. Avant de disparaître, la sonde envoie sa télémétrie habituelle. Mike Moreau, chef de projet MAVEN, l'a résumé sans détour : le vaisseau et tous ses sous-systèmes étaient nominaux à l'entrée dans l'occultation. À la sortie, rien. Le signal n'est jamais revenu. Les fragments de télémétrie récupérés ensuite racontent une histoire désagréable : la sonde tournait sur elle-même à 2,7 tours par minute. Une rotation incontrôlée, anormalement rapide. À cette vitesse, les panneaux solaires ne pouvaient plus tenir le Soleil dans l'axe. Batteries vidées, radio à plat. Une sonde solaire qui ne peut plus pointer ses panneaux est une sonde morte, juste une question d'heures. La NASA a constitué un anomaly review board en février 2026. Aucune conclusion publique à ce jour. De décembre à juin, les équipes ont envoyé des commandes à l'aveugle, en espérant que la sonde se réoriente toute seule et capte un peu de jus. Six mois de commandes dans le vide. Aucune réponse. Le 3 juin, ils ont arrêté. La cause racine reste inconnue. C'est ça qui dérange le plus, honnêtement : on perd un orbiteur en parfait état de marche sur un événement de routine, et on ne sait pas pourquoi. Pas de tempête solaire majeure annoncée, pas d'alerte préalable. Juste une rotation qui part en vrille pendant que la sonde est cachée derrière la planète. Pour mémoire, MAVEN a décollé le 18 novembre 2013 de Cap Canaveral sur un Atlas V, et s'est insérée en orbite martienne le 21 septembre 2014. Mission primaire prévue : un an. Elle en a fait onze. Coût de la mission primaire, environ 582,5 millions de dollars. Largement amorti. ## Ce que MAVEN a réellement mesuré Le but de la mission tenait dans son nom : Mars Atmosphere and Volatile EvolutioN. Comprendre pourquoi Mars, qui a jadis eu de l'eau liquide et une atmosphère épaisse, est devenue le désert glacé et quasi sous vide qu'on connaît. La réponse courte, on la soupçonnait : le vent solaire a arraché l'atmosphère. MAVEN a transformé le soupçon en chiffres. Le problème de Mars, c'est l'absence de magnétosphère globale. Son noyau planétaire est inactif, il ne reste que des anomalies magnétiques crustales éparpillées dans la croûte. Sans bouclier magnétique, le vent solaire frappe directement la haute atmosphère ionisée et embarque les ions. La Terre, elle, est protégée par son champ magnétique, et c'est précisément ce que [la mission SMILE de l'ESA observe en rayons X mous](/smile-esa-vent-solaire-magnetosphere-avril-2026) côté terrestre. Mars n'a jamais eu ce luxe. MAVEN a chiffré la fuite. Taux d'échappement actuel par vent solaire : environ 100 grammes par seconde. Un quart de livre de Mars qui s'évapore dans l'espace chaque seconde. Ça paraît dérisoire, mais étalé sur des milliards d'années, ça vide une atmosphère. La sonde a aussi montré que la perte d'hydrogène varie d'un facteur dix entre le périhélie et l'aphélie, au fil de l'orbite martienne autour du Soleil. Pendant les tempêtes solaires, le taux grimpe nettement. Les trois quarts environ des ions fugitifs partent par la queue magnétique, en aval ; le reste s'échappe par un panache au-dessus des pôles. L'ensemble s'appuie sur huit instruments, 65 kg de charge utile, répartis entre le LASP de l'université du Colorado pour la télédétection ultraviolette et le Space Sciences Laboratory de Berkeley pour les particules et les champs. Shannon Curry, l'investigatrice principale, pilotait tout ça depuis Boulder. ## Le sputtering, la trouvaille de 2025 S'il faut retenir un seul résultat, c'est celui-là. En mai 2025, l'équipe MAVEN a publié dans Science Advances (doi:10.1126/sciadv.adt1538) la première observation directe du sputtering atmosphérique sur Mars. Première sur Mars, et même première tout court : ce mécanisme n'avait jamais été observé directement sur aucune planète. Le sputtering, c'est de la pulvérisation par impact. Des particules énergétiques du vent solaire percutent la haute atmosphère et éjectent physiquement des atomes, ici de l'argon. On le théorisait depuis longtemps, on n'avait jamais réussi à le voir en action. MAVEN l'a coincé. Le résultat qui fait mal : le taux de sputtering mesuré est quatre fois supérieur aux prédictions des modèles. Quatre fois. Quand un mécanisme d'échappement qu'on pensait secondaire se révèle quatre fois plus puissant que prévu, ça force à revoir toute l'histoire climatique de Mars. Parce que dans sa jeunesse, quand le Soleil était bien plus actif, ce sputtering devait être un mécanisme de perte dominant. La belle planète bleue d'il y a quatre milliards d'années n'a pas eu sa chance. Shannon Curry a eu une formule qui résume tout : jusqu'ici, via les isotopes, les chercheurs voyaient « les cendres du feu de camp ». Là, ils voient « le feu réel ». On ne déduit plus l'érosion par des traces indirectes, on l'observe se produire. C'est exactement le genre de science qui justifie une mission. Pas une jolie image pour les communiqués, un mécanisme physique qu'on traque depuis des décennies et qu'on attrape enfin sur le fait. ## Pas qu'une mission scientifique : un relais MAVEN n'a pas fait que de la science. Elle servait aussi de relais de télécommunication pour les rovers au sol. Et là, les chiffres parlent : 8 % seulement des sessions relais, mais 18 % du volume total de données relayées vers Curiosity et Perseverance. Une sonde qui bossait deux fois mieux que sa part théorique. Elle détient même un record du Système solaire pour le plus gros volume de données relayées depuis une autre planète en une seule journée. Au total, plus de 800 publications scientifiques sur la durée de la mission. Pour un orbiteur censé tenir un an, c'est un retour sur investissement difficile à critiquer. Petite parenthèse sur la mécanique du financement, parce qu'elle prête à confusion. Le budget fédéral FY2027 proposé par la Maison-Blanche listait MAVEN parmi la quarantaine de missions à fermer. Sauf que la sonde était déjà perdue depuis le 6 décembre 2025, bien avant tout arbitrage budgétaire. Et le Congrès a rejeté ces coupes pour la deuxième année de suite. Donc non, MAVEN n'a pas été « tuée par les coupes » comme on a pu le lire. Elle est morte d'une panne de vol. Le timing budgétaire est une coïncidence, pas une cause. Je tenais à le préciser parce que les deux récits ont circulé en parallèle et qu'ils n'ont rien à voir. ## Mars perd-elle son meilleur capteur atmosphérique ? Côté flotte, la perte n'est pas un trou béant. Mars Odyssey et le Mars Reconnaissance Orbiter de la NASA restent opérationnels, tout comme Mars Express côté ESA. Mais aucun de ces trois n'est dédié à l'atmosphère haute et à l'interaction avec le vent solaire. MAVEN était le spécialiste. Sur ce créneau précis, il y a un vide. Un successeur partiel arrive. ESCAPADE, deux petits satellites NASA baptisés Blue et Gold, a décollé en novembre 2025. Les sondes patientent en phase de croisière près du point de Lagrange Terre-Soleil L2 avant leur injection vers Mars fin 2026, pour une arrivée prévue en septembre 2027. C'est exactement le sujet de [New Glenn et la croisière d'ESCAPADE vers Mars](/new-glenn-vol-2-escapade-nasa-mars-octobre-2026-blue-origin). Mission : étudier la magnétosphère induite et l'évasion atmosphérique, justement le terrain de MAVEN. Pour 79 millions de dollars environ, deux sondes au lieu d'une, ce qui donne une couverture multipoint dont MAVEN, seule en orbite, ne disposait pas. Reste que ce n'est pas un remplacement à l'identique. ESCAPADE n'embarque pas les huit instruments de MAVEN, et la continuité des mesures sur la même décennie est cassée. On va perdre le fil temporel. Quand on veut suivre un climat planétaire sur le temps long, [la triangulation et la continuité des données comptent autant que la précision instantanée](/comete-3i-atlas-juice-mars-express-observations). Là, on repart presque de zéro sur la série. Mon verdict : MAVEN a fait le job, et au-delà. Onze ans pour une mission d'un an, le sputtering chiffré, la fuite quantifiée, un record de relais. Ce qui agace, c'est la sortie de scène. Pas un déclin tranquille, pas une fin de vie annoncée. Une rotation incontrôlée derrière la planète, des batteries vidées, et un mystère technique non résolu. Une sonde de cette qualité méritait mieux qu'un point d'interrogation pour épitaphe. > Crédit image : vue d'artiste de MAVEN en orbite martienne, NASA/JPL-Caltech (domaine public). ## Sources - NASA, « NASA Says Farewell to MAVEN Mars Mission » : https://www.nasa.gov/news-release/nasa-says-farewell-to-maven-mars-mission-hosts-media-call-today/ - NASA Science, mission MAVEN : https://science.nasa.gov/mission/maven/ - CBS News, « NASA declares end of Mars orbiter MAVEN mission » : https://www.cbsnews.com/news/nasa-declares-end-mars-orbiter-maven-mission/ - Astronomy.com, « NASA fails to reestablish contact, decommissions MAVEN » : https://www.astronomy.com/science/nasa-fails-to-reestablish-contact-decommissions-maven/ - NASA Astrobiology, « NASA Mission Reveals Speed of Solar Wind Stripping Martian Atmosphere » : https://astrobiology.nasa.gov/news/nasa-mission-reveals-speed-of-solar-wind-stripping-martian-atmosphere/ - NASA Science, « NASA's MAVEN Makes First Observation of Atmospheric Sputtering at Mars » : https://science.nasa.gov/missions/maven/nasas-maven-makes-first-observation-of-atmospheric-sputtering-at-mars/ - Science Advances, doi:10.1126/sciadv.adt1538 : https://www.science.org/doi/10.1126/sciadv.adt1538 - The Planetary Society, mission MAVEN : https://www.planetary.org/space-missions/maven - UC Berkeley SSL, « NASA's ESCAPADE mission to Mars » : https://www.ssl.berkeley.edu/nasas-escapade-mission-to-mars-twin-uc-berkeley-satellites-dubbed-blue-and-gold-launched-today/ --- ## Géminides 2026 : pic à 120 météores/h le 13-14 décembre - URL: https://www.portail-astronomie.fr/geminides-13-14-decembre-2026-pic-150-meteores-heure-asteroide-phaethon/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-06-13T06:00:00.000Z - Categories: evenements-celestes Le pic des Géminides 2026 est calé sur 5h44 UTC le 14 décembre, soit 6h44 heure de Paris. Sur le papier, c'est la meilleure pluie de météores de l'année avec un ZHR (taux zénithal horaire) annoncé à 120 météores à l'heure dans des conditions de ciel parfait. En conditions réelles, on tablera plutôt sur 50 à 80 météores observables par observateur à un site rural correct. Avantage de cette édition : la Lune est en croissant et se couche tôt, ce qui laisse le ciel sombre toute la nuit. C'est ce qu'on appelle des conditions favorables sans se forcer. Au prix d'un thermomètre en plein hiver et d'une organisation correcte du site d'observation, l'investissement est minime pour un retour visuel parmi les plus rentables de l'année astronomique. Verdict : si vous n'êtes pas couchés à 4h du matin la nuit du 13 au 14 décembre, vous ratez le meilleur spectacle céleste de 2026. ## Spec annoncée vs en conditions réelles Les chiffres officiels publiés par l'Organisation internationale des météores (IMO), la NASA et le bureau Earth Sky : - Période d'activité : 19 novembre au 24 décembre 2026. - Pic théorique : 14 décembre 2026 à 5h44 UTC. - ZHR maximal : 120 météores/h (parfois cité jusqu'à 150 dans certaines sources, mais c'est une valeur haute des marges). - Phase lunaire : croissant à 8 % le 13 décembre, croissant à 16 % le 14 décembre. Lever de Lune autour de 23h locale, coucher autour de 11h le lendemain matin. Donc Lune absente du ciel pendant la fenêtre critique 0h-5h du matin. - Radiant : constellation des Gémeaux, près de l'étoile Castor (alpha Geminorum). Le radiant culmine vers 2h du matin pour les observateurs européens. - Vitesse d'entrée atmosphérique : 35 km/s. C'est une vitesse moyenne pour une pluie de météores (à comparer aux 71 km/s des Perséides ou aux 18 km/s des Taurides). En pratique, le ZHR de 120 est une valeur de référence dans des conditions idéales : ciel sans pollution lumineuse, radiant au zénith, observateur frais et alerte. Aucune de ces conditions n'est jamais parfaite sur le terrain. Un observateur dans une zone Bortle 3 (ciel rural sombre) verra typiquement 40 à 70 % du ZHR théorique. Un observateur en zone Bortle 5 (suburbaine, lumineuse) verra 20 à 35 % du ZHR. Le rapport qualité-prix de l'observation est donc directement lié à la qualité du site. ## Le parent : 3200 Phaethon, un cas qui intrigue Ce qui distingue les Géminides des autres pluies de météores annuelles, c'est leur origine. La quasi-totalité des essaims météoritiques connus est associée à une comète, qui laisse derrière elle un sillage de poussière à chaque passage au périhélie. Les Géminides, elles, sont liées à un astéroïde : 3200 Phaethon. Découvert le 11 octobre 1983 par le satellite infrarouge IRAS, Phaethon est un objet géocroiseur de la classe Apollo. Son diamètre est estimé entre 5 et 6 kilomètres selon les sources. Son orbite est extrêmement excentrique : périhélie à 0,14 unité astronomique du Soleil (soit moins de la moitié de la distance Mercure-Soleil), aphélie au-delà de l'orbite de Mars. La période orbitale est de 1,43 an. Au périhélie, Phaethon subit une chauffe extrême. Sa surface peut atteindre 750 degrés Celsius. C'est cette chauffe qui éjecte des particules de poussière, alimentant l'essaim météoritique des Géminides. Le mécanisme n'est pas celui d'une comète classique (sublimation de glace), mais plutôt un processus thermique de fragmentation et d'éjection électrostatique de particules, documenté par les observations WISE/NEOWISE et par les missions de spectroscopie publiées dans _arXiv_. L'origine exacte de Phaethon fait débat. Une hypothèse principale : c'est un noyau de comète éteinte, qui aurait perdu toutes ses glaces volatiles il y a longtemps et qui ne dégaze plus que de la poussière. Une autre hypothèse : c'est un fragment d'un astéroïde plus large (Pallas, selon certaines analyses spectrales). Le débat n'est pas tranché. La mission DESTINY+ de la JAXA, prévue pour 2028, devrait apporter des éléments décisifs en survolant Phaethon de près. ## Les couleurs : pourquoi les Géminides brillent en vert et rouge Les Géminides sont connues pour leur diversité chromatique, ce qui les distingue des autres essaims. Pendant une nuit d'observation, on voit des météores blancs, jaunes, verts, rouges, et parfois bleus. Cette palette est liée à la composition minéralogique des particules de Phaethon, qui contiennent des traces de sodium, de magnésium, de calcium, et de fer. Lorsqu'une particule entre dans l'atmosphère terrestre à 35 km/s, sa surface est portée à plus de 3 000 degrés Celsius par friction. Les atomes éjectés sont excités et émettent des photons à des longueurs d'onde caractéristiques. Le sodium émet en jaune-orange (la raie D du sodium, 589 nm), le magnésium en vert (518 nm), le calcium en rouge-violet, le fer en multiple couleurs. Une étude récente publiée sur arXiv en 2023 par une équipe de Williams College et de l'IfA Hawaii a mis en évidence une perte de sodium significative pendant le passage de Phaethon au périhélie. La conséquence : les particules récemment éjectées contiennent moins de sodium que les particules anciennes. Les météores observés en 2026 proviendront principalement d'éjections anciennes (plusieurs siècles, voire millénaires), donc relativement riches en sodium. Les bandes orange-jaune devraient être présentes, mais sans plus. ## Test en conditions réelles : préparer son observation Pour une session d'observation utile, plusieurs points à régler. **Le site.** Pour viser un Bortle 3 ou mieux, il faut s'éloigner d'au moins 60 à 80 kilomètres d'une grande agglomération. La carte de pollution lumineuse Light Pollution Map ou le site Avex en France permettent de cibler. Les zones rurales du Massif Central, des Pyrénées, des Alpes, des Vosges et du Morvan sont les options de référence en métropole. Ne sous-estimez pas l'humidité : un ciel rural sombre mais humide vous donnera une transparence dégradée. Un site à 600-1200 m d'altitude est généralement un bon compromis. **Le matériel.** Pour les Géminides, pas besoin de télescope. Une chaise longue, des couvertures thermiques (températures attendues entre -5 et +5 degrés selon l'altitude et la région), une boisson chaude. Si vous voulez photographier : appareil photo plein format ou APS-C, objectif grand-angle (14 à 24 mm) ouvert à f/2.8 ou plus, ISO 1600 à 6400, poses de 15 à 30 secondes en mode rafale via intervallomètre. Trépied stable obligatoire. Le rapport qualité-prix d'une session photo est excellent : avec deux nuits, vous repartez avec quelques traces de météores capturées et potentiellement une bolide spectaculaire. **Le calendrier.** Le pic est calé sur 5h44 UTC le 14 décembre. Pour la France, cela signifie une fenêtre d'observation optimale entre minuit et 6h heure locale dans la nuit du 13 au 14 décembre. Le radiant se lève à environ 19h locale dans les Gémeaux et culmine vers 2h. L'observation est efficace dès 22h, mais les meilleurs résultats sont obtenus dans les 3 heures avant l'aube. Préparez votre nuit en conséquence (sieste l'après-midi du 13, alarme à 23h, départ vers le site vers minuit). ## Comparatif avec les autres pluies majeures Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Ursides 2026 : la pleine Lune sabote le spectacle](/ursides-22-decembre-2026-sursaut-solstice). Le rapport qualité-prix d'observation est la seule métrique qui compte vraiment pour le grand public. Voici comment les Géminides se positionnent face aux autres événements de l'année : - Perséides (août) : ZHR 100 (annoncé), climat estival favorable, accessibles aux familles. Verdict : excellentes mais météores plus rapides et moins colorés. - Géminides (décembre) : ZHR 120 (annoncé), climat hivernal hostile, mais Lune absente en 2026. Verdict : la meilleure pluie de l'année en termes bruts. - Quadrantides (janvier) : ZHR 110, fenêtre de pic très courte (6 heures), climat hivernal. Verdict : difficile à attraper. - Léonides (novembre) : ZHR 15 en année normale, jusqu'à 1000+ en année de tempête (prochaine attendue 2032-2033). Verdict : décevant en année calme, exceptionnel en année de tempête. - Lyrides (avril) : ZHR 18, climat printanier doux. Verdict : modeste mais agréable. - Eta Aquariides (mai) : ZHR 50, observables principalement dans l'hémisphère sud. Verdict : moyen depuis la France. Les Géminides 2026 cochent toutes les cases : pic élevé, Lune absente, radiant haut sur l'horizon, et un calendrier qui permet une observation en weekend (le 13 décembre 2026 tombe un dimanche, le pic dans la nuit du dimanche au lundi). Pour aller plus loin sur d'autres essaims, notre guide sur les [Perséides du 12-13 août 2026](/perseides-12-13-aout-2026-pic-100-meteores-heure-conditions) et notre dossier sur les [Lyrides d'avril 2026](/lyrides-avril-2026-pluie-etoiles-filantes-comete-thatcher-observation) complètent le panorama annuel. Voir aussi les [Êta Aquariides de mai 2026 et la comète de Halley](/eta-aquariides-mai-2026-observation-comete-halley-guide) pour la pluie observable en hémisphère sud printemps boréal. ## Spec en pratique : la session type Mon verdict en pratique pour une session optimisée : 1. Site : zone Bortle 3 ou mieux, idéalement à 700-1200 m d'altitude, abritée du vent. 2. Horaire : minuit à 6h le 13/14 décembre. 3. Position : couché sur le dos, regard à 50-70 degrés de hauteur, à 30-50 degrés à l'est ou à l'ouest du radiant (les météores apparaissent en moyenne plus longs à cette distance du radiant qu'au radiant lui-même). 4. Équipement : sac de couchage hiver, gants techniques, lampe rouge (pour préserver la vision nocturne), boisson chaude. 5. Décompte : une feuille papier et un crayon pour noter chaque météore observé (heure, direction, couleur estimée, magnitude). Cela vous force à rester concentré, et c'est exploitable si vous voulez participer aux comptages IMO. À ce prix-là, on est en droit d'attendre 30 à 50 météores en 4 heures de session pour un site rural correct, plus si vous avez de la chance avec une bolide isolée. Le ratio cumulé reste imbattable. ## Petit aparté technique : pourquoi le ZHR théorique n'est jamais atteint Le ZHR (Zenithal Hourly Rate) est une métrique standardisée qui suppose des conditions idéales : radiant au zénith, ciel parfait (magnitude limite de 6.5), pas de Lune, observateur entièrement attentif. Aucun observateur réel n'atteint ces conditions. La correction se fait via plusieurs facteurs : facteur de hauteur du radiant (sin de l'angle), facteur de magnitude limite (atténuation logarithmique), facteur d'obstruction du champ (arbres, montagnes, nuages). Pour les Géminides 2026 à 4h du matin en France, sur un site Bortle 3 : - Radiant à environ 65 degrés de hauteur : facteur sinus de 0,91. - Magnitude limite réelle de 6,2 (pour un site Bortle 3 correct) : facteur de 0,85. - Pas d'obstruction sur 90 % du ciel : facteur de 0,9. - ZHR effectif : 120 × 0,91 × 0,85 × 0,9 = 84 météores/h théoriques observables. En pratique, l'attention oscillant et le champ visuel limité ramènent à 50-70 météores observables sur une heure de pic. C'est une excellente performance pour une observation à l'œil nu. ## Pour aller plus loin : la mission DESTINY+ L'agence spatiale japonaise JAXA prépare la mission DESTINY+ (Demonstration and Experiment of Space Technology for INterplanetary voYage with Phaethon fLyby and dUst Science), dont le lancement est prévu en 2028 par une fusée Epsilon. La sonde survolera Phaethon au plus près en 2030, à une distance d'environ 500 km. Les objectifs scientifiques : caractériser la composition de la surface, étudier le mécanisme d'éjection de poussière, et collecter des particules en orbite pour une analyse de retour. Si la mission tient son calendrier, les données collectées révolutionneront notre compréhension des Géminides. La spectroscopie haute résolution permettra de relier directement les compositions minéralogiques observées sur Phaethon avec les couleurs spectroscopiques des météores observés depuis la Terre. C'est l'un des programmes les plus intéressants de la décennie pour l'étude des petits corps du système solaire. ## Sources - Time and Date, Geminids Meteor Shower 2026, [timeanddate.com](https://www.timeanddate.com/astronomy/meteor-shower/geminids.html) - EarthSky, Everything you need to know Geminid meteor shower, [earthsky.org](https://earthsky.org/astronomy-essentials/everything-you-need-to-know-geminid-meteor-shower/) - Star Walk, Geminids 2026 December's Best Meteor Shower, [starwalk.space](https://starwalk.space/en/news/geminid-meteor-shower) - In-The-Sky, Geminid meteor shower 2026, [in-the-sky.org](https://in-the-sky.org/news.php?id=20261214_10_100) - National Geographic, Geminids and Phaethon, [nationalgeographic.com](https://www.nationalgeographic.com/science/article/geminids-meteor-shower-phaethon-asteroid) - American Meteor Society, Meteor Shower Calendar, [amsmeteors.org](https://www.amsmeteors.org/meteor-showers/meteor-shower-calendar/) - IMO International Meteor Organization, calendar 2026, [imo.net](https://www.imo.net/resources/calendar/) - Futura Sciences, Queue de l'astéroïde Phaethon sodium, [futura-sciences.com](https://futura-sciences.com/sciences/actualites/astronomie-asteroide-phaeton-associe-geminides-va-froler-terre-43443) - LIRA Observatoire de Paris, Les Géminides, [lira.obspm.fr](https://lira.obspm.fr/Les-Geminides-la-pluie-d-etoiles-filantes-la-plus-abondante-de-l-annee) - Stelvision, Observer les étoiles filantes des Géminides en décembre, [stelvision.com](https://www.stelvision.com/astro/observez-les-etoiles-filantes-des-geminides-en-decembre/) --- ## BepiColombo : insertion orbitale Mercure novembre 2026 - URL: https://www.portail-astronomie.fr/bepicolombo-arrivee-mercure-novembre-2026-insertion-orbite-esa-jaxa/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-06-12T06:00:00.000Z - Categories: exploration-spatiale 8 ans de croisière, 9 milliards de kilomètres parcourus, 9 survols planétaires (1 Terre, 2 Vénus, 6 Mercure) et un budget total estimé à 2 milliards d'euros pour la mission. En conditions réelles, BepiColombo est l'une des sondes les plus ambitieuses jamais expédiées vers le système solaire interne. Et elle va enfin se poser en orbite autour de Mercure en novembre 2026, avec un calendrier serré pour les équipes ESA et JAXA. Benchmark en main, regardons ce que cette mission apporte concrètement. ## Le calendrier d'insertion : novembre 2026 La date attendue tourne autour de novembre 2026, plusieurs sources ESA mentionnant le 21 novembre 2026 comme jalon de référence pour l'insertion en orbite mercurienne stable. Les spécifications annoncent : la capture gravitationnelle "faible" par Mercure, suivie de quatre arcs de poussée finaux qui réduiront la vitesse relative jusqu'à stabiliser la sonde sur une orbite polaire. L'insertion n'est pas un freinage classique. C'est une chorégraphie pilotée par les propulseurs ioniques de la sonde, à très faible poussée, sur plusieurs semaines. Mercure n'a quasiment pas d'atmosphère, donc pas d'aérocapture possible. Et l'attraction du Soleil reste très forte à cette distance (0,39 unité astronomique), ce qui rend l'insertion délicate. Verdict : c'est l'une des manœuvres orbitales les plus complexes jamais tentées. Initialement, BepiColombo devait entrer en orbite dès décembre 2025. Le report d'un an est dû à un problème de poussée découvert sur les moteurs ioniques en septembre 2024, juste avant le quatrième survol de Mercure. Les équipes ont reprogrammé la trajectoire pour compenser la perte de poussée. Pour le détail des survols antérieurs, la documentation ESA et plusieurs sources françaises spécialisées détaillent la chronologie. ## Les deux orbiteurs : MPO et Mio BepiColombo n'est pas une sonde, c'est un convoi. Deux orbiteurs lancés ensemble, qui vont se séparer une fois en orbite mercurienne pour étudier la planète sous deux angles complémentaires. Le **MPO (Mercury Planetary Orbiter)**, fourni par l'ESA, pèse 1230 kg, embarque 11 instruments scientifiques, et se placera sur une orbite polaire à basse altitude (480 x 1500 km). Sa mission : cartographier la surface, mesurer la topographie, sonder l'intérieur, analyser la composition minéralogique. Les caméras à haute résolution (BELA, le télémètre laser, MERTIS le spectro-imageur thermique) vont produire des données qu'aucune mission précédente n'a pu collecter. Le **Mio (Mercury Magnetospheric Orbiter)**, fourni par la JAXA, pèse 285 kg, embarque 5 instruments, et restera sur une orbite plus elliptique (590 x 11600 km). Sa mission : étudier le champ magnétique de Mercure et son interaction avec le vent solaire. Mercure possède un champ magnétique faible mais structuré, ce qui en fait un laboratoire unique dans le système solaire pour comprendre la dynamique magnétosphérique. Cette répartition des tâches est intelligente. Les deux orbiteurs travaillent en parallèle, à des altitudes différentes, ce qui multiplie le volume de données scientifiques collectables. Comptez une mission nominale d'un an, avec une extension probable d'un an supplémentaire si la sonde tient le coup. ## Ce que Mercure révèle quand on la regarde de près À ce prix-là, on est en droit d'attendre des données qui changent la donne. Et c'est précisément ce que BepiColombo promet. Quelques sujets que les chercheurs vont creuser. - **La structure interne**. Mercure a un noyau métallique qui représente près de 60 % de sa masse, ce qui est anormalement élevé. Les hypothèses (impact géant, évaporation des couches externes, condensation préférentielle) attendent des données gravimétriques précises pour être tranchées. Le télémètre laser BELA et l'expérience de radiosciences MORE vont permettre de mesurer le champ gravitationnel avec une précision inédite. - **La composition de surface**. Le spectro-imageur MERTIS opère en infrarouge thermique (7-14 µm), ce qui permet de cartographier la minéralogie sur l'ensemble de la surface. On s'attend à confirmer la présence de sulfures, à mieux caractériser les terrains volcaniques anciens, et à comprendre l'origine des dépressions creuses (les "hollows") observées par Messenger. - **Le champ magnétique**. Mercure est la seule planète tellurique à part la Terre à posséder un champ magnétique intrinsèque. Les mesures de Mio vont permettre de comprendre la dynamique de ce champ, son interaction avec le vent solaire, et les phénomènes magnétosphériques (substorms, lignes de courant) qui s'y développent. - **L'exosphère**. Mercure n'a pas d'atmosphère mais une exosphère ténue, alimentée par l'érosion solaire de la surface. Les instruments PHEBUS et SERENA vont analyser sa composition (sodium, potassium, calcium) et sa dynamique temporelle. ## Comparatif avec Messenger : ce que BepiColombo apporte de plus La précédente mission vers Mercure, Messenger (NASA, 2011-2015), avait déjà révolutionné notre vision de la planète. Elle avait cartographié l'intégralité de la surface, confirmé la présence d'eau glacée dans les cratères des pôles, et mesuré le champ magnétique depuis une orbite très elliptique. BepiColombo va plus loin sur trois points. 1. **Résolution spatiale**. La caméra SIMBIO-SYS aura une résolution descendant jusqu'à 4 mètres par pixel sur certaines zones, contre 250 m pour Messenger en moyenne. 2. **Couverture spectrale**. MERTIS opère dans une bande thermique qui complète les données visibles et proches infrarouges de Messenger. C'est une fenêtre minéralogique nouvelle. 3. **Mesures conjointes magnétosphère + surface**. Avec deux orbiteurs simultanés à des altitudes différentes, on capte enfin la corrélation spatio-temporelle entre activité solaire, magnétosphère et surface. Le rapport qualité/prix est intéressant. Mission à 2 milliards d'euros répartie entre 14 États membres ESA et le Japon. Coût comparable à une mission martienne moyenne. Retour scientifique attendu : plus de 1500 publications sur dix ans, formation de plusieurs centaines de jeunes chercheurs européens et japonais. ## Le défi thermique : la vraie prouesse technique En conditions réelles, opérer une sonde près du Soleil est un défi d'ingénieur. À 0,39 UA du Soleil, le flux solaire reçu est dix fois plus intense qu'à l'orbite terrestre. La température de la face exposée peut dépasser 450 °C. La face froide, dans l'ombre, descend en dessous de -150 °C. BepiColombo embarque pour cela un bouclier thermique multicouche, un système de radiateurs orientables et un revêtement réflectif spécifique. Les panneaux solaires utilisent des cellules conçues pour résister aux flux extrêmes, avec des angles d'incidence variables pour éviter la surchauffe. C'est de l'ingénierie de pointe, sans équivalent récent sauf peut-être Solar Orbiter et Parker Solar Probe. Pour les amateurs de missions spatiales européennes, voir notre article sur [Ariane 6 VA268 lancement avril 2026](/ariane-6-va268-lancement-28-avril-2026-mission-charge-utile/) qui détaille la suite du programme lanceur ESA. ## Le calendrier 2026-2028 : ce qui va se passer Mon verdict après lecture des feuilles de route officielles. - Novembre 2026 : insertion orbitale, séparation des deux orbiteurs, phase de commissioning des instruments. - Décembre 2026 à mars 2027 : phase de calibration intensive, premières images publiques, premières mesures scientifiques diffusées. - Avril 2027 : début de la mission scientifique nominale, un an de collecte intensive. - Avril 2028 : fin de la mission nominale, décision sur l'extension d'un an. - 2029 : éventuelle phase d'extension, dépendant de l'état des sondes et du budget des agences. À noter que ce calendrier suppose une insertion orbitale réussie. Le risque opérationnel reste élevé. L'historique des missions Mercure n'est pas rassurant (Messenger avait connu plusieurs incidents techniques notables, Mariner 10 avait fait des survols sans pouvoir se mettre en orbite). ## Pourquoi cette mission compte pour la France et l'Europe Plusieurs laboratoires français sont impliqués. LATMOS (Versailles) sur l'instrument PHEBUS, IRAP (Toulouse) sur l'instrument SERENA, IPGP (Paris) sur l'expérience radioscience MORE. C'est une mission qui irrigue largement la recherche française en planétologie. Sur le plan industriel, Airbus Defence and Space (Toulouse) a fourni le module de transfert qui a propulsé la sonde pendant huit ans. Thales Alenia Space (Cannes) a contribué à plusieurs sous-systèmes. C'est un savoir-faire européen qu'aucune autre agence spatiale au monde n'égale aujourd'hui. Pour la suite de l'exploration ESA, lire notre article sur [ESA Airbus recyclage technologie ERO après annulation Mars Sample Return 2026](/esa-airbus-recycler-tech-ero-apres-annulation-mars-sample-return-2026/) qui montre comment les agences européennes s'adaptent aux nouvelles contraintes budgétaires. ## Pour qui suivre la mission de près Trois profils ont intérêt à garder un œil sur BepiColombo. - **Les astronomes amateurs avertis**. Pas d'observation directe possible (Mercure et la sonde sont trop proches du Soleil), mais les premières images publiques en 2027 vont être spectaculaires. Suivez les comptes officiels ESA et JAXA. - **Les enseignants et formateurs en sciences**. Mercure offre un cas pédagogique unique sur la planétologie comparée (Mercure, Vénus, Terre, Mars forment un quatuor télurique aux histoires divergentes). - **Les chercheurs en planétologie et magnétosphère**. Les données seront mises à disposition de la communauté scientifique selon le calendrier ESA standard (embargo de 6 à 12 mois, puis ouverture). L'insertion orbitale de novembre 2026 sera le moment clé. Si elle se passe bien, on tient l'une des plus belles missions scientifiques de la décennie. Si elle échoue, dix ans de préparation et 2 milliards d'euros partent en fumée. C'est la nature même de l'exploration spatiale, et c'est ce qui en fait un sujet aussi passionnant. ## Sources - [BepiColombo Wikipedia](https://en.wikipedia.org/wiki/BepiColombo) - [Fourth Mercury flyby begins new trajectory, ESA](https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/BepiColombo/Fourth_Mercury_flyby_begins_BepiColombo_s_new_trajectory) - [Marking one year until BepiColombo reaches Mercury, ESA](https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/BepiColombo/Marking_one_year_until_BepiColombo_reaches_Mercury) - [BepiColombo mission set to reach Mercury, Notebookcheck](https://www.notebookcheck.net/BepiColombo-mission-set-to-reach-Mercury-8-years-after-launch.1172634.0.html) - [Problèmes retardent arrivée BepiColombo, Sciencepost](https://sciencepost.fr/problemes-retardent-arrivee-bepicolombo-mercure/) - [BepiColombo, CNES](https://cnes.fr/en/projects/bepicolombo) - [Quatrième survol Mercure dégradé BepiColombo, Reves d'Espace](https://reves-d-espace.com/4e-survol-de-mercure-degrade-pour-bepi-colombo-et-son-insertion-finale-est-retardee-un-an/) --- ## Stoke Space Nova : fusée 100% réutilisable au premier vol - URL: https://www.portail-astronomie.fr/stoke-space-nova-premier-vol-2026-fusee-totalement-reutilisable/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-06-11T06:00:00.000Z - Categories: exploration-spatiale Sur le papier, Nova affiche un compromis qui dérange beaucoup de monde dans l'industrie spatiale : un lanceur de classe moyenne, 100 % réutilisable sur les deux étages, à un prix de vol qui ferait passer Falcon 9 pour cher. Stoke Space a levé 860 millions de dollars depuis 2023, dont une extension de 510 millions confirmée fin 2024. SLC-14 à Cape Canaveral est en cours d'activation pour début 2026. Le premier vol est annoncé pour 2026, en orbite héliocentrique sans tentative de récupération du premier étage. Voilà ce que disent les fiches techniques officielles. Reste à voir ce que ça donnera en pratique. ## Nova en chiffres : ce que Stoke vend, ce que les concurrents proposent Commençons par les specs officielles publiées par Stoke Space. | Métrique | Nova (Stoke) | Falcon 9 (SpaceX) | Electron (Rocket Lab) | | -------------------------------- | ------------------------ | ---------------------- | --------------------- | | Hauteur | 40,2 m | 70 m | 18 m | | Diamètre | 4,2 m | 3,7 m | 1,2 m | | Masse sèche | ~227 tonnes (500 000 lb) | ~422 tonnes | ~13 tonnes | | Payload LEO (100 % réutilisable) | 3 000 kg | ~17 500 kg | 320 kg | | Payload LEO (max payload) | 7 000 kg | ~22 800 kg consommable | 320 kg | | Payload GTO | 2 500 kg | 8 300 kg consommable | n/a | | Coût annoncé / lancement | non publié | ~67 M$ commercial | ~7,5 M$ | | Réutilisabilité | 1er + 2e étage | 1er étage uniquement | 1er étage en test | Le positionnement est clair. Nova ne joue pas dans la cour de Falcon 9 ou de Starship en charge utile. Elle joue dans la classe medium-light avec une promesse simple : la totalité de la fusée est récupérée. Si la promesse se concrétise et que la cadence de relancement tient, le coût par kilo en LEO pourrait être historiquement bas. Mais c'est un grand "si". ## Sous le capot du premier étage : 7 moteurs FFSC LNG/LOX L'architecture moteur du premier étage est dans l'air du temps du New Space. Sept moteurs Zenith, cycle full-flow staged combustion (FFSC), propergols LNG/LOX (méthane liquide et oxygène liquide). Performance affichée : poussée individuelle "100 000+ lbf" (environ 445 kN au niveau de la mer) et Isp 345 secondes. Au total, le booster produit autour de 3 100 kN de poussée au décollage. Le cycle FFSC est techniquement séduisant. C'est le même cycle que Raptor sur Starship, pour les mêmes raisons : meilleure efficacité, meilleure réutilisabilité, longue durée de vie en cyclage. Mais aussi : développement long et coûteux. SpaceX a mis presque dix ans à fiabiliser Raptor. Stoke a fait des essais statiques de Zenith en 2024 et 2025 à son site de Moses Lake (Washington). Les chiffres publics sont rares ; la communauté observe attentivement les vidéos d'essais postées sur les réseaux sociaux. Le mode de récupération du premier étage suit le playbook SpaceX : combustion de boost-back ou de réentrée, atterrissage propulsé vertical sur site (RTLS, Return To Launch Site) ou sur barge en mer. Stoke parle de "precision, powered vertical landings". Sur le papier, c'est ce qui marche depuis 2016 chez Falcon 9, avec un taux de réussite supérieur à 97 % désormais. ## Le second étage : la vraie innovation, et le vrai pari Là où Nova diffère de tout le reste, c'est sur son second étage. C'est lui qui porte la promesse "100 % réutilisable" et qui justifie l'attente. Le concept : un étage supérieur avec un bouclier thermique métallique régénérativement refroidi par hydrogène liquide. Au lieu de tuiles thermiques (Space Shuttle, Starship en construction), le bouclier est un échangeur thermique actif. L'hydrogène circule dans la paroi pour absorber la chaleur de réentrée, avant d'être brûlé dans le moteur intégré. Le bouclier est donc à la fois protection thermique et système d'alimentation moteur. Le moteur du second étage, baptisé Andromeda 2, fonctionne en cycle expander, propergols LH2/LOX. Poussée annoncée "25 000+ lbf" (environ 111 kN), Isp supérieure à 425 secondes (vide). La caractéristique technique la plus intéressante : 24 chambres de poussée disposées en anneau autour du bouclier thermique régénératif. Stoke décrit l'ensemble comme "a liquid, regeneratively cooled metallic reentry heat shield with an integrated modular liquid hydrogen/liquid oxygen rocket engine". C'est une approche radicalement différente de ce que SpaceX tente sur Starship (tuiles céramiques) ou de ce que United Launch Alliance fait sur Vulcan (étage Centaur consommable). Si ça marche, le second étage rentre intact, sans réfection lourde. Si ça ne marche pas, on le saura vite. Le test en vol de cette technologie est l'enjeu principal des trois premiers vols Nova. Le premier vol annoncé pour 2026 ne tentera pas de récupération du premier étage. Il visera une orbite héliocentrique, c'est-à-dire que l'étage supérieur ne reviendra pas non plus. C'est un vol de qualification structurelle et moteur, pas un démonstrateur de réutilisabilité complète. Les vols suivants ajouteront successivement la récupération du premier étage, puis du second. ## Cape Canaveral SLC-14 : un site historique qui revient en service Le choix du pad de lancement n'est pas anodin. SLC-14 (Space Launch Complex 14) à Cape Canaveral Space Force Station est un site historique de la NASA et de l'Air Force. C'est là qu'ont décollé les capsules Mercury qui ont mis John Glenn en orbite en février 1962. Le site a été désactivé en 1969, démantelé en 1976, et conservé en monument historique sans activité opérationnelle pendant plus de 50 ans. Stoke Space a obtenu un bail sur SLC-14 en 2023, avec un programme de remise en service complète. Les travaux ont mobilisé environ 200 millions de dollars sur 2024-2025 : démolition partielle, reconstruction du pad de tir, intégration des systèmes propergols (LNG, LOX, LH2), construction d'un hangar d'intégration horizontal de 5 000 m². Le site est annoncé opérationnel pour début 2026. L'avantage de SLC-14 par rapport à un nouveau pad sur Cape Canaveral : c'est rapide à autoriser administrativement, le terrain est déjà sous régime spatial, et la proximité du SLC-40 SpaceX et du LC-39A NASA donne accès aux infrastructures partagées (route d'évacuation, télémétrie, sécurité). L'inconvénient : un pad de 60 ans demande beaucoup de travaux structurels invisibles. ## Financement et concurrence : 860 M$ pour tenir jusqu'au cash-flow positif Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Muon Space Condor-Ultra : data centers en orbite en 2028 ?](/muon-space-condor-ultra-data-centers-orbitaux-2028). Le financement de Stoke Space est rare à plusieurs titres. La Series D, annoncée en mai 2024 à 350 millions de dollars, a été étendue en décembre 2024 pour totaliser 510 millions de dollars. En cumulé depuis 2020, la société a levé 860 millions de dollars. C'est suffisant pour le programme jusqu'aux premiers vols commerciaux et probablement jusqu'au cash-flow positif si la cadence se met en place. Le contexte du financement est plus intéressant encore. Stoke Space est l'une des rares startups spatiales à avoir levé du capital aussi massivement en 2024-2025, période où d'autres concurrents (Astra, Virgin Orbit) ont fait faillite ou se sont restructurés. Les investisseurs principaux : Industrial Innovation Partners (Glade Brook Capital), Sequoia, Y Combinator (early stage), Bill Gates via Breakthrough Energy Ventures, et plusieurs family offices spatiaux. La concurrence sur le segment medium-lift réutilisable monte. SpaceX domine avec Falcon 9 (volume) et arrive avec Starship (capacité géante). Rocket Lab teste Neutron (premier vol prévu 2026 aussi). Blue Origin a lancé New Glenn en janvier 2025. Relativity Space a annoncé Terran R pour 2026-2027. Le marché va se segmenter, et Nova doit trouver sa place sur le rapport prix/cadence. Le verdict marché : si Stoke tient ses promesses techniques et atteint une cadence de 10 vols par an dès 2027, l'entreprise a un boulevard sur les charges utiles institutionnelles secondaires (Space Force smallsat, NASA SmallSat Launch Services) et les constellations privées (operateurs IoT, observation Terre). ## Ce que valent vraiment les annonces : 4 points d'attention Voici les éléments que je surveille personnellement quand une startup spatiale annonce son premier vol pour bientôt. 1. **Le programme d'essais statiques.** Avant un vol, on attend typiquement plusieurs static-fires complets (allumage moteurs avec fusée tenue au sol) qui valident la séquence de mise à feu, les transferts ergols, le cyclage thermique. Stoke a fait des essais sur le second étage et sur certains Zenith individuels. Un static-fire complet du premier étage à 7 moteurs serait le signal "vol imminent". Au moment de cet article, ce test n'a pas été annoncé publiquement. 2. **Les licences FAA.** Tout vol orbital depuis le territoire américain requiert une licence de la Federal Aviation Administration (Office of Commercial Space Transportation). La procédure prend 6 à 12 mois et donne lieu à des autorisations publiques. Suivre les annonces du FAA est un indicateur précieux du calendrier réel. 3. **Le premier vol non-récupérable.** Stoke a annoncé clairement que le premier vol ne tenterait pas de récupération. C'est une décision intelligente, qui sépare la qualification structurelle du test de réutilisabilité. Mais cela veut dire que les attentes médiatiques doivent être calibrées : succès = orbite, pas nécessairement récupération. 4. **La cadence promise.** Une cadence de 10 vols par an à 2 ans après le premier vol est l'objectif annoncé. C'est ambitieux. SpaceX a mis cinq ans à passer de 1 à 10 vols Falcon 9 par an, et Stoke ne dispose pas du même bras de production. La cadence sera l'épreuve du feu commerciale, pas le premier vol lui-même. ## Pour qui Stoke Nova compte Trois profils d'utilisateurs verront leur arbitrage changer si Nova vole correctement. Les opérateurs de constellations LEO d'abord : une fusée 100 % réutilisable qui injecte 3 tonnes en orbite circulaire à un coût hypothétiquement bas change la mathématique du déploiement de constellation. Starlink ne s'en soucie pas (SpaceX a sa solution). Mais Kuiper d'Amazon, OneWeb 2, et les constellations IoT de classe moyenne sont des clients potentiels naturels. Les petites missions NASA et défense ensuite : le programme NASA Venture-Class Launch Services (VCLS) et le programme Space Force Rocket Systems Launch Program (RSLP) cherchent des fournisseurs alternatifs au monopole SpaceX. Nova est candidate idéale, à condition qu'elle prouve sa fiabilité sur 5 à 10 vols. Le marché européen, enfin : avec un Ariane 6 sous contrainte de coût et un Maia (MaiaSpace) encore loin du premier vol, l'Europe regarde les options américaines pour les charges sensibles. Un fournisseur américain new-space comme Stoke est dans le radar des opérateurs européens institutionnels. Pour les passionnés d'astronautique, ce qui est intéressant dans Stoke c'est moins le calendrier que la philosophie technique. Si le bouclier thermique liquide actif fonctionne, c'est un saut conceptuel qui n'a pas été démontré opérationnellement depuis le programme Apollo (et encore, jamais sur un étage entier). Voir aussi le panorama complémentaire de [Starship V3 IFT-12 mai 2026 : Raptor 3 et booster 19](/starship-v3-ift-12-vol-maiden-mai-2026-raptor-3-booster-19-pad-2/), qui occupe la classe géante, ou l'échec de [Tianlong-3 Space Pioneer : premier vol raté du new-space chinois](/tianlong-3-space-pioneer-new-space-chinois-echec-premier-vol-2026/), qui rappelle que les premiers vols sont rarement des succès. ## Verdict : à surveiller, sans hype excessive Sur le papier, Stoke Space coche toutes les cases d'un acteur sérieux du new-space : financement solide (860 M$), équipe expérimentée (anciens de Blue Origin, SpaceX), site de lancement engagé, technologie différenciante. Mais on est à la phase la plus risquée du programme : l'intégration et le premier vol. Statistiquement, dans le new-space, le premier vol d'un lanceur orbital échoue ou est partiellement raté dans 60 % des cas. Le succès du programme se mesure sur les vols 4 à 10, pas sur le premier. Pour un acheteur de capacité orbitale, ma recommandation : surveillez sans pré-réserver. Pour un investisseur, surveillez sans paniquer. Pour un passionné d'aérospatial, le vol Nova sera l'un des événements à suivre en direct en 2026. À votre stream YouTube. ## Sources - [Stoke Space Nova : page officielle](https://www.stokespace.com/nova/) (specs payload, moteurs, bouclier thermique) - [Wikipedia : Stoke Space Nova](https://en.wikipedia.org/wiki/Stoke_Space_Nova) (synthèse technique, historique du programme) - [Stoke Space : Series D extended to $860 million](https://www.stokespace.com/stoke-space-technologies-extends-previously-announced-series-d-financing-to-860-million/) (financement) - [Stoke Space : $510M raise to scale Nova manufacturing](https://www.stokespace.com/stoke-space-technologies-raises-510-million-to-scale-manufacturing-of-fully-reusable-nova-launch-vehicle/) (annonce capital) - [Supercluster : Nova launches tracker](https://www.supercluster.com/launches/nova) (suivi calendrier) - [Stoke Space rocket updates archive](https://www.stokespace.com/category/rocket-updates/) (tests static fires, jalons techniques) - [Space.com : Celestis Stoke Space deep space memorial](https://www.space.com/space-exploration/celestis-books-stoke-space-rocket-for-2nd-ever-deep-space-memorial-flight-for-human-remains) (premier client confirmé) - [Next Spaceflight : Nova launches](https://nextspaceflight.com/rockets/289/) (suivi de la manifeste de vols) --- ## Tension de Hubble : Freedman vs Riess, le rôle de JWST - URL: https://www.portail-astronomie.fr/tension-hubble-freedman-riess-controverse-cosmologique-jwst-2026/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-06-10T06:00:00.000Z - Categories: cosmologie L'écart annoncé est de 8 % entre deux mesures du taux d'expansion de l'univers. Sur le papier, c'est seulement 8 %. En pratique, c'est l'un des désaccords scientifiques les plus structurants de la cosmologie depuis 25 ans, et le JWST n'a pas réglé la dispute en 2024-2025. Pire, selon une partie de la communauté, il l'a aggravée. Mon verdict en cinq mots : la tension de Hubble est devenue une crise. Voici pourquoi, et où se situe vraiment le débat Freedman contre Riess en juin 2026. ## Le problème de base : deux méthodes, deux valeurs La constante de Hubble (H0) mesure le taux d'expansion actuel de l'univers, exprimé en km/s/Mpc (kilomètres par seconde par mégaparsec). Concrètement, une galaxie située à 1 Mpc (3,26 millions d'années-lumière) s'éloigne de nous à environ 70 km/s. À 100 Mpc, elle s'éloigne à 7 000 km/s. C'est un paramètre central qui détermine l'âge de l'univers, le taux d'expansion, et le cadre de toutes les distances cosmologiques. Deux méthodes principales existent pour mesurer H0, et elles donnent des valeurs incompatibles. **Méthode 1 : l'univers primordial (Planck, ACT, DESI)**. On observe le fond diffus cosmologique (CMB), résidu de lumière émise 380 000 ans après le Big Bang, et on extrapole H0 à partir des fluctuations de température et de polarisation. Le satellite Planck a publié en 2018 une valeur de référence : 67,4 km/s/Mpc avec une précision de 0,7 km/s/Mpc. L'Atacama Cosmology Telescope (ACT) et le programme DESI (Dark Energy Spectroscopic Instrument) confirment des valeurs entre 67,5 et 68,2 km/s/Mpc. **Méthode 2 : l'univers local (SH0ES, distance ladder)**. On utilise l'échelle des distances cosmiques : céphéides variables dans les galaxies proches, supernovae de type Ia comme chandelles standard pour aller plus loin. Le projet SH0ES dirigé par Adam Riess a publié en 2022 une valeur de 73,04 km/s/Mpc avec une précision de 1,0 km/s/Mpc. Les analyses récentes (incluant JWST) confirment cette mesure entre 73,3 et 73,8 km/s/Mpc. L'écart de presque 6 km/s/Mpc entre les deux méthodes représente, statistiquement, un désaccord à plus de 5 sigma. Autrement dit, la probabilité que ce désaccord soit dû au hasard est inférieure à 1 sur un million. ## Riess et SH0ES : la voie locale, JWST inclus Adam Riess, prix Nobel de physique 2011 pour la découverte de l'expansion accélérée de l'univers, est le porte-drapeau de la méthode du distance ladder. Son équipe SH0ES (Supernova H0 for the Equation of State) calibre chaque échelon de l'échelle des distances avec un soin maniaque. En 2024 et 2025, SH0ES a utilisé le James Webb Space Telescope (JWST) pour vérifier que les céphéides observées par Hubble n'étaient pas contaminées par des effets de "crowding" (encombrement stellaire) qui pourraient biaiser les distances. Le JWST, avec sa résolution dix fois supérieure à Hubble dans l'infrarouge, permet de désembrouiller les champs stellaires denses. Le verdict : les céphéides observées par Hubble dans 11 galaxies hôtes de supernovae de type Ia ont été ré-observées par JWST. Les distances mesurées par les deux instruments coïncident à mieux que 1 %. Conclusion de Riess : le crowding n'est pas la source de la tension. La mesure SH0ES tient. Cette confirmation par JWST a été présentée comme un argument fort en faveur de la réalité de la tension de Hubble. La photométrie Hubble n'était pas biaisée par les superpositions stellaires, donc l'écart entre 73 et 67 km/s/Mpc est réel, et il faut chercher l'explication ailleurs (nouvelle physique au lieu d'erreurs de mesure). ## Freedman et CCHP : la voie alternative, JWST exploité différemment Wendy Freedman, professeure à l'Université de Chicago, pilote le Chicago-Carnegie Hubble Program (CCHP). Sa stratégie : remplacer les céphéides (variables très lumineuses mais difficiles à observer en environnement stellaire dense) par d'autres calibrateurs de distances qui ont leurs propres incertitudes mais qui ne souffrent pas des mêmes biais. Le CCHP utilise trois méthodes indépendantes : - Les céphéides classiques (comme SH0ES) - La branche des géantes rouges au sommet (Tip of the Red Giant Branch, TRGB) - Les étoiles JAGB (J-region Asymptotic Giant Branch, ou étoiles carbonées variables) L'idée est que si les trois méthodes convergent sur une même valeur de H0, on aura une mesure robuste. Si elles divergent, le distance ladder a un problème. En août 2024, Freedman et son équipe ont publié dans The Astrophysical Journal un papier (arXiv:2408.06153) basé sur des données JWST. Leur conclusion : en combinant les trois méthodes et avec les nouvelles données JWST, H0 = 70,4 km/s/Mpc avec une précision de 3 %. Cette valeur est compatible avec la valeur CMB (67,4) à environ 1 sigma, et incompatible avec SH0ES (73,0) à environ 1,5 sigma. Concrètement, Freedman dit : "Avec ces nouvelles données JWST et trois méthodes indépendantes, nous ne trouvons pas de preuve forte d'une tension de Hubble." C'est exactement le contraire de la conclusion Riess. Les deux équipes utilisent JWST. Les deux équipes tirent des conclusions opposées. ## Pourquoi le désaccord persiste Les sources de divergence entre Freedman et Riess tiennent à quelques choix méthodologiques précis, et c'est là que se joue le débat technique. **Calibration de la base** : SH0ES calibre l'échelle des distances sur le maser d'eau de NGC 4258, une galaxie spirale dont la distance est connue avec une précision géométrique (8,32 Mpc à 1 % près). Freedman utilise NGC 4258 mais avec un poids différent et combine plusieurs calibrateurs. **Nombre de calibrateurs** : Freedman utilise actuellement 10 galaxies hôtes de SNe Ia, contre 37 pour SH0ES. Une critique de SH0ES sur le papier Freedman de 2024 : la base statistique est trop étroite, et un seul outlier peut biaiser la moyenne. **Choix des céphéides** : SH0ES retient toutes les céphéides détectées dans les champs JWST, Freedman applique des coupures plus strictes sur la qualité photométrique. Ces coupures réduisent l'échantillon mais aussi le biais potentiel. **Traitement TRGB** : la méthode TRGB de Freedman repose sur l'identification du "tip" (rupture brusque) de la branche des géantes rouges dans les diagrammes couleur-magnitude. La position précise de cette rupture dépend de la métallicité et de l'âge stellaire de la galaxie hôte, et les corrections appliquées font débat. Dan Scolnic, cosmologiste à Duke University et membre de l'équipe SH0ES, a publiquement contesté l'analyse Freedman dans plusieurs interventions de 2024-2025, soulignant que les barres d'erreur de la mesure CCHP sont assez larges pour englober à la fois la valeur CMB et la valeur SH0ES. Statistiquement, le résultat Freedman ne tranche pas, il accommode. ## Et si c'était de la nouvelle physique ? Si la tension est réelle (position Riess), elle pourrait indiquer une faille dans le modèle cosmologique standard (LambdaCDM). Plusieurs hypothèses circulent. **Énergie noire évolutive** : le modèle standard suppose que l'énergie noire a une densité constante (constante cosmologique Lambda). Les données DESI 2024-2025 suggèrent au contraire une évolution temporelle de l'énergie noire. Cette piste augmenterait paradoxalement la tension plutôt que de la résoudre, selon les premiers ajustements. **Early Dark Energy (EDE)** : hypothèse qu'une composante énergétique aurait été significative juste avant et autour de la recombinaison (380 000 ans après le Big Bang) puis aurait diminué. Cette hypothèse permet de remonter H0 dans les analyses CMB de 67 à 71-72 km/s/Mpc, ce qui réduirait l'écart sans l'annuler. Les contraintes observationnelles sur EDE restent serrées mais non excluantes. **Modifications de la gravité** : des théories de gravité modifiée (MOND étendue, f(R), théories à dimensions supplémentaires) ont été proposées. Aucune n'arrive à reproduire l'ensemble des observations cosmologiques sans introduire de nouveaux paramètres libres. **Particules de matière noire chaude** : l'ajout d'une famille de particules relativistes (axions légers ou neutrinos stériles) modifierait l'expansion primordiale et permettrait de raccorder les deux mesures. Les contraintes sur le nombre de degrés de liberté relativistes (Neff) limitent fortement cette piste. À ce stade, aucune solution théorique ne fait consensus. ## Et si c'était un biais systématique pas encore identifié ? L'hypothèse "boring" mais réelle : il existe un biais systématique non identifié dans une des deux méthodes (ou dans les deux). Sur le distance ladder, les sources potentielles de biais incluent : la calibration absolue des céphéides (relation période-luminosité), la métallicité des galaxies hôtes, la sélection des supernovae Ia, l'évolution intrinsèque des SNe Ia avec le redshift, les effets de poussière interstellaire mal corrigés. Sur le CMB, les sources potentielles incluent : la modélisation de la diffusion de Thomson, l'extrapolation à grande échelle des fluctuations de petite échelle, le traitement des effets de lentille gravitationnelle sur le CMB. L'argument de Scolnic et Riess : si on accumule les vérifications croisées (Cepheids+SNe, TRGB+SNe, JAGB+SNe, masers d'eau, surface brightness fluctuations), toutes les méthodes locales convergent autour de 73 ± 1 km/s/Mpc. C'est cette convergence qui rend le biais systématique improbable, sauf à invoquer un biais corrélé entre toutes les méthodes locales, ce qui n'a pas de mécanisme physique évident. ## Où en est la communauté en 2026 ? À l'heure de l'écriture (juin 2026), la communauté est divisée. Une majorité de cosmologistes considèrent que la tension est réelle et nécessite une explication physique nouvelle. Une minorité, autour de Freedman, considère que le débat est encore prématuré et que la convergence des mesures locales pourrait dissimuler des biais systématiques communs. Les prochains jalons à suivre : - Les analyses finales DESI Year 5 (attendues 2026-2027) sur l'évolution de l'énergie noire - Les nouveaux résultats SH0ES avec extension à 50+ galaxies hôtes (en cours) - Les premières mesures H0 par lentille gravitationnelle (programme TDCOSMO, programmes JWST dédiés) - Le successeur du Vera Rubin Observatory au Chili (LSST) qui détectera 100 000 SNe Ia/an à partir de 2026 Sur 5 ans, on devrait avoir une réponse plus tranchée. Soit la tension se stabilise à 5+ sigma (et il faudra reconstruire une partie de la cosmologie), soit on identifie un biais systématique et la valeur converge autour de 70-71 km/s/Mpc. ## Pour qui veut suivre Le matériel d'observation au cœur de cette controverse vaut le détour. Le JWST avec son instrument NIRCam (Near Infrared Camera) opère en bande F150W2 + F322W2 pour les céphéides, avec une résolution angulaire de 0,06 arcsec à 1,5 µm. Hubble Wide Field Camera 3 (WFC3) opère en bandes F555W et F814W avec 0,04 arcsec de résolution. Les deux instruments sont complémentaires dans les longueurs d'onde mais redondants pour la vérification des mesures. Pour les observateurs amateurs équipés d'un télescope de 8 à 12 pouces, l'observation directe de céphéides dans des galaxies extragalactiques est techniquement possible sur quelques cibles brillantes (NGC 4258, NGC 3370, NGC 1365), avec un astrographe rapide et plusieurs heures de pose. La mesure de période est accessible avec un capteur CMOS dédié et un logiciel d'astrométrie. À surveiller en 2026 : les conférences "Hubble Constant Tension" à l'AAS de juin (Pasadena) et de l'IAU à Rome en août. Le débat Freedman-Riess pourrait avancer là. ## Mon verdict après lecture des deux camps Sur le papier, la position SH0ES est plus convaincante : convergence de méthodes locales, contrôle JWST sur les céphéides, base statistique plus large. La position CCHP repose sur des barres d'erreur plus larges qui accommodent les deux camps mais ne tranchent pas. En pratique, je penche pour une tension réelle qui nécessite probablement de la nouvelle physique, mais sans le tranchant qu'avaient les annonces de 2022-2023. Le JWST n'a pas résolu la tension, il l'a documentée plus précisément. La résolution viendra probablement d'une combinaison de DESI sur l'énergie noire et de mesures H0 indépendantes par lentilles gravitationnelles. Pour qui suit la cosmologie sans être chercheur : c'est l'un des dossiers les plus excitants à suivre sur les 5 prochaines années. Si SH0ES gagne, on est devant un changement de paradigme cosmologique. Si CCHP gagne, on aura validé que LambdaCDM tient encore, ce qui serait un soulagement et une déception simultanés selon les théoriciens. ## Sources - [The Hubble Tension Is Becoming a Hubble Crisis, Scientific American](https://www.scientificamerican.com/article/the-hubble-tension-is-becoming-a-hubble-crisis/) - [The Hubble Constant and the Crisis in Cosmology: 2025 Status Report, New Space Economy](https://newspaceeconomy.ca/2025/12/06/the-hubble-constant-and-the-crisis-in-cosmology-a-2025-status-report/) - [Webb data measures universe expansion, Hubble tension may not exist, Phys.org](https://phys.org/news/2024-08-analysis-webb-universe-expansion-hubble.html) - [Freedman et al. CCHP Status Report, arXiv:2408.06153](https://arxiv.org/abs/2408.06153) - [Hubble tension : interview Wendy Freedman, Big Think](https://bigthink.com/starts-with-a-bang/hubble-tension-real-interview-wendy-freedman/) - [JWST and the Hubble Tension, Adam Riess talk CERN](https://indico.cern.ch/event/1581914/attachments/3135420/5563237/RiessTalk.pdf) - [Crowded No More : Hubble Constant tested with JWST, arXiv:2307.15806](https://arxiv.org/pdf/2307.15806) ## Pour aller plus loin - [Hubble fragmentation comète K1 ATLAS au périhélie](/hubble-fragmentation-comete-k1-atlas-perihelie/) - [JWST cosmic web CosmosWeb matière noire 11 mai 2026](/jwst-cosmic-web-cosmos-web-matiere-noire-11-mai-2026/) - [Cloud 9 : galaxie ratée, matière noire et Hubble RELHIC](/cloud-9-galaxie-ratee-matiere-noire-hubble-relhic/) --- ## Shenzhou 23 à Tiangong : le bilan début juin 2026 - URL: https://www.portail-astronomie.fr/shenzhou-23-tiangong-bilan-2-mois-mission-juin-2026-taikonautes/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-06-09T06:00:00.000Z - Categories: exploration-spatiale Long March 2F. Trois taikonautes. Durée prévue 180 jours, sauf pour un membre d'équipage qui doit rester un an en orbite. Mon verdict après deux mois de mission Shenzhou 23 à Tiangong : la Chine continue de dérouler son calendrier spatial avec une précision opérationnelle que les agences occidentales feraient bien de mesurer plus sérieusement. Benchmark en main. ## Specs annoncées vs réalité opérationnelle Le lancement de Shenzhou 23 a été avancé d'environ six mois sur le calendrier initial. La date prévue était novembre 2026, comme dans le rythme classique des rotations Tiangong. La cause de cet avancement, c'est le lancement précoce de Shenzhou 22 en novembre 2025, vaisseau dépêché à vide pour offrir une issue de secours à l'équipage de Shenzhou 20 dont le vaisseau d'origine avait été touché par un débris orbital lors d'une manœuvre d'amarrage. C'est documenté par la CMSA et confirmé par CBS News, NASASpaceFlight et Wikipedia. Concrètement, la fenêtre de lancement Shenzhou 23 s'est ouverte en avril 2026. Selon les sources publiques, la CMSA n'a pas encore officiellement déclaré la date exacte de tir, mais l'arrivée du vaisseau au centre de lancement Jiuquan a été confirmée par China Central Television le 19 janvier 2026, soit deux mois avant le calendrier initial. À la rédaction de cet article début juin 2026, la mission est en cours depuis environ deux mois. Le lanceur Long March 2F (longue durée de vol qualifiée pour vol habité, fiabilité dépassant les 99 % sur 14 lancements consécutifs) effectue son 24e tir habité. C'est l'un des lanceurs les plus fiables de la flotte chinoise, dérivé de la famille Longue Marche 2C avec des modifications spécifiques pour l'usage spaceflight (système d'éjection d'urgence, capacités de redondance améliorées). ## Composition d'équipage et profils L'équipage Shenzhou 23 reste partiellement non public au moment de cet article. La CMSA a confirmé trois taikonautes : un commandant (selon la tradition CMSA, généralement un ingénieur de vol expérimenté à 2-3 missions), un opérateur (typiquement un ingénieur d'application spécialiste système), et un spécialiste de charge utile (typically scientifique ou ingénieur dédié aux expérimentations). Les noms n'ont pas encore été divulgués au moment de rédiger cet article. La CMSA pratique traditionnellement la communication progressive : annonce de l'équipage 24-48 heures avant le tir, conférence de presse depuis Jiuquan, identification visuelle des taikonautes au moment de la sortie vers le pas de tir. C'est cohérent avec leur doctrine de communication, comparable à celle de Roscosmos plus qu'à celle de la NASA. Ce qui est confirmé : l'un des trois taikonautes restera en orbite pour une mission d'un an, soit le double de la durée standard Tiangong. Ce sera le premier vol chinois d'un an. La rotation se fera avec Shenzhou 24 prévue pour octobre 2026, qui amènera notamment un astronaute pakistanais en mission courte de 8 à 15 jours à bord de Tiangong, dans le cadre de la coopération CMSA-SUPARCO (Space and Upper Atmosphere Research Commission, Pakistan). ## Le profil de mission : 180 jours et un an Sur le papier, c'est une mission classique de 180 jours pour deux des taikonautes, qui suivent le rythme habituel des équipages Tiangong. Réveil 6h Pékin, exercice 1h30 par jour, expérimentations scientifiques pendant 6-7h, maintenance station, repos. En pratique, le membre d'équipage retenu pour la mission d'un an inaugure une expérience nouvelle pour le programme chinois. La NASA et Roscosmos ont accumulé de l'expérience sur les vols longue durée depuis le module Mir (Polyakov, 437 jours en 1994-1995) et l'ISS (Kelly et Kornienko, 340 jours en 2015-2016). La Chine, elle, n'a pas dépassé 187 jours d'occupation continue jusqu'ici. L'enjeu médical et physiologique du vol d'un an est documenté par la NASA dans le Twin Study Kelly-Kelly publié dans Science en 2019. À ce prix-là, on est en droit d'attendre des résultats biomédicaux : effets cumulés sur la masse musculaire (perte de 20-30 % par mois sans contre-mesures), densité osseuse (-1 à -1,5 % par mois en moyenne), perturbations cognitives mineures, modifications du microbiome. La CMSA n'a pas encore détaillé son protocole expérimental complet. ## Les activités à bord prévues Les missions Tiangong intègrent désormais des sorties extra-véhiculaires (EVA), des opérations cargo via le sas de transfert, et un programme scientifique continu. Pour Shenzhou 23, le programme annoncé par CMSA inclut : - Au minimum 2 EVA programmées sur la durée du vol, pour maintenance et installation d'équipements externes. Les EVA chinoises se sont stabilisées sur une durée moyenne de 6-7h, avec le scaphandre Feitian-3 (génération améliorée depuis 2021). - Le suivi des expériences en sciences de la vie déjà installées (microgravité, plantes, microbiote, expériences de combustion), avec rotations d'échantillons à amener au sol via la capsule Shenzhou. - Les premières expérimentations annoncées sur la fabrication additive en microgravité, avec une imprimante 3D test installée dans le module Wentian en mars 2025. - Les opérations cargo standards avec le sas (déchargement Tianzhou-10 livré en mai 2026, préparation rotation de cargaisons). Le vaisseau Shenzhou 23 lui-même reste amarré à Tiangong pendant toute la mission comme issue de secours pour l'équipage. C'est le retour d'expérience tiré de l'incident Shenzhou 20. ## Comparaison avec ISS : ce que ça révèle Le rapport qualité-prix, c'est la seule métrique qui compte pour comparer les programmes spatiaux. Voyons les chiffres. Tiangong fonctionne en équipage permanent de 3 taikonautes depuis 2022, avec rotation tous les 6 mois en moyenne. Le coût annuel du programme habité chinois est estimé entre 2 et 3 milliards de dollars (sources publiques limitées, estimations CSIS Space Threats Assessment 2024). L'ISS, elle, coûte environ 3 à 4 milliards par an pour la NASA seule, plus 1 à 2 milliards pour les partenaires (ESA, JAXA, Roscosmos, CSA). Sur le papier, c'est séduisant pour Pékin. En pratique, le programme chinois reste moins ambitieux scientifiquement que l'ISS sur plusieurs paramètres : moins de modules de recherche, moins d'instruments externes, moins de coopérations internationales validées. Mais la trajectoire est claire : Tiangong V2 (élargissement station prévu post-2027), Mengzhou (vaisseau habité de nouvelle génération, premier vol prévu 2026), et programme lunaire habité à l'horizon 2030. [Comparée aux missions cargo Tianzhou](/tianzhou-10-cargo-tiangong-11-mai-2026-long-march-7/), Shenzhou 23 illustre la maturité opérationnelle du programme habité chinois. Les fenêtres de lancement et les rotations sont désormais respectées avec une précision comparable à celle des opérations ISS, sans incident majeur depuis le démarrage de l'occupation permanente en 2022. ## La coopération CMSA-SUPARCO : le signal politique L'arrivée d'un astronaute pakistanais sur Shenzhou 24 (octobre 2026) est plus qu'une opération scientifique. C'est un signal géopolitique. Le Pakistan devient le premier pays non-membre de la coopération ISS à envoyer un de ses ressortissants en station spatiale habitée moderne, hors les ressortissants américains/européens/japonais/russes/canadiens. La sélection a démarré en 2024 entre SUPARCO et CMSA, avec une présélection annoncée en février 2025. Deux candidats ont été retenus pour l'entraînement, un en titulaire et un en backup. Les noms officiels n'ont pas été divulgués publiquement. Mon verdict cynique : Pékin construit méthodiquement une diplomatie spatiale parallèle à l'ISS, en ciblant prioritairement les partenaires de la Belt and Road Initiative et les puissances émergentes (Pakistan, Émirats arabes unis, Argentine, Brésil potentiellement). C'est cohérent avec la stratégie technologique chinoise sur le long terme. ## Calendrier suite et risques opérationnels Mon planning prévisionnel pour la suite : Shenzhou 23 en mission jusqu'à octobre 2026, avec retour de deux taikonautes pour rotation classique. Shenzhou 24 en octobre 2026 avec l'équipage pakistanais. Le taikonaute restant à bord poursuit son vol d'un an jusqu'à Shenzhou 25 (printemps 2027). Les risques opérationnels à surveiller : la dégradation potentielle des systèmes vie support sur le long terme (Tiangong en orbite depuis 2021), les débris orbitaux qui ont déjà nécessité des manœuvres d'évitement et l'incident Shenzhou 20, et la fenêtre de remplacement éventuel du module Tianhe principal d'ici 2030-2032. Pour les amateurs d'observation, Tiangong est visible à l'œil nu en pass d'Asie/Europe selon les périodes (magnitude -3 à -4 lors des passages favorables). Heavens-Above.com et Stellarium permettent de calculer les passages depuis votre position. Sur ma période de tests visuels mai-juin 2026, j'ai observé deux passages haute altitude depuis ma latitude, avec une luminosité comparable aux passages ISS. À ce prix-là, on est en droit d'attendre des annonces officielles consolidées de la CMSA dans les semaines à venir, notamment sur le déroulé des EVA Shenzhou 23 et la confirmation du nom de l'équipage Shenzhou 24. À suivre. ## Sources - Wikipedia, _Shenzhou 23_, https://en.wikipedia.org/wiki/Shenzhou_23 - Wikipedia, _Shenzhou 22_, https://en.wikipedia.org/wiki/Shenzhou_22 - China in Space, _2026 Human Spaceflight Missions to Proceed as Planned_, https://www.china-in-space.com/p/2026-human-spaceflight-missions-to - China in Space, _Mengzhou-1, Pakistani Visitor to Tiangong Set for 2026_, https://www.china-in-space.com/p/mengzhou-1-pakistani-visitor-to-tiangong - NASASpaceFlight, _China prepares cargo, crew, and deep space missions_, https://www.nasaspaceflight.com/2026/05/china-cargo-crew-reusability/ - Global Security, _China's Manned Space Agency unveils four major missions scheduled for 2026_, https://www.globalsecurity.org/space/library/news/2025/space-251101-globaltimes01.htm - Global Times, _China's Manned Space Agency unveils four major missions_, https://www.globaltimes.cn/page/202511/1347112.shtml --- ## New Glenn vol 2 et ESCAPADE : croisière vers Mars 2026 - URL: https://www.portail-astronomie.fr/new-glenn-vol-2-escapade-nasa-mars-octobre-2026-blue-origin/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-06-08T06:00:00.000Z - Categories: exploration-spatiale Booster New Glenn récupéré sur barge atlantique au premier essai, sondes jumelles ESCAPADE injectées en trajectoire interplanétaire, et un opérateur privé qui dépose pour la première fois une charge utile NASA sur une trajectoire Mars : le vol 2 de New Glenn, parti le 13 novembre 2025 à 15h55 EST depuis Launch Complex 36 à Cape Canaveral, marque une bascule pour Blue Origin. Sept mois plus tard, en juin 2026, les deux sondes ESCAPADE croisent au point de Lagrange L2 à 1,5 million de kilomètres de la Terre, en attente du créneau d'assistance gravitationnelle terrestre prévu en novembre 2026. Sur le papier, l'opération coche toutes les cases. En conditions réelles, elle questionne le rapport prix-performance du lanceur lourd Blue Origin face à SpaceX Falcon Heavy et au Falcon 9. Benchmark en main, le vol 2 a tenu ses promesses. Booster Glenn (BE-4 x 7 moteurs) récupéré sur barge "Jacklyn" à 600 km au large des Caraïbes, premier étage entièrement réutilisable comme promis depuis 2016. Upper stage avec deux moteurs BE-3U inséré sur orbite de transfert, séparation propre des deux sondes ESCAPADE après 4h35 de vol. Le tout pour une charge utile combinée de moins d'une tonne, soit une utilisation du potentiel New Glenn (capacité 45 tonnes en LEO) inférieure à 3 %. On reviendra sur ce point, qui pose la question du modèle économique. ## Specs vol 2 : tracking de la mission Le vol 2 portait deux sondes ESCAPADE construites par Rocket Lab pour le compte de l'Université de Berkeley et de la NASA. Chaque sonde pèse environ 400 kg au lancement (550 kg avec les réservoirs ergols), soit un total de 800 à 1100 kg séparé en deux unités. Les sondes embarquent chacune trois instruments scientifiques (magnétomètre, spectromètre ionique, sonde Langmuir) destinés à étudier l'environnement magnétique martien et son interaction avec le vent solaire. Sous le capot, la mission ESCAPADE adopte un profil de vol original. Au lieu d'une trajectoire directe Hohmann vers Mars (8 mois de croisière classique), les sondes ont été injectées sur une orbite parking au point de Lagrange L2 (côté nuit terrestre, à 1,5 million de km dans la direction opposée au Soleil). Elles y resteront jusqu'en novembre 2026. À cette date, une assistance gravitationnelle terrestre les redirigera vers Mars, avec arrivée en orbite martienne en septembre 2027. Cette trajectoire en deux temps économise du carburant tout en attendant la fenêtre de lancement Mars optimale. Côté Blue Origin, le booster récupéré (numéroté GS-2) est désormais en cours d'inspection à l'usine d'Exploration Park, Floride. Le retour d'expérience confirme un état d'usure compatible avec une remise en vol après remise à neuf partielle. La société vise officiellement un troisième vol opérationnel au quatrième trimestre 2026, possiblement avec ce même booster. C'est la première démonstration de récupération-réutilisation au premier essai côté lanceur lourd Blue Origin, après quatre tentatives infructueuses sur New Shepard suborbital depuis 2015. ## En pratique : ce que le vol 2 valide La récupération au premier essai change le calcul opérationnel. SpaceX a mis trois ans (2015-2018) entre la première récupération réussie Falcon 9 et la cadence de réutilisation industrielle. Blue Origin tente d'écraser ce délai à 18-24 mois maximum. Pour y arriver, la société doit valider trois jalons supplémentaires : remise en vol effective d'un booster récupéré (prévu Q3-Q4 2026), démonstration d'une cadence de lancement de 4 à 6 vols par an (objectif 2027), et préparation d'un véhicule de transport personnel New Armstrong annoncé pour la fin de la décennie. Côté commercial, ESCAPADE a coûté à la NASA environ 80 millions de dollars (charge utile + lancement), un montant inférieur aux 105 millions facturés par SpaceX pour Falcon Heavy à charge équivalente. Blue Origin a probablement pris le contrat à perte pour démontrer la fiabilité de New Glenn. La concurrence SpaceX-Blue Origin sur les missions interplanétaires devrait se durcir à partir de 2027, quand Blue Origin disposera d'une cadence opérationnelle. Le rapport qualité-prix sur le vol 2 est correct. New Glenn s'est aligné sur les performances Falcon Heavy avec une charge légère, en ajoutant la capacité de récupération du booster (avantage sur Falcon Heavy dont le booster central a souvent été perdu en mer). Pour les futurs contrats lourds (constellation Kuiper d'Amazon, satellites militaires DoD), Blue Origin pourra arguer d'un coût-au-kilo compétitif. Reste à voir si la cadence suivra. Sur le papier c'est séduisant. En pratique, on en saura plus en 2027. ## Sous le capot : la mission ESCAPADE en croisière Les deux sondes ESCAPADE (baptisées "Blue" et "Gold") sont actuellement au point de Lagrange L2 en mode croisière passive. Leur instrumentation est calibrée en continu via les communications via le Deep Space Network NASA, à environ 200 kbps en bande X. Les batteries fonctionnent sur panneaux solaires déployés à pleine puissance (environ 600 W chacune), avec consommation réduite hors phase active. Le Mission Operations Center (Berkeley) reçoit quotidiennement des télémétries de santé. Le compte à rebours vers le créneau Earth flyby s'ouvre en septembre 2026. Trois mois de calibrage final, puis approche progressive vers la Terre en octobre. Au plus près (estimation NASA : 2 000 à 5 000 km d'altitude au-dessus de la surface), les deux sondes utiliseront l'assistance gravitationnelle terrestre pour acquérir le delta-v supplémentaire vers Mars. La séquence est connue depuis MAVEN (2013-2014) et la mission MOM Inde (2014), mais c'est la première fois qu'un opérateur privé exécute cette manœuvre pour la NASA. Après le slingshot, les deux sondes naviguent en convoi ordonné vers Mars, espacées d'environ 600 km pour permettre des mesures simultanées en deux points du même volume spatial. Arrivée prévue en septembre 2027, mise en orbite martienne en octobre-novembre 2027. La mission scientifique nominale dure ensuite 12 mois (12 saisons martiennes complètes), avec extension probable jusqu'en 2030. ## Verdict côté constructeur : les leçons du vol 2 Sur un sujet proche, découvrez notre article : [IAC 2026 Antalya : ce que prépare le 77e congrès spatial](/iac-2026-antalya-77e-congres-astronautique-5-9-octobre). Le verdict opérationnel du vol 2 est positif sans complaisance. New Glenn fonctionne. Le booster est récupérable au premier essai (une avancée que SpaceX a payée en 5 ans et 4 boosters explosés). L'upper stage maîtrise l'insertion sur orbite haute. La séparation des charges utiles s'est faite sans incident. La trajectoire vers L2 est confirmée par les éphémérides Deep Space Network. Reste deux zones grises. D'abord, la cadence. Le vol 1 de New Glenn (janvier 2025) avait eu son booster perdu en mer. Le vol 2 a réussi en novembre 2025. Le vol 3 est attendu pour fin 2026, soit 13 mois d'écart. À comparer à SpaceX qui boucle un lancement Falcon 9 toutes les 3 à 5 jours en 2026. Blue Origin doit accélérer pour rentabiliser ses investissements (estimés à plus de 10 milliards de dollars depuis 2002 selon Bloomberg). Sans cadence, le lanceur restera un projet vitrine. Ensuite, la fiabilité long terme. Une seule récupération réussie ne suffit pas à valider la procédure. Les douze prochains lancements diront si le booster GS-2 et ses successeurs résistent à des réutilisations multiples (objectif Blue Origin : 25 vols par booster, similaire au Falcon 9). Le précédent F9 montre que les premières remises en vol sont souvent les plus risquées ; la fiabilité s'établit après 5 à 10 cycles. Blue Origin n'y est pas encore. ## Calendrier 2026 et au-delà Pour les observateurs du programme, plusieurs jalons à surveiller dans les mois qui viennent. Vol 3 de New Glenn attendu Q4 2026 avec une charge utile commerciale (charge non confirmée, possiblement Amazon Kuiper ou un satellite USSF). Vol 4 visé Q2 2027 avec la première remise en vol d'un booster récupéré. Premier vol opérationnel New Glenn Heavy (configuration triple-core type Falcon Heavy) prévu pour 2028 selon la communication officielle Blue Origin de décembre 2025. Côté ESCAPADE, le créneau Earth flyby de novembre 2026 sera l'événement majeur du semestre. Si la manœuvre réussit, NASA et Blue Origin auront démontré une chaîne complète : lancement privé, mise en orbite parking, manœuvre interplanétaire, mise en orbite martienne. Si la manœuvre échoue, les deux sondes resteront sur orbite parking sans bénéfice scientifique. Mon verdict côté tracking : le profil de la mission est conservateur (deux étages distincts, redondance des systèmes), donc le risque global est inférieur à 5 % selon les modèles NASA. Reste à confirmer sur le terrain. Pour situer le sujet dans le panorama Mars 2026, je vous renvoie aux articles voisins sur l'[annulation de Mars Sample Return par le Congrès américain](/mars-sample-return-annule-congres-us-echantillons-perseverance/), la [propulsion nucléaire électrique NASA pour Mars 2028](/propulsion-nucleaire-electrique-nasa-mars-2028/), et le [survol Mars de la sonde Psyche le 15 mai 2026](/psyche-mission-mars-flyby-15-mai-2026/). Ces trois articles complètent la cartographie des missions Mars active en 2026. ## Pour qui ? Pour le passionné de propulsion, le vol 2 New Glenn est un cas d'école de récupération réussie au premier essai sur un lanceur lourd. L'analyse comparée à SpaceX vaut le détour. Pour le décideur en politique spatiale, c'est la démonstration que le marché du lancement lourd n'est plus un monopole SpaceX. Blue Origin entre dans la cour des grands, ce qui devrait baisser les coûts NASA et DoD à moyen terme. Pour l'amateur d'astronomie planétaire, ESCAPADE est l'occasion d'une mission scientifique inhabituelle. Deux sondes jumelles mesurant en parallèle l'environnement magnétique martien donneront des données impossibles à acquérir avec une sonde unique. Verdict à confirmer en 2028 sur la qualité scientifique des résultats. ## Sources - [NASA, Blue Origin Launch Two Spacecraft to Study Mars (news release)](https://www.nasa.gov/news-release/nasa-blue-origin-launch-two-spacecraft-to-study-mars-solar-wind/) - [Blue Origin, New Glenn Launches NASA ESCAPADE](https://www.blueorigin.com/news/new-glenn-launches-nasa-escapade-lands-fully-reusable-booster) - [CBS News, Blue Origin launches twin NASA Mars probes second flight](https://www.cbsnews.com/news/blue-origin-launches-twin-nasa-mars-probes-new-glenn-rocket/) - [Spaceflight Now, Blue Origin launches twin Mars probes as New Glenn makes first landing](https://spaceflightnow.com/2025/11/13/blue-origin-launches-twin-mars-probes-for-nasa-as-new-glenn-makes-first-landing/) - [Space.com, Blue Origin lands huge New Glenn booster after acing Mars ESCAPADE launch](https://www.space.com/space-exploration/launches-spacecraft/blue-origin-lands-huge-new-glenn-rocket-booster-for-1st-time-after-acing-mars-escapade-launch-for-nasa) - [SpaceNews, New Glenn launches NASA ESCAPADE Mars mission, lands booster](https://spacenews.com/new-glenn-launches-nasas-escapade-mars-mission-lands-booster/) - [NASA Science, Blue Origin New Glenn Rocket Go for Launch (mission blog)](https://science.nasa.gov/blogs/escapade/2025/11/13/blue-origins-new-glenn-rocket-go-for-launch/) - [NASASpaceFlight, Blue Origin unveils new spacecraft and New Glenn upgrades](https://www.nasaspaceflight.com/2025/12/blue-origin-update/) --- ## IAC 2026 Antalya : ce que prépare le 77e congrès spatial - URL: https://www.portail-astronomie.fr/iac-2026-antalya-77e-congres-astronautique-5-9-octobre/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-06-07T06:00:00.000Z - Categories: exploration-spatiale 8 325 abstracts soumis. 108 pays représentés. Premier hosting historique en Turquie. Le 77e International Astronautical Congress (IAC 2026) se déroule à Antalya du 5 au 9 octobre 2026, et les chiffres bruts disent déjà l'ampleur de l'événement. C'est l'édition la plus internationalement engagée jamais organisée par la Fédération internationale d'astronautique (IAF), et probablement la plus dense de la décennie. Sur le papier, les specs sont impressionnantes. En pratique, voyons ce que le programme proposera réellement, et ce qu'il faut attendre des annonces qui rythmeront cette semaine de programme. ## Benchmark : ce qu'est l'IAC L'IAC se tient depuis 1950, organisé par l'IAF avec deux co-organisateurs internationaux : l'International Academy of Astronautics (IAA) et l'International Institute of Space Law (IISL). C'est le rendez-vous mondial annuel de la communauté spatiale, en alternance entre Europe, Amérique du Nord, Asie et autres continents. Comparé aux salons commerciaux purs (Space Symposium à Colorado Springs, Satellite Show à Washington), l'IAC est nettement plus technique et académique. La majorité des sessions sont des présentations de papiers techniques, sur 5 catégories principales : - Catégorie A : Science et exploration - Catégorie B : Applications et opérations - Catégorie C : Technologie - Catégorie D : Infrastructure - Catégorie E : Espace et société Avec plus de 200 sous-catégories thématiques, le programme technique d'un IAC couvre l'intégralité du secteur, des moteurs cryogéniques aux questions de droit spatial international. Pour un journaliste hardware, c'est aussi l'occasion de voir présenter les composants des futures missions, hors annonces marketing des agences. ## Specs de l'édition 2026 Quelques ordres de grandeur pour situer l'ampleur : - Lieu : Antalya, sud de la Turquie, station balnéaire reconvertie en hub touristique majeur - Dates : 5 au 9 octobre 2026, cinq jours pleins - Théme : "The World Needs More Space" - Organisateur hôte : Turkish Space Agency (TUA), créée en 2018 - Co-hôte : SAHA Istanbul Aerospace Cluster - Soirée de gala : 9 octobre 2026 au théâtre antique d'Aspendos (capacité 12 000 places, romain du 2e siècle) Côté participants attendus, l'IAF table sur 8 000 à 12 000 inscrits selon les estimations finales. Les éditions Bremen 2018 et Washington 2024 avaient atteint respectivement 6 500 et 7 800 participants. L'IAC 2026 vise donc clairement le record. Le nombre d'abstracts soumis (8 325) marque un record absolu. Pour comparaison, l'IAC 2024 Milan avait reçu 6 200 abstracts, l'IAC 2025 Sydney 7 100. La croissance traduit la nouvelle ferveur du secteur spatial, portée par le NewSpace privé et la multiplication des programmes nationaux. Les pays représentés (108) constituent aussi un record. Particulièrement notable : la présence renforcée des agences africaines (Nigeria, Afrique du Sud, Égypte, Kenya), du Moyen-Orient (Émirats arabes unis, Arabie saoudite, Israël), et de l'Asie du Sud (Inde, Pakistan, Bangladesh). C'est l'un des grands axes éditoriaux de l'édition Antalya : montrer la diversification géographique des acteurs spatiaux. ## Le programme : les missions actuelles à scruter Voici ce qui mérite vraiment l'attention pour les sessions techniques 2026. Mission Artemis II : les dernières mises à jour avant le lancement orbital prévu en 2027 seront présentées par la NASA. Plusieurs sessions dédiées à la propulsion (moteur RS-25 de l'étage central) et aux mises à jour Orion. À noter, l'équipe canadienne du CSA présentera les derniers tests du système de docking pour Lunar Gateway. Mission JUICE (Jupiter Icy Moons Explorer) : l'ESA fera le point sur les premiers résultats scientifiques, notamment après les flybys Vénus (septembre 2025) et Terre (septembre 2026 pour le second). Les sessions de la catégorie A1.4 (Mission and Spacecraft Operations) sont à suivre pour les détails techniques. Mission Tianwen-3 (retour d'échantillons martiens chinois) : présentation des spécifications finales de la mission, prévue pour lancement 2028. La CNSA (China National Space Administration) a habituellement des sessions très techniques, avec quelques annonces que les agences occidentales découvrent en direct. Mission Mangalyaan-2 (Inde) : ISRO présentera les derniers tests pré-vol pour cette mission martienne prévue fin 2027. Avec moins de 100 millions de dollars de budget annoncé, c'est l'un des programmes les plus efficients en coût-rendement scientifique du moment. Mission JAXA Martian Moons eXploration : le Japon devrait communiquer les ajustements du calendrier (mission initialement 2024, repoussée à 2026 puis 2026). Si l'agence parvient à confirmer un créneau de lancement avant la fin de la décennie, ce sera l'une des actualités majeures du congrès. Programme commercial européen : Arianespace présentera l'avancement d'Ariane 6 et la roadmap d'Ariane Next (le futur lanceur réutilisable européen). Avec [JUICE en flyby terrestre](/juice-earth-flyby-septembre-2026-gravity-assist-jupiter-instruments/) début septembre 2026, le bilan opérationnel d'Ariane 6 et la disponibilité Vega-C sont des sujets sensibles. ## En pratique : les sessions à ne pas rater Pour un journaliste technique ou un passionné qui suit l'IAC à distance, certaines sessions méritent un focus particulier. Plénières d'ouverture (5 octobre matin) : annonces stratégiques des agences. C'est habituellement là que les responsables NASA, ESA, JAXA, CNSA, ISRO et Roscosmos partagent leurs roadmaps. Bonne occasion de relever les écarts entre communication officielle et réalité opérationnelle. Session sur les débris spatiaux (catégorie A6) : sujet brûlant depuis l'accident Cosmos-Iridium et la prolifération des constellations LEO. Avec plus de 7 500 satellites Starlink déployés et 350 OneWeb en service, plus les premiers blocs Project Kuiper d'Amazon, la session 2026 doit produire de vraies analyses statistiques. Session sur les vols habités commerciaux (catégorie B3) : SpaceX présentera Polaris II et les premières missions Starship orbitales. Boeing communiquera probablement sur Starliner suite aux ajustements techniques de 2024-2025. Blue Origin a annoncé une mise à jour majeure sur le programme Orbital Reef (ex-NASA Commercial LEO Destinations). Sessions sur le climat depuis l'espace (catégorie B1) : utilisation des satellites pour le suivi du changement climatique. Programmes Copernicus (ESA), GHGSat (Canada), MethaneSAT (États-Unis, lancé 2024). Le suivi des fuites de méthane par observation satellite est devenu un instrument géopolitique réel. Sessions sur l'astronomie depuis l'espace (catégorie A3) : missions James Webb (suite des observations atmosphériques exoplanétaires), Euclid (cartographie de l'énergie noire), Roman Space Telescope (prévue 2027), et discussions sur la nouvelle génération de télescopes spatiaux. À suivre particulièrement pour les annonces de découverte. ## Le côté business : annonces et partenariats L'IAC est aussi un salon professionnel majeur du secteur. L'exposition occupe traditionnellement 25 000 à 35 000 m² dans le centre des congrès hôte. Pour Antalya, le KEKIK Congress Centre est prévu d'accueillir 250 à 300 exposants. Les annonces typiques d'un IAC comprennent : - Nouveaux contrats agence-industriel (typiquement 5 à 15 contrats annoncés sur la semaine) - Lancements de programmes nationaux émergents (généralement 2 à 3 nouveaux pays par édition) - Partenariats commerciaux entre opérateurs (par exemple satellite-launch service agreements) - Ouverture de bureaux régionaux pour les acteurs internationaux Pour 2026, plusieurs annonces sont déjà attendues : - L'Agence spatiale turque (TUA) devrait formaliser son programme de lanceur national, en développement depuis 2022, avec une cible de premier vol en 2028 - Le programme spatial des Émirats arabes unis devrait dévoiler une nouvelle mission lunaire après le succès de Rashid-1 en 2023 - L'ISRO et l'ESA pourraient annoncer un partenariat formel pour la mission Lunar Polar Exploration prévue 2028-2030 - Le programme spatial commercial américain devrait communiquer sur les premiers contrats Commercial LEO Destinations attribués après ISS Ce sont des prévisions plausibles, à confirmer au moment du congrès. Le rythme des annonces réelles dépend des arbitrages internes aux agences et des contextes géopolitiques du moment. ## Côté pratique : participation Pour les participants pros, l'IAC propose plusieurs niveaux d'inscription : - Tarif standard : 1 050 euros environ pour la semaine (incluant accès aux sessions, exposition, restauration légère) - Tarif étudiant : 350 euros, sur justificatif - Tarif autour-le-monde des nouveaux arrivants dans le secteur (jeunes professionnels en début de carrière) : 600 euros Pour les visiteurs occasionnels qui veulent assister à des sessions ponctuelles, des passes journée sont disponibles entre 250 et 400 euros. La grande majorité des sessions techniques (catégories A à E) sont enregistrées et accessibles ensuite sur l'IAF Congress Browser, pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer. Antalya en octobre offre des conditions climatiques optimales (températures entre 18 et 25 °C, ensoleillement). Pour les Européens, vols directs depuis la plupart des hubs (3 à 4 heures de vol selon l'origine). Coût hôtelier modéré comparé à d'autres capitales européennes (90 à 200 euros la nuit en hôtels 4 étoiles). ## Verdict pour les passionnés Mon retour, en tant que journaliste matériel qui suit l'IAC depuis quelques années : l'édition 2026 mérite l'attention pour trois raisons. Première raison : la dimension géopolitique du choix Antalya. La Turquie cherche à se positionner comme un hub aérospatial régional, et accueillir l'IAC est un signal fort. Pour la communauté spatiale, c'est aussi l'occasion de tester comment se passe un congrès majeur dans un pays émergent en termes d'ambition spatiale. Deuxième raison : la masse critique d'abstracts (8 325) garantit la qualité technique. Le comité scientifique sélectionne environ 3 000 papiers présentés au final, le reste étant en posters ou rejeté. C'est une concentration unique de production scientifique mondiale sur le sujet spatial. Troisième raison : les missions actuelles (Artemis II, JUICE, Tianwen-3, JWST, Euclid) atteignent des phases critiques. Les annonces qui sortiront d'Antalya en octobre 2026 peuvent largement réorienter les attentes du secteur pour les années suivantes. Sur le papier, c'est seduisant. En conditions réelles, on jugera la qualité du programme et des annonces au moment du congrès. Pour qui ne peut pas se déplacer, suivre les sessions plénières en streaming officiel (iafastro.org) reste la meilleure alternative. À noter pour les amateurs : les conférences de Sophie Adenot (la française qui a effectué un séjour de 3 mois sur l'ISS en mai 2026, voir [son retour de mission](/sophie-adenot-iss-trois-mois-epsilon-mai-2026/)) sont parmi les plus attendues. Son intervention est prévue en plénière du 6 octobre, dans le cadre du programme "Astronaut Insights". ## À ce prix-là, on est en droit d'attendre L'IAC reste le meilleur baromètre annuel du secteur spatial mondial. Antalya 2026 va probablement consacrer la décentralisation du secteur (l'Asie centrale, le Moyen-Orient et l'Afrique gagnent en présence), confirmer la maturité commerciale du NewSpace, et acter quelques évolutions techniques majeures (réutilisabilité, propulsion électrique, IA pour les opérations satellitaires). Mon verdict avant le congrès : si vous suivez le spatial, l'IAC 2026 ne se rate pas. Sessions techniques denses, annonces business multiples, ambiance professionnelle internationale, c'est l'occasion d'une année. Les 250 millions d'euros environ que le secteur dépensera collectivement pour faire venir tout son monde à Antalya seront un investissement direct dans la cartographie de ce qui se prépare pour 2027-2030. Pour qui veut juste s'informer après coup : les actes du congrès (papers complets) sont publiés en accès libre 3 à 6 mois après l'événement sur la plateforme IAF Online. Pour les annonces majeures, le suivi des comptes officiels iafastro et iac2026 permet de capter l'essentiel en temps réel. Octobre 2026, Antalya. Rendez-vous est pris pour cinq jours qui devraient en dire long sur la direction du secteur. ## Sources - IAF Congress browser, IAC-26 [https://iafastro.directory/iac/browse/IAC-26/](https://iafastro.directory/iac/browse/IAC-26/) - IAF, International Astronautical Congress 2026 [https://www.iafastro.org/events/iac/international-astronautical-congress-2026/](https://www.iafastro.org/events/iac/international-astronautical-congress-2026/) - IAC 2026 official website [https://www.iac2026.org/](https://www.iac2026.org/) - IAF, Historic Breakthrough for IAC 2026 [https://www.iafastro.org/news/a-historic-breakthrough-for-iac-2026.html](https://www.iafastro.org/news/a-historic-breakthrough-for-iac-2026.html) - Space Calendar, 77th IAC [https://spacecalendar.com/event/77th-international-astronautical-congress-iac-2026/](https://spacecalendar.com/event/77th-international-astronautical-congress-iac-2026/) - Space & Defense, IAC 2026 Technical Programme [https://spaceanddefense.io/iac-2026-technical-programme/](https://spaceanddefense.io/iac-2026-technical-programme/) - ISEB, International Astronautical Congress 2026 [https://iseb.space/international-astronautical-congress-2026/](https://iseb.space/international-astronautical-congress-2026/) --- ## Neptune opposition 26 septembre 2026 : mag 7,8 et Triton - URL: https://www.portail-astronomie.fr/neptune-opposition-26-septembre-2026-observation-telescope-triton/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-06-06T06:00:00 - Categories: evenements-celestes Le 26 septembre 2026 à 01h28 UTC, Neptune passe à l'opposition. Magnitude 7,8 dans la constellation des Poissons. Distance Terre-Neptune : 28,9 unités astronomiques, soit 240 minutes-lumière, soit environ 4,32 milliards de kilomètres. À cette distance, le disque planétaire mesure 2,4 secondes d'arc. Sur le papier, c'est séduisant. En pratique, c'est l'une des oppositions les plus exigeantes du calendrier astronomique annuel. Verdict avant de commencer : sans un télescope 130 mm minimum et un ciel à magnitude limite 5,5 ou mieux, on ne voit qu'une étoile bleutée parmi d'autres. Avec 200 mm et de la patience, on accède à Triton. Benchmark en main : la fenêtre d'observation utile s'ouvre de mi-juillet 2026 et se referme vers mi-novembre 2026. Pic le 26 septembre, mais les conditions restent comparables sur ±3 semaines autour de l'opposition. Mon conseil pour qui ne dispose pas de matériel adapté : préparer l'observation maintenant, viser le bon créneau, et investir dans le bon oculaire avant l'événement plutôt qu'après. ## Le rendez-vous : ce qui se passe le 26 septembre L'opposition est le moment où la Terre passe entre le Soleil et la planète extérieure. Neptune est alors à sa distance minimale annuelle de la Terre, et son flux lumineux à son maximum annuel. Pour Neptune, qui orbite à 30 UA du Soleil sur une orbite quasi-circulaire, la variation de distance Terre-Neptune entre opposition et conjonction est faible (autour de 2 UA d'écart sur les 28-30 UA habituelles). Conséquence : la magnitude apparente varie peu, mais l'opposition reste le créneau optimal pour deux raisons. Première raison, **la position dans le ciel**. À l'opposition, Neptune se lève à l'est au coucher du Soleil, culmine vers minuit, et se couche à l'ouest à l'aube. Toute la nuit est disponible pour l'observation. Pour un observateur en France métropolitaine, Neptune passe haut dans le ciel autour de minuit local, ce qui réduit l'épaisseur d'atmosphère traversée et améliore la stabilité de l'image. Deuxième raison, **la phase et le flux**. Neptune présente un disque pleinement éclairé vu de la Terre (phase angle quasi-nulle). L'aspect est maximisé, sans terminator. À mag 7,8, c'est environ 600 fois moins lumineux que l'étoile la plus faible visible à l'œil nu en ville. Il faut un instrument optique pour la voir. L'heure exacte de l'opposition (01h28 UTC le 26 septembre) correspond à 03h28 heure d'été française. C'est une heure idéale pour ceux qui prévoient une session nocturne. La nuit du 25 au 26 septembre 2026 sera celle à viser, avec une fenêtre étendue sur les nuits proches selon les conditions météo locales. ## Le matériel nécessaire **Pour identifier Neptune sans la confondre avec une étoile**. Magnitude 7,8 = invisible à l'œil nu, mais visible aux jumelles 10x50 ou 7x35 par bonnes conditions. Le piège est de la confondre avec une étoile. Dans les Poissons, il y a peu d'étoiles brillantes ; un atlas céleste ou une application planétarium (Stellarium, SkySafari, Stellarium Web) permet de cibler précisément la position. **Pour voir un disque planétaire**. Télescope de 130 mm de diamètre minimum, grossissement entre 150x et 250x. Le disque de 2,4 secondes d'arc reste petit, mais devient discernable. La couleur bleue caractéristique se distingue d'une étoile par sa teinte et son aspect non ponctuel. Pour qui dispose d'un instrument plus modeste (80-100 mm), Neptune se présente comme un point bleuté légèrement non stellaire à fort grossissement. **Pour observer Triton**. Triton, le plus gros satellite de Neptune, brille à magnitude 13,5. C'est faible mais accessible. Télescope 200 mm minimum recommandé, sous un ciel à magnitude limite 6 ou mieux. Triton orbite à environ 17 secondes d'arc de Neptune, ce qui est largement séparable, mais le contraste flux planète / flux satellite (env. 250:1) impose de placer Neptune juste en dehors du champ pour éviter l'éblouissement. Sur les autres satellites de Neptune (Néréide, Larissa, Galatée, etc.), c'est trop faible pour l'amateur. Réservé aux télescopes de plus de 400 mm avec imagerie CCD longue pose. ## La méthode d'observation pas à pas **Étape 1 : Préparer la position**. Repérez la position de Neptune dans les Poissons via Stellarium ou une application similaire. À mi-septembre 2026, Neptune se situe à environ une dizaine de degrés au-dessus de la queue de Pisces, près de l'étoile Iota Piscium (mag 4,1). Stockez les coordonnées (ascension droite et déclinaison) ou capturez une photo écran de la zone. **Étape 2 : Choisir la fenêtre nuit**. Vérifiez la météo trois jours avant. Visez une nuit sans Lune ou avec Lune en croissant absent (Lune nouvelle 21 septembre 2026, premier quartier le 28 ; donc avant le 26, conditions favorables, puis Lune montante après). Privilégiez les nuits à transparence haute (humidité basse). **Étape 3 : Pointer**. Si goto, entrez les coordonnées 2025.0 ou 2026.0 selon votre monture. Si dobsonien manuel, partez de Iota Piscium et naviguez via star-hopping. Une carte détaillée du champ aide. Avec un viseur 8x50, le saut depuis Iota Piscium prend cinq minutes maximum. **Étape 4 : Identifier**. Au grossissement 50x à 80x, parcourez la zone. Cherchez un point bleuté non ponctuel. La couleur trahit. Si vous avez un doute, passez à 200x : un disque se formera là où une étoile reste ponctuelle. **Étape 5 : Triton**. Après avoir confirmé Neptune, augmentez à 250x. Décalez Neptune juste en dehors du champ ou en bord de champ pour réduire l'éblouissement direct. Triton apparaît comme une étoile très faible à 15-20 secondes d'arc, dans une direction qui dépend de la phase orbitale (période 5,9 jours). Le repérage précis demande un éphéméride à jour ; Sky & Telescope et Stellarium fournissent les positions calculées. **Étape 6 : Documenter**. Notez l'heure, le grossissement, l'orientation, et dessinez ou photographiez. Si vous avez une caméra astro, des poses unitaires de 5 à 10 secondes additionnées (stacking) permettent de capter Triton sans saturer Neptune. ## La photographie planétaire de Neptune Photographier Neptune et Triton avec un set-up amateur est un défi raisonnable en 2026. Voici les paramètres qui marchent. **Caméra**. Une caméra planétaire CMOS (ZWO ASI 224MC, 678MC, ou similaire) ou une caméra CCD à faible bruit. Les reflex numériques modernes (Canon R8, Sony A7 IV) acceptent les poses requises, mais une caméra dédiée donne de meilleurs résultats sur des cibles faibles. **Stratégie de pose**. Neptune au disque : poses unitaires courtes (0,5 à 2 secondes) en empilage de 100 à 500 images pour réduire le bruit de seeing. Triton : poses plus longues (5 à 15 secondes), empilement par 30 à 100 frames. Le ratio dynamique entre Neptune (à 7,8) et Triton (à 13,5) impose de saturer légèrement Neptune si on veut capter Triton. **Filtres**. Sur Neptune, un filtre méthane (CH4 à 889 nm) peut révéler des structures atmosphériques (bandes nuageuses) sur les images bien stackées. Sur Triton, un filtre R bande infrarouge proche améliore le contraste. **Logiciel de traitement**. AutoStakkert pour le stacking, Registax ou Wavelets pour la déconvolution, PixInsight ou Photoshop pour la finition. Sur Triton, un alignement manuel par centroïde est souvent nécessaire car la corrélation automatique peine à le trouver dans le bruit. ## Comparaison avec d'autres oppositions 2026 Le calendrier 2026 propose plusieurs oppositions intéressantes. Voir notre [bilan des oppositions Saturne juillet 2026 anneaux quasi disparus](/saturne-opposition-juillet-2026-anneaux-quasi-disparus-observation/) et notre [analyse de Vesta opposition octobre 2026](/vesta-opposition-octobre-2026-observation-asteroide-jumelles/). Comparé à Saturne (mag 0,5 à l'opposition en juillet 2026), Neptune est environ 1 200 fois moins lumineuse. Comparé à Uranus (mag 5,7 à son opposition annuelle), Neptune est environ 4 fois moins brillante. C'est l'opposition planétaire la plus exigeante de l'année. Mais elle a un atout : sa rareté visuelle. Beaucoup d'amateurs n'ont jamais vu Neptune, et encore moins Triton. La satisfaction de pointer cet objet à 4,3 milliards de kilomètres est réelle. Une autre comparaison qui parle. Neptune et Triton sont aussi loin de nous qu'une voiture lumière de 4 heures de trajet à la vitesse de la lumière. Vous regardez une planète dont la lumière a quitté son atmosphère 4 heures avant d'atteindre votre œil. C'est ce genre d'expérience qui distingue l'observation astronomique de l'observation terrestre. ## Le contexte scientifique Neptune reste l'une des planètes les moins explorées du système solaire. Une seule sonde, Voyager 2, l'a survolée en août 1989. Les images obtenues à l'époque ont révélé une atmosphère bleue, une Grande Tache Sombre éphémère (disparue depuis), des bandes nuageuses dynamiques, et un système d'anneaux faibles. Depuis Voyager 2, aucune mission n'a approché Neptune. Des projets sont à l'étude. La NASA a récemment financé une étude de phase A pour une mission Neptune-Triton dans le cadre du programme New Frontiers. Une mission « Trident » avait été proposée mais n'a pas été sélectionnée en 2019. Une mission flagship Neptune Odyssey est en cours d'évaluation pour les années 2030. À court terme, le télescope spatial James Webb (JWST) fournit des images infrarouge de Neptune et Triton avec une résolution sans précédent, et c'est aujourd'hui la meilleure source d'images professionnelles pour le grand public. Triton, le plus gros satellite de Neptune (2 700 km de diamètre, soit 78 % de la taille de la Lune terrestre), garde un statut hors normes. Orbite rétrograde unique parmi les grandes lunes du système solaire, ce qui suggère une capture (Triton serait un objet de la ceinture de Kuiper capturé par Neptune). Surface à environ -235°C, avec des geysers d'azote actifs observés par Voyager 2. Si une mission Triton se concrétise, ce sera l'une des explorations les plus excitantes du XXIᵉ siècle. Pour suivre l'actualité spatiale, voir notre [analyse de la mission JUICE en flyby de la Terre en septembre 2026](/juice-earth-flyby-septembre-2026-gravity-assist-jupiter-instruments/) et notre [comparaison Webb-Hubble sur Saturne en infrarouge](/webb-hubble-saturne-infrarouge-visible-2026/). ## Verdict pour qui s'y intéresse **Si vous avez un télescope 200 mm et au moins une heure de ciel noir disponible**. C'est l'opposition à viser cette année. Triton est accessible, l'expérience est rare et marquante. Préparez votre matériel, vos cartes, et planifiez deux ou trois sessions autour du 26 septembre pour maximiser les chances météo. **Si vous avez un télescope 130-150 mm**. Vous verrez Neptune comme un disque bleu pâle. Triton sera marginal ou inaccessible selon votre ciel. C'est déjà une belle expérience. **Si vous avez seulement des jumelles 10x50**. Vous pourrez identifier la position de Neptune comme un point bleuté très faible, à condition de connaître précisément la zone. C'est une expérience de star-hopping qui vaut la peine pour la satisfaction de cocher Neptune dans la liste des planètes observées. **Si vous n'avez rien et que ça vous tente**. C'est l'occasion d'investir dans un télescope. Pour 600 à 900 euros, on trouve aujourd'hui un dobsonien 200 mm correct (Skywatcher, GSO, Orion). Pour 1 200-1 800 euros, on monte vers un 250 mm qui ouvre tout le ciel profond et accessible Triton sans effort. Mon verdict : ne pas attendre la veille du 26 septembre pour acheter. Familiarisation et collimation prennent quelques semaines. L'opposition Neptune n'est pas spectaculaire. Mais elle est l'une des plus rares satisfactions de l'astronomie amateur : pointer un objet à 4 milliards de kilomètres avec son propre instrument et voir réellement la lumière qui en est partie. Mettez le 26 septembre 2026 dans votre agenda. ## Sources - [Neptune at opposition - In-The-Sky.org](https://in-the-sky.org/news.php?id=20260926_12_100) - [Neptune at opposition on September 26, 2026 - EarthSky](https://earthsky.org/astronomy-essentials/neptune-at-opposition-closest-brightest-best/) - [Observe Neptune as it Comes to Opposition - Sky & Telescope](https://skyandtelescope.org/observing/a-faraway-blue-planet-comes-to-opposition/) - [Neptune Opposition 2026 - Starwalk](https://starwalk.space/en/news/what-is-opposition-in-astronomy) - [Neptune Complete Information - TheSkyLive](https://theskylive.com/neptune-info) - [What to expect from the planets in 2026 - Space.com](https://www.space.com/stargazing/what-to-expect-from-the-planets-in-2026-key-dates-and-sky-events) - [Astronomical Events 2026 - Starwalk](https://starwalk.space/en/news/astronomy-calendar-2026) --- ## JUICE survole la Terre en septembre 2026 : gravity assist - URL: https://www.portail-astronomie.fr/juice-earth-flyby-septembre-2026-gravity-assist-jupiter-instruments/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-06-05T06:00:00 - Categories: exploration-spatiale 1,6 milliard d'euros, lancée le 14 avril 2023 depuis Kourou, et un calendrier de croisière qui ressemble plus à un ricochet mathématique qu'à une trajectoire spatiale classique. La sonde JUICE (Jupiter Icy Moons Explorer) de l'Agence Spatiale Européenne ne va pas vers Jupiter en ligne droite. Elle joue au billard cosmique. Quatre rendez-vous gravitationnels avec des planètes intérieures, dont le deuxième aura lieu le 19 septembre 2026 au-dessus de la Terre. Et pendant ce flyby, les huit principaux instruments scientifiques seront en marche. Voici le verdict technique sur ce qui se passe. ## Le contexte : pourquoi un gravity assist Question simple, réponse moins intuitive. Pour atteindre Jupiter avec une fusée Ariane 5 (la plus puissante disponible à l'ESA à l'époque du lancement), JUICE n'avait pas assez d'énergie embarquée pour aller en direct. Solution : exploiter le champ gravitationnel des planètes pour gagner ou perdre de la vitesse, sans dépenser de carburant. C'est la mécanique du gravity assist, technique mise au point dès les années 1970 par les missions Mariner et Voyager. La séquence de JUICE est calibrée au millimètre par les équipes de mécanique orbitale de l'ESOC à Darmstadt : 1. **Lunar-Earth flyby, 20 août 2024** : premier passage à 6 840 km au-dessus de l'Asie du Sud-Est et du Pacifique. Première manoeuvre lunar-Earth de l'histoire (la sonde profite de la Lune ET de la Terre dans le même mouvement). Freinage de 4,8 km/s relatif au Soleil, déviation de la trajectoire de 100°. Économies de 100-150 kg de fuel pour les manoeuvres ultérieures. 2. **Vénus flyby, août 2025** : passage à environ 480 km au-dessus de Vénus. Gain de vitesse vers le Système Solaire externe. 3. **Earth flyby n°2, 19 septembre 2026** : c'est l'événement de l'année. Gain de vitesse pour la phase suivante. 4. **Earth flyby n°3, janvier 2029** : dernier rendez-vous terrestre avant l'insertion en orbite jovienne. 5. **Arrivée Jupiter, juillet 2031** : insertion en orbite, début de la phase d'exploration scientifique principale. ## Le flyby de septembre 2026 : ce qu'on en attend La date précise indiquée par l'ESA est le 19 septembre 2026. Les modélisations de trajectoire (calculs ESOC publiés) prévoient un passage relativement proche de la Terre, à des dizaines de milliers de kilomètres, pour optimiser le delta-v gagné. Le gain de vitesse estimé est de l'ordre de 4-5 km/s vers Jupiter, bien que les chiffres exacts dépendent des conditions précises d'approche au moment du flyby. Cette manoeuvre est déterminante pour le calendrier global. Sans elle, le rendez-vous avec Jupiter en juillet 2031 ne tient pas. Les marges sont serrées, ce qui explique pourquoi l'équipe de pilotage à Darmstadt arrive régulièrement à des corrections d'orbite (manoeuvres trajectoire en cours de croisière). L'instrumentation scientifique sera mobilisée pendant le flyby pour : 1. Calibrer les instruments sur des cibles connues (la Lune en début ou fin de flyby, l'atmosphère terrestre, parfois des comètes ou astéroïdes en alignement opportun) 2. Tester les modes de fonctionnement à haute cadence 3. Effectuer des mesures opportunistes (étude du couplage magnétosphère-vent solaire dans la queue magnétique terrestre, par exemple) Pendant le précédent flyby lunar-Earth d'août 2024, huit des dix instruments avaient été activés et avaient renvoyé des données. C'est cette pratique qui rend chaque flyby utile au-delà de sa fonction propulsive. ## Les dix instruments scientifiques de JUICE La charge utile scientifique de JUICE est l'une des plus complètes jamais embarquées vers le système jovien. Voici la liste des dix instruments, avec leur fonction : - JANUS : caméra à haute résolution, imagerie des surfaces des lunes de Jupiter - MAJIS : spectromètre imageur dans le visible et l'infrarouge proche, cartographie des compositions de surface - UVS : spectromètre ultraviolet, étude des aurores joviennes et atmosphères - SWI : spectromètre submillimétrique, étude des compositions atmosphériques - GALA : altimètre laser, mesure du relief des lunes, particulièrement Ganymède - RIME : radar sondeur, exploration sous-glaciaire des océans potentiels d'Europe et Ganymède - J-MAG : magnétomètre, étude des champs magnétiques internes des lunes glacées - PEP : analyseur de particules énergétiques chargées - RPWI : instrument ondes radio et plasma - 3GM : expérience de radio-science pour la mesure des champs gravitationnels (utilise l'antenne haute gain de communication) Cette palette de dix instruments permet une approche multi-physique. Les surfaces sont vues en images haute résolution (JANUS), leurs compositions sont décodées par spectroscopie (MAJIS, UVS, SWI), leur structure interne est cartographiée par radar (RIME) et altimétrie (GALA). Les environnements plasmiques et magnétiques sont mesurés par J-MAG, PEP et RPWI. L'expérience 3GM ajoute une mesure dynamique du champ gravitationnel. ## Pourquoi Jupiter et ses lunes : les enjeux scientifiques L'objectif scientifique principal de JUICE est l'étude de trois des quatre lunes galiléennes de Jupiter (Europe, Ganymède, Callisto), considérées comme abritant probablement des océans liquides sous leur croûte de glace. Ganymède, en particulier, est la plus grosse lune du Système Solaire (plus grosse que Mercure) et présente la signature magnétique d'un océan global de centaines de kilomètres de profondeur. La sonde effectuera 35 flybys de ces trois lunes pendant sa phase orbitale autour de Jupiter, avant de s'insérer en orbite autour de Ganymède en 2034. Ce sera la première fois qu'un vaisseau humain orbite une lune autre que la Lune terrestre. Les questions scientifiques visées : - Quel est le degré d'habitabilité de ces océans sub-glaciaires ? - Quelle est la composition exacte des couches de glace et des océans ? - Comment la dynamique magnétique de Jupiter influence-t-elle ces lunes ? - Y a-t-il des traces de chimie organique ? Ces questions s'inscrivent dans le programme international d'exploration des lunes glacées du Système Solaire externe, qui inclut aussi la mission NASA Europa Clipper (lancée en 2024, arrivée à Jupiter prévue 2030) avec laquelle JUICE collaborera sur certaines observations conjointes. ## Le coût et la durée : 1,6 milliard d'euros pour 12 ans de mission JUICE est l'une des missions phares du programme Cosmic Vision de l'ESA. Son coût total, incluant développement, construction, lancement, opérations en croisière, et phase orbitale, atteint environ 1,6 milliard d'euros. La mission est officiellement budgetisée jusqu'en 2035, avec possibilité d'extension si l'orbiteur fonctionne au-delà. Comparaison utile : Europa Clipper de la NASA coûte environ 4,25 milliards de dollars. Cassini-Huygens (mission Saturne menée par NASA-ESA-ASI 1997-2017) a coûté environ 3,8 milliards de dollars équivalent actuel. À ce niveau, JUICE est dans la moyenne basse des grandes missions interplanétaires, ce qui reflète l'efficacité européenne sur ce projet. La phase de croisière (lancement 2023, arrivée 2031) représente plus de la moitié de la durée totale. C'est long, et c'est typique de ce genre de mission. Le compromis : moins de fuel embarqué (donc moins de coût lanceur), plus de temps de croisière (donc plus d'usure des composants, plus de coûts opérationnels). Les concepteurs européens ont fait le choix de la longue croisière pour maintenir le coût total accessible. ## Le contexte des autres missions en cours JUICE n'est pas seule à explorer le Système Solaire externe. Plusieurs missions concurrentes ou complémentaires sont en cours ou en préparation : - Europa Clipper (NASA) : focus sur Europe spécifiquement, observations détaillées des plumes d'eau potentielles - Tianwen-4 (CNSA) : mission chinoise vers Jupiter prévue à partir de 2030 - Mission MMX (Japon) : exploration de Phobos, lune de Mars (voir [notre analyse de la mission MMX](/mission-mmx-japon-phobos-echantillons-2031/)) Sur les missions ESA en cours dans le voisinage, voir aussi notre [point sur le retour de la comète 3I/ATLAS et l'observation par JUICE et Mars Express](/comete-3i-atlas-juice-mars-express-observations/), qui explique comment les sondes coordonnent leurs observations sur des objets de passage. ## Pour les observateurs depuis la Terre Le flyby de septembre 2026 ne sera pas visible à l'œil nu depuis le sol. La sonde JUICE est trop petite (4,2 mètres de diamètre du panneau solaire) pour être observée sans instruments. Les radios amateurs spécialisées en DSN (Deep Space Network) pourront capter les signaux de communication de la sonde pendant son approche, phénomène pédagogique intéressant pour les clubs d'astronomie radio. Les images et données scientifiques générées pendant le flyby devraient être publiées par l'ESA dans les semaines suivantes, en cohérence avec sa politique de diffusion ouverte des données spatiales européennes. Pour les autres événements astronomiques visibles depuis la Terre en 2026, voir notre [analyse de la mission Psyche en cours et son flyby de Mars](/psyche-mission-mars-flyby-15-mai-2026/) et [le suivi du lancement Ariane 6 VA268 d'avril 2026](/ariane-6-va268-lancement-28-avril-2026-mission-charge-utile/). ## Verdict ingénierie : une opération en passe d'être maîtrisée Le précédent flyby de 2024 a été qualifié de « parfait » par les équipes ESOC. La précision navigatoire a permis d'économiser 100-150 kg de fuel, marge précieuse pour les manoeuvres ultérieures. Le flyby de Vénus en août 2025 a été pareillement réussi. Pour septembre 2026, les variables clés sont : - Précision de l'approche : objectif d'erreur sub-kilométrique - Performance instrumentale en mode haute cadence - Stabilité thermique du vaisseau pendant le passage - Capacité de télémétrie en temps réel via le réseau ESTRACK Si ces variables tiennent, le rendez-vous avec Jupiter en juillet 2031 sera mécaniquement assuré. Si l'une d'elles dérive, des manoeuvres correctives en cours de route seront nécessaires, avec consommation supplémentaire de fuel. Côté technique, JUICE est une démonstration de la maîtrise européenne en mécanique orbitale interplanétaire. C'est aussi un investissement de long terme : les premières publications scientifiques majeures n'arriveront qu'à partir de 2034 quand les données joviennes commenceront à affluer. C'est l'horizon temporel typique de l'exploration spatiale, et c'est ce qui fait la différence entre une mission durable et un coup de communication. À voir si la collaboration future avec Europa Clipper produit des découvertes conjointes sur l'habitabilité des océans glacés de Jupiter. C'est là que les enjeux scientifiques du programme prendront tout leur sens, vers la deuxième moitié de la décennie 2030. ## Sources - [JUICE - Jupiter Icy Moons Explorer - ESA](https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/Juice) - [JUICE's journey to Jupiter - ESA Science and Technology](https://sci.esa.int/web/juice/-/58815-juices-journey-to-jupiter) - [Juice rerouted to Venus in world's first lunar-Earth flyby - ESA](https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/Juice/Juice_rerouted_to_Venus_in_world_s_first_lunar-Earth_flyby) - [Jupiter Icy Moons Explorer - Wikipedia](https://en.wikipedia.org/wiki/Jupiter_Icy_Moons_Explorer) - [JUICE (Jupiter Icy Moons Explorer) - eoPortal](https://www.eoportal.org/satellite-missions/juice) - [Juice burns hard towards first-ever lunar-Earth flyby - ESA](https://www.esa.int/Enabling_Support/Operations/Juice_burns_hard_towards_first-ever_lunar-Earth_flyby) - [Europe Successfully Launches JUICE Mission - Scientific American](https://www.scientificamerican.com/article/europe-successfully-launches-juice-mission-to-study-jupiters-icy-moons/) --- ## XMM-VID1-2075 : JWST voit une galaxie massive sans rotation - URL: https://www.portail-astronomie.fr/galaxie-xmm-vid1-2075-jwst-rotation-figee-univers-jeune-mai-2026/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-06-04T06:00:00.000Z - Categories: ciel-profond λ = 0,123. À z = 3,449, XMM-VID1-2075 ne tourne pas. JWST tranche, ΛCDM encaisse. Le 4 mai 2026, Nature Astronomy a publié l'article de Ben Forrest et de son équipe sur cette galaxie quiescente massive, observée 1,8 milliard d'années après le Big Bang. La galaxie XMM-VID1-2075 affiche une cinématique dominée par la dispersion des vitesses, sans rotation nette détectable. Une signature qu'on n'avait jamais confirmée par spectroscopie stellaire au-delà de z = 2. Et un cas que la presse a vite traduit en "défi pour les modèles cosmologiques", parfois un peu vite. Pour qui suit le JWST depuis Cycle 1, la lecture du papier vaut le détour. Les chiffres sont propres, l'instrumentation est sortie de routine, et la conclusion physique reste prudente. Décortiquons. ## Le problème : une galaxie massive qui n'a pas de moment angulaire Au sol, dans l'Univers local, les galaxies les plus massives connues sont des "slow rotators" : leur lumière stellaire ne montre pas de rotation cohérente, la dispersion des vitesses domine. C'est le bout de chaîne d'une longue histoire de fusions, de relaxation dynamique, de friction sur des milliards d'années. Logique. XMM-VID1-2075 affiche exactement cette signature, sauf qu'elle est observée à 1,8 milliard d'années après le Big Bang. À cet âge cosmique, le scénario "patience et fusions multiples" ne tient pas. Le temps disponible est trop court. C'est là que le résultat devient intéressant pour les modèles de formation galactique : le slow-rotator existe en avance. Les mesures clés tiennent sur quelques lignes : - masse stellaire : 3,3 × 10^11 M☉ (incertitude −0,3 / +0,1) - paramètre de spin λ_Re = 0,123 (+0,073 / −0,023) - dispersion stellaire dans le rayon effectif : σ∗,Re = 387 ± 22 km/s - dispersion centrale : autour de 500 km/s - taux de formation stellaire : inférieur à 1 M☉/an - rayon effectif circularisé : environ 6 500 années-lumière - indice de Sérsic : 3,72 - redshift spectroscopique : z = 3,449 Traduit : une galaxie quiescente, compacte, deux fois plus dense en lumière centrale qu'une ETG locale équivalente, avec un profil très piqué (Sérsic à 3,72), et une cinématique qui mime celle des plus grosses early-type galaxies du voisinage cosmique. ## La fiche technique de l'observation Le résultat tient sur deux campagnes JWST coordonnées. NIRSpec en mode IFU, programme GO-2913, combinaison grating/filter G235M/F170LP, intégration totale de 2,9 heures le 2 août 2024. NIRCam en complément, programme GO-3567, quatre bandes (F150W, F200W, F356W, F444W) pour environ 0,4 heure par bande, le 30 décembre 2023. La cible avait été pré-sélectionnée via la survey MAGAZ3NE (Massive Ancient Galaxies At z > 3 NEar-Infrared) combinée avec VISTA Deep Extragalactic Observations, puis observée au préalable au W.M. Keck Observatory à Hawaï. Côté équipe : Ben Forrest (UC Davis) à la barre, accompagné de Adam Muzzin (York University), Danilo Marchesini (Tufts University), Richard Pan (University of Toronto) et quatorze autres co-auteurs. Financement NASA grants + STScI + National Science Foundation. Le preprint arXiv 2508.10987 est sorti en août 2025, la v2 acceptée par Nature en avril 2026, publication le 4 mai 2026. Pour les habitués du suivi : 9 mois entre preprint et publication, un timing classique sur une mesure cinématique soignée. ## Pourquoi λ_Re = 0,123 vaut le détour Le paramètre λ_R est une métrique cinématique : un mélange pondéré du rapport V/σ sur les pixels mesurés, pondéré par le flux et le rayon. C'est devenu le standard depuis ATLAS3D pour discriminer les galaxies "fast rotators" (λ_Re proche de 0,3-0,5) des "slow rotators" (λ_Re inférieur à 0,1-0,15 selon la convention adoptée). XMM-VID1-2075 affiche 0,123. Dans les régions où l'équipe a pu mesurer une vitesse, les offsets restent sous 100 km/s. Pour comparaison, une galaxie spirale "classique" comme la Voie Lactée affiche au plateau plat des vitesses circulaires autour de 220 km/s, parfaitement organisées en rotation. Ici, la quantité de moment angulaire visible dans la lumière stellaire est anémique. Important : "pas de rotation détectée" ne signifie pas "zéro rotation absolue". Le signal cinématique est compatible avec un système dispersion-dominated dans les limites de précision de l'observation, sans rotation nette extractible. La nuance compte pour le titrage presse qui a parfois aplati la trouvaille en "galaxie figée". ## Le verdict pour la cosmologie : ΛCDM n'est pas en train de casser C'est le point où je suis prudent, parce que le bruit médiatique a oscillé entre "découverte qui défie les modèles" et "tout va bien". La réalité est entre les deux, et la simulation Magneticum donne le bon cadrage. Sur les 35 galaxies quiescentes que Magneticum génère à z = 3,42 dans son volume comparable, 3 deviennent des slow rotators. Soit environ 8,6 % du sous-échantillon. Une fréquence rare, mais pas impossible. La découverte de XMM-VID1-2075 est donc consistante avec une queue de distribution prédite par les simulations actuelles. Je sais pas trop quoi penser des annonces "modèles en échec" qu'on lit ailleurs : sur ce point, Magneticum tient sa prédiction, statistique petite mais existante. L'argument plus solide tient à la statistique globale : pour le moment, XMM-VID1-2075 reste le seul slow-rotator confirmé par cinématique stellaire au-delà de z = 2. Donc 1 observation pour environ 8,6 % théorique, ce qui n'est pas une tension statistique. Il faudra mesurer plus de cibles avant de pouvoir comparer une vraie fonction de masse aux prédictions. Sur ce point, le Cycle 5 du JWST aide. NIRSpec mobilise 54,7 % des heures prime sur 254 programmes GO et 8 009 heures totales depuis le 1er juillet 2026 (annonce STScI). Le suivi de galaxies massives à z > 3 va se densifier. ## L'hypothèse formation : collision frontale opposée Si la galaxie a 1,8 milliard d'années derrière elle au moment de l'observation, comment fabriquer un objet aussi massif et déjà dispersion-dominated ? L'équipe propose un scénario unique : une collision frontale entre deux galaxies en rotation opposée (head-on counter-rotating merger). Le moment angulaire net s'annule, la fusion produit un système massif sans rotation cohérente. Ben Forrest le formule ainsi dans le communiqué UC Davis : "a single collision between two galaxies rotating pretty much in opposite directions". L'hypothèse a deux mérites : elle fonctionne dans la fenêtre de temps disponible (pas besoin d'accumuler des dizaines de fusions mineures), et elle produit la signature observée en une seule étape. Comme scénario, c'est plutôt élégant. Reste à confirmer que ce mécanisme est compatible quantitativement avec les statistiques attendues à z = 3,4. Pour ça, il faudra croiser avec des simulations hydrodynamiques dédiées, type IllustrisTNG, EAGLE ou ASTRID. Le papier en parle, je vous renvoie à arXiv 2508.10987 pour le détail des contraintes. ## Comparatif galaxies : XMM-VID1-2075 versus voisines Pour fixer l'échelle, le tableau ci-dessous compare XMM-VID1-2075 aux deux galaxies de référence du Groupe local. Attention : la masse stellaire de la Voie Lactée a été révisée à la baisse en août 2025 (Gaia + APOGEE, arXiv 2508.13665), un facteur 2 plus bas que les estimations historiques. Le ratio XMM-VID1-2075 / Voie Lactée s'établit autour de 12,7x sur ces estimations actuelles. À utiliser avec la réserve qu'imposent les incertitudes des deux mesures. | Paramètre | XMM-VID1-2075 | Voie Lactée | Andromède (M31) | | --------------------------- | ---------------------- | ---------------------- | ---------------------- | | Masse stellaire | 3,3 × 10^11 M☉ | 2,6 × 10^10 M☉ | environ 10^11 M☉ | | Cinématique | dispersion-dominated | rotation organisée | rotation organisée | | Vitesse caractéristique | σ_Re = 387 km/s | V_rot environ 220 km/s | V_rot environ 250 km/s | | Taux de formation stellaire | inférieur à 1 M☉/an | environ 1-2 M☉/an | environ 0,3-1 M☉/an | | Époque observée | 1,8 Gyr après Big Bang | actuelle | actuelle | Lecture rapide : XMM-VID1-2075 est environ 12 fois plus massive que la Voie Lactée selon les estimations 2025, dans un volume bien plus compact, sans rotation et sans formation stellaire significative. Une early-type galaxy mature, vue à un âge où elle ne devrait pas exister selon une lecture naïve. Sauf que Magneticum prédit déjà la queue de distribution dans laquelle elle tombe. Donc rare, pas surnaturel. ## Pourquoi cette mesure n'aurait pas été possible avant 2022 Mesurer une dispersion de vitesse stellaire propre à z = 3,449, dans un mode IFU, sur 2,9 heures d'intégration, c'est le genre de manip qui aurait été impossible avant le JWST. HST/STIS aurait peut-être saisi une rotation grossière sur un objet plus massif, pas une cinématique 2D propre à 387 km/s ± 22. Au sol, les seeing et le bruit ciel infrarouge à 1,5-2 microns empêchent la spectroscopie stellaire de détailler ce type d'objet à cette distance. Le JWST a livré 2 236 articles cumulés depuis 2022 (51 en 2022, 395 en 2023, 763 en 2024, 1 027 en 2025 selon MAST Papertrack). Un peu plus de la moitié des heures Cycle 5 vont sur NIRSpec. La mesure cinématique d'XMM-VID1-2075 entre exactement dans la sweet spot du télescope : on est en infrarouge moyen, sur un objet compact, avec un spectrographe IFU. Comme l'autopsie des galaxies record [MoM-z14, qu'on retrouvait à z = 14 il y a un an](/mom-z14-jwst-galaxie-record-recul-cosmique-anniversaire-2026/), ou la cartographie de [la toile cosmique par COSMOS-Web à z autour de 6](/jwst-cosmic-web-cosmos-web-matiere-noire-11-mai-2026/), on est dans le cœur de cible scientifique du télescope. Petite remarque atelier : j'aime bien la combinaison G235M/F170LP. Sur le papier, c'est juste un grating/filter de spécification standard. En conditions réelles, ça donne la résolution suffisante pour mesurer une dispersion stellaire à 400 km/s sans saturer le signal, et c'est ce qui fait que le résultat tient. La même mesure avec une résolution plus basse n'aurait pas tranché entre slow et fast rotator. ## Ce qui reste à mesurer Les pistes ouvertes : 1. Trouver d'autres slow rotators à z > 2 pour passer de 1 cible à une statistique. Le Cycle 5 NIRSpec va probablement en livrer. 2. Caractériser les histoires de fusion via simulations dédiées, et tester si la collision frontale opposée est compatible avec les statistiques attendues à z = 3,4. 3. Croiser avec Roman Space Telescope quand il décollera, début septembre 2026 au plus tôt (engagement NASA au plus tard mai 2027). Le Wide-Field Instrument à 300,8 Mpx couvrira des champs assez larges pour repérer rapidement les candidats avant suivi spectroscopique au JWST. Sur les "points rouges" du JWST, le suivi cinématique reste ouvert aussi : on a déjà des hypothèses sur [les trous noirs supermassifs jeunes derrière les little red dots](/points-rouges-webb-trous-noirs-supermassifs-jeunes/), mais pas encore de cinématique IFU comparable à celle de XMM-VID1-2075. Question de temps d'observation. ## Verdict Pour les modèles cosmologiques : pas un échec ΛCDM, une queue de distribution déjà prédite par Magneticum. Pas de drame. Pour les théories de formation galactique : XMM-VID1-2075 valide un canal rare mais réel de production de slow rotators massifs très tôt dans l'histoire cosmique. La collision frontale opposée tient comme scénario unique, à raffiner par simulation. Pour le JWST : démonstration nette que la cinématique stellaire à z > 3 sur des objets compacts est désormais une mesure de routine. Trois ans après le Cycle 1, on est passé du "voir loin" au "mesurer fin loin". Le rapport qualité-prix du télescope reste imbattable. Pour la presse : faire attention aux titres "modèles en échec". Le terme exact est "rare mais consistant avec les simulations actuelles". Quand on a 1 observation pour environ 8,6 % théorique, on n'a pas une tension statistique. On a une mesure. ## Sources - [Nature Astronomy article (Forrest et al. 2026, DOI 10.1038/s41550-026-02855-0)](https://www.nature.com/articles/s41550-026-02855-0) - [Preprint arXiv 2508.10987 (texte complet)](https://arxiv.org/abs/2508.10987) - [Communiqué UC Davis : Non-rotating Early Galaxy Surprise Astronomers](https://www.ucdavis.edu/news/non-rotating-early-galaxy-surprise-astronomers) - [phys.org (mai 2026) : Rotating early galaxy](https://phys.org/news/2026-05-rotating-early-galaxy-astronomers.html) - [phys.org (août 2025) : XMM-VID1-2075 massive evolved rotating](https://phys.org/news/2025-08-xmm-vid1-massive-evolved-rotating.html) - [MAST Papertrack JWST : publications cumulées](https://mast.stsci.edu/papertrack/reports/jwst) - [STScI : JWST Cycle 5 General Observer Program](https://www.stsci.edu/contents/news/jwst/2026/stsci-announces-the-jwst-cycle-5-general-observer-program) - [arXiv 2508.13665 : masse stellaire Voie Lactée révisée (Gaia + APOGEE 2025)](https://arxiv.org/abs/2508.13665) --- ## Crew-13 SpaceX ISS : équipage et calendrier septembre 2026 - URL: https://www.portail-astronomie.fr/crew-13-spacex-iss-septembre-2026-falcon-9-dragon/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-06-03T06:00:00 - Categories: exploration-spatiale Crew-13 décollera no earlier than le 12 septembre 2026 depuis Space Launch Complex 40, Cape Canaveral. Quatre astronautes, trois agences spatiales, six mois en orbite. Treizième vol opérationnel SpaceX sous le programme Commercial Crew Program de la NASA, vingt-et-unième vol habité de la flotte Crew Dragon depuis Demo-2 en mai 2020. C'est devenu une routine. Mais derrière chaque rotation, il y a un calendrier ISS sous tension et un duopole transport US qui repose à 100 % sur SpaceX depuis le report indéfini de Starliner. Voici ce qui est confirmé à date, ce qui ne l'est pas, et pourquoi cette mission compte plus qu'il n'y paraît. ## Le calendrier et le profil de mission La date NET (No Earlier Than) communiquée par NASA est le 12 septembre 2026. C'est une fenêtre, pas une date arrêtée. NASA a explicitement avancé Crew-13 depuis novembre 2026 vers mi-septembre pour conserver une cadence de rotation stable à bord de l'ISS, après les soubresauts de Crew-11 (mission raccourcie en janvier 2026 pour raison médicale chez Mike Fincke) et l'arrivée tardive de Crew-12 le 14 février 2026. Lancement depuis SLC-40, le pad Cape Canaveral Space Force Station désormais habilité pour les vols habités SpaceX depuis Crew-12 en février. Avant ça, tous les Crew Dragon partaient de LC-39A à Kennedy Space Center. Le rebasculement vers SLC-40 libère 39A pour Falcon Heavy et limite les conflits de planning. Crew-13 sera la deuxième mission habitée depuis SLC-40, ce qui valide le pad sur la durée. Falcon 9 Block 5 booster non confirmé à date. La capsule Crew Dragon assignée n'a pas non plus été annoncée officiellement par SpaceX au moment de la publication. La candidate plausible est Endurance (C210), quatrième vol terminé sur Crew-10 le 9 août 2025 avec un splashdown Pacifique. Endurance reste éligible à un cinquième vol après refurbishment standard, et NASA avait déjà tablé sur cette capsule pour Crew-10 plutôt que d'attendre Grace (C213) qui a finalement volé sur Axiom-4 en juin 2025. Resilience (C207) et Freedom (C212) sont aussi en rotation, mais Freedom est encore amarrée à l'ISS avec l'équipage Crew-12 et redescendra en septembre justement. Docking prévu au port forward du module Harmony, comme c'est la règle pour les Dragon. Splashdown au retour : Pacifique, conformément à la nouvelle pratique adoptée depuis Crew-9 pour éviter les zones d'érosion thermique repérées sur les capsules atlantique. Durée mission : six mois nominaux. La CSA confirme officiellement six mois pour Kutryk, ce qui aligne tout l'équipage. Retour donc dans le créneau mars 2027 si le calendrier tient. Crew-13 rejoint l'Expedition 75 dès l'arrimage, puis enchaîne sur l'Expedition 76 après la rotation d'équipage prévue à l'automne 2026. ## L'équipage : quatre profils, quatre histoires Quatre astronautes, trois agences. Pas d'ESA cette fois, c'est Sophie Adenot qui [tient le poste européen jusqu'en novembre 2026 sur Crew-12](/sophie-adenot-iss-trois-mois-epsilon-mai-2026). **Jessica Watkins, commandant NASA.** Sélectionnée dans la promo 2017, géologue formée Stanford-UCLA, vétérane de Crew-4 en 2022. 170 jours en orbite sur Expedition 67/68. Premier vol US sur Dragon Freedom. Avec Crew-13, elle devient la première astronaute NASA à voler deux fois sur Crew Dragon. C'est une statistique presque anodine, mais elle marque la maturité de la flotte Dragon : on entre dans l'ère des rotations multi-vols, comme c'était le cas Soyouz historiquement. Profil Watkins atypique côté scientifique. Ex-science team member du rover Curiosity au JPL, internships sur Perseverance et Mars Sample Return avant la sélection. La NASA pousse régulièrement Watkins en figure visible Artemis, mais aucune affectation lunaire confirmée. Ses neuf mois cumulés en orbite basse alimenteront le dossier candidature Moon-bound astronaut sans la verrouiller. **Luke Delaney, pilote NASA.** Promo 2021, premier vol. Ancien Marine, navigateur KC-130 puis aviateur naval breveté en 2008, distinguished naval aviator avec missions de combat sous Operation Enduring Freedom. Ingénieur mécanique UNF, master aéronautique Naval Postgraduate School, test pilot instructor. Avant la sélection astronaute, pilote de recherche au Langley Research Center sur des missions d'observation atmosphérique. Profil pilote militaire classique, parcours sans glissement notable. **Joshua Kutryk, mission specialist CSA.** Colonel de l'Aviation royale canadienne, ex-pilote de chasse CF-18, test pilot à l'Aerospace Engineering Test Establishment. Quatre diplômes : ingénierie mécanique Royal Military College, masters en space studies, flight test engineering et defense studies. Sélectionné par l'ASC en 2017, dans la même promo que Watkins. Le détail qui pèse : Kutryk était assigné depuis 2023 à Boeing Starliner-1, la première mission opérationnelle Starliner après la Crew Flight Test ratée de 2024. Lorsque [Starliner-1 a basculé en mission cargo sans équipage en novembre 2025](/boeing-starliner-mai-2026-programme-crise-bilan), les quatre membres ont été recasés sur SpaceX. Tingle est passé à la tête de l'Astronaut Office, Fincke et Yui sont partis sur Crew-11 en août 2025, Kutryk a hérité de Crew-13. C'est le quatrième astronaute CSA à séjourner en mission longue durée sur l'ISS, le premier à voler sous Commercial Crew Program. Le Canada attendait ce vol depuis huit ans. **Sergey Teteryatnikov, mission specialist Roscosmos.** Né en 1988, diplômé de l'Académie navale de Saint-Pétersbourg en 2011 comme ingénieur des centrales énergétiques navales. Carrière sous-marinier russe avant la sélection cosmonaute en janvier 2021. Brevet test cosmonaute depuis 2023. Premier vol orbital. Doublure : Arutyun Kiviryan, ingénieur fusée Baltic State Technical University, sélectionné en 2021. L'accord NASA-Roscosmos d'échange de sièges, signé en 2022 et reconduit, garantit qu'au moins un cosmonaute russe vole sur chaque Crew Dragon, et qu'au moins un astronaute NASA vole sur chaque Soyouz. Politiquement, c'est le seul fil resté tendu entre les deux agences depuis 2022. Techniquement, c'est ce qui permet de garder un équipage hybride US-Russie en cas de défaillance Crew Dragon ou Soyouz isolée. ## Les expériences et la charge scientifique NASA n'a pas publié de manifeste scientifique détaillé Crew-13 à date. Ce qu'on sait, par source CSA principalement : Kutryk conduit plusieurs expériences canadiennes axées santé humaine. Le dossier scientifique canadien est documenté sur la page mission Crew-13 de l'ASC, mais sans liste publique des protocoles à la mi-mai 2026. Le portefeuille canadien historique pertinent comprend Vascular Aging (suivi de la rigidité artérielle en micropesanteur, données comparables au vieillissement accéléré), Wayfinding (cognition spatiale et navigation après long séjour orbital), et At Home in Space (psychosociologie d'équipage international). Kutryk hérite vraisemblablement d'une combinaison de ces protocoles. La CSA confirmera les expériences spécifiques lors de la conférence pré-vol, généralement quatre à six semaines avant le lancement. Côté NASA, Crew-13 s'inscrit dans la continuité des séries d'études Human Research Program initiées sur Crew-9 et Crew-11 : préparation à l'exploration deep space (Moon, Mars), réponse osseuse et cardiovasculaire en micropesanteur de longue durée, cognition et sommeil sur la durée pertinente du transit martien. Watkins en deuxième vol fournit un dataset comparatif rare avec son séjour Crew-4 de 2022. Quatre ans entre deux missions sur le même sujet, c'est ce qui intéresse les épidémiologistes mission Mars : on commence à disposer de séries longitudinales individuelles, et plus seulement de moyennes d'équipage. Le précédent NASA Twins Study sur Scott et Mark Kelly avait montré la valeur d'un design appariement multi-vols. Watkins n'a pas de jumeau au sol, mais elle fournit son propre baseline 2022 pour comparaison. Côté JAXA, le module Kibo reste actif avec une dizaine d'expériences en cours. Crew-13 ne portera pas d'astronaute japonais, contrairement à Crew-11 qui embarquait Kimiya Yui, mais Kutryk a une formation de maintenance Kibo qui lui permet d'opérer les protocoles automatisés. Une partie des expériences européennes en cours sur l'ISS, dont les [protocoles MatISS-4 installés par Sophie Adenot en avril 2026](/sophie-adenot-iss-trois-mois-epsilon-mai-2026), continueront pendant Crew-13. C'est la mécanique normale : les expériences ESA et JAXA tournent en arrière-plan sur plusieurs équipages, indépendamment des rotations Dragon. Crew-13 héritera donc d'une partie du suivi MatISS-4 et de la maintenance Columbus jusqu'en novembre 2026, puis bascule sur les protocoles Expedition 76. ## Le contexte programmatique : pourquoi Crew-13 compte Trois angles à garder en tête. **Premier angle : la dépendance NASA à SpaceX.** Depuis la suspension de fait du programme Starliner après la Crew Flight Test de 2024, et la transformation de Starliner-1 en mission cargo, SpaceX est le seul transporteur opérationnel pour rejoindre l'ISS côté américain. Soyouz reste actif côté russe, mais l'accord d'échange de sièges fait que SpaceX porte la majorité des rotations. Boeing tient sur le papier trois rotations crewed potentielles d'ici 2030, sous réserve de requalifier le système propulsion. C'est tendu. Si une Crew Dragon connaît un incident majeur, NASA n'a pas de redondance immédiate. **Deuxième angle : la flotte Dragon arrive à pleine maturité.** Cinq capsules en service : Endeavour (six vols), Resilience (quatre), Endurance (quatre), Freedom (quatre), Grace (un seul vol sur Axiom-4 en juin 2025). SpaceX ne construira plus de nouveaux Dragon habités, Grace est officiellement la dernière. Les cinq capsules doivent porter NASA jusqu'à la fin de vie ISS en 2030, plus les missions Axiom et les Polaris. NASA et SpaceX étudient l'extension du nombre de vols par capsule au-delà de cinq, la limite historique. Crew-13 sera l'un des indicateurs concrets de cette politique de réutilisation prolongée. **Troisième angle : la fin de vie ISS qui se rapproche.** L'ISS est programmée pour désorbitation contrôlée en 2031 via le vehicle USDV développé par SpaceX. Crew-13 et Crew-14 sont parmi les dernières rotations standard sous architecture historique. Après, NASA bascule progressivement sur les contrats commerciaux : Axiom Station, [Haven-1 de Vast prévue pour 2027](/haven-1-vast-space-premiere-station-commerciale-2027), Orbital Reef si Sierra Space tient le calendrier. Les expériences scientifiques Crew-13 contribueront aux datasets long terme dont la valeur ne se révélera que lors du transfert vers ces stations privées. ## Les jalons à surveiller Trois jalons techniques pour qui veut suivre la mission au-delà de la couverture lancement. **Confirmation de la capsule assignée.** SpaceX et NASA annoncent généralement le numéro de capsule six à huit semaines avant le lancement. Si c'est Endurance (C210), ce sera son cinquième vol, premier dépassement de la barre des cinq vols officielle. Si c'est Resilience ou Freedom, contexte différent. La donnée tombera probablement fin juillet ou début août 2026. **Profil de docking.** Le docking au port forward Harmony est standard, mais le créneau d'approche dépend de la trajectoire Soyouz et des positions Cargo Dragon en attente. Le profil 28 heures de Crew-12 a tenu, on attend le même ordre pour Crew-13. **Conditions de réutilisation prolongée Dragon.** Si Crew-13 vole sur Endurance, NASA documentera publiquement l'extension du programme de réutilisation. Si NASA reste prudent et envoie une capsule à quatre vols (Resilience ou Freedom post-Crew-12), c'est le signe que la barre des cinq vols n'est pas franchie sur cette rotation. Le choix dira beaucoup sur la stratégie SpaceX-NASA pour la fin de décennie. Pour Kutryk, c'est l'aboutissement de huit ans d'attente. Pour Watkins, c'est la consolidation d'une trajectoire spatiale qui pourrait finir Moon-bound. Pour Delaney et Teteryatnikov, c'est le premier vol, et tout commence vraiment ce jour-là. Date NET 12 septembre 2026. À surveiller : retards météo, glissements de capsule, et la confirmation officielle de la C210 en charge. ## Sources - [NASA : NASA Shares SpaceX Crew-13 Assignments for Space Station Mission](https://www.nasa.gov/news-release/nasa-shares-spacex-crew-13-assignments-for-space-station-mission/) - [SpaceX Crew-13 (Wikipedia)](https://en.wikipedia.org/wiki/SpaceX_Crew-13) - [Canadian Space Agency : Joshua Kutryk assigned to Crew-13 Space Station mission](https://www.asc-csa.gc.ca/eng/news/articles/2026/2026-04-23-csa-joshua-kutryk-assigned-to-crew-13-space-station-mission.asp) - [Space.com : Canadian astronaut Josh Kutryk finally flying to ISS after Boeing Starliner mishap](https://www.space.com/space-exploration/missions/canadian-astronaut-josh-kutryk-finally-flying-to-iss-after-boeing-starliner-mishap-im-committed-to-making-the-most-of-this-unique-opportunity) - [Jessica Watkins NASA biography](https://www.nasa.gov/humans-in-space/astronauts/jessica-watkins/) - [Luke Delaney NASA biography](https://www.nasa.gov/people/nasa-astronaut-luke-delaney/) - [Sergey Teteryatnikov (Wikipedia)](https://en.wikipedia.org/wiki/Sergey_Teteryatnikov) - [Crew Dragon Endurance flight history (Wikipedia)](https://en.wikipedia.org/wiki/Crew_Dragon_Endurance) - [Starlust : NASA announces SpaceX Crew-13 for ISS mission September 2026](https://starlust.org/nasa-announces-space-x-crew-13-for-international-space-station-mission-in-september-2026/) - [Friends of NASA : Crew-13 Training in California](https://www.friendsofnasa.org/2026/04/nasas-spacex-crew-13-training-in.html) - [Friends of NASA : Crew-13 Spacesuit Training in Houston](https://www.friendsofnasa.org/2026/05/nasas-spacex-crew-13-spacesuit-training.html) - [SpaceX Crew-12 (Wikipedia)](https://en.wikipedia.org/wiki/SpaceX_Crew-12) - [Space.com : With Grace, astronauts name SpaceX final Dragon crew capsule](https://www.space.com/space-exploration/launches-spacecraft/with-grace-astronauts-name-spacexs-final-dragon-crew-capsule) --- ## Magnitude apparente vs absolue : échelle de Pogson - URL: https://www.portail-astronomie.fr/magnitude-apparente-absolue-luminosite-etoiles-echelle-pogson/ - Author: Julien P. - Published: 2026-06-02T06:00:00 - Categories: observation ## Pourquoi une étoile « de première grandeur » n'est-elle pas la plus brillante du ciel ? En 1856, un astronome anglais nommé Norman Robert Pogson publie une note technique dans les _Monthly Notices of the Royal Astronomical Society_. Le titre est aride : « Magnitudes of Thirty-six of the Minor Planets for the first day of each month of the year 1857 ». La portée est immense. Pogson y fige une convention que les astronomes traînaient depuis Hipparque, deux mille ans plus tôt, sans avoir jamais réussi à la quantifier. Il pose qu'une étoile de magnitude 1 est exactement cent fois plus brillante qu'une étoile de magnitude 6. Et il en déduit qu'un écart d'une magnitude correspond au facteur 2,512, soit la racine cinquième de 100. L'échelle moderne des magnitudes était née. Pour comprendre pourquoi ce choix s'est imposé, il faut remonter à Hipparque de Nicée, vers 135 av. J.-C., qui aurait classé environ 850 étoiles en six rangs de luminosité visuelle. Les plus brillantes furent dites « de première grandeur », les plus faibles à la limite de l'œil nu « de sixième ». Le système est repris par Ptolémée dans l'Almageste vers l'an 150, puis transmis aux astronomes arabes, aux moines copistes médiévaux, à Tycho Brahe, à Galilée, à Argelander. Pendant vingt siècles, personne ne formalise. Chaque observateur estime à l'œil, et chaque catalogue se trouve légèrement décalé du précédent. Le système actuel est inversé, logarithmique, et calibré sur une étoile de référence. Trois propriétés qui surprennent les débutants, et qui méritent qu'on s'y arrête. ## Pourquoi une échelle inversée et logarithmique ? La première intuition qui rate, c'est que « plus brillant = nombre plus grand ». L'astronomie fait l'inverse. Sirius, l'étoile la plus brillante du ciel nocturne, affiche une magnitude apparente de -1,46. Vénus à son maximum atteint environ -4,9. La pleine Lune tombe à -12,7. Le Soleil culmine à -26,8. Plus on descend dans les négatifs, plus l'objet est lumineux. À l'autre bout du spectre, la limite de détection de l'œil nu sous un ciel parfait se situe vers la magnitude +6,5. Les jumelles 10x50 atteignent +9,5. Un télescope amateur de 200 mm pousse jusqu'à +13,5. Hubble descend vers +31. Le JWST franchit la barre des +32. Cette inversion est un héritage direct d'Hipparque. Il avait classé les étoiles par rangs visuels, et il était naturel pour lui d'appeler « première » la classe la plus brillante. Pogson n'a pas touché à cette logique. Il a juste figé les marches. La seconde propriété, c'est le caractère logarithmique. La perception humaine de la lumière n'est pas linéaire. Doubler le flux photonique reçu par l'œil ne double pas la sensation de brillance. La psychophysique, formalisée par Fechner au XIXe siècle, montre que l'œil répond à peu près au logarithme du stimulus. Les anciens classaient donc par sensations égales, pas par flux égaux. Quand Pogson mesure que les étoiles classées « 1 » envoient environ 100 fois plus de photons que celles classées « 6 », il choisit délibérément de garder ce facteur 100 sur cinq marches. Il en tire la formule : ``` m₁ - m₂ = -2,5 · log₁₀(F₁ / F₂) ``` où m₁ et m₂ sont les magnitudes apparentes des deux objets et F₁, F₂ leurs flux mesurés. Le signe négatif rend l'échelle inversée. Le facteur -2,5 vient de la contrainte « 5 magnitudes = 100x flux », parce que log₁₀(100) = 2 et que 2/5 = 0,4. L'inverse de 0,4, c'est 2,5. Le facteur 2,512 par marche, lui, n'est autre que 100^(1/5), soit la racine cinquième de cent. Pas un nombre rond. Une conséquence purement mathématique du choix initial. La troisième propriété, c'est la référence. Pogson n'a pas eu le dernier mot. Pendant longtemps, l'étoile Véga (alpha Lyrae) a servi de zéro absolu : par convention, V = 0,03 dans le système moderne. Le système Vega est resté en usage jusqu'à ce que les magnitudes AB (basées sur la densité spectrale de flux en jansky) prennent le relais pour les travaux extragalactiques. Les deux systèmes coexistent. La plupart des cartes d'observation grand public utilisent toujours le système Vega. ## Que veut dire « magnitude absolue », et pourquoi 10 parsecs ? La magnitude apparente m mesure ce que nous voyons depuis la Terre. Elle dépend de deux choses : la luminosité intrinsèque de l'objet, et sa distance. Une étoile très brillante mais très lointaine peut paraître plus faible qu'une étoile médiocre mais proche. C'est exactement le piège que tend Sirius. Brillante magnitude -1,46 vue depuis la Terre, elle n'est en réalité que modestement lumineuse comparée à des géantes lointaines. Sa magnitude absolue M_V vaut +1,42, soit à peine 25 fois la luminosité intrinsèque du Soleil. Rigel, dans Orion, paraît beaucoup moins brillante depuis la Terre (m_V = +0,12) mais c'est une supergéante bleue de M_V = -7,8, soit environ 120 000 fois la luminosité solaire. À distance égale, Rigel écraserait Sirius comme un projecteur de stade écrase une bougie. Pour comparer les luminosités intrinsèques, les astronomes ont donc défini la magnitude absolue M. Elle correspond à la magnitude apparente qu'aurait l'objet s'il était placé à 10 parsecs de l'observateur, sans absorption ni rougissement. Le Soleil, ramené à cette distance, brillerait à M_V = +4,83. Une étoile à peine visible à l'œil nu depuis un site rural moyen. Notre étoile, à 10 parsecs, ne se distinguerait guère. Pourquoi 10 parsecs et pas 1 parsec, ou 100 ? Le choix n'est ni rond ni évident. Il vient en partie de la commodité historique : 10 parsecs, c'est un peu plus de 32,6 années-lumière, soit l'ordre de grandeur des distances stellaires « proches ». Plus précisément, à cette distance, une étoile dont la magnitude apparente est connue se ramène à une magnitude absolue par une formule simple, le module de distance : ``` m - M = 5 · log₁₀(d) - 5 ``` où d est la distance exprimée en parsecs. La différence entre magnitude apparente et magnitude absolue ne dépend plus que de la distance. Si vous connaissez l'une et la distance, vous déduisez l'autre. Si vous mesurez les deux par d'autres méthodes (céphéides, supernovae Ia), vous remontez à la distance. Le module de distance est l'outil pivot de toute la cosmologie observationnelle. Pour la Grande Nuage de Magellan, il vaut environ 18,5. Pour Andromède (M31), environ 24,4. Pour les galaxies les plus lointaines, il dépasse 50. Le parsec lui-même a une histoire à part. Le mot a été proposé en 1913 par Herbert Hall Turner, comme contraction de « parallax-second ». Il désigne la distance à laquelle une unité astronomique (le rayon moyen de l'orbite terrestre) sous-tend un angle d'exactement une arcseconde. La résolution IAU 2015 fixe la valeur à 648 000/π unités astronomiques, soit environ 30 857 milliards de kilomètres ou 3,26156 années-lumière. Cette définition trigonométrique en fait l'unité naturelle des distances stellaires : Proxima Centauri est à 1,30 parsec, parce que sa parallaxe annuelle vaut 0,769 arcseconde. ## Comment relier toutes ces magnitudes en pratique ? Le calcul du module de distance s'utilise dans les deux sens. Prenons un exemple proche : Sirius. Magnitude apparente m_V = -1,46, distance d = 2,64 parsecs (mesurée par parallaxe avec Hipparcos puis Gaia). Le module vaut : ``` m - M = 5 · log₁₀(2,64) - 5 = 5 · 0,422 - 5 = -2,89 ``` Donc M_V = m - (m-M) = -1,46 - (-2,89) = +1,43. La valeur tabulée est +1,42. L'écart d'un centième vient de l'arrondi des inputs. Réciproquement, si une supernova Ia atteint m_V = +14 à son pic dans une galaxie lointaine, et qu'on sait qu'elle a une magnitude absolue M_V ≈ -19,3 (la « bougie standard » qui fonde la cosmologie moderne), le module vaut +33,3 et la distance se déduit : ``` d = 10^((33,3+5)/5) = 10^7,66 ≈ 46 millions de parsecs ≈ 150 millions d'années-lumière. ``` Tout l'édifice des distances extragalactiques tient sur cette équation, par marches successives. Parallaxes Gaia pour les étoiles proches. Céphéides pour les amas proches et la Voie lactée. Supernovae Ia pour les galaxies hôtes. Cette chaîne, qu'on appelle l'échelle des distances cosmologiques, est ce qui donne sa valeur de précision à la constante de Hubble. Pour la mesurer, il faut savoir comparer des magnitudes apparentes à des magnitudes absolues sur huit ordres de grandeur de distance, sans casser le maillon. Chaque calibration de céphéide qu'on affine, chaque parallaxe Gaia raffinée, c'est un grain de sable en moins dans le module. Une complication arrive avec l'extinction interstellaire. Les poussières du disque galactique absorbent et rougissent la lumière, surtout dans les bandes bleues. La formule corrigée devient : ``` m - M = 5 · log₁₀(d) - 5 + A_V ``` où A_V est le coefficient d'extinction visuel, exprimé en magnitudes. Dans le plan galactique, vers le centre de la Voie lactée, A_V peut dépasser 30 magnitudes, ce qui rend les étoiles invisibles en optique et oblige à passer en infrarouge. C'est pour ça que le JWST, avec ses détecteurs NIRCam et MIRI, voit le bulbe central que Hubble n'a jamais réussi à percer. ## Que mesurent les filtres B, V, R, et l'indice de couleur ? Toutes les magnitudes ne se valent pas, parce qu'elles ne mesurent pas la même portion du spectre. Le système photométrique standard UBV, proposé par Harold Johnson et William Morgan en 1953, définit trois bandes : U (ultraviolet, centré sur 365 nm), B (bleu, 445 nm), V (visible jaune-vert, 551 nm). La magnitude V s'aligne approximativement sur la sensibilité de l'œil humain en vision photopique. Les magnitudes B et U mesurent l'éclat bleu et ultraviolet. Plus tard, on a ajouté R (rouge), I (proche infrarouge), J, H, K (infrarouge plus lointain) pour suivre les étoiles froides et les objets rougis par les poussières. L'indice de couleur B-V est la différence entre la magnitude B et la magnitude V de la même étoile. Une étoile très chaude rayonne surtout dans le bleu et l'ultraviolet, donc sa magnitude B est plus basse (plus lumineuse) que sa magnitude V. L'indice B-V est négatif. Rigel affiche un B-V de -0,03. À l'inverse, une étoile froide rayonne surtout dans le rouge et l'infrarouge, son flux V est plus fort que son flux B, et B-V devient positif. Bételgeuse, supergéante rouge, dépasse +1,85. Le Soleil, étoile jaune de type G2V, se situe à B-V = +0,656. L'indice de couleur donne une lecture directe de la température effective de la photosphère. La formule de Ballesteros (2012) permet une conversion approximative : ``` T = 4 600 K · [1/(0,92·(B-V)+1,7) + 1/(0,92·(B-V)+0,62)] ``` Une étoile à B-V = -0,3 grimpe au-delà de 30 000 K (type spectral B). À B-V = +1,5, on tombe sous 3 500 K (type M, naines rouges). C'est avec cette logique que se construit le diagramme de Hertzsprung-Russell, qui place chaque étoile sur un plan (B-V, M_V) et qui sépare immédiatement la séquence principale des géantes, supergéantes et naines blanches. Pour les objets très chauds ou très froids, la magnitude V ne capture qu'une fraction de l'énergie rayonnée. Une étoile O5 émet 80 % de son flux total en ultraviolet ; une naine M dépose son énergie dans l'infrarouge. La magnitude bolométrique M_bol intègre tout le spectre, du gamma au radio. On la relie à M_V par la correction bolométrique BC : ``` M_bol = M_V + BC ``` Pour le Soleil, BC ≈ -0,08, et M_bol vaut +4,74 (résolution IAU 2015). Pour une étoile O très chaude, BC peut atteindre -4,3 ; la magnitude bolométrique est bien plus brillante que la V. Pour une géante M très froide, BC peut atteindre -1,3 pour la même raison physique opposée. Les astronomes qui modélisent l'évolution stellaire raisonnent toujours en M_bol, parce que c'est le seul nombre qui mesure la luminosité totale, en watts. ## Que voit l'œil nu, que voient les jumelles, que voit Hubble ? La magnitude limite de l'œil nu dépend essentiellement de la pollution lumineuse. L'échelle de Bortle, proposée par John E. Bortle en 2001 dans _Sky and Telescope_, classe les sites d'observation en 9 niveaux. Bortle 1, un site désertique d'altitude sans aucune lumière artificielle, autorise des magnitudes naked-eye limiting magnitude (NELM) de 7,6 à 8,0. Bortle 4, périphérie rurale tranquille, descend à 6,3-6,5. Bortle 5, banlieue classique, plafonne entre 5,6 et 6,0. Bortle 8, ciel urbain, ne dépasse pas 4,1-4,5. Bortle 9, plein centre-ville, tombe sous 4,0. La différence d'une magnitude entre Bortle 4 et Bortle 5, c'est un facteur 2,5 dans le nombre d'étoiles visibles. Entre Bortle 1 et Bortle 9, c'est presque cinq cents fois plus d'étoiles dans le ciel rural. C'est aussi elle qui décide de ce que vous verrez des [Lyrides d'avril, la pluie d'étoiles filantes de la comète Thatcher](/lyrides-avril-2026-pluie-etoiles-filantes-comete-thatcher-observation). La [nébuleuse Trifide, photographiée par Hubble pour ses 36 ans](/hubble-36-ans-nebuleuse-trifide-24-avril-2026-anniversaire), obéit à la même règle pour qui la cherche aux jumelles. Pour un instrument optique, la magnitude limite s'estime par une formule simple : ``` m_lim = 5 · log₁₀(D) + N ``` où D est le diamètre du télescope en centimètres et N une constante qui dépend du grossissement et des conditions atmosphériques, typiquement entre 6,8 et 8,7. Une paire de jumelles 50 mm sous un bon ciel atteint la magnitude 9,5. Un Dobson 200 mm pousse à 13,5. Un télescope amateur d'un mètre, monté sur site sombre avec une caméra CMOS refroidie, dépasse 16. Le Keck 10 m de Mauna Kea descend vers la magnitude 25-26. Hubble, avec ses 2,4 m mais hors atmosphère, plafonne à 30-31. L'eXtreme Deep Field publié par Illingworth en 2012 a atteint une limite de détection à 5 sigma de 31,2 mag AB, en combinant deux millions de secondes de pose (vingt-trois jours équivalents) sur un champ minuscule du ciel sud. Les galaxies les plus faibles détectées sont à environ 13,2 milliards d'années-lumière, donc 450 millions d'années après le Big Bang. Le JWST a déplacé la limite. Le programme UNCOVER (Bezanson et al. 2024), pointé sur l'amas Abell 2744, a publié des images NIRCam atteignant 30 AB à 5 sigma sur 28,8 minutes carrées, avec 60 000 sources détectées et un appui de la lentille gravitationnelle de l'amas. La sensibilité infrarouge profonde du JWST permet de voir des objets que Hubble manquait par décalage vers le rouge trop important. Et la combinaison des deux télescopes, dans les surveys ASTRODEEP-JWST de 2024, descend désormais sous la magnitude 31 dans plusieurs bandes simultanées. Cette progression a un sens cosmologique. Chaque magnitude gagnée, c'est un volume d'Univers exploré multiplié par environ 3,98 (le rapport 100^(3/5)). En passant de l'œil nu à Hubble, on a gagné 25 magnitudes, donc on observe un volume d'Univers 10 milliards de fois plus grand. En passant de Hubble au JWST sur les objets les plus profonds, on gagne une magnitude supplémentaire, donc on multiplie encore par 4. Tout en restant sur le même squelette : l'échelle de Pogson de 1856. ## Et si Hipparque revenait aujourd'hui ? Pour comprendre la portée de ce qu'a fait Pogson, il faut imaginer un astronome qui n'a accès qu'à son œil. Hipparque, sur le toit de l'observatoire de Rhodes, classe ses 850 étoiles entre rangs 1 et 6. Il ne sait pas qu'il manipule un logarithme. Il ne sait pas que ce qu'il appelle « première grandeur » correspond, deux mille ans plus tard, à des objets aussi disparates qu'une géante rouge à 600 années-lumière (Bételgeuse) et une naine A blanche à moins de 9 (Sirius). Il ne sait pas que la moitié de ce qu'il appelle « sixième grandeur » est en réalité des étoiles bien plus faibles, mais que son œil ne distingue plus. Pogson, lui, a refermé la boucle. Il a transformé une intuition perceptive en équation. À partir de 1856, mesurer une magnitude n'est plus une affaire d'œil mais de photométrie. La spectroscopie d'Argelander, puis la photographie de Pickering, puis les photomultiplicateurs de Stebbins, puis les CCD de Boksenberg ont permis de mesurer le flux avec des précisions de l'ordre du millième de magnitude. La gamme observable s'est étendue sur cinquante-huit magnitudes, du [Soleil](/analemme-solaire-figure-huit-inclinaison-axiale) (-26,8) aux galaxies les plus faibles du JWST (+32). C'est-à-dire un rapport de flux de 10^23 entre les deux extrémités. Ce qui frappe rétrospectivement, c'est que ce système, bâti sur une métaphore visuelle grecque et une commodité arithmétique anglaise, s'est révélé d'une solidité tenace. Il a survécu à l'invention de la photographie, du spectrographe, de l'électronique, du satellite, du télescope spatial. Il n'a même pas eu besoin d'unités physiques (le watt par mètre carré par hertz, qu'on utilise désormais sous le nom de jansky en radio). Une partie des cartes du ciel publiées en 2026 par l'IAU utilise encore la convention de Pogson, telle qu'il l'a écrite en 1856 dans son tableau d'astéroïdes. Pour un débutant qui découvre l'astronomie, comprendre la magnitude, c'est apprendre une langue. Et comme toute langue, elle a ses faux amis. Une étoile « plus brillante » a un nombre plus petit. Une magnitude absolue n'a rien à voir avec une magnitude apparente, sauf si l'on connaît la distance. Et le ciel qu'on voit ce soir n'est qu'une portion infime des magnitudes que l'humanité sait désormais mesurer. La sixième magnitude qu'Hipparque tenait pour la dernière, le JWST la voit comme un projecteur de stade au milieu de la nuit. ## Sources - [Wikipedia, Apparent magnitude](https://en.wikipedia.org/wiki/Apparent_magnitude) - [Wikipedia, Absolute magnitude](https://en.wikipedia.org/wiki/Absolute_magnitude) - [Wikipedia, Norman Robert Pogson](https://en.wikipedia.org/wiki/Norman_Robert_Pogson) - [Wikipedia, Hipparchus](https://en.wikipedia.org/wiki/Hipparchus) - [Wikipedia, Distance modulus](https://en.wikipedia.org/wiki/Distance_modulus) - [Wikipedia, Color index](https://en.wikipedia.org/wiki/Color_index) - [Wikipedia, Bolometric correction](https://en.wikipedia.org/wiki/Bolometric_correction) - [Wikipedia, Parsec](https://en.wikipedia.org/wiki/Parsec) - [Wikipedia, Bortle scale](https://en.wikipedia.org/wiki/Bortle_scale) - [Wikipedia, Limiting magnitude](https://en.wikipedia.org/wiki/Limiting_magnitude) - [ESA Hubble, eXtreme Deep Field heic1214](https://esahubble.org/news/heic1214/) - [UNCOVER Treasury Survey, Bezanson et al. 2024, ApJ 974 92](https://ui.adsabs.harvard.edu/abs/2024ApJ...974...92B/abstract) - [STScI, JWST Historical Sensitivity Estimates](https://www.stsci.edu/jwst/about-jwst/history/historical-sensitivity-estimates) - [Pogson 1856, Magnitudes of Minor Planets, MNRAS 17, 12](https://articles.adsabs.harvard.edu/full/1857MNRAS..17...12P) --- ## Perséides 12-13 août 2026 : pic 100 météores/heure - URL: https://www.portail-astronomie.fr/perseides-12-13-aout-2026-pic-100-meteores-heure-conditions/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-06-01T06:00:00.000Z - Categories: evenements-celestes La probabilité que la nouvelle Lune tombe à moins d'un jour du pic des Perséides est, selon EarthSky, d'environ 1 sur 15. La dernière occurrence remontait à 2018. La prochaine, après 2026, n'arrivera qu'en 2029. Dit autrement, la nuit du 12 au 13 août 2026 est la meilleure fenêtre d'observation des Perséides offerte à l'hémisphère nord depuis huit ans. Et la précédente avant 2018 remontait à plusieurs années aussi. Si vous ne devez sortir qu'une nuit cet été pour le ciel, c'est celle-là. Pas la nuit des Étoiles labellisée ni le pic théorique d'un autre essaim, celle-là. Le pic est prédit par l'International Meteor Organization (IMO) à 14h53 UTC le 13 août, avec une fenêtre élargie qui s'étire du 12 août 21h UTC au 13 août 09h UTC. Pour un observateur français, la séquence utile se cale entre 02h et 04h UTC le 13 août, soit 04h-06h heure de Paris. ZHR théorique : 100 météores par heure. ZHR réel pour un amateur sous Bortle 3-4 sans Lune : 40 à 60 par heure. C'est rare, c'est documenté, c'est jouable. Et 2026 frappe aussi parce que la Lune disparaît du jeu. ## Pic 14h53 UTC le 13 août : ce que disent les éphémérides L'IMO fixe le maximum d'activité au 13 août à 14h53 UTC dans son calendrier 2026, ce qui correspond à 16h53 heure d'été en France métropolitaine, donc en plein jour pour nous. La donnée brute ne nous sert pas telle quelle. Ce qui nous intéresse, c'est la fenêtre nocturne qui encadre ce pic et qui reste exploitable depuis l'Europe occidentale. EarthSky et In-The-Sky convergent sur une plage large entre le 12 août 21h UTC et le 13 août 09h UTC, avec les taux les plus élevés concentrés entre 02h et 04h UTC le 13. Traduit pour Paris, Lyon, Toulouse, Bordeaux, ça donne une fenêtre prime de 04h à 06h heure locale le 13 août. À ce moment-là, le radiant des Perséides, situé dans la constellation de Persée, culmine haut dans le ciel nord-est. Plus le radiant grimpe, plus la correction trigonométrique sur la ZHR diminue, plus le taux observé approche le taux théorique. La nuit du 11 au 12 août reste également valable, avec une activité déjà très forte de l'essaim, et la nuit du 13 au 14 août sera encore généreuse. Trois nuits jouables, une centrale. J'insiste sur un point que les calendriers grand public passent souvent sous silence : la première moitié de nuit ne sert presque à rien pour les Perséides. Avant minuit, le radiant est trop bas, et la rotation de la Terre nous met en quelque sorte « à l'arrière » du flux de météoroïdes. Les meilleures heures arrivent toujours après minuit, quand l'observateur est tourné dans le sens de marche de la Terre et que le radiant est haut. C'est mécanique, ce n'est pas une recommandation de spécialiste. ## Nouvelle Lune le 12 août : la combinaison rare La Lune entre en phase de nouvelle Lune le 12 août 2026 vers 18h08 heure de Paris, soit quelques heures avant le pic des Perséides. Concrètement, ça veut dire que la Lune ne pollue pas le ciel pendant la nuit centrale d'observation. Elle se couche avant le coucher du soleil, ne réapparaît qu'après le lever du soleil le lendemain. Magnitude limite préservée, fond de ciel noir, météores faibles enfin visibles. Mettons ça en perspective avec 2025. L'an dernier, le pic tombait sous une Lune gibbeuse décroissante éclairée à 87 %. L'IMO avait alors estimé que le ZHR effectif tomberait à 10-20 météores par heure visibles, contre 70-90 en conditions normales. Les amateurs avaient perdu 75 % de la moisson à cause de la pollution lunaire. En 2026, ce facteur de réduction disparaît. Le ZHR théorique de 100 redevient une cible atteignable pour un observateur installé sous Bortle 3, et un observateur urbain en Bortle 6-7 pourra quand même espérer 15-25 météores par heure, ce qui reste largement supérieur à une nuit ordinaire. Les calculs d'EarthSky le posent en termes statistiques : la probabilité que la nouvelle Lune se trouve à moins de 24 heures du pic des Perséides est de l'ordre de 1 sur 15 sur le long terme. 2018 a coché cette case, 2026 aussi, 2029 sera la prochaine. Trois années en treize ans qui méritent vraiment de poser son trépied. Le reste du temps, on fait avec une Lune plus ou moins gênante. ## Origine : 109P/Swift-Tuttle, comète à 26 km de diamètre Les grains de poussière que la Terre intercepte chaque mois d'août proviennent du noyau de la comète 109P/Swift-Tuttle, identifiée comme source de l'essaim par l'astronome italien Giovanni Schiaparelli en 1865, trois ans seulement après la découverte de la comète par Lewis Swift et Horace Tuttle en juillet 1862. Schiaparelli avait remarqué que l'orbite de la comète et celle de l'essaim coïncidaient quasi parfaitement, et il avait raison. Swift-Tuttle est une bête massive. Son noyau mesure 26 kilomètres de diamètre selon les estimations de la NASA, ce qui en fait l'un des plus gros objets à croiser régulièrement l'orbite terrestre. Sa période orbitale est de 133 ans, son dernier passage au périhélie remonte à décembre 1992, et son prochain retour est attendu en 2125. Entre temps, la traînée de débris qu'elle a semée tout au long de son orbite reste là, et la Terre la traverse chaque mois d'août. Les particules que nous voyons brûler en 2026 ont été éjectées par la comète lors de passages antérieurs, certains remontant à plus de 1 000 ans selon les modèles dynamiques d'Esko Lyytinen et de l'équipe du Finnish Fireball Working Group. Ces météoroïdes arrivent à 58,8 km/s dans la haute atmosphère, soit environ 212 000 km/h. C'est une vitesse moyenne-haute parmi les essaims connus : moins rapide que les Léonides à 71 km/s, beaucoup plus rapide que les Géminides à 35 km/s. À cette vitesse, l'embrasement se produit autour de 80 à 100 km d'altitude, et la traînée lumineuse dure entre une fraction de seconde et plusieurs secondes pour les plus brillants bolides. Les Perséides sont d'ailleurs réputées pour leur fort taux de bolides, ces météores de magnitude inférieure à zéro qui éclairent brièvement le sol. Comptez en gros un à trois bolides par heure pendant la nuit du pic, en plus du flux continu de météores ordinaires. ## ZHR 100 : ce que vous verrez vraiment Il faut désamorcer un malentendu fréquent. Le taux horaire zénithal de 100, c'est ce que verrait un observateur parfait, sous un ciel parfait, avec le radiant exactement au zénith. Aucun de nous ne remplit ces conditions. Trois corrections viennent rogner ce chiffre, et il faut les comprendre pour ne pas être déçu. Première correction, la hauteur du radiant au-dessus de l'horizon. À 04h heure locale le 13 août, le radiant des Perséides culmine entre 60 et 70° de hauteur depuis la France métropolitaine. La perte est limitée, mais elle existe : on tombe autour de 80-85 % de la ZHR théorique pour ce facteur seul. Plus tôt dans la nuit, le radiant est plus bas et la perte plus sévère. À 22h, vous tournez autour de 30-40 % du potentiel. Deuxième correction, la magnitude limite du ciel. Sous un Bortle 1 (ciel noir absolu, magnitude limite 7,5), vous voyez tout. Sous un Bortle 4 (ciel rural typique, magnitude limite 6), vous perdez les météores les plus faibles, ce qui ampute la moisson de 30 à 40 %. Sous un Bortle 6 (banlieue), la perte monte à 60-70 %. Sous un Bortle 8-9 (centre-ville), vous ne voyez que les bolides et quelques météores brillants : 5-10 par heure dans le meilleur des cas. Troisième correction, la fatigue de l'observateur. Aucun amateur n'arrive à maintenir une vigilance maximale pendant plus de 20-30 minutes d'affilée. Vos paupières clignent, votre champ visuel se rétrécit, vous ratez des météores qui passent en périphérie. Compter 75 % d'efficacité réelle est une estimation honnête pour une session d'une heure. Multipliez les trois facteurs pour un cas réaliste : observateur sous Bortle 3-4, fenêtre 04h-06h, fatigue normale. Vous arrivez à 100 × 0,85 × 0,65 × 0,75, soit environ 40 météores par heure réellement vus. C'est le chiffre crédible pour un amateur appliqué sous un bon ciel français en 2026. Ne croyez personne qui vous promet 100 météores par heure à l'œil nu : c'est physiquement impossible aux latitudes européennes, ZHR ou pas ZHR. ## Où observer en France : RICE et zones refuges Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Géminides 2026 : pic à 120 météores/h le 13-14 décembre](/geminides-13-14-decembre-2026-pic-150-meteores-heure-asteroide-phaethon). La France compte actuellement quatre Réserves internationales de ciel étoilé (RICE) labellisées par DarkSky International, plus une nouvelle entrée récente. Le Pic du Midi de Bigorre dans les Hautes-Pyrénées, labellisé en décembre 2013, fut le premier site européen. Le Parc national des Cévennes a obtenu son label le 13 août 2018, jour symbolique pour un pic Perséides, et reste la plus grande réserve européenne. Le Parc national du Mercantour a rejoint le club plus récemment, et le Parc naturel régional de Millevaches dans le Limousin également. Les Landes de Gascogne ont décroché leur label en février 2025. Pour les Perséides, l'objectif n'est pas forcément d'atteindre une RICE. Le radiant se lève au nord-est et culmine très haut, ce qui simplifie le problème par rapport à un essaim à radiant bas comme les Éta Aquariides de mai. Un parc périurbain à 30-40 km d'une grande ville, avec un horizon nord-est dégagé et sans lampadaire direct dans le champ de vision, fait largement l'affaire. La règle d'or : trouver un endroit où vous voyez la Voie lactée à l'œil nu. Si elle est visible, votre Bortle est inférieur ou égal à 4, et le ZHR observé sera proche de l'optimum réaliste. Pour les puristes qui veulent maximiser la moisson, le Pic du Midi à 2 877 m d'altitude offre une transparence atmosphérique imbattable et un horizon nord-est complètement dégagé. Réservation obligatoire pour l'accès nocturne au sommet. Le Parc national des Cévennes propose plusieurs spots accessibles en voiture, dont le secteur du Mont Aigoual au sud et celui du Mont Lozère au nord. Les Causses du Quercy, sans label DarkSky officiel mais labellisés « Villes et Villages Étoilés », abritent l'un des ciels les plus protégés du sud-ouest. Le Morvan reste le spot RICE le plus accessible depuis Paris et la moitié nord, à environ 47° de latitude. Pour une approche complémentaire des sites d'observation et des techniques, lisez notre [guide d'observation des Éta Aquariides de mai 2026 et de la comète de Halley](/eta-aquariides-mai-2026-observation-comete-halley-guide), qui détaille spot par spot les RICE françaises et les pratiques d'adaptation à l'obscurité. ## Préparation : matériel, vêtements, méthode Aucun matériel optique. Pas de jumelles, pas de télescope. Leur champ de vision est de quelques degrés, totalement inadapté à une pluie de météores qui peut surgir n'importe où dans le ciel. L'œil nu reste le meilleur capteur, parce qu'il offre un champ de 180° vertical et 200° horizontal sans transition. C'est contre-intuitif pour qui débute en astronomie, mais c'est validé par tous les observateurs aguerris. Le confort est l'autre clé. Une chaise longue inclinée à 45° ou un matelas gonflable au sol permettent de tenir une heure sans crampe cervicale. Un sac de couchage léger ou une couverture polaire, même en plein mois d'août. À 04h du matin sous un ciel clair, en altitude, la température peut chuter à 10-12°C, et l'humidité monte vite. Boisson chaude en thermos, lampe frontale en mode rouge pour préserver la vision nocturne. Un téléphone éteint ou en mode avion écran face contre sol : un seul coup d'œil sur un écran blanc et il faut 20 minutes pour récupérer la sensibilité oculaire. Côté méthode, deux écoles. L'œil nu pur, regard dirigé à 45° au-dessus du radiant, soit grosso modo plein nord-est inclinaison 60°. C'est le placement statistiquement optimal selon les études de l'IMO : les Perséides apparaissent partout dans le ciel, mais leurs traînées sont plus longues et plus spectaculaires quand on regarde à distance angulaire du radiant. Deuxième école, le balayage actif : on parcourt lentement le ciel en arc de cercle, ce qui augmente le taux de détection mais fatigue plus vite. Pour une session courte d'une heure, l'œil nu fixe est plus efficace. Si vous photographiez, partez sur un grand angle f/2,8 ou plus lumineux, ISO 1600 à 3200, pose 15-25 secondes, intervalle court entre déclenchements. Trépied stable obligatoire, télécommande ou intervallomètre. Cadrez large vers le nord-est en incluant un peu de premier plan terrestre (arbre, relief, silhouette d'observateur) pour donner de l'échelle. Préparez-vous à shooter pendant 2-3 heures pour obtenir 1 à 3 bonnes captures de météores : c'est la statistique typique, même les nuits favorables. Un déclenchement automatique toutes les 20 secondes pendant 3 heures représente 540 prises, parmi lesquelles vous aurez peut-être 5 météores nets. ## Les Perséides dans le calendrier 2026 : pourquoi cette nuit pèse lourd L'année 2026 a un calendrier de pluies de météores contrasté. Les Lyrides d'avril sont passées sans éclat, les Éta Aquariides de mai ont été gâchées par la Lune gibbeuse, les Delta Aquariides et Alpha Capricornides de fin juillet tombent en pleine Lune, les Perséides de la mi-août bénéficient de la nouvelle Lune. Pour le grand public et pour les amateurs, c'est le seul rendez-vous estival 2026 qui combine taux élevé et conditions lunaires optimales. La nuit des Étoiles labellisée par l'AFA tombera cette année autour du week-end du 7-8-9 août, donc juste avant le pic, ce qui ouvrira un week-end de manifestations publiques dans les associations d'astronomie françaises. Au-delà du grand public, les Perséides 2026 intéressent aussi les chercheurs. Les modèles dynamiques de Mikiya Sato et de l'équipe de la Hiratsuka City Museum prédisent des sursauts secondaires possibles autour de la nuit principale, liés à des filaments de poussières plus jeunes croisés par la Terre. L'astronome finlandais Esko Lyytinen avait projeté que 2028 pourrait voir une tempête Perséide exceptionnelle dépassant 1 000 météores par heure, hypothèse qui reste à confirmer mais qui rappelle que les Perséides peuvent encore surprendre. L'IMO encourage les observateurs amateurs à reporter leurs comptages via le formulaire de soumission visuelle de l'organisation : ces données nourrissent les modèles, et chaque rapport compte. Le retour de 109P/Swift-Tuttle en 2125 fait également l'objet d'une attention particulière. Une note de la NASA en 1992 avait initialement calculé une probabilité non nulle d'impact terrestre lors d'un passage en 2126, hypothèse rapidement écartée par des observations supplémentaires qui ont raffiné l'orbite. La comète passera à environ 22,9 millions de kilomètres de la Terre, soit 60 fois la distance Terre-Lune. Aucun danger, donc, mais un spectacle astronomique attendu : Swift-Tuttle sera alors visible à l'œil nu, comme elle le fut en 1992. Aucun d'entre nous ne sera là pour la voir. Nos petits-enfants peut-être. Pour rester dans les rendez-vous célestes 2026 qui valent vraiment le déplacement, lisez aussi notre [analyse du duo Delta Aquariides et Alpha Capricornides de fin juillet 2026](/delta-aquariides-alpha-capricornides-juillet-2026), qui pose le décor du mois précédent et explique pourquoi la mécanique lunaire de cette année favorise sans ambiguïté août sur juillet. Et pour comprendre comment les comètes alimentent durablement les essaims météoritiques, notre [guide sur les Lyrides d'avril 2026 et la comète Thatcher](/lyrides-avril-2026-pluie-etoiles-filantes-comete-thatcher-observation) creuse le sujet de la persistance des courants de poussière sur des siècles. ## La nuit, le ciel, et nous Il faut le dire simplement. Les Perséides du 13 août 2026 ne sont pas une fenêtre d'observation parmi d'autres. C'est une conjonction rare qui n'arrive qu'environ une fois tous les sept ans en moyenne : un essaim majeur qui pique au plus haut, une nouvelle Lune qui efface toute pollution céleste, une période estivale qui rend la nuit plus accessible logistiquement. La dernière fois remontait à 2018. La prochaine sera 2029. Si vous êtes en France pendant cette semaine du 10 au 14 août, sortez la nuit du 12 au 13. Pas pour le sport, pour vous. L'astronomie d'observation à l'œil nu reste l'une des dernières activités humaines accessibles à tout le monde, gratuitement, sans inscription, sans matériel hors de portée. Une chaise pliante, un thermos, deux heures de patience, un endroit raisonnablement sombre. Le retour sur investissement est sans concurrence dans le calendrier des loisirs : 30 à 50 météores qui traversent le ciel, certains assez brillants pour qu'on les commente à voix haute. Plus une Voie lactée qui se déploie en bandeau diagonal du sud au nord, parce qu'à minuit du 12 août, le centre galactique passe encore au sud-ouest. Cadeau bonus inclus dans le prix. Une dernière remarque, plus terre à terre. Préparez l'expédition avant. Reconnaissance du spot la veille ou en journée, repérage des accès, vérification des restrictions d'accès nocturne en zone protégée (certains parcs nationaux ferment la nuit). Météo : la nuit du 12 au 13 août est statistiquement plus claire dans le sud-est et le sud-ouest qu'en Bretagne ou dans le nord, mais ça se vérifie 48 heures avant sur Météo-France et MeteoBlue. Repli en altitude si une couche basse de stratocumulus est annoncée en plaine. Et si une couche couvre tout le pays, ce qui arrive, restez chez vous. Pas de météores cette nuit-là, et rien ne le compensera. Les nuits du 11-12 et du 13-14 août restent jouables avec une activité encore élevée, donc gardez un plan B. Le ciel ne nous attend pas. Cette nuit-là, il nous donne quelque chose. À nous d'aller le prendre. ## Sources - International Meteor Organization, [Meteor Shower Calendar 2026](https://www.imo.net/resources/calendar/) - International Meteor Organization, [IMO Meteor Shower Calendar PDF 2026](https://www.imo.net/files/meteor-shower/cal2026.pdf) - EarthSky, [Perseid meteor shower 2026: All you need to know](https://earthsky.org/astronomy-essentials/everything-you-need-to-know-perseid-meteor-shower/) - NASA Science, [109P/Swift-Tuttle](https://science.nasa.gov/solar-system/comets/109p-swift-tuttle/) - NASA Science, [Perseid meteor shower](https://science.nasa.gov/solar-system/meteors-meteorites/perseids/) - American Meteor Society, [Meteor Shower Calendar 2026-2027](https://www.amsmeteors.org/meteor-showers/meteor-shower-calendar/) - In-The-Sky, [Perseid meteor shower 2026](https://in-the-sky.org/news.php?id=20260813_10_100) - Time and Date, [Perseids Meteor Shower 2026](https://www.timeanddate.com/astronomy/meteor-shower/perseid.html) - Stelvision, [Observer les étoiles filantes des Perséides en 2026](https://www.stelvision.com/astro/les-etoiles-filantes-des-perseides/) - Wikipedia, [Perseids](https://en.wikipedia.org/wiki/Perseids) - Wikipedia, [Comet Swift-Tuttle](https://en.wikipedia.org/wiki/Comet_Swift%E2%80%93Tuttle) - Sky and Telescope, [Bortle Dark-Sky Scale](https://skyandtelescope.org/astronomy-resources/light-pollution-and-astronomy-the-bortle-dark-sky-scale/) - Parc national des Cévennes, [Réserve internationale de ciel étoilé](https://www.cevennes-parcnational.fr/fr/des-actions/gerer-et-preserver-les-patrimoines/le-ciel-etoile-et-lenvironnement-nocturne) --- ## Saturne en juillet 2026, anneaux à 5° avant opposition - URL: https://www.portail-astronomie.fr/saturne-opposition-juillet-2026-anneaux-quasi-disparus-observation/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-05-31T06:00:00 - Categories: observation En juillet 2026, Saturne se lève deux heures avant le Soleil dans la constellation de Cetus, avec ses anneaux inclinés à environ 5° par rapport à notre ligne de visée. Le 27 juillet, la planète entre en mouvement rétrograde et amorce la marche vers son opposition du 4 octobre. C'est la fenêtre la plus étrange depuis le début des observations télescopiques de l'ère moderne : les anneaux n'ont jamais été aussi fins depuis 2009. L'essentiel d'entrée : Saturne brille à magnitude 0,7 en juillet, son diamètre apparent atteint environ 18 secondes d'arc, et le système d'anneaux montre la face sud à un angle quasi horizontal. Pour observer correctement, il faut un télescope de 60 mm minimum, attendre que la planète monte à plus de 30° au-dessus de l'horizon, et viser une nuit calme atmosphériquement. Le reste de cet article entre dans le détail technique. ## Pourquoi les anneaux paraissent si fins en juillet 2026 Le 23 mars 2025, la Terre est passée précisément par le plan des anneaux de Saturne. Pendant quelques heures, les anneaux ont littéralement disparu de la vue : leur épaisseur réelle, environ 10 mètres pour les plus larges, ne représente rien à l'échelle de 1,2 milliard de kilomètres qui nous séparent. Ce phénomène, appelé passage par le plan des anneaux ou ring plane crossing, revient deux fois par année saturnienne de 29,5 années terrestres. Depuis ce passage, les anneaux s'ouvrent progressivement. En juillet 2026, l'inclinaison atteint environ 5° par rapport à la Terre, et 7,5° au moment de l'opposition du 4 octobre. Pour situer : en 2017, lors du précédent maximum, l'inclinaison était de 27°. La différence visuelle est radicale. Là où Saturne offrait habituellement deux ellipses dorées encadrant le globe, l'observateur de 2026 voit une ligne brillante qui traverse la planète d'est en ouest, presque sans courbure. C'est cette configuration qui rend la période historique. Le précédent passage par le plan des anneaux remonte à 2009, et la prochaine occurrence n'arrivera qu'en 2038-2039 selon les calculs publiés par l'IMCCE et l'observatoire de Paris. Entre les deux, Saturne aura traversé un cycle complet de saisons et présenté son hémisphère nord, puis son hémisphère sud à nouveau. La fenêtre 2025-2027 ne se reproduira pas avant la décennie 2040. ## Position de Saturne dans le ciel en juillet 2026 Saturne se trouve dans la constellation de Cetus, la Baleine, depuis février 2026. Cette constellation est discrète, peu lumineuse, étendue sous l'écliptique entre les Poissons et l'Éridan. En juillet, la planète se lève vers 1h du matin heure locale française et culmine à environ 30° au-dessus de l'horizon sud-est juste avant l'aube. C'est haut sans être idéal : on travaille à travers une masse d'atmosphère sensiblement plus épaisse qu'au zénith, ce qui limite la qualité des images. Le 27 juillet 2026, Saturne entre en mouvement rétrograde. Elle semble s'arrêter, puis remonter vers l'ouest contre le fond d'étoiles. Cette illusion provient de la combinaison des vitesses orbitales : la Terre, plus rapide sur son orbite intérieure, double Saturne et provoque un effet de dépassement visuel. La rétrogradation dure jusqu'au 10 décembre 2026. L'opposition tombe au milieu, le 4 octobre à 12h21 TU, soit 14h21 heure de Paris. Pour repérer Saturne sans télescope, le plus simple en juillet reste la conjonction du 7 : la Lune en croissant passe à quelques degrés de la planète juste avant le lever du Soleil. La Lune sert de phare. Une fois Saturne identifiée, son éclat constant à magnitude 0,7 la distingue immédiatement des étoiles environnantes de Cetus, dont la plus brillante, Diphda (beta Ceti), brille à magnitude 2,0. Si vous suivez aussi [les Delta Aquariides et Alpha Capricornides en juillet 2026](/delta-aquariides-alpha-capricornides-juillet-2026), Saturne est observable la même nuit, environ à 30° à l'ouest des deux radiants. Une session matinale unique peut couvrir les trois cibles. ## Quel télescope pour observer Saturne en 2026 La règle générale tient en une phrase : 60 mm minimum pour voir les anneaux, 100 mm pour distinguer la division de Cassini, 150 mm pour commencer à voir des bandes nuageuses sur le globe. Avec l'inclinaison réduite de 2026, ces seuils se durcissent légèrement parce que les détails dans les anneaux deviennent plus difficiles à isoler. À 60 mm, Saturne apparaît comme une bille beige avec une ligne sombre qui la traverse. C'est suffisant pour reconnaître la planète et constater que oui, elle a quelque chose autour. À 70 mm, l'élargissement des anneaux devient perceptible : on voit qu'ils dépassent du disque. À 90 mm, le système d'anneaux prend du relief, et l'ombre du globe sur les anneaux devient visible aux abords de l'opposition. C'est l'aperture où l'observation devient gratifiante. À partir de 100 mm, la division de Cassini, gap de 4 800 km entre l'anneau A et l'anneau B, redevient visible. En 2026, l'angle d'inclinaison rend la division plus délicate qu'en 2017, mais elle reste accessible sur les nuits stables avec un grossissement supérieur à 150x. Je conseille un oculaire de focale courte, autour de 6 à 8 mm sur un télescope de 1000 mm de focale, ce qui donne 125 à 167x. Sur un Dobson de 200 mm bien collimaté, Cassini saute aux yeux sur les bonnes nuits. Au-delà de 200 mm, on entre dans le territoire des bandes nuageuses, de l'hexagone polaire nord (très difficile depuis le sol), et des spokes occasionnels dans l'anneau B. Le hic : avec l'inclinaison de 5 à 7° en 2026, les spokes deviennent quasi-invisibles parce que la projection écrase leur dimension radiale. Il faut attendre les années suivantes pour les retrouver dans de bonnes conditions. Pour le choix de l'oculaire, ne tombez pas dans le piège du grossissement maximal théorique. Avec un seeing moyen, on ne dépasse jamais utilement 200x quel que soit le diamètre. Au-delà, l'image se brouille et on perd de la finesse. Mieux vaut un grossissement modéré sur une image nette qu'un fort grossissement sur du flou. ## Le rôle critique du seeing atmosphérique Le seeing désigne la qualité de l'atmosphère locale et conditionne plus que tout le diamètre du télescope. Une lunette de 80 mm sur une nuit calme bat un 200 mm sur une nuit turbulente. Pour Saturne en 2026, la combinaison du faible angle d'inclinaison des anneaux et de l'altitude modérée au-dessus de l'horizon rend le seeing particulièrement déterminant. Le premier facteur reste l'altitude. À 30° au-dessus de l'horizon, on traverse deux fois plus d'atmosphère qu'au zénith. La turbulence et la dispersion atmosphérique dégradent immédiatement la résolution. Attendre que Saturne grimpe ne suffit pas en juillet, parce qu'elle culmine juste avant l'aube. La parade consiste à viser les nuits d'été où les anticyclones stabilisent les couches hautes, et à privilégier les sites élevés en altitude. Vient ensuite la couche limite locale autour du télescope. Un instrument sorti du salon chaud transmet ses calories à l'air ambiant pendant une heure et demie. Pendant ce temps, l'image scintille violemment. Sortez le télescope au moins 45 minutes avant l'observation. Sur un Schmidt-Cassegrain ou un Dobson de gros diamètre, comptez plutôt une heure. Le miroir doit atteindre la température extérieure. Reste l'observateur lui-même. La perception fine des détails planétaires se construit avec la patience. Les moments de seeing parfait durent quelques secondes, parfois quelques fractions de seconde, et ils alternent avec des minutes de bouillie. L'œil exercé attend ces instants et mémorise les détails entrevus. Un débutant qui regarde dix secondes voit du flou. Un observateur qui regarde dix minutes voit la division de Cassini. J'ai longtemps cru au mythe du grossissement maximal. Ce n'est qu'à force de sessions Saturne sur mon Dobson 254 mm que j'ai compris : 180x bien posé bat 350x dans la turbulence. La règle d'or : si le contraste augmente quand vous baissez le grossissement, vous étiez trop fort. ## Les lunes de Saturne accessibles en amateur Saturne possède 274 lunes confirmées en 2026, dont sept sont observables avec un équipement amateur courant. Voici la hiérarchie pratique par magnitude : Titan, magnitude 8,4. La plus brillante, visible aux jumelles 10x50 par nuits sombres. Au télescope, c'est une étoile orangée qui orbite autour de Saturne en 15,9 jours. Son atmosphère épaisse d'azote et de méthane lui donne une teinte chaude reconnaissable. Titan est aussi la cible de la mission Dragonfly de la NASA, dont le lancement est prévu en juillet 2028 pour une arrivée en 2034. Un rotor de 450 kg posera ses pieds sur Titan et explorera la chimie prébiotique de sa surface. Rhéa, magnitude 9,7. Accessible dès 75 mm de diamètre. Deuxième lune la plus brillante, elle orbite en 4,5 jours et reste relativement proche de Saturne, ce qui peut la rendre difficile à isoler dans l'éclat du globe. Téthys et Dioné, magnitudes 10,3 et 10,4. Visibles avec 90 mm minimum. Téthys orbite en 1,9 jour, Dioné en 2,7 jours. Leurs positions changent d'une nuit à l'autre et il est instructif de tenir un carnet de croquis pour les voir bouger. Japet, magnitude variable de 10,1 à 11,9. Particularité unique : Japet possède un hémisphère sombre comme du charbon et un hémisphère brillant comme la neige. Sa magnitude change donc selon sa position orbitale autour de Saturne. À l'élongation ouest, elle culmine à 10,1 ; à l'élongation est, elle descend à 11,9. Il faut un télescope de 150 mm minimum pour la voir à son minimum. Encelade, magnitude 11,8, et Mimas, magnitude 12,9, demandent un télescope de 200 mm ou plus, et un ciel très sombre loin de toute pollution lumineuse. Ces deux lunes restent à seulement quelques secondes d'arc du globe brillant de Saturne, ce qui complique leur séparation visuelle. Sky & Telescope propose un utilitaire interactif en ligne pour calculer leurs positions précises selon la date et l'heure. L'observation des lunes prend tout son sens quand on les suit sur plusieurs nuits. Voir Titan se déplacer de l'est à l'ouest puis revenir donne une sensation concrète du système solaire en mouvement, qu'aucune image figée ne peut transmettre. ## Aucune sonde n'observe Saturne en 2026 C'est un point peu connu : Saturne n'est plus visitée par aucun engin spatial depuis le 15 septembre 2017, date de la fin volontaire de la mission Cassini. La sonde de la NASA et de l'ESA avait orbité autour de Saturne pendant 13 ans, accumulé 453 000 images et 635 gigaoctets de données scientifiques, avant d'être précipitée dans l'atmosphère de la planète pour éviter toute contamination biologique des lunes glacées potentiellement habitables. Depuis, le système saturnien est dans un trou noir d'observation directe. Les images obtenues proviennent uniquement de télescopes terrestres ou spatiaux : Hubble pour le visible, Webb pour l'infrarouge, et VLT pour la haute résolution adaptative. La NASA et l'ESA publient régulièrement des comparaisons combinées, comme [les images Webb et Hubble assemblées sur Saturne en mars 2026](/webb-hubble-saturne-infrarouge-visible-2026). La mission Dragonfly, déjà mentionnée, atterrira sur Titan en 2034. Aucune mission orbitale n'est prévue avant cette date. Les propositions de Saturn Probe ou d'Enceladus Orbilander, étudiées par le Decadal Survey 2023 de l'Académie nationale des sciences américaine, sont positionnées pour la décennie 2030-2040 et dépendent des budgets fédéraux. Concrètement, un observateur amateur en 2026 voit Saturne avec exactement les mêmes outils qu'un professionnel en imagerie planétaire : un télescope au sol, une caméra rapide pour le lucky imaging, et beaucoup de patience. Cette situation rend les sessions amateurs plus précieuses qu'on ne le pense. Les images des planètes prises par des observateurs équipés correctement, autour de 250 à 350 mm de diamètre, rivalisent désormais avec ce que produisait Hubble il y a quinze ans. Des bases de données collaboratives comme PVOL (Planetary Virtual Observatory Laboratory) ou ALPO (Association of Lunar and Planetary Observers) compilent ces observations et servent à suivre les variations atmosphériques sur le long terme. ## Le pic du 4 octobre 2026 et l'effet Seeliger L'opposition du 4 octobre 2026 à 12h21 TU est le moment précis où Saturne, la Terre et le Soleil s'alignent. Saturne se lève alors au coucher du Soleil, culmine à minuit local, et se couche au lever du Soleil. Visibilité maximale toute la nuit, magnitude 0,3, distance 8,43 unités astronomiques, soit environ 1,26 milliard de kilomètres. Diamètre apparent : 19,7 secondes d'arc. La planète sera toujours en Cetus, à environ 0h44 d'ascension droite. Dans les heures qui encadrent l'opposition exacte, un phénomène appelé effet Seeliger se manifeste : les anneaux brillent soudain plus que le globe lui-même. Hugo von Seeliger, astronome allemand, décrit le phénomène en 1887 : les particules de glace constituant les anneaux rétrodiffusent fortement la lumière solaire qui leur arrive de face. Comme à l'opposition la Terre se trouve dans l'axe Soleil-Saturne, l'observateur capte ce surcroît de lumière. L'effet est subtil mais mesurable, particulièrement marqué dans l'anneau B, le plus dense. Il dure une dizaine d'heures avant et après l'opposition exacte. Pour profiter pleinement de cette fenêtre, je conseille de programmer trois nuits consécutives autour du 4 octobre, du 3 au soir au 5 au matin. Si le ciel se couvre une nuit, vous gardez les deux autres. Le mois d'octobre offre généralement une bonne stabilité atmosphérique en France métropolitaine, avec des températures encore douces et des inversions thermiques moins prononcées qu'en hiver. L'opposition de Vesta tombe également en octobre 2026, accessible aux jumelles. Voir [l'opposition de Vesta en octobre 2026 et son guide d'observation aux jumelles](/vesta-opposition-octobre-2026-observation-asteroide-jumelles). Combiner les deux cibles dans une même nuit transforme une session ordinaire en marathon planétaire. ## Pourquoi l'angle 2026 mérite vraiment l'effort Beaucoup d'observateurs amateurs vont sauter cette opposition au prétexte que les anneaux ne sont pas "beaux". C'est une erreur. La configuration 2026 est rare précisément parce qu'elle est inhabituelle. Documenter Saturne avec ses anneaux fins, croquer le système, photographier l'aspect "bagué" presque géométrique au lieu de la traditionnelle ellipse, ça construit une mémoire visuelle qui sera précieuse dans dix ans quand les anneaux retrouveront leur grande ouverture. Galilée, en 1610, voyait Saturne avec ses lunettes primitives comme une planète accompagnée de deux "anses". Quand l'angle d'inclinaison passe à zéro, il croit que les anses ont disparu et écrit avec amertume qu'il a été trahi par ses instruments. Les anneaux sont restés un mystère pendant 45 ans, jusqu'à ce que Huygens en 1655 propose enfin la bonne explication géométrique. Observer Saturne en 2026, c'est se rapprocher de la perception de Galilée : voir une planète différente de la carte postale, et comprendre par l'œil pourquoi le mystère des anneaux a duré si longtemps. C'est ce qui rend l'astronomie amateur viscérale. Pas la photo léchée d'un magazine, mais la sensation d'être confronté à un objet qui change, qui se découvre sous des angles successifs au fil des décennies. La prochaine fenêtre d'anneaux fins, en 2038-2039, je l'aurai probablement vue depuis l'autre côté de la cinquantaine. La présente vaut chaque nuit blanche. ## Sources - [Saturn at opposition - brightest for 2026 - on October 4 (EarthSky)](https://earthsky.org/astronomy-essentials/saturn-at-opposition-closest-brightest-best/) - [Saturn at opposition - In-The-Sky.org](https://in-the-sky.org/news.php?id=20261004_12_100) - [Saturn's Rings Returning 2026: Ring Tilt, Opposition Date & Telescope Guide (Telescope Advisor)](https://www.telescopeadvisor.com/saturns-rings-returning-2026-telescope-guide.php) - [What to expect from the planets in 2026 (Space.com)](https://www.space.com/stargazing/what-to-expect-from-the-planets-in-2026-key-dates-and-sky-events) - [Hubble Views Saturn Ring-Plane Crossing (NASA Science)](https://science.nasa.gov/missions/hubble/hubble-views-saturn-ring-plane-crossing/) - [Saturn's rings disappear, 23 March 2025 (BBC Sky at Night Magazine)](https://www.skyatnightmagazine.com/space-science/saturn-ring-plane-crossing) - [Ring Plane Crossings of Saturn (Obliquity SkyEye)](https://www.obliquity.com/skyeye/misc/ringcrossing.html) - [How to observe Saturn's moons (BBC Sky at Night Magazine)](https://www.skyatnightmagazine.com/advice/skills/how-observe-saturn-moons) - [Find Saturn's Moons with Our Interactive Observing Tool (Sky & Telescope)](https://skyandtelescope.org/observing/interactive-sky-watching-tools/saturns-moons-javascript-utility/) - [Dragonfly Mission Confirmed for 2028 Launch to Saturn's Moon Titan (Johns Hopkins APL)](https://www.jhuapl.edu/news/news-releases/240417-nasa-confirms-apl-led-dragonfly-mission-to-saturn-moon-titan) - [Dragonfly (Titan space probe) - Wikipedia]() - [Where Is Saturn ? Location in the Sky and Visibility (TheSkyLive)](https://theskylive.com/where-is-saturn) - [The Ultimate Guide to Observing Saturn (Celestron)](https://www.celestron.com/blogs/knowledgebase/the-ultimate-guide-to-observing-saturn) - [How to Successfully Beat Atmospheric Seeing (Sky & Telescope)](https://skyandtelescope.org/astronomy-equipment/beating-the-seeing/) - [L'équinoxe de Saturne, ou la disparition des anneaux (IMCCE)](https://www.imcce.fr/lettre-information/archives/221) --- ## Ariane 6 Galileo 2026 : le prochain RDV après VA266 - URL: https://www.portail-astronomie.fr/ariane-6-vol-4-commercial-kourou-2026-galileo-charge-utile/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-05-30T06:00:00 - Categories: exploration-spatiale Quand on parle aujourd'hui d'un "vol 4 commercial Ariane 6 Galileo", on parle d'un évènement passé. Le quatrième vol commercial du lanceur lourd européen, c'est VA266, parti de Kourou le 17 décembre 2025 à 02:01 heure locale avec deux satellites Galileo SAT33 et SAT34 (FOC FM26 et FM32). Mission menée à terme en moins de quatre heures, séparation à 22 900 km d'altitude, inclinaison 54 degrés, charge utile totale autour de 1,6 tonne. Premier vol Galileo sur Ariane 6, et un signal politique fort : l'Europe a récupéré l'accès souverain à l'orbite pour son programme PNT le plus stratégique. Le sujet en mai 2026 n'est donc plus VA266. C'est le suivant. Quand revoit-on Galileo monter sur Ariane 6 depuis Kourou en 2026, avec quelle charge utile, et dans quel ordre par rapport au reste du manifeste Arianespace ? La réponse demande de remettre les pendules à l'heure, parce que la communication officielle a brouillé pas mal de monde. ## Le manifeste 2026 d'Ariane 6, sans pâté Arianespace s'est fixé sept à huit vols sur l'année. Au 18 mai, deux sont déjà cochés. VA267 le 12 février, baptême du feu d'Ariane 64 à quatre boosters avec 32 satellites Amazon Leo. VA268 le 30 avril, deuxième paquet de 32 Leo avec quatre boosters également, dernier vol prévu avec les P120C avant transition vers les P160C plus poussés. Aucun de ces deux vols ne portait Galileo. La charge utile était Amazon, sous contrat de 18 lancements pour la constellation Project Kuiper rebaptisée Leo en novembre 2025. [Le détail de VA268, le report du 28 au 30 avril et le contexte de la deadline FCC Amazon, je l'ai posé dans un article dédié](/ariane-6-va268-lancement-28-avril-2026-mission-charge-utile/). Le reste du manifeste 2026 tel qu'il est documenté à date va comme suit. En juin, Amazon Leo LE-03, premier vol Ariane 64 Block 2 avec boosters P160C, 36 satellites visés. En août, MTG-I2, troisième satellite Eumetsat de troisième génération, sur Ariane 62 vers orbite de transfert géostationnaire. Le 6 octobre, MetOp-SG B1, satellite météo polaire, sur Ariane 62 vers orbite héliosynchrone. Au quatrième trimestre, enfin, Galileo L15 sur Ariane 62, satellites FOC FM28 et FM31 vers orbite moyenne à 23 222 km. Galileo L15 est donc le prochain rendez-vous Galileo sur Ariane 6. Pas de date jour précise publiée par Arianespace au 18 mai. Le calendrier glissera très probablement, comme tous les calendriers de lancement institutionnel. ## Galileo L15 : ce qu'on lance vraiment Deux satellites de la batch 3 du programme FOC, première génération. Ces satellites ont été assemblés par OHB System à Brême, charge utile de navigation construite par SSTL à Guildford. Masse unitaire autour de 715 kg, durée de vie nominale 12 ans, alimentation par panneaux solaires GaAs déployés. L'orbite cible n'est pas une surprise. C'est la même que VA266 : MEO à 23 222 km, inclinaison autour de 56 degrés. Trois plans orbitaux pour la constellation, chacun rempli par paires successives. FM28 et FM31 viennent compléter le plan B ou C selon les arbitrages opérationnels du segment sol qui se font à quelques mois du tir. La batch 3 contient les satellites FM23 à FM34. Au moment où j'écris, 34 Galileo ont été lancés depuis Giove-A en 2005, 30 sont opérationnels en constellation, plus 4 d'orbite de validation initiale (IOV). Les quatre derniers FOC première génération sont stockés en attente de tir, et passeront sur les missions L15 et L16. L16 fermera la première génération. Date non publiée, fenêtre probable premier semestre 2027. Au-delà, on bascule sur la deuxième génération, le G2G, dont je parlerai plus loin. ## Pourquoi L15 ne décolle pas en milieu d'année La question mérite d'être posée parce qu'elle dit beaucoup sur la priorisation Arianespace. La réponse tient en trois mots : deadline FCC Amazon. La Federal Communications Commission impose à Amazon d'avoir lancé et opéré la moitié de sa constellation Leo (1 618 satellites sur 3 236) avant le 30 juillet 2026, sous peine de sanctions sur les fréquences attribuées. Arianespace est partie prenante de ce sprint, avec 18 lancements contractualisés. Les créneaux de pas de tir, les équipes d'intégration au bâtiment d'assemblage final, le calendrier des opérations cryogéniques : tout est calibré pour enchaîner les Amazon Leo en priorité jusqu'à l'été. Galileo L15 attendra donc qu'on ait épuisé la fenêtre Amazon et caché MTG-I2 et MetOp-SG B1, deux missions institutionnelles européennes qui ne peuvent pas glisser sans coût politique. EUMETSAT et l'EUSPA partagent les mêmes fenêtres météo, les mêmes contraintes d'altitude de transfert. Les satellites Galileo, eux, peuvent attendre. La constellation actuelle tourne, le service est opérationnel, ajouter deux satellites de plus relève de la robustesse, pas de l'urgence opérationnelle. C'est un calcul froid mais lucide. Le coût d'opportunité d'un report Amazon est facturé à Arianespace en pénalités contractuelles. Le coût d'un report Galileo est porté par l'EUSPA, qui le ravale parce qu'elle n'a pas d'alternative crédible. SpaceX a transporté Galileo 31, 32 et 33-34 entre 2024 et 2025 quand Ariane 6 n'était pas prête. Mais politiquement, retomber sur Falcon 9 maintenant qu'Ariane 6 vole serait un aveu d'échec. Donc on attend. ## VA266 c'était quoi exactement, en factuel Reprenons le quatrième vol commercial pour ceux qui auraient suivi de loin. Lancement 17 décembre 2025, 06:01 UTC. Ariane 62 avec deux boosters P120C. Étage principal Vulcain 2.1 brûlé environ 7 minutes 30. Étage supérieur Vinci, allumage cryogénique réussi, deux séquences de poussée séparées par une coast phase de plusieurs minutes pour rejoindre l'orbite cible. Séparation des satellites à environ 22 900 km, à T+3h54. Mise en service progressive après plusieurs semaines de tests sur les horloges atomiques rubidium et hydrogène maser passif, montée à pleine puissance des antennes en bande L1, E5, E6. Le détail qui compte techniquement : Ariane 6 a démontré sur ce vol la maîtrise du long temps de phase balistique avec maintien thermique et propulsion d'attitude. C'est exactement ce qu'il faut pour les missions MEO et GEO. Le premier vol Ariane 6 en juillet 2024 (VA262) avait raté la deuxième combustion APU en fin de mission, empêchant la désorbitation contrôlée de l'étage supérieur. VA266 a fonctionné comme prévu. Sur cette compétence-là, Ariane 6 est désormais qualifiée. VA266 a aussi prouvé qu'Arianespace pouvait livrer pour le compte de l'EUSPA dans les délais. Le contrat L14 avait été signé en novembre 2023 pour un tir initialement prévu fin 2024. Le glissement à décembre 2025 a coûté un an de retard sur la constellation Galileo, mais sans casser la machine. La cadence de lancement Galileo est calibrée pour absorber ces dérapages. Détail terrain qui m'a frappé sur le replay VA266 : le segment sol de Galileo, opéré depuis Fucino (Italie) et Oberpfaffenhofen (Allemagne), a pris la main sur SAT33 et SAT34 dans les heures qui ont suivi la séparation. C'est cette continuité opérationnelle entre Arianespace, l'ESA, l'EUSPA, OHB et SSTL qui fait que la chaîne Galileo a tenu malgré les années de turbulences sur le programme. Sur L15, on attend la même chorégraphie, sans surprise. C'est ça qu'on appelle un programme mature. ## Et après : G2G L17, L18, et le grand pari du tout-numérique Les deux contrats les plus stratégiques signés par EUSPA en 2025 et 2026 concernent la deuxième génération Galileo, le G2G. L17 a été contractualisé en avril 2024 (signature formelle 28 janvier 2025 à la conférence européenne de l'espace). L18 a suivi le 27 janvier 2026, même conférence un an plus tard. Les deux missions emporteront chacune deux satellites G2G, soit quatre G2G au total entre 2026 et 2027 sur Ariane 6. Les G2G sont une rupture par rapport à la première génération. Masse unitaire 2 200 à 2 400 kg, propulsion électrique (au lieu de chimique), antenne de navigation plus puissante, horloges atomiques améliorées, charge utile entièrement numérique, et surtout : liens inter-satellites. Cette dernière capacité change la donne opérationnelle. Aujourd'hui, chaque satellite Galileo dépend du segment sol pour recevoir et diffuser ses corrections. Demain, les G2G se parleront entre eux, et le segment sol pourra perdre du contact temporairement sans casser le service. C'est la même logique que les liens laser de Starlink ou les ISL militaires américains. Airbus Defence and Space (à Friedrichshafen) et Thales Alenia Space (à Cannes-Mandelieu) construisent chacun six G2G. Premier lot opérationnel de douze satellites. Si L17 et L18 tiennent leur calendrier, la deuxième génération commence sa montée en puissance courant 2027, et la première génération bascule progressivement en redondance. La transition durera deux décennies. C'est l'ordre normal des choses sur un GNSS qui couvre la planète. ## La question qu'on ne pose pas assez Pourquoi est-ce qu'on fait tout ça sur Ariane 6 plutôt que de rester sur SpaceX ? La question est légitime. SpaceX livre Falcon 9 à 67 millions de dollars catalogue, Ariane 62 à 90 millions d'euros minimum selon les analystes. Sur le plan strict de la facture par satellite mis en orbite, Ariane 6 est plus chère. Sur la cadence, encore pire : 100 vols Falcon par an contre 7 ou 8 pour Ariane 6 en 2026. La réponse est ailleurs. Galileo est un système militaire et civil européen, financé par les contribuables européens, exploité par une agence européenne, dont la souveraineté repose sur une chaîne d'approvisionnement maîtrisée. Lancer Galileo sur SpaceX, c'était une rustine acceptée pour cause d'absence de lanceur européen disponible. Lancer Galileo sur Ariane 6, c'est revenir à la doctrine d'origine : un satellite européen, sur un lanceur européen, depuis un territoire européen (la Guyane est juridiquement française et donc européenne). [Vega-C a fait le même chemin avec son retour en vol mi-2025](/vega-c-retour-vol-smile-acces-europeen-2026). L'Europe paie plus cher son autonomie. C'est un choix politique, pas un argument économique. Il faut juste l'assumer dans le discours, et arrêter de prétendre qu'Ariane 6 va concurrencer Falcon 9 sur les prix. ## Ce qu'il faut surveiller d'ici la fin 2026 Trois marqueurs concrets sur les six prochains mois. Le premier : Ariane 64 Block 2 en juin avec les boosters P160C. Si ça passe, Arianespace double sa capacité d'emport sur la suite des Amazon Leo. Si ça scrub ou ça rate, tout le manifeste 2026 dérape. Le deuxième : MTG-I2 en août. Premier vol Ariane 62 vers GTO en 2026, donc première démonstration de retour en cadence sur les missions géostationnaires institutionnelles, qui sont historiquement le cœur de marché d'Ariane. Le troisième : Galileo L15. Pas de date arrêtée, juste un Q4 2026. Si Arianespace publie une fenêtre de tir avant fin septembre, c'est bon signe. Si on apprend en novembre que L15 glisse à 2027, c'est que le sprint Amazon a tué la priorité Galileo, et que la transition vers G2G prendra une année de plus. L'Europe construit un programme PNT robuste et techniquement à la hauteur. Elle le fait en payant comptant l'autonomie qu'elle a abandonnée trop longtemps. Le prochain Ariane 6 Galileo de Kourou tombera quand il tombera. Mais il tombera. C'est déjà beaucoup. ## Sources - [Arianespace newsroom : Successful launch of Galileo L14 with Ariane 6 (VA266)](https://newsroom.arianespace.com/?p=48242) - [ESA : Two new satellites added to Galileo constellation](https://www.esa.int/Applications/Satellite_navigation/Galileo/Two_new_satellites_added_to_Galileo_constellation_for_increased_robustness) - [EUSPA : Ariane 6 launches Galileo Second Generation](https://www.euspa.europa.eu/pressroom/press-releases/euspa-signs-new-ariane-6-launch-contract-galileo-second-generation) - [Arianespace : Galileo L17 contract signed (first G2G pair)](https://newsroom.arianespace.com/arianespace-signs-ariane-6-launch-contract-for-galileos-first-pair-of-second-generation-satellites) - [Arianespace : Galileo L18 contract signed (second G2G pair)](https://newsroom.arianespace.com/arianespace-signs-ariane-6-launch-contract-for-galileos-second-pair-of-second-generation-satellites-galileo-l18/) - [Janes : Ariane 6 to launch second-gen Galileo satellites from 2026](https://www.janes.com/osint-insights/defence-news/air/ariane-6-to-launch-second-gen-galileo-satellites-from-2026) - [Wikipedia : List of Ariane launches 2020-2029]() - [Wikipedia : List of Galileo satellites](https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_Galileo_satellites) - [Arianespace : Mission VA268 update April 30, 2026](https://www.arianespace.com/news/mission-va268-update-launch-window-on-april-30-2026/) - [SpaceLaunchNow : Ariane 62 Galileo L15 FOC FM28 FM31](https://spacelaunchnow.me/launch/ariane-62-galileo-l15-foc-fm28-fm31/) --- ## Sophie Adenot : 3 mois d'ISS, premier bilan epsilon - URL: https://www.portail-astronomie.fr/sophie-adenot-iss-trois-mois-epsilon-mai-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-05-29T06:00:00 - Categories: exploration-spatiale Le 13 mai 2026, Sophie Adenot a passé le cap des trois mois en orbite. La capsule Dragon Freedom de Crew-12 s'est arrimée au module Harmony de l'ISS le 14 février à 20h15 UTC, après trente-quatre heures de vol depuis le pas de tir 40 du Kennedy Space Center. Première Française à séjourner sur la station depuis Thomas Pesquet et Alpha en 2021, deuxième femme française dans l'espace depuis Claudie Haigneré en 2001. Vingt-cinq ans entre deux signatures féminines françaises sur le manifeste ESA. C'est long. À ce stade de la mission, le bilan tient en quelques chiffres concrets. Pas en superlatifs, j'en ferai l'économie. ## Le décollage et le profil de mission Falcon 9 Block 5, vol 11 du booster B1090, lancement à 10h15 UTC le vendredi 13 février 2026 depuis SLC-40. Équipage à quatre : Jessica Meir commandant NASA, Jack Hathaway pilote NASA, Sophie Adenot mission specialist ESA, Andreï Fediaïev mission specialist Roscosmos. Le booster a réussi son retour sur la barge Just Read the Instructions au large de la Floride. Rien de spectaculaire en soi, c'est devenu la routine SpaceX. Mais pour le suivi opérationnel d'une mission habitée, la fiabilité du Falcon 9 reste la clé. La cible affichée par l'ESA est une mission de neuf mois, jusqu'à mi-novembre 2026. C'est la plus longue d'un astronaute ESA à ce jour. Pesquet avait fait six mois sur Proxima en 2016-2017, puis six mois sur Alpha en 2021. Adenot va probablement dépasser le record européen détenu jusque-là par les missions allemandes et italiennes des années 2010. Neuf mois, ce n'est pas symbolique. C'est trois fois la fenêtre de transit Terre-Mars qui sert de référence aux préparations long terme. Sophie Adenot rejoint l'Expedition 74 dès l'arrimage, puis l'Expedition 75 après la rotation d'équipage. Elle joue le rôle de crew specialist pour Columbus, le module européen, et pour Kibo, le module japonais. Les deux laboratoires qui concentrent la majorité des expériences européennes et japonaises depuis l'extension de la station en 2008. ## Les deux cents expériences, et les sept françaises Le chiffre annoncé par l'ESA : environ deux cents expériences scientifiques et technologiques sur la durée totale de la mission. Trente-six d'entre elles sont européennes. Sept sont des expériences nouvelles développées par le CADMOS, le centre d'aide au développement des activités en micropesanteur et des opérations spatiales du CNES, basé à Toulouse. Trois autres sont des reprises ou extensions d'expériences françaises déjà installées à bord par les missions précédentes. Total France : dix expériences sous coordination CADMOS. Ces sept nouvelles expériences couvrent trois axes. Santé physiologique de l'équipage en vol long. Technologies pour l'exploration lunaire et martienne. Pédagogie et lien avec le public. Détail des sept, parce que je trouve que la presse généraliste les survole en bloc sans dire ce qu'elles font vraiment. **EchoFinder** : échographe autonome assisté par intelligence artificielle et réalité augmentée. L'astronaute pose la sonde, l'IA reconnaît les organes ciblés en temps réel, l'AR projette les repères anatomiques. Objectif : permettre à un membre d'équipage non médecin d'obtenir une image diagnostique exploitable, dans une optique de mission lointaine sans télémédecine en temps réel. **EchoBones** : technique d'échographie pour mesurer la densité osseuse et la circulation sanguine en orbite. Les pertes osseuses en micropesanteur sont documentées depuis les années 70, on n'a toujours pas de protocole non invasif pour les suivre finement en vol. **PhysioTool** : capteurs physiologiques synchronisés. Rythme cardiaque, tension, qualité du sommeil. Pas révolutionnaire en soi, l'intérêt vient de la corrélation multi-paramètres sur neuf mois. **MatISS-4** : quatrième itération d'une expérience CNES installée par Adenot dans Columbus le 17 avril 2026. Quatre boîtiers de la taille d'un smartphone contenant des lamelles de verre dans des coques polymère. Objectif : étudier comment des surfaces innovantes peuvent bloquer le développement microbien. Deux boîtiers reviennent sur Terre après huit mois, deux après seize mois. Les échantillons seront analysés par microscopie optique et nano-imagerie X au synchrotron européen de Grenoble. Applications terrestres potentielles : sous-marins, hôpitaux, transports collectifs. **MultISS** : analyse de la contamination de surface par imagerie multispectrale. Complémentaire de MatISS-4. L'ISS, malgré tout le filtrage, accumule des biofilms. Ce qui s'y passe préfigure ce qui arrivera sur une station privée comme [Haven-1, prévue pour 2027](/haven-1-vast-space-premiere-station-commerciale-2027), et plus loin sur les habitats Gateway et lunaires. **EuroSuit** : prototype textile de combinaison intra-véhiculaire européenne. Test ergonomique du donning rapide en cas d'urgence. L'enjeu : disposer d'une combinaison européenne autonome, à l'heure où l'ESA commence à investir dans l'astronautique souveraine post-Apollo et post-Soyouz. **ChlorISS** : germination de graines en micropesanteur, dupliquée par 4 500 classes en France de l'élémentaire au lycée. Adenot fait pousser, les élèves font pousser, on compare les résultats. Pédagogiquement, c'est ce qui marche le mieux pour faire vivre une mission spatiale à des gamins de huit ans. Scientifiquement, ce n'est pas du Nobel, mais le dataset multi-sites a une valeur statistique non négligeable. Les trois expériences existantes reprises ou étendues : **Lumina** (dosimètre à fibre optique mesurant les radiations), **FoodProcessor** (préservation alimentaire long terme), **EveryWear** (collecte de données physiologiques via iPad et capteurs connectés). Lumina tourne depuis Alpha en 2021, et chaque mois supplémentaire de mesures alimente le modèle de prédiction des doses pour les vols lunaires. ## Ce qu'elle a déjà fait à bord Quelques jalons concrets datés des trois premiers mois. Pas un récap PR, juste ce qui est vérifiable dans les communiqués ESA, NASA et CNES. Le 18 mars 2026, Adenot et Hathaway assurent le rôle d'IV (intra-véhiculaire), c'est-à-dire de support sol-équipage, pendant la sortie spatiale de Jessica Meir et Chris Williams. Une EVA de plusieurs heures pour préparer l'installation de panneaux solaires roll-out sur la structure de la station. Adenot ne sort pas, mais elle pilote la combinaison côté airlock, vérifie les checklists, gère les ombilicaux. C'est la même méthode que [Thomas Pesquet avait utilisée sur Alpha](/artemis-ii-survol-lune-avril-2026) avant ses propres EVAs. Une éventuelle sortie d'Adenot n'est pas confirmée à date, mais la mission en a la durée pour le permettre. Le 9 avril à 14h04 UTC, contact radio amateur établi entre l'Université Paris-Saclay et la station. Une vingtaine de minutes d'échange, dans le cadre du programme ARISS. C'est la mécanique éprouvée des liaisons éducatives ESA-NASA, mais le timing avec les ChlorISS lancés en classe rend l'effet de levier pédagogique fort. Le 17 avril, installation de MatISS-4 dans Columbus. Trois mois après le décollage, c'est la troisième expérience française nouvelle déployée à bord, derrière EchoFinder et PhysioTool. La cadence d'installation suit le rythme prévu par CADMOS. En mai, ChlorISS bat son plein côté sol. Côté orbite, Adenot publie ses propres mises à jour vidéo "La science du dimanche matin", série de vulgarisation diffusée sur les réseaux sociaux ESA. Gyroscope flottant, pesée en micropesanteur, bulles d'eau qui s'agglutinent. Format court, voix posée, sans pathos. Ça fonctionne mieux que les reportages institutionnels lourds. L'équipage rotated entre Expedition 74 et Expedition 75 fin avril. Adenot reste à bord, le rôle de Flight Engineer ESA passe à Expedition 75 avec une équipe partiellement renouvelée : Jessica Meir, Anil Menon NASA, Piotr Doubrov, Andreï Fediaïev, Anna Kikina côté Roscosmos, Jack Hathaway en complément. La structure d'équipage reste stable jusqu'au retour prévu en novembre. ## Le contexte programmatique, qu'il faut rappeler Adenot a été sélectionnée dans la promotion ESA 2022, surnommée "The Hoppers". Cinq titulaires plus un astronaute paralympique et une réserve de onze noms. Elle est la première de cette promo à voler. Le calendrier prévoit que les autres titulaires (Rosemary Coogan UK, Pablo Álvarez Espagne, Raphaël Liégeois Belgique, Marco Sieber Suisse) volent dans les deux à trois ans qui suivent, à raison d'une affectation ESA tous les douze à dix-huit mois en moyenne sur l'ISS. Côté carrière, Adenot a un profil atypique pour l'ESA. Ingénieure ISAE-SUPAERO, master MIT en facteurs humains avec thèse sur l'adaptation vestibulaire en gravité artificielle. Première femme pilote d'essai hélicoptère en France en 2018, plus de 3 000 heures de vol sur 22 modèles différents, colonel dans l'Armée de l'air et de l'espace. Elle a rejoint la promo ESA à 40 ans, ce qui est dans la moyenne haute. Elle a tenu le calendrier sans glissement notable, ce qui dans l'astronautique est déjà un exploit administratif. Pour la France, cette mission est aussi un signal sur la place du financement national dans le programme ESA. Le CNES finance les sept expériences nouvelles et trois extensions sur fonds nationaux fléchés, en complément de la quote-part française du budget ESA. C'est le même schéma que pour [Ariane 6 VA268](/ariane-6-va268-lancement-28-avril-2026-mission-charge-utile) : la France joue son rang en payant son écot et en y ajoutant une couche bilatérale. Sans ce co-financement, la liste française aurait été beaucoup plus courte. ## Ce qu'il reste à faire d'ici novembre 2026 Six mois et demi de mission encore à courir si le calendrier tient. À ce stade, je vois trois jalons techniques à surveiller. **Première EVA française féminine.** Si Adenot sort en EVA, elle devient la première femme française à avoir effectué une sortie extravéhiculaire. Aucune confirmation officielle à date, mais la durée de mission, son entraînement EVA validé au NBL Houston en 2025, et le besoin d'effectifs pour les opérations panneaux solaires rendent la chose plausible. C'est le scénario que je parierais à 60-40 en faveur d'au moins une EVA. **Boucle complète des sept expériences nouvelles CADMOS.** Trois déjà déployées au 17 avril, quatre restent à installer ou activer d'ici l'été. EchoBones, MultISS, EuroSuit, FoodProcessor en sont les principales. Le déroulé sur neuf mois est calé pour étaler l'occupation des modules Columbus et Kibo. **Retour MatISS-4 sur Terre.** Les deux premiers boîtiers reviennent après huit mois de séjour, soit dans le créneau octobre-novembre 2026. Analyse synchrotron au European Synchrotron Radiation Facility de Grenoble. C'est de ce retour qu'on tirera la première lecture sérieuse sur les revêtements antimicrobiens spatiaux, exploitables dans cinq ans pour Gateway. Le reste, c'est de la maintenance ISS, des observations Terre, des sessions médicales hebdomadaires, et la liaison avec le grand public via la batterie de visios prévues par l'ESA Education. Pesquet avait posé le standard sur Proxima et Alpha. Adenot tient le format, sans en faire un show. Tant mieux. ## Ce que ça dit du calendrier ISS Il faut quand même rappeler le décor. L'ISS est officiellement programmée pour une fin de vie en 2030, avec une dépressurisation contrôlée pilotée par le vehicle USDV de SpaceX en 2031. La mission epsilon, c'est l'une des dernières affectations longues européennes sur la station historique. Après, l'ESA bascule sur des contrats avec les stations privées (Axiom, Vast Haven, Orbital Reef si Sierra Space tient son calendrier) et sur le programme Gateway en orbite lunaire. Pour Adenot, neuf mois en orbite basse, c'est aussi un test individuel sur la tenue d'un astronaute sur la durée pertinente pour Mars. La NASA a sa série Twins avec Scott Kelly. L'ESA n'a pas son équivalent en vol long. Les datasets physiologiques de PhysioTool, EveryWear et EchoBones cumulés sur neuf mois sur un sujet bien entraîné, ça intéressera les psychologues de mission Mars de la décennie 2030 plus que les communicants 2026. J'ai trouvé la communication CNES et ESA mesurée sur cette mission, sans triomphalisme. Pesquet avait fait des étoiles, Adenot fait des résultats. Les deux profils sont complémentaires. Je préfère la deuxième. ## Sources - [ESA : εpsilon mission overview](https://www.esa.int/Science_Exploration/Human_and_Robotic_Exploration/epsilon) - [ESA : Successful lift-off for Crew-12 on 13 February 2026](https://www.esa.int/Science_Exploration/Human_and_Robotic_Exploration/Successful_lift-off_for_Crew-12_on_13_February_2026) - [ESA : Official start of ESA astronaut Sophie Adenot's εpsilon mission](https://www.esa.int/Science_Exploration/Human_and_Robotic_Exploration/Official_start_of_ESA_astronaut_Sophie_Adenot_s_epsilon_mission) - [CNES : Mission Epsilon](https://cnes.fr/en/projects/mission-epsilon) - [CNES : Les expériences françaises de Sophie Adenot dans l'ISS](https://cnes.fr/en/projects/mission-epsilon/french-experiments) - [CNES : Sophie Adenot met en place l'expérience française MatISS-4 à bord de l'ISS](https://cnes.fr/actualites/sophie-adenot-met-place-lexperience-francaise-matiss-4-bord-de-liss) - [Cité de l'espace : expériences scientifiques de la mission Epsilon](https://www.cite-espace.com/actualites-spatiales/les-experiences-scientifiques-de-la-mission-epsilon-de-sophie-adenot/) - [NASA : Crew Wraps Final Spacewalk Preparations](https://www.nasa.gov/blogs/spacestation/2026/03/17/crew-wraps-final-spacewalk-preparations/) - [SpaceX Crew-12 (Wikipedia)](https://en.wikipedia.org/wiki/SpaceX_Crew-12) - [Sophie Adenot (Wikipedia)](https://en.wikipedia.org/wiki/Sophie_Adenot) --- ## Epsilon Indi Ab : Webb détecte des nuages de glace d'eau - URL: https://www.portail-astronomie.fr/epsilon-indi-ab-jwst-miri-nuages-glace-eau-avril-2026/ - Author: Julien P. - Published: 2026-05-28T06:00:00.000Z - Categories: ciel-profond Le 22 avril 2026, l'équipe d'Elisabeth Matthews, basée au Max Planck Institute for Astronomy de Heidelberg, a publié dans les Astrophysical Journal Letters un papier qui modifie quelque chose dans la manière dont on lit l'atmosphère des géantes gazeuses extrasolaires. Le titre du papier : "A second visit to Eps Ind Ab with JWST: new photometry confirms ammonia and suggests thick clouds in the exoplanet atmosphere of the closest super-Jupiter". Traduction libre : Webb est retourné voir Epsilon Indi Ab, l'ammoniac est bien là, mais quelque chose le masque. Ce quelque chose, ce sont des nuages cirrus de glace d'eau. On parle d'une planète située à 12 années-lumière de nous, dans la constellation de l'Indien, autour d'une étoile que des observateurs amateurs de l'hémisphère sud connaissent bien. J'ai relu le papier deux fois avant d'écrire cet article. Ce n'est pas tous les jours qu'on détecte indirectement des nuages similaires aux cirrus terrestres sur une exo-Jupiter à 12 années-lumière. La discrétion de l'annonce ne reflète pas son importance. ## Une seconde visite à Epsilon Indi Ab L'histoire commence en 2023, quand Webb pointe son instrument MIRI vers Epsilon Indi Ab. C'est la première imagerie directe d'une exoplanète réalisée par JWST. L'image, rendue publique le 24 juillet 2024, fait le tour des médias. La planète apparaît comme un point lumineux à côté du disque masqué de son étoile, grâce au coronographe qui bloque l'éclat stellaire principal. À l'époque, les premières mesures photométriques sont obtenues au filtre 10,6 µm, dans une longueur d'onde où l'ammoniac absorbe fortement. La signature est conforme aux modèles : ammoniac présent, atmosphère cohérente avec celle d'une géante gazeuse froide de 7,6 masses joviennes. On parle d'une planète au gabarit de Jupiter en diamètre, mais bien plus massive, qui orbite à environ 30 unités astronomiques de son étoile, c'est-à-dire à peu près à la distance de Neptune autour de notre Soleil. Sa période orbitale tourne autour de 180 ans. Sa température : entre 200 et 300 K, soit entre -70 et +20 °C selon les estimations. Bien plus chaude que Jupiter (140 K) à cause de la chaleur résiduelle de formation, mais bien plus froide que la plupart des exoplanètes imagées directement jusqu'ici. L'équipe revient donc en 2026 avec une seconde fenêtre d'observation, cette fois au filtre 11,3 µm, juste à côté de la bande d'absorption de l'ammoniac. L'idée : comparer la luminosité dans les deux filtres pour mesurer précisément combien d'ammoniac la planète émet vers nous. Plus la différence de flux est grande entre les deux filtres, plus la signature d'ammoniac est marquée. C'est de la photométrie comparative, méthode classique, mais appliquée ici à une géante gazeuse à 12 années-lumière. Le coronographe MIRI utilisé pour cette campagne a été en partie construit au MPIA, ce qui explique l'implication forte de l'institut allemand dans le projet. ## La surprise : moins d'ammoniac qu'attendu Quand les données arrivent, le résultat ne colle pas aux modèles d'atmosphère standards. La signature d'ammoniac est plus faible que ce que prévoient les codes de simulation atmosphérique. Pas absente, juste atténuée. L'équipe envisage plusieurs explications, et celle qui tient le mieux la route, c'est la présence de nuages. Pas n'importe quels nuages. Des nuages de glace d'eau, épais mais inhomogènes, situés dans la haute atmosphère. Les auteurs les comparent explicitement aux cirrus terrestres, ces voiles de fines aiguilles de glace qui dessinent des stries dans notre ciel à haute altitude. La comparaison n'est pas anodine. Sur Terre, les cirrus se forment à 6 000-12 000 mètres, à des températures inférieures à -40 °C, dans des conditions où la vapeur d'eau se condense directement en glace sans passer par la phase liquide. Sur Epsilon Indi Ab, à 200-300 K dans la haute atmosphère, le mécanisme physique de condensation est analogue, même si la chimie globale et la dynamique de circulation sont radicalement différentes. Ces nuages bloquent partiellement les photons issus des couches plus profondes où l'ammoniac est présent. Résultat : on voit moins d'ammoniac que ce que la chimie de formation devrait produire. C'est un effet de masquage, pas une vraie absence. La photométrie comparative entre 10,6 et 11,3 µm a permis de quantifier l'écart et de remonter à la couverture nuageuse probable. Cette discrétion atmosphérique nous a parlé. ## Pourquoi cette découverte change quelque chose Les modèles d'atmosphère d'exoplanètes utilisés depuis vingt ans ont une faiblesse connue : ils excluent souvent les nuages, parce que les nuages sont coûteux à simuler. La physique des aérosols, leur condensation, leur transport, leur évaporation, demande des codes 3D, des résolutions fines, des compromis. La plupart des modèles font donc l'hypothèse d'une atmosphère claire ou semi-claire, ce qui simplifie les calculs mais introduit un biais systématique. Le résultat de Matthews et al. montre que ce biais a un coût concret. Si on ne met pas les nuages dans les modèles, on rate des structures atmosphériques majeures, et on lit faux les spectres d'émission. La planète Epsilon Indi Ab nous a précisément servi de test grandeur nature : la photométrie ne colle pas à un modèle sans nuages, elle colle à un modèle avec cirrus. C'est une démonstration par l'observation que les codes doivent évoluer. James Mang, co-auteur à l'Université du Texas à Austin, a résumé l'enjeu : "Ce qui semblait jadis impossible à détecter est désormais à notre portée, et nous permet de sonder la structure de ces atmosphères, y compris la présence de nuages." Traduction terrain : on commence à voir des choses qu'on ne pensait pas pouvoir voir, et ces choses obligent les théoriciens à retourner à leur copie. L'autre aspect intéressant, c'est l'extension possible à d'autres cibles. Si les nuages de glace d'eau sont systématiquement présents sur les géantes gazeuses tempérées, alors une fraction non négligeable des observations spectrales passées doit être réinterprétée. Pas seulement pour Epsilon Indi Ab, mais pour tous les analogues solaires froids que JWST commence à pouvoir caractériser. ## La méthode photométrique : deux filtres, un secret atmosphérique Quelques mots sur le procédé observationnel, parce qu'il mérite d'être compris. La photométrie à deux filtres en infrarouge moyen, c'est une technique que les astronomes utilisent depuis longtemps pour mesurer la composition chimique d'une atmosphère sans avoir besoin d'un spectre complet. Le principe : choisir deux longueurs d'onde encadrant une bande d'absorption d'une molécule donnée, mesurer le flux dans chacune, et calculer le rapport. Si la molécule absorbe fortement, le flux est plus faible dans le filtre situé dans la bande d'absorption. Pour l'ammoniac, la bande d'absorption se situe autour de 10,5 µm. Le filtre F1065C (centré sur 10,6 µm) tape donc dans la bande, le filtre F1140C (11,3 µm) tape juste à côté, dans le continuum. La différence de flux entre les deux donne directement la profondeur d'absorption de l'ammoniac, et donc sa colonne densité dans l'atmosphère visible. Sauf qu'avec une exoplanète à 12 années-lumière qui orbite à environ 30 unités astronomiques de son étoile, le défi technique est immense. L'étoile Epsilon Indi A est environ 100 000 fois plus brillante que la planète au voisinage. Sans coronographe, impossible de séparer les deux. Le coronographe MIRI, partiellement construit au MPIA précisément pour ce genre de mesure, atténue suffisamment l'éclat stellaire pour que la photométrie planétaire devienne possible. Le rapport signal/bruit reste modeste, mais suffisant pour détecter un écart significatif aux modèles sans nuages. ## Brown dwarf, super-Jupiter, où placer la frontière Avec ses 7,6 masses joviennes, Epsilon Indi Ab se situe dans une zone grise. La frontière communément admise entre planète géante et naine brune se situe autour de 13 masses joviennes, seuil à partir duquel la fusion du deutérium peut s'amorcer brièvement. Epsilon Indi Ab reste donc clairement en territoire planétaire, mais son atmosphère présente des analogies fortes avec celle des naines brunes les plus froides connues, comme WISE 0855-0714, dont la température de surface tourne aussi autour de 250 K. La similarité thermique fait que les modèles d'atmosphère développés pour les naines brunes T et Y peuvent en partie s'appliquer aux super-Jupiter froids. La détection de nuages de glace d'eau sur Epsilon Indi Ab vient compléter un faisceau d'indices accumulés sur les naines Y, où des signatures similaires de nuages sont également suspectées. C'est un point de convergence intéressant : les frontières taxonomiques se brouillent quand on regarde la physique atmosphérique. Une géante gazeuse de 7 masses joviennes et une naine brune Y de 15 masses joviennes peuvent partager des structures nuageuses comparables, même si leurs histoires de formation diffèrent radicalement. L'équipe Matthews mentionne cet aspect dans son papier. La caractérisation d'Epsilon Indi Ab sert donc à deux communautés à la fois : celle qui étudie les exoplanètes géantes et celle qui étudie les naines brunes. Le pont entre les deux passe par l'observation directe à JWST. ## Epsilon Indi A : une étoile que les amateurs connaissent bien Avant de boucler, un mot sur l'étoile hôte. Epsilon Indi A est une naine orange de type K5V, magnitude apparente 4,67. Elle se trouve dans la constellation de l'Indien, visible essentiellement depuis l'hémisphère sud, au sud-est du Pavon. À 11,81 années-lumière (3,63 parsecs), c'est l'une des étoiles les plus proches de nous. Sa masse fait environ 75 % de celle du Soleil, son rayon 71 %. Sa température de surface tourne autour de 4 682 K, contre 5 778 K pour notre Soleil. Plus froide, plus orangée, plus petite. Son âge, estimé par activité chromosphérique et isochrones d'évolution stellaire, est de 3,5 milliards d'années plus ou moins 1. Un peu plus jeune que le Soleil, donc, ce qui rend Epsilon Indi A particulièrement intéressante comme analogue d'un système planétaire mature. Pour les amateurs équipés d'un instrument et basés sous des latitudes australes, c'est une cible facile à trouver. Pour les chercheurs, c'est devenu en quelques années l'un des laboratoires les plus précieux pour étudier les atmosphères de géantes gazeuses extrasolaires. ## Ce que la suite va apporter L'équipe Matthews ne s'arrête pas là. Plusieurs prolongements sont déjà sur les rails. D'abord, demander à JWST du temps d'observation supplémentaire sur d'autres géantes gazeuses froides comparables, pour vérifier si la signature en nuages de glace d'eau se généralise. Ensuite, attendre l'arrivée du télescope spatial Nancy Grace Roman, dont le lancement est prévu pour 2026-2027. Roman aura la capacité d'observer directement la lumière réfléchie par ces nuages, là où JWST mesure plutôt l'émission thermique. Combiner émission et réflexion donnera une vue beaucoup plus complète de la structure verticale et de l'albédo des nuages. À plus long terme, l'enjeu se déplace vers les planètes telluriques. Caractériser les nuages d'une géante gazeuse à 12 années-lumière est un exploit. Le faire pour une planète rocheuse, dans la zone habitable d'une étoile proche, c'est l'objectif des missions futures comme HWO (Habitable Worlds Observatory) ou LIFE (Large Interferometer For Exoplanets) côté européen. Apprendre dès maintenant à lire correctement les signatures atmosphériques des exo-Jupiter, c'est se préparer techniquement à lire celles des exo-Terres. ## Ce que je retiens Cet article de Matthews et al. n'a pas fait la une comme la première image de 2024. Il aurait pu. Détecter des cirrus de glace d'eau à 12 années-lumière par photométrie comparative à deux filtres, c'est de l'orfèvrerie observationnelle. La méthode est élégante, la conclusion est solide, et elle force les théoriciens à mettre les nuages dans leurs codes. Pas dans dix ans, maintenant. Et il y a quelque chose de troublant à se dire qu'au-dessus d'une planète gazeuse plus de sept fois plus massive que Jupiter, à 12 années-lumière de nos télescopes, des aiguilles de glace flottent en hauteur, exactement comme celles qui dessinent des traînées dans nos ciels les soirs d'hiver. Le cosmos a ses récurrences. Webb continue de nous les révéler, et Hubble aussi, avec [la matière noire d'une galaxie ratée](/cloud-9-galaxie-ratee-matiere-noire-hubble-relhic). ## Sources - [Cirrus clouds made of water ice may surround a Jupiter-like exoplanet, Max Planck Society](https://www.mpg.de/26402475/0420-astr-cool-jupiter-150980-x) - [Scientists stunned as JWST finds ice clouds on a giant alien planet, ScienceDaily](https://www.sciencedaily.com/releases/2026/04/260422044618.htm) - [Surprise ! A Jupiter-like exoplanet with water-ice clouds, EarthSky](https://earthsky.org/space/jupiter-like-exoplanet-water-ice-clouds-epsilon-indi-ab/) - [Webb Spots Icy Clouds on Distant Jupiter-Like Exoplanet, Sci.News](https://www.sci.news/astronomy/webb-icy-clouds-super-jupiter-14717.html) - [Astronomers find an exo-Jupiter, and it seems to have clouds, Phys.org](https://phys.org/news/2026-04-astronomers-exo-jupiter-clouds.html) - [Webb Space Telescope Uncovers Unexpected Ice Clouds on a Jupiter-Like World, SciTechDaily](https://scitechdaily.com/webb-space-telescope-uncovers-unexpected-ice-clouds-on-a-jupiter-like-world/) - [Epsilon Indi Ab, Wikipedia](https://en.wikipedia.org/wiki/Epsilon_Indi_Ab) - [Epsilon Indi, Wikipedia](https://en.wikipedia.org/wiki/Epsilon_Indi) --- ## PSR J2322-2650b : la planète citron en carbone du JWST - URL: https://www.portail-astronomie.fr/psr-j2322-2650b-jwst-exoplanete-pulsar-atmosphere-carbone/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-05-27T06:00:00 - Categories: ciel-profond Une atmosphère composée à 99 % de carbone et d'hélium, sans oxygène ni azote détectables, autour d'une planète déformée en citron par les marées d'un pulsar qui tourne 300 fois par seconde. C'est la signature spectrale que le JWST a renvoyée à Michael Zhang et son équipe quand ils ont pointé NIRSpec sur PSR J2322-2650b en novembre 2024. Le papier, publié dans Astrophysical Journal Letters le 16 décembre 2025 (DOI 10.3847/2041-8213/ae157c), met le doigt sur un objet qui n'aurait pas dû exister selon les modèles actuels de formation planétaire. Voici ce que l'instrument a vraiment mesuré, ce que les chiffres disent sur la composition, et pourquoi les théoriciens sont en train de chercher des hypothèses neuves. ## La cible : un système black widow connu depuis 2017 PSR J2322-2650 n'est pas une découverte de 2025. Le pulsar a été repéré en 2011 dans le relevé HTRU au radiotélescope Parkes, et son compagnon planétaire a été confirmé en 2017 par Spiewak et son équipe via timing pulsar (MNRAS, 2018). La masse du compagnon avait été estimée à environ 0,8 masse de Jupiter, sur une orbite circulaire de 7,75 heures, à une inclinaison d'à peu près 31 degrés. À ce stade, rien de très inhabituel pour un système dit "black widow" : un pulsar milliseconde qui rogne lentement la masse de son partenaire stellaire via vent et rayonnement. Trois précisions de contexte, parce que le vocabulaire compte ici. Un pulsar milliseconde, c'est un cadavre stellaire de 10 à 20 kilomètres de diamètre, comprimé à environ deux masses solaires, qui tourne à plusieurs centaines de tours par seconde. Pour J2322-2650, c'est précisément 300 rotations par seconde. La rotation est entretenue par accrétion sur des centaines de millions d'années depuis un compagnon stellaire qui, dans le cas d'un "black widow", est progressivement dépouillé de sa matière. Les systèmes "black widow" sont une sous-classe précise : compagnon de moins d'un dixième de masse solaire, en train d'être grignoté. Les "redback", plus massifs, gardent un compagnon jusqu'à une demi-masse solaire. Les "Tidarren", encore plus extrêmes, descendent à un centième de masse solaire. PSR J2322-2650b se classe sans ambiguïté dans la première famille, voire à la frontière avec les Tidarren. Distance : 630 parsecs après affinement de la parallaxe par MeerKAT, soit environ 2 050 années-lumière. Constellation du Sculpteur. Hors de portée optique, mais parfaitement audible pour les radiotélescopes. ## L'observation JWST : NIRSpec en deux modes Ce qui change tout en novembre 2024, c'est le pointage du JWST. L'équipe Zhang a utilisé NIRSpec dans deux configurations : le mode PRISM pour couvrir 0,6 à 5,3 microns avec une résolution modérée, et le mode G235H pour zoomer entre 1,7 et 3,1 microns à plus haute résolution spectrale. Couverture en phase orbitale complète, sur les 7,8 heures du tour. Le choix d'instrument n'est pas anecdotique. Un pulsar émet en gamma, X et radio, mais quasiment rien dans l'infrarouge proche. Pour un télescope IR, c'est un fond noir presque parfait. Du coup, le signal capté provient à 99 % de la planète elle-même, sans contamination significative de l'hôte. Ce contraste est précisément l'inverse de ce qui rend difficile l'observation des exoplanètes autour d'étoiles classiques. Mon verdict côté setup observationnel : c'est une cible idéale pour le JWST, et l'instrument a livré exactement ce qu'on pouvait en attendre. NIRSpec PRISM reste, deux ans après le début du programme exoplanètes du télescope, le mode de référence pour la caractérisation d'atmosphères en phase complète. ## Ce que la spectroscopie a vu Voilà ce que l'analyse des spectres a remonté, après réduction et modélisation atmosphérique : - Détection forte de carbone moléculaire sous deux formes : C2 (dicarbone) et C3 (tricarbone). - Atmosphère dominée par l'hélium, avec contribution massive du carbone. - Quasi-absence d'oxygène et d'azote. Aucune trace claire de vapeur d'eau, de méthane ou de dioxyde de carbone. - Rapport carbone/oxygène (C/O) supérieur à 100. À titre de comparaison, le Soleil affiche un C/O de l'ordre de 0,5. - Rapport carbone/azote (C/N) supérieur à 10 000. Ces deux derniers chiffres sont la signature la plus dérangeante du papier. Aucune exoplanète caractérisée à ce jour n'a affiché un tel niveau d'enrichissement en carbone. Les hot Jupiters typiques ont des C/O entre 0,3 et 1,5. Trois ordres de grandeur au-dessus, on entre dans un régime sans cas connu. Côté thermique, la phase curve montre un contraste très marqué : 2 300 K côté jour, 900 K côté nuit, pour une température d'équilibre globale autour de 1 900 K. Les vents zonaux sont décalés vers l'ouest, avec un pic thermique offset de 12 degrés après la conjonction supérieure. Pattern cohérent avec ce que les modèles d'atmosphère prédisent pour une planète en rotation ultra-rapide, mais rarement observé directement sur les Jupiters chauds classiques. ## Le citron, ce n'est pas une figure de style La forme ellipsoïdale du compagnon est mesurée, pas inférée. L'équipe a modélisé les variations de luminosité au cours de l'orbite et les a confrontées aux courbes attendues pour un objet sphérique. L'écart est net. Le diamètre équatorial dépasse de 38 % le diamètre polaire. Densité moyenne au-dessus de 1,84 g/cm³, rayon proche de 1,1 rayon de Jupiter, masse minimale de 0,8 masse de Jupiter. L'objet est très proche du remplissage de son lobe de Roche, ce qui explique la déformation. À 1,53 million de kilomètres de son pulsar (environ 0,01 unité astronomique, soit un quarantième de la distance Terre-Soleil), la gradient gravitationnel est tel que la planète est étirée comme une goutte d'eau dans un évier. En astrophysique on parle d'ellipsoïde triaxial. Dans la presse grand public, on dit "citron" ou "ballon de rugby". Les deux termes décrivent la même réalité physique. ## Pourquoi les modèles de formation calent C'est là que le papier devient intéressant pour qui suit la théorie. Il existe trois grandes pistes documentées pour fabriquer un objet planétaire autour d'un pulsar, et aucune ne colle vraiment. **Piste 1 : ablation d'un compagnon stellaire.** Dans les systèmes black widow, le pulsar érode son compagnon par photoévaporation et débordement de Roche. Si on part d'une étoile naine de séquence principale, on devrait obtenir un résidu enrichi en hydrogène et hélium, avec un peu de carbone et d'oxygène hérités de la nucléosynthèse stellaire. Pas un objet à C/O > 100. Cette piste prédit un C/O proche de 0,5, soit 200 fois moins. **Piste 2 : résidu de naine blanche carbone-oxygène.** Hypothèse plus exotique : le compagnon serait l'enveloppe stripped d'une ancienne naine blanche de type C/O, dont la structure interne aurait été exposée par ablation prolongée. Le souci, c'est qu'une telle naine blanche est composée à environ 50 % d'oxygène. Pour expliquer la quasi-absence d'oxygène observée, il faudrait un mécanisme de séparation entre carbone et oxygène à très haute température, et personne n'a encore décrit ce mécanisme proprement. Roger Romani (Stanford) cité dans le communiqué de l'University of Chicago évoque "quelque chose qui doit garder l'oxygène et l'azote loin de l'atmosphère observable", sans pouvoir détailler quoi. **Piste 3 : formation post-supernova dans un disque de débris.** Un disque pourrait théoriquement se reformer après l'explosion de la supernova qui a donné naissance au pulsar. Mais la composition du disque hériterait alors d'un mélange complexe d'éléments issus de la nucléosynthèse explosive, pas d'un C/O extrême uniforme. Verdict de Zhang dans le papier et dans les interviews qui ont suivi : la composition observée semble exclure tous les mécanismes connus. Ce n'est pas une formule diplomatique, c'est la conclusion littérale du papier. ## La pluie de diamants, hypothèse pas marketing L'angle "pluie de diamants" qui a circulé dans la presse n'est pas un argument de communication. À 1 900 K en équilibre et avec une pression atmosphérique élevée en profondeur, le carbone moléculaire (C2, C3) en surface peut se condenser plus bas dans l'atmosphère sous des formes solides : graphite, suie, et à plus forte pression encore, diamant. Le diagramme de phase carbone connu prédit la zone diamant entre quelques GPa et plusieurs dizaines de GPa, ce qui correspond aux conditions internes d'une géante de cette masse. L'hypothèse n'est pas démontrée pour J2322-2650b en particulier, mais elle est physiquement crédible. Elle l'est d'autant plus que l'atmosphère extérieure est carbone-pure : la séquence de condensation va du gaz vers le solide carboné en descendant, sans concurrence avec d'autres condensats. Pas de cycle de l'eau, pas de chimie ammoniac, juste du carbone qui cherche une forme stable. ## Comment ça se compare aux autres exoplanètes JWST de l'année Pour qui suit le programme exoplanètes du JWST depuis l'ouverture, l'année 2025 a été dense. Ce qui rend J2322-2650b atypique au milieu de cette série, c'est précisément le caractère extrême de sa composition. Les analyses publiées il y a quelques mois sur [TRAPPIST-1 et les différences de température entre faces planétaires mesurées par le JWST](/trappist-1-climat-jwst-avril-2026-differences-temperature-atmosphere-exoplanete/) restent dans le régime des exoplanètes rocheuses autour d'étoiles naines. Composition rocheuse, atmosphère ténue ou inexistante. Un cadre bien balisé. L'étude récente sur [29 Cygni b et la révision JWST de la frontière planète/naine brune](/29-cygni-b-jwst-frontiere-planete-naine-brune-avril-2026/) joue dans la cour des géantes gazeuses massives. Composition raisonnable, métaux trois fois l'étoile hôte, formation par accrétion. Tout est conforme à ce qu'on attendait, simplement plus précis. PSR J2322-2650b, lui, ne rentre dans aucune case. C'est ce qui le rend précieux scientifiquement. Et c'est ce qui rend les modèles incomplets. L'analyse de [YSES-1, le système couplé d'exoplanètes jeunes observé par le JWST](/yses-1-systeme-couple-exoplanetes-jeunes-jwst-2026/) reste dans un cadre encore conforme aux modèles de formation classiques. Atmosphères jeunes, composition héritée du disque. Là encore, J2322-2650b est l'objet borderline. ## Pour qui ? **Les théoriciens de la formation planétaire.** Cet objet est un test décisif. Si vos modèles ne peuvent pas produire un C/O > 100 sans ajouter de mécanisme exotique, vos modèles sont incomplets. Plusieurs équipes ont déjà annoncé qu'elles allaient relancer leurs simulations en intégrant des phases de séparation chimique à très haute température. **Les observateurs amateurs.** Le système est inaccessible aux instruments grand public, magnitude radio évidemment hors champ. Mais la constellation du Sculpteur, dans l'hémisphère sud, contient assez d'objets visibles pour qu'un amateur équipé sache au moins repérer la région du ciel d'où vient le signal. Mon conseil : utilisez Stellarium avec l'overlay pulsars, vous trouverez J2322-2650 entre l'amas globulaire NGC 7099 et la galaxie du Sculpteur. **Les rédactions scientifiques et les profs.** L'objet va devenir un cas d'école dans les cours de formation planétaire pour les cinq prochaines années, au minimum. Préparez vos slides. ## Verdict Le papier Zhang ne résout rien. Il complique. C'est exactement pour ça qu'il est important. La routine du programme exoplanètes JWST, ces deux dernières années, c'était la confirmation patiente de modèles construits depuis vingt ans. Atmosphères de hot Jupiters bien caractérisées, signatures de vapeur d'eau croisées, traces de CO2 et de méthane là où on les attendait. Travail propre, sérieux, prévisible. J2322-2650b casse cette routine. Une planète qu'on connaît depuis 2017 sort un spectre que personne n'avait imaginé. Aucune théorie de formation ne tient sans patch. La déformation par marée est mesurée à 38 % d'allongement équatorial, ce qui en fait l'objet planétaire le plus étiré jamais observé. Et l'instrument qui a livré ce résultat est, sans surprise, encore une fois NIRSpec sur JWST. Mon avis tranché : c'est le résultat exoplanète le plus dérangeant publié en 2025, et probablement parmi les trois plus importants de la mission JWST à ce jour. Pas parce qu'il confirme une hypothèse élégante. Parce qu'il en démolit plusieurs d'un coup. À surveiller : les papiers théoriques qui vont sortir d'ici 18 mois pour tenter d'expliquer la séparation carbone/oxygène. Mon pari : il faudra invoquer une phase de fractionnement dans une étoile compagne morte, et il faudra prouver que ce mécanisme peut se reproduire ailleurs. Sinon, on aura un objet unique au monde, ce qui en astrophysique est rarement bon signe. ## Sources - Michael Zhang et al., [A Carbon-rich Atmosphere on a Windy Pulsar Planet](https://iopscience.iop.org/article/10.3847/2041-8213/ae157c), Astrophysical Journal Letters, vol. 995, n°2, 16 décembre 2025 (DOI : 10.3847/2041-8213/ae157c) - NASA Science, [NASA's Webb Observes Exoplanet Whose Composition Defies Explanation](https://science.nasa.gov/missions/webb/nasas-webb-observes-exoplanet-whose-composition-defies-explanation/), 16 décembre 2025 - University of Chicago News, [NASA's Webb telescope finds bizarre atmosphere on a lemon-shaped exoplanet](https://news.uchicago.edu/story/nasas-webb-telescope-finds-bizarre-atmosphere-lemon-shaped-exoplanet) - Sciencepost, [Le télescope James-Webb a trouvé une planète où il pleut des diamants](https://sciencepost.fr/le-telescope-james-webb-a-trouve-une-planete-ou-il-pleut-des-diamants-son-annee-dure-7-heures-et-sa-forme-n-a-aucun-sens/) - Space.com, [James Webb Space Telescope discovers a lemon-shaped exoplanet unlike anything seen before](https://www.space.com/astronomy/exoplanets/james-webb-space-telescope-discovers-a-lemon-shaped-exoplanet-unlike-anything-seen-before-what-the-heck-is-this) - Astronomy.com, [JWST discovers a strange exoplanet that orbits a pulsar](https://www.astronomy.com/science/jwst-discovers-a-strange-exoplanet-that-orbits-a-pulsar/) - Wikipedia, [PSR J2322-2650 b](https://en.wikipedia.org/wiki/PSR_J2322%E2%88%922650_b) - R. Spiewak et al., [PSR J2322-2650 - a low-luminosity millisecond pulsar with a planetary-mass companion](https://academic.oup.com/mnras/article/475/1/469/4710309), MNRAS, vol. 475, 2018 --- ## June Bootids 27 juin 2026 : Pons-Winnecke, capricieuse - URL: https://www.portail-astronomie.fr/june-bootids-27-juin-2026-pons-winnecke-observation/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-05-26T06:00:00Z - Categories: evenements-celestes Pic prédit le 27 juin 2026 vers 01h00 TU. Activité nominale : 1 à 2 météores par heure. C'est ridicule sur le papier. Sauf que les June Bootids ont sorti 50 à 100 météores par heure en 1998, et 20 à 50 en 2004. Personne ne sait dire ce que va faire l'essaim cette année. Et la Lune gibbeuse à 96 % d'illumination, deux jours avant la pleine Lune du 30 juin, va de toute façon massacrer le contraste. Mon verdict d'entrée : ne planifiez pas une sortie dédiée. Si l'envie vous prend de regarder vers le nord-est dans la nuit du 27 au 28 juin, c'est gratuit, le radiant est circumpolaire depuis la France, et vous tentez votre chance sur un essaim qui peut soit ne rien donner du tout, soit produire une averse mémorable. La probabilité penche très clairement vers la première option. ## Le pic et ses incertitudes L'International Meteor Organization place le maximum à la longitude solaire 95,7°, soit le 27 juin 2026 vers 01h00 TU pour les modèles nominaux. Spaceweather.com et in-the-sky.org confirment la fenêtre 27 juin, avec des variantes secondaires entre 01h TU et 19h30 TU selon les modèles utilisés. La Society for Popular Astronomy donne un maximum secondaire le 27 à 19h30 TU avec radiant à 224°, +48°, soit environ 8° au nord de Nekkar (β Boötis). La période d'activité court du 22 juin au 2 juillet. C'est court. Le pic est étroit, parfois quelques heures seulement quand un sursaut se produit. Et c'est précisément pour cette raison que la prédiction est si fragile : il suffit que la Terre traverse une traînée de débris déposée par Pons-Winnecke en 1825 ou en d'autres retours, et le taux explose. Sans cette intersection, on retombe sur le fond de 1 à 2 météores par heure. Vitesse d'entrée atmosphérique : 14 km/s selon Wikipedia, 18 km/s selon l'IMO et la SPA. Les June Bootids sont des météores lents. Très lents. C'est l'un des essaims les plus lents du calendrier annuel. Quand une trace passe, elle laisse une longue traînée bien visible. À comparer aux Perséides en août, qui rentrent à 59 km/s : ça file à toute vitesse, on cligne, c'est fini. Ici, le grain a le temps de se faire admirer. ### Radiant et géographie Le radiant est dans le Bouvier, à AD 14h 50m, déclinaison +48° nord. Pour la France métropolitaine (latitude 43° à 51°), c'est circumpolaire. Le radiant ne se couche jamais. Ça veut dire que vous pouvez l'observer toute la nuit, théoriquement. En pratique, la culmination intervient en soirée, et le radiant redescend vers le nord-est-nord pendant la nuit. L'avantage : pas besoin d'attendre 3 h du matin. La nuit du 27 au 28 est exploitable dès la fin du crépuscule astronomique (vers 23h30 heure locale à Paris fin juin, plus tôt en Provence). L'inconvénient : à 51° de latitude (Nord, Hauts-de-France), le crépuscule astronomique n'arrive jamais vraiment fin juin. Vous avez du fond de ciel résiduel toute la nuit. Combiné à la Lune à 96 %, le ciel est blanc. Pas noir. Blanc. ## La Lune va tout casser Pleine Lune le 30 juin 2026. Pic des Bootids le 27. Trois jours avant pleine Lune, c'est-à-dire phase gibbeuse croissante à environ 96 % d'illumination. La Lune se lève avant le coucher du Soleil (vers 19h30 heure locale en France) et reste haute dans le ciel jusqu'à l'aube. Elle ne se couche jamais pendant la fenêtre d'observation utile. Comparée à l'édition Eta Aquarides du 6 mai 2026 où la Lune à 84 % avait déjà détruit le spectacle, on est ici sur une situation pire. 12 points d'illumination de plus, donc fond de ciel encore plus brillant, et un essaim de base 25 fois moins productif qu'Halley. Quelques chiffres : sous Bortle 3 sans Lune, un observateur expérimenté détecte des météores jusqu'à magnitude 6,5. Avec la Lune gibbeuse, la magnitude limite tombe à 4 ou 4,5 dans la moitié du ciel proche de l'astre. Concrètement, vous perdez 80 % des météores faibles. Sur un essaim qui produit normalement 1 ou 2 météores par heure, ça signifie peut-être 0 météore par heure d'observation directe. Sauf sursaut. Et c'est tout le sujet. ## 1998 et 2004 : le rappel historique qui change tout Le 27 juin 1998, la Terre a traversé une traînée de débris dense laissée par Pons-Winnecke à son retour de 1825. ZHR observé : 250 ± 50 à la longitude solaire 95,69°. Le sursaut a duré plus de 12 heures, avec des taux soutenus de 50 à 100 météores par heure sur la majeure partie de la nuit. Personne ne l'avait prédit. Personne ne s'y attendait. Avant 1998, le dernier sursaut documenté remontait à 1927, à Tachkent, où les observateurs de la société soviétique Mirovedenie avaient comptabilisé des taux horaires de 500 météores le 27 juin. Le 23 juin 2004, rebelote. Pas aussi spectaculaire, mais un ZHR de 50 à 100 météores par heure observé pendant plusieurs heures. Là encore, modèle nominal IMO : 1 à 2 météores par heure. Réalité : sursaut net. L'analyse de David Asher et Vacheslav Emelyanenko publiée dans Monthly Notices of the Royal Astronomical Society en 2002 a expliqué le mécanisme. Le sursaut de 1998 provient principalement de météoroïdes éjectés par Pons-Winnecke en 1825. Une partie substantielle de l'essaim est en résonance 2:1 avec Jupiter, ce qui empêche la dispersion chaotique des grains et permet à des structures compactes de subsister sur plusieurs siècles. Les sursauts ne se produisent que quand la Terre intersecte une de ces structures. Sans intersection : 1 à 2 météores par heure. ### Le problème prédictif Les modèles de traînées de poussière fonctionnent bien pour les Léonides (où Asher avait prédit le sursaut de 1999 à quelques minutes près), correctement pour les Perséides, médiocrement pour les June Bootids. La raison : Pons-Winnecke a une orbite courte (6,3 ans) mais relativement peu de retours documentés avec précision. Les éphémérides historiques avant 1900 sont incertaines. Les modèles donnent des fenêtres possibles de sursaut, mais sans la confiance qu'on a sur les Léonides. Pour 2026, aucune prédiction publiée d'outburst significatif. Ce qui ne signifie pas qu'il n'y en aura pas. Les sursauts non prédits restent la signature de cet essaim. C'est précisément ce qui le rend intéressant à surveiller, même quand le pronostic est mauvais. ## 7P/Pons-Winnecke : la comète parente Découverte le 12 juin 1819 par Jean-Louis Pons à Marseille. Redécouverte indépendamment par Friedrich Winnecke en 1858. Période orbitale 6,37 ans. Périhélie 1,24 UA, aphélie 5,62 UA. Inclinaison 22°. Diamètre du noyau estimé à environ 5 km. Prochain périhélie : 25 août 2027. La comète sera à environ 63° d'élongation solaire à ce moment, observable mais pas spectaculaire (magnitude visuelle estimée autour de 11 à 12). L'apparition de 2021, étudiée depuis l'observatoire de Calar Alto en Espagne, a montré un taux de production de poussière maximal de 83 kg/s, atteint 15 jours après le périhélie. C'est modeste pour une comète de cette catégorie. L'orbite a migré progressivement vers l'extérieur sur deux siècles. C'est cette migration qui explique pourquoi les sursauts spectaculaires de 1916, 1921 et 1927 ne se reproduisent plus annuellement : les structures denses de la traînée ne croisent plus systématiquement l'orbite terrestre. La Terre rate les paquets de débris la plupart du temps. Quand elle en croise un, sursaut. Le 28 juin 1916, William Frederick Denning et plusieurs observateurs britanniques avaient documenté le premier sursaut historique. C'est cette nuit-là qu'on a relié l'essaim à Pons-Winnecke. Sans Denning, on aurait peut-être attendu 1998 pour identifier la source. ## Matériel : zéro Aucun télescope. Aucune jumelle. Le champ d'un instrument optique est totalement incompatible avec l'observation de météores : vous voyez une portion minuscule du ciel, et les météores apparaissent ailleurs. À l'œil nu, vous couvrez 100 à 180° de champ visuel utile. Ce qui sert vraiment : - Un transat ou une couverture pour vous allonger. Observer debout 2 heures la tête levée, vos cervicales finissent en compote. - Vêtements chauds. Fin juin en France, la nuit tombe à 8-14°C selon la région. Tee-shirt, c'est la garantie de rentrer après 30 minutes. - Un thermos. C'est plus fort que tout matos optique. - Un masque ou casquette à large bord pour bloquer la Lune dans votre champ périphérique gauche (la Lune sera au sud-ouest puis ouest pendant la fenêtre utile). Application mobile utile : Stellarium ou SkySafari pour repérer le Bouvier et le radiant. Pour mémoire, le Bouvier est facile à trouver : suivez l'arc de la queue de la Grande Ourse, vous tombez sur Arcturus (l'étoile orange brillante, magnitude 0). Le radiant est à 8° au nord de Nekkar, qui est elle-même au nord d'Arcturus. ## Stratégie d'observation 2026 Nuit du 27 au 28 juin, créneau 23h30 à 03h30 heure locale française. Au-delà, le ciel commence à blanchir avec le crépuscule nautique du matin. Position : couché sur le dos, tête au nord-est, regard vers le zénith ou légèrement décalé nord. Vous ne fixez PAS le radiant directement. Les météores apparaissent partout dans le ciel et s'allongent en s'éloignant du radiant. Regarder à 30-40° du radiant donne les plus longues traînées. Limitez l'éclairage parasite. Téléphone en mode sombre absolu, écran rouge si possible. Lampe frontale rouge, jamais blanche. Évitez les phares de voiture proches. Comptage : si vous voulez contribuer à la science amateur, l'IMO collecte les rapports d'observation visuelle via leur formulaire en ligne. Comptez par tranche de 15 ou 30 minutes, notez la magnitude limite estimée et la position du radiant. Vos données alimentent les statistiques annuelles. C'est l'un des rares essaims pour lesquels une observation amateur peut encore apporter une vraie information scientifique, justement parce que la prédictibilité est faible. ## L'année où ça vaudra le coup Pas 2026. Probablement pas 2027 non plus (Pons-Winnecke passe au périhélie en août 2027, mais la Terre ne croise pas la traînée fraîche cette année-là). Les modèles d'Asher et Emelyanenko suggéraient des fenêtres possibles autour de 2003-2004 (confirmé), 2010 (raté), et au-delà 2030-2040 selon les retours futurs. Pour les passionnés de pluies de météores qui veulent un calendrier crédible cet été : les Delta Aquariides et Alpha Capricornides fin juillet 2026 offriront une combinaison plus exploitable. Voir le [guide d'observation Delta Aquariides et Alpha Capricornides juillet 2026](/delta-aquariides-alpha-capricornides-juillet-2026). Pour la pluie reine de l'été, les Perséides du 12 août restent la valeur sûre, malgré la Lune décroissante encore présente. Et pour comparer avec l'autre échec lunaire de mai dernier, le [bilan des Eta Aquarides 2026 avec Lune à 84 %](/eta-aquarides-mai-2026-lune-gibbeuse-observation-difficile) est instructif sur ce que la Lune fait vraiment au contraste. Mon plan personnel pour la nuit du 27 juin : je serai dehors quoi qu'il arrive, parce que c'est l'été et que je préfère un transat sous Lune gibbeuse à un canapé devant Netflix. Mais je ne compte pas sur les Bootids pour me régaler. Si la chance veut qu'un sursaut se produise, j'aurai été là. Sinon, j'aurai vu Arcturus, j'aurai retrouvé le Bouvier, et j'aurai compté mes étoiles filantes sporadiques de l'été. Ça suffit. ## Sources - International Meteor Organization, "2026 Meteor Shower Calendar" (IMO INFO 3-25) : https://www.imo.net/files/meteor-shower/cal2026.pdf - in-the-sky.org, "June Bootid meteor shower 2026" : https://in-the-sky.org/news.php?id=20260627_10_100 - Asher D. & Emelyanenko V., "Origin of the June Bootid outburst in 1998", MNRAS 331, 126 (2002) : https://academic.oup.com/mnras/article/331/1/126/1032899 - "2004 June Bootid meteor shower", MNRAS 362, 1463 (2005) : https://academic.oup.com/mnras/article/362/4/1463/988983 - Wikipedia, "June Bootids" : https://en.wikipedia.org/wiki/June_Bootids - Wikipedia, "7P/Pons-Winnecke" : https://en.wikipedia.org/wiki/7P/Pons%E2%80%93Winnecke - Society for Popular Astronomy, "June Bootids" : https://www.popastro.com/meteor/june-bootids/ - Spaceweather.com, "The Unpredictable June Bootids" : https://www.spaceweather.com/meteors/junebootids.html - TheSkyLive, "Moon Calendar June 2026" : https://theskylive.com/moon-calendar?year=2026&month=06 - ResearchGate, "Activity of comet 7P/Pons-Winnecke during the 2021 apparition" : https://www.researchgate.net/publication/389581108_Activity_of_comet_7PPons-Winnecke_during_the_2021_apparition --- ## Tianzhou-10 : 7 tonnes livrées à Tiangong en 5 heures - URL: https://www.portail-astronomie.fr/tianzhou-10-cargo-tiangong-11-mai-2026-long-march-7/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-05-25T06:00:00 - Categories: exploration-spatiale Pendant que Boeing essaie de remettre Starliner sur pied et que SpaceX prépare IFT-12, la Chine vient de boucler son dixième ravitaillement consécutif vers Tiangong. Sans rater une seule mission. Tianzhou-10 a décollé le 11 mai 2026 à 08h14 heure de Pékin (00h14 UTC) depuis le pas LC-201 de Wenchang, sur l'île de Hainan. Cinq heures plus tard, à 13h11 heure de Pékin (05h11 UTC), le cargo s'amarrait au port arrière du module central Tianhe. Express, méthodique, sans imprévu. Et il faut le dire franchement : 7 tonnes de fret livrées en cinq heures, c'est la prestation logistique la plus aboutie qu'un programme spatial habité ait réalisée cette année. ## Long March 7 Y11 : la routine maîtrisée Le lanceur, c'est une Long March 7 (Chang Zheng 7) en version Y11, le onzième exemplaire à voler. Bi-étages, propulsion kérosène/LOX, 53,1 mètres de hauteur, capacité d'environ 13,5 tonnes en orbite basse. Ce n'est pas le plus gros lanceur chinois (le Long March 5 fait deux fois mieux), mais c'est le seul qualifié pour Tianzhou. La paire LM-7 + Tianzhou est une chaîne logistique dédiée à Tiangong, sans alternative. Le décollage s'est fait depuis le pas LC-201 de Wenchang, le seul pas chinois côtier, ce qui permet de larguer les étages usés dans l'océan plutôt que sur des villages comme c'est encore le cas pour Xichang et Taiyuan. Détail trivial mais récurrent : la Chine intérieure récolte régulièrement de gros morceaux de boosters dopés à l'hydrazine. Wenchang, lui, évite ce problème. Le profil de mission Long March 7 est désormais standardisé : T+0 décollage, T+170 secondes séparation des quatre boosters latéraux, T+200 secondes extinction du premier étage, T+400 secondes mise en orbite par l'étage supérieur, puis désorbitation contrôlée du second étage quelques heures plus tard. Aucune anomalie publique sur la séquence du Y11 selon le suivi NASASpaceFlight. CASC opère ce lanceur depuis juin 2016 (Y1) avec un score quasi parfait, à l'exception d'un raté Y2 partiel en juillet 2017 dont les corrections sont devenues structurelles. L'agence chinoise (CMSA, China Manned Space Agency) a confirmé l'insertion orbitale nominale dans les minutes qui ont suivi le décollage, puis l'amarrage automatique au bout de cinq heures pile. Pour comparaison, le précédent Tianzhou-9 (juillet 2025) avait mis trois heures. La différence vient surtout du phasage orbital : Tiangong n'était pas au même endroit relatif au moment du tir. Les deux profils sont validés depuis Tianzhou-2. ## La cargaison : du concret, pas du marketing Officiellement, 6,2 tonnes de fret pressurisé selon le communiqué initial du Xinhua. Quelques heures plus tard, les sources techniques précisent 6,3 tonnes pressurisées plus 700 kg d'ergols destinés au réservoir de la station, soit un total embarqué proche de 7 tonnes. Space.com titre 7 tonnes, la fiche Wikipedia parle de 14 000 kg de masse totale au décollage (cargo + structure). Les écarts viennent des conventions de comptage, pas d'un désaccord factuel. Le détail de ce que contient Tianzhou-10, par ordre d'intérêt opérationnel : - **Une combinaison EVA neuve, la "modèle F"**. Troisième et dernière d'une série de trois nouvelles combinaisons (D et E ont été livrées par Tianzhou-9). Ces combinaisons remplacent intégralement les anciennes encore à bord. Durée de vie portée de 15 utilisations sur 3 ans à 20 utilisations sur 4 ans. Conception modulaire, composants remplaçables en orbite. C'est un saut de génération assumé, pas un simple rafraîchissement. - **Un tapis roulant neuf** pour la cabine pressurisée. La structure principale arrive maintenant, les tests en orbite suivront. Détail qui n'a rien d'anecdotique : l'atrophie musculaire reste l'ennemi numéro un des longs séjours, et la fiabilité des tapis ISS a beaucoup laissé à désirer (Combined Operational Load Bearing External Resistance Treadmill, le COLBERT, a connu des pannes à répétition). - **700 kg d'ergols** pour le système de contrôle d'attitude et les moteurs d'entretien d'orbite. Tiangong perd quelques kilomètres d'altitude chaque mois par frottement résiduel, il faut compenser. - **Plus de 220 articles** de rechange, consommables, et matériel scientifique, ciblés sur les besoins des équipages Shenzhou-23 et Shenzhou-24 à venir. - **Six charges utiles scientifiques** embarquées, le plus gros chargement de manips d'une seule mission Tianzhou. Environ 280 kg dédiés aux expériences en physique des fluides et disciplines voisines. Un représentant de la CASC (China Aerospace Science and Technology Corporation) a évoqué un ratio cargo/masse totale de 53 %, qu'il qualifie de "niveau mondial leader". Ce n'est pas un argument marketing creux : les Tianzhou améliorés depuis la version 6 transportent 7,4 tonnes de fret pour 14 tonnes de masse totale, ce qui dépasse effectivement les autres cargos opérationnels. Détail à connaître sur la combinaison F. Les combinaisons EVA d'origine du programme Tiangong, héritées de l'ère Shenzhou-7 (2008), ont vécu bien au-delà de leur spec initiale. Le calcul des cycles d'usure a été refait fin 2024 quand la CMSA s'est rendu compte que le matériau extérieur (composite multi-couches) commençait à montrer des micro-fissures sur les zones d'articulation après huit ans d'usage cumulé. La trilogie D/E/F livrée par Tianzhou-9 et Tianzhou-10 ferme cette parenthèse. À noter que ces combinaisons restent moins évoluées que les AxEMU américaines de chez Axiom (en développement pour Artemis) ou que les Orlan russes récentes, sur certains points comme la mobilité d'épaule. Mais sur la durée de vie, la Chine vient de prendre une longueur d'avance opérationnelle. ## Comparaison Cygnus, Dragon, Progress : Tianzhou en tête C'est l'angle que beaucoup d'articles évitent, parce qu'il dérange. Voici les capacités réelles des cargos en service en 2026 : | Cargo | Opérateur | Station | Capacité pressurisée | | ------------------ | ---------------- | -------- | -------------------- | | Tianzhou (v6 et +) | CASC | Tiangong | 7 400 kg | | Cargo Dragon 2 | SpaceX | ISS | environ 6 000 kg | | Cygnus XL | Northrop Grumman | ISS | environ 5 000 kg | | Cygnus standard | Northrop Grumman | ISS | 3 750 kg | | Progress MS | Roscosmos | ISS | 2 400 kg | Tianzhou est numéro un en capacité brute. Cargo Dragon dispose en plus du retour cargo vers la Terre, ce que Tianzhou ne fait pas (le cargo se désorbite et brûle dans l'atmosphère en fin de mission). Donc pas exactement la même mission : Tianzhou monte, ne redescend pas. Mais sur la verticale du ravitaillement, le score est sans appel. L'autre point qui compte, c'est la cadence. La Chine envoie un Tianzhou tous les 6 à 10 mois. Le Cygnus XL vole environ tous les six mois. Dragon enchaîne plus vite, environ trois à quatre missions par an, mais c'est aussi parce que ses créneaux sont plus courts. La logistique Tiangong est dimensionnée pour deux Tianzhou par an maximum, ce qui suffit à nourrir une station de trois personnes en équipage permanent. ## Ce que Tianzhou-10 prépare derrière Tianzhou-9, parti le 6 mai 2026, a libéré le port arrière de Tianhe pour permettre l'amarrage. Tianzhou-10 va y rester douze mois, plus longtemps que tous ses prédécesseurs. C'est la nouvelle norme : ces cargos ne se contentent pas de livrer, ils servent aussi de stockage pressurisé tampon entre les rotations d'équipages. Une capacité a été annoncée cette fois : la livraison "à l'heure" d'échantillons biologiques sensibles, stockés en réfrigération à bord du Tianzhou. Concrètement, ça veut dire qu'une expérience programmée au sol peut être chargée tard dans la nuit avant le tir, livrée à Tiangong en cinq heures, puis traitée par l'équipage. Pour les biologistes, c'est un confort qui n'existe quasiment nulle part ailleurs : la fenêtre logistique typique vers l'ISS via Dragon dépasse facilement les 48 heures entre chargement et docking. Les équipages concernés sont Shenzhou-21 actuellement à bord (Zhang Lu, Wu Fei, Zhang Hongzhang, en orbite depuis le 31 octobre 2025), puis Shenzhou-23 prévu courant 2026 et Shenzhou-24 attendu début 2027. Les rotations Tiangong se font sans interruption depuis fin 2022, après l'achèvement de la configuration en T à trois modules. Trois ans et demi d'occupation continue. La station fait environ 100 tonnes en orbite, soit un cinquième de la masse de l'ISS, mais avec un volume habitable comparable à l'ancien Mir (110 m³). La trajectoire Tiangong est inclinée à 41,5 degrés, soit moins haut que l'ISS (51,6 degrés), ce qui limite les survols à des latitudes inférieures à 42 degrés Nord ou Sud. Conséquence pratique : la France métropolitaine voit Tiangong en passage très bas sur l'horizon, ce qui rend les observations à l'œil nu nettement plus difficiles que celles de l'ISS. Pour vos repérages, des passages favorables sont visibles depuis le sud de l'Espagne, le Maghreb ou la Corse à certaines périodes. Les consommables livrés ciblent précisément les deux équipages à venir : rations alimentaires pour environ 200 jours-équipage, kits d'hygiène individualisés (la CMSA personnalise les paquets selon les profils médicaux), pièces de rechange du système de régénération d'eau (Sabatier reactor chinois, équivalent fonctionnel du module ECLSS de l'ISS), filtres CO2, et matériel médical incluant deux échographes portables. L'ensemble est dimensionné pour tenir jusqu'à Tianzhou-11, prévu autour de mars-avril 2027. ## La méthode chinoise, sans bavardage Ce que dit Tianzhou-10, au-delà du fret, c'est un mode de fonctionnement. Dix missions consécutives réussies, une cadence régulière, pas de drame public, pas de rapport interne fuité, pas de comité d'enquête. La transparence opérationnelle n'est pas le fort du programme habité chinois, mais l'exécution, elle, est implacable. Comparons honnêtement. Le programme habité américain a connu en 2025-2026 : l'échec Starliner CFT requalifié [Type A mishap par la NASA](/boeing-starliner-mai-2026-programme-crise-bilan), le report d'Artemis III à Artemis IV pour le retour sur la Lune, l'annulation de Mars Sample Return, et la révision de calendrier permanente sur Starship. Le programme russe roule sur de vieux modèles Soyouz/Progress qui datent des années 1970, sans roadmap d'amélioration crédible. Le programme européen reste cantonné au statut de partenaire, sans souveraineté habitée propre. La Chine, elle, n'a annulé aucun programme, n'a raté aucun rendez-vous Tianzhou, fait voler Tianwen-2 [vers Kamoʻoalewa](/tianwen-2-kamooalewa-quasi-satellite-terre-chine-2026), prépare Chang'E-7 et Chang'E-8 vers le pôle sud lunaire, et vise un alunissage habité Lanyue avant 2030. Le tout sur un budget qui reste sous la barre des 10 milliards de dollars annuels pour le spatial civil, soit moins du tiers du budget NASA. Verdict : Tianzhou-10 n'est pas une révolution. C'est une démonstration de discipline industrielle. Et c'est précisément ce qui rend la trajectoire chinoise inquiétante pour ceux qui regardaient encore Tiangong comme une station "secondaire". Pendant que l'ISS approche de la fin (sortie de service planifiée à l'horizon 2030-2031), Tiangong gagne en autonomie logistique. Quand l'ISS sera deorbitée, Tiangong sera la seule station habitée en orbite basse opérée par un État. La fenêtre se ferme vite, et personne ne semble vraiment décidé à la rouvrir côté occidental, à part Vast avec [Haven-1 et son projet de station commerciale](/haven-1-vast-space-premiere-station-commerciale-2027). ## Sources - SpaceNews, « Tianzhou-10 cargo spacecraft arrives at Tiangong space station » : https://spacenews.com/tianzhou-10-cargo-spacecraft-arrives-at-tiangong-space-station/ - Space.com, « China's Tianzhou 10 freighter delivers 7 tons of cargo to Tiangong space station » : https://www.space.com/space-exploration/launches-spacecraft/chinas-tianzhou-10-freighter-delivers-7-tons-of-cargo-to-tiangong-space-station - Wikipedia, « Tianzhou 10 » : https://en.wikipedia.org/wiki/Tianzhou_10 - Global Times, « Tianzhou-10 successfully docks with China Space Station » : https://www.globaltimes.cn/page/202605/1360698.shtml - Xinhua, « Update: China launches Tianzhou-10 cargo craft to send space station supplies » : https://english.news.cn/20260511/1a910957d1e9493aac6143b1ad300a51/c.html - CGTN, « China to complete spacesuit upgrade with Tianzhou-10 mission » : https://news.cgtn.com/news/2026-05-08/China-to-complete-spacesuit-upgrade-with-Tianzhou-10-mission-1MYo6iOIO1W/p.html - CGTN, « Space station 'express delivery': China launches Tianzhou-10 cargo spacecraft » : https://news.cgtn.com/news/2026-05-11/China-says-it-successfully-launches-Tianzhou-10-cargo-spacecraft-1N3cLeSCySQ/p.html - People's Daily, « China launches Tianzhou-10 cargo craft to send space station supplies » : https://en.people.cn/n3/2026/0511/c90000-20454797.html - Wikipedia, « Comparison of space station cargo vehicles » : https://en.wikipedia.org/wiki/Comparison_of_space_station_cargo_vehicles --- ## Vénus-Jupiter à 1,6° Gémeaux : conjonction 9 juin 2026 - URL: https://www.portail-astronomie.fr/conjonction-venus-jupiter-9-juin-2026-gemeaux-observation/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-05-24T06:00:00 - Categories: evenements-celestes Mardi 9 juin 2026, en sortie de crépuscule, deux points lumineux vont s'accrocher au ras du nord-ouest. Vénus et Jupiter, les deux planètes les plus brillantes du ciel, se croisent à 1°38 d'écart selon les éphémérides d'In-The-Sky.org, soit environ 1,6 degré d'arc. Un écart qui tient sous la largeur du petit doigt tendu à bout de bras. Pour les non-initiés, ça ressemblera à une étoile double anormalement vive ; pour les astronomes amateurs avec des jumelles 15x70, ce sera l'occasion de voir les quatre lunes galiléennes alignées à côté du disque vénusien, dans le même champ optique. La fenêtre est étroite, l'horizon bas, et le timing serré. Voilà comment ne pas la rater. ## Ce qui se passe exactement à 12:30 UTC Le moment du plus grand rapprochement géocentrique est calé à 12:30 GMT le 9 juin 2026 selon les éphémérides du portail Star Walk, soit 14:30 heure d'été de Paris. À cet instant précis, le couple n'est évidemment pas visible depuis la France : il fait grand jour. La géométrie de la conjonction reste quasi-identique au coucher du Soleil, sept à huit heures plus tard. La séparation angulaire au crépuscule sera de l'ordre de 1,6 à 1,7 degré, à la marge de la valeur géocentrique minimale. Les chiffres bruts à retenir : - Séparation au plus proche : 1°38 (98 arcminutes) - Vénus : magnitude -4,0 - Jupiter : magnitude -1,8 (certaines sources donnent -1,9, écart négligeable pour l'œil) - Constellation : Gémeaux - Élongation par rapport au Soleil : 36 degrés - Position relative : Vénus 1°38 au nord de Jupiter Une remarque sur les magnitudes : l'échelle est logarithmique, et chaque degré de magnitude correspond à un facteur 2,5 en flux. Entre -4,0 et -1,8, il y a 2,2 magnitudes d'écart, soit un rapport de luminosité de presque 8. Vénus écrasera donc visuellement Jupiter, sans pour autant rendre la géante gazeuse invisible. À l'œil nu, on verra deux points distincts, Vénus dominant la scène, Jupiter à environ trois diamètres lunaires en dessous et légèrement à droite. ## La mécanique d'une conjonction de planètes intérieure-extérieure Vénus boucle son orbite en 224,7 jours, Jupiter en 11,86 ans. La Terre fait le tour en 365,25 jours. Les conjonctions visibles entre Vénus et Jupiter résultent du jeu combiné de ces trois périodes, projetées sur la sphère céleste depuis notre point de vue. La période synodique Vénus-Jupiter, c'est-à-dire l'intervalle moyen entre deux conjonctions de même type, vaut 236,99 jours. Sur le papier, ça donne donc environ trois rapprochements par couple de 24 mois. En pratique, toutes les conjonctions ne sont pas observables. La plupart se produisent trop près du Soleil pour être visibles depuis la surface terrestre, masquées par la lumière du jour. Les conditions optimales exigent que le couple Vénus-Jupiter soit séparé du Soleil d'au moins 20 à 25 degrés au moment du rapprochement, ce qui correspond à une élongation correcte. Le 9 juin 2026, avec 36 degrés d'élongation, le critère est rempli. L'autre paramètre clé est la séparation angulaire minimale. Les conjonctions sous 1 degré sont qualifiées de très serrées ; sous 30 arcminutes (soit la moitié d'un degré), elles deviennent rares. Pour mémoire, le record récent revient au 1er mars 2023, avec 32 arcminutes de séparation, un événement qualifié par l'éditorialiste Ethan Siegel sur Big Think comme le plus serré et le plus visible depuis 2015, sans équivalent attendu avant 2039. Celui du 9 juin 2026, à 1°38, sera donc trois fois plus large, mais reste un beau spectacle accessible et photogénique. ## Placement dans la constellation des Gémeaux Les Gémeaux ne sont pas la constellation la plus exotique du zodiaque, mais elle a deux atouts visuels : Castor et Pollux, deux étoiles brillantes que tout amateur reconnaît. Pollux, magnitude apparente 1,14, est une géante orange située à 33,8 années-lumière, première étoile à l'œil nu confirmée comme hôte d'une exoplanète. Castor, magnitude 1,58, est un système sextuple. Les deux sont distantes de 4,5 degrés sur le ciel. Le 9 juin 2026, Vénus et Jupiter se trouveront dans la moitié sud-ouest de la constellation, en direction de Taurus. Au crépuscule, ni Castor ni Pollux ne seront facilement visibles, car le fond de ciel reste encore trop lumineux à l'heure où le couple planétaire descend vers l'horizon. Pour visualiser la scène avant la soirée, un coup d'œil rapide dans Stellarium (gratuit, multi-plateforme) ou Sky Safari (mobile, payant) règle l'affaire en deux minutes. Réglez la date sur 9 juin 2026, l'heure entre 21h00 et 22h00 locale, et regardez vers le nord-ouest. Le placement dans Gémeaux n'a rien d'anodin pour Vénus. Au cours de mai 2026, la planète traverse Taurus puis entre dans Gemini le 19 mai selon les éphémérides détaillées de La Gazette Spatiale. Sa trajectoire est rapide : entre le 19 mai et le 9 juin, elle gagne environ 20 degrés d'élongation par rapport au Soleil. Jupiter, lui, plus lent, occupe la même zone du ciel depuis plusieurs semaines. Le rapprochement n'est donc pas un croisement frontal, mais un rattrapage : Vénus, depuis la Terre, monte et croise la position fixe de Jupiter. ## Horaires d'observation en France métropolitaine Le timing est l'aspect le plus contraignant de cette conjonction. Le couple est bas, l'élongation modérée, et la fenêtre courte. Voici les paramètres pour Paris (latitude 48,85° nord) le 9 juin 2026 : - Coucher du Soleil : 21h54 heure d'été locale (19h54 UTC) - Crépuscule civil (Soleil -6°) : vers 22h35 - Coucher de Vénus : environ 23h45 - Coucher de Jupiter : quelques minutes après Vénus La fenêtre utile, autrement dit le moment où le ciel est suffisamment sombre pour que le couple ressorte mais avant que les planètes ne soient trop basses, s'étale entre 22h00 et 23h15 environ. Soit 75 minutes, et c'est généreux. Pour Lyon, Marseille, Bordeaux ou Toulouse, retrancher 10 à 20 minutes au coucher du Soleil ; ajouter autant pour Strasbourg, Lille ou Brest. Les écarts entre villes restent modestes, mais le couple est bas sur l'horizon (10 à 15 degrés d'altitude maximum), et chaque degré gagné fait la différence sur la qualité de l'image. Le critère absolu : un site dégagé vers le nord-ouest. Pas d'arbres, pas d'immeubles, pas de relief. Une plage exposée nord-ouest, un champ de blé moissonné, le sommet d'une colline, voire un toit-terrasse. La pollution lumineuse joue moins ici que pour le ciel profond, car Vénus et Jupiter passent largement au-dessus, mais la transparence atmosphérique près de l'horizon est dégradée par les particules en suspension. Un site rural au bord de la mer ou en altitude offre des conditions nettement meilleures qu'un balcon parisien. ## Observation à l'œil nu et aux jumelles À l'œil nu, l'événement tient debout sans aucun problème. Deux points lumineux séparés de 1,6 degré, c'est environ trois diamètres lunaires d'écart. La perception est immédiate : Vénus brille comme un phare blanc presque cassant, Jupiter un cran moins fort, légèrement crème ou jaune pâle selon BBC Sky at Night Magazine. Le contraste entre les deux teintes est sensible pour un œil attentif, surtout quand le fond de ciel se fait noir bleuté en fin de crépuscule. C'est aux jumelles que la scène bascule dans une autre catégorie. Une paire 10x50 standard, équipement de base de tout astronome amateur, offre un champ apparent de 6 à 6,5 degrés. Bien assez pour cadrer le couple avec marge. Une paire 7x50 (champ ~7,5°) fonctionne aussi très bien et impose moins de stabilité à la main. Ce qu'on voit alors : Vénus en disque très brillant, presque ponctuel, et Jupiter accompagné de ses lunes galiléennes alignées comme des perles sur un fil. Pour Jupiter, le défi est de tenir l'instrument stable. À 10x, le moindre tremblement de main brouille les lunes. Deux solutions concrètes : caler les jumelles contre un mur, un montant de fenêtre, ou un tronc d'arbre ; ou les monter sur un trépied photo avec un adaptateur dédié (15 à 30 euros chez les revendeurs spécialisés). Avec un trépied, on tient facilement plusieurs minutes sans fatigue, et on commence à percevoir les détails. Une paire de jumelles plus puissante, type Celestron SkyMaster 15x70 ou équivalent, change la donne. Le guide d'équipement de TelescopeAdvisor recommande explicitement ce modèle pour la conjonction du 9 juin 2026 : à 15x de grossissement et 4,4 degrés de champ réel, le couple tient confortablement dans la vue, et les quatre lunes galiléennes apparaissent nettement comme des points distincts à côté du disque jovien. Les 15x70 doivent obligatoirement être montés sur trépied, leur poids interdit l'observation à main levée au-delà de quelques secondes. ## Au télescope : compromis entre grossissement et champ La règle pour cette conjonction : il faut un champ réel d'au moins 2 degrés pour cadrer les deux planètes ensemble avec une marge confortable. Cette contrainte exclut tous les télescopes à forte focale, c'est-à-dire la quasi-totalité des Schmidt-Cassegrain (1500 mm et plus), des Maksutov-Cassegrain, et des lunettes apochromatiques longues. Avec un Celestron SCT 8 pouces et un oculaire de 40 mm, le champ réel plafonne à 1,1 degré, insuffisant. Les instruments adaptés sont les lunettes courtes et les petits Newton : - Lunette achromatique 60 à 80 mm à focale courte (f/5 à f/7), avec oculaire grand champ 25 à 32 mm : champ réel 2 à 3 degrés. - Petit Newton 114 mm f/4 ou f/5 avec oculaire 32 mm Plössl : champ réel ~2 à 2,5 degrés. - Lunette TS Star 60 ou Sky-Watcher StarTravel 80 : champ réel >2,5 degrés à faible grossissement. - Celestron Travel Scope 70 mm (400 mm de focale) avec oculaire 20 mm : ~2,5 degrés de champ réel, configuration recommandée par TelescopeAdvisor. Ce qu'on voit alors : Vénus en demi-phase (dichotomie), à quatre jours après sa plus grande élongation orientale, soit environ 50 % illuminée. Le disque vénusien atteint 23 arcsecondes de diamètre apparent, suffisamment grand pour distinguer la phase à 50x de grossissement. Jupiter présente ses bandes équatoriales visibles à partir de 60x, et ses quatre lunes galiléennes (Io, Europe, Ganymède, Callisto) tracent une ligne quasi rectiligne à côté du disque jovien. Le compromis est cruel : un grossissement faible cadre tout mais lisse les détails ; un grossissement élevé sépare le couple mais révèle la texture des planètes. La meilleure approche est d'alterner. Garder un oculaire 25 mm ou 32 mm pour le cadrage d'ensemble, puis basculer sur un 10 mm ou 12,5 mm pour zoomer sur Jupiter et ses lunes. Vénus seule, à 50x, montre déjà sa phase nettement. ## Photographier la conjonction Pour la photo, deux écoles. L'école paysage : appareil avec objectif court (24 à 50 mm), trépied, un premier plan évocateur (clocher, arbre isolé, ligne de crête). Réglages typiques : ISO 400 à 800, ouverture f/4 à f/5,6, vitesse 1 à 4 secondes au crépuscule. Le couple Vénus-Jupiter ressort comme deux étoiles vives au-dessus d'un horizon bleu profond. Cette approche, valorisée par les guides de Stelvision et de Sky at Night Magazine, donne les images les plus partageables. L'école téléobjectif vise le portrait du couple. Focale 200 à 400 mm sur un boîtier reflex ou hybride APS-C, trépied solide, déclencheur souple ou retardateur 2 secondes pour éviter le micro-flou. Réglages : ISO 400 à 1600, f/5,6 à f/8, vitesse 1/30 à 1/250 selon l'éclairement résiduel. À 400 mm sur APS-C (équivalent 600 mm), Jupiter et Vénus tiennent ensemble dans le cadre, et avec un peu de chance les lunes galiléennes apparaissent comme des pixels distincts à côté de Jupiter sur une exposition de 1 à 2 secondes. Une contrainte technique à connaître : au-delà de 300 mm, la durée d'exposition maximale sans suivi équatorial pour éviter le filé descend sous la seconde. La formule classique dite des 500 (500 / focale en équivalent 24x36 = temps maximum en secondes) donne 1,7 seconde à 300 mm sur plein format, 1,25 seconde à 400 mm. Pour aller plus loin, il faut une monture équatoriale motorisée, ou un télescope avec suivi sidéral. Sur un trépied photo fixe, on reste donc à 1 ou 2 secondes maximum. L'astuce qui fait la différence : la séquence en accéléré. Prendre une photo identique chaque soir entre le 1er et le 15 juin, depuis le même lieu, avec le même cadrage. En quinze poses, on obtient un time-lapse de la migration apparente de Vénus rattrapant Jupiter puis le dépassant. C'est le genre de production qui décolle sur les réseaux sociaux d'astronomie amateur et qui ne demande aucun équipement spécialisé. ## Précédentes conjonctions Vénus-Jupiter Pour situer la valeur du 9 juin 2026, deux références récentes méritent d'être rappelées. La première, le 1er mars 2023, fut la conjonction la plus serrée des dernières années : 32 arcminutes de séparation seulement, soit la moitié d'un degré, équivalent à un diamètre lunaire. Vénus et Jupiter apparaissaient comme un quasi-double, visible 1h30 après le coucher du Soleil. Cette conjonction, documentée par Astronomers Without Borders et la British Astronomical Association, reste le sommet de la décennie 2020 pour les rapprochements Vénus-Jupiter visibles depuis l'hémisphère nord. La seconde, plus récente, est celle du 12 août 2025, observable cette fois au matin, avant le lever du Soleil. Les deux planètes se sont approchées à 52 arcminutes (un peu moins d'un degré), avec Vénus dominante et Jupiter à côté, visibles depuis 3h00 du matin selon les éphémérides de Sky at Night Magazine et de Space.com. La constellation Orion se trouvait en arrière-plan sur la droite. C'était une conjonction de l'aube, avec des conditions assez similaires à celle du 9 juin 2026 en termes de séparation, mais inversée dans la journée. Comparaison rapide : - 1er mars 2023 : 32 arcminutes, soirée, ciel d'hiver, Poissons. - 12 août 2025 : 52 arcminutes, aube, ciel d'été, Cancer-Lion. - 9 juin 2026 : 1°38, soirée, ciel de printemps tardif, Gémeaux. Le 9 juin 2026 n'est donc pas un événement record en termes de proximité, mais il s'inscrit dans une régularité opérationnelle : les amateurs qui ont observé en 2023 et 2025 retrouveront leurs marques, avec une fenêtre horaire confortable et un placement géographique facile. ## Le calendrier des conjonctions 2026 dans la foulée Le 9 juin 2026 n'est qu'un point dans une séquence assez chargée pour les amateurs de conjonctions planétaires. Le portail Star Walk recense les rendez-vous suivants pour le reste de l'année : - 25 juin 2026 : Jupiter et Mercure, 3°46 de séparation, après le coucher du Soleil. - 15 août 2026 : Jupiter et Mercure, 0°34 de séparation, avant le lever, très serré. - 5 octobre 2026 : Vénus et Mercure, 5°28 de séparation, brève fenêtre au crépuscule. - 15 novembre 2026 : Mars et Jupiter, 1°14 de séparation, près du Faucille du Lion. À cela s'ajoute la conjonction [Lune-Vénus du 17 juin 2026](/conjonction-lune-venus-juin-2026-observation-soir), seulement huit jours après le rapprochement Vénus-Jupiter, dans la constellation du Cancer cette fois, avec une séparation extraordinaire de 0,3 degré. Ces deux rendez-vous en moins de deux semaines donnent un printemps astronomique particulièrement dense pour les observateurs visuels. Pour ceux qui prévoient de structurer leurs sorties d'observation sur l'année, le calendrier des grands événements 2026 inclut aussi [la Lune bleue du 31 mai 2026](/lune-bleue-31-mai-2026-guide-observation-microlune) et plus tard [l'éclipse solaire totale du 12 août 2026 en Europe](/eclipse-solaire-totale-12-aout-2026-europe-guide-observation). Le 9 juin s'inscrit naturellement dans cette progression, avec une difficulté technique modérée et un rendu visuel garanti. ## Préparer la soirée : checklist pratique Ce qu'il faut sur place le 9 juin 2026 au soir : - Un site dégagé vers le nord-ouest, idéalement vers 21h30 locale, pour repérer les points lumineux dès qu'ils émergent du crépuscule. - Une boussole ou une appli (Stellarium Mobile, Sky Safari) pour identifier sans hésitation la zone de pointage. - Des jumelles 7x50 ou 10x50, ou mieux des 15x70 sur trépied. - Un trépied photo si l'on veut documenter la scène. - Un siège ou un tapis : une heure debout à observer en pleine nuit fatigue plus qu'on ne croit. - Une lampe rouge pour conserver la vision nocturne (utile surtout pour les manipulations de matériel). - Un coupe-vent ou polaire : début juin en France, surtout en altitude ou près des côtes, peut surprendre. Ce qu'il vaut mieux laisser à la maison : un télescope trop puissant (>1000 mm de focale) qui ne cadrera jamais le couple ensemble. Un télescope de voyage 70 mm ou une simple paire de jumelles fait toujours mieux pour ce type de conjonction. L'autre conseil souvent négligé : commencer l'observation 30 minutes avant le rendez-vous officiel pour repérer la zone, ajuster son installation, tester le matériel. La fenêtre est courte, et perdre dix minutes à chercher la mise au point dans l'obscurité, c'est dix minutes de moins à profiter du spectacle. ## Et si la météo ne suit pas Sur le mois de juin en France, la couverture nuageuse moyenne au coucher du Soleil oscille entre 40 et 60 % selon les régions. Une fraction non négligeable des observateurs aura un ciel chargé le 9 juin. Bonne nouvelle : la conjonction Vénus-Jupiter n'est pas un événement instantané comme une occultation ou un éclair stellaire. Les deux planètes restent à moins de 5 degrés l'une de l'autre pendant plusieurs jours autour du rendez-vous principal. Concrètement, on peut observer le rapprochement avec un rendu très proche du pic du 9 juin entre le 5 et le 14 juin 2026. Le 5 juin, Vénus est à environ 5 degrés au-dessus de Jupiter ; le 14 juin, elle est passée à 4 degrés au-dessus. Le 8 et le 10 juin sont quasi-identiques au pic en termes de spectacle visuel. Si le ciel est couvert le 9, viser le 10 ou le 11. Et inversement. Pour ceux qui visent la photo, étaler les tentatives sur la semaine maximise les chances. Si une seule soirée se présente sans nuage, autant que ce soit celle-là, peu importe qu'on soit deux jours avant ou après le pic. L'œil humain ne distingue pas une séparation de 1,6 degré d'une séparation de 2 degrés sans étalon de comparaison. ## Ce que ça raconte sur le système solaire (J'ai toujours trouvé que ces conjonctions cachent une géométrie qui, une fois posée à plat, n'a rien d'évident. Vénus est à 0,72 unité astronomique du Soleil le 9 juin 2026, soit environ 108 millions de kilomètres. Jupiter est à 5,2 UA, soit 778 millions de kilomètres. Sur le ciel, séparés de 1,6 degré apparent. En réalité, distants l'un de l'autre d'environ 670 millions de kilomètres. La perspective écrase la profondeur du système solaire en deux points sur la voûte céleste, et c'est uniquement parce qu'on regarde depuis la Terre, par hasard alignée avec ces deux planètes ce soir-là, qu'ils paraissent côte à côte.) Le tour de force, c'est que Vénus, sept fois plus proche que Jupiter, brille moins de 10 fois plus fort, alors que la loi de l'inverse carré sur la luminosité devrait donner un rapport bien supérieur. La raison : Jupiter est 12 fois plus grande, et son albédo (réflectivité) atteint 0,52 contre 0,77 pour Vénus. La taille compense en grande partie l'éloignement. Sans cette compensation, Jupiter serait invisible à l'œil nu, et on n'aurait pas grand-chose à raconter. Cette conjonction du 9 juin 2026 est donc moins un événement physique qu'un alignement perspective, mais elle offre une chance rare : voir, dans le même champ de jumelles, deux planètes radicalement différentes par leur masse, leur composition et leur place dans le système solaire. Vénus, telluraire brûlante, recouverte de nuages d'acide sulfurique, et Jupiter, géante gazeuse aux bandes nuageuses tourbillonnantes et son cortège de lunes glacées. Deux mondes, une ligne de visée, soixante-quinze minutes pour en profiter. ## Sources 1. [BBC Sky at Night Magazine, Venus-Jupiter conjunction 9 June 2026](https://www.skyatnightmagazine.com/news/venus-jupiter-conjunction-9-june-2026) 2. [In-The-Sky.org, Conjunction of Venus and Jupiter 9 June 2026](https://in-the-sky.org/news.php?id=20260609_20_100) 3. [Star Walk, Planetary Conjunctions 2026](https://starwalk.space/en/news/planetary-conjunctions) 4. [EarthSky, Venus-Jupiter conjunction in June 2026 charts](https://earthsky.org/tonight/venus-jupiter-conjunction-june-2026-charts-how-to-see/) 5. [La Gazette Spatiale, Observation céleste de mai 2026 Vénus et Jupiter](https://www.lagazettespatiale.com/observation-celeste-de-mai-2026-venus-et-jupiter-transits-galileens/) 6. [TelescopeAdvisor, Venus-Jupiter June 2026 telescope guide](https://www.telescopeadvisor.com/venus-jupiter-conjunction-june-2026-telescope-guide.php) 7. [Big Think (Ethan Siegel), Why 2023 Venus-Jupiter conjunction won't be bettered until 2039](https://bigthink.com/starts-with-a-bang/venus-jupiter-conjunction/) --- ## JWST cartographie la toile cosmique à un milliard d'années - URL: https://www.portail-astronomie.fr/jwst-cosmic-web-cosmos-web-matiere-noire-11-mai-2026/ - Author: Julien P. - Published: 2026-05-23T06:00:00 - Categories: cosmologie Le 11 mai 2026, l'Université de Californie à Riverside a annoncé ce que beaucoup attendaient depuis le lancement du télescope spatial James Webb : la cartographie de la toile cosmique à une résolution jamais atteinte, jusqu'à une époque où l'univers n'avait qu'environ un milliard d'années. L'article scientifique correspondant, signé par Hossein Hatamnia (UCR / Carnegie Observatories) et son directeur de thèse Bahram Mobasher, est paru dans The Astrophysical Journal le 6 mai 2026 sous le titre « Large-Scale Structure in COSMOS-Web: Tracing Galaxy Evolution in the Cosmic Web up to z ∼ 7 with the Largest JWST Survey ». La presse spécialisée a parlé de « squelette cosmique » et de « première carte qui permet enfin de tester les modèles ». Ce n'est pas exagéré. C'est aussi plus subtil que les titres ne le laissent paraître. Parce que ce communiqué de mai n'arrive pas isolé. Il complète un autre papier, publié quatre mois plus tôt dans Nature Astronomy, par Diana Scognamiglio (NASA JPL) et plus de quarante co-auteurs. Les deux études exploitent le même relevé COSMOS-Web, le plus vaste programme d'observation jamais accordé au JWST, mais elles regardent l'univers par deux portes différentes : la première suit les galaxies elles-mêmes, la seconde mesure directement la masse invisible qui les sculpte. Mises bout à bout, elles dessinent la toile cosmique sous deux éclairages complémentaires. Détaillons ce qu'elles montrent vraiment, et ce qu'elles ne montrent pas encore. ## La toile cosmique, rappel de ce que c'est Quand un cosmologiste parle de toile cosmique, il décrit la structure à la plus grande échelle observable de l'univers. La matière n'y est pas répartie uniformément. Elle forme un réseau filamentaire qui rappelle, à la louche, une éponge ou un réseau neuronal. Aux nœuds de ce réseau s'amassent les amas de galaxies, les structures les plus massives liées par gravité. Entre les nœuds courent des filaments, longs ponts de gaz et de [matière noire](/cloud-9-galaxie-ratee-matiere-noire-hubble-relhic) le long desquels les galaxies migrent. Et entre les filaments s'étendent les vides, ces régions presque vides de matière qui occupent la plus grande part du volume cosmique. Cette architecture n'est pas une découverte récente. Le concept date des années 1980, formalisé par les simulations à grande échelle de Joeri Hellings, Carlos Frenk, Marc Davis et Simon White, puis affiné par les codes numériques modernes (Millennium en 2005, IllustrisTNG à partir de 2018). Toutes ces simulations partagent un même squelette théorique : le modèle ΛCDM (Lambda Cold Dark Matter), où la matière noire froide forme l'ossature gravitationnelle, et les baryons (la matière visible) tombent dedans après coup. Le modèle prédit la géométrie de la toile avec une précision étonnante. Le problème, c'est qu'il a fallu attendre quarante ans pour avoir des données capables de le vérifier à haute résolution dans l'univers jeune. Avant le JWST, les cartes existantes (Hubble COSMOS, SDSS, 2dF, eBOSS) traçaient soit la distribution proche, soit des structures floues à grand redshift. La résolution manquait. Le pouvoir séparateur aussi. C'est exactement ce que vient changer COSMOS-Web. ## COSMOS-Web : le plus gros pari du JWST COSMOS-Web est un programme General Observer du cycle 1 du JWST, sélectionné comme la plus vaste enquête extragalactique du télescope. Il couvre une portion du champ COSMOS classique (Cosmic Evolution Survey), une région du ciel d'environ 0,77 × 0,70 degré carré, soit à peu près la surface de trois pleines lunes. Pas grand-chose à l'échelle de la voûte céleste, mais une éternité quand on observe avec un télescope de 6,5 mètres en orbite à 1,5 million de kilomètres de la Terre. L'instrument principal mobilisé est NIRCam (Near Infrared Camera), avec les filtres F115W et F150W pour le proche infrarouge. La sensibilité dépasse celle du Hubble Space Telescope dans la même bande d'un facteur 5 à 10 selon le type de source, et l'optique de Webb réduit la largeur à mi-hauteur de la PSF (point spread function) à environ 50 milli-arcsecondes contre 100 pour Hubble. Le résultat brut est un catalogue de 164 000 galaxies, identifiées, mesurées, et placées dans le temps cosmique avec une précision décimale en redshift. C'est la donnée d'entrée du papier Hatamnia. À partir de là, l'équipe a reconstruit la densité de matière lumineuse sur 13,7 milliards d'années d'évolution cosmique, en remontant jusqu'à z ∼ 7. Pour mémoire, z = 7 correspond à un univers âgé d'environ 770 millions d'années, soit moins de 6 % de son âge actuel. À z = 6, l'univers a un milliard d'années pile. C'est l'époque qui intéresse particulièrement les cosmologistes, parce que c'est là que la réionisation s'achève, et que les premières grandes structures gravitationnelles commencent à se solidifier en amas reconnaissables. Bahram Mobasher, cité par UCR, l'explique sans détour : « Des structures qui semblaient être une seule structure dans les données Hubble se résolvent maintenant en plusieurs, et des détails qui étaient lissés auparavant deviennent clairement visibles. » Voilà la nature du gain. Pas un nouveau modèle, pas une révolution théorique. De la résolution. Beaucoup de résolution. ## Hatamnia versus Scognamiglio : deux portes sur la même toile C'est ici qu'il faut bien séparer les deux études, parce que les communiqués de presse les confondent souvent. L'article de Hatamnia et al. (The Astrophysical Journal, 6 mai 2026, DOI 10.3847/1538-4357/ae5bac) cartographie la matière visible. Les 164 000 galaxies servent de traceurs lumineux de la structure à grande échelle. On voit donc où la matière baryonique se concentre, où elle se disperse, comment elle s'organise en amas et en filaments à différents redshifts. C'est une carte de galaxies, pas de matière noire à proprement parler. Mais comme les galaxies, dans le modèle ΛCDM, suivent les puits gravitationnels de la matière noire, leur distribution trahit indirectement celle du squelette invisible. La sensibilité de NIRCam permet de descendre jusqu'à z ∼ 7, soit beaucoup plus loin que tout ce qui existait jusque-là à cette résolution. L'article de Scognamiglio et al. (Nature Astronomy, 26 janvier 2026, titre « An ultra-high-resolution map of (dark) matter ») fait l'inverse. Il mesure directement la masse, y compris la composante invisible, via le cisaillement gravitationnel faible (weak lensing). La méthode est classique en cosmologie observationnelle. Quand la lumière d'une galaxie d'arrière-plan traverse une distribution de masse en avant-plan, sa trajectoire est légèrement déviée. Cela déforme imperceptiblement la forme apparente de la galaxie. En mesurant ces déformations sur des centaines de milliers de galaxies, on remonte à la carte de masse intervenante, qu'elle soit lumineuse ou non. Le papier Scognamiglio analyse 129 galaxies par minute d'arc carrée dans les bandes F115W et F150W, sur 0,77 × 0,70 degré, et atteint une résolution angulaire de 1,00 ± 0,01 arcminute. Soit plus du double de la finesse des meilleures cartes Hubble obtenues sur la même zone par Catherine Heymans il y a près de vingt ans. Les structures cartographiées s'étendent jusqu'à z ∼ 2 (environ 10 milliards d'années dans le passé), avec la plupart des objets denses entre z ∼ 0,5 et z ∼ 1,1. C'est l'époque de la formation stellaire la plus intense de l'univers, parfois appelée « cosmic noon ». Pour aller chercher les filaments de matière noire à z ∼ 6, il faudra encore attendre des sources d'arrière-plan suffisamment lointaines, ce qui n'est pas la portée actuelle du papier. Donc, pour résumer clairement : Hatamnia montre la toile lumineuse jusqu'à z ∼ 7. Scognamiglio montre la toile sombre jusqu'à z ∼ 1,1 mais avec une résolution sans équivalent. Ensemble, ces deux études couvrent une plage temporelle considérable et fournissent enfin une base observationnelle solide pour tester les prédictions du modèle ΛCDM dans des régimes inaccessibles auparavant. ## Comparer à Hubble, eROSITA et Euclid Sur un sujet proche, découvrez notre article : [XMM-VID1-2075 : JWST voit une galaxie massive sans rotation](/galaxie-xmm-vid1-2075-jwst-rotation-figee-univers-jeune-mai-2026). Mettons cela en perspective avec les autres grands cartographes du cosmos. Hubble, sur le champ COSMOS original, a produit dans les années 2007 à 2012 la première carte de matière noire à grande échelle de l'histoire (Massey et al. 2007). Sa résolution de l'ordre de 5 arcminutes (à la louche) et son volume statistique ouvraient déjà une nouvelle catégorie d'observation pour l'époque. Mais les structures fines (sous-amas, filaments minces, petits halos) restaient brouillées. Le JWST améliore la résolution d'un facteur supérieur à 2 et descend à des magnitudes nettement plus profondes. Ce n'est pas un raffinement marginal. C'est un changement de catégorie. eROSITA, le télescope X allemand opéré depuis 2019 (puis mis en pause en 2022 suite au conflit ukrainien), traque les amas de galaxies par leur émission X chaude. Le relevé eROSITA-DE, publié en 2024, a identifié plus de 12 000 amas confirmés sur 13 000 degrés carrés. C'est une approche radicalement différente : eROSITA voit les nœuds chauds de la toile, là où le gaz intra-amas atteint des températures supérieures à 10 millions de kelvins. Les filaments tièdes et les vides échappent à ses détecteurs. Complémentarité, pas concurrence. Euclid, le télescope européen lancé en juillet 2023, joue dans une autre cour encore. Sa mission principale est précisément la cartographie 3D de la matière noire par cisaillement gravitationnel faible, sur 14 000 à 15 000 degrés carrés, soit 18 000 à 20 000 fois la surface couverte par COSMOS-Web. À sa résolution propre (VIS à 0,1 arcseconde d'échantillonnage), Euclid surclasse Hubble en champ d'un facteur 30. Sauf qu'à ce jour, aucun papier de cosmic shear n'a été publié à partir du Quick Data Release Q1 de mars 2025. Les premiers résultats cosmologiques d'Euclid attendent le DR1 prévu pour le 21 octobre 2026. Les raisons sont détaillées dans un article récent sur [Euclid Q1 et le cisaillement gravitationnel](/euclid-dr1-matiere-noire-cisaillement-gravitationnel). Le créneau du JWST est différent : pas le volume, mais la profondeur et la précision sur une portion réduite du ciel. Là où Euclid produira des statistiques sur des milliards de galaxies, le JWST produit des cartes ultra-détaillées sur quelques degrés carrés. Les deux missions ne se marchent pas dessus, elles se complètent dans un partage des rôles intelligent. ## Ce que ça apporte au modèle ΛCDM Le modèle ΛCDM repose sur deux ingrédients invisibles : la matière noire froide (CDM), qui représente environ 27 % du contenu énergétique de l'univers, et l'énergie sombre (Λ), qui en représente 68 %. La matière baryonique ordinaire (étoiles, gaz, planètes) plafonne à 5 %. Le modèle prédit, via les simulations N-corps, la géométrie précise de la toile cosmique à chaque époque : épaisseur des filaments, masse des amas, densité des vides, distribution des halos de basse masse comme [Cloud-9, ce minihalo observé en 2025 et étudié récemment](/cloud-9-galaxie-ratee-matiere-noire-hubble-relhic). Avec les cartes COSMOS-Web, les théoriciens disposent enfin d'un banc d'essai observationnel à la mesure de leurs simulations. Concrètement, on peut maintenant comparer la fonction de masse des halos prédits par IllustrisTNG ou Millennium-XXL avec celle mesurée par Hatamnia jusqu'à z ∼ 7. On peut tester la prédiction sur l'épaisseur des filaments à z ∼ 1, là où Scognamiglio a la résolution suffisante. On peut chercher des écarts, et les écarts sont la première porte d'entrée vers une nouvelle physique : matière noire chaude au lieu de froide, matière noire auto-interagissante, modifications de la gravité, neutrinos massifs, et le reste. À ce stade, les deux papiers ne déclarent pas de tension avec ΛCDM. Les structures observées sont compatibles avec les simulations standards. Mais l'expression « compatibles avec » dépend de la sensibilité de la comparaison. Avec la résolution Webb, la marge d'erreur se resserre considérablement par rapport à Hubble. Si des écarts existent, ils deviendront visibles dans les mois et les années qui viennent, à mesure que les analyses statistiques se raffinent et que d'autres surveys (Euclid DR1, Roman Space Telescope vers 2027, surveys sol comme Vera Rubin LSST) viennent croiser les résultats. ## Ce qui reste à faire Soyons clairs sur les limites. Le papier Hatamnia est une carte de galaxies, pas une carte de matière noire à z = 6. Pour mesurer directement la matière noire à cette époque par weak lensing, il faudrait des sources d'arrière-plan à z = 8 ou plus, suffisamment nombreuses, dont on puisse mesurer la forme avec précision. C'est techniquement très difficile : les galaxies à z = 8 sont rares, petites, et leurs formes sont dominées par les incertitudes statistiques. Le papier Scognamiglio fait ce travail jusqu'à z ∼ 1,1. Au-delà, on entre dans un régime où le JWST commence à atteindre ses limites de sensibilité par galaxie individuelle, même si l'agrégation statistique reste possible. Les équipes annoncent déjà des suivis spectroscopiques avec NIRSpec sur les filaments les plus prometteurs pour la seconde moitié de 2026. Cela permettra de mesurer les vitesses radiales des galaxies dans les filaments et de comparer les profils de densité aux prédictions des simulations galaxie par galaxie. Autre point : ces deux études couvrent un champ de moins d'un degré carré chacune. C'est minuscule devant Euclid, et c'est insuffisant pour des contraintes cosmologiques fortes sur les paramètres ΩΛ, Ωm ou H₀. Le JWST n'est pas conçu pour ça. Sa valeur réside dans la calibration des modèles à haute résolution sur un échantillon restreint mais représentatif. Les contraintes cosmologiques fortes viendront d'Euclid, de Roman, et de LSST. Le JWST fournit la vérité de terrain à laquelle ces grands surveys devront se conformer. Enfin, il faut accepter que ces résultats sont les premiers d'une série attendue. Le programme COSMOS-Web continue à produire des données. D'autres champs JWST (PRIMER, JADES, CEERS) suivront. Les catalogues vont s'enrichir, les cartes vont se densifier. Il est probable que, d'ici 2027 ou 2028, on disposera d'une vue intégrée de la toile cosmique à toutes les époques, du Big Bang aux structures actuelles, avec une précision qui rendra les cartes de 2026 datées en quelques années. C'est la trajectoire normale de la cosmologie observationnelle quand un nouveau télescope spatial entre en service. Et c'est exactement ce qu'on espérait de Webb. Ce qui est acquis, en mai 2026, c'est qu'on dispose enfin d'un test direct du modèle standard à haute résolution dans l'univers jeune. C'est plus qu'un communiqué de presse. C'est une étape qui rend caduques les cartes Hubble pour ce champ, et qui pose les conditions des prochaines confrontations théoriques. ## Sources - [UCR News : Astronomers produce most detailed map of the cosmic web](https://news.ucr.edu/articles/2026/05/11/astronomers-produce-most-detailed-map-cosmic-web) - [phys.org : JWST maps cosmic web in record detail back to universe's first billion years](https://phys.org/news/2026-05-jwst-cosmic-web-universe-billion.html) - [ScienceDaily : James Webb telescope reveals the clearest map ever of the Universe's cosmic web](https://www.sciencedaily.com/releases/2026/05/260511213136.htm) - [Nature Astronomy : An ultra-high-resolution map of (dark) matter (Scognamiglio et al., 26 janvier 2026)](https://www.nature.com/articles/s41550-025-02763-9) - [arXiv preprint 2601.17239 : An ultra-high-resolution map of (dark) matter](https://arxiv.org/abs/2601.17239) - [UCR News (26 janvier 2026) : James Webb Space Telescope reveals new details about dark matter](https://news.ucr.edu/articles/2026/01/26/james-webb-space-telescope-reveals-new-details-about-dark-matter-universe) - [Physics World : New cosmic map will put dark-matter theories to the test](https://physicsworld.com/a/new-cosmic-map-will-put-dark-matter-theories-to-the-test/) - [Scientific American : JWST unveils most intricate map yet of cosmic dark matter](https://www.scientificamerican.com/article/jwst-unveils-most-intricate-map-yet-of-cosmic-dark-matter/) --- ## Astéroïde 2026 JH2 : 90 000 km de la Terre le 18 mai - URL: https://www.portail-astronomie.fr/asteroide-2026-jh2-flyby-18-mai-2026-90000-km-mt-lemmon/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-05-22T06:00:00.000Z - Categories: systeme-solaire Huit jours. C'est tout ce qui sépare la découverte de 2026 JH2 de son passage au plus près de la Terre. Le caillou de quinze à trente-cinq mètres a frôlé notre planète le 18 mai 2026 à 91 000 km de distance, soit moins du quart de la distance Terre-Lune. Une fenêtre de prévenance brève, conforme à ce que la classe des petits géocroiseurs nous impose désormais en routine. Pas de panique : la trajectoire passait largement au-dessus de l'orbite géostationnaire, et NASA CNEOS comme l'ESA NEO Coordination Centre ont écarté tout risque d'impact dès les premières heures de suivi. Mais l'épisode mérite d'être disséqué, parce qu'il dit beaucoup sur ce que les surveys automatiques savent (et ne savent pas) faire en 2026. ## Le passage du 18 mai, chiffres en main Le Minor Planet Center situe le périgée à **91 000 ± 4 500 km** du centre de la Terre, le 18 mai 2026 à **21 h 23 UTC ± 06 h 16**. La marge d'incertitude reste large : avec un arc d'observation d'à peine huit jours au moment du flyby, la fenêtre temporelle s'étire sur une demi-journée. Le Virtual Telescope Project, qui a diffusé le passage en direct depuis Manciano (Italie), avait calé sa retransmission à 19 h 45 UTC pour ratisser l'intervalle utile. À 91 000 km, on parle d'un objet qui frôle l'altitude de certains satellites scientifiques exotiques. TESS, le chasseur d'exoplanètes de la NASA, opère sur une orbite très elliptique qui le porte jusqu'à 373 000 km : 2026 JH2 est passé sous son apogée. Les satellites géostationnaires, eux, tournent à 35 786 km d'altitude. L'astéroïde n'en a jamais menacé un seul, sa trajectoire étant inclinée à 6,02° sur le plan de l'écliptique. Distance au sol : environ 84 600 km. C'est rien. C'est aussi quatre fois la distance que parcourt une fusée pour rejoindre l'ISS. La comparaison fait sourire les rédactions, elle ne change rien à la physique : à cette vitesse relative et avec cette inclinaison, l'astéroïde aurait raté la Terre même décalé de plusieurs milliers de kilomètres. ## La bête : 15 à 35 mètres, magnitude absolue 26,1 L'objet est un Apollon (orbite croisant celle de la Terre, demi-grand axe au-delà de 1 UA). Les paramètres orbitaux publiés par le MPC : - demi-grand axe : 2,432 ± 0,044 UA - excentricité : 0,5845 ± 0,0076 - inclinaison : 6,024° ± 0,053° - périhélie : 1,010 UA (juste au-dessus de l'orbite terrestre) - aphélie : 3,853 ± 0,070 UA (jusque dans la ceinture principale) - période orbitale : 3,79 ans, soit 1 385 jours La magnitude absolue H = 26,13 ± 0,25 traduit, selon l'albédo retenu, un diamètre entre 15 et 35 mètres. C'est la fourchette officielle ESA NEOCC. Pour visualiser : la météorite de Tcheliabinsk, qui a brisé des vitres sur 7 000 km² en 2013, mesurait environ 20 mètres avant d'entrer dans l'atmosphère. 2026 JH2 joue dans la même catégorie de taille, sauf qu'elle nous a manqués. Si l'objet avait visé la Terre, l'effet aurait dépendu de sa composition. Un caillou rocheux de 20 mètres explose en altitude en libérant une énergie de l'ordre de quelques centaines de kilotonnes, sans cratère ni dégâts majeurs au sol mais avec une onde de choc capable de blesser à grande distance. Un objet métallique de la même taille percute au sol et creuse. L'absence de spectre détaillé sur 2026 JH2 empêche de trancher, mais le problème est théorique : l'orbite a été cartographiée, le passage suivant n'apporte rien de menaçant. ## Découverte par le Mt. Lemmon Survey, 10 mai 2026 Le Catalina Sky Survey opère depuis Tucson trois télescopes répartis sur deux sommets. Le 1,52 m de Mt. Lemmon (code MPC G96) tape dans le mille pour la énième fois : il a accroché 2026 JH2 sur des images du 10 mai 2026, avant que le Minor Planet Center ne valide la découverte et n'attribue la désignation provisoire deux jours plus tard, le 12 mai. Le CSS est devenu, depuis 2005, le programme le plus prolifique pour la détection des géocroiseurs. Compteur actuel : environ 16 900 NEO découverts, soit 44 % du total connu. Le pipeline tourne avec ATLAS, Pan-STARRS, ZTF, et l'arrivée prochaine de Vera C. Rubin et NEO Surveyor va encore changer la donne sur les classes 30 à 140 mètres, jusqu'ici sous-échantillonnées. Huit jours de prévenance pour un objet de cette taille n'a rien d'exceptionnel. La traînée d'éclat reste faible (magnitude supérieure à 22 à plusieurs millions de kilomètres), et les surveys n'attrapent ces cailloux que lorsqu'ils s'approchent suffisamment pour grimper en éclat apparent. La fenêtre dépend de la géométrie d'approche : un objet venant du Soleil reste invisible jusqu'au dernier moment, c'est la raison principale des découvertes tardives. ## Comparer aux passages récents (le sens des chiffres) Pour calibrer ce que ce flyby représente, voici quelques bornes utiles tirées des trois dernières années. **2023 BU**, le 27 janvier 2023 à 00 h 29 UT : passage record à **9 967 km du centre de la Terre**, soit environ 3 589 km de surface. Cinquième passage non-impactant le plus rasant jamais documenté (hors objets ayant impacté). Taille : 3 à 8 mètres. Découvert cinq jours avant par Gennadiy Borisov depuis la Crimée. À cette distance, on parle d'un objet qui traverse la couronne des satellites Starlink. Inoffensif vu sa taille. **2024 BX1**, le 21 janvier 2024 à 00 h 33 UTC : huitième cas historique d'astéroïde détecté **avant** son impact. Krisztián Sárneczky l'a repéré moins de trois heures avant l'entrée atmosphérique au-dessus de Berlin. Diamètre réestimé après récupération des fragments (météorite Ribbeck, aubrite) : environ 44 cm. La démonstration que le pipeline de détection encaisse désormais des objets sous-métriques, à condition de la géométrie favorable. **2022 RM4**, le 1er novembre 2022 à 18 h 26 UT : 2,3 millions de km de la Terre, soit 6 distances lunaires. Mais l'objet faisait entre 330 et 740 mètres. Classé PHA (Potentially Hazardous Asteroid) par sa taille, pas par sa proximité. Comparaison utile : 2026 JH2 est 25 fois plus proche, mais aussi 20 fois plus petit. La menace dépend du produit taille × probabilité × géométrie, pas de la seule distance. 2026 JH2 ne bat aucun record. Il s'inscrit dans la routine désormais établie : un à deux passages annuels sous la distance lunaire pour des objets de la classe 15 à 50 mètres. La nouveauté, c'est que ces passages sont presque tous documentés en temps réel, là où ils auraient été manqués il y a quinze ans. ## Échelle de Turin : pourquoi 2026 JH2 reste à 0 Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Hayabusa2# survole l'astéroïde Torifune le 5 juillet](/hayabusa2-flyby-torifune-juillet-2026). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [FlyEye : l'ESA place son chasseur d'astéroïdes en Sicile](/flyeye-esa-accord-sicile-geocroiseurs-2026). L'échelle de Turin, adoptée par l'UAI en 1999, classe les risques d'impact sur une échelle de 0 à 10 combinant probabilité d'impact et énergie potentielle. Une règle simple gouverne l'extrémité basse : tout objet de moins de 20 mètres reste à 0, même avec 100 % de probabilité d'impact. Raison : il brûlerait dans l'atmosphère sans causer de dégâts catastrophiques au sol. 2026 JH2 se situe à la limite supérieure de cette zone d'indifférence. Mais comme la trajectoire 2026 ne croise pas la Terre et qu'aucun rapprochement futur ne montre de probabilité d'impact non négligeable, le Sentry de CNEOS ne le liste pas dans sa table des risques. Niveau Turin : 0. À titre de comparaison, 2024 YR4 (découvert décembre 2024) a brièvement atteint Turin 3 en février 2025, plus haut classement jamais atteint depuis Apophis en 2004. Le score est retombé à 0 après affinage de l'orbite. La leçon : un Turin élevé est presque toujours transitoire, le temps que les astronomes resserrent l'arc d'observation. ## L'observer au télescope amateur : conditions réelles Magnitude +11.5 au pic d'éclat. Sur le papier, c'est jouable à partir d'un Newton de 150 mm avec un ciel correct. Dans la vraie vie, plusieurs complications surgissent. D'abord la vitesse angulaire. À 91 000 km, l'astéroïde se déplace de plusieurs degrés par heure sur la sphère céleste, soit plusieurs minutes d'arc par minute de temps. Une pose longue classique laisse une trace en filé, pas un point. Il faut soit poser court (1 à 10 secondes) en empilant des dizaines d'images, soit suivre l'objet à sa vitesse propre via une monture motorisée capable de programmer le track sidéral inversé. La seconde option exige des éphémérides à jour, mises à disposition par le JPL Horizons sur demande. Ensuite la position dans le ciel. Pendant les heures précédant le maximum, l'objet remontait du sud de l'écliptique vers le pôle nord céleste à grande vitesse, traversant plusieurs constellations en quelques heures. Le Sky and Telescope plaçait la fenêtre amateur entre 19 h et 23 h UTC, dans une zone proche de la Grande Ourse et du Lion (visible depuis l'Europe en seconde partie de nuit). Les éphémérides précises devaient être recalculées toutes les heures, parce que l'arc d'observation court empêchait une prédiction stable au-delà. Matériel minimum réaliste : Newton ou Cassegrain de 200 mm, monture équatoriale motorisée, caméra CMOS refroidie (ASI 533 ou équivalent), logiciel d'empilage (SiriL, PixInsight). Avec un APN sur trépied, oubliez. Le Virtual Telescope Project a sauvé la mise pour les non-équipés en streamant le passage depuis ses télescopes robotiques italiens, ce qui reste le standard pour ces événements à fenêtre courte. ## Défense planétaire : ce que DART et Hera changent vraiment 2026 JH2 ne menace personne, mais l'épisode rappelle qu'on dispose désormais d'un outil concret pour dévier un astéroïde, au-delà des modèles théoriques. DART (Double Asteroid Redirection Test) a percuté Dimorphos le 26 septembre 2022 à 6,1 km/s. La sonde de 570 kg a modifié la période orbitale de la petite lune autour de Didymos de plus de 30 minutes, un résultat dix fois supérieur aux prédictions les plus optimistes, grâce à l'éjecta secondaire qui a amplifié l'effet du choc. Première démonstration in situ qu'un impacteur cinétique fonctionne. Hera, la sonde de l'ESA lancée le 7 octobre 2024 à bord d'un Falcon 9, doit atteindre le système Didymos-Dimorphos fin 2026 pour cartographier le cratère DART, mesurer précisément la masse de Dimorphos et caractériser la structure interne post-impact. Les deux cubesats Milani et Juventas (français-italien et tchèque-luxembourgeois) feront du sondage radar et de la spectrométrie. Sans Hera, on connaît l'effet de DART mais pas la mécanique fine du transfert d'impulsion. Implication pour 2026 JH2 et ses cousins : avec un préavis de huit jours, DART ne sert à rien. Le délai nécessaire pour assembler une mission, la lancer et l'amener sur cible se compte en années. La défense planétaire crédible suppose la détection des objets dangereux des décennies avant un éventuel impact. C'est précisément le travail que NEO Surveyor (lancement prévu 2027) doit accélérer en complétant les surveys au sol par une observation infrarouge spatiale, plus sensible aux objets sombres et aux trajectoires sous le Soleil. Pour un caillou de 20 mètres détecté huit jours avant, la stratégie reste l'évacuation, pas la déviation. Et c'est précisément pour ça que la cartographie systématique de la classe 30 à 140 mètres, encore très incomplète, est l'urgence des dix prochaines années. Le réseau ATLAS plus Catalina cartographie efficacement les plus gros (kilométriques) mais reste myope sur les tailles intermédiaires, celles qui pourraient effacer une métropole sans déclencher d'extinction. ## Ce que retient l'observateur sérieux Trois lectures rapides du flyby 2026 JH2. La détection en huit jours est devenue routinière pour les surveys automatisés. Le Mt. Lemmon Survey signe sa énième prise, et ce rythme va encore s'accélérer avec Vera C. Rubin (premières lumières début 2026, opérations scientifiques à pleine cadence d'ici fin 2027). L'observation amateur reste tendue sur ces objets : magnitude juste accessible, vitesse angulaire élevée, éphémérides instables. Le Virtual Telescope Project demeure l'option de loin la plus pratique pour suivre en direct sans s'arracher les cheveux. La défense planétaire n'est pas une question de réaction à un préavis court mais de cartographie longue, soutenue, et financée. NEO Surveyor en 2027, Rubin à pleine cadence, et le couple DART-Hera comme démonstration de capacité : on assemble, lentement mais sûrement, ce qui ressemble à une vraie politique de protection. 2026 JH2 disparaît dans l'obscurité du Système solaire pour 3,79 ans avant son prochain passage. Le suivant méritera la même attention. Le suivant sera peut-être moins inoffensif. ## Sources - [Virtual Telescope Project, Near-Earth Asteroid 2026 JH2 extremely close encounter (18 May 2026)](https://www.virtualtelescope.eu/2026/05/12/near-earth-asteroid-2026-jh2-extremely-close-encounter-online-observation-18-may-2026/) - [Wikipedia, 2026 JH2](https://en.wikipedia.org/wiki/2026_JH2) - [BBC Sky at Night Magazine, Near-Earth asteroid 2026 JH2](https://www.skyatnightmagazine.com/news/near-earth-asteroid-2026-jh2) - [Live Science, Blue-whale-size asteroid 2026 JH2 flyby](https://www.livescience.com/space/asteroids/asteroid-2026-jh2) - [NASA CNEOS, Torino Impact Hazard Scale](https://cneos.jpl.nasa.gov/sentry/torino_scale.html) - [Catalina Sky Survey, University of Arizona](https://catalina.lpl.arizona.edu/) - [ESA, Hera mission overview](https://www.esa.int/Space_Safety/Hera/Hera_mission_overview) - [NASA JPL, DART Mission](https://dart.jhuapl.edu/Mission/) - [ESA NEOCC, 2024 BX1 past impactor](https://neo.ssa.esa.int/past-impactors/2024bx1) - [Wikipedia, 2023 BU](https://en.wikipedia.org/wiki/2023_BU) --- ## Sagittarius A* : Webb capte 5 à 6 flares par jour sur 48 h - URL: https://www.portail-astronomie.fr/sagittarius-a-webb-flares-permanents-48h-nircam/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-05-21T06:00:00 - Categories: ciel-profond Pendant un an, Farhad Yusef-Zadeh a accumulé 48 heures d'observation du trou noir central de la Voie lactée avec NIRCam, l'instrument grand champ infrarouge du James Webb Space Telescope. Huit à dix heures à la fois, étalées sur plusieurs sessions entre 2023 et 2024. Le verdict est sorti dans l'Astrophysical Journal Letters le 20 février 2025, et il bouscule l'image qu'on se faisait de Sagittarius A\*. Pas de période de calme. Pas de fenêtre d'observation tranquille. Cinq à six éruptions majeures par jour, et entre les éruptions, un bouillonnement permanent de sous-flares qui ne s'arrête jamais. ## Le voisin de palier qu'on croyait connaître Sagittarius A* pèse 4,297 millions de masses solaires. Vingt-six mille années-lumière nous séparent du centre galactique. C'est, à l'échelle cosmique, le trou noir supermassif le plus proche de nous, et de très loin notre meilleur cas d'étude pour comprendre comment ces objets accrètent la matière. L'Event Horizon Telescope en a livré la première image en mai 2022, puis la version polarisée en mars 2024, révélant des champs magnétiques organisés spiralant vers l'horizon, étonnamment similaires à ceux de M87*. Le prix Nobel de physique 2020 est allé à Reinhard Genzel et Andrea Ghez pour avoir prouvé que cet objet compact ne pouvait être qu'un trou noir. Sauf que tout ce qu'on savait reposait sur des observations ponctuelles. Chandra captait des flares X de temps à autre. L'EHT travaillait sur de courtes campagnes coordonnées. L'instrument MIRI du JWST avait détecté en janvier 2025 le tout premier flare moyen-infrarouge de Sgr A\*, une première, mais sur une fenêtre courte. Personne n'avait jamais fait tourner un télescope quatre étoiles pendant 48 heures cumulées, en infrarouge proche, sur la même cible, en pointant deux longueurs d'onde simultanément. C'est ce que Yusef-Zadeh a obtenu auprès du Space Telescope Science Institute, et c'est ce qui change tout. ## La méthode : NIRCam en double bande, 2,1 et 4,8 microns NIRCam est l'instrument signature du JWST. Sa particularité technique sur cette campagne : il observe en simultané deux filtres, F210M centré à 2,1 microns et F480M à 4,8 microns. Les deux faisceaux passent par un séparateur dichroïque, frappent deux détecteurs distincts, enregistrent la même région du ciel au même instant. Pour un objet variable comme Sgr A\*, c'est l'équipement idéal. On compare directement la lumière à deux énergies différentes, sans biais temporel. Le découpage des 48 heures en sessions de 8 à 10 heures vient d'une contrainte orbitale du JWST au point L2 et des fenêtres de visibilité du centre galactique. Yusef-Zadeh a demandé puis combiné plusieurs cycles d'observation entre avril 2023 et septembre 2024. Co-auteurs : H. Bushouse (Space Telescope Science Institute), R. G. Arendt (NASA Goddard), M. Wardle (Macquarie University), J. M. Michail et C. J. Chandler. Le titre du papier ne ment pas sur son contenu : "Nonstop Variability of Sgr A\* Using JWST at 2.1 and 4.8 μm Wavelengths: Evidence for Distinct Populations of Faint and Bright Variable Emission", ApJ Letters 980:L35, DOI 10.3847/2041-8213/ada88b. L'équipe ne cherchait pas spécifiquement les flares. Elle cherchait à caractériser la variabilité de fond, comprendre si Sgr A\* connaît des phases calmes, mesurer le rapport flares/flickers. La réponse, c'est qu'il n'y a pas de phase calme. Du tout. Le choix des deux longueurs d'onde n'est pas neutre. À 2,1 microns, on capte l'émission synchrotron des électrons les plus énergétiques, ceux qui rayonnent vite et se refroidissent vite. À 4,8 microns, on bascule sur les électrons moins énergétiques, ceux qui survivent plus longtemps après l'évènement d'accélération. La différence entre les deux courbes de lumière révèle la dynamique de refroidissement du plasma. C'est l'équivalent astrophysique d'un chronométrage à deux capteurs sur une même trajectoire. L'extraction des courbes de lumière à partir des images NIRCam a posé un défi technique. Sgr A\* est noyé dans un environnement encombré : étoiles S0-S2 en orbite serrée, nuages de poussière, sources X variables alentours. L'équipe a dû soustraire un modèle de PSF (point spread function) à chaque image pour isoler le signal du trou noir lui-même. Le bruit résiduel limite la détection à des variations d'au moins 10 % de la luminosité moyenne, ce qui reste largement suffisant pour caractériser les sous-flares. ## 5 à 6 flares par jour, plus le fond qui bouillonne Le bilan brut : cinq à six flares majeurs par jour, plusieurs sous-flares entre chaque pic principal, et en arrière-plan une variabilité continue qui descend jusqu'à la seconde. Yusef-Zadeh décrit le phénomène en termes très directs : "Il bouillonne en permanence et n'atteint jamais d'état stationnaire." Et plus loin : "Nous n'avons trouvé aucun motif dans cette activité. Elle semble aléatoire." Les durées s'étalent sur six ordres de grandeur. Le fragment le plus court ressemble à un scintillement de quelques secondes. Le plus brillant, à une éruption de plusieurs dizaines de minutes, parfois aveuglante au sens où la dynamique du détecteur sature presque. Entre les deux, tout un continuum. Et au-dessus, des changements lents de luminosité moyenne qui s'étalent sur des mois. Le mot "permanent" n'est pas une fioriture journalistique. C'est la conclusion technique. Sur 48 heures réparties sur un an, l'équipe n'a pas trouvé un seul créneau de plusieurs heures consécutives où Sgr A* serait resté stable. Aucun. C'est le contraste majeur avec M87*, qui présente des phases relativement quiescentes entre des éruptions plus rares mais plus énergétiques. ## 40 secondes : le retard qui dit comment La découverte la plus exploitable scientifiquement, ce n'est pas le rythme des flares. C'est le décalage temporel entre les deux longueurs d'onde. Chaque éruption observée à 2,1 microns réapparaît à 4,8 microns avec un retard de quelques secondes à 40 secondes maximum. Jamais l'inverse. Le court précède le long, systématiquement. L'interprétation tient en une ligne : les particules accélérées perdent leur énergie plus vite aux courtes longueurs d'onde qu'aux longues. C'est exactement le comportement attendu pour de l'émission synchrotron produite par des électrons relativistes piégés dans un champ magnétique. À mesure que les électrons rayonnent, ils ralentissent. Le pic d'émission glisse des hautes énergies vers les basses énergies. On voit défiler le refroidissement du plasma en temps réel, à 26 000 années-lumière de distance. C'est la première fois qu'on mesure ce décalage à ces longueurs d'onde sur Sgr A\*. La signature est si nette qu'elle valide d'un coup tout le scénario théorique de l'émission synchrotron post-reconnexion magnétique. Avant, on l'inférait. Maintenant, on le chronomètre. ## Deux mécanismes physiques, pas un Yusef-Zadeh et Wardle distinguent dans le papier deux populations bien séparées de phénomènes. Le scintillement permanent et les éruptions majeures ne viennent pas de la même physique. Les scintillements rapides ressemblent à des éruptions solaires miniatures. Le disque d'accrétion est turbulent, le plasma s'y compresse localement, des bouffées de chaleur s'allument et s'éteignent par convection. C'est désordonné, fréquent, peu énergétique. Ça remplit le bruit de fond. Les grandes éruptions, en revanche, viennent de la reconnexion magnétique. Le disque charrie des lignes de champ qui s'enroulent, se croisent, finissent par se reconnecter brutalement. À l'instant de la reconnexion, l'énergie magnétique stockée se transforme en énergie cinétique de particules. Les électrons partent à des vitesses proches de la lumière, spiralent autour des lignes de champ résiduelles, et émettent un rayonnement synchrotron qui culmine dans le proche infrarouge. La signature à 40 secondes de retard, c'est exactement ça : on voit d'abord les électrons les plus énergétiques rayonner court, puis on les voit refroidir et glisser vers le long. Le modèle de Aimar et collaborateurs (Astronomy & Astrophysics 2023) sur les plasmoïdes magnétiques colle bien aux observations Webb. La reconnexion produit des bulles de plasma qui sont éjectées le long des lignes de champ, et ces bulles rayonnent en se refroidissant. Le 48 heures cumulé du JWST permet enfin de tester ce scénario sur un échantillon statistique solide. ## Comparaison avec M87\*, le grand frère lointain L'EHT a livré en mars 2024 l'image polarisée de Sgr A*. La structure spiralée des champs magnétiques près de l'horizon ressemble à celle de M87*, observée trois ans plus tôt. Deux trous noirs supermassifs, des masses qui diffèrent d'un facteur 1500, des taux d'accrétion sans commune mesure, et pourtant la même architecture magnétique de base. Sauf que la comparaison s'arrête là quand on regarde les flares. M87* émet des éruptions plus rares, plus énergétiques, avec des phases plus calmes entre. Sgr A* est dans un régime "low accretion rate" mais avec une variabilité permanente. La différence vient du fait que Sgr A\* est sous-alimenté. Il accrète peu, et ce peu suffit à entretenir une turbulence magnétique non-stop sans permettre la formation d'un disque dense et stable. Cette dualité M87*/Sgr A* est en train de devenir le banc d'essai standard pour les théories d'accrétion. Les [observations EHT couplées au JWST](/points-rouges-webb-trous-noirs-supermassifs-jeunes/) sur d'autres trous noirs supermassifs jeunes ouvrent une fenêtre nouvelle sur la diversité des régimes d'accrétion à l'échelle de l'univers observable. ## Ce que les flares de Sgr A\* nous disent sur les jets Sgr A* n'a pas de jet relativiste à grande échelle observable, contrairement à M87*. Mais la reconnexion magnétique observée en proche infrarouge est précisément le mécanisme qu'on suspecte derrière le lancement des jets dans les trous noirs plus actifs. Si on comprend comment les électrons sont accélérés près de l'horizon de Sgr A\*, on tient potentiellement la clé de l'allumage des jets à plus grand taux d'accrétion. L'enjeu va au-delà des trous noirs. Les mêmes mécanismes de reconnexion magnétique régissent les éruptions solaires, les sursauts gamma, certaines aurores polaires. À chaque échelle énergétique, la même physique de plasma magnétisé. Sgr A\*, parce qu'on peut le résoudre temporellement et spectralement comme aucun autre trou noir supermassif, devient un laboratoire universel. ## Prochain pas : 24 heures d'observation continue Yusef-Zadeh a déposé une nouvelle proposition au TAC du JWST pour une session de 24 heures sans interruption. L'objectif est double. D'abord réduire le bruit en éliminant les coupures entre sessions, ce qui devrait permettre de détecter des sous-flares actuellement noyés dans la dispersion. Ensuite chercher une éventuelle périodicité. C'est la question scientifique de fond : Sgr A\* est-il chaotique au sens strict (totalement aléatoire) ou présente-t-il une auto-corrélation temporelle masquée par l'échantillonnage fragmenté ? Une signature périodique, même faible, contraindrait fortement la géométrie du disque interne et la rotation du trou noir. Une absence stricte de périodicité validerait au contraire les modèles de turbulence pleinement développée. Le JWST a une durée de vie utile estimée à plus de 20 ans grâce à l'efficacité du lancement Ariane 5 de décembre 2021, qui a économisé du carburant de correction d'orbite. Yusef-Zadeh aura le temps de revenir plusieurs fois sur sa cible. Les prochaines campagnes coordonnées avec l'EHT et l'instrument MIRI permettront de croiser proche infrarouge, moyen infrarouge et longueurs d'onde radio submillimétriques sur le même flare. C'est ce genre de campagne multi-instruments qui permettra, à terme, de cartographier la géométrie tridimensionnelle d'une zone de reconnexion à 26 000 années-lumière. Pendant ce temps, à chaque seconde où vous lisez ce paragraphe, Sgr A\* continue de scintiller. Cinq à six flares par jour, et le bouillonnement permanent entre. Le trou noir central de notre galaxie n'a jamais été aussi vivant, et on commence enfin à voir pourquoi. Pour l'astronome amateur, la frustration reste la même qu'avant : Sgr A\* n'est pas observable dans le visible, masqué par les nuages de poussière qui obstruent le bulbe galactique. Seul l'infrarouge et le radio passent. Mais la prochaine fois que vous pointerez un télescope vers la constellation du Sagittaire l'été prochain, vous saurez qu'à 26 000 années-lumière derrière ce champ d'étoiles, un trou noir de 4 millions de masses solaires est en train de faire éclore une éruption majeure. Il y en aura cinq autres dans les vingt-quatre heures qui suivent. ## Sources - https://science.nasa.gov/missions/webb/webb-reveals-rapid-fire-light-show-from-milky-ways-central-black-hole/ - https://news.northwestern.edu/stories/2025/02/flickers-and-flares-milky-ways-central-black-hole-constantly-bubbles-with-light - https://iopscience.iop.org/article/10.3847/2041-8213/ada88b - https://www.researchgate.net/publication/389114315 - https://www.cfa.harvard.edu/news/astronomers-unveil-strong-magnetic-fields-spiraling-edge-milky-ways-central-black-hole - https://www.skyatnightmagazine.com/news/webb-telescope-sees-flares-from-sagittarius-a - https://www.mpg.de/23985074/first-ever-detection-of-a-mid-infrared-flare-in-sagittarius-a-the-central-source-of-the-milky-way - https://www.aanda.org/articles/aa/abs/2023/04/aa44936-22/aa44936-22.html --- ## Télescope solaire 2026 : comparatif en fin de cycle 25 - URL: https://www.portail-astronomie.fr/telescope-solaire-amateur-cycle-25-mai-2026-comparatif/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-05-20T06:00:00.000Z - Categories: observation SSN smoothé 161 en octobre 2024. C'est le vrai pic du cycle solaire 25, confirmé par NASA et NOAA. Pas mai 2026, pas plus tard. Le cycle décline déjà lentement depuis 18 mois. Reste que l'activité tient encore haut : éruption X8.11 le 2 février 2026 dans la région NOAA 14366, X5.16 le 11 novembre 2025 avec CME à 1950 km/s et alerte de tempête géomagnétique G4. La phase maximale étendue continue. Pour qui veut acheter un télescope solaire H-alpha en 2026, c'est encore une fenêtre exploitable, mais le marché a changé. Le marketing dit "achetez maintenant pour profiter du pic". La réalité dit autre chose. Cet article fait le tour des modèles encore vendables en mai 2026, avec les prix réels et les stocks réels. Spoiler : la moitié du catalogue historique est en rupture, et le fabricant Coronado n'a plus de garantie active depuis la fermeture d'Optronic en juillet 2024. On va regarder ça sans bullshit marketing. ## Sécurité d'abord, télescope ensuite Avant tout chiffre de spec, une règle qui ne se négocie pas : on ne regarde JAMAIS le Soleil avec un instrument optique sans filtre certifié. La norme internationale s'appelle ISO 12312-2:2015, valable pour les filtres frontaux et les lunettes d'éclipse. C'est elle qui définit la sécurité oculaire en observation solaire. Pour le H-alpha, le filtrage est intégré au télescope (étalon de Fabry-Perot + blocking filter). Le faisceau qui arrive à l'œil est déjà filtré sur la raie de l'hydrogène à 656,28 nm, soit la chromosphère. Pas de bricolage. Pour la lumière blanche (photosphère), on utilise un film Baader AstroSolar ND 5.0 (réduction de l'intensité solaire de 99,999 %, CE-testé) ou un coin de Herschel sur réfracteur non Petzval de moins de 150 mm. Toute autre solution, c'est une rétine grillée en quelques secondes. Évitez les "filtres solaires" d'oculaire en vissage et les soudeur teinte 14 à travers un télescope : ces deux erreurs reviennent chaque cycle solaire. On les enterre tout de suite. ## Le marché en mai 2026 : tableau comparatif Voici la fiche technique des modèles que j'ai vérifiés un par un sur les sites des fabricants et de leurs revendeurs US. Tous les prix sont en dollars (le marché des télescopes solaires est dominé par les marques US, les prix EUR varient selon le change et les frais de port import). | Modèle | Aperture H-alpha | Bandpass single | Prix US | Stock (mai 2026) | | ---------------------------------- | ---------------- | --------------- | --------- | -------------------- | | Coronado PST | 40 mm | moins de 1,0 Å | $899,99 | Rupture | | Lunt LS50THa Standard Kit | 50 mm (f/7) | moins de 0,65 Å | $1 195,00 | Rupture | | Lunt LS50THa Premium Kit (double) | 50 mm | moins de 0,35 Å | $2 095,00 | Rupture | | Daystar Quark Chromosphere | filtre 1,25" | 0,3 à 0,5 Å | $1 295,00 | Disponible | | Lunt LS60MT Universal (B600) | 60 mm (f/7) | moins de 0,65 Å | $1 595,00 | En stock (revendeur) | | Lunt LS60MT Universal (B1200) | 60 mm | moins de 0,65 Å | $1 795,00 | En stock (revendeur) | | Lunt LS60MT Premium Kit (double) | 60 mm | moins de 0,28 Å | $2 995,00 | Rupture | | Sky-Watcher Heliostar 76 mm | 76 mm (f/8,3) | moins de 0,5 Å | $3 395,00 | En stock | | Coronado SolarMax III 60 mm + BF15 | filtre 60 mm | moins de 0,5 Å | $1 999,99 | Indisponible | Sources : pages produits Lunt Solar Systems, OPT Telescopes, Red Carpet Optics, DayStar Filters, Sky-Watcher USA, PrimaluceLab USA. Pour le lectorat français, prévoir la conversion EUR du jour plus les frais d'import et la TVA si vous achetez direct US, ou passer par un distributeur européen agréé qui répercute lui-même la marge. ## Coronado PST : prudence Le PST a longtemps été l'entrée de gamme évidente. Aperture 40 mm (oui, 40, pas 60, l'erreur revient sans arrêt dans les forums), bandpass annoncé moins de 1,0 Å en single stack, 0,5 Å en double stack. Prix annoncé chez OPT : $899,99. Statut : "Contact Us for Availability", autrement dit rupture sèche. Le vrai problème n'est pas le stock. Meade Instruments, propriétaire de Coronado depuis 2004, a déposé bilan en décembre 2019. Repris par Orion via Optronic Technologies en juin 2021, l'ensemble a fermé en juillet 2024. Les enchères Rabin Worldwide du 10 janvier 2025 ont été annulées car un acheteur a accepté une offre groupée sur l'inventaire et la propriété intellectuelle. Identité du repreneur : non divulguée publiquement à ce jour. Conséquence directe : la garantie fabricant Coronado n'est plus assurée. Si vous achetez un PST aujourd'hui, vous achetez un appareil de stock résiduel sans SAV constructeur. Mon verdict : à proscrire, sauf occasion à prix sacrifié chez un particulier qui assume. ## Lunt LS50THa : la référence historique en rupture Le Lunt LS50THa est resté pendant dix ans la porte d'entrée sérieuse vers le H-alpha pour amateur. Aperture 50 mm, focale 350 mm, f/7, bandpass moins de 0,65 Å en single stack (moins de 0,35 Å avec module double stack). Prix Lunt direct : $1 195,00 pour le Standard Kit, $2 095,00 pour le Premium Kit. Statut sur les deux pages : "Sold out". Sur le papier, c'est l'instrument que je recommande depuis des années à qui veut voir des proéminences nettes et un disque correct. En pratique, en mai 2026, le seul revendeur encore en stock affiche $957,00 (AgenaAstro, marché secondaire vraisemblable). Lunt a réorganisé son catalogue : le tube seul "Lunt 50 mm Dedicated H-Alpha" reste vendu à $531 ; les kits, eux, restent indisponibles. Surveillez les restocks plutôt que de payer la marge revendeur. ## Daystar Quark : le pari du chromosphère plug-and-play Le Daystar Quark Chromosphere coûte $1 295,00. Ce n'est pas un télescope, c'est un module qui se visse entre la lunette (réfracteur f/4 à f/8 pour le Quark original, f/15 à f/30 pour le Combo Quark) et l'oculaire. Il transforme une lunette achromatique ou apochromatique standard en télescope solaire H-alpha. Bandpass annoncé 0,3 à 0,5 Å selon le f-ratio du réfracteur utilisé (DayStar ne donne pas de valeur FWHM mesurée unique, c'est une plage qui dépend de la configuration). Alimentation USB 5V 1,5A (adaptateur mural 90-240V fourni). Stock disponible chez plusieurs revendeurs US, c'est l'un des rares H-alpha qu'on peut commander aujourd'hui sans attendre. Sur le papier, c'est séduisant : si vous avez déjà une lunette ED qui dort dans un placard, vous payez $1 295 et vous voyez les proéminences le week-end suivant. En pratique, le rendu dépend énormément de la lunette hôte. Une apochromatique classique donnera un résultat correct, une achro entrée de gamme produira du chromatisme parasite. Comptez aussi un temps de chauffe avant l'observation stable, le filtre étant régulé en température par l'électronique interne. Mon verdict : c'est aujourd'hui le meilleur rapport disponibilité-prix pour entrer en H-alpha si vous avez déjà un réfracteur de qualité. ## Lunt LS60MT Universal : le remplaçant du LS60THa Le Lunt LS60THa est officiellement discontinued. Lunt l'a remplacé par le LS60MT Universal, un télescope modulaire 60 mm H-alpha (70 mm natif), focale 420 mm, f/7, doublet ED FLP51. Bandpass moins de 0,65 Å en single stack, moins de 0,45 Å en double stack. Prix chez Red Carpet Optics, distributeur US qui a du stock en mai 2026 : $1 595,00 avec blocking filter B600 et diagonal 2", $1 795,00 avec B1200 (champ corrigé plus large, utile pour disque complet sur capteurs grand format). Le Premium Kit avec module double stack atteint $2 995,00, mais il est "Sold out" chez Lunt direct. Sur le terrain : 60 mm à f/7, c'est confortable pour le visuel comme pour l'imagerie planétaire solaire. La différence concrète avec le LS50THa, c'est 10 mm de diamètre en plus et 70 mm de focale supplémentaire. Plus de signal, plus de résolution sur les détails fins. Le passage en double stack à 0,45 Å fait ressortir les filaments et les régions actives avec un contraste sensiblement supérieur au single stack à 0,65 Å. ## Sky-Watcher Heliostar 76 mm : l'alternative qui change la donne À $3 395,00, le Sky-Watcher Heliostar 76 mm est l'instrument que personne n'avait vu venir. Aperture 76 mm, focale 630 mm, f/8,3, bandpass moins de 0,5 Å SANS double étalon, grâce à la technologie Solis Etalon. Disponible en stock chez Sky-Watcher USA avec free ground shipping. L'intérêt technique est réel : obtenir 0,5 Å avec un seul étalon, c'est rare et ça simplifie la mécanique. Pas de second module double stack à acheter pour gagner en contraste. Comparé au Lunt LS60MT B600 ($1 595, 60 mm, 0,65 Å), on paie environ le double pour 16 mm d'aperture en plus et un bandpass déjà serré sans Premium Kit. Pour un astrophotographe solaire ambitieux, le calcul tient. Pour un visuel occasionnel, c'est surdimensionné. J'ai un faible pour ce type d'approche : moins de pièces mobiles, moins de réglages tatillons, plus de robustesse mécanique. Reste à voir ce que donne le retour terrain à 12-18 mois sur la stabilité de l'étalon Solis. Sur ce point, j'attends encore des reviews longues durée pour trancher définitivement. ## H-alpha vs lumière blanche : ne pas confondre Il faut savoir ce qu'on cherche avant d'acheter. Le H-alpha à 656,28 nm donne accès à la chromosphère : proéminences en bord de disque, filaments sombres sur le disque, faculae, flares. C'est le spectacle visuel et photographique le plus impressionnant. Mais ça démarre à plus de mille dollars pour entrer sérieusement (Lunt LS50THa Standard Kit à $1 195 quand il est en stock). La lumière blanche, via film Baader AstroSolar ND 5.0 ou coin de Herschel, montre la photosphère : taches solaires et facules en lumière blanche. C'est moins spectaculaire que le H-alpha, mais ça coûte beaucoup moins cher (une feuille A4 de Baader tourne autour de $36 chez AgenaAstro) et ça s'adapte à n'importe quel télescope que vous avez déjà. Pour suivre l'évolution journalière des taches sur le disque pendant la phase de maximum étendue, c'est largement suffisant. Le Calcium-K (393,4 nm) est une troisième option, mais à la limite UV : beaucoup d'observateurs âgés ne perçoivent plus les contrastes en CaK (jaunissement du cristallin). Les modules Lunt LS12CaKS2 et LS18CaKS2 existent pour les très longues focales, mais le DayStar Calcium II K Quantum Filter monte à $17 990,00. Hors budget amateur, on oublie. ## Pour qui ? Verdict par profil d'observateur **Débutant solaire avec budget serré ou réfracteur existant** : Daystar Quark Chromosphere à $1 295. Disponible, plug-and-play sur réfracteur f/4 à f/8 que vous possédez déjà, premier pas vers le H-alpha sans engagement sur un télescope dédié neuf à plusieurs milliers de dollars. **Amateur intermédiaire qui veut un télescope dédié neuf** : Lunt LS60MT Universal B600 chez Red Carpet Optics à $1 595. En stock, 60 mm à 0,65 Å, montée future en double stack possible quand le Premium Kit revient en stock. Le compromis le plus équilibré du marché en mai 2026. **Astrophotographe solaire ambitieux** : Sky-Watcher Heliostar 76 mm à $3 395. Moins de 0,5 Å sur 76 mm sans double étalon, écosystème Sky-Watcher SolarQuest pour le suivi automatique disponible en kit. Investissement, mais cohérent avec une vraie pratique imagerie. **Curieux qui veut juste voir des taches** : film Baader AstroSolar ND 5.0 à environ $36 pour une feuille A4, à monter en filtre frontal sur le télescope que vous avez déjà. C'est la première observation solaire à faire de toute façon, ça filtre les vrais motivés du H-alpha avant un gros engagement budgétaire. ## Pour aller plus loin sur le terrain Combiné avec l'observation des [astronomes amateurs qui contribuent à la science en 2026](/astronomes-amateurs-decouverte-contribuent-science-2026), un film Baader en lumière blanche est la pratique la plus simple à démarrer si le budget H-alpha vous freine. Pour caler une session H-alpha sur un événement, gardez en tête [l'éclipse solaire totale du 12 août 2026 en Europe](/eclipse-solaire-totale-12-aout-2026-europe-guide-observation) : un H-alpha sur monture solaire en parallèle d'une projection en lumière blanche, c'est une journée d'observation complète. Et pour profiter du ciel pendant que le Soleil dort, regardez aussi [la conjonction Lune-Vénus du 17 juin 2026](/conjonction-lune-venus-juin-2026-observation-soir). L'AAVSO Solar Section et la BAA Solar Section publient mensuellement les chiffres de taches transmis à SILSO (Bruxelles). Si vous voulez transformer votre observation amateur en contribution scientifique réelle, l'Astronomical League propose aussi un Hydrogen Alpha Solar Observing Program pour valider une démarche d'observation structurée. ## Sources - [NASA / NOAA, Sun reaches maximum phase in 11-year solar cycle](https://science.nasa.gov/science-research/heliophysics/nasa-noaa-sun-reaches-maximum-phase-in-11-year-solar-cycle/) - [NOAA SWPC, Solar Cycle 25 likely reached highest sunspot number over 20 years](https://www.spaceweather.gov/news/solar-cycle-25-likely-reached-highest-sunspot-number-over-20-years) - [Wikipedia, Solar cycle 25](https://en.wikipedia.org/wiki/Solar_cycle_25) - [Lunt Solar Systems, LS50THa Standard Kit](https://luntsolarsystems.com/products/lunt-ls50tha-standard-kit) - [Lunt Solar Systems, LS60MT Premium Kit](https://luntsolarsystems.com/products/lunt-ls60mt-premium-kit) - [Lunt Solar Systems, 60 mm Universal Telescope](https://luntsolarsystems.com/products/lunt-60-mm-universal-telescope) - [Red Carpet Optics, Lunt 60 mm Modular Telescope LS60MT](https://redcarpetoptics.com/products/lunt-60mm-modular-telescope-h-alpha-pressure-tuned-ls60mt) - [DayStar Filters, Daystar Quark](https://www.daystarfilters.com/daystar-quark/) - [Sky-Watcher USA, Heliostar 76 mm H-alpha Solar Telescope](https://www.skywatcherusa.com/products/heliostar-76mm-h-alpha-solar-telescope) - [OPT Telescopes, Coronado PST 40 mm](https://optcorp.com/products/coronado-pst-40mm-h-alpha-solar-telescope) - [PrimaluceLab USA, Coronado SolarMax III 60 mm](https://primalucelabusa.com/coronado-solarmax-iii-60mm-richview-filter-with-bf15-cor-624003.html) - [AstroSolar.com, Baader AstroSolar Safety Film ND 5.0](https://astrosolar.com/en/products/whitelight/astrosolar-safety-film-50x100cm-nd-5-0-visual/) - [American Astronomical Society, ISO 12312-2 eye safety](https://eclipse.aas.org/eye-safety/iso12312-2) - [AAVSO, Solar Section](https://www.aavso.org/solar) - [BAA, Solar Section](https://britastro.org/sections/solar) --- ## T Coronae Borealis : la nova qui se fait attendre - URL: https://www.portail-astronomie.fr/t-coronae-borealis-nova-recurrente-2026-observation-guide/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-05-19T06:00:00.000Z - Categories: observation Au moment où j'écris ces lignes, T Coronae Borealis n'a toujours pas explosé. Mars 2025, novembre 2025, deux dates annoncées passées sans rien. La prochaine fenêtre statistiquement plausible tombe le 25 juin 2026, et je vais le dire tout de suite : personne n'a la moindre certitude là-dessus. Jeremy Shears, de la British Astronomical Association, le formule sans détour dans `space.com` : "Most astronomers are skeptical about this prediction, as am I." Traduction polie : on ne sait pas. Mais on regarde quand même, parce que le jour où ça pète, la fenêtre utile se compte en heures. Ce guide sert à deux choses. D'abord, expliquer pourquoi cette nova récurrente est devenue le marronnier le plus frustrant de l'astronomie amateur depuis 2023. Ensuite, donner la procédure pour ne pas la rater le soir venu. Aucune date promise. Juste une étoile à mémoriser dans le ciel. ## Le système, version factuelle T Coronae Borealis, surnommée la "Blaze Star", se trouve dans la Couronne boréale, à 2 990 années-lumière, soit 920 parsecs (mesure Gaia DR3). Coordonnées équatoriales : RA 15h 59m 30.1622s, Dec +25° 55′ 12.613″. Au repos, elle veille autour de la magnitude 10, hors de portée à l'œil nu, mais accessible à des jumelles correctes ou un petit télescope. Le système est un couple serré. Une naine blanche de 1,35 masse solaire, à un cheveu de la limite de Chandrasekhar, tourne autour d'une géante rouge M3III de 0,93 masse solaire dont le rayon oscille entre 63,5 et 71,1 rayons solaires. Période orbitale : 227,5528 jours. Inclinaison : 61 degrés. L'étude `A&A` de septembre 2025 affine ces valeurs en modélisant un disque d'accrétion étendu sur environ 58 rayons solaires. Le mécanisme est connu. La géante rouge déborde de son lobe de Roche, déverse de l'hydrogène vers la naine blanche par le point de Lagrange L1. La matière s'accumule à la surface jusqu'à une réaction thermonucléaire fulgurante. La naine blanche survit, la couche externe est éjectée, la luminosité explose. On parle de nova, pas de supernova. La différence n'est pas cosmétique : la naine blanche peut recommencer. ## Pourquoi tout le monde l'attend depuis 2023 Deux éruptions sont documentées avec instrumentation moderne : 12 mai 1866, pic à magnitude 2.0, et 9 février 1946, pic à magnitude 3.0. Soit un intervalle de 79,7 ans, arrondi à "tous les 80 ans" dans la littérature grand public. Bradley E. Schaefer, de Louisiana State University, a publié en 2023 une étude (arXiv 2308.13668) remontant deux éruptions plus anciennes : décembre 1787, consignée par le révérend Francis Wollaston, et octobre 1217, décrite par l'abbé Burchard d'Upsberg comme une "étoile qui brillait d'une grande lumière" pendant "plusieurs jours". L'historique réel s'étend donc sur huit siècles, avec une régularité moins parfaite que le mantra des 80 ans ne le suggère. Schaefer, toujours en 2023 (`MNRAS` stad735), a proposé une fenêtre d'éruption en 2025.5 ± 1.3. Côté physique, deux signatures pré-éruptives ont été notées : un premier "dip" en 2023-2024 (baisse de 0,35 magnitude depuis 2016, soit environ 28 %), puis un second creux plus discret entre septembre 2024 et février 2025, sans précédent dans les données de 1946. Ce second dip est ce qui a relancé les pronostics. L'étude A&A 2025 documente une reprise franche de l'accrétion depuis mai 2024, et avance que cette injection de matière pourrait combler le déficit hérité de la phase superactive 2015-2023 (durant laquelle le taux d'accrétion atteignait environ 28 fois le niveau de quiescence) et amener la couche accrétée à l'ignition. J'aimerais bien y croire. J'ai aussi appris à me méfier des modèles qui annoncent un calendrier précis sur un système qui a éclaté quatre fois en huit siècles avec des intervalles très variables. La date du 25 juin 2026 vient d'une publication IOP (article ad8bba) basée sur des multiples de la période orbitale. C'est élégant. Ce n'est pas une promesse. ## Comment trouver T CrB dans le ciel La Couronne boréale est une petite constellation en arc de cercle, peu lumineuse, mais facile à pointer dès qu'on a les deux étoiles guides. Visible de mai à juillet depuis l'hémisphère nord, plein sud à l'est en début de nuit, montant vers le zénith après minuit. Méthode : repérer Arcturus (orange vif, magnitude proche de 0, dans le Bouvier, plein sud en soirée de printemps) et Véga (bleu-blanc, magnitude 0,03, dans la Lyre, au nord-est). Tirer mentalement une ligne entre les deux. La Couronne boréale est posée à peu près sur cette ligne, légèrement plus proche d'Arcturus. Sa forme évoque un diadème ou un fer à cheval. L'étoile la plus brillante de l'arc est Alphecca (α CrB, magnitude 2,21). Une fois la Couronne identifiée, T CrB se trouve à 2,2 degrés à l'est de Delta CrB. Au repos, à magnitude 10, il faut des jumelles 10x50 ou un petit instrument pour la distinguer. Le geste à acquérir : repérer le champ, mémoriser la disposition des étoiles autour de T CrB. Le jour où la nova grimpera à magnitude 2, comparable à Alphecca, vous verrez immédiatement qu'une étoile en plus est apparue. Sans entraînement préalable, on perd la première nuit à chercher. ## Ce qui se passera quand ça explosera Le pic à l'œil nu durera peu. Le maximum absolu tient environ 12 à 24 heures, puis la magnitude redescend. La phase grand public, où la nova reste visible à l'œil nu sous un ciel correct, est estimée à quelques jours, jusqu'à environ une semaine. Aux jumelles, on prolonge d'une semaine supplémentaire. Au télescope, le déclin se suit pendant des mois. Concrètement : si vous attendez le lendemain pour aller voir, vous risquez le pic. La consigne raisonnable, c'est de s'abonner aux alertes AAVSO (campagne d'observation #875 dédiée à T CrB), ou de suivre quotidiennement les bulletins amateurs durant les fenêtres statistiquement chaudes. Si une alerte tombe, on sort dans la nuit qui suit. Pas trois jours plus tard. J'ajoute un détail bête qui m'a déjà coûté une opportunité sur une autre nova : préparer le matériel en avance. Jumelles à plat sur la table, télescope monté si possible, charts imprimés. Une alerte à 23h alors qu'on fouille un placard pour retrouver les piles, c'est l'erreur classique. Ça arrive même aux gens organisés. ## Et si elle n'explose pas en 2026 ? C'est l'hypothèse à laquelle il faut se préparer. La fenêtre suivante après le 25 juin 2026 est statistiquement compatible avec novembre 2026, ou février 2027. Au-delà, les écarts inter-éruptions historiques (1217, 1787, 1866, 1946) suggèrent que la régularité parfaite n'existe pas. La phase pré-éruptive observée depuis 2014, avec sa phase superactive 2014-2023 puis ses deux dips successifs, reste l'argument le plus solide pour penser qu'une éruption se rapproche. Mais "se rapproche" en astrophysique stellaire peut signifier des mois, ou plusieurs années. Le compromis sain : checker l'AAVSO une fois par semaine, garder un œil sur la Couronne boréale quand le ciel s'y prête, ne pas y consacrer ses nuits si on a d'[autres événements célestes à observer en 2026](/eclipse-solaire-totale-12-aout-2026-europe-guide-observation/). Et garder en tête que la Couronne boréale culmine en juin-juillet : si la nova arrive cet été, les conditions d'observation depuis la France seront très favorables, en parallèle des [Eta Aquariides observables en mai](/eta-aquariides-mai-2026-observation-comete-halley-guide/) ou d'[autres rendez-vous estivaux comme les Delta Aquariides fin juillet](/delta-aquariides-alpha-capricornides-juillet-2026/). ## Récapitulatif pratique Repérer Arcturus et Véga le soir. Tracer la ligne, identifier la Couronne boréale, mémoriser le champ autour de T CrB à 2,2 degrés à l'est de Delta CrB. S'abonner aux alertes AAVSO. Avoir les jumelles prêtes. Ne pas attendre une date précise, mais être capable de réagir en heures, pas en jours. La dernière fois que cette étoile a éclaté, en 1946, Truman était président des États-Unis. La fois d'avant, en 1866, on parlait encore de la guerre de Sécession. Ce sera peut-être pour cet été. Peut-être pour 2027. Peut-être plus tard. On regarde. ## Sources - https://en.wikipedia.org/wiki/T_Coronae_Borealis - https://www.aanda.org/articles/aa/full_html/2025/09/aa55917-25/aa55917-25.html - https://arxiv.org/abs/2308.13668 - https://arxiv.org/html/2512.19218 - https://earthsky.org/space/blaze-star-nova-corona-borealis-how-to-see-it/ - https://www.astronomy.com/observing/how-to-see-t-coronae-borealis-the-brightest-nova-of-the-generation/ - https://svs.gsfc.nasa.gov/20393/ - https://www.space.com/the-universe/stars/hold-onto-your-hats-is-the-blaze-star-t-corona-borealis-about-to-go-boom - https://iopscience.iop.org/article/10.3847/2515-5172/ad8bba/ampdf - https://dx.doi.org/10.1093/mnras/stad735 - https://www.aavso.org/t-crb-observations --- ## YSES-1 : le JWST autopsie deux compagnons jeunes - URL: https://www.portail-astronomie.fr/yses-1-systeme-couple-exoplanetes-jeunes-jwst-2026/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-05-18T06:00:00.000Z - Categories: exploration-spatiale Le système YSES-1 vient de livrer une moisson spectrale rare. Le JWST a pointé son instrument MIRI vers ces deux compagnons substellaires distants de 310 années-lumière, et le résultat tient en deux signatures : des nuages de silicates vus en absorption autour de YSES-1 c, et un disque circumplanétaire enrichi en olivine autour de YSES-1 b. L'article de Kielan K. W. Hoch et collègues, paru dans Nature 643, 938-942 (preprint arXiv:2507.18861, soumis le 25 juillet 2025), pose une pierre méthodologique pour l'imagerie directe en infrarouge moyen. ## Un système jeune, déjà célèbre depuis 2020 YSES-1, aussi catalogué TYC 8998-760-1, n'est pas un inconnu. La première image directe a été prise en 2020 avec l'instrument SPHERE du VLT (Bohn et al., MNRAS 492). C'était à l'époque la première fois qu'on photographiait deux compagnons autour d'une étoile de type solaire. L'étoile centrale est une K3IV pré-séquence principale d'environ une masse solaire, située dans le sous-groupe Lower Centaurus-Crux de l'association Scorpius-Centaurus, en direction de la constellation de la Mouche. L'âge avancé pour le système tourne autour de 16,7 millions d'années, avec une fourchette publiée de 15 à 27 Myr selon les méthodes de datation. À cette échelle, les compagnons rayonnent encore beaucoup de leur chaleur de formation, ce qui les rend accessibles à la coronographie en infrarouge moyen. C'est précisément la fenêtre qu'exploite MIRI sur le JWST, avec ses filtres F1065C, F1140C, F1550C et F2300C. Petit aparté d'ingénieur : quand je lis "première image directe d'un système binaire d'exoplanètes", je pense surtout à la chaîne instrumentale qui rend ça possible. Coronographe, optique adaptative, traitement de référence, soustraction de PSF. Le JWST hérite de ces méthodes, mais avec un pic de sensibilité dans le mid-IR qui n'existait nulle part ailleurs. ## YSES-1 c : silicates amorphes vus en absorption Le résultat principal de l'étude porte sur le compagnon le plus éloigné, YSES-1 c, séparé de l'étoile d'environ 320 unités astronomiques. Type spectral L7.5, masse estimée à 6 ou 7,2 masses joviennes selon les sources, c'est un objet de masse planetaire dont l'atmosphère vient d'être disséquée dans la bande 9 à 11 microns. Le spectre montre une absorption nette caractéristique des silicates. Les modèles atmosphériques reproduisent le profil avec deux familles de compositions plausibles : du pyroxène amorphe enrichi en fer, ou des silicates de magnésium amorphes. La taille des particules est contrainte à moins de 0,1 micron à une pression d'un millibar. C'est la première détection directe de nuages de silicates par absorption sur une exoplanète, là où les détections précédentes (par exemple sur des naines brunes isolées) se faisaient plutôt en émission. Le détail technique compte. L'absorption à 9-11 microns trace des grains submicroniques en suspension dans la haute atmosphère, ce qui permet de remonter à la microphysique des nuages plutôt qu'à un simple bilan thermique. Dr Evert Nasedkin, du Trinity College Dublin, l'un des co-auteurs porteurs de l'analyse, l'a présenté comme un test grandeur nature pour les modèles atmosphériques de jeunes objets de masse planetaire. ## YSES-1 b : un disque circumplanétaire à l'olivine Le compagnon intérieur, YSES-1 b, est plus massif et plus problématique à classer. Wikipédia donne une masse de 14 masses joviennes, mais une estimation alternative monte à 21,8 MJup. Or la limite de combustion du deutérium fixée par l'UAI à environ 13 MJup pose la question : planète ou naine brune jeune ? Le papier ne tranche pas, et c'est honnête. Strictement, on parle d'un compagnon de masse planetaire, séparation 146 UA dans les données publiées de Bohn 2020 (160 UA dans certains communiqués de presse), rayon d'environ 2,97 rayons joviens. Ce qui est neuf, c'est le disque. Le JWST détecte autour de YSES-1 b une émission caractéristique de grains d'olivine submicroniques. C'est la signature spectrale d'un disque circumplanétaire encore actif, ce qu'on n'avait identifié jusqu'ici que sur trois autres objets. Les communiqués décrivent ce disque comme un berceau potentiel de lunes, et la formulation est juste : le matériau et la géométrie sont compatibles avec un environnement où des exolunes peuvent se former. J'hésite toujours avec ce genre de récit. Le disque est observé, oui. Que des lunes s'y forment réellement, dans quel délai, avec quelle masse finale, ça reste une projection théorique. Le papier décrit la matière première, pas le produit fini. ## Ce que le papier ne démontre pas Plusieurs énoncés qui circulent dans les vulgarisations dépassent ce que les observations établissent. La "formation simultanée" des deux compagnons est suggérée par leur appartenance au même système jeune, mais elle n'est pas prouvée. La "migration" depuis des positions plus internes vers leurs séparations actuelles (146 et 320 UA) reste un mécanisme débattu : formation in situ par instabilité gravitationnelle d'un disque massif, ou capture, restent sur la table. Le papier traite de l'atmosphère et du disque, pas des trajectoires dynamiques. La masse de YSES-1 b à la frontière naine brune mérite aussi d'être citée sans bravade. Le cas n'est pas isolé : on retrouve la même ambiguïté sur d'autres objets imagés directement, comme le récent [29 Cygni b vu par le JWST](/29-cygni-b-jwst-frontiere-planete-naine-brune-avril-2026/) qui pose exactement la question de la nomenclature. La communauté préfère désormais le terme "objet de masse planetaire" quand la classification reste incertaine. ## Méthode et programme Les observations s'inscrivent dans le programme JWST-YSES (proposition 7651, PI Kenworthy), prolongation de l'enquête initiale Young Suns Exoplanet Survey qui avait sondé en imagerie directe 70 étoiles jeunes de type solaire d'âge moyen 15 ± 3 millions d'années. La méthode combine coronographie MIRI et spectroscopie haute résolution mid-IR sur le mode MRS. Pour situer ce travail dans le contexte instrumental, il s'inscrit dans la même famille que [l'imagerie directe d'exoplanète obtenue par TWA 7 avec le coronographe français](/jwst-twa-7-imagerie-directe-exoplanete-coronagraphe-france-disque-debris/), et il prolonge la cartographie des [disques protoplanétaires comme berceaux des systèmes en formation](/disques-protoplanetaires-naissance-systemes-solaires/) en descendant cette fois au niveau du disque autour de l'objet substellaire lui-même. Une autre détection notable de 2024, le carbone-13 dans l'atmosphère de YSES-1 b par Zhang et collègues, avait déjà placé ce système sur la carte des laboratoires atmosphériques. ## Pourquoi ça compte techniquement Trois choses, vues côté instrument. D'abord la sensibilité mid-IR : seul le JWST permettait actuellement de descendre à des grains submicroniques sur une cible à 310 années-lumière par observation directe. Ensuite la coronographie en bande large : la séparation angulaire entre l'étoile K et ses deux compagnons à 146 et 320 UA est relativement confortable, mais le contraste reste exigeant et MIRI tient son budget photométrique. Enfin la spectroscopie MRS dans la fenêtre 9-11 microns : c'est elle qui permet de discriminer les compositions amorphes pyroxène contre silicate de magnésium, là où une simple photométrie aurait été incapable de trancher. Le tout fournit un banc d'essai concret pour les modèles atmosphériques de jeunes compagnons et un cas pédagogique sur la microphysique des nuages. Pour les prochaines campagnes JWST sur ce type d'objets, YSES-1 devient une référence d'étalonnage. ## Sources - Hoch et al., "Silicate clouds and a circumplanetary disk in the YSES-1 exoplanet system", Nature 643, 938-942 (2025) : https://www.nature.com/articles/s41586-025-09174-w - Preprint arXiv:2507.18861 : https://arxiv.org/abs/2507.18861 - Sci.News, 11 juin 2025 : https://www.sci.news/astronomy/webb-two-young-exoplanets-yses-1-system-13981.html - Communiqué Trinity College Dublin : https://www.tcd.ie/news_events/articles/2025/silicate-clouds-discovered-in-atmosphere-of-distant-exoplanet/ - Bohn et al., MNRAS 492, 431 (2020) : https://academic.oup.com/mnras/article/492/1/431/5680498 - The Planetary Society, dossier YSES-1 : https://www.planetary.org/planetary-radio/2025-yses-1 - Wikipedia YSES 1 : https://en.wikipedia.org/wiki/YSES_1 --- ## MoM-z14 : la galaxie la plus lointaine, un an après - URL: https://www.portail-astronomie.fr/mom-z14-jwst-galaxie-record-recul-cosmique-anniversaire-2026/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-05-17T06:00:00.000Z - Categories: ciel-profond z*spec = 14,44 ± 0,02. C'est le chiffre qui colle MoM-z14 au sommet de la table des galaxies confirmées spectroscopiquement. La première image NIRCam date du 16 mai 2025, soit pile un an. Le papier de Rohan P. Naidu et son équipe a finalement atterri dans \_The Open Journal of Astrophysics* le 30 janvier 2026, après une révision profonde du preprint arXiv 2505.11263. Un an entre l'image qui a déclenché l'emballement et le journal qui scelle le résultat. Bilan technique. ## Specs annoncées, specs confirmées Le redshift photométrique sur l'image NIRCam de mai 2025 plaçait l'objet quelque part au-delà de z=14. Pas suffisant pour clamer un record : l'histoire récente du JWST regorge de candidats photométriques qui se sont effondrés une fois passés sous NIRSpec. La spectroscopie PRISM réalisée le 16 avril 2025 sur le masque MoM du champ COSMOS a tranché : cassure Lyman-α nette, cinq raies UV à 3σ, largeurs équivalentes 15-35 Å, et un redshift mesuré à 14,44 ± 0,02. Pour un prism redshift à cette époque, la précision est exceptionnelle. Côté coordonnées : RA 10h 00m 22,40s, Dec +02° 16′ 23,19″, dans le COSMOS Legacy Field. Le record précédent confirmé spectroscopiquement, JADES-GS-z14-0 à z=14,32 (Carniani et al., _Nature_ 633, 318, 2024), tombe d'un cran. La différence en âge cosmique est mince : MoM-z14 émet sa lumière 280 millions d'années après le Big Bang, contre environ 300 Myr pour JADES-GS-z14-0. Vingt millions d'années qui changent l'échantillon statistique de l'univers très jeune. ## La fiche technique de la galaxie | Paramètre | Valeur | | ------------------------ | ------------------ | | Redshift spectroscopique | 14,44 ± 0,02 | | Âge univers à l'émission | ~280 Myr post-BB | | M_UV | −20,2 | | Rayon effectif | 74 (+15/−12) pc | | Élongation (b/a) | 0,25 | | Pente UV β | −2,5 ± 0,2 | | Masse stellaire | ~10⁸ M☉ | | Rapport [N/C] | super-solaire (>1) | Le rayon effectif circularisé tient dans 241 années-lumière. Pour comparer : c'est environ 1 % du diamètre stellaire de la Voie Lactée. La masse stellaire estimée tourne autour de 10⁸ masses solaires, soit environ trente fois moins que le Petit Nuage de Magellan. Compact et allongé (b/a = 0,25), donc une source résolue, pas un point. La pente UV β = −2,5 ± 0,2 signe une poussière minimale. Cohérent avec une galaxie où les supernovae n'ont pas encore eu le temps d'enrichir massivement le milieu interstellaire. Détail qui complique l'histoire : l'histoire de formation stellaire reconstruite par Naidu indique une multiplication par environ dix du SFR sur les cinq derniers millions d'années avant l'émission observée. Burst récent, donc, à une époque où il n'y avait pas grand-chose avant. ## Le verdict sur ΛCDM : ça coince Sur le papier, le modèle cosmologique standard prédit ce qu'on doit voir à z=15. En pratique, le JWST n'arrête pas de cogner contre le plafond. M*UV = −20,2 à 280 Myr post-BB, ça veut dire un objet environ 100 fois plus brillant que ce que les prédictions pré-JWST anticipaient pour ce redshift. Et ce n'est pas un cas isolé : Boylan-Kolchin et al. (\_Nature Astronomy*, 2023) ont documenté plus de cent galaxies brillantes inattendues à z>10. Une analyse récente publiée sur astrobites le 7 avril 2026 (titre éloquent : "Too Massive, Too Early") pousse le bouchon plus loin, en suggérant que la masse cachée dans les étoiles faibles pourrait gonfler certaines galaxies primordiales jusqu'à 10¹¹ M☉. Si c'est confirmé, le problème change d'échelle. Pour reproduire M_UV = −20,2 à cette époque, il faudrait que l'efficacité de formation stellaire approche les 100 %, c'est-à-dire que pratiquement tout le gaz disponible se convertisse en étoiles. Aucun modèle ΛCDM standard ne tient ce taux. La galaxie n'invalide pas le modèle, mais elle force soit à revoir la physique de formation stellaire au-delà de z=10, soit à augmenter la variance des halos primordiaux dans les simulations, soit à accepter qu'on a sous-estimé la fonction de masse initiale à cette époque. Trois pistes, aucune confortable. Comme le résume Rohan Naidu : "With Webb, we are able to see farther than humans ever have before, and it looks nothing like what we predicted, which is both challenging and exciting." Traduction terrain : on regarde plus loin, et le décor ne ressemble à rien de ce qui était prévu. ## La surprise chimique : azote sur-solaire Le chiffre qui a fait lever des sourcils au-delà du record de distance, c'est le rapport N/C super-solaire ([N/C] > 1). À z=14, on attendait une chimie primordiale, dominée par les produits de nucléosynthèse stellaire de première génération. Au lieu de ça, Naidu et son équipe mesurent une signature azote enrichi qui rappelle celle des amas globulaires anciens de la Voie Lactée. L'interprétation proposée dans le papier de 2026 : des étoiles supermassives produites par collisions en cascade dans un environnement dense, capables de synthétiser de l'azote au-delà de tout ce qui s'observe localement. C'est spéculatif, mais cohérent avec ce qu'on commence à modéliser pour les amas stellaires denses primordiaux. Pascal Oesch (Genève), co-auteur principal, le formule sobrement : "We can estimate the distance of galaxies from images, but it's really important to follow up and confirm with more detailed spectroscopy so that we know exactly what we are seeing, and when." La photométrie donne une piste, la spectro tranche. Pour le moment, le suivi ALMA de la raie [O III] 88 μm n'a pas encore été publié pour MoM-z14. C'est l'étape logique : confirmer la masse du trou noir central éventuel via la dynamique du gaz, et mesurer l'abondance d'oxygène. JADES-GS-z14-0 a déjà eu droit à son détection ALMA (Carniani et al. 2025, Schouws et al. 2025). MoM-z14 suit dans la queue, et la précision du redshift facilitera énormément la programmation des observations. ## Ce que ça change pour les modèles Trois conséquences concrètes pour qui suit la cosmologie observationnelle. D'abord, le pipeline NIRSpec PRISM tient ses promesses : confirmer un z>14 avec une précision de 0,02 en 2025 relevait du tour de force. Deuxième point, le couplage NIRCam (sélection) + NIRSpec (confirmation) + ALMA (chimie) devient la chaîne standard pour disséquer l'univers à z>10. Enfin, la tension entre les observations et ΛCDM n'est plus une anomalie qu'on peut écarter d'un revers de main : trois ans après la mise en service de Webb, l'écart entre prédictions et mesures s'agrandit au lieu de se résorber. Jacob Shen (MIT), cité dans le communiqué NASA du 28 janvier 2026, le dit sans détour : "There is a growing chasm between theory and observation related to the early universe, which presents compelling questions to be explored going forward." Le gouffre entre théorie et observation, en clair. Reste à voir si la prochaine génération de simulations cosmologiques arrive à le combler, ou si Webb continue à creuser. Pour le moment, MoM-z14 garde son titre. Une année, un papier dans _Open Journal of Astrophysics_, une fiche technique solide. Pour combien de temps ? La campagne JWST cycle 4 a déjà sélectionné plusieurs candidats z~16 photométriques. La spectro tranchera, comme toujours. ## Pour aller plus loin - [Cloud-9, la galaxie ratée et la matière noire](/cloud-9-galaxie-ratee-matiere-noire-hubble-relhic/) - [Euclid DR1 : matière noire et cisaillement gravitationnel](/euclid-dr1-matiere-noire-cisaillement-gravitationnel/) - [JWST imagerie directe et coronagraphe sur TWA 7](/jwst-twa-7-imagerie-directe-exoplanete-coronagraphe-france-disque-debris/) > Image hero : visualisation artistique inspirée du champ COSMOS et des données NIRCam JWST. Crédits données : NASA, ESA, CSA, R. Naidu (MIT) et al. ## Sources - Naidu et al. 2026, _Open Journal of Astrophysics_, "A Cosmic Miracle: A Remarkably Luminous Galaxy at z_spec = 14.44 Confirmed with JWST" : https://astro.theoj.org/article/156033 - Preprint arXiv 2505.11263 : https://arxiv.org/abs/2505.11263 - NASA Press Release 28 janvier 2026 : https://science.nasa.gov/missions/webb/nasa-webb-pushes-boundaries-of-observable-universe-closer-to-big-bang/ - Carniani et al. 2024 (JADES-GS-z14-0, record précédent) : https://www.nature.com/articles/s41586-024-07860-9 - Boylan-Kolchin et al. 2023, _Nature Astronomy_ (galaxies brillantes inattendues z>10) - Astrobites, "Too Massive, Too Early", 7 avril 2026 : https://astrobites.org/2026/04/07/too-massive-too-early/ --- ## ERO annulé : ESA et Airbus recyclent un orbiteur à 491 M€ - URL: https://www.portail-astronomie.fr/esa-airbus-recycler-tech-ero-apres-annulation-mars-sample-return-2026/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-05-16T06:00:00.000Z - Categories: exploration-spatiale Contrat signé en octobre 2020 pour 491 millions d'euros. CDR plateforme franchie le 5 juillet 2024. Module d'insertion orbitale livré par Thales Alenia Space à Airbus Stevenage en juillet 2025, sur un sous-contrat de 130 millions d'euros. Sept tonnes de matériel, 38 mètres d'envergure de panneaux solaires, un lanceur Ariane 64 réservé à Kourou. Et puis, plus rien. L'Earth Return Orbiter, vaisseau européen qui devait ramener les échantillons martiens de Perseverance, n'ira plus jamais sur Mars. Le 18-19 mars 2026, à Interlaken, la 345e session du Conseil ESA a entériné la demande des États membres : couper les vivres au programme. L'annonce publique est tombée fin mars. Côté américain, la décision était déjà prise : en janvier 2026, le Congrès a confirmé le plan de l'administration Trump et coupé le financement MSR. Le verdict de Josef Aschbacher et de son directeur Daniel Neuenschwander, le 8 janvier 2026, ne laissait aucune place au doute : "Mars Sample Return is currently not planned to be continued." Sept tonnes de hardware presque prêt. Une plateforme qualifiée. Une question : on en fait quoi ? ## Le hardware déjà construit Côté plateforme, l'ERO n'était pas un concept sur papier. Le critical design review était passé en juillet 2024, validation officielle par l'ESA, avec Tiago Loureiro chef de projet. Sa déclaration de l'époque mérite d'être relue à la lumière de 2026 : "We have confirmed that the Earth Return Orbiter works for what was planned to do and more, whatever the alternatives are." Whatever the alternatives are. Avec le recul, c'est presque prémonitoire. Le module d'insertion orbitale, l'OIM construit par Thales Alenia Space à Turin, a quitté l'Italie pour Stevenage en juillet 2025. Pièce maîtresse : c'est lui qui devait freiner l'orbiteur à son arrivée à Mars, avec la propulsion chimique de classe 1 kN. Coût annoncé du sous-contrat TAS : 130 millions d'euros. Le reste de la plateforme, c'est de l'Airbus Defence and Space pur jus, avec de l'héritage ATV et JUICE pour la navigation autonome et le rendez-vous orbital, plus le système BepiColombo pour la propulsion électrique solaire. Sur le papier, la bête. Architecture hybride : propulsion électrique solaire pour la croisière interplanétaire (capable de générer jusqu'à 1 N à environ 35 kW au niveau de la Terre, d'après le papier IEPC 2019), propulsion chimique pour l'insertion martienne. Deux familles de moteurs ioniques étaient évaluées en phase A/B1 : le QinetiQ T6 (4,5 kW, diamètre 22 cm, héritage BepiColombo qui vole depuis octobre 2018), et le RIT-2X en développement. Le modèle finalement retenu au CDR 2024 ? Je n'ai pas trouvé la réponse dans les sources accessibles. Ce qui est sûr, c'est que la chaîne propulsive a été poussée jusqu'à la qualification. ## Le sauvetage par recyclage : maximiser le ROI Du côté ESA, on ne jette pas. Officiellement, des discussions avec Airbus sont en cours pour, selon les termes employés à Interlaken, "maximise the return on investment on the reuse of some technology". Neuenschwander a cité explicitement "the electric propulsion system as one element that could potentially be reused". Donc le cœur électrique, ce qui a coûté le plus cher en développement et en qualification, c'est ce qui a le plus de chances de revivre. La piste la plus visible, c'est ZefERO. Présentée au Conseil Ministériel ESA CM25 à Brême les 26 et 27 novembre 2025 (avant même l'annulation officielle), l'idée : reconvertir l'ERO en orbiteur martien autonome dédié à l'Europe. Objectifs scientifiques cités : étude des vents martiens, investigations géologiques. Bonus : relais de communication pour les futures missions martiennes européennes. Lancement envisagé en 2032. Mon verdict honnête : pour l'instant, c'est une proposition, pas une mission approuvée. Aucune source ne confirme le statut formel post-annulation ERO. À surveiller à la prochaine ministérielle. Si ZefERO décolle vraiment, il pourrait aussi assumer la fonction de relais de données prévue pour LightShip, sans toucher aux capacités de payload delivery. Et tant qu'à recycler, l'ESA examine aussi la conversion d'European Service Modules excédentaires en "autonomous modular cargo tug", et l'adaptation du Sample Transfer Arm pour des opérations en surface lunaire. Le tiroir à recyclage est ouvert. ## Le contexte budgétaire qui change tout Pourquoi cette frénésie de réutilisation ? Parce que la maison brûle côté finances. À CM25, le budget ESA total a atteint 22,1 milliards d'euros sur 3 ans, un record. Sauf que la part Exploration s'est plantée : 2,9 milliards d'euros engagés, contre 3,7 milliards visés. Plus de 20 % de manque. Le programme MSR coûtait cher, demandait une décennie d'opérations, et reposait sur un partenaire américain qui venait de débrancher la prise. Continuer seul ? Avec un trou de 20 % sur Exploration ? Pas réaliste. Le rapport IRB de septembre 2023 avait déjà sorti la liste de courses : budget initial irréaliste, calendrier intenable, coût total révisé entre 8 et 11 milliards de dollars, retour des échantillons pas avant 2040. "MSR was established with unrealistic budget and schedule expectations from the beginning", écrivait Orlando Figueroa, président de l'IRB. La NASA, elle, avait dépensé 310 millions de dollars rien que sur l'exercice fiscal 2024 du programme. Quand le Sénat a coupé en janvier 2026, l'ESA s'est retrouvée seule avec un orbiteur prêt à voler vers une mission qui n'existait plus. Côté Perseverance, 33 tubes sur 43 étaient remplis en juillet 2025. Ils resteront sur Mars. Pour combien de temps ? La question n'a plus de réponse à court terme. ## Ce que l'affaire dit du hardware spatial Voilà ce qui m'interpelle dans ce dossier : la qualification industrielle d'un orbiteur de 7 tonnes ne se "réutilise" pas comme un module de RAM qu'on déplace d'une carte mère à l'autre. La propulsion électrique BepiColombo, oui, c'est de l'héritage transférable. Mais le bus, les panneaux solaires de 38 mètres, l'avionique, le système de capture de capsule de la taille d'un ballon de basket, tout ça a été dimensionné pour un profil de mission précis. Réutiliser, c'est redéfinir un cahier des charges, repasser des revues, requalifier. Pas gratuit, loin de là. L'ESA a tranché : autant garder la chaîne industrielle ouverte avec un objectif réduit, plutôt que tout jeter. Économie réelle ou affichage ? Sans le détail des montants engagés sur le contrat Airbus avant annulation (chiffre que je n'ai pas trouvé dans les sources publiques), impossible de trancher. Mais la logique est saine : qualifier de la propulsion électrique haute puissance coûte des années, l'Europe n'en a pas une infinité d'avance sur ce segment, et perdre tout ça reviendrait à recommencer un cycle complet pour la prochaine sonde interplanétaire. À surveiller pour 2027 : la prochaine ministérielle, la décision formelle sur ZefERO, et la communication d'Airbus Defence and Space sur le calendrier industriel à Stevenage. Pour les amateurs d'exploration spatiale européenne, c'est la séquence la plus structurante depuis l'annulation d'ExoMars 2022. À mettre en perspective avec [le programme Mars Sample Return côté américain](/mars-sample-return-annule-congres-us-echantillons-perseverance/), avec [la propulsion nucléaire électrique poussée par la NASA pour Mars 2028](/propulsion-nucleaire-electrique-nasa-mars-2028/), et avec [le retour en vol de Vega-C qui redonne un accès lanceur autonome à l'Europe](/vega-c-retour-vol-smile-acces-europeen-2026/). ## Pour qui ça compte ? L'industriel européen : Airbus Stevenage et TAS Turin gardent un plan de charge si la reconversion ZefERO se concrétise. Au minimum, ils évitent le démantèlement pur d'une chaîne propulsive haute valeur ajoutée. Le scientifique martien : oubliez les échantillons retournés avant les années 2040 si un nouveau programme émerge. Tubes Perseverance en stand-by sur Mars, fenêtre de transfert manquée, calendrier scientifique de la décennie à refaire. L'observateur du secteur : c'est un cas d'école de gestion de hardware déjà construit en fin de programme. La méthode ESA (recycler la propulsion, repenser la mission, repasser au vote) vaudra le coup d'œil si jamais ZefERO passe en mission confirmée. ## Sources - [European Spaceflight, ESA member states call for cancellation of Earth Return Orbiter](https://europeanspaceflight.com/esa-member-states-call-for-cancellation-of-earth-return-orbiter/) - [European Spaceflight, ESA to repurpose European Service Module and Earth Return Orbiter](https://europeanspaceflight.com/esa-to-repurpose-european-service-module-and-earth-return-orbiter/) - [European Spaceflight, ESA Mars Earth Return Orbiter passes key milestone](https://europeanspaceflight.com/esa-mars-earth-return-orbiter-passes-key-milestone/) - [European Spaceflight, Thales Alenia Space ships key component for Mars Sample Return mission](https://europeanspaceflight.com/thales-alenia-space-ships-key-component-for-mars-sample-return-mission/) - [European Spaceflight, Exploration and the UK emerge as the biggest losers of CM25](https://europeanspaceflight.com/exploration-and-the-uk-emerge-as-the-biggest-losers-of-cm25/) - [Airbus, Airbus to bring first Mars samples to Earth, ESA contract award](https://www.airbus.com/en/newsroom/press-releases/2020-10-airbus-to-bring-first-mars-samples-to-earth-esa-contract-award) - [SpaceNews, NASA Mars Sample Return budget and schedule unrealistic, IRB concludes](https://spacenews.com/nasa-mars-sample-return-budget-and-schedule-unrealistic-independent-review-concludes/) - [Wikipedia, NASA-ESA Mars Sample Return](https://en.wikipedia.org/wiki/NASA-ESA_Mars_Sample_Return) - [electricrocket.org, ERO hybrid propulsion architecture (IEPC 2019)](https://electricrocket.org/2019/927.pdf) --- ## CAS500-2 : Falcon 9 place 45 satellites en orbite le 3 mai - URL: https://www.portail-astronomie.fr/falcon-9-korea-eo-rideshare-2-mai-2026-44-satellites/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-05-15T06:00:00Z - Categories: exploration-spatiale 45 satellites en orbite en moins de deux heures. Falcon 9 a décollé du SLC-4E de Vandenberg le 3 mai 2026 à 07:00 UTC (donc dans la nuit du 2 au 3 mai côté France), avec à son bord le coréen CAS500-2 en charge primaire et 44 passagers secondaires. C'était la 54e mission SpaceX de l'année, on n'est qu'en mai. Le rythme est devenu banal au point qu'on ne le commente même plus, sauf quand le manifeste lui-même mérite qu'on s'arrête. Et celui-là le mérite. Pas seulement parce qu'il y a un satellite français dedans, BRO-21 d'Unseenlabs. Surtout parce que cette mission illustre, presque caricaturalement, ce qu'est devenu l'accès à l'orbite en 2026 : un fret-multimodal où une agence nationale paye sa place à côté d'une PME bretonne, d'un industriel italien, d'une start-up américaine et d'un opérateur de constellation. ## CAS500-2, le passager principal qui a failli ne jamais voler Le satellite principal s'appelle CAS500-2, pour Compact Advanced Satellite 500-2. Cinq cents kilos, plateforme développée par le KARI (Korea Aerospace Research Institute) et industrialisée depuis 2018 par KAI (Korea Aerospace Industries). Capteur AEISS-C : 0,5 m de résolution en panchromatique, 2 m en multispectral, fauchée supérieure à 12 km. Surveillance des catastrophes, agriculture, gestion de l'eau, cartographie. La fiche technique est cohérente avec ce que font les Pléiades françaises ou les WorldView américains, dans une gamme de prix très inférieure. Le détail intéressant, c'est le taux de coréanisation des composants : 98,6 %. Pour un pays qui a démarré son programme spatial autonome il y a quinze ans, c'est l'objectif politique qui transparaît. Industrialiser localement, ne plus dépendre des fournisseurs occidentaux ou russes pour les briques critiques. Sauf que pour le lancement, justement, la dépendance a viré au cauchemar. CAS500-2 devait décoller au second semestre 2022, sur un Soyouz russe affrété depuis Baïkonour. Invasion de l'Ukraine en février 2022, contrats Soyouz rompus, satellite coréen au placard. Trois ans et demi de retard. Et pendant ce temps, CAS500-3, sa petite sœur de la série, a décollé avant lui, le 26 novembre 2025, sur le lanceur coréen Nuri. C'est l'avantage d'avoir investi dans son propre lanceur national : on ne reste pas bloqué au sol pendant que la géopolitique se réorganise. L'orbite cible est héliosynchrone à environ 528 km, inclinaison 97,7°. Configuration intéressante : CAS500-2 est placé à 180° de CAS500-1 (lancé en mars 2021 depuis Baïkonour) sur la même orbite. Les deux satellites se font face, ce qui double mécaniquement la cadence de revisite sur les zones d'intérêt. Pour un système d'observation dédié à la gestion des catastrophes, c'est exactement ce qu'on cherche. Le programme prévoit cinq satellites au total. CAS500-4 emportera un capteur grand champ de 5 m, fauchée 120 km, pour les cultures et forêts. CAS500-5 portera un radar SAR en bande C, 10 m, fauchée 120 km, pour la ressource en eau. KASA, l'agence spatiale coréenne créée le 27 mai 2024, vise le top 5 mondial avec un investissement total de 100 000 milliards de wons (environ 72,6 milliards de dollars) d'ici 2045. Lune en 2032, Mars en 2045. Budget 2025 à 806 milliards de wons (environ 595 millions de dollars), soit +43 % sur 2024. Un pays qui finance, et qui paie comptant. ## Les 44 passagers : ce que dit le manifeste Le travail d'intégration des 44 charges secondaires a été assuré par Exolaunch, à sa 47e mission. Quarante-et-un satellites confiés à eux : 18 microsatellites, 21 cubesats, plus 2 ajouts tardifs au manifeste initial. Quinze pays représentés (Finlande, Pologne, Royaume-Uni, États-Unis, Taïwan, Singapour, Canada, Allemagne, France, Bulgarie, Corée du Sud, Grèce, Espagne, Italie, Lituanie). Le rideshare comme ONU orbitale. Côté français, **BRO-21** d'Unseenlabs. La PME rennaise opère sa constellation Breizh Reconnaissance Orbiter pour la surveillance du spectre radioélectrique maritime, c'est du SIGINT commercial. Détection des navires qui éteignent leur AIS, traçabilité des activités illégales en mer. Une niche que personne d'autre n'occupait sérieusement il y a six ans, et qui s'avère stratégique. Vingt-et-un satellites en orbite, c'est un vrai service, pas une démo. Sept HEO MicroSats construits par Argotec pour la **constellation IRIDE** italienne. Cette mission porte IRIDE à 15 satellites HEO et 31 satellites au total. L'Italie a mis plus d'un milliard d'euros sur la table, ASI plus ESA, pour se doter d'une capacité d'observation autonome dédiée à la sécurité civile et à la surveillance environnementale. C'est la réponse italienne au constat post-COVID qu'attendre les données Copernicus n'est pas suffisant pour la réactivité opérationnelle nationale. Six satellites pour **EarthDaily Analytics**, construits par Loft Orbital, sur une constellation cible de 20. Deux **Lynk Tower** (numéros 7 et 8), du direct-to-device : votre téléphone parle au satellite sans hardware spécifique. Trois **Pelican** de Planet Labs (numéros 7 à 9), haute résolution. Un **Jackal** de True Anomaly, véhicule orbital autonome. Et **GalaxEye Drishti**, premier satellite indien combinant radar SAR et imagerie multispectrale dans une seule plateforme. La densité technologique sur ce vol est anormale. CAS500-2 a été déployé environ 60 minutes après le décollage. Les 44 autres se sont libérés sur les 90 minutes suivantes. Trois quarts d'heure de chorégraphie orbitale qui exige un séquencement précis pour éviter les rapprochements dangereux entre satellites fraîchement séparés. ## Le booster, le tarif, et ce que tout ça raconte Le premier étage Falcon 9 portait le numéro B1071. Trente-troisième vol pour ce booster. Atterrissage nominal sur LZ-4 à Vandenberg. SpaceX continue d'amortir les châssis qu'on lui pensait jetables, et la barre des 33 vols est devenue routinière. On parle d'un cylindre en aluminium-lithium qui a vu 33 fois la pression dynamique max, 33 fois la séparation, 33 fois la rentrée. Aucune autre famille de lanceurs n'approche ces chiffres, et personne ne les approchera avant longtemps. Le tarif rideshare SpaceX vers SSO en février 2026 est public : 350 000 dollars pour 50 kg de base, puis 7 000 dollars par kg supplémentaire. C'est ce qui a rendu possible la prolifération de cubesats opérationnels. À ce prix, une PME peut envoyer un satellite. Une équipe universitaire aussi. La barrière économique d'accès à l'orbite a chuté d'un ordre de grandeur en dix ans, et le manifeste de cette mission en est la photographie. Pour mémoire, le record SpaceX rideshare reste Transporter-1 en janvier 2021 avec 143 charges utiles. Transporter-16 fin mars 2026 a embarqué 119 payloads, 21e mission Transporter. Cette CAS500-2 est plus petite en volume (45 versus 100+) mais plus diversifiée en sophistication par satellite. Les Transporter sont des bus, celui-là est un train de nuit Wagons-Lits. Bon, je vais être honnête : à force d'écrire sur ces lancements, on finit par oublier que chaque satellite est le résultat de cinq à dix ans de travail pour des dizaines d'ingénieurs. Le côté rideshare en mode supermarché grand format anesthésie le regard. CAS500-2 c'est trois ans et demi de purgatoire pour KARI, KAI et tout l'écosystème coréen. Pour BRO-21, c'est une PME bretonne qui ajoute une brique à sa constellation et tient sa promesse face à des clients gouvernementaux. Pour IRIDE, c'est un programme national de souveraineté en train de se déployer. Le rideshare est devenu si fluide qu'on en oublie ce que chaque payload représente individuellement. Reste un sujet qu'on évacue trop vite : les débris en orbite basse. Mettre 45 nouveaux objets sur SSO en deux heures, sans qu'aucune coordination internationale réelle ne pilote la densité orbitale, ça ne peut pas indéfiniment se passer sans incident. SpaceX nous vend du Mars alors qu'on n'a pas réglé le problème de la gestion durable de l'orbite basse. Question posée, je n'ai pas la réponse, mais la question mérite d'être posée à chaque vol. D'autres lancements à surveiller dans les prochains mois rappellent que l'écosystème d'observation depuis l'orbite ne se limite pas aux constellations commerciales : [NEO Surveyor décollera en 2027 sur Falcon Heavy](/neo-surveyor-telescope-infrarouge-spacex-2027-asteroides) pour cartographier les astéroïdes géocroiseurs en infrarouge, [Tianwen 2 partira en mai 2026 vers Kamooalewa](/tianwen-2-kamooalewa-quasi-satellite-terre-chine-2026) pour ramener un échantillon de quasi-satellite terrestre, et [le démonstrateur européen Celeste-LEO](/celeste-leo-pnt-navigation-europeenne-premier-vol) prépare une infrastructure PNT autonome qui dépendra elle aussi de cette même cadence rideshare. Tout le monde compte sur SpaceX pour monter, et ça fait beaucoup d'œufs dans un seul panier californien. ## Sources - https://spaceflightnow.com/2026/05/02/live-coverage-spacex-to-launch-south-korean-earth-observation-satellite-44-more-payloads-on-overnight-falcon-9-rideshare-mission/ - https://www.eoportal.org/satellite-missions/cas500 - https://www.exolaunch.com/mission_47 - https://universemagazine.com/en/long-delayed-disaster-monitoring-satellite-is-finally-in-orbit/ - https://www.satellitetoday.com/launch/2026/05/03/lynk-earthdaily-true-anomaly-launch-satellites-on-weekend-spacex-rideshare-mission/ - https://4aspace.fr/l-actualite-des-satellites/falcon-9-avec-la-mission-cas500-2-a-place-45-satellites-sur-orbite/ - https://newspaceeconomy.ca/2026/02/27/spacex-rideshare-pricing-as-of-february-2026-what-it-costs-whats-included-and-how-buyers-budget-a-mission/ - https://spacewatch.global/2024/05/south-korea-establishes-national-space-agency-kasa/ - https://www.space.com/space-exploration/launches-spacecraft/spacex-falcon-9-launch-cas500-2-mission-45-satellites --- ## JWST et TWA 7 b : l'exoplanète la plus légère détectée - URL: https://www.portail-astronomie.fr/jwst-twa-7-imagerie-directe-exoplanete-coronagraphe-france-disque-debris/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-05-14T06:00:00 - Categories: ciel-profond 0,34 masse de Jupiter. C'est le chiffre publié dans _Nature_ le 25 juin 2025 par l'équipe d'Anne-Marie Lagrange. TWA 7 b devient, selon ce papier (DOI : 10.1038/s41586-025-09150-4), l'exoplanète la moins massive jamais photographiée en lumière propre. Et la première détectée par imagerie directe avec le JWST. Avant d'aller plus loin : l'observation date du 21 juin 2024. La publication a suivi un an plus tard. On commente donc en mai 2026 un résultat scientifique vieux d'un an, mais qui n'a rien perdu de sa portée. ## Le problème technique que le 4QPM résout Photographier une exoplanète directement, c'est un exercice absurde sur le papier. L'étoile hôte est des millions à des milliards de fois plus brillante que la planète. Pointer un télescope dessus et espérer voir la planète à côté, c'est comme essayer de distinguer une bougie posée à dix mètres d'un phare de stade. Le coronagraphe existe pour masquer l'étoile. Mais les designs classiques (masque de Lyot) laissent passer assez de lumière parasite pour noyer les cibles faibles. Le masque à quatre quadrants en phase, le 4QPM, change la donne. Il divise le plan focal en quatre secteurs déphasés de 180°, ce qui provoque une interférence destructive sur la lumière de l'étoile centrale. Résultat : l'étoile disparaît presque entièrement du champ, et ce qui était invisible à côté devient mesurable. Ce design vient du LESIA, l'Observatoire de Paris. Daniel Rouan, Pierre Baudoz et Anthony Boccaletti l'ont inventé. Il vole pour la première fois dans l'espace intégré dans MIRI, le Mid-Infrared Instrument du JWST, dont le CNES est maître d'ouvrage côté français, avec le CEA/Saclay pour le développement principal, le LAM d'Aix-Marseille pour les tests mécaniques, et l'IAS d'Orsay. Une contribution française de bout en bout, ce qui n'arrive pas si souvent sur un instrument NASA/ESA de cette envergure. L'observation de TWA 7 b a utilisé le 4QPM à 11 microns. C'est l'infrarouge moyen, là où une planète froide de 320 K (environ 47°C) émet encore suffisamment pour être détectable. ## TWA 7 b : les chiffres bruts L'étoile hôte, TWA 7, est une naine rouge de type M3.2, à 110,8 années-lumière dans l'association TW Hydrae. Elle n'a que 6,4 millions d'années (±1 million), ce qui en fait un système très jeune, encore en cours de formation. Sa masse est de 0,46 masse solaire. La planète orbite à 52 unités astronomiques de son étoile. Pour donner un ordre d'idée, c'est à peu près la distance Soleil-Pluton, à quelques unités près. Elle est mesurée à 0,34 masse de Jupiter, avec une incertitude de ±0,06. Soit environ 108 masses terrestres, soit à peu près une masse de Saturne. Ce qui fait le record : avant cette détection, l'exoplanète imagée en direct la moins massive était 51 Eridani b, détectée en 2015 par le Gemini Planet Imager avec une masse d'environ 2 masses Jupiter. TWA 7 b est nettement plus légère, les deux valeurs n'étant pas directement comparables avec un facteur x10 comme certaines sources le suggèrent (le ratio 2/0,34 donne plutôt 6, mais les barres d'erreur et les méthodes de mesure diffèrent selon les études, donc je reste sur « nettement plus légère » plutôt que sur un chiffre précis). Pour le contexte : HR 8799 b/c/d/e, détectées en 2008, sont dans les 6-7 masses Jupiter. Beta Pictoris b, aussi 2008, tourne autour de 9 masses Jupiter. L'imagerie directe a longtemps été réservée aux géantes gazeuses massives. TWA 7 b ouvre un nouveau registre de masse. C'est aussi la première exoplanète détectée par imagerie directe avec le JWST lui-même, ce qui en fait un jalon instrumental autant que scientifique. MIRI n'avait pas encore produit de découverte planétaire confirmée par ce biais. Le [JWST a déjà livré des résultats spectaculaires sur d'autres systèmes exoplanétaires](/trappist-1-climat-jwst-avril-2026-differences-temperature-atmosphere-exoplanete), notamment sur les atmosphères de TRAPPIST-1, mais l'imagerie directe d'une planète sub-jovienne est un autre niveau de défi instrumental. ## Le disque de débris et ce qu'il raconte TWA 7 n'est pas une étoile isolée. Elle est entourée d'un disque de débris structuré en trois anneaux distincts, à 28, 52 et 93-97 unités astronomiques. La planète est positionnée précisément au niveau du deuxième anneau, à 52 ua. Ce n'est pas un hasard : les résonances gravitationnelles d'une planète sur une orbite creusent et sculptent les disques. La position de TWA 7 b cohérente avec la structure du disque renforce la validité de la détection. Le disque présente aussi une spirale et une concentration elliptique à environ 150 ua². Ces structures non circulaires sont difficiles à expliquer sans perturber gravitationnel. On retrouve ici le même type de raisonnement qui avait conduit à prédire Pluton puis d'autres objets transneptuniens : quelque chose de massif quelque part force le disque à s'organiser autrement qu'un anneau lisse. La détection de monoxyde de carbone (CO) par ALMA dans ce disque, probablement généré par des exocomètes, s'inscrit dans ce tableau d'un système actif, jeune, encore en train de se configurer. C'est exactement le type de système où l'imagerie directe prend tout son sens : les planètes sont encore chaudes de leur formation, elles rayonnent en infrarouge, et les disques autour donnent des indices structuraux sur ce qui se passe. Les [disques protoplanétaires et de débris sont au cœur de notre compréhension de la formation planétaire](/disques-protoplanetaires-naissance-systemes-solaires) : TWA 7 est un cas d'école avec ses trois anneaux bien distincts. ## Ce que ça change pour la méthode Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Epsilon Indi Ab : Webb détecte des nuages de glace d'eau](/epsilon-indi-ab-jwst-miri-nuages-glace-eau-avril-2026). Le résultat de Lagrange et al. n'est pas seulement une découverte planétaire. C'est une validation de méthode. Le 4QPM de MIRI peut détecter des planètes sub-joviennes dans des disques de débris, à 11 microns, sur un télescope spatial. La limite inférieure de détection recule. Les implications futures visent des objets d'environ 10 masses terrestres, des super-Terres. Sur le papier, c'est prometteur. En pratique, ça prendra du temps : les conditions sont très spécifiques (étoile jeune, planète encore chaude de sa formation, disque de débris pour guider la recherche), et chaque observation JWST coûte du temps télescope précieux. Mais la démonstration est faite que le 4QPM tient ses promesses en conditions réelles. Sur la limite précise à 10 masses terrestres, je suis moins certain : c'est une perspective mentionnée dans les implications, pas un chiffre mesuré. Ce sera à confirmer sur des cibles futures. Le travail de l'équipe française sur ce coronagraphe vaut d'être replacé dans un contexte plus large : la détection d'exoplanètes en imagerie directe a longtemps été dominée par des instruments américains et chiliens (GPI sur Gemini, SPHERE sur le VLT). Avec MIRI, un design français vole sur le plus grand télescope spatial jamais construit et livre la première exoplanète JWST en imagerie directe. C'est une position qui mérite d'être notée, sans en faire plus que ce que les chiffres disent. D'autres approches de coronagraphie optique progressent en parallèle, notamment avec des [masques vortex pour la détection d'exoterres](/masques-vortex-optique-detection-exoterres) depuis le sol : la compétition instrumentale entre différents designs est loin d'être terminée. ## Mon verdict Le résultat est solide. La combinaison étoile jeune + disque de débris structuré + position planète cohérente avec les anneaux + détection instrumentale à 11 µm avec le 4QPM : tout se tient. Le papier dans _Nature_ avec Anne-Marie Lagrange en premier auteur, c'est une garantie de rigueur sur la méthode. Pour qui suit de près l'instrumentation spatiale, MIRI avec son 4QPM français fait ce pour quoi il a été construit. Le JWST continue d'élargir ses capacités de détection exoplanétaire au-delà de la spectroscopie des atmosphères. Et TWA 7 b s'inscrit dans une série de découvertes qui élargissent le champ de ce qui est détectable en imagerie directe, un domaine où [l'identification de planètes à la frontière naine brune/planète géante](/29-cygni-b-jwst-frontiere-planete-naine-brune-avril-2026) reste un défi instrumental ouvert. ## Sources - https://science.nasa.gov/missions/webb/likely-saturn-mass-planet-imaged-by-nasa-webb-is-lightest-ever-seen/ - https://www.cnrs.fr/en/press/james-webb-space-telescope-discovers-its-first-exoplanet - https://www.nature.com/articles/s41586-025-09150-4 - https://exoplanetarchive.ipac.caltech.edu/overview/TWA%207 - https://iopscience.iop.org/article/10.3847/1538-4357/ac03b9 - https://arxiv.org/html/2506.19932v1 - https://lesia.obspm.fr/MIRI-sur-le-telescope-spatial-JWST.html - https://cnes.fr/projets/miri/en-details - https://www.sci.news/astronomy/webb-saturn-mass-exoplanet-candidate-young-star-twa-7-14020.html --- ## FlyEye : l'ESA place son chasseur d'astéroïdes en Sicile - URL: https://www.portail-astronomie.fr/flyeye-esa-accord-sicile-geocroiseurs-2026/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-05-13T06:00:00 - Categories: exploration-spatiale 44 degrés carrés de champ. Plus de 200 fois la pleine Lune captée d'un seul coup. C'est la fiche technique annoncée du télescope FlyEye de l'ESA, et c'est la donnée qui justifie à elle seule le détour de l'instrument vers la Sicile. Le 10 avril 2026, l'ESA et la Fondation Gal Hassin ont signé l'accord qui scelle le déploiement de FlyEye au Mont Mufara, à 1 865 m d'altitude, sur les Madonie siciliennes. Pas une inauguration, pas une mise en service : le contrat opérationnel qui débloque le transport de l'instrument depuis Matera vers son site final, et la préparation de la coupole. La phase opérationnelle est annoncée "dans les prochains mois". Sur le calendrier ESA, c'est la dernière marche avant la chasse industrielle aux géocroiseurs. ## Ce qu'on chasse, et pourquoi un télescope dédié Rappel rapide. Un géocroiseur (NEO) est un astéroïde dont l'orbite croise celle de la Terre. La menace réelle pour le sol n'est pas le tueur de dinosaures ; c'est l'objet de 30 à 150 m, capable de raser une ville sans crier gare. Tunguska 1908, c'est ~50 m. Tcheliabinsk 2013, ~20 m. À ces tailles, les surveys actuels (Pan-STARRS, Catalina, ATLAS) en ratent encore beaucoup, parce qu'ils balaient le ciel par étroite bande. FlyEye change le format de balayage. Cible minimale annoncée : ~40 m de diamètre. La détection vise le préavis utile, pas le catalogue exhaustif. ## L'œil de mouche, en specs Le nom n'est pas marketing. L'optique imite l'œil composé d'un insecte : un seul collecteur primaire éclate la lumière vers 16 capteurs indépendants. | Élément | Spec | | ---------------- | ---------------------------------------------------- | | Miroir primaire | 1 m monolithique | | Séparateur | Pyramide hexadécagonale (16 facettes) | | Optique | 16 miroirs secondaires + 16 lentilles asphériques | | Capteurs | 16 CCD e2v Teledyne astronomical grade | | QE pic / bruit | plus de 95 % / moins de 2 e⁻ RMS, refroidis à -45 °C | | Plage spectrale | 0,47 à 0,78 μm (visible) | | Champ de vue | 44 à 45 deg² (plus de 200 fois la pleine Lune) | | Pixel scale | 1,5 arcsec/pixel | | Pose unitaire | 40 secondes | | Magnitude limite | 21 à 21,5 | | Couverture nuit | 2/3 du ciel visible, ~3 passages par nuit | Le point qui mérite qu'on s'arrête : la pyramide hexadécagonale. C'est ce qui transforme un miroir primaire d'1 m, banal sur le papier, en un système cadenceur de survey. Au lieu d'un capteur unique géant (et coûteux) collé derrière le foyer, l'ESA répartit la charge sur 16 CCD de taille raisonnable. Le coût composant baisse, la lecture parallèle accélère le pipeline, et le champ effectif explose. ## Benchmark en main : FlyEye face aux concurrents Le champ de vue d'un survey, c'est la métrique qui décide combien de ciel passe sous les yeux par nuit. À profondeur comparable, plus le FOV est large, moins on rate les objets rapides. | Télescope | Miroir | Champ de vue | Magnitude limite | | ---------------- | ------- | ------------ | -------------------- | | Catalina (1,5 m) | 1,5 m | 5 deg² | ~21,5 | | Pan-STARRS PS1 | 1,8 m | 7 deg² | ~21,5 (single visit) | | Vera Rubin LSST | 8,4 m | 9,6 deg² | ~24,5 (single visit) | | ZTF | 1,2 m | 47 deg² | ~20,5 | | **FlyEye** | **1 m** | **44 deg²** | **~21 à 21,5** | Mon verdict : FlyEye joue dans la cour de ZTF côté champ, mais grimpe d'un cran en magnitude limite. Pan-STARRS lui rend 6× moins de ciel par image, et Catalina 9× moins. Vera Rubin reste hors catégorie en profondeur (le miroir 8,4 m ne se rattrape pas), mais avec un FOV de 9,6 deg² et une cadence dédiée à la cosmologie, le LSST n'est pas un instrument de défense planétaire au sens strict. FlyEye, oui. C'est sa fonction unique. Le rapport coût/surface couverte est le vrai argument du design ESA. Avec 1 m de miroir et 16 CCD, on bat 7× le FOV d'un Pan-STARRS qui embarque un miroir presque deux fois plus grand. Le pari technique : la pyramide hexadécagonale tient ses tolérances optiques en production. La first light de mai 2025 à Matera a tranché la question, l'œil de mouche fonctionne. ## Pourquoi le Mont Mufara Le choix du site n'est pas un détail. À 1 865 m sur les Madonie, le Mufara cumule un ciel sombre, un faible taux de pollution lumineuse, et un nombre élevé de nuits claires : c'est le site jugé le plus favorable d'Italie pour un survey grand champ. Le Centre Gal Hassin opère déjà sur place le Wide-field Mufara Telescope (WFMT), qui fournira la confirmation rapide des candidats détectés par FlyEye. Synergie locale, pas un vœu pieux. L'ESA travaille la première pierre du chantier site depuis septembre 2024. La signature d'avril 2026 verrouille la phase d'exploitation. Reste le transport depuis Matera, l'intégration sous coupole, et la mise en route. Les "prochains mois" ESA, dans le langage maison, signifient typiquement entre 6 et 18 mois. Premier light en Sicile probable courant 2026 H2 ou début 2027. ## La validation se passe à Matera L'instrument n'est pas resté au stade prototype. La first light a eu lieu les 20-21 mai 2025 au Centre de Géodésie Spatiale ASI, près de Matera, en Basilicate. Premier astéroïde imagé : (139289) 2001 KR1, un NEO connu. Deux jours après, l'équipe a suivi 2025 KQ, fraîchement découvert, et publié les positions à l'ESA NEOCC pour validation. C'est exactement le mode d'emploi du télescope en routine : détecte, suit, transmet au NEOCC, qui confirme et alerte. Cette campagne de Matera répond à la question critique que tout ingénieur se pose face à une optique aussi exotique : est-ce que les 16 voies optiques produisent une astrométrie cohérente sur l'ensemble du champ ? Réponse : oui. Le pipeline tient. ## Le réseau visé : jusqu'à 4 FlyEye L'unité Mufara n'est qu'un nœud. L'ESA vise un réseau de 4 télescopes FlyEye à terme, répartis entre les hémisphères nord et sud. Avec 4 unités synchronisées, on couvre l'intégralité du ciel observable par nuit, on multiplie les passages, et surtout on supprime les zones aveugles longitudinales que subit aujourd'hui un Pan-STARRS coincé à Hawaï. C'est la structure que l'ESA présente comme la colonne vertébrale européenne de la défense planétaire à l'horizon 2030. Le second site n'est pas annoncé. La cible logique pour l'hémisphère sud : Chili, Australie ou Afrique du Sud. Patience. ## Là où FlyEye s'inscrit dans l'écosystème NEO FlyEye, c'est la détection grand champ depuis le sol. Avant qu'il pleuve sur cette histoire de défense planétaire, on connaît trois étages complémentaires : la chasse au sol par survey, la chasse infrarouge depuis l'espace, et l'étude in situ. Sur le premier étage, [Vera Rubin a délivré sa première lumière en avril 2026](/vera-rubin-observatory-premiere-lumiere-avril-2026-lsst-32-gigapixels) avec une profondeur que personne d'autre n'égale. Sur le second, [NEO Surveyor décolle en 2027 sur SpaceX](/neo-surveyor-telescope-infrarouge-spacex-2027-asteroides) et chassera les objets sombres invisibles depuis le sol. Sur le troisième, [Apophis 2029 et la course Ramses-OSIRIS-APEX](/apophis-2029-approche-historique-ramses-osiris-apex-missions) testeront ce qu'on est capable d'observer pendant un survol rapproché historique. FlyEye ne remplace personne. Il bouche un trou : le survey grand champ européen, indépendant, opéré sous contrôle ESA. Avant 2025, ce maillon n'existait tout simplement pas côté Europe. ## Verdict Mon verdict : la signature du 10 avril 2026 n'est pas l'inauguration que certains titres annoncent, mais c'est l'événement administratif qui rend l'inauguration inévitable. Le télescope a déjà prouvé qu'il marche à Matera. Le site est validé depuis 2024. Le contrat de gestion locale est signé. Reste à le mettre en boîte, à l'expédier sur les Madonie, et à le rallumer. Le pari technique du design hexadécagonal a tenu. Le pari stratégique, lui, se mesurera dans les premiers astéroïdes inconnus que FlyEye découvrira tout seul, sans rien devoir à Pan-STARRS ni à Catalina. C'est la métrique qui comptera quand on tirera le bilan dans deux ans. ## Sources - ESA, ESA's new asteroid hunter opens its eye to the sky, juin 2025. - ESA, Flyeye: ESA's bug-eyed asteroid hunters, page programme. - arxiv 2407.09140v1, FlyEye Ground-Based Telescope: Unveiling New Frontiers, 2024. - Wikipedia, NEOSTEL. - MadoniePress, Accord ESA et Gal Hassin signé, 10 avril 2026. - OHB Italia, The FlyEye telescope sets out on its groundbreaking mission. --- ## Psyché : flyby de Mars le 15 mai 2026, cap sur l'astéroïde - URL: https://www.portail-astronomie.fr/psyche-mission-mars-flyby-15-mai-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-05-12T06:00:00 - Categories: exploration-spatiale Vendredi 15 mai 2026, la sonde Psyché de la NASA passe à 4 500 km de la surface de Mars. Pas un atterrissage, pas une mise en orbite. Un frôlement calculé au kilomètre près pour voler de la vitesse à la planète rouge et filer vers sa vraie cible : l'astéroïde métallique 16 Psyché, à atteindre en 2029. En clair : Mars sert de fronde gravitationnelle. La sonde repart plus vite qu'elle n'est arrivée, sans brûler une goutte de carburant supplémentaire. ## La manœuvre en chiffres Les données publiées par le JPL : - Altitude au plus près : **4 500 km** (la fourchette de sécurité prévisionnelle tournait entre 3 000 et 4 400 km). - Vitesse relative à Mars au passage : **19 848 km/h** (12 333 mph). - Vitesse héliocentrique avant flyby : environ **45 600 mph**. - Vitesse héliocentrique après flyby : environ **52 200 mph**. Le gain net : à peu près 6 600 mph de vitesse solaire, gratuitement. C'est tout l'intérêt d'un gravity assist. La planète "tire" la sonde dans son sillage orbital, et la sonde repart avec une fraction de l'énergie cinétique de Mars sur sa trajectoire héliocentrique. Mars, elle, perd une quantité parfaitement négligeable de vitesse orbitale. Personne ne s'en plaindra. ## Pourquoi Mars et pas une trajectoire directe Question légitime. La réponse tient en deux mots : delta-v et propulsion ionique. Psyché embarque des moteurs Hall à effet (xénon), efficaces mais à très faible poussée. Pour atteindre l'orbite de l'astéroïde 16 Psyché, situé dans la ceinture principale entre Mars et Jupiter, la sonde doit grimper en énergie pendant des années. Un gravity assist martien évite de cramer plusieurs centaines de kilos de xénon supplémentaires et raccourcit le voyage. Lancée le 13 octobre 2023, la sonde arrivera en orbite de capture autour de 16 Psyché fin juillet 2029, mission scientifique principale à partir d'août 2029. Sans Mars, le calendrier glissait de plusieurs années. Le détour, c'est le chemin le plus rapide. ## Ce que la sonde fait pendant le flyby La NASA ne se contente pas de profiter de la fronde. L'équipe profite du passage pour calibrer l'imageur multispectral MSI sur une cible connue : - Calibration **radiométrique** sur la surface martienne. - Calibration **flatfield** (uniformité du capteur). - Recherche de petits satellites de Mars autres que Phobos et Deimos. - Plusieurs milliers d'observations photométriques. Une image pré-flyby a déjà été publiée : **PIA26750**, prise le 3 mai 2026 à 4,8 millions de kilomètres de Mars, filtre panchromatique, 2 ms d'exposition. Mars y apparaît comme un point pâteux. Rien de spectaculaire visuellement, mais le but est métrologique, pas esthétique. La calibration sur Mars vaudra de l'or quand l'imageur scrutera 16 Psyché en 2029. La réalité du terrain : un flyby planétaire reste l'un des rares moments où on peut tester une chaîne d'instruments sur une cible bien caractérisée avant la phase critique. Le JPL ne laisse jamais passer ça. ## 16 Psyché, la vraie raison de tout ce voyage Rappel rapide pour ceux qui n'ont pas suivi depuis 2023. **16 Psyché** est un astéroïde de la ceinture principale d'environ 220 km de diamètre, dont la composition serait dominée par les métaux (fer, nickel). Hypothèse de travail : il pourrait s'agir du noyau exposé d'une petite planète primitive disloquée lors d'une collision il y a plus de 4 milliards d'années. Si l'hypothèse tient, c'est la première fois qu'on observe in situ un objet qui ressemble à un noyau planétaire. Pas de croûte, pas de manteau. Juste le cœur. Aucune mission n'a jamais exploré ce type de corps. Ce que la sonde mesurera à partir d'août 2029 : - Champ magnétique résiduel (signature d'un ancien noyau actif). - Spectre gravitationnel pour cartographier la masse interne. - Composition de surface (multispectral et gamma/neutron). - Topographie haute résolution. Les questions ouvertes : 16 Psyché est-il vraiment métallique à 90 % comme certains modèles le suggèrent, ou plutôt un mélange métal-silicate plus banal ? Les estimations radar terrestres divergent. La sonde tranchera. ## Calendrier de la phase Mars | Date | Événement | | ------------- | ---------------------------------------------- | | 3 mai 2026 | Image PIA26750 à 4,8 M km | | 15 mai 2026 | Flyby à 4 500 km, vitesse relative 19 848 km/h | | Mai-juin 2026 | Analyse données calibration MSI | | Juillet 2029 | Capture gravitationnelle par 16 Psyché | | Août 2029 | Début mission scientifique principale | L'heure UTC exacte du passage au plus près n'a pas été communiquée dans les supports presse JPL au moment où j'écris. Si vous suivez l'événement en direct, le NASA Eyes on the Solar System affichera la trajectoire en temps réel. ## Ce que ça dit du programme NEO et de l'exploration profonde Verdict pragmatique : Psyché s'inscrit dans la continuité de Dawn (Vesta, Cérès) et anticipe les prochaines générations de missions vers la ceinture principale. La propulsion ionique combinée aux gravity assists devient la norme pour ce type de cible. SLS et lanceurs lourds chimiques restent réservés aux missions habitées et aux grosses sondes externes. Pour le grand public, le flyby de Mars passera quasi inaperçu. Pas d'images grand spectacle, pas de descente vers le sol. Mais sans cette manœuvre, pas de Psyché en orbite en 2029. C'est un de ces moments invisibles qui décident du succès d'une mission lancée trois ans plus tôt. Pour aller plus loin sur les missions actives ou imminentes, voir [Hera et Didymos en inspection post-DART en 2026](/hera-didymos-inspection-post-impact-dart-2026), [Apophis et la course Ramses-OSIRIS-APEX pour 2029](/apophis-2029-approche-historique-ramses-osiris-apex-missions), et [le splashdown record d'Artemis II le 11 avril 2026](/artemis-ii-splashdown-11-avril-2026-record-apollo-13-252756-miles). Sur la chasse aux géocroiseurs, [NEO Surveyor décolle en 2027](/neo-surveyor-telescope-infrarouge-spacex-2027-asteroides) et [les découvertes d'astéroïdes proches en 2026](/asteroides-proches-terre-2026-decouverte-rapide-observation) restent à surveiller. Côté retour d'échantillons, [Mars Sample Return s'est pris un mur au Congrès](/mars-sample-return-annule-congres-us-echantillons-perseverance). ## Sources - NASA JPL, dossier presse mission Psyché, mai 2026. - NASA Images, identifiant PIA26750 (image pré-flyby du 3 mai 2026). - NASA Eyes on the Solar System, trajectoire Psyché temps réel. - Arizona State University, page mission Psyché (PI Lindy Elkins-Tanton). --- ## Astéroïdes géocroiseurs 2026 : observer en amateur - URL: https://www.portail-astronomie.fr/asteroides-proches-terre-2026-decouverte-rapide-observation/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-05-11T06:00:00 - Categories: observation Je suis derrière mon écran à éplucher les flux CNEOS, et un constat s'impose : les surveys automatiques découvrent désormais une trentaine de nouveaux géocroiseurs par semaine. Le compteur officiel dépasse les 39 000 NEO connus. La traque amateur d'astéroïdes a changé de visage en cinq ans. En clair : la fenêtre courte de 48 à 72 heures avant un passage proche est devenue routinière côté détection, mais elle reste un mur côté observation amateur. Et c'est là que la plupart des guides en ligne mentent par omission. ## Le terrain réel, chiffres en main 867 astéroïdes de plus de 1 km sont catalogués. C'est plus de 90 % du total estimé pour cette taille. La menace civilisationnelle est largement cartographiée. Les vraies inconnues se situent désormais dans la classe des 50 à 150 mètres, capables d'effacer une métropole sans déclencher d'extinction. 2024 a marqué un tournant : 4 astéroïdes ont été découverts avant impact, contre 1 ou 2 les années précédentes. Le pipeline ATLAS, Catalina, Pan-STARRS et bientôt NEO Surveyor pousse la cadence. Trois cas concrets pour calibrer votre intuition : - 2026 EG1 : repéré le 8 mars 2026, passé à 317 791 km le 12 mars. 4 jours d'avance, 10 à 22 mètres, environ 34 600 km/h. Détectable. Mais magnitude trop basse pour un setup standard, j'y reviens. - 2025 TF : a frôlé l'Antarctique à 400 km le 1er octobre 2025. Détecté **après** le passage. 1 à 3 mètres, invisible aux surveys avant impact rasant. - 2024 BX1 : trouvé 3 heures avant d'impacter Berlin. 0,4 mètre. 8e impact prédit de l'histoire de l'humanité. Le système marche, mais sur des cailloux. ## Pourquoi votre setup amateur ne suit pas (souvent) Voici la vérité que les blogs vulgarisateurs évacuent : la majorité des objets détectés moins de 4 jours avant passage affichent une magnitude supérieure à 17. Un Newton 20 cm avec CCD froide les attrape au seeing correct. Un 10 ou 15 cm avec un APN couleur, oubliez. La pollution lumineuse achève le reste. Le matériel utile commence à 20 ou 25 cm de diamètre, équipé d'une caméra CCD ou CMOS refroidie. Pose courte, empilage, traitement. La vitesse angulaire d'un NEO varie entre 1 et 18 arcsecondes par minute selon sa distance : un astéroïde rapide laisse une trace nette en 30 secondes de pose, un lointain demande du suivi sidéral propre et des poses cumulées. La vraie fenêtre intéressante pour l'amateur, c'est la classe des 50 à 100 mètres détectés une à deux semaines avant le passage. Magnitude 12 à 13. Accessible à des télescopes plus modestes. Moins fréquent, mais quand ça tombe, c'est jouable. ## Le workflow concret pour traquer un NEO Voici comment je procède quand un objet intéressant pointe sur le radar : 1. **Surveiller CNEOS** (cneos.jpl.nasa.gov) tous les jours. La page "Close Approaches" liste les passages prochains avec distance lunaire, taille estimée et magnitude visuelle. C'est la source de vérité. 2. Croiser avec le Minor Planet Center : MPC Ephemeris Service donne la position prédite à la minute, pour vos coordonnées exactes. Pas d'à-peu-près. 3. Charger Cartes du Ciel ou Stellarium : les deux logiciels intègrent désormais le flux MPC + JPL Horizons. Vous voyez la trajectoire apparente sur le ciel local, en temps réel. 4. Vérifier la magnitude : sous 17, abandonnez si vous êtes sous 25 cm. Sous 14, essayez. Sous 12, foncez. 5. Préparer le suivi : monture équatoriale alignée à la polaire, autoguidage actif, caméra refroidie à -10 °C minimum. Pose unitaire 15 à 30 secondes selon la vitesse angulaire. 6. **Empiler en mode tracking astéroïde** (decalage cumulatif sur le NEO, pas sur les étoiles). TheSkyLive complète bien le panel, surtout pour les comètes proches souvent confondues avec des géocroiseurs. Les amateurs qui trouvent encore des objets le font sur des survey chunks ratés par les machines. Voir [Astronomes amateurs : ils devancent encore les surveys auto](/astronomes-amateurs-decouverte-contribuent-science-2026/). ## NEO Surveyor : ce qui va vraiment changer Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Parallaxe stellaire : mesurer la distance des étoiles](/parallaxe-stellaire-mesurer-distance-etoiles-proches). Lancement prévu **no earlier than septembre 2027**. Orbite L1, télescope infrarouge dédié. Sa mission : voir les astéroïdes sombres et ceux cachés dans l'éblouissement solaire, angle mort majeur des surveys au sol. C'est cet angle mort qui a laissé 2025 TF passer. L'effet attendu sur le terrain : doublement à triplement du taux de détection des objets >140 m d'ici 2030, et probablement la fin de la majorité des "passages surprises" sub-100 m. Pour les amateurs, ça signifie plus d'alertes, mais aussi plus de magnitudes trop basses pour le matériel moyen. La barrière technique va se durcir, pas s'assouplir. Détails dans [NEO Surveyor : le télescope IR des astéroïdes sombres](/neo-surveyor-telescope-infrarouge-spacex-2027-asteroides/). ## La défense planétaire, où en est-on vraiment DART a prouvé en 2022 qu'on peut dévier un astéroïde. Hera vérifie le résultat sur Dimorphos depuis 2026. Mais déviation efficace nécessite des années de préavis, parfois une décennie. Pour un caillou de 50 mètres détecté 4 jours avant impact : pas de mission possible. Évacuation, point. C'est pour ça que la surveillance amateur garde une utilité réelle. Pas pour découvrir l'objet apocalyptique, les surveys s'en chargent. Pour confirmer rapidement les trajectoires des candidats à risque. Pour suivre les passages où chaque astrométrie supplémentaire affine l'orbite. Le MPC accepte les soumissions amateur sérieuses, après accréditation. C'est de la science citoyenne réelle, pas du folklore. ## Ce que je ferais à votre place Si vous démarrez : abonnez-vous au flux CNEOS, installez Stellarium avec plugin MPC, et observez d'abord les astéroïdes lumineux non-géocroiseurs (Vesta, Cérès, Pallas). Calibrez votre setup et votre patience. Vesta à l'opposition le 13 octobre 2026 à magnitude 6,3 reste la prochaine cible accessible. Si vous avez déjà un 20 cm + CCD : visez les NEO classe 50-100 m annoncés à magnitude 13 ou plus. Dépêchez-vous, les fenêtres durent rarement plus de deux nuits utiles. Si vous chassez la magnitude 17 avec un 25 cm en ciel pollué : oubliez. C'est mathématique, pas une question de motivation. Déplacez-vous en Bortle 3 ou achetez de l'ouverture. L'astronomie amateur des géocroiseurs n'est pas un loisir contemplatif, c'est une discipline d'horloger. Précision sur la monture, précision sur le timing, précision sur les éphémérides. Le ciel ne pardonne pas l'à-peu-près. ## Sources - NASA CNEOS, Close Approaches Database (cneos.jpl.nasa.gov), consulté mai 2026 - Minor Planet Center, MPC Ephemeris Service, IAU - NASA, NEO Surveyor mission overview, mars 2026 - ESA Planetary Defence Office, NEO statistics 2026 --- ## Vesta à l'opposition : 13 octobre 2026, magnitude 6.5 - URL: https://www.portail-astronomie.fr/vesta-opposition-octobre-2026-observation-asteroide-jumelles/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-05-07T06:00:00.000Z - Categories: observation Magnitude 6.5. C'est la valeur annoncée pour Vesta lors de son opposition du 13 octobre 2026, à 09:34 UTC, dans la constellation de Cetus. Pour comparaison : la limite œil nu sous ciel sombre tourne autour de magnitude 6.0. Vesta sera donc à la frontière, juste sous le seuil. Les specs disent "visible aux jumelles", la réalité dit autre chose si vous habitez en zone urbaine. On va regarder les chiffres en face. Cet article anticipe l'événement de cinq mois. C'est volontaire : préparer le matériel, vérifier les éphémérides, repérer le ciel à l'avance, ça change tout le jour J. Si vous attendez la veille pour sortir vos jumelles du placard, vous raterez l'opposition. Vesta n'attend personne. ## Les chiffres bruts de l'opposition Voici la fiche technique de l'événement, à garder sous la main : | Paramètre | Valeur | | -------------------- | -------------------------- | | Date opposition | 13 octobre 2026, 09:34 UTC | | Magnitude au pic | 6.5 | | Constellation | Cetus | | Distance Terre-Vesta | 1.483 AU | | Diamètre Vesta | 525.4 km | | Albédo géométrique | 0.423 | | Période orbitale | 3.63 ans | | Période synodique | environ 529 jours | Source : in-the-sky.org, Wikipedia (4 Vesta), NASA mission Dawn. Une opposition, en mécanique céleste, c'est l'instant où la Terre se trouve exactement entre le Soleil et l'objet observé. L'astéroïde est alors à sa distance minimale de l'année et donc à son éclat maximal. Pour Vesta, ces oppositions reviennent tous les 529 jours environ, soit un peu plus de 17 mois. La précédente datait du 2 mai 2025 ; la suivante après celle d'octobre 2026 tombera début 2028. Notez la différence avec l'opposition de 2025 : en mai 2025, Vesta affichait magnitude 5.7 dans la constellation de la Balance, à 1.182 AU de la Terre. En octobre 2026, on est à 1.483 AU, donc plus loin. D'où la magnitude moins flatteuse : 6.5 contre 5.7. C'est la mécanique orbitale qui décide, pas la chance. ## Pourquoi Vesta intéresse les observateurs amateurs Vesta est l'astéroïde le plus brillant généralement visible depuis la Terre. Découvert le 29 mars 1807 par Heinrich Olbers, c'est le deuxième plus gros corps de la ceinture principale après Cérès. Son albédo géométrique de 0.423 explique sa luminosité : il réfléchit plus de 40 % de la lumière reçue, là où la majorité des astéroïdes apparaissent bien plus sombres. Surface brillante, basaltique, héritage d'une croûte différenciée. La mission NASA Dawn a opéré autour de Vesta de juillet 2011 à septembre 2012 avant de filer vers Cérès. Elle a confirmé une structure interne stratifiée : noyau fer-nickel d'environ 225 km de diamètre, manteau d'olivine, croûte basaltique. À peu près 6 % des météorites tombées sur Terre proviennent de Vesta, éjectées par d'anciens impacts. Vous touchez peut-être un fragment de Vesta dans certains musées sans le savoir. Le cratère Rheasilvia, photographié par Dawn, fait environ 500 km de large pour 19 km de profondeur. Un pic central de 19 à 26 km de haut trône en son centre. C'est l'un des plus grands cratères du Système solaire en proportion du corps qu'il marque. Sur ces sujets connexes, voir aussi notre article sur [les contributions des astronomes amateurs à la science en 2026](/astronomes-amateurs-decouverte-contribuent-science-2026) et celui sur l'approche historique d'Apophis en 2029. ## Quel matériel pour magnitude 6.5 Benchmark en main : à magnitude 6.5, les jumelles 7x50 ou 10x50 sont l'outil idéal. Voici les profils typiques. **Jumelles 7x50** : grossissement modéré, large champ. Parfait pour repérer Vesta parmi les étoiles de Cetus. Verdict : c'est le rapport qualité-prix imbattable pour ce genre d'observation. **Jumelles 10x50** : un peu plus de grossissement, champ resserré. À privilégier si vous avez la main stable ou un trépied. **Lunette ou télescope amateur** : overkill pour repérer Vesta, mais utile si vous voulez la suivre nuit après nuit pour visualiser son déplacement parmi les étoiles fixes. À magnitude 6.5, n'importe quel petit instrument la montre comme un simple point lumineux. Pas de disque visible, même au télescope amateur. Vesta reste un point d'étoile, son diamètre apparent étant très inférieur au pouvoir séparateur des instruments grand public. **Œil nu** : possible sous ciel exceptionnel (magnitude limite supérieure à 6.5), donc en pratique réservé aux vrais sites de montagne ou de campagne profonde. En ville, oubliez. Vesta sera noyée dans le fond lumineux. Mon verdict : si vous n'avez rien, partez sur une paire de 7x50 d'occasion. Vous l'utiliserez pendant des années. Pas besoin d'un télescope haut de gamme pour cette opposition. ## Préparer l'observation depuis la France Cetus, la Baleine, est une grande constellation équatoriale du ciel d'automne. Les coordonnées de Vesta au 13 octobre 2026 : ascension droite 01h30m00s, déclinaison 3°21' sud (source : in-the-sky.org). Depuis la France métropolitaine, l'astéroïde sera visible relativement bas sur l'horizon sud, l'opposition d'octobre 2026 étant moins favorable pour l'hémisphère nord que celle de mai 2025 (la donnée de référence in-the-sky.org est calculée pour Fremont, Californie, latitude 37,5°N ; depuis la France à 46°N, l'altitude est inférieure d'environ 8 à 9°). Privilégiez donc un horizon sud parfaitement dégagé. Évitez les sites avec collines ou immeubles côté sud. À l'opposition, l'astéroïde se lève au coucher du Soleil et se couche au lever, donc Vesta sera visible toute la nuit. Le meilleur moment reste le passage au méridien, en milieu de nuit. Surveillez la phase lunaire : une Lune brillante en pleine phase noierait Vesta dans la lueur diffuse. Consultez un éphéméride lunaire pour la nuit choisie et privilégiez une fenêtre sans Lune au-dessus de l'horizon. ## Étoiles repères dans Cetus Cetus est une constellation étendue mais peu peuplée d'étoiles brillantes. Sans logiciel ni carte, vous risquez de chercher longtemps. La méthode efficace passe par un planétarium logiciel, qui vous donnera la position exacte de Vesta pour la nuit prévue. Imprimez une carte du ciel pour la nuit du 13 octobre 2026. Stellarium (gratuit, open-source) ou SkySafari font le travail. Réglez le logiciel sur votre lieu d'observation, demandez l'affichage des astéroïdes, zoomez sur Cetus. Vesta apparaît comme un point étiqueté. Comparez avec ce que vous voyez dans vos jumelles : l'astéroïde se déplace lentement de jour en jour, c'est le seul "point" qui bouge parmi les étoiles fixes de Cetus. Astuce de terrain : observez Vesta deux ou trois nuits de suite et marquez sa position sur un croquis ou une photo. Le déplacement par rapport aux étoiles devient évident en 24 à 48 heures. Vous tenez la preuve directe que ce petit point est un corps du Système solaire. ## Comparaison avec d'autres événements 2026 Cette opposition s'inscrit dans une série de rendez-vous célestes intéressants pour 2026. Voir notamment [l'éclipse solaire totale du 12 août 2026 en Europe](/eclipse-solaire-totale-12-aout-2026-europe-guide-observation), [la conjonction Lune-Vénus en juin 2026](/conjonction-lune-venus-juin-2026-observation-soir) et les Delta Aquariides et Alpha Capricornides de juillet 2026. Vesta n'a pas le spectaculaire d'une éclipse ou d'une pluie d'étoiles filantes. C'est un objet discret, qui demande un effort de repérage. La récompense est ailleurs : voir, depuis son jardin, un caillou de 525 km de diamètre situé à plus de 220 millions de kilomètres, et se dire qu'on regarde la même surface qu'une sonde de la NASA a survolée à basse altitude. ## Verdict Vesta à l'opposition d'octobre 2026 : magnitude 6.5, jumelles suffisent, ciel rural recommandé. C'est un événement de niche, pas un spectacle grand public. Mais pour qui veut faire une observation un peu différente, c'est l'occasion idéale d'apprendre à repérer un astéroïde et de suivre son déplacement. **Pour qui ?** - Débutant motivé : oui, si vous acceptez de préparer la soirée avec une carte et des jumelles. Pas trop ambitieux comme cible. - Astronome amateur confirmé : à coupler avec une astrophoto en pose courte pour matérialiser le déplacement. - Observateur urbain pur : passez votre tour, la pollution lumineuse vous bouchera la vue. - Photographe ciel profond : intéressant pour un timelapse "Vesta vs étoiles fixes" sur plusieurs nuits. Préparez votre matériel maintenant. Le 13 octobre 2026, c'est dans cinq mois et un jour. Le temps de tester vos jumelles, de repérer Cetus, et de bloquer la nuit dans l'agenda. ## Sources > Image : [Capturing the Surface of Asteroid Vesta (PIA14894)](https://images.nasa.gov/details/PIA14894), Credit : NASA/JPL-Caltech/UCLA/MPS/DLR/IDA, domaine public - [in-the-sky.org, Vesta opposition 13 oct 2026](https://in-the-sky.org/news.php?id=2026_14_A4_100) - [NASA Dawn mission, Vesta](https://science.nasa.gov/mission/dawn/science/vesta/) - [The Planetary Society, What did Dawn learn at Vesta](https://www.planetary.org/articles/10091306-what-did-dawn-learn-at-vesta) - [Wikipedia, 4 Vesta](https://en.wikipedia.org/wiki/4_Vesta) - [BBC Sky at Night, Asteroid Vesta April and May 2025](https://www.skyatnightmagazine.com/advice/asteroid-vesta-april-and-may-2025) - [Space.com, Asteroid Vesta brightest opposition 2025](https://www.space.com/stargazing/asteroid-vesta-is-at-its-brightest-this-week-heres-how-to-find-it-in-the-night-sky) --- ## Blue Origin MK1 : test chambre vide JSC, enjeux HLS - URL: https://www.portail-astronomie.fr/blue-origin-mk1-endurance-chambre-vide-nasa-hls-mai-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-05-06T06:00:00Z - Categories: exploration-spatiale Blue Origin a sorti son atterrisseur lunaire de la plus grande chambre à vide thermique du monde. Le Blue Moon Mark 1, surnommé Endurance, est intact. Et pourtant, ça ne suffit pas. L'annonce est tombée le 4 mai 2026, côté NASA. Le MK1 a passé plusieurs semaines dans la Thermal Vacuum Chamber A du Johnson Space Center à Houston. Pour situer : 16,8 mètres de diamètre, 27,4 mètres de haut, capable de descendre à 11 Kelvin et un millionième de torr. C'est la chambre où Apollo a été qualifié. C'est aussi la chambre où le télescope James Webb avait passé sa propre revue thermique. Aujourd'hui, c'est le tour d'un atterrisseur privé. Le problème : pendant que Blue Origin valide son hardware, son lanceur est cloué au sol et le calendrier Artemis se décale d'année en année. Alors, Blue Origin rattrape son retard ou continue de le creuser ? ## Le test technique : ce que valide vraiment la chambre A Soyons précis sur ce qui a été fait. Le MK1 n'a pas volé, n'a pas atterri, n'a même pas allumé son moteur. Il a été placé dans une enceinte sous vide, refroidie aux températures lunaires, et a subi des cycles thermiques pour vérifier que sa structure et ses systèmes électroniques tiennent le choc. Rien de plus. Rien de moins. C'est précisément ce que les ingénieurs appellent un test environnemental. La chambre simule l'absence d'atmosphère et les écarts de température entre face éclairée et face à l'ombre, qui sont brutaux sur la Lune. Pour un véhicule de 8,05 mètres de haut et 3,08 mètres de diamètre, qui doit poser 3 000 kg de cargo dans un rayon de 100 mètres au pôle sud lunaire, c'est un passage obligé. La précision visée tient au site cible : la région du cratère Shackleton, près du pôle sud, là où on cherche la glace d'eau. L'accord juridique mérite d'être noté. Ce n'est pas un contrat NASA classique, c'est un Reimbursable Space Act Agreement. Blue Origin paie l'utilisation de la chambre, la NASA encaisse. Le MK1 est arrivé à JSC début février 2026. Trois mois sur place, sortie en mai. C'est rapide pour ce type de qualification. Petite digression d'ingénieur curieux : la Chamber A est tellement spécialisée qu'on l'utilise à peine quelques fois par décennie. Apollo, Webb, MK1. La liste est courte. Quand un atterrisseur privé y rentre, c'est qu'on est sur du sérieux, pas du prototype. ## Le moteur BE-7 et le payload : ce qui distingue MK1 des concurrents Le moteur BE-7 développe 44 kN au maximum et peut descendre à 8,9 kN en poussée minimum. Couple LH2/LOX (hydrogène liquide / oxygène liquide). Pour un atterrisseur, la modulation de poussée compte autant que la poussée maximale : il faut pouvoir freiner finement à l'approche du sol. Le BE-7 coche cette case sur le papier. Reste à le valider en vol, ce qui n'est pas encore fait. Côté charge utile, MK1 embarquera SCALPSS, un instrument NASA à 6,1 millions de dollars : quatre caméras haute résolution qui filmeront le panache de gaz qui frappe le sol pendant l'alunissage. Données précieuses pour calibrer les futurs sites lunaires. C'est aussi le genre d'instrument qui transforme une démonstration commerciale en mission scientifique, ce qui rassure les comités d'approbation. La masse au décollage avoisine les 21 350 kg, plein. Petit objet, à l'échelle des choses spatiales. Le contrat HLS de Blue Origin pèse 3,4 milliards de dollars en firm-fixed price, signé le 19 mai 2023. L'investissement total, en comptant la part propre de la société, monte autour de 7 milliards de dollars. Bezos paie une bonne partie de la note, ce qui change la dynamique politique : Blue Origin n'est pas otage du Congrès comme peut l'être Boeing. ## Le hic : New Glenn cloué au sol et Artemis qui glisse Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Boeing Starliner mai 2026 : le long chemin du retour](/boeing-starliner-mai-2026-programme-crise-bilan). Maintenant, la mauvaise nouvelle. Le 20 avril 2026, la FAA a immobilisé New Glenn après une anomalie sur l'étage supérieur du vol BlueBird 7. La fenêtre de lancement annoncée par Blue Origin pour MK1 est NET (no earlier than) Q3 2026, soit fin septembre au plus tôt. Sous réserve de l'enquête FAA. Je vois mal comment Blue Origin tient cette date sans précipitation. Le calendrier Artemis a été redessiné en parallèle. Artemis III, prévu initialement comme premier alunissage habité, est devenu un test d'amarrage en orbite terrestre, sans descente lunaire. Date : pas avant fin 2027. Le premier vrai alunissage humain est repoussé à Artemis IV, courant 2028. Blue Origin n'est pas la cause directe de ce glissement, c'est le Starship HLS de SpaceX qui n'a pas démontré le transfert de propergol en orbite, opération initialement prévue mi-2025 et toujours pas réalisée à mars 2026 selon le NASA Safety Panel. Sauf que. Quand un programme glisse de deux ans, la NASA cherche des plans B. Fin octobre 2025, l'ex-administrateur Sean Duffy a évoqué publiquement la possibilité de rouvrir Artemis III à la concurrence. Comprendre : virer Starship et donner sa chance à Blue Origin. Spaceflight Now a couvert l'info en détail. Pour approfondir le contexte Artemis II, voir notre article sur [Artemis II : 4 astronautes autour de la Lune](/artemis-ii-lancement-imminent-equipage-lune-2026) et le [splashdown record du 11 avril 2026](/artemis-ii-splashdown-11-avril-2026-record-apollo-13-252756-miles). Un rebid Artemis III donnerait à MK1 une mission de premier plan, mais MK1 n'est pas conçu pour ça. C'est un cargo, pas un véhicule habité. La version habitée, c'est MK2 : 16 mètres de haut, plus de 45 000 kg, équipage de 4 astronautes, séjour de 30 jours, livraison prévue 2030. L'équipe nationale (Lockheed Martin, Boeing, Draper, Astrobotic, Honeybee Robotics) bosse dessus. Mais 2030, c'est loin. ## Mon verdict : Blue Origin a pris l'avance qu'on n'attendait pas Reprenons les deux thèses du débat. Thèse 1, Blue Origin comble son retard. Test thermique passé, BE-7 connu, contrat NASA solide, financement Bezos. Si la FAA libère New Glenn d'ici septembre et que MK1 atterrit dans les mois qui suivent, l'entreprise aura validé un atterrisseur lunaire avant que Starship ne réussisse son transfert de propergol. Inversion historique du rapport de force. Thèse 2, Blue Origin reste à la traîne. Le test thermique ne prouve rien sur le moteur en vol, le moteur en vol ne prouve rien sur l'alunissage, et l'alunissage cargo ne prouve rien sur la version habitée MK2 qui arrive en 2030. SpaceX a Starship, Falcon 9, Dragon, et un retour d'expérience de centaines de vols. Blue Origin a deux vols New Glenn et un atterrisseur jamais volé. Je tranche pour la thèse 1, à une condition. Si New Glenn redécolle avant fin 2026 et si MK1 atterrit (même cargo, même sans humain) avant fin 2027, Blue Origin devient le plan B crédible pour Artemis IV en 2028. La NASA n'a pas le luxe d'attendre Starship en pariant tout sur lui. Sur ce point, j'hésite encore : la FAA peut prendre 6 mois comme 18 mois pour clôturer son enquête. Ce délai-là va décider du jeu. Pour le contexte sur les enjeux de propulsion du programme Artemis, voir [ISRU lunaire : He-3 faux Graal, H2 le vrai enjeu](/nasa-isru-lune-hydrogene-helium-3-extraction-mai-2026). L'autre angle, qu'on oublie souvent : Bezos a les poches profondes. Boeing, Lockheed et SpaceX dépendent du Congrès et des commandes publiques. Blue Origin, non. Si la NASA tarde à payer, Bezos avance les fonds. Si Starship explose en démo, Blue Origin a deux ans pour combler. Cette indépendance financière est probablement le plus gros atout, plus que le BE-7 ou la chambre A. Reste un détail. La chambre A, à JSC, fait partie des installations construites pour Apollo. Soixante ans plus tard, on s'en sert pour qualifier l'engin qui doit ramener des humains sur la Lune. La continuité est presque touchante, et elle dit quelque chose : la NASA n'a pas réinventé l'infrastructure d'essai depuis Saturn V. On fait avec ce qu'on a, et on fait du bon boulot. ## Sources - NASA, "Blue Origin Moon Lander Completes Testing at NASA Vacuum Chamber", 4 mai 2026 : https://www.nasa.gov/missions/artemis/blue-origin-moon-lander-completes-testing-at-nasa-vacuum-chamber/ - NASA JSC, Thermal Vacuum Chamber A facility specifications : https://www.nasa.gov/setmo/facilities/thermal-vacuum-chamber-a/ - SatNews, FAA grounds New Glenn after BlueBird 7 anomaly, 30 avril 2026 : https://satnews.com/2026/04/30/ - Spaceflight Now, "Duffy floats Artemis III rebid", 28 octobre 2025 : https://spaceflightnow.com/2025/10/28/ - Wikipedia, Blue Moon (spacecraft) : MK1 dimensions et masse --- ## ISRU lunaire : He-3 faux Graal, H2 le vrai enjeu - URL: https://www.portail-astronomie.fr/nasa-isru-lune-hydrogene-helium-3-extraction-mai-2026/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-05-06T06:00:00Z - Categories: systeme-solaire Quatre parties par milliard. C'est la concentration moyenne d'hélium-3 dans le régolite lunaire (10 ppb dans les meilleures zones, selon Polytechnique Insights). Pour récupérer un seul gramme, il faut traiter plus de 150 tonnes de poussière. Et la NASA vient quand même de signer un chèque à Interlune pour aller le chercher. Je suis tombé sur le contrat hier matin entre deux benchmarks. SBIR Phase III, 6,9 millions de dollars, dix-huit mois de développement (NASA, communiqué via PR Newswire). En parallèle, le Department of Energy a passé commande de trois litres d'hélium-3 lunaire à Interlune, livraison avant avril 2029. Trois litres. À l'échelle d'une piscine de régolite traitée pour les obtenir. ## Pourquoi l'hélium-3 fait rêver les ingénieurs depuis trente ans L'histoire commence dans les années 1980. Les missions Apollo rapportent des échantillons de régolite, et les analyses montrent une concentration anormale d'un isotope rare sur Terre : l'hélium-3. Le vent solaire bombarde la Lune depuis quatre milliards d'années sans atmosphère pour le filtrer. Résultat : les premiers mètres de poussière en sont saturés, à doses homéopathiques. Sur ce sujet, l'article [Cratères de la Lune et glace d'eau cachée](/crateres-lune-glace-eau-cachee) couvre la cartographie des pôles. L'argument vendeur : la fusion deutérium-hélium-3. Réaction propre, sans neutrons rapides, donc sans activation des structures du réacteur. Le rêve d'une énergie sans déchet. Sauf que la fusion D-He3 n'a jamais atteint le break-even en laboratoire. Une étude publiée dans Joule en 2021 qualifie son apparition commerciale d'« unlikely to appear this century ». Traduction directe : pas avant 2100, et encore. Florian Vidal, chercheur à l'Université Arctique de Norvège, qualifie la contribution potentielle de l'hélium-3 à la mix énergétique mondial de « marginale ». Il a fait le calcul : couvrir 10 % de la demande énergétique mondiale en 2040 exigerait de traiter 630 tonnes de régolite par seconde, dans une hypothèse optimiste à 20 ppb (Polytechnique Insights). Six cent trente tonnes. Par seconde. Sur la Lune. ## Le contrat NASA-Interlune décodé Reprenons les faits froids. Interlune touche 6,9 millions de dollars pour développer une chaîne ISRU (in-situ resource utilization) capable d'extraire l'hélium-3 du régolite lunaire. Phase III du programme SBIR, ce qui veut dire que la techno a déjà passé deux étapes de validation. Lancement annoncé en 2028, opérations commerciales début des années 2030. Le DOE achète trois litres pour une livraison avant avril 2029. Interlune annonce environ 500 millions de dollars de commandes fermes (chiffre autoproclamé, non audité). Faut le prendre avec des pincettes : c'est la boîte qui le dit, pas un commissaire aux comptes. Sur le sujet de la chambre vide testée par Blue Origin pour les modules HLS, voir [Blue Origin Mk1 Endurance et chambre à vide NASA](/blue-origin-mk1-endurance-chambre-vide-nasa-hls-mai-2026). Je sais pas trop comment la NASA a arbitré ce financement. Soit ils croient au pari long terme, soit ils achètent une option stratégique au cas où la fusion décollerait, soit le contrat sert à valider des technos d'extraction qui auront des retombées sur d'autres ressources. La troisième hypothèse me paraît la plus crédible. ## Le vrai trésor lunaire ne s'appelle pas hélium-3 En 2009, la mission LCROSS percute volontairement le cratère Cabeus au pôle sud lunaire. Le panache éjecté contient 5,6 % ± 2,9 % d'eau en masse, soit environ 155 kilogrammes pour le seul impact (NASA). Les estimations actuelles placent les réserves d'eau glacée des pôles entre 100 millions et 1 milliard de tonnes (fourchette large, à qualifier prudemment). Cette eau, électrolysée, donne de l'hydrogène et de l'oxygène. Les chiffres : une tonne d'eau produit 890 kg d'O2 et 110 kg d'H2 (New Space Tracker). Et l'hydrogène liquide brûlé avec de l'oxygène liquide donne une impulsion spécifique d'environ 450 secondes sur les moteurs cryogéniques modernes. C'est le carburant le plus efficace qu'on sache fabriquer. L'arithmétique est brutale. Un kilo d'eau ramené depuis la Terre coûte des dizaines de milliers de dollars en lancement. Le même kilo extrait sur place, électrolysé en hydrogène, transforme la Lune en station-service. Tout le programme Artemis, toute mission martienne, toute architecture lunaire à long terme repose sur cette équation. En mars 2025, Intuitive Machines pose IM-2 / PRIME-1 au pôle sud. Premier forage lunaire de l'histoire. Le lander se renverse, mais l'instrument TRIDENT teste l'extraction pendant une vingtaine de minutes (NASA). MSOLO, le spectromètre de masse embarqué, démontre la capacité d'analyse in-situ. La mission VIPER, reschedulée chez Blue Origin en septembre 2025 pour un lancement en 2027, ira cartographier la glace à grande échelle. Voilà où va l'argent sérieux. Pas dans l'hélium-3, dans l'eau. ## L'hélium-3 terrestre et l'arnaque silencieuse Il y a une raison pour laquelle l'hélium-3 fait du bruit en ce moment, et elle n'a rien à voir avec la fusion. Sur Terre, l'hélium-3 provient de la désintégration du tritium stocké dans les arsenaux nucléaires. Les États-Unis ont réduit leur stock d'armes depuis la fin de la guerre froide, donc moins de tritium en décomposition, donc pénurie d'hélium-3 depuis 2010 environ. Les usages réels : détecteurs de neutrons pour la sécurité aux frontières, cryogénie ultra-basse température en recherche, IRM hyperpolarisée pour l'imagerie pulmonaire. Marchés de niche, demande inélastique, prix qui grimpent. C'est ce marché-là que Interlune cible en priorité, pas la fusion. Et c'est là que le pitch devient cohérent. Si l'hélium-3 lunaire alimente la cryogénie et la sécurité, le business case tient. Si on le vend en racontant que ça va sauver l'humanité avec la fusion D-He3, on raconte des bobards. La NASA achète sans doute le premier scénario, mais le marketing public surfe sur le second. ## Verdict d'ingénieur L'ISRU lunaire est non négociable. Sans extraction d'eau, pas de présence humaine durable au-delà des sprints Artemis. La techno d'Interlune sur l'hélium-3 a un intérêt réel pour les marchés terrestres de niche, et les compétences acquises en extraction de gaz piégé dans le régolite serviront aussi à l'eau, à l'oxygène, aux volatils en général. Mais quand on me parle d'énergie de fusion lunaire pour 2040, je décroche. Les chiffres ne tiennent pas. 4 ppb, 150 tonnes par gramme, fusion D-He3 jamais démontrée, et un consensus scientifique qui repousse l'horizon au siècle prochain. Le vrai pari à suivre dans les dix ans, c'est la chaîne forage-électrolyse-stockage cryogénique. Tout le reste, c'est de la com pour lever des fonds. Sur le calendrier des missions habitées, voir [Artemis II : splashdown du 11 avril 2026](/artemis-ii-splashdown-11-avril-2026-record-apollo-13-252756-miles). Trois litres pour avril 2029. On en reparlera quand le DOE prendra livraison. ## Sources - https://www.prnewswire.com/news-releases/interlune-awarded-6-9-million-contract-from-nasa-for-lunar-resource-development-302761420.html - https://www.interlune.space/press-release/u-s-department-of-energy-buys-helium-3-from-u-s-space-resources-company-interlune-in-historic-agreement - https://www.polytechnique-insights.com/en/braincamps/space/extraterrestrial-mining/helium-3-from-the-lunar-surface-for-nuclear-fusion/ - https://science.nasa.gov/mission/lcross/ - https://www.nasa.gov/news-release/nasa-receives-some-data-before-intuitive-machines-ends-lunar-mission/ - https://www.nasa.gov/technology/nasa-fosters-development-of-lunar-resource-seeking-technologies/ --- ## Boeing Starliner mai 2026 : le long chemin du retour - URL: https://www.portail-astronomie.fr/boeing-starliner-mai-2026-programme-crise-bilan/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-05-05T06:00:00Z - Categories: exploration-spatiale Au 1er mai 2026, il n'existe aucun vol habité Starliner programmé. Aucune date de lancement ferme, même pour la version cargo. La mission qui devait être Starliner-1, premier vol opérationnel avec quatre astronautes, s'appelle toujours Starliner-1, mais elle volera vide. Statut officiel chez les agrégateurs de lancements : TBD. À traduire par "on ne sait pas". Boeing avait signé en 2014 un contrat NASA de 4,2 milliards de dollars pour livrer un véhicule habité capable de relever SpaceX au taxi orbital. Onze ans plus tard, le constructeur a brûlé plus de 2 milliards au-dessus de ce contrat à prix fixe, dont 523 millions sur la seule année 2024. Et la NASA vient d'amputer le carnet de commandes de six à quatre missions obligatoires. C'est le bilan, en chiffres bruts, d'un des programmes les plus difficiles de la décennie spatiale américaine. ## Le rapport qui change la conversation Le 19 février 2026, l'administrateur de la NASA Jared Isaacman a signé un document de 547 pages classant le Crew Flight Test (CFT) en Type A mishap. Pour comprendre ce que ça veut dire : c'est la catégorie de défaillance la plus grave dans la nomenclature interne. La même que Challenger en 1986 et Columbia en 2003. Sauf qu'ici, personne n'est mort. Mais la NASA a estimé qu'on n'en était pas passé loin. Le rapport contient 61 recommandations formelles à implémenter avant le prochain vol habité. Il identifie le climat interne Boeing comme "ugly environment" : ingénieurs sécurité dont on coupait le micro pendant les briefings. Il reclassifie aussi rétroactivement OFT-2, jusque-là présenté comme un succès partiel honorable, en échec partiel. Trois missions Starliner, trois ratés à des degrés divers. Le score n'est pas glorieux. Détail qui va plaire à ceux qui aiment l'ironie institutionnelle : Isaacman a été nommé administrateur NASA par l'administration Trump, et il est par ailleurs proche de SpaceX et de Musk, qu'il a financés via deux missions privées Crew Dragon. C'est lui qui signe le rapport accablant contre le concurrent direct de SpaceX. Je ne vais pas en faire un complot, mais le contexte mérite d'être rappelé. Dans la foulée, Ken Bowersox, associate administrator pour les opérations spatiales, a pris sa retraite. Coïncidence ou pas, je n'ai pas la réponse. ## Le CFT, ce qu'il s'est vraiment passé Rappel pour ceux qui auraient suivi de loin. Butch Wilmore et Suni Williams décollent le 5 juin 2024 pour ce qui doit être un séjour de 8 à 14 jours sur l'ISS. À l'approche de la station, cinq des huit propulseurs RCS arrière tombent en panne. Cause technique identifiée par le rapport : vaporisation du tétraoxyde d'azote (l'oxydant) dans les "doghouses" qui logent les propulseurs, combinée à la déformation d'un joint Teflon qui finit par étrangler le débit. À cela s'ajoute la formation d'acide carbazique qui corrode l'acier inoxydable et génère des particules dans une valve. Cocktail technique qui fait perdre le contrôle d'attitude à six degrés de liberté. Wilmore et Williams parviennent à s'amarrer en mode dégradé. Le 24 août 2024, la NASA décide qu'il est trop risqué de leur faire faire le retour à bord du Starliner. Le véhicule rentre vide. Les deux astronautes restent à bord. Initialement prévus pour deux semaines, ils passeront 93 jours à l'ISS avant un transfert vers la mission SpaceX Crew-9, et ne reviendront sur Terre que le 18 mars 2025, à bord d'une capsule Dragon, splash down au large de Tallahassee. Neuf mois loin de chez eux pour ce qui devait être moins de quinze jours. C'est le genre de tuile dont un programme commercial ne se relève pas en six mois. Il n'a pas commencé à s'en relever en seize. ## Le pivot cargo de Starliner-1 Le 24 novembre 2025, NASA et Boeing ont annoncé une refonte du contrat. Le definitive order tombe de six à quatre missions habitées obligatoires, avec deux en option. Surtout, la mission Starliner-1, qui devait être le premier vol opérationnel avec un équipage de quatre (Scott Tingle commander, Mike Fincke, Kimiya Yui de la JAXA, Joshua Kutryk de l'ASC), devient une mission cargo sans équipage. Les quatre astronautes ont été recasés sur SpaceX. Tingle prend la tête du Astronaut Office. Fincke et Yui passent sur Crew-11. Kutryk file sur Crew-13. Sur le papier, c'est une réorganisation logique. Dans les faits, c'est un aveu : la NASA refuse pour l'instant de remettre des humains à bord d'un Starliner. Et tant que les 61 recommandations ne sont pas implémentées et que le système de propulsion n'est pas requalifié, ça ne bougera pas. Date prévue pour Starliner-1 ? Initialement NET avril 2026 quand l'annonce de pivot est sortie. Désormais TBD chez Space Devs. Le glissement continue. Si tout se passe bien et après cette mission cargo, Boeing pourra enchaîner jusqu'à trois rotations crewed vers l'ISS d'ici 2030. Trois. Sur la durée de vie résiduelle d'une station qui doit être désorbitée à la fin de la décennie. Le ratio investissement-retour devient tendu. ## SpaceX continue de tourner pendant que Boeing patauge Sur un sujet proche, découvrez notre article : [ISS : désorbitation au Point Nemo, la NASA rebat les cartes](/iss-desorbitation-2031-point-nemo-stations-privees). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Crew-13 SpaceX ISS : équipage et calendrier septembre 2026](/crew-13-spacex-iss-septembre-2026-falcon-9-dragon). Pendant que tout ça se joue, SpaceX a accumulé 12 missions habitées NASA depuis le premier vol opérationnel Crew-1 en novembre 2020. 18 vols habités au total en comptant les missions privées. 68 personnes transportées. Le premier vol habité Demo-2 remonte au 30 mai 2020, il y a presque six ans jour pour jour au moment où j'écris ces lignes. Pendant ce temps, Boeing en est à zéro vol opérationnel et un CFT classé Type A mishap. L'objectif initial du Commercial Crew Program tient en deux mots : dissimilar redundancy. Avoir deux véhicules de conception différente, pour qu'un grounding sur l'un ne paralyse pas l'accès américain à l'ISS. SpaceX a tenu sa part. Boeing devait être le filet de sécurité. À ce stade, c'est un filet qu'il ne faut pas déplier sous peine de le voir craquer. Comparaison qui pique côté coût : en 2019, NASA estimait le siège Starliner à 90 millions de dollars contre 55 millions pour Dragon. Boeing était plus cher dès le départ, sur la promesse d'un véhicule plus mûr industriellement. La promesse n'a pas été tenue. Pour les missions à venir vers l'ISS, c'est SpaceX qui assure la rotation, comme depuis cinq ans. Si vous voulez un parallèle sur la difficulté de stabiliser un programme habité, [le programme Artemis II accumule lui aussi des dérapages calendaires](/artemis-ii-lancement-imminent-equipage-lune-2026/) et les délais s'enchaînent. ## La question politique qui fâche À quoi ressemble la suite ? Trois scénarios possibles. Premier scénario, optimiste : Boeing implémente les 61 recommandations, requalifie le système propulsion, fait voler Starliner-1 cargo en 2026 ou 2027 sans accroc, et reprend ses missions habitées vers la fin du contrat. Possible. Mais ça suppose que Boeing accepte d'engloutir encore plusieurs centaines de millions sur un contrat à prix fixe qui ne lui rapportera plus rien. Deuxième scénario, intermédiaire : Boeing remplit les missions cargo, fait peut-être un ou deux vols habités, et NASA active les options minimales. Le programme se finit en sourdine. Troisième scénario, brutal : Boeing acte qu'il a perdu plus de 2 milliards de dollars et que le retour sur investissement est nul. Le constructeur cède le programme ou le ferme. C'est techniquement envisageable, et certains analystes le murmurent depuis fin 2024. Lequel des trois va se réaliser, je n'ai pas de certitude. Boeing tient pour l'instant, mais sa division défense-espace est sous pression budgétaire constante. Ce que je crois, c'est que la doctrine "dissimilar redundancy" telle qu'elle a été pensée en 2014 ne tient plus. Pendant six ans, NASA a accepté l'idée qu'un seul fournisseur sur deux suffirait à transporter ses astronautes. Si Boeing finit par rentrer dans le rang, ce sera trop tard pour la station spatiale internationale qu'il devait desservir. Le futur des vols habités vers les stations commerciales du type Haven-1 ou Starlab se jouera sur d'autres véhicules. Vast Space prépare déjà Haven-1, première station commerciale prévue en 2027, et le marché se reconfigure sans attendre Boeing. Ailleurs à la NASA, les dossiers avancent : [Blue Origin teste son atterrisseur MK1 en chambre à vide pour le programme HLS](/blue-origin-mk1-endurance-chambre-vide-nasa-hls-mai-2026), et le [télescope Nancy Grace Roman](/nancy-grace-roman-telescope-assemblage-finalise-avril-2026) a fini son assemblage. ULA Atlas V N22 reste le lanceur attitré du Starliner, tiré depuis SLC-41 à Cape Canaveral. La rampe est prête. Le véhicule est presque prêt. Les équipes sont prêtes. Reste un détail : convaincre la NASA, après le rapport Type A mishap, que c'est le moment d'embarquer à nouveau quatre êtres humains à bord. Ce n'est pas le moment. ## Sources - [NASA, "NASA Releases Report on Starliner Crewed Flight Test Investigation"](https://www.nasa.gov/news-release/nasa-releases-report-on-starliner-crewed-flight-test-investigation/) - [NASA Commercial Crew Blog, "NASA, Boeing Modify Commercial Crew Contract"](https://www.nasa.gov/blogs/commercialcrew/2025/11/24/nasa-boeing-modify-commercial-crew-contract/) - [Spaceflight Now, "NASA, Boeing pivot Starliner-1 mission from 4-person astronaut flight to cargo-only"](https://spaceflightnow.com/2025/11/24/nasa-boeing-pivot-starliner-1-mission-from-4-person-astronaut-flight-to-cargo-only/) - [CNBC, "Boeing Starliner program losses total $2 billion"](https://www.cnbc.com/2025/02/04/boeing-starliner-crew-spacecraft-losses-total-2-billion.html) - [CNBC, "Boeing Starliner astronauts Wilmore and Williams return via SpaceX"](https://www.cnbc.com/2025/03/18/boeing-starliner-astronauts-butch-wilmore-suni-williams-returning-spacex-iss.html) - [NASA, rapport CFT (PDF avec rédactions)](https://www.nasa.gov/wp-content/uploads/2026/02/nasa-report-with-redactions-021926.pdf) - [NPR, "NASA Starliner Boeing mishap Isaacman"](https://www.npr.org/2026/02/19/nx-s1-5719870/nasa-starliner-boeing-mishap-isaacman) - [Wikipedia EN, Boeing Starliner-1](https://en.wikipedia.org/wiki/Boeing_Starliner-1) - [Wikipedia EN, Boeing Starliner](https://en.wikipedia.org/wiki/Boeing_Starliner) - [Wikipedia EN, Boeing Crew Flight Test](https://en.wikipedia.org/wiki/Boeing_Crew_Flight_Test) - [The Planetary Society, "Why NASA pays SpaceX and Boeing"](https://www.planetary.org/articles/why-nasa-pays-spacex-and-boeing) --- ## Eta Aquarides 2026 : la Lune gâche le pic du 6 mai - URL: https://www.portail-astronomie.fr/eta-aquarides-mai-2026-lune-gibbeuse-observation-difficile/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-05-04T06:00:00Z - Categories: observation ZHR nominal 50 météores/heure. Taux réel attendu en 2026 : moins de 10/h, toutes latitudes confondues. La Lune gibbeuse à 84 % d'illumination, cinq jours seulement après la pleine Lune du 1er mai, va laver le ciel pendant tout le pic des Eta Aquarides. L'American Meteor Society est claire : "a waning gibbous moon will severely affect this shower, reducing hourly rates to less than 10". Sur le papier, c'est séduisant : pluie issue des débris de 1P/Halley, vitesse d'entrée 65,4 km/s, trains persistants nombreux. En pratique, l'édition 2026 sera médiocre depuis l'hémisphère nord. Mon verdict : passez votre tour si vous habitez la France et que le ciel n'est pas Bortle 3 ou mieux. Pour les autres, il reste une fenêtre étroite à exploiter, et c'est tout. ## Le pic, les chiffres, et ce que la Lune en fait Le pic prédit par l'AMS tombe le 5 mai 2026 à 03h51 UTC. La meilleure nuit d'observation est donc celle du 5 au 6 mai, avant l'aube du 6. EarthSky confirme : "2026 Eta Aquariid meteor shower best before dawn on May 5". Le radiant se trouve dans le Verseau, près d'Eta Aquarii (AD 22h32, Déc -1°), une étoile du fameux astérisme de la "jarre d'eau". Spec annoncée par la NASA : "About 50 meteors can be seen per hour during the peak". Spec annoncée pour l'hémisphère nord : 10 à 30 météores/heure en conditions idéales (Space.com, EarthSky). Réalité 2026 : moins de 10/h, partout. La Lune se lève à 00h17 heure locale selon in-the-sky.org. Autrement dit, dès que vous êtes en position d'observation utile (radiant suffisamment haut), la Lune est déjà en train de cramer le contraste. Sur le papier, c'est une pluie correcte. En conditions réelles 2026, c'est un test patience plus qu'un spectacle. ### Trains persistants vs boules de feu Particularité des Eta Aquarides : "swift meteors that produce a high percentage of persistent trains, but few fireballs" (IMO). Concrètement, peu de gros bolides, mais beaucoup de traînées qui restent visibles plusieurs secondes après le passage. C'est précisément le type de phénomène que la Lune massacre le plus : un train persistant à magnitude 4 contre un fond de ciel illuminé à 84 %, vous ne le verrez tout simplement pas. Sur ce point, j'hésite encore : certains observateurs très entraînés affirment garder une sensibilité acceptable malgré la Lune en plaçant un obstacle (toit, mur) entre eux et l'astre. Je n'ai jamais réussi à reproduire le truc proprement avec mon matos. ## La seule fenêtre exploitable depuis la France : les Earthgrazers Voilà le seul truc qui sauve un peu l'édition 2026 pour l'hémisphère nord. Le radiant des Eta Aquarides reste bas sur l'horizon depuis la France, ce qui est habituellement un défaut. Mais ça produit aussi des "Earthgrazers" : des météores rasant l'horizon, longues traînées spectaculaires entrant dans l'atmosphère sous un angle très oblique. La NASA documente le phénomène : "Northern observers more frequently witness 'Earthgrazers', elongated meteors skimming along the horizon". La fenêtre d'observation utile : 02h00 à 05h30 heure locale. Avant 02h, le radiant est trop bas (sous l'horizon ou à peine au-dessus). Après 05h30, l'aube arrive. Et entre les deux, vous avez la Lune au sud-est. Il faut donc observer plein est ou nord-est, dos à la Lune, en espérant capter un Earthgrazer toutes les 10-15 minutes au mieux. Je ne vais pas vous mentir : à ce taux-là, c'est une session contemplative, pas un spectacle. L'AMS recommande de "Start viewing between 2:00 and 3:00am for most observers". C'est la bonne fourchette. Moins tôt, le radiant n'est pas levé. Plus tard, l'aube vous prend. ## Matériel : verdict simple Aucun matériel n'est utile. Pas de télescope, pas de jumelles. Une pluie de météores s'observe à l'œil nu, point. La NASA est explicite : "All you need to catch the show is darkness, somewhere comfortable to watch and a bit of patience". Donc : - Ce qui sert vraiment : un transat, une couverture, un thermos. Le froid du petit matin de mai, c'est entre 5 et 12°C selon la région. Sous-estimé chaque année. - Ce qui ne sert à rien : votre lunette, votre Dobson 8 pouces, vos jumelles 10x50. Le champ d'un instrument optique est incompatible avec l'observation de météores. - Ce qui peut aider : un masque de sommeil ou une casquette à large bord pour bloquer la Lune dans votre champ de vision périphérique. Pour qui ? Observateurs déjà installés sous un ciel sombre (Bortle 3 ou mieux), levés tôt naturellement, qui veulent tenter les Earthgrazers. Si vous habitez en zone périurbaine et que vous comptiez faire le déplacement spécialement pour les Eta Aquarides 2026, ça ne vaut pas le coup. Pour le détail des spots RICE en France et la mécanique cométaire de Halley, voir le [guide d'observation des Éta Aquariides depuis la France](/eta-aquariides-mai-2026-observation-comete-halley-guide). Reportez-vous sinon sur les Delta Aquariides et Alpha Capricornides en juillet 2026, avec une Lune nettement plus coopérative. ## L'hémisphère sud, lui, s'en sort mieux Sur un sujet proche, découvrez notre article : [June Bootids 27 juin 2026 : Pons-Winnecke, capricieuse](/june-bootids-27-juin-2026-pons-winnecke-observation). Là-bas, le radiant monte beaucoup plus haut dans le ciel. La NASA confirme : "The constellation of Aquarius is higher up in the sky in the Southern Hemisphere than it is in the Northern Hemisphere". Australiens, Sud-Africains, Argentins, Néo-Zélandais : vous gardez l'avantage géographique, même avec la Lune. Le ZHR effectif y restera plus proche du seuil 10/h, voire au-dessus dans des sites Bortle 1-2. Pour l'hémisphère nord, la météo et la latitude se combinent contre nous. Ce n'est pas la première édition gâchée par la Lune, ce ne sera pas la dernière. Le calendrier orbital ne négocie pas. ## Halley : le rappel obligatoire Les Eta Aquarides sont l'un des deux essaims produits par 1P/Halley (l'autre étant les Orionides en octobre). La comète parente a une période orbitale moyenne de 76 ans. Dernier périhélie : 9 février 1986, à 0,5871 UA du Soleil. Prochain périhélie estimé : 2061. Noyau d'environ 15 par 8 km, albédo 3 % (l'un des objets les plus sombres du système solaire). Orbite rétrograde. Quand vous voyez un train persistant des Eta Aquarides, vous regardez littéralement un grain de poussière laissé par Halley quelque part sur son orbite. Ce grain entre dans l'atmosphère terrestre à 65,4 km/s et se vaporise vers 100 km d'altitude. La Terre traverse cette traînée à environ 0,065 UA du plan orbital de Halley. C'est cette mécanique-là qui rend l'observation de météores intéressante même quand le taux est bas : chaque trace est un fragment d'un objet qu'on ne reverra pas avant 2061. Pour ceux qui veulent prolonger l'observation cométaire ce printemps, la [comète C/2025 R3 PanSTARRS reste accessible aux jumelles depuis la fin de son périhélie d'avril](/comete-c2025-r3-observation-avril-2026), et la [conjonction Lune-Vénus du soir en juin](/conjonction-lune-venus-juin-2026-observation-soir) sera bien plus simple à photographier qu'une pluie de météores sous Lune gibbeuse. ## Plateau d'activité : une consolation Petite nuance qui peut sauver la mise : les nuits du 4 et du 6 mai sont presque aussi productives que le pic strict. EarthSky note : "the nights of May 4 and 6 are nearly as productive as the peak". Si la météo vous lâche dans la nuit du 5 au 6, tentez la nuit suivante. La Lune sera un peu moins illuminée et le ZHR aura à peine baissé. La période d'activité complète court du 19 avril au 28 mai 2026. Mon conseil pour 2026 : ne planifiez pas une sortie dédiée. Si vous êtes déjà dehors pour autre chose (astrophoto, observation de planètes, sortie camping en Bortle 2-3), gardez un œil sur le quart est du ciel entre 02h et 05h30. Vous verrez peut-être deux ou trois Earthgrazers. C'est tout ce que la Lune nous laisse cette année. ## Sources - American Meteor Society, "Meteor Shower Calendar 2026" : https://www.amsmeteors.org/meteor-showers/meteor-shower-calendar/ - NASA Science, "Eta Aquarids" : https://science.nasa.gov/solar-system/meteors-meteorites/eta-aquarids/ - IMO, "Meteor Shower Calendar" : https://www.imo.net/resources/calendar/ - EarthSky, "Everything you need to know: Eta Aquariid meteor shower" : https://earthsky.org/astronomy-essentials/everything-you-need-to-know-eta-aquarid-meteor-shower/ - NASA Science, "1P/Halley" : https://science.nasa.gov/solar-system/comets/1p-halley/ - in-the-sky.org, "Eta Aquariid meteor shower 2026" : https://in-the-sky.org/news.php?id=20260506_10_100 - Space.com, "Eta Aquarid meteor shower guide" : https://www.space.com/36502-eta-aquarid-meteor-shower-guide.html - EarthSky, "Comet Halley parent of 2 meteor showers" : https://earthsky.org/astronomy-essentials/comet-halley-parent-of-2-meteor-showers/ --- ## 29 Cygni b : planète ou naine brune ? Verdict du JWST - URL: https://www.portail-astronomie.fr/29-cygni-b-jwst-frontiere-planete-naine-brune-avril-2026/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-05-01T06:00:00 - Categories: ciel-profond Quinze masses de Jupiter. C'est exactement deux masses au-dessus de la limite officielle au-delà de laquelle, par convention, un objet cesse d'être une planète pour devenir une naine brune. Et pourtant, le 14 avril 2026, NASA, ESA et CSA ont conjointement annoncé que 29 Cygni b restait une planète. Pas un repli administratif, un verdict scientifique appuyé par une étude publiée dans Astrophysical Journal Letters, signée William O. Balmer (Johns Hopkins/STScI) et seize coauteurs. Comme tout test de hardware qui a un peu de fond, le résultat brut ne suffit pas. Ce qui compte, c'est la méthode et les chiffres derrière. Voici donc ce que le JWST a réellement vu, ce que ça change pour la classification des géantes gazeuses, et pourquoi cette annonce signe surtout la fin d'une définition vieille de vingt-cinq ans. ## La spec annoncée : un objet à cheval sur la frontière Petit rappel de cadre, parce que sans ça l'article n'a pas de sens. L'Union Astronomique Internationale a tranché il y a des années : sous environ treize masses de Jupiter, fusion du deutérium impossible, l'objet est une planète. Au-dessus, fusion possible, l'objet est une naine brune. Une frontière nette, posée sur un seuil physique. Pratique. Sauf que les exoplanètes découvertes ces dernières années ont une fâcheuse tendance à s'asseoir pile dessus. 29 Cygni b, c'est précisément ce cas-là. Désigné aussi HIP 99770 b dans les publications scientifiques (le même objet, deux noms selon que vous lisez Nature ou un communiqué grand public), il a été découvert le 30 novembre 2022 par Thayne Currie, dans une étude parue dans Science en 2023. Verdict initial : un objet de masse comprise entre treize et dix-sept masses joviennes, en orbite autour d'une étoile de type A baptisée HIP 99770. L'étoile est plus chaude et plus massive que le Soleil, environ une fois et huit dixièmes la masse solaire. Le compagnon, lui, tourne à près de quinze unités astronomiques, soit l'équivalent de l'orbite d'Uranus dans notre propre système. Le tout à cent trente-trois années-lumière de la Terre, autant dire à portée de JWST. À sa découverte, la communauté hésitait. Naine brune ratée ? Géante gazeuse XXL ? Personne ne tranchait, parce que personne n'avait les données pour le faire. ## Le test JWST : NIRCam coronagraphique, quatre filtres C'est là que l'instrument fait la différence. L'équipe Balmer a pointé le télescope spatial James Webb sur 29 Cygni b le 1er septembre 2025. Pas avec n'importe quel mode : NIRCam en configuration coronagraphique, masque MASKLWB en narrow offset. Pour ceux qui n'ont pas le manuel sous le coude, c'est le mode qui éteint la lumière de l'étoile centrale pour révéler ce qui orbite autour, à des contrastes que les télescopes au sol n'atteignent qu'avec beaucoup de bricolage. Quatre filtres ont été utilisés : F210M, F410M, F430M, F460M. Cette combinaison n'est pas anodine. Elle encadre précisément les deux signatures que l'équipe cherchait : le CO2 à quatre microns trois et le CO à quatre microns six. Deux molécules qu'on ne détecte pas par hasard, et qui en disent long sur la composition d'une atmosphère. Verdict des images directes : signatures de CO2 et de CO clairement détectées. Une première dans ce mode, sur un objet à ce contraste, à cette distance. Quand je lis le détail de la chaîne d'observation, je trouve l'efficacité du JWST presque agaçante. Aucune mission au sol ne peut produire ce niveau de signal-sur-bruit en infrarouge moyen, même avec CHARA en complément. Mon verdict côté instrument : NIRCam coronagraphique reste, trois ans après le début des opérations scientifiques, l'outil le plus discriminant pour caractériser les compagnons sub-stellaires. ## Ce que disent vraiment les chiffres Voilà ce que l'étude consolide, après réduction des données et modélisation atmosphérique : - Masse : quinze masses de Jupiter, plus ou moins cinq. Plage resserrée par rapport à la découverte initiale, mais toujours à cheval sur la limite IAU. - Température effective : entre mille deux cent cinquante et mille trois cents kelvins. Chaud, mais pas brûlant pour un objet sub-stellaire. - Rayon : un virgule deux à un virgule trois rayon de Jupiter. Compact. - Orbite : quatorze unités astronomiques et sept dixièmes, sur une orbite excentrique (zéro virgule trente-sept). Période orbitale de l'ordre de quarante-sept ans. - Type spectral atmosphérique : L8. Et surtout, le chiffre qui fait basculer tout le raisonnement : le rapport de métallicité `Z_pl` sur `Z_étoile` vaut trois, plus ou moins deux. Traduit en clair : l'atmosphère du compagnon est trois fois plus enrichie en éléments lourds que celle de son étoile. En masse équivalente, ça représente environ cent cinquante masses terrestres de "métaux" (au sens astronomique : tout ce qui n'est ni hydrogène ni hélium). ## Pourquoi cet enrichissement change tout C'est ici que l'article devient intéressant, et c'est aussi ici que la classification IAU prend une claque. Une naine brune se forme comme une étoile : par effondrement direct d'un nuage de gaz. Composition résultante : très proche de celle de l'étoile parente. Pas d'enrichissement notable en éléments lourds. Une planète géante, à l'inverse, se forme par accrétion dans un disque protoplanétaire. Du bottom-up : un noyau solide se constitue d'abord, puis capture du gaz, puis se nourrit en avalant des planétésimaux riches en métaux. Conséquence directe : l'atmosphère finale est enrichie en éléments lourds par rapport à l'étoile hôte. Trois fois plus de métaux que HIP 99770. Cent cinquante masses terrestres de matière lourde. Ce profil est incompatible avec une formation par effondrement direct. Conclusion de Balmer et de son équipe : 29 Cygni b s'est formé dans un disque, comme nos planètes géantes. C'est donc une planète, malgré ses quinze masses joviennes. Le critère bascule. Avant, on regardait la masse. Maintenant, on regarde le mécanisme de formation. ## Une frontière qui change de nature Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Les trois lois de Kepler vérifiées sur les 8 planètes](/lois-kepler-mouvement-planetaire-orbites-elliptiques). Sur ce point, j'hésite encore à parler de "révolution", parce que l'idée que le critère de masse était trop rigide trottait dans les couloirs des conférences depuis au moins dix ans. Ce que l'étude apporte, ce n'est pas l'intuition, c'est la démonstration : on a désormais un cas concret, observé, mesuré, où le verdict tombe contre la définition IAU et s'appuie sur autre chose qu'une opinion. Mon interprétation : la limite des treize masses joviennes va survivre comme repère pédagogique, mais elle perd son statut de critère de classification. À sa place, on va voir s'imposer une approche compositionnelle. Si on observe un enrichissement métallique, c'est une planète. Sinon, on creuse pour trancher. Pour qui suit l'évolution de la caractérisation atmosphérique, c'est cohérent avec ce que d'autres travaux JWST montrent. Les écarts de température entre faces planétaires détectés dans le système TRAPPIST-1, par exemple, exploitent la même logique : on ne classe plus, on caractérise. Voir à ce sujet l'analyse récente sur [TRAPPIST-1 et ses différences de température mesurées par le JWST](/trappist-1-climat-jwst-avril-2026-differences-temperature-atmosphere-exoplanete/), qui s'inscrit dans la même bascule méthodologique. ## Pour qui ? Le résultat publié par l'équipe Balmer intéresse trois profils. **Les chercheurs en formation planétaire** : 29 Cygni b devient un cas d'école. Une géante massive, formée dans un disque autour d'une étoile chaude. Ça contraint les modèles d'accrétion sur disque massif, là où les simulations divergeaient encore largement. **Les classificateurs d'exoplanètes** : il faudra revoir les bases de données. Une partie des objets entre treize et vingt masses de Jupiter, étiquetés "candidate brown dwarf" depuis dix ans, mérite probablement une seconde lecture. Au passage, ça relance le débat sur d'autres objets borderline déjà publiés, comme [TOI-5205b et son cas de métallicité inverse](/toi-5205b-planete-interdite-metallicite-inverse/), où la formation interroge déjà les modèles. **Les amateurs avertis** : 29 Cygni est dans le Cygne, accessible aux télescopes amateurs en magnitude visuelle six environ, donc visible aux jumelles depuis un site sombre. Le compagnon, lui, reste évidemment hors de portée optique. Mais savoir qu'à un peu plus de cent années-lumière tourne une planète qui réécrit la définition même du mot "planète" change la façon de lever les yeux. Pour creuser le contexte instrumental, l'analyse de la [première lumière de l'observatoire Vera Rubin et son LSST 32 gigapixels](/vera-rubin-observatory-premiere-lumiere-avril-2026-lsst-32-gigapixels/) montre comment la prochaine vague de relevés sol va alimenter ce type d'études. ## Verdict 29 Cygni b n'est pas l'exoplanète la plus spectaculaire jamais découverte. Ce n'est ni la plus proche, ni la plus exotique, ni la plus habitable. Mais c'est sans doute, en avril 2026, celle qui pèse le plus lourd dans la définition même de ce qu'est une planète. L'étude Balmer apporte une démonstration nette : le critère de la fusion du deutérium ne suffit plus. Trop simpliste, trop binaire, trop dépendant d'une masse qu'on n'arrive de toute façon jamais à mesurer à mieux que cinq masses joviennes près. À sa place, l'enrichissement métallique observé directement par spectroscopie infrarouge devient le nouveau juge de paix. Mon verdict : à quinze masses de Jupiter avec trois fois la métallicité de son étoile, 29 Cygni b est une planète. Pas par convention, par mécanisme. C'est une décision rare en astronomie, où on préfère habituellement attendre dix ans de données supplémentaires avant de bouger une définition. Là, le JWST a mis tout le monde d'accord en moins de quatre mille secondes d'observation. Reste à voir combien d'autres objets de la même classe vont basculer dans les prochaines années. Mon pari : beaucoup. Et l'IAU va devoir mettre à jour ses fiches. ## Sources - William O. Balmer et al., [Direct Images of CO2 Absorption in the Atmosphere of a Super-Jupiter: Enhanced Metallicity Suggestive of Formation in a Disk](https://iopscience.iop.org/article/10.3847/2041-8213/ae374a), Astrophysical Journal Letters, vol. 1001, n°2 (DOI : 10.3847/2041-8213/ae374a) - NASA Science (14 avril 2026), [NASA's Webb Redefines Dividing Line Between Planets and Stars](https://science.nasa.gov/missions/webb/nasas-webb-redefines-dividing-line-between-planets-stars/) - ESA/Webb, [Image weic2607b, 29 Cygni b](https://esawebb.org/images/weic2607b/) - ESA/Webb, [Image weic2607a, système HIP 99770](https://esawebb.org/images/weic2607a/) - Wikipedia, [29 Cygni b](https://en.wikipedia.org/wiki/29_Cygni_b) --- ## Transit de Mercure 2032 : guide d'observation 13 novembre - URL: https://www.portail-astronomie.fr/transit-mercure-13-novembre-2032-guide-observation/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-04-30T06:00:00 - Categories: evenements-celestes Le prochain transit de Mercure depuis la France est dans six ans. Six ans pour préparer l'observation parfaite, calibrer le matériel, et se rappeler que pointer un télescope vers le Soleil sans filtre, c'est la cécité instantanée. Chiffre clé : 4 heures 26 minutes 24 secondes de transit géocentrique le 13 novembre 2032, intégralement visible depuis le territoire métropolitain. Sur le papier, c'est l'événement solaire de la décennie. En pratique, il faut anticiper. ## Le transit en chiffres bruts Les contacts du 13 novembre 2032 sont calés au cordeau (catalogue NASA GSC sept siècles, recoupé avec in-the-sky.org). Voilà la timeline UTC : - C1, contact extérieur entrée : 06:41 UTC - C2, contact intérieur entrée : 06:43 UTC - Maximum du transit : 08:54 UTC - C3, contact intérieur sortie : 11:05 UTC - C4, contact extérieur sortie : 11:07 UTC Durée totale géocentrique : 4 heures 26 minutes 24 secondes. Pour un observateur en France, le Soleil se lève quasiment au moment du C1 (07:41 CET en novembre, plein automne, lever tardif). Autrement dit, le phénomène commence avec le Soleil à l'horizon, ce qui implique un site dégagé à l'est-sud-est. À 08:54 UTC (09:54 CET), Mercure est au plus près du centre du disque solaire, le Soleil est suffisamment haut pour passer sous la turbulence atmosphérique du sol. C'est la fenêtre à ne pas rater. Le diamètre apparent de Mercure pendant ce transit avoisine 10 secondes d'arc. Ramené à l'échelle, ça représente environ 1/158e du diamètre solaire. Autant dire que le marketing du "point noir spectaculaire qui traverse le Soleil" se heurte à la physique : sans grossissement sérieux, vous ne verrez rien du tout. ## Pourquoi novembre 2032 et pas avant Mercure boucle son orbite en 88 jours. Sur le papier, on devrait avoir un transit à chaque conjonction inférieure, soit trois ou quatre par an. En pratique, l'orbite de Mercure est inclinée de 7° par rapport à l'écliptique. Conséquence : un transit n'est possible que si Mercure se trouve à la fois en conjonction inférieure ET au passage d'un de ses nœuds orbitaux. Ces nœuds sont franchis début mai et début novembre. C'est tout. Hors de ces deux fenêtres, Mercure passe au-dessus ou en dessous du Soleil vu depuis la Terre. Résultat : 13 à 14 transits par siècle. Les intervalles classiques sont 3,5 ans, 7 ans, 9,5 ans, 10 ans ou 13 ans. Pour mémoire, voilà les transits récents : - 7 mai 2003 - 8 novembre 2006 - 9 mai 2016 (07:12 à 18:42 UTC, durée environ 7 heures 30, diamètre 12 secondes d'arc) - 11 novembre 2019 (12:35 à 18:04 UTC, durée environ 5 heures 29, diamètre 10 secondes d'arc) Et après 2032, le prochain rendez-vous tombe le 7 novembre 2039 (07:17 à 10:15 UTC, durée environ 3 heures), puis le 7 mai 2049 (11:03 à 17:44 UTC, durée environ 6 heures 41). Si vous loupez 2032, vous récupérez 2039 mais c'est plus court. Le rapport qualité-prix, c'est la seule métrique qui compte : 2032 offre la meilleure combinaison durée + visibilité depuis la France métropolitaine pour la prochaine décennie. ## Mai contre novembre : le match des transits Tous les transits de Mercure ne se valent pas. Mercure parcourt une orbite franchement excentrique (e = 0,206), ce qui change radicalement son diamètre apparent selon la saison du transit. - Transits de mai : Mercure proche de l'aphélie, diamètre apparent autour de 12 secondes d'arc, durée pouvant atteindre 8 heures. - Transits de novembre : Mercure proche du périhélie, diamètre apparent autour de 10 secondes d'arc, durée plus courte (3 à 5 heures). Concrètement, un transit de mai offre un disque de Mercure plus gros à l'oculaire et donne plus de marge de manœuvre côté météo. Le 13 novembre 2032, on est dans la configuration "compacte" : durée de 4 heures 26 et un disque mercurien plus petit. Pour qui veut observer un transit "généreux", il faudra attendre 7 mai 2049. À ce prix-là, on est en droit d'attendre patience et chance météo simultanément. Pour le contexte plus large des phénomènes du soleil et leur observation, voir aussi le guide [l'éclipse solaire totale du 12 août 2026 en Europe](/eclipse-solaire-totale-12-aout-2026-europe-guide-observation/). ## Vénus, le grand absent Pendant qu'on parle de transits planétaires, autant être clair : Vénus, vous pouvez l'oublier de votre vivant. Le dernier transit de Vénus a eu lieu les 5 et 6 juin 2012. Le prochain est calé aux 10 et 11 décembre 2117. Mercure passe 13 à 14 fois par siècle devant le Soleil. Vénus, c'est deux paires par cycle d'environ 243 ans. Pour creuser ce contraste, voir [la conjonction Lune-Vénus du 17 juin 2026](/conjonction-lune-venus-juin-2026-observation-soir/). Verdict intermédiaire : Mercure 2032 n'est pas un événement "spectaculaire" au sens grand public. C'est un événement rare, technique, qui demande de la préparation. Mais c'est l'un des derniers du genre que vous verrez avant 2039. ## Le matériel obligatoire pour observer Soyons clair sur la sécurité : pointer des jumelles ou un télescope vers le Soleil sans protection adaptée provoque une cécité permanente instantanée. Pas "douloureuse", pas "progressive" : instantanée. La rétine n'a pas de récepteurs de douleur, et la lumière concentrée la cuit en moins d'une seconde. Le filtre solaire, ce n'est pas une option, c'est la condition pour observer tout court. ### Filtre solaire : sur l'objectif, jamais sur l'oculaire Règle non négociable : le filtre solaire doit être monté à l'avant de l'objectif (côté Soleil), jamais sur l'oculaire. Les anciens filtres oculaires vissés au foyer reçoivent toute l'énergie concentrée du télescope, ils chauffent, fissurent, et lâchent au pire moment. Plusieurs générations d'amateurs ont perdu un œil à cause de ça. Le standard actuel : le film solaire Baader AstroSolar (densité 5.0 pour observation visuelle, 3.8 pour photographie). Pas cher, sûr, recommandé partout. À monter en cellule maison ou achetée, à l'avant du tube. En conditions réelles, c'est ce que la majorité des clubs astro utilisent. ### Focale et grossissement Avec un diamètre apparent de 10 secondes d'arc, Mercure est minuscule sur le disque solaire. Specs minimales pour distinguer correctement la planète : - Focale recommandée : à partir de 1000 mm - Grossissement utile : x80 à x150 selon la turbulence - Diamètre d'objectif : 80 mm minimum, 100 à 150 mm pour le confort Une lunette achromatique 100/1000 fait parfaitement le job. Un Maksutov-Cassegrain de 127 mm aussi. Pour les Newton, attention au filtre pleine ouverture (cellule à fabriquer, le diamètre standard du commerce ne suit pas toujours). ### La méthode projection : option zéro budget Sur réfracteur ou Newton, on peut projeter l'image du Soleil sur un carton blanc placé derrière l'oculaire. C'est la méthode historique, gratuite, parfaitement sûre pour les yeux (puisqu'on regarde une projection), et adaptée à l'observation collective. Limite : ça ne marche pas sur les Schmidt-Cassegrain ni les catadioptriques fermés, qui chauffent à mort en interne. Et ça réduit la définition par rapport à l'observation directe filtrée. Pour le choix d'instrument, le comparatif [NEO Surveyor : le télescope IR des astéroïdes sombres](/neo-surveyor-telescope-infrarouge-spacex-2027-asteroides/) éclaire l'autre bout du spectre instrumental. ## Météo et plan B Novembre en France métropolitaine, statistiquement, c'est la saison où la couverture nuageuse moyenne est la plus élevée de l'année. Plus on monte au nord, plus la probabilité de ciel dégagé chute. Mon verdict : prévoir un plan B géographique. Le sud de la France (Provence, Languedoc, Pyrénées-Orientales) offre nettement plus de chances qu'une observation depuis la Bretagne ou le Nord. Stratégie raisonnable : - J-7 : commencer à suivre les modèles météo (GFS, ECMWF) pour la zone d'observation - J-3 : décider entre site fixe et déplacement - J-1 : préparer le matériel, vérifier les filtres, charger les batteries des montures motorisées - Jour J : être en place 30 minutes avant le C1, le temps de mettre en station si monture équatoriale Si la couverture est totale partout en France, le streaming en direct depuis les observatoires (Slooh, Virtual Telescope Project, NASA) prend le relais. C'est moins gratifiant qu'une observation à l'oculaire, mais ça évite de rater l'événement. ## L'intérêt scientifique : pas juste un point noir Au fil des siècles, les transits de Mercure et de Vénus ont permis de mesurer la parallaxe solaire et donc de calculer la distance Terre-Soleil. Les méthodes Halley (durée du transit) et Delisle (instants des contacts) ont fourni les premières mesures précises de l'unité astronomique au XVIIIe et XIXe siècle. Aujourd'hui, on connaît cette distance avec une précision métrique grâce aux radars planétaires, donc l'enjeu scientifique direct des transits est faible. Mais l'intérêt n'est pas mort pour autant. Les transits servent à : - Calibrer les instruments solaires au sol et en orbite (le passage d'un objet de diamètre connu permet de vérifier la fonction de transfert optique). - Tester les méthodes de détection d'exoplanètes par transit. La photométrie du transit de Mercure, dans laquelle la luminosité solaire chute d'environ 0,003 %, donne un cas d'école pour calibrer les détecteurs des missions type TESS ou PLATO. - Étudier le comportement du limbe solaire au passage du disque mercurien (effet de "goutte noire", aberration optique célèbre). Pour les amateurs, photographier le transit avec un setup correctement filtré offre des images publiables et exploitables scientifiquement (mesure des contacts à la seconde près, contribution aux bases ALPO, BAA Mercury Section). ## Calendrier de préparation jusqu'à 2032 Six ans, c'est court pour qui veut investir dans un setup adapté. Mon plan de route, à adapter selon le niveau : - 2026-2027 : choisir l'instrument (lunette 80 à 100 mm pour débutants, 127 mm Mak ou 150 mm Newton pour intermédiaires). - 2028 : monter le filtre AstroSolar, s'entraîner sur l'observation des taches solaires en routine. - 2029-2030 : tester l'imagerie planétaire au foyer (caméra ASI ou équivalent) si l'objectif est la photo. - 2031 : repérage du site d'observation, vérification de l'horizon est à 06:41 UTC en novembre. - Octobre 2032 : répétition générale, contrôle météo statistique, plan B identifié. - 13 novembre 2032 : observation. ## Pour qui ? - Débutant : observation visuelle au filtre AstroSolar sur lunette 80/900 ou 90/1200. Objectif : voir Mercure en silhouette devant le Soleil, comprendre pourquoi c'est rare. Aucune photo nécessaire. Budget matériel total : 250 à 500 euros. - Intermédiaire : Mak 127 ou Newton 150 sur monture équatoriale motorisée, suivi solaire activé, prise de vue smartphone afocale ou caméra planétaire. Objectif : capturer les contacts C1/C2/C3/C4 à la minute près, photographier la traversée. Budget : 800 à 1500 euros. - Expert : lunette apochromatique 100 à 130 mm dédiée solaire, filtre H-alpha optionnel pour bonus protubérances, caméra refroidie, time-lapse complet. Objectif : production scientifique (timing des contacts, photométrie de l'occultation), publication sur ALPO ou équivalent. Budget : à partir de 3000 euros. Verdict final : le transit du 13 novembre 2032 est l'événement solaire à inscrire dès maintenant dans l'agenda. Six ans pour s'équiper, se former, choisir un site. Le matériel d'observation solaire ne demande pas un budget délirant, mais il demande de la rigueur (filtre objectif obligatoire, jamais oculaire). Le prochain transit après celui-là tombe en 2039 et il sera plus court. Celui de 2049, plus long, mais on parle d'un horizon à 23 ans. En pratique, novembre 2032 est le rendez-vous à honorer. > **Crédit image** : NASA/Bill Ingalls, Transit de Mercure du 11 novembre 2019 depuis Arlington (Virginie). Domaine public. ## Sources - NASA GSFC, _Seven Century Catalog of Mercury Transits_ : [https://eclipse.gsfc.nasa.gov/transit/catalog/MercuryCatalog.html](https://eclipse.gsfc.nasa.gov/transit/catalog/MercuryCatalog.html) - in-the-sky.org, _Transit of Mercury, 13 November 2032_ : [https://in-the-sky.org/news.php ?id=20321113_11_101](https://in-the-sky.org/news.php?id=20321113_11_101) - Wikipedia (EN), _Transit of Mercury_ : [https://en.wikipedia.org/wiki/Transit_of_Mercury](https://en.wikipedia.org/wiki/Transit_of_Mercury) - Wikipédia (FR), _Transit de Mercure_ : [https://fr.wikipedia.org/wiki/Transit_de_Mercure](https://fr.wikipedia.org/wiki/Transit_de_Mercure) - British Astronomical Association, _The Transit of Mercury, How to Observe It_ : [https://britastro.org/2019/the-transit-of-mercury-how-to-observe-it](https://britastro.org/2019/the-transit-of-mercury-how-to-observe-it) --- ## Mars avril 2026 : écailles, organiques et 5 ans de rovers - URL: https://www.portail-astronomie.fr/curiosity-perseverance-mars-5-ans-avril-2026-organiques/ - Author: Julien P. - Published: 2026-04-29T06:00:00 - Categories: exploration-spatiale En 1971, Mariner 9 arrivait en orbite martienne et trouvait une planète noyée sous une tempête planétaire de poussière ; il a fallu attendre que la surface réapparaisse, et 7 329 images plus tard, on cartographiait enfin 85 % d'un monde dont on ne connaissait jusque-là que des fragments. Cinquante-cinq ans plus tard, en avril 2026, Mars se laisse encore désirer sur le même rythme. Un rover roule dans Jezero depuis cinq ans, un autre photographie des écailles de dragon dans Gale, et un instrument embarqué vient de publier 21 molécules organiques préservées depuis 3,5 milliards d'années. Tout ça sans gros titre, sans Starship, sans hype. Et c'est peut-être ce qui se rapproche le plus d'un message scientifique dans la durée. ## Trois cycles d'exploration, un même rythme lent Pour comprendre où on en est, il faut remonter au début de la séquence. Mariner 9 décolle le 30 mai 1971 et entre en orbite autour de Mars le 14 novembre 1971 à 00:18 UT ; c'est le premier engin construit par l'humain à orbiter une autre planète, performance qui se mesurait alors en mois, pas en heures. Les Viking suivent : Viking 1 lancé le 20 août 1975, atterrissage le 20 juillet 1976 sur Chryse Planitia ; Viking 2 lancé le 9 septembre 1975, atterrissage le 3 septembre 1976 sur Utopia Planitia. Deux engins fixes, deux laboratoires biologiques de bord, et une question inaugurale qui n'a jamais reçu de réponse claire : Mars a-t-elle abrité, ou abrite-t-elle encore, des traces de vie ? Curiosity reprend la séquence le 26 novembre 2011 ; il se pose dans le cratère Gale le 6 août 2012 à 05:17:57 UTC. Au 26 avril 2026, le rover totalise 4 877 sols actifs, soit plus de treize ans à vivre dans un cratère de 154 km de diamètre, à grimper le flanc d'une montagne centrale (Aeolis Mons, 5,5 km de haut) qu'on appelle plus simplement Mont Sharp. Perseverance ferme la séquence active : lancé le 30 juillet 2020 à 11:50 UTC depuis Cape Canaveral à bord d'une Atlas V, il atterrit le 18 février 2021 à 20:55 UTC dans le cratère Jezero, sur un site rebaptisé Octavia E. Butler. Au 26 avril 2026, il compte 1 841 sols et 41,57 km parcourus. Cinq ans pour Perseverance, treize pour Curiosity, cinquante-cinq depuis Mariner 9. Chaque mission s'inscrit dans une chronologie qui ne se mesure plus en années mais en générations d'ingénieurs. C'est ce qui rend les annonces récentes, prises isolément, si difficiles à lire : elles s'ajoutent à un récit que les médias coupent en tranches, mais que la science martienne lit en continu. Pour rappel, la planète n'est jamais seule : en 2025, Mars Express a même participé à la campagne d'observation conjointe sur [la comète interstellaire 3I/ATLAS observée depuis l'orbite martienne](/comete-3i-atlas-juice-mars-express-observations/). ## Avril 2026 (1) : les écailles de dragon dans Gale Premier événement, le plus visuel. Entre les sols 4859 et 4866 (captures les 7 et 13 avril 2026), Curiosity oriente sa Mastcam vers le sol et photographie ce que l'équipe baptise rapidement « dragon scales » : des milliers de polygones en nid d'abeille, motifs surélevés, qui s'étendent sur plusieurs mètres. Abigail Fraeman, deputy principal investigator de la mission, le formule simplement dans une note JPL : « We've seen polygon-patterned rocks like these before, but they didn't seem quite this dramatically abundant, stretching across the ground for meters and meters in our Mastcam mosaics ». La nuance compte. Ce n'est pas la première fois que des polygones apparaissent sur Mars ; c'est la première fois qu'ils s'étalent de cette façon, en tapis continu, sous une caméra de surface. L'hypothèse principale reste la dessiccation cyclique : une boue humide qui sèche, se craquelle en T, se rétracte, et finit par produire des jonctions hexagonales en Y au fil de cycles d'hydratation et de dessiccation. Parallèle géologique direct avec Pontours, un site visité en 2023 où Curiosity avait déjà documenté des hexagones réguliers. Le scénario alternatif, mouvement de cristaux de glace souterraine, reste sur la table mais est jugé moins probable. Les crêtes surélevées s'expliquent par la résistance différentielle : les joints minéralisés ont mieux résisté à l'érosion éolienne que l'argile environnante, ce qui dégage le motif en relief. À côté, le contexte est moins photogénique. Curiosity est à l'intérieur du cratère Antofagasta, un cratère d'impact d'environ 10 mètres de diamètre, relativement jeune à l'échelle géologique (~50 millions d'années), nommé d'après la ville portuaire chilienne. Le fond est tapissé d'un matériau sableux sombre ondulé qui, aux mots du blog NASA, « covered up the most interesting rock layers ». Pas idéal pour forer. L'équipe a basculé sur la cible Atacama, un bloc « drillable-looking, representative-looking » identifié au sol 4870, hors du fond du cratère. Sur Mars, un mètre de différence change tout. (Petite digression : j'ai construit un graphique des sols Curiosity sur les cinq dernières années en croisant les blog entries du JPL. Le rythme de forage moyen, depuis 2020, c'est un échantillon tous les 80 sols environ. Quand on lit un communiqué qui dit « la prochaine cible est Atacama », il faut entendre : encore 60 à 80 sols avant un nouveau résultat. La temporalité martienne, c'est ça.) ## Avril 2026 (2) : 21 molécules carbonées, un précurseur de l'ARN Deuxième événement, beaucoup moins visuel mais probablement plus structurant. Le 21 avril 2026, Nature Communications publie l'étude conduite par Amy Williams (University of Florida) et Jennifer Eigenbrode (NASA Goddard) sur l'analyse d'un échantillon martien collecté en octobre 2020. Nom de l'échantillon : Mary Anning 3, foré dans la région de Glen Torridon (cratère Gale), nommée d'après la paléontologue britannique du XIXe siècle. Instrument utilisé : SAM (Sample Analysis at Mars), le laboratoire chimique embarqué dans le ventre de Curiosity. Technique : TMAH (hydroxyde de tétraméthylammonium), une dérivatisation chimique qui n'a été embarquée qu'en deux doses sur tout le rover. Une dose vient d'être brûlée. Il en reste une. Les chiffres bruts : 21 molécules carbonées identifiées, dont 7 jamais détectées sur Mars auparavant. Deux familles attirent l'attention. D'abord le benzothiophène, une molécule à carbone et soufre, double anneau, déjà retrouvée dans certaines météorites ; le soufre y joue un rôle de bouclier capable de protéger d'autres molécules organiques des radiations cosmiques. Ensuite, et c'est le résultat le plus inattendu, un hétérocycle azoté : une structure en anneau contenant carbone et azote, identifiée comme précurseur chimique de l'ARN et de l'ADN. Citation de l'étude reprise par NASA JPL : « Nitrogen heterocycles have never been found before on the Martian surface or confirmed in Martian meteorites ». Première détection en surface, jamais vue dans une météorite martienne récupérée sur Terre. La conservation se chiffre en milliards d'années. Les molécules sont restées préservées dans la roche pendant environ 3,5 milliards d'années, ce qui correspond à l'âge du substrat sédimentaire de Glen Torridon. Et c'est ici qu'il faut s'arrêter, parce que la tentation de conclure est forte. La formulation officielle de l'équipe scientifique est précise : « renewed confirmation that ancient Mars had the right chemistry to support life ». La bonne chimie pour soutenir la vie. Pas la vie elle-même. L'origine de ces molécules, biologique, géologique ou météoritique, n'est pas déterminée et restera probablement ouverte tant qu'on n'aura pas un échantillon ramené sur Terre pour analyse complète. Sur ce point, ce serait trop simple de conclure que Curiosity vient de trouver une preuve de vie. Il vient de trouver une signature chimique compatible avec la vie. C'est différent, et la nuance est ce qui sépare la science du communiqué de presse. (Une seconde digression, plus personnelle : j'ai compilé en tableau les détections d'organiques par SAM communiquées par la NASA depuis l'arrivée de Curiosity dans Gale. Le ton officiel n'a pas bougé d'un mot d'une annonce à l'autre, mais la base de données s'est étoffée. C'est ça, à mon sens, le vrai signal : pas une découverte unique, mais une accumulation de signatures qui finissent par dessiner un paysage chimique cohérent. Ça ne fait pas un titre, mais ça fait une conviction qui s'installe lentement.) ## Cinq ans de Perseverance : le bilan calme Pendant que Curiosity photographie ses écailles à Gale, Perseverance, de l'autre côté de la planète, vient de souffler ses cinq bougies dans le cratère Jezero. Le bilan tient en chiffres patiemment accumulés : 1 841 sols, 41,57 km au compteur (record en une seule journée : 411,7 mètres le 19 juin 2025), plus de 90 % du trajet réalisé en conduite autonome. Côté collecte d'échantillons, 33 tubes sur 43 ont été remplis : 8 roches ignées, 13 sédimentaires, 3 ignées-impactites, 1 serpentinite, 1 carbonate silicifié, 2 régolithes, 1 atmosphérique et 3 témoins. Dix tubes ont été déposés au sol à Three Forks (rebaptisé Twin Peaks) en février 2023, premier dépôt d'échantillons sur une autre planète, en prévision d'une récupération future. Trois moments scientifiques marquants, dans l'ordre. Août 2022 : détection de molécules organiques à Wildcat Ridge. Septembre 2023 : MOXIE, l'instrument de production d'oxygène à partir de CO2 atmosphérique, conclut sa mission après avoir démontré que la technologie fonctionne. Janvier 2024 : Ingenuity, l'hélicoptère démonstrateur qui devait initialement faire 3 vols en 45 jours, prend sa retraite après 72 vols étalés sur près de trois ans. Et puis, juillet 2024 : Cheyava Falls, ces fameuses « taches léopard » sur une roche, qui combinent composés organiques carbonés et minéraux ; à ce jour, le candidat biosignature le plus convaincant identifié par la mission. Convaincant, pas confirmé. Le rover est certifié opérationnel jusqu'à au moins 2031 selon les évaluations techniques de la NASA. Prochain cap : la région du Lac de Charmes, pour de nouveaux prélèvements. Si on lit le calendrier dans le bon sens, Perseverance a encore environ cinq ans de science devant lui. Soit l'équivalent de toute la mission qu'il a déjà menée. Et c'est paradoxalement là que le tableau se complique. ## Le retour des échantillons : annulation, et après ? Parce qu'à quoi sert une collecte d'échantillons sans retour ? La question, longtemps rhétorique, est devenue explicite début 2026. Le programme Mars Sample Return (MSR), conçu en partenariat NASA-ESA pour rapatrier les tubes Perseverance, a été éliminé du budget américain par le minibus spending package voté le 8 janvier 2026. Coût initial estimé : environ 4 milliards de dollars. Coût projeté final : environ 11 milliards de dollars. Date de retour repoussée à 2040 au mieux. Le Congrès a tranché ; le programme est mort dans sa version coopérative. Du côté européen, l'ESA a formellement supprimé l'Earth Return Orbiter (ERO) lors de son 345e Conseil le 28 mars 2026. C'est terminé. (Pour le détail, [le verdict sur le Mars Sample Return annulé est à lire ici](/mars-sample-return-annule-congres-us-echantillons-perseverance/).) Reste l'autre voie : le privé. Elon Musk a annoncé le 9 février 2026 un report de cinq à sept ans des ambitions martiennes de SpaceX, pour se concentrer d'abord sur la Lune. Le plan original prévoyait cinq Starship V3 non habités en 2026, avec robots Optimus à bord, et un premier vol habité vers 2029. Tout est décalé. L'Europe est sortie du jeu sur l'ERO ; SpaceX gagne du temps sur Mars. La piste alternative la plus crédible côté NASA, celle de [la propulsion nucléaire électrique pour un transit habité Mars en 2028 et au-delà](/propulsion-nucleaire-electrique-nasa-mars-2028/), reste à l'état de feuille de route ; rien n'est encore engagé sur du matériel. Pendant ce temps, les 33 tubes Perseverance attendent dans Jezero, plus 10 déposés à Three Forks, plus ce que Curiosity continue de collecter dans Gale. Sur les onze prochaines années, on sait qu'on va observer beaucoup. On sait qu'on ne va pas ramener grand-chose. Paradoxalement, c'est peut-être ce qui donne aux deux annonces d'avril 2026 leur poids réel. Sans MSR, chaque résultat in situ pèse plus lourd dans la balance scientifique. Le SAM de Curiosity ne sera plus jamais remplacé : il a deux doses TMAH au total, une est partie sur Mary Anning 3, il en reste exactement une. Quand cette dernière sera utilisée, on basculera sur ce que les instruments permettent encore, sans plus rien d'équivalent en réserve. La frugalité instrumentale, longtemps une contrainte budgétaire, devient maintenant une stratégie scientifique de fait. On lance moins, on ramène encore moins, et on apprend à tirer plus de ce qui est déjà là-haut. ## Le récit qu'on n'écrit pas Si je devais nommer ce qui me frappe en relisant la séquence entière (Mariner 9, Viking, Curiosity, Perseverance, MSR annulé, Starship reporté), c'est l'écart entre la patience réelle de l'exploration et l'impatience supposée du public. Mariner 9 a attendu deux mois qu'une tempête se dissipe pour pouvoir observer. Viking a tourné plus de six ans à la surface. Curiosity en est à sa quatorzième année. Perseverance entre dans sa sixième. Aucun de ces engins n'a été conçu pour l'instant viral ; tous l'ont été pour l'accumulation lente. Les écailles de dragon ne sont pas un événement, c'est un indice supplémentaire dans un dossier ouvert depuis Pontours en 2023. Les 21 molécules ne sont pas une révolution, c'est une couche de plus dans le portrait chimique du Mars ancien. Pour qui suit ce dossier, l'analogie la plus juste reste celle de la paléontologie. Mary Anning, à qui l'échantillon a été dédié, passait des mois sur les falaises du Dorset pour exhumer un fragment de squelette ; elle ne formulait pas d'hypothèse globale à chaque os trouvé. Elle accumulait. Le sens venait après, parfois bien après. Curiosity et Perseverance font la même chose, à des dizaines de millions de kilomètres de tout laboratoire humain. Et le résultat sera lui aussi à lire après, peut-être bien après. À condition qu'on garde la patience d'observer une planète qui, depuis 1971, a appris à se faire désirer. > Image : « Perseverance's Mid-Climb View of Jezero Crater » (PIA26378). Crédit : NASA/JPL-Caltech, domaine public. [NASA Images](https://images-assets.nasa.gov/image/PIA26378/PIA26378~orig.jpg) ## Sources - NASA JPL, « NASA's Curiosity Finds Organic Molecules Never Seen Before on Mars » : https://www.jpl.nasa.gov/news/nasas-curiosity-finds-organic-molecules-never-seen-before-on-mars/ - NASA Science Blog, « Curiosity Blog Sols 4867-4872: Sand Fill in Antofagasta Crater » : https://science.nasa.gov/blog/curiosity-blog-sols-4867-4872-sand-fill-in-antofagasta-crater-and-finding-our-next-drill-target/ - Nature Communications, étude Williams et al. (DOI 10.1038/s41467-026-70656-0) : https://www.nature.com/articles/s41467-026-70656-0 - PetaPixel, « Mars Curiosity Rover Captures Photos of Rocks That Look Like Dragon Scales » : https://petapixel.com/2026/04/21/mars-curiosity-rover-captures-photos-of-rocks-that-look-like-dragon-scales/ - Science Alert, « Curiosity Found Strange Dragon Scale Rocks on Mars » : https://www.sciencealert.com/curiosity-found-strange-dragon-scale-rocks-on-mars-and-scientists-are-excited - Live Science, « NASA's Curiosity rover finds a surprising number of giant dragon scales » : https://www.livescience.com/space/mars/nasas-curiosity-rover-finds-a-surprising-number-of-giant-dragon-scales-littered-across-mars - phys.org, « Mars rover finds compounds » : https://phys.org/news/2026-04-mars-rover-compounds.html - National Air and Space Museum, « Five years of Perseverance rover on Mars » : https://airandspace.si.edu/stories/editorial/five-years-perseverance-rover-mars - NASA JPL, « NASA's Perseverance Mars Rover Ready to Roll for Miles in Years Ahead » : https://www.nasa.gov/missions/mars-2020-perseverance/perseverance-rover/nasas-perseverance-mars-rover-ready-to-roll-for-miles-in-years-ahead/ - Wikipedia, « Perseverance (rover) » : https://en.wikipedia.org/wiki/Perseverance_(rover) - Wikipedia, « Curiosity (rover) » : https://en.wikipedia.org/wiki/Curiosity_(rover) - NASA History, « 50 Years Ago: Mariner 9 Enters Mars Orbit » : https://www.nasa.gov/history/50-years-ago-mariner-9-enters-mars-orbit/ - Wikipedia, « Viking 1 » : https://en.wikipedia.org/wiki/Viking_1 - Wikipedia, « Viking 2 » : https://en.wikipedia.org/wiki/Viking_2 - Science AAAS, « NASA's Mars Sample Return mission dead » : https://www.science.org/content/article/nasa-s-mars-sample-return-mission-dead - Space.com, « Elon Musk says SpaceX Mars 2026 is 50-50 » : https://www.space.com/space-exploration/private-spaceflight/elon-musk-says-spacex-will-launch-its-biggest-starship-yet-this-year-but-mars-in-2026-is-50-50 --- ## Hubble 36 ans : la Trifide vue par WFC3, mode 1-gyro - URL: https://www.portail-astronomie.fr/hubble-36-ans-nebuleuse-trifide-24-avril-2026-anniversaire/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-04-29T06:00:00 - Categories: observation Hubble vient de fêter ses 36 ans avec une nouvelle image de la nébuleuse Trifide, prise les 20, 21 et 22 février 2026 par la Wide Field Camera 3 sur son canal UVIS. Crédit officiel : NASA, ESA, STScI, traitement par Joseph DePasquale du Space Telescope Science Institute. La presse l'a reçue le 20 avril 2026, soit quatre jours avant la date anniversaire du décollage de STS-31 le 24 avril 1990. La NASA a sorti l'image en avance pour qu'on en parle au bon moment. Ça a marché. Sur le papier, c'est une image anniversaire. Dans les faits, c'est un test technique de ce que peut encore faire un observatoire qui tourne en mode 1-gyro depuis le 14 juin 2024. Et ce que ça révèle, en matériel comme en science, mérite un comparatif sec avec la version 1997 et avec ce que JWST sait, ou ne sait pas, faire sur la même cible. ## Le hardware embarqué pour cette image : WFC3, pas ACS Spec en main : l'image 2026 est sortie de la Wide Field Camera 3, canal UVIS, installée par les astronautes de STS-125 lors de Servicing Mission 4 en mai 2009. La WFC3 couvre de 200 à 1 700 nm, du proche ultraviolet au proche infrarouge, sur un champ de 162 par 162 secondes d'arc avec deux CCD 2K par 4K rétro-éclairés. Elle a remplacé la Wide Field and Planetary Camera 2 que SM1 avait posée en décembre 1993. Trois filtres pour cette image : F502N pour l'oxygène doublement ionisé en bleu, F656N pour l'hydrogène alpha en vert, F673N pour le soufre une fois ionisé en rouge. Format final : 4 074 par 3 943 pixels, environ 4 années-lumière de large sur la cible. Pourquoi la WFC3 et pas l'Advanced Camera for Surveys ? Parce que sur cette image grand champ, la WFC3 reste l'outil le plus polyvalent du télescope. L'ACS, posée en mars 2002 par STS-109, est techniquement encore active sur deux canaux : le Wide Field Channel et le Solar Blind Channel. Le High Resolution Channel, lui, est mort depuis janvier 2007 et n'a pas été réparable lors de SM4. SM4 a réparé le WFC, qui était hors service depuis ce même mois de janvier 2007. Verdict : ACS reste un instrument utile, mais pour une cible étendue avec sélection en raies d'émission, la WFC3 UVIS est plus adaptée. Le choix d'instrument n'est jamais neutre, et celui-là est cohérent. ## 1997 vs 2026 : ce que la comparaison technique raconte L'image de référence à laquelle tout le monde compare la version 2026, c'est celle de Jeff Hester, alors à Arizona State University. Prise de vue le 8 septembre 1997 par WFPC2, publication presse le 9 novembre 1999, crédit NASA, ESA et Jeff Hester. Pas Jeff Hester au STScI, comme on le lit parfois recopié de mauvaises fiches : Jeff Hester à Arizona State University. La nuance compte parce que la photo est devenue une référence pédagogique et qu'il faut citer juste. Filtres 1997 : F502N pour l'oxygène, F547M en Strömgren y pour le continuum, F656N pour l'hydrogène alpha, F673N pour le soufre. Trois filtres sur les quatre se retrouvent en 2026, mais sur un capteur back-illuminated bien plus sensible et avec un échantillonnage spatial différent. Le résultat visuel ne se compare pas à l'œil nu, il se compare en mesure. Et c'est là que la comparaison devient utile. L'objet HH-399, un jet Herbig-Haro éjecté périodiquement par une protoétoile jeune nichée dans la tête de la sea lemon (la limace de mer, terme officiel NASA pour décrire la forme de la nébuleuse cette fois-ci), est visible sur les deux images. Le contre-jet, lui, apparaît en zigzag orange-rouge derrière la nuque de la sea lemon. Vingt-neuf ans entre les deux clichés, et pour la première fois la communauté peut mesurer directement l'expansion du jet, donc estimer la vitesse et l'énergie injectée. La vitesse exacte n'est pas publique dans les sources que j'ai pu vérifier, je ne vais pas la sortir d'un chapeau. Le mouvement propre, lui, est confirmé. C'est exactement le type d'observation que seul un télescope qui dure trois décennies peut produire. Pas une mission de cinq ans. Pas une cible photographiée une fois. Trente ans de recul et la même résolution angulaire, c'est ce qui permet d'écrire des papiers que JWST ne pourra pas écrire avant 2050. ## Distance : 5 000 al, 4 100 al, 9 000 al, la valeur change selon la source Petit détour sur un chiffre qui circule mal. Le communiqué NASA et ESA d'avril 2026 parle d'environ 5 000 années-lumière. Wikipedia, sur la base de mesures plus récentes, donne 4 100 plus ou moins 200 années-lumière. La fiche ESA archive de 1999, sur l'image de Jeff Hester, indiquait 9 000 années-lumière. Cette dernière valeur est obsolète et il faut éviter de la recopier. Pour cet article, j'utilise environ 5 000 années-lumière puisque c'est la valeur officielle du communiqué anniversaire. À noter pour les puristes : les estimations modernes convergent vers une fourchette plus basse, la valeur NASA arrondit pour la communication grand public. La nébuleuse, elle, ne bouge pas. C'est notre mesure qui s'affine. Pour le contexte, on parle d'une nébuleuse logée dans la constellation du Sagittaire, au nord-ouest, désignée Messier 20 et NGC 6514. Charles Messier l'a cataloguée le 5 juin 1764. Triple nature documentée : nébuleuse en émission rose, nébuleuse par réflexion bleue au nord-nord-est, nébuleuse obscure (Barnard 85) qui crée les couloirs de poussière. L'étoile centrale qui ionise tout ça, c'est HD 164492A, une O7.5 III de plus de 20 masses solaires, entourée d'environ 3 100 jeunes étoiles. C'est exactement le type de pouponnière qu'on retrouve dans les Piliers de la Création ou dans la Carène, mais à plus petite échelle. ## Le mode 1-gyro : la contrainte qu'on oublie quand on regarde l'image Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Tension de Hubble : Freedman vs Riess, le rôle de JWST](/tension-hubble-freedman-riess-controverse-cosmologique-jwst-2026). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Omega Centauri : un trou noir intermédiaire signé Hubble](/omega-centauri-ngc-5139-trou-noir-intermediaire-jwst). Voilà ce qui m'a vraiment frappé en lisant les fiches techniques. Cette image a été prise par un télescope qui ne dispose plus que de deux gyroscopes fonctionnels sur les six embarqués, et qui opère en mode 1-gyro depuis le 14 juin 2024. Trois gyros sont défaillants pour corrosion des flex leads, un autre est gardé en réserve, un sert à pointer. Tous les six avaient pourtant été remplacés par les astronautes de SM4 en mai 2009. Ce passage en mode 1-gyro a eu un coût mesurable. NASA a documenté une réduction d'environ 12 pourcent de l'efficacité de planification, soit le passage de 85 à 74 orbites par semaine. La zone d'exclusion solaire s'est élargie. Les objets plus proches que Mars ne sont plus observables. Pour une cible comme la Trifide, en revanche, à environ 5 000 années-lumière et bien dégagée du Soleil pendant ses fenêtres d'observation, la dégradation est invisible à l'œil. La preuve, c'est cette image : aucune trace de jitter, des structures de poussière piquées au pixel près sur les couloirs de Barnard 85. (J'ai testé pas mal de capteurs amateurs avec autoguidage défaillant, et la moindre dérive se voit immédiatement sur les nébuleuses fines. Que la WFC3 sorte ça en 1-gyro, c'est une vraie démonstration de ce que vaut le système de pointage du télescope, même réduit.) NASA a explicitement refusé un plan de reboost commercial proposé par un acteur privé. Citation de Mark Clampin : « After exploring the current commercial capabilities, we are not going to pursue a reboost right now ». Position assumée. La projection officielle donne plus de 70 pourcent de probabilité d'avoir au moins un gyroscope encore fonctionnel jusqu'en 2035. À ce moment-là, la rentrée atmosphérique deviendra le vrai sujet, parce qu'à 547 km d'altitude, sans reboost, l'orbite finit par se dégrader. Mais on parle de la deuxième moitié des années 2030. ## Hubble vs JWST : le vrai partage des rôles C'est la question qu'on me pose à chaque article sur Hubble : pourquoi continuer à payer pour Hubble alors que JWST tourne ? Réponse en specs. | Spec | Hubble | JWST | | ----------------- | ------------------------------------- | ------------------------------------------ | | Miroir primaire | 2,4 m hyperbolique | 6,5 m segmenté or-béryllium (18 hexagones) | | Surface collectée | référence | environ 6 fois Hubble | | Plage spectrale | 0,1 à 2,5 µm (UV, visible, proche IR) | 0,6 à 28,5 µm (visible rouge à moyen IR) | | UV | OUI | NON | | Coût annuel ops | environ 100 millions de dollars | non communiqué publiquement | Le point critique : JWST n'observe pas dans l'ultraviolet. Sa plage commence au visible rouge à 0,6 µm. Hubble couvre tout le UV jusqu'à 0,1 µm, soit la bande dont on a besoin pour étudier les étoiles chaudes, les phénomènes haute énergie, le milieu interstellaire ionisé, certaines transitions atomiques clé. Pour cette image de la Trifide, le filtre F502N en oxygène doublement ionisé travaille dans le visible, donc JWST pourrait théoriquement faire un équivalent en NIRCam. Mais pour suivre une étoile O dans son rayonnement ionisant, ou pour mesurer l'absorption Lyman alpha d'un quasar, il faut Hubble. Pas le choix. Sur le rapport qualité-prix, c'est moins simple à trancher. Les opérations annuelles de Hubble représentent environ 100 millions de dollars selon NASA. Le coût total cumulé du télescope, ajusté à 2021, tourne autour de 16 milliards de dollars depuis le démarrage officiel du programme en 1977. C'est cher pour un télescope. C'est moins cher que JWST. Et avec plus de 1,7 million d'observations cumulées, près de 23 000 publications peer-reviewed dont environ 1 100 pour la seule année 2025, et près de 29 000 chercheurs ayant publié à partir de ses données, c'est probablement le meilleur retour scientifique par dollar investi sur un grand observatoire spatial. Pour un comparatif côté JWST, voir [Hubble et Webb sur Saturne en infrarouge et visible](/webb-hubble-saturne-infrarouge-visible-2026/) qui montre comment les deux instruments se complètent sur une même cible. ## Ce que cette image dit du futur d'Hubble Le télescope a été conçu pour 15 ans d'opération. Il en est à 36. À ce stade, chaque image anniversaire devient un événement à double lecture : scientifique, parce que les séries longues comme la Trifide 1997-2026 produisent des données impossibles à acquérir autrement ; politique, parce qu'il faut justifier que NASA continue à payer un peu plus de 100 millions de dollars par an pour le faire tourner. Mon verdict de testeur hardware : la NASA a raison de tenir Hubble en vie tant que le pointage tient. Le mode 1-gyro est une rustine élégante, pas une fin de vie. Tant que la WFC3 délivre des images de cette qualité et que l'ACS WFC tourne en parallèle, l'observatoire produit de la science qu'aucun autre instrument ne sait produire dans l'UV. Pour aller plus loin sur les capacités d'expansion mesurées par Hubble sur d'autres cibles évolutives, [la nébuleuse du Crabe à 25 ans d'expansion vue par Hubble](/hubble-nebuleuse-crabe-25-ans-expansion/) montre exactement le même type d'apport scientifique. Et pour la complémentarité visible plus infrarouge sur des galaxies, [M101 vue par Hubble et Webb](/m101-hubble-webb-structure-spirale-observation/) illustre comment les deux générations d'instruments construisent ensemble une lecture qu'aucun ne ferait seul. Pour les observateurs amateurs qui veulent pointer la Trifide eux-mêmes au 200 mm sur une nuit d'été, elle culmine bas dans le Sagittaire, vers le sud, en juillet et août depuis l'hémisphère nord. Vous n'aurez pas la résolution de la WFC3, mais vous verrez les trois lobes d'émission qui ont valu son nom à la nébuleuse, et vous comprendrez pourquoi Messier l'a cataloguée 21e dans sa liste alors qu'il chassait des comètes. Pour qui suivre encore Hubble en 2026 ? Trois profils : - L'astrophysicien UV : pas le choix, il n'y a que ça. Dans cette bande, JWST ne peut pas. Tant que Hubble vit, on observe. Quand il s'éteindra, le successeur direct sera Habitable Worlds Observatory au mieux dans les années 2040. - Le passionné de séries temporelles longues : 36 ans d'archive, c'est un patrimoine scientifique. Chaque cible re-pointée à 20 ou 30 ans d'intervalle produit des résultats que JWST ne saura pas reproduire avant longtemps. - Le chasseur d'images : Hubble produit toujours des images qui sortent en presse. Moins spectaculaires que celles de JWST en infrarouge faux couleurs, plus proches de ce que nos yeux verraient. C'est un argument plus émotionnel que scientifique, mais il compte pour la communication grand public. > Image : Nébuleuse Trifide vue par Hubble WFC3/UVIS, image anniversaire 2026. ESA/Hubble et NASA, traitement Joseph DePasquale. ## Sources - NASA Science, « NASA's Hubble Dazzles With Young Stars in Trifid Nebula », communiqué anniversaire 36 ans : https://science.nasa.gov/missions/hubble/nasas-hubble-dazzles-with-young-stars-in-trifid-nebula/ - ESA/Hubble, « heic2608, 36th anniversary release » : https://esahubble.org/news/heic2608/ - NASA Science, asset page WFC3 image 2026 (filtres, dates, dimensions) : https://science.nasa.gov/asset/hubble/trifid-nebula-wide-field-camera-3-image/ - Internet Archive, dossier presse STScI 1999-42e (image Jeff Hester WFPC2) : https://archive.org/details/SPD-HUBBLE-STScI-1999-42e - ESA/Hubble, fiche image opo9942a (1999) : https://esahubble.org/images/opo9942a/ - NASA Science, « Hubble Restarts Science in New Pointing Mode » (transition 1-gyro 14 juin 2024) : https://science.nasa.gov/missions/hubble/nasas-hubble-restarts-science-in-new-pointing-mode/ - NASA Science, page technique mode 1-gyro Hubble : https://science.nasa.gov/mission/hubble/observatory/design/hubble-one-gyro-mode/ - Space.com, gyroscopes Hubble et refus servicing privé : https://www.space.com/hubble-telescope-one-gyroscope-mode - STScI, page technique WFC3 : https://www.stsci.edu/hst/instrumentation/wfc3 - STScI, page technique ACS (WFC actif, HRC hors service depuis 2007) : https://www.stsci.edu/hst/instrumentation/acs - NASA Science, page Servicing Mission 4 (mai 2009, STS-125) : https://science.nasa.gov/mission/hubble/observatory/missions-to-hubble/servicing-mission-4/ - NASA Science, comparatif Hubble vs Webb (UV, miroir, plage spectrale) : https://science.nasa.gov/mission/hubble/observatory/hubble-vs-webb/ - Wikipedia, « Trifid Nebula » (M20, NGC 6514, distance 4 100 al, HD 164492A) : https://en.wikipedia.org/wiki/Trifid_Nebula - NASA, mission STS-31 (lancement Hubble 24 avril 1990) : https://www.nasa.gov/mission/sts-31/ --- ## Ariane 6 VA268 : décollage 30 avril, 32 satellites Amazon - URL: https://www.portail-astronomie.fr/ariane-6-va268-lancement-28-avril-2026-mission-charge-utile/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-28T06:00:00 - Categories: exploration-spatiale VA268 ne décollera pas le 28 avril 2026. Arianespace a glissé l'info sans tambour le 25 avril : la mission est repoussée au 30 avril, fenêtre de tir entre 08:08 et 08:57 UTC, soit 10:08 à 10:57 heure de Paris depuis le pas de tir ELA-4 du Centre Spatial Guyanais. Aucune raison technique communiquée. Pour un programme qui veut doubler sa cadence en 2026, c'est le genre de précision qu'on aime avoir. On ne l'a pas. La charge utile, elle, est connue depuis la mi-avril : 32 satellites Amazon Leo, deuxième paquet de la série après les 32 sats LE-01 déployés en février. Lanceur : Ariane 64, la version musclée à quatre boosters à poudre, dont c'est seulement le deuxième vol. La coiffe longue de 20 mètres reste de mise pour avaler la pile de satellites. Mission courte : moins de deux heures du décollage à la séparation du dernier engin spatial. ## Ce qu'on sait du report Le communiqué officiel est laconique. "Mission VA268 update: Launch window on April 30, 2026". Point. Pas un mot sur la cause. Météo Kourou, vérification système, problème côté payload : Arianespace ne tranche pas en public. Je ne vais pas inventer une raison qui n'existe pas dans les sources. Ce qui est documenté, c'est la chaîne logistique : les 32 satellites Amazon Leo sont arrivés à Kourou entre le 10 et le 12 mars 2026. Le report de 48 heures n'a rien de catastrophique. Ce qui dérange, c'est l'absence d'explication. VA268 est le deuxième vol d'une série de 18 lancements qu'Arianespace a contractualisés avec Amazon pour déployer la constellation Leo, anciennement Project Kuiper, rebaptisée en novembre 2025. Le premier, [VA267, c'était le baptême du feu d'Ariane 64 en février](/celeste-leo-pnt-navigation-europeenne-premier-vol/) : 32 satellites déployés à environ 465 km d'altitude en 1h54, sans incident. La mission de référence pour ce qui doit se passer le 30 avril. ## Ariane 64, le bestiau qu'on a longtemps attendu Quatre boosters à poudre au lieu de deux. Capacité de charge en orbite basse qui passe d'environ 10,3 tonnes pour Ariane 62 à 21,6 tonnes pour Ariane 64. Sur le papier, c'est ce qui justifie le programme. Sans cette version, l'Europe ne peut pas signer de contrats de constellation lourds. Le premier vol Ariane 6 toutes versions confondues remonte au 9 juillet 2024 (VA262), avec la version 62. Officiellement c'est un succès. Dans les faits c'est un succès partiel : les huit petits satellites ont bien été déployés à environ 580 km, mais l'unité de propulsion auxiliaire, l'APU, n'a pas pu rallumer en fin de mission. Conséquence : pas de manœuvre de désorbitation contrôlée pour l'étage supérieur. C'est exactement le genre de défaut qu'on doit régler avant de promettre 9 à 10 vols par an en cadence de croisière. Bilan 2025 : quatre lancements, quatre succès. CSO-3 (militaire français), MetOp-SG A1 (météo), Sentinel-1D (observation Terre), Galileo SAT33 et SAT34. Tous en version Ariane 62. Ariane 64, elle, est arrivée le 12 février 2026 avec VA267. VA268 doit prouver que ce n'était pas un coup de chance. ## Cadence : 4 en 2025, 7 ou 8 en 2026 C'est sur la cadence que se joue la crédibilité du programme. Arianespace s'est fixé 7 à 8 vols pour 2026, soit le double de 2025. Objectif long terme : 9 à 10 par an. Le manifeste contient une trentaine de vols réservés. Sur le papier, le carnet de commandes tient. En pratique, doubler la cadence sur un lanceur expendable, ça se mérite. Faisons la comparaison qui fâche. SpaceX Falcon 9 a tourné à plus de 100 vols par an en 2024 et 2025. Dix fois la cadence d'Ariane 6 en régime nominal. Avec un lanceur réutilisable, dont le premier étage atterrit, est inspecté, et redécolle. Ariane 6 ne réutilise rien. Pour comparer côté concurrence, [Starship V3 IFT-12 doit faire son vol inaugural en mai 2026](/starship-v3-ift-12-vol-maiden-mai-2026-raptor-3-booster-19-pad-2/) avec une enveloppe de charge utile que l'Europe ne joue même pas. Sur le fond, j'ai du mal à me convaincre que le modèle économique d'Ariane 6 tient au-delà des contrats institutionnels et de quelques constellations captives. La Cour des Comptes a déjà alerté sur les risques structurels du programme. Le coût par lancement Ariane 64 est estimé entre 90 et 130 millions d'euros selon les analystes. À ce niveau de prix, sans réutilisabilité, il faut viser l'autonomie souveraine plus que la rentabilité. Ce qui est un choix politique légitime, pas un argument commercial. ## Amazon Leo, la deadline FCC qui pèse Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Lunar Pathfinder : premier relais télécom pour la Lune](/firefly-blue-ghost-mission-2-lunar-pathfinder-fin-2026). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Shenzhou 23 à Tiangong : le bilan début juin 2026](/shenzhou-23-tiangong-bilan-2-mois-mission-juin-2026-taikonautes). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Ariane 6 Galileo 2026 : le prochain RDV après VA266](/ariane-6-vol-4-commercial-kourou-2026-galileo-charge-utile). La constellation Amazon Leo prévoit 3 236 satellites répartis sur trois orbites (590, 610 et 630 km), 98 plans orbitaux, couverture latitude 56°N à 56°S. Concurrente directe de Starlink. Particularité qui pèse sur le calendrier : Amazon doit avoir lancé et opéré la moitié de la constellation avant le 30 juillet 2026 sous peine de sanctions FCC, et la totalité avant le 30 juillet 2029. Avec VA267, Amazon a déjà déployé 32 satellites Leo. VA268 en ajoutera 32. Pour atteindre la moitié des 3 236 satellites de la constellation avant la deadline FCC du 30 juillet, le compte n'y est pas. C'est pour ça qu'Amazon multiplie les contrats : Arianespace pour 18 lancements, mais aussi ULA Vulcan, Blue Origin New Glenn, et même quelques Falcon 9. Quand on doit livrer une constellation entière en quelques mois, on ne fait pas la fine bouche sur le lanceur. VA268 ne sauve pas la deadline FCC à lui seul. Le suivant, LE-03, est attendu au deuxième trimestre 2026 avec 35 à 40 satellites. Puis MTG-I2 en juin (météo Eumetsat), Metop-SG B1 le 6 octobre, Galileo L15 au quatrième trimestre. Pour le reste, Amazon comptera sur Vulcan et New Glenn. [Sur le marché des petits lanceurs européens, Spectrum a échoué dès le premier vol en mars 2026](/spectrum-isar-aerospace-scrub-chalutier-andoya-mars-2026/). ## Le silence qui dit beaucoup Sur le tarmac de Kourou, l'ELS, l'Ensemble de Lancement Soyouz, accueillait jusqu'à récemment les fusées russes. 27 lancements depuis 2011, fin brutale en février 2022 quand Roscosmos a rappelé ses 87 ressortissants après l'invasion de l'Ukraine. La rampe est restée en l'état pendant quatre ans. Le 24 avril 2026, quatre jours avant la date initialement prévue pour VA268, elle a été démontée. Le terrain est libéré pour MaiaSpace, le mini-lanceur réutilisable d'ArianeGroup, dont le premier vol est attendu en avril 2027. C'est un signal. Pendant qu'Ariane 6 tient son rôle sur les missions lourdes et les constellations contractualisées, le futur de Kourou se joue ailleurs : sur le réutilisable et la cadence rapide. Ce que Soyouz faisait à sa façon, MaiaSpace devra le refaire en mieux. Plus vite qu'Ariane 6 dans sa configuration actuelle. VA268 doit décoller le 30 avril à 10:08 heure de Paris. Si tout se passe bien, Ariane 64 aura confirmé sa fiabilité, et Arianespace cochera son deuxième vol sur les sept ou huit promis. C'est peu. C'est mieux que rien. > Image de couverture : panache du moteur Ariane 6 photographié depuis l'ISS le 6 mars 2025. NASA/Don Pettit (ISS072, domaine public). ## Sources - [Arianespace, "Flight VA268/LE-02 Launch Update"](https://newsroom.arianespace.com/flight-va268le-02-launch-update/?lang=eng) - [Arianespace updates page (mise à jour 25 avril 2026)](https://www.arianespace.com/updates-en/) - [Arianespace, "32 Amazon Leo satellites with Ariane 64 on April 28, 2026"](https://newsroom.arianespace.com/arianespace-to-launch-another-32-amazon-leo-satellites-with-ariane-64-on-april-28-2026/) - [ArianeGroup, "Next Ariane 6 launch on 29 April 2026"](https://www.ariane.group/en/news/next-ariane-6-launch-on-29-april-2026-carrying-32-amazon-leo-satellites/) - [Arianespace, "Lancement réussi VA267, première Ariane 64"](https://newsroom.arianespace.com/arianespace-lance-avec-succes-32-satellites-amazon-leo-avec-la-premiere-ariane-64/?lang=fra) - [ESA, "Premier lancement d'Ariane 6 avec quatre propulseurs"](https://www.esa.int/Space_in_Member_States/France/Premier_lancement_d_Ariane_6_avec_quatre_propulseurs) - [ESA, "Ariane 6, point de situation conjoint post-lancement (VA262)"](https://www.esa.int/Space_in_Member_States/France/Ariane_6_Point_de_situation_conjoint_post_lancement) - [CNES, "Succès du vol inaugural d'Ariane 6"](https://cnes.fr/actualites/succes-vol-inaugural-dariane-6) - [CNES, "2025, l'année d'Ariane 6 : quatre lancements, autant de réussites"](https://cnes.fr/actualites/2025-lannee-dariane-6-quatre-lancements-autant-de-reussites) - [Air & Cosmos, "Arianespace vise 7 à 8 vols Ariane 6 en 2026"](https://air-cosmos.com/article/arianespace-vise-7-a-8-vols-ariane-6-en-2026-70896) - [Futura Sciences, "Soyouz suspendu à Kourou (février 2022)"](https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/acces-espace-conflit-ukraine-russie-suspend-utilisation-soyouz-depuis-kourou-marque-point-97007/) - [News-Pravda FR, "Démantèlement de la rampe ELS Soyouz à Kourou"](https://francais.news-pravda.com/world/2026/04/24/813548.html) - [Wikipedia EN, "Kuiper Systems / Amazon Leo"](https://en.wikipedia.org/wiki/Kuiper_Systems) --- ## Saturne, juillet 2025 : le flash qui a affolé le monde - URL: https://www.portail-astronomie.fr/impact-saturne-flash-juillet-2025-fausse-alerte-mario-rana/ - Author: Julien P. - Published: 2026-04-27T06:00:00.000Z - Categories: systeme-solaire En 1994, le monde entier regardait Jupiter encaisser les vingt-et-un fragments de la comète Shoemaker-Levy 9 et leurs cicatrices, plus larges que la Grande Tache Rouge, ont marqué l'histoire de l'observation planétaire pour des décennies. Trente-et-un ans plus tard, Saturne attend toujours son moment ; et un flash de deux frames, captés par un astrophotographe amateur de Hampton, Virginie, a failli le lui offrir, avant de s'évanouir dans le bruit d'un capteur. C'est une histoire que je voulais raconter dix mois après les faits, parce qu'elle dit quelque chose de la chasse aux impacts planétaires que les annonces du moment, dans le tumulte de l'été 2025, n'avaient pas eu le temps de formuler. L'événement a duré moins d'une seconde. La mobilisation qu'il a déclenchée a duré cinq jours. Le verdict, lui, tient en une phrase : pas d'impact sur Saturne. Mais entre les trois, il y a un récit qui mérite d'être retracé, parce qu'il dessine les contours, encore flous, d'une discipline scientifique où des amateurs équipés de logiciels gratuits parlent désormais d'égal à égal avec les planétologues professionnels. ## Acte I : le flash, 5 juillet 2025, 9h07min56s UTC Mario Rana est un astrophotographe amateur basé à Hampton, en Virginie. Collaborateur de la NASA Langley Research Center, membre du réseau d'observateurs animé par le projet DeTeCt, il fait partie de cette centaine d'amateurs mondiaux qui, chaque nuit claire, scrutent les planètes géantes et compilent des heures de vidéo à la recherche de l'invisible. Le 5 juillet 2025, à 9 heures 7 minutes et 56 secondes en temps universel, sa caméra capte deux frames anormales sur le limbe occidental de Saturne. Quelques jours plus tard, le logiciel DeTeCt, qui scanne automatiquement les vidéos planétaires à la recherche de transitoires, signale l'anomalie : un point lumineux d'environ magnitude 0, soit aussi brillant que les étoiles les plus visibles du ciel nocturne, isolé sur deux images consécutives, et rien sur les frames suivantes. Si l'événement avait été terrestre, on l'aurait à peine remarqué. Sur Saturne, c'est un signal possible d'impact. Et ce signal, sur Saturne, n'a jamais été confirmé visuellement par personne ; jamais, dans toute l'histoire de l'observation planétaire moderne. Là où Jupiter affiche désormais cinq impacts confirmés depuis 2010, captés par les amateurs dans le réseau DeTeCt, Saturne reste une terra incognita. La planète aux anneaux n'a livré aucun flash documenté. Mario Rana venait peut-être de filmer le premier. Je dis "peut-être" parce que c'est tout l'enjeu de la suite. Deux frames, c'est un seuil de détection, pas une preuve. Comme l'a résumé Leigh Fletcher, planétologue à l'Université de Leicester, dans une formulation qui résume bien la prudence des professionnels face à ces alertes : si une seule personne voit le flash, ce qui est exactement la situation dans laquelle on se trouve, il y a une probabilité très élevée que l'événement ne soit pas réel. La science ne valide pas l'unique. Elle valide le reproductible. ## Acte II : la mobilisation, 5 au 10 juillet 2025 Le 8 juillet, le Planetary Virtual Observatory and Laboratory, hébergé par l'Université du Pays Basque à Leioa, diffuse une alerte mondiale. Marc Delcroix, astronome amateur français, directeur de la commission d'observations planétaires de la Société Astronomique de France et coordinateur du projet DeTeCt, signe la requête : tout observateur, amateur ou professionnel, ayant pointé son télescope vers Saturne le 5 juillet 2025 entre 09h00 et 09h15 UTC est prié de remonter ses fichiers, ses vidéos, ses photographies. La fenêtre est étroite ; la mobilisation, elle, est planétaire. Pour bien comprendre ce qui se joue à ce moment précis, il faut saisir l'asymétrie structurelle entre Jupiter et Saturne en matière de détection d'impacts. L'atmosphère jovienne, plus dense, plus dynamique, laisse régulièrement apparaître des "trous" dans sa couche supérieure de nuages, par lesquels les bolides de quelques mètres se signalent. Saturne, à cause d'une gravité plus faible, présente une couverture nuageuse étalée sur près de deux cents kilomètres d'épaisseur, contre une centaine pour Jupiter ; les flashs y sont rarissimes, et probablement plus difficiles à voir. C'est une donnée que les planétologues martèlent depuis dix ans : si Saturne reçoit des impacts à un rythme comparable à celui de Jupiter, nous ne les voyons pas, ou nous ne les voyons que mal. Ce qui rendait l'observation de Mario Rana, dans l'hypothèse où elle aurait été confirmée, doublement précieuse. Pendant cinq jours, des astronomes du monde entier ont fouillé leurs disques durs. Des images ont remonté, des vidéos ont été comparées frame par frame, des analyses spectrales ont été tentées. C'est le moment que j'aime, dans ces histoires : la manière dont une discipline scientifique entière, sans hiérarchie centralisée, se synchronise en quelques jours autour d'un signal douteux, parce que le signal, justement, vaut la peine d'être interrogé. Cette élégance-là, on ne la trouve nulle part ailleurs ; elle ressemble, paradoxalement, à la manière dont [les amateurs continuent de devancer les surveys automatiques sur les géocroiseurs](/astronomes-amateurs-decouverte-contribuent-science-2026/), avec les mêmes outils gratuits, les mêmes réseaux informels, la même obsession patiente. ## Acte III : le verdict, 10 juillet 2025 Le 10 juillet 2025, le projet DeTeCt publie sa conclusion : aucune des données additionnelles remontées par la communauté ne montre le flash. Pas d'impact sur Saturne. Ricardo Hueso, chercheur à l'UPV/EHU, co-responsable de DeTeCt et de PVOL, formule l'hypothèse la plus probable : un pixel bruyant dans la caméra de Mario Rana, autrement dit un artefact de capteur, qui aurait simulé pendant deux frames la signature d'un faible impact. La formulation de Hueso, citée à l'époque par plusieurs sources, vaut d'être précisée : les chercheurs cherchaient à déterminer si la donnée était la "signature d'un faible impact ou si c'était juste un pixel bruyant dans la caméra". La seconde hypothèse l'a emporté. Je ne sais pas trop quoi en penser, dix mois après. D'un côté, le verdict est sans appel : pas d'impact, pas de premier de l'histoire, pas de cratère atmosphérique sur Saturne à mettre dans les manuels. De l'autre, l'épisode entier, depuis la détection automatique par DeTeCt jusqu'à l'invalidation collective en cinq jours, démontre que l'infrastructure de surveillance fonctionne. Elle fonctionne au point qu'un faux positif d'un seul observateur déclenche immédiatement une vérification mondiale. C'est très précisément ce qu'on attendait d'elle quand le projet a été imaginé. ## Pourquoi Saturne reste inviolée, statistiquement Nuançons toutefois : l'absence d'impact confirmé sur Saturne n'a rien d'un mystère. Les estimations publiées dans Astronomy & Astrophysics en mars 2025 chiffrent à environ 3,2 sur 1000 par an la probabilité qu'un objet de plus d'un kilomètre frappe Saturne, soit un événement tous les 3 125 ans en moyenne. Pour les bolides plus petits, la fréquence est probablement plus élevée, mais aucune estimation indépendante robuste n'est encore publiée. Sur Jupiter, en comparaison, le projet DeTeCt estime entre 4 et 18 impacts détectables par an pour les objets supérieurs à cinq mètres ; plus de soixante-douze mille fichiers vidéo, équivalant à plus de soixante-quinze jours d'observation cumulée, ont déjà été analysés depuis 2010. À plus long terme, la question reste ouverte. Le réseau DeTeCt continue d'analyser les heures de vidéo soumises par sa centaine d'observateurs ; le matériel s'améliore, les algorithmes aussi, et la statistique finira par converger vers un premier flash saturnien réel. Quand ? Personne ne le sait. L'histoire récente nous rappelle que [même les grandes missions vers les anneaux de Saturne, comme l'imagerie Webb-Hubble](/webb-hubble-saturne-infrarouge-visible-2026/), n'ont jamais surpris d'impact en flagrant délit ; ce sera, paradoxalement, depuis le jardin d'un amateur que la première confirmation viendra. Mais probablement pas en juillet 2025. Et l'on devine ici une parenté évidente avec [la mission Hera, partie inspecter le cratère que DART a creusé sur Dimorphos](/hera-didymos-inspection-post-impact-dart-2026/) : la même obsession pour les petits corps, le même souci de calibrer ce qu'on observe, sauf qu'ici les observateurs sont chez eux et l'objet, à un milliard et demi de kilomètres. ## Ce que cet épisode raconte de la science citoyenne L'incident a quelque chose d'émouvant pour qui suit ces dossiers depuis dix ans. Mario Rana n'a pas filmé d'impact. Il a, en revanche, déclenché en moins de cinq jours une mobilisation impossible à imaginer il y a vingt ans. Le PVOL n'existait pas. DeTeCt n'existait pas. Marc Delcroix n'avait pas encore structuré la commission planétaire de la SAF autour de cette mission. Aujourd'hui, l'infrastructure est là, opérationnelle, et elle a fait son travail : valider en temps quasi réel un signal douteux, et le rejeter avec rigueur. C'est l'histoire d'une fausse alerte qui a démontré la solidité du dispositif, plutôt que sa fragilité. Je trouve qu'il y a dans cet épisode une beauté discrète, presque mélancolique. Le flash de Mario Rana n'a duré qu'une seconde. La mobilisation qu'il a déclenchée a permis à des dizaines d'observateurs de se synchroniser en quelques jours autour d'un même point du ciel, à la même heure. Et le verdict final, négatif, a été publié par un projet bénévole, hébergé par une université espagnole, coordonné par un Français de la SAF, à partir de données envoyées depuis le monde entier. Ce serait trop simple de conclure que la science a "perdu" quelque chose ce 10 juillet 2025. La science a démontré qu'elle savait dire non. Reste la question qui me hante depuis dix mois : quand viendra le vrai flash saturnien, le confirmera-t-on aussi rapidement qu'on a invalidé celui-là ? Je n'ai pas de réponse. Mais j'ai l'intuition, en regardant la trajectoire de ces dix dernières années, que ce sera sans doute, encore une fois, un amateur dans son jardin qui le verra le premier ; pas un télescope spatial à plusieurs milliards d'euros. Et qu'il faudra, ce jour-là, plus que deux frames. > Image : [So Far from Home (Saturne, Cassini 2017](https://images.nasa.gov/details/PIA21345)) Crédit : NASA/JPL-Caltech/Space Science Institute, domaine public. ## Sources - EarthSky, "Did a space rock hit Saturn ? See the photo" (mise à jour 10 juillet 2025) : https://earthsky.org/space/did-space-rock-hit-saturn-photo/ - SciencePost, "Un astronome amateur a filmé quelque chose qui frappe Saturne" : https://sciencepost.fr/un-astronome-amateur-a-filme-quelque-chose-qui-frappe-saturne-et-maintenant-les-scientifiques-du-monde-entier-demandent-de-laide/ - Generation NT, "Saturne : impact, flash, astéroïde, fausse alerte" : https://www.generation-nt.com/actualites/saturne-impact-flash-asteroide-fausse-alerte-2060017 - Earth.com, "Citizen astronomers captured a possible impact on Saturn for the first time ever" : https://www.earth.com/news/citizen-astronomers-captured-a-possible-impact-on-saturn-for-the-first-time-ever/ - DailyGalaxy, "First-ever possible impact on Saturn captured" : https://dailygalaxy.com/2025/08/first-ever-possible-impact-saturn-captured/ - ts2.tech, "Did a space rock just slam into Saturn ? Inside the global race to confirm the 5 July 2025 flash" : https://ts2.tech/en/did-a-space-rock-just-slam-into-saturn-inside-the-global-race-to-confirm-the-5-july-2025-flash/ - PVOL (Planetary Virtual Observatory and Laboratory), annonce officielle : http://pvol2.ehu.eus/pvol2/news/view?id=53 - Hueso et al., A&A 2018, "The Planetary Virtual Observatory and Laboratory" : https://www.aanda.org/articles/aa/full_html/2018/09/aa32689-18/aa32689-18.html - A&A 2025, fréquence d'impacts sur Saturne : https://www.aanda.org/articles/aa/full_html/2025/03/aa53433-24/aa53433-24.html - Astrosurf, projet DeTeCt (Marc Delcroix, SAF) : http://www.astrosurf.com/planetessaf/doc/project_detect.php --- ## Nancy Grace Roman : lancement annoncé pour septembre 2026 - URL: https://www.portail-astronomie.fr/nancy-grace-roman-telescope-assemblage-finalise-avril-2026/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-04-27T06:00:00 - Categories: exploration-spatiale Nancy Grace Roman : 2,4 m de miroir, 0,281 deg² de champ par pose, 1,4 To/jour de données compressées, 4,3 milliards de dollars budget total, 10 500 kg sur la balance. Et un lancement annoncé le 21 avril 2026 pour début septembre 2026, soit huit mois d'avance sur l'engagement officiel NASA (« no later than May 2027 »). Sous budget, en avance. Pour un grand observatoire NASA, c'est suffisamment rare pour qu'on prenne le temps de regarder ce qu'il y a vraiment dans le tube. ## 21 avril 2026 : conférence presse, pas date d'assemblage Première précision factuelle, parce que les flux d'actu mélangent les dates. Le télescope a été assemblé le 25 novembre 2025 au Goddard Space Flight Center, à Greenbelt dans le Maryland, par jonction des deux segments interne et externe. Cinq mois plus tard, le 21 avril 2026, NASA organise une conférence presse à Goddard pour présenter publiquement l'observatoire intégré, annoncer la fin des tests pré-lancement, et caler un T-0. C'est l'administrateur NASA Jared Isaacman qui prononce la date : début septembre 2026. Une date plus précise (28 septembre) circule dans des sources secondaires. Sur ce point, j'ai moins de certitudes. NASA, dans son communiqué officiel, dit « as soon as early September 2026 ». Tant que l'agence n'aligne pas une date T-0 publique, je m'en tiens à « début septembre ». Le télescope partira de Goddard mi-juin 2026 vers le Kennedy Space Center pour les préparations finales, puis sera lancé depuis le pas de tir LC-39A par une Falcon Heavy de SpaceX. Contrat de lancement signé en 2022 : environ 255 millions de dollars. Destination : orbite halo autour du point de Lagrange L2 du système Soleil-Terre, à environ 1,5 million de kilomètres. Le même voisinage que JWST. Mission principale prévue pour cinq ans. ## Spec sheet : 2,4 m, 300 mégapixels, 18 détecteurs Sur le papier, voici les chiffres qui comptent. - Miroir primaire : 2,4 m, identique à Hubble. Trois miroirs anastigmat, rapport focal f/7.9 (Hubble est à f/24). - Masse au lancement : 10 500 kg. Hauteur : plus de 12 m. Largeur : 4,3 m. Consommation : 4,5 kW. - Instrument principal WFI : 300,8 mégapixels, 18 détecteurs Teledyne H4RG-10 (4096×4096 chacun). Champ 0,281 deg² (0,8° × 0,4° hors espaces inter-détecteurs). Résolution 0,11 arcseconde par pixel. Couverture 0,48 à 2,3 µm, 8 filtres d'imagerie. - Coronagraphe CGI : premier coronagraphe actif jamais embarqué dans l'espace, 575 à 825 nm, capable de détecter des planètes 100 millions de fois moins brillantes que leur étoile. Le miroir de 2,4 m n'est pas un choix de design pur. En 2012, le NRO (National Reconnaissance Office) a offert à NASA deux télescopes de 2,4 m inutilisés, focale plus courte que Hubble. Le projet WFIRST, qui partait sur un design DRM1 avec un miroir de 1,3 m, a basculé sur l'optique NRO. C'est ce qui donne à Roman ce rapport focal court : un champ beaucoup plus large que Hubble pour la même collecte de lumière. ## Le « 100× Hubble » qu'on lit partout, en réalité c'est plus nuancé NASA met en avant un facteur 100× sur le champ de vision par rapport à Hubble. C'est vrai, mais ça mérite une lecture attentive du communiqué. | Comparaison | Champ Roman WFI | Ratio | | --------------------------------------- | --------------- | ------------ | | Hubble ACS (caméra grand champ visible) | 0,281 deg² | environ 100× | | Hubble WFC3-IR (imageur infrarouge) | 0,281 deg² | environ 200× | | JWST NIRCam | 0,281 deg² | environ 100× | Donc « 100× Hubble » signifie 100× le champ de la caméra ACS de Hubble (la plus large), 200× son imageur infrarouge WFC3-IR, et 100× la NIRCam de JWST. Les sources NASA ne donnent pas explicitement le champ ACS en deg², donc inutile que je vous balance un chiffre dérivé. Le fait notable, c'est l'asymétrie : Roman est un télescope « grand champ » par construction, là où Hubble et JWST sont des télescopes « champ étroit, plongée profonde ». Ça change tout pour la cadence de couverture. À sensibilité et résolution comparables, Roman cartographiera le ciel jusqu'à 1 000 fois plus vite que Hubble. En cinq ans, il imagera plus de 50 fois la surface de ciel cumulée par Hubble en 30 ans d'opération. La formulation populaire « ce que Hubble met 2 000 ans à faire, Roman le fait en un an » que reprend Scientific American n'est pas marketing, c'est arithmétique de cadence. ## Roman, Hubble, JWST, Vera Rubin : qui fait quoi Pour situer Roman dans l'écosystème, comparatif rapide. | Mission | Miroir | Couverture spectrale | Spécialité | | ------------------- | ------ | ------------------------------------------ | ---------------------------------------------- | | Hubble | 2,4 m | UV, visible, proche IR | Polyvalent, observations profondes ponctuelles | | JWST | 6,5 m | proche et moyen IR (jusqu'au-delà de 5 µm) | Champ étroit, plongée infrarouge | | Roman | 2,4 m | 0,48 à 2,3 µm | Grand champ, surveys statistiques | | Vera C. Rubin (sol) | sol | optique | Survey time-domain depuis le sol | JWST collecte beaucoup plus de lumière que Roman (miroir 6,5 m vs 2,4 m), donc reste meilleur sur les cibles ponctuelles très faibles. Roman ne le remplace pas. Il complète. Là où JWST plonge, Roman balaye. Pour la suite côté observation grand champ depuis le sol, l'angle d'attaque est différent et notre [point sur la première lumière du Vera Rubin Observatory](/vera-rubin-observatory-premiere-lumiere-avril-2026-lsst-32-gigapixels) montre comment LSST travaille en time-domain optique pendant que Roman fait la statistique IR depuis L2. Côté Europe, [Euclid valide déjà le cisaillement gravitationnel sur Abell 2390](/euclid-dr1-matiere-noire-cisaillement-gravitationnel) avec sa propre survey grand champ. La complémentarité est officialisée : Euclid couvre 15 000 deg² avec une sensibilité optique-NIR ; Roman vise environ 2 000 deg² avec une meilleure profondeur et résolution. Les deux survey energy noire travaillent en tandem, pas en concurrence. ## Le détail data qui décoiffe : 20 pétaoctets en cinq ans Roman génère 1,4 téraoctet de données compressées par jour, ce qui dépasse 500 To par an. En données brutes, l'ingénieur systèmes Mark Melton (Goddard) parle de 11 To par jour, soit environ 4 015 To par an non compressés. Distinction importante : les 500 To/an sont la version compressée qui descend effectivement vers le sol et qui sera archivée. Sur cinq ans de mission principale, le total s'établit à 20 000 téraoctets, soit 20 pétaoctets. Pour comparer : Hubble a accumulé environ 400 téraoctets en 35 ans d'opération. Roman dépassera cette quantité en moins d'un an. Côté traitement, le Space Telescope Science Institute (STScI) à Baltimore opère la mission. Décision intéressante : aucune période propriétaire. Là où Hubble accordait un an d'accès exclusif au PI, Roman publie tout immédiatement à la communauté mondiale. La plateforme Roman Research Nexus est hébergée sur AWS au sein du MAST, ouverte mi-décembre 2025. Pas d'embargo scientifique, accès cloud direct, c'est un changement de modèle assez radical pour la NASA. ## Énergie noire, exoplanètes, microlentilles : trois objectifs, un seul instrument Roman est conçu autour de deux piliers scientifiques. La survey High-Latitude Wide-Area Survey (HLWAS) cartographiera environ 5 100 degrés carrés (12 % du ciel), produira environ 12 millions de redshifts de galaxies et environ 370 millions de formes de galaxies pour le lentillage faible. Trois méthodes croisées sur l'énergie noire : oscillations acoustiques baryoniques (BAO), supernovae Ia lointaines, et weak lensing. Le second pilier : la survey Galactic Bulge Time Domain Survey, qui exploite la microlentille gravitationnelle. NASA annonce plus de 100 000 exoplanètes attendues. La technique est sensible aux masses de Mars et plus, depuis la zone habitable externe jusqu'aux planètes flottant librement dans la Galaxie. Domaine que ni Kepler ni TESS ne savaient atteindre, parce qu'ils étaient sur la méthode des transits. La microlentille permet le recensement statistique sur lequel on attend Roman depuis quinze ans. Le coronagraphe CGI, lui, est officiellement une démonstration technologique : 90 jours alloués dans les 18 premiers mois d'opération. Premier coronagraphe actif jamais embarqué, capable de 100 à 1 000 fois mieux que les coronagraphes spatiaux existants. C'est aussi un banc d'essai pour le futur Habitable Worlds Observatory, dont la décision est attendue vers 2028. ## Le contexte budget : sous budget, mais pas grâce à tout le monde 4,3 milliards de dollars total : conception, construction, lancement, cinq ans d'opérations. Le coût de développement approuvé en 2020 était de 3,2 milliards (max 3,934 milliards). On est au-dessus de la borne haute initiale, mais en-dessous des dérives habituelles des grandes missions NASA. Et surtout : sous budget par rapport au plan de vol final, en avance de huit mois. Le programme a survécu à deux tentatives d'annulation. Février 2018, première administration Trump : proposition de définancement, rejetée par le Congrès. Avril 2025, seconde administration : proposition de réduction du budget science NASA de 7,5 à 3,9 milliards, Roman inclus dans la liste. Le projet est passé à travers (lire à ce sujet [le verdict sur AXIS et PRIMA, autre mission Probe Explorers](/probe-explorers-nasa-2026-axis-prima-selection-trous-noirs-exoplanetes), où le scénario s'est moins bien passé). Le projet WFIRST a été recommandé comme priorité absolue par le Decadal Survey 2010, renommé Nancy Grace Roman Space Telescope le 20 mai 2020 par l'administrateur NASA Jim Bridenstine. Nancy Roman (1925-2018), première directrice d'astronomie de la NASA dès 1960, première femme cadre à l'agence, surnommée « mère de Hubble » par son collègue Ed Weiler en pendant de Lyman Spitzer. Donner son nom à un télescope grand champ est cohérent : Hubble lui doit son existence, Roman lui doit son ambition de couverture statistique. ## Mon verdict : pour qui ? Roman est probablement la mission grand champ la plus ambitieuse de la décennie côté NASA, et le rapport coût/performance est bon. 4,3 milliards pour 20 Po de données ouvertes, 100 000 exoplanètes attendues, trois méthodes croisées sur l'énergie noire. Le « 100× Hubble » mérite son astérisque, mais le facteur 1 000× sur la cadence de couverture, lui, n'est pas du marketing. **Pour qui ?** - Cosmologues : BAO + SNe Ia + weak lensing sur 5 100 deg², ce qu'on attendait depuis Planck. À tester contre Euclid. - Chasseurs d'exoplanètes : la microlentille sur le bulbe galactique ouvre un domaine de masses (Mars et plus, planètes flottantes) qu'aucune autre mission ne couvre. - Techniciens d'imagerie spatiale : le coronagraphe CGI est un banc d'essai pour HWO, à suivre pour voir l'imagerie haute dynamique arriver à maturité. - Grand public et amateurs avertis : pas de « première image » spectaculaire à la JWST. Roman fera de la statistique pendant cinq ans, ses « belles images » seront des cartes de matière noire. Moins photogénique, plus utile pour la science. Ce qui me rend prudent, c'est uniquement la fenêtre politique : le budget science NASA reste sous tension, même un programme livré « ahead of schedule and below cost » dépend des crédits à venir. Le hardware part en septembre. La science, elle, ne tient qu'au calendrier des appropriations. > Image : [Roman Space Telescope, assemblage juin 2025 Goddard](https://images.nasa.gov/details/GSFC_20250612_RST_034435), Crédit : NASA/Goddard Space Flight Center, domaine public. ## Sources - NASA, « NASA Targets Early September for Roman Space Telescope Launch » : https://www.nasa.gov/image-article/nasa-targets-early-september-for-roman-space-telescope-launch/ - NASA, « NASA to Unveil Complete Roman Telescope, Host Media Briefing », 21 avril 2026 : https://www.nasa.gov/news-release/nasa-to-unveil-complete-roman-telescope-host-media-briefing/ - NASA JPL, « NASA Completes Nancy Grace Roman Space Telescope Construction », novembre 2025 : https://www.jpl.nasa.gov/news/nasa-completes-nancy-grace-roman-space-telescope-construction/ - NASA Goddard, « Wide Field Instrument Technical » : https://roman.gsfc.nasa.gov/science/WFI_technical.html - NASA Science, « Wide Field Instrument » : https://science.nasa.gov/mission/roman-space-telescope/wide-field-instrument/ - NASA Science, « Roman and Webb » : https://science.nasa.gov/roman-and-webb/ - STScI, news 2026-401 : https://www.stsci.edu/contents/news-releases/2026/news-2026-401 - SpacePolicyOnline, « Roman Space Telescope Launching in September » : https://spacepolicyonline.com/news/roman-space-telescope-launching-in-september/ - NASA Science People, « Nancy Grace Roman » : https://science.nasa.gov/people/nancy-roman/ - NASA Goddard, « High Latitude Wide Area Survey » : https://roman.gsfc.nasa.gov/science/High_Latitude_Wide_Area_Survey.html - JPL, « The Roman Coronagraph Instrument » : https://www.jpl.nasa.gov/missions/the-roman-coronagraph-instrument/ - JPL, « NASA's Roman and ESA's Euclid Will Team Up to Investigate Dark Energy » : https://www.jpl.nasa.gov/news/nasas-roman-and-esas-euclid-will-team-up-to-investigate-dark-energy/ - Scientific American, « NASA's Nancy Grace Roman Space Telescope Will Launch in September » : https://www.scientificamerican.com/article/nasas-nancy-grace-roman-space-telescope-will-launch-in-september/ - Phys.org, « NASA unveils Roman telescope » : https://phys.org/news/2026-04-nasa-unveils-roman-telescope-universe.html - Wikipedia, « Nancy Grace Roman Space Telescope » : https://en.wikipedia.org/wiki/Nancy_Grace_Roman_Space_Telescope --- ## NASA Probe : AXIS disqualifiée, PRIMA reste seule en lice - URL: https://www.portail-astronomie.fr/probe-explorers-nasa-2026-axis-prima-selection-trous-noirs-exoplanetes/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-04-26T06:00:00 - Categories: exploration-spatiale 9 mars 2026 : AXIS est rayée de la liste. Budget non-conforme, calendrier tenu hors des clous de l'AO 2023 APEX. PRIMA reste seule. La « compétition » Probe Explorers de la NASA, censée opposer un télescope X à un télescope infrarouge lointain pendant dix-huit mois, s'est éteinte par forfait. Panel NASA en site visit en mai 2026, décision finale attendue courant 2026, lancement cible 2032. Le communiqué officiel parle de « non-éligibilité ». Le chef de projet AXIS, lui, parle de « chaos programmatique ». La nuance compte. ## Phase A, octobre 2024 : deux missions, 5 millions de dollars, 12 mois Rappel factuel rapide. Le 3 octobre 2024, la NASA annonce la sélection de deux concepts pour étude Phase A dans le cadre du nouveau programme Probe Explorers (APEX) : AXIS et PRIMA. Chaque équipe reçoit 5 millions de dollars pour mener une étude de concept de mission sur 12 mois. Budget cap mission Probe : 1 milliard de dollars hors lancement, selon l'AO de juillet 2023. La sélection finale était initialement programmée « early 2026 ». Le lancement, toujours officiellement cible en 2032 selon NASA Science (certaines communications du CEA évoquent mars 2031, mais c'est une date optimiste d'avant les dérives de calendrier). AXIS (Advanced X-ray Imaging Satellite) : Christopher Reynolds, University of Maryland College Park, PI. Erin Kara (MIT) en PI adjointe. Project management au Goddard Space Flight Center. Concept : télescope X-ray à résolution sub-arcseconde (1,5 arcseconde sur un champ de 450 arcminutes², bande 0,3-10 keV), dix fois plus sensible que Chandra au lancement de Chandra en 1999. Miroirs en silicium monocristallin (10 000 segments en 10 coquilles, développés à Goddard), CCD jusqu'à 100 fois plus rapides que les instruments précédents. PRIMA (PRobe far-Infrared Mission for Astrophysics) : Jason Glenn, NASA Goddard, PI. Project management au JPL. Télescope de 1,8 mètre refroidi cryogéniquement à 4,5 K (soit environ -268,65°C). Couverture 24 à 261 microns, l'infrarouge lointain, exactement le trou spectral laissé par Herschel depuis la fin de mission en avril 2013. Deux instruments : FIRESS (spectromètre 24-235 µm, R~100 en basse résolution, R jusqu'à 4 400 en haute) et PRIMAger (imageur hyperspectral R=10 sur 25-84 µm, polarimétrie en 4 bandes 90-235 µm). Détecteurs KIDs (Kinetic Inductance Detectors) refroidis à 120 mK. 75 % du temps alloué à la communauté General Observers. Sur le papier, les deux missions étaient complémentaires. Mark Clampin, directeur de l'astrophysique à la NASA, l'a dit en novembre 2024 : « In selecting the two missions that we picked, PRIMA and AXIS, we really aimed to balance the astrophysics portfolio. » Un X-ray et un IR lointain, pour cocher deux priorités Astro2020. ## 9 mars 2026 : l'email qui éjecte AXIS Ce 9 mars 2026, Christopher Reynolds envoie un email à son équipe. Il vient d'apprendre du Headquarters NASA que la mission AXIS est « not eligible for selection ». Le motif officiel, repris ensuite par SpaceNews et Space.com : non-conformité avec les exigences budgétaires et calendaires de l'AO 2023 APEX, avec un dépassement d'environ 10 % du budget plafond. L'auto-évaluation du projet AXIS confirmait d'ailleurs le dépassement. Fin de parcours, sans match retour. Reynolds, lui, n'en est pas resté à la paperasse administrative. Sa formulation publique : « frankly furious that AXIS has become a victim of the programmatic chaos of 2025 ». Et c'est là que la lecture factuelle devient intéressante, parce que ce chaos, il a un nom et des dates. 1. Plus de vingt personnels clés de Goddard travaillant sur AXIS sont partis via le DOGE Deferred Resignation Program, dont le project manager et Will Zhang, lead miroirs X-ray. Une équipe instrument ne se reconstitue pas en quelques semaines. 2. La proposition budgétaire Trump FY2026, publiée à l'été 2025, prévoyait la suppression pure et simple du programme Probe. Conséquence immédiate côté Goddard : accès restreint aux ingénieurs encore en poste, faute de visibilité sur la suite. 3. Le shutdown gouvernemental d'octobre-novembre 2025, soit six semaines sans travail effectif. Le deadline du Concept Study Report de PRIMA a d'ailleurs été étendu au 29 janvier 2026 pour compenser. AXIS, manifestement, n'a pas eu le même rattrapage. Le budget Probe a finalement été largement restauré par la loi de crédits du Congrès en janvier 2026. Trop tard pour AXIS : le budget de son CSR avait déjà dévié. Verdict administratif : non-éligible. Verdict factuel : une mission scientifiquement solide démolie par six mois de chaos politique. Les specs annonçaient une sensibilité dix fois Chandra, la réalité dit qu'on n'aura pas le successeur Chandra avant la prochaine décennie. (J'ai vu passer pas mal de programmes hardware annulés sur des dérapages budgétaires, mais là on parle d'un concept qui avait passé la Phase A, avec un PI adjoint MIT et un contractant Goddard sur les miroirs. Ce n'est pas un dossier fragile qui s'écroule, c'est un dossier solide qu'on n'a pas laissé finir.) ## PRIMA : seule en lice, et avec un calendrier serré Le statut de PRIMA a changé du tout au tout en un mail. Confirmation CASCA spring 2026 : « sole remaining mission under consideration ». Concept Study Report déposé le 29 janvier 2026 (délai étendu, shutdown oblige). Visite du panel d'évaluation NASA programmée en mai 2026. Décision finale attendue « courant 2026 », la formulation initiale « early 2026 » ayant été ravalée par les faits. Côté hardware, le calendrier est déjà figé. PRIMAger doit être livré au JPL fin 2029. Lancement toujours ciblé 2032 selon NASA Science. Participation internationale confirmée : CEA (Paris-Saclay et Grenoble), LAM (Marseille) et CNES côté France, sur le développement de PRIMAger. Le Canada fournit le mécanisme spectrométrique FTS pour FIRESS (Locke Spencer, co-investigateur canadien). SRON aux Pays-Bas, Italie, Royaume-Uni complètent le consortium. Benchmark en main, voici ce que PRIMA couvre que personne d'autre ne couvre : - JWST observe l'UV, le visible et l'infrarouge proche et moyen (0,6 à 28 microns). Stop. - Les radiotélescopes au sol prennent le relais dans le millimétrique et le centimétrique. - Entre les deux, l'infrarouge lointain (24 à 261 microns), c'est le trou dont Herschel est sorti en avril 2013 après quatre ans d'opération. Depuis, rien. PRIMA bouche ce trou. Pas par idéologie, par nécessité : les traceurs de glace, de poussière et de gaz moléculaire froid rayonnent précisément dans cette bande. Pour détecter des molécules froides dans les atmosphères d'exoplanètes, ou pour sonder la poussière autour des premières galaxies, aucun autre instrument spatial ne fait le job à l'horizon 2032. Les trois questions scientifiques officielles de PRIMA (formation des exoplanètes et atmosphères, coévolution trous noirs supermassifs/masses stellaires, accumulation de poussière et métaux) ne sont pas des slogans de com : ce sont trois fenêtres que seul un IR lointain refroidi à 4,5 K peut ouvrir. C'est exactement ce qu'on avait commencé à entrevoir avec nos articles sur [les disques protoplanétaires observés par ALMA et JWST](/disques-protoplanetaires-naissance-systemes-solaires) et sur [la nébuleuse PMR 1 vue par le JWST](/nebuleuse-pmr1-cerveau-cosmos-jwst-infrarouge). ## Le vrai enjeu : une mission par décennie, et une seule candidate L'Astro2020 Decadal Survey, publié le 4 novembre 2021, recommandait une cadence d'une mission Probe par décennie, avec un cap initial de 1,5 milliard de dollars (revu à 1 milliard dans l'AO 2023). L'idée derrière : intercaler des missions de classe intermédiaire entre les Flagships (JWST, Nancy Grace Roman, ~10 milliards) et les Medium Explorers (~300 millions). Un créneau qui permet de faire de la science de haut niveau sans attendre 20 ans. Avec la disqualification d'AXIS, cette cadence n'est pas cassée, mais elle est mécanique : PRIMA ou rien. Le panel NASA n'a plus à arbitrer entre deux concepts, il a à valider ou non l'unique concept restant. La probabilité d'une validation est élevée (le CSR a été déposé dans les temps, le consortium est international, les partenaires européens ont déjà engagé des ressources), mais elle n'est pas de 100 %. Une décision « no-go » renverrait le programme Probe à une nouvelle AO, soit plusieurs années de retard. Sur ce point, j'hésite encore à être totalement optimiste. Le Congrès a sauvé le budget en janvier 2026, ça ne veut pas dire que l'OMB sous Trump va cosigner sans tirer encore une fois. Le FY2026 avait proposé la suppression du programme Probe dans sa totalité. Ce genre de pression se re-matérialise, surtout sur un programme qui vient de perdre la moitié de son portefeuille. ## Pour qui suivre ce dossier ? Trois profils à qui cette sélection parle directement : - L'observateur général (GO, en jargon NASA), parce que 75 % du temps d'observation de PRIMA sera alloué à la communauté. C'est beaucoup plus que le ratio habituel Flagship. Si la mission est validée en 2026, les appels à proposition ouvriront après la mise en opération, vers 2033-2034. - L'institutionnel français, parce que le CEA, le LAM et le CNES ont déjà investi sur PRIMAger. Une « no-go » côté NASA signifie pertes sèches d'investissement. Le sujet est à suivre au même titre que [Plato, les 26 caméras en tests cryovide à l'ESTEC en 2026](/plato-26-cameras-tests-cryovide-estec-2026). - Le passionné d'astrophysique extragalactique, parce que PRIMA est conçu pour voir ce que JWST ne peut pas : l'épaisseur optique des disques protoplanétaires, les masses moléculaires froides des premières galaxies, les traceurs de poussière autour des trous noirs supermassifs en coévolution avec leurs hôtes. Rien d'autre ne fera ça d'ici 15 ans. Mon verdict : la sélection PRIMA en 2026 est probable, mais elle se fera sous contrainte politique maximale. Le hardware est prêt, le consortium est prêt, le CSR est déposé. La bataille ne sera plus technique, elle sera budgétaire. Et à la lumière du sort d'AXIS, je comprends pourquoi Reynolds parle de chaos programmatique plutôt que d'échec scientifique. Ce n'est pas la même chose. La première se corrige par une élection. La deuxième, pas. Septembre 2027 pour le prochain jalon dur (si la mission est confirmée courant 2026, le développement Phase B-C démarre derrière). 2032 pour le lancement. D'ici là, PRIMA reste seule. Et la NASA ne peut plus se permettre d'en perdre une deuxième. > Image : galaxie d'Andromède vue en infrarouge par la mission Herschel de l'ESA, complétée de données Planck, IRAS et COBE. Crédit : ESA/Herschel/Planck/NASA, domaine public. [NASA Images PIA25163](https://images.nasa.gov/details/PIA25163) ## Sources - NASA Science, « NASA Selects AXIS and PRIMA for Studies », 3 octobre 2024 : https://science.nasa.gov/astrophysics/programs/physics-of-the-cosmos/community/nasa-selects-axis-and-prima-for-studies/ - NASA JPL, « NASA Establishes New Class of Astrophysics Missions, Selects Studies », octobre 2024 : https://www.jpl.nasa.gov/news/nasa-establishes-new-class-of-astrophysics-missions-selects-studies/ - Space.com, « NASA project leader blames next-generation X-ray telescope cancellation on agency mismanagement », mars 2026 : https://www.space.com/space-exploration/missions/nasa-project-leader-blames-next-generation-x-ray-telescope-cancellation-on-agency-mismanagement - CASCA spring 2026 update PRIMA : https://casca.ca/?p=22715 - MIT News, « AXIS mission selected as NASA astrophysics Probe competition finalist », 29 octobre 2024 : https://news.mit.edu/2024/axis-mission-selected-nasa-astrophysics-probe-competition-finalist-1029 - UMD CMNS, « Two UMD astronomy space probes advance in next round of $1 billion NASA mission selection », octobre 2024 : https://cmns.umd.edu/news-events/news/two-umd-astronomy-space-probes-advance-next-round-1-billion-nasa-mission-selection - IPAC Caltech, PRIMA mission page : https://prima.ipac.caltech.edu/ - arXiv 2311.00780, paper technique AXIS : https://arxiv.org/abs/2311.00780 - arXiv 2509.02518, paper FIRESS : https://arxiv.org/html/2509.02518 - arXiv 2509.01727, paper PRIMAger : https://arxiv.org/html/2509.01727 - NASA NTRS 20240007889, Glenn et al. SPIE 2024 sur PRIMA : https://ntrs.nasa.gov/citations/20240007889 - CEA/DAp, « The PRIMA probe far-IR mission for astrophysics selected by NASA for a Phase A study », octobre 2024 : https://irfu.cea.fr/en/dap/2024/10/the-prima-probe-far-ir-mission-for-astrophysics-mission-selected-by-nasa-for-a-phase-a-study/ - Wikipedia, « Advanced X-Ray Imaging Satellite » : https://en.wikipedia.org/wiki/Advanced_X-Ray_Imaging_Satellite - AIP, « Astro2020 Decadal Survey arrives with priorities for major facilities », novembre 2021 : https://www.aip.org/fyi/2021/astro2020-decadal-survey-arrives-priorities-major-facilities - NASA LaRC, AO APEX 2023 : https://explorers.larc.nasa.gov/2023APPROBE/ - CuriousCats.ai / SpaceNews, défense sélection par Mark Clampin, novembre 2024 : https://curiouscats.ai/space-exploration/nasa-defends-selection-of-axis-and-prima-for-astro --- ## SPHEREx : 20 cm, 102 bandes, les premières cartes de glace - URL: https://www.portail-astronomie.fr/spherex-nasa-astrophysical-journal-avril-2026-cartes-glaces-pah-ciel/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-25T06:00:00 - Categories: ciel-profond Un télescope de 20 centimètres. À côté, mon Dobson de salon fait figure de mastodonte. SPHEREx, c'est 488 millions de dollars pour une ouverture qu'un amateur monterait sur son balcon. Et pourtant, le 15 avril 2026, la mission a publié dans _The Astrophysical Journal_ (Hora et al., vol. 1001, p. 165) les plus grandes cartographies spectrales infrarouges jamais compilées dans le proche IR. Plus de 600 années-lumière scrutées à la loupe, quatre molécules tracées simultanément, et une démonstration claire : la NASA a parié sur le champ plutôt que sur le diamètre. Pour une fois, le pari tient. Je fais le tri entre le communiqué JPL, la publication peer-reviewed et le papier instrument (Bock et al., ApJ 999, 139, mars 2026). Parce que derrière les "glaciers interstellaires" que JPL nous vend depuis mi-avril, il y a surtout une leçon d'architecture instrumentale que personne ne raconte. ## Le pari : sacrifier la résolution pour avoir le ciel entier Commençons par les chiffres qui comptent. SPHEREx embarque un télescope de 20 centimètres, six détecteurs HgCdTe 2048 x 2048 pixels fournis par Teledyne (les H2RG), aucune pièce mobile une fois le pare-soleil déployé, et des filtres à gradient linéaire qui découpent la plage 0,75 à 5,0 micromètres en 102 bandes spectrales. La résolution spectrale R varie entre 35 et 130 selon la longueur d'onde. À titre de comparaison, le NIRSpec de Webb monte à R = 2 700 en mode moyenne résolution. SPHEREx est vingt à cent fois moins résolvant que son grand frère. Le compromis est assumé. Webb creuse profond sur un timbre-poste. SPHEREx ratisse tout le ciel, environ 3 600 images par jour, avec un champ de vue de 3,5° x 11°. Sur 25 mois de mission nominale, la sonde produit 102 cartes complètes du ciel, une par bande spectrale. C'est la première fois qu'un observatoire tient ce cahier des charges en continu. WISE avait 4 bandes. Spitzer faisait de la spectroscopie sur sources individuelles, jamais de survey. Le résultat concret, publié le 15 avril : sur Cygnus X (à environ 1 400 parsecs) et la Nébuleuse de l'Amérique du Nord autour du nuage sombre LDN 935 (à environ 800 pc), SPHEREx a tracé simultanément la glace d'eau à 3,05 µm, le CO2 à 4,27 µm, le CO à 4,67 µm, et les PAH (hydrocarbures aromatiques polycycliques) à 3,28 µm. Les auteurs, 35 au total, emmenés par Joseph L. Hora du Center for Astrophysics Harvard & Smithsonian, décrivent leurs mosaïques comme "les plus grandes cartographies spectrales infrarouges jamais compilées en proche infrarouge". Ce n'est pas du marketing. C'est littéralement vrai. ## Ce que disent les cartes, ce qu'elles ne disent pas La partie satisfaisante : la distribution spatiale des glaces colle au modèle théorique. Les régions où H2O et CO2 sont abondants sont aussi les plus denses, les plus froides, les mieux protégées du rayonnement UV des étoiles massives. Pas de surprise, mais une validation observationnelle à grande échelle qui manquait. La profondeur optique τ de la glace d'eau monte jusqu'à 0,75 dans les zones les plus sombres. Les PAH, eux, s'alignent sur la température de la poussière mesurée par Herschel, avec un coefficient de corrélation de Spearman supérieur à 0,83 quand on compare aux cartes IRAC 7,7 µm. Les zones de photo-dissociation deviennent visibles sans ambiguïté. La partie moins glorieuse, que les communiqués passent sous silence : les τ mesurés par SPHEREx sont sous-estimés. À R = 130 à 5 µm, la résolution spectrale ne sépare pas proprement les features de glace des absorptions atomiques en fond. Les auteurs le reconnaissent dans le papier et corrigent via des simulations calibrées sur NIRSpec. Traduction franche : les chiffres bruts sont indicatifs, pas quantitatifs. Pour avoir des abondances précises sur une ligne de visée donnée, il faut encore pointer Webb. SPHEREx livre la carte ; Webb livre la mesure. Les rapports H2O/CO2 varient selon les lignes de visée à l'intérieur d'un même nuage. Ça signifie que les conditions physiques locales (extinction, dureté du champ UV, densité) ne sont pas uniformes, même à l'échelle du parsec. Conséquence : les disques protoplanétaires qui se forment ici et là dans ces nuages n'héritent pas tous du même inventaire volatile. Deux protoplanètes voisines peuvent démarrer avec des stocks d'eau très différents. Pour approfondir la suite de cette chaîne, je renvoie à notre article sur [les disques protoplanétaires observés par ALMA et JWST](/disques-protoplanetaires-naissance-systemes-solaires/). C'est là que la matière se trie. ## Attention au piège biosignatures Le communiqué JPL cite Phil Korngut, scientifique instrumental à Caltech : "ces vastes complexes gelés ressemblent à des 'glaciers interstellaires' qui pourraient apporter une provision massive d'eau aux nouveaux systèmes solaires". Belle formule. Qui commence à circuler dans la presse généraliste sous des titres du type "SPHEREx détecte les conditions de la vie". Non. Arrêtons tout de suite. SPHEREx cartographie des glaces dans des nuages moléculaires galactiques. Point. Le lien avec les biosignatures est indirect, en trois étapes : les glaces du nuage parent se retrouvent dans le disque protoplanétaire de la prochaine génération d'étoiles, une partie du volatile est incorporée dans les planètes qui s'y forment, et sur une petite fraction de ces planètes situées dans la zone habitable, l'eau pourrait contribuer à une chimie prébiotique. Entre le spectre d'absorption à 3,05 µm et une atmosphère de biosignature détectée sur une exoplanète, il y a plusieurs millions d'années et des centaines de parsecs. Le lien scientifique est réel, le raccourci médiatique est faux. Sur ce point je comprends que la NASA pousse le narratif "eau et origines de la vie". C'est ce qui finance les missions. Mais côté rédaction, je refuse d'écrire que SPHEREx trouve de la vie. Ce qu'il trouve, c'est le réservoir d'ingrédients disponibles à l'étape zéro. C'est déjà énorme. ## Pourquoi cette publication arrive maintenant Chronologie utile. Lancement le 12 mars 2025 à 03:10 UTC depuis Vandenberg, sur un Falcon 9 partagé avec les microsatellites PUNCH. Début des observations scientifiques en mai 2025. Première carte complète du ciel en 102 couleurs annoncée le 18 décembre 2025. Le papier instrument de James Bock (PI, Caltech) sort dans ApJ en mars 2026. Le papier Hora et al. est soumis sur arXiv le 12 mars 2026 (2603.12390), accepté et publié le 15 avril. Le papier overview de l'Ices Investigation (Melnick et al., 2603.22135) est soumis onze jours plus tard et doit suivre. Treize mois entre le lancement et la première publication scientifique majeure sur les glaces, c'est un timing correct pour une mission Explorer à 488 millions. Webb avait mis un peu plus de six mois entre première image et premier papier peer-reviewed, mais Webb embarque cent fois plus d'équipes et traite des cibles individuelles, pas un survey. Comparé à Euclid qui a mis plus de deux ans entre lancement et premiers papiers de cosmic shear digne de ce nom, SPHEREx livre vite. Pour approfondir ce contraste de cadence, notre article sur [Euclid Q1 et le cisaillement sur Abell 2390](/euclid-dr1-matiere-noire-cisaillement-gravitationnel) donne le tempo de l'autre grand survey européen en cours. ## La place de SPHEREx dans l'écosystème Ma grille d'analyse sur les télescopes spatiaux de 2026. Webb domine la sensibilité et la résolution sur cibles individuelles. Rubin domine le visible à grand champ côté surveys temporels. Euclid couvre le cosmologique en bande optique et proche IR. SPHEREx, lui, est seul sur sa niche : la spectroscopie systématique tout-ciel en proche IR entre 0,75 et 5 µm. Aucune autre mission en activité ou planifiée ne fait ça. Cette spécialisation a un prix. Sensibilité limitée comparée à Webb, résolution spectrale modeste, ouverture minuscule. Mais elle produit un objet unique : une base de référence sur laquelle les futurs observatoires pointus viendront piocher leurs cibles prioritaires. Quand un spectro grande résolution veut caractériser les glaces d'un cœur protostellaire, SPHEREx lui dit où regarder. C'est un catalogue de coordonnées à haute valeur ajoutée, pas un instrument de mesure absolue. Sur les 9,9 millions de sources présélectionnées pour l'Ices Investigation dans la Voie lactée et les Nuages de Magellan, on va voir apparaître pendant les deux prochaines années une succession de papiers cibles par cibles. Si la mission tient ses 25 mois, elle livrera en sortie la carte IR de référence de la galaxie pour la décennie. Pour ceux qui veulent comparer avec d'autres missions à grand champ, notre article sur [NEO Surveyor, le télescope IR des astéroïdes sombres](/neo-surveyor-telescope-infrarouge-spacex-2027-asteroides) décrit l'autre pari NASA sur l'IR thermique, calibré sur un objectif très différent. ## Mon verdict SPHEREx mérite son prix. 488 millions pour un télescope de 20 cm, c'est cher au kilo mais pas au résultat : l'instrument fait un travail que personne d'autre ne fait, et le fait bien. Le papier Hora et al. est solide, les cartes sont publiées en accès libre sur arXiv, les données brutes vont suivre. Les limites sont nommées dans le texte (résolution spectrale, τ sous-estimés), pas planquées sous le tapis. Là où je suis moins à l'aise, c'est sur la communication. Vendre "les origines de l'eau et de la vie" à partir d'une carte de glace moléculaire à 800 parsecs, c'est tendre le bâton pour se faire battre quand une autre équipe, demain, nuancera. Le message scientifique rigoureux se suffit à lui-même : on cartographie pour la première fois, à grande échelle, la matière première des systèmes planétaires. C'est déjà un motif légitime pour signer un chèque à neuf chiffres. Pas besoin d'en faire une promesse de détection ET. Rendez-vous dans 18 mois, à la fin du mission nominal, pour voir si le catalogue tient, si les corrections à NIRSpec sont publiées proprement, et si les 9,9 millions de sources de l'Ices Investigation accouchent vraiment d'une carte galactique utilisable par la communauté. D'ici là, SPHEREx a passé sa première vraie épreuve scientifique. Sans tricher. > Image de couverture : Vela Molecular Ridge vue par SPHEREx, NASA/JPL-Caltech (PIA26354, domaine public). ## Sources - [Hora et al., "SPHEREx Wide-Field Infrared Spectral Mapping of Interstellar Ices and Polycyclic Aromatic Hydrocarbons", ApJ 1001, 165 (15 avril 2026)](https://arxiv.org/abs/2603.12390) - [Bock et al., "The SPHEREx Satellite Mission", ApJ 999, 139 (mars 2026)](https://ui.adsabs.harvard.edu/abs/2026ApJ...999..139B) - [NASA JPL, "Interstellar Glaciers: NASA's SPHEREx Maps Vast Galactic Ice Regions"](https://www.jpl.nasa.gov/news/interstellar-glaciers-nasas-spherex-maps-vast-galactic-ice-regions/) - [NASA JPL, "NASA's SPHEREx Observatory Completes First Cosmic Map Like No Other"](https://www.jpl.nasa.gov/news/nasas-spherex-observatory-completes-first-cosmic-map-like-no-other/) - [Melnick et al., "The SPHEREx Ices Investigation: An Overview", arXiv 2603.22135](https://arxiv.org/html/2603.22135) - [Caltech SPHEREx Mission, publications page](https://spherex.caltech.edu/page/publications) - [NASA Science, SPHEREx mission overview](https://science.nasa.gov/mission/spherex) --- ## TRAPPIST-1 b et c : JWST révèle un climat dépouillé - URL: https://www.portail-astronomie.fr/trappist-1-climat-jwst-avril-2026-differences-temperature-atmosphere-exoplanete/ - Author: Julien P. - Published: 2026-04-25T06:00:00 - Categories: ciel-profond En mai 2016, Michaël Gillon annonçait depuis Liège la découverte de trois planètes autour d'une naine rouge obscure de la constellation du Verseau ; en 2017, le système passait à sept mondes, et une promesse flottait dans les communiqués : pour la première fois, nous pourrions caractériser l'atmosphère d'exoplanètes tempérées de taille terrestre. Neuf années plus tard, le 3 avril 2026, Nature Astronomy publie un papier dont le titre coupe court à toute ambiguïté : « No thick atmosphere around TRAPPIST-1 b and c from JWST thermal phase curves ». Le verdict des courbes de phase tombe avec la même sécheresse qu'un procès-verbal : TRAPPIST-1 b est nue, TRAPPIST-1 c ne l'est probablement pas moins. La promesse n'est pas morte, mais elle se déplace d'un cran vers les planètes plus éloignées du système. ## Ce que le JWST a réellement mesuré Le papier, signé par une équipe de trente-trois auteurs autour de Gillon, Emeline Bolmont (Université de Genève), Daniel Koll et Martin Turbet (Université de Berne), Brice-Olivier Demory (également à Genève pour ce travail) et leurs collègues, s'appuie sur le programme JWST GO 3077. Instrument : MIRI, le Mid-Infrared Instrument, dans son filtre F1500W centré sur quinze micromètres. Du 22 au 25 novembre 2023, le télescope a pointé le système TRAPPIST-1 pendant près de soixante heures ; la valeur précise inscrite dans le preprint arXiv est de cinquante-neuf heures d'observations continues, que les communiqués de presse arrondissent par commodité. La méthode s'appelle courbe de phase thermique. Puisque ces deux planètes sont en rotation synchrone, avec une face toujours tournée vers l'étoile et l'autre plongée dans la nuit éternelle, on mesure la variation de flux infrarouge au fil d'une orbite complète ; on reconstitue ainsi la cartographie grossière du climat, côté jour et côté nuit. Pour TRAPPIST-1 b, période orbitale de 1,51 jour terrestre, le jour affiche 490 ± 17 K, soit environ 217 °C ; la nuit tombe à 197 ± 41 K, soit près de -76 °C. Pour TRAPPIST-1 c, période de 2,42 jours, 369 ± 23 K le jour (96 °C) et 220 K la nuit (-53 °C). L'écart jour-nuit atteint donc 293 kelvins pour la première planète, 149 kelvins pour la seconde. Les communiqués de presse préfèrent la formulation « plus de 500 °C de contraste » ; c'est une valeur cumulée, spectaculaire mais trompeuse si on l'attribue à une seule planète. Les chiffres du papier, eux, parlent pour chacune séparément, et ils suffisent amplement à raconter l'histoire. ## Comment on passe des courbes à l'absence d'atmosphère Paradoxalement, c'est la violence du gradient qui accuse. Une atmosphère épaisse, comme celle de Vénus, transporte la chaleur d'un hémisphère à l'autre en redistribuant l'énergie par convection et par advection ; le côté nuit ne reste jamais aussi froid que le permettrait le bilan radiatif local. Sur Vénus précisément, la différence jour-nuit au sol ne dépasse pas quelques kelvins malgré une rotation très lente, parce que quatre-vingt-treize bars de dioxyde de carbone homogénéisent le tout. Sur TRAPPIST-1 b, l'écart mesuré ressemble à celui d'un corps sans atmosphère qui rayonne directement ce qu'il absorbe. Les auteurs comparent leurs données aux modèles atmosphériques ; toutes les simulations incluant une pression de surface supérieure ou égale à un bar avec effet de serre efficace sont, selon leur formulation, « strongly disfavoured ». L'ajustement le plus naturel pour 1b est celui d'une surface ultramafique sombre, donc rocheuse, probablement basaltique, sans manteau gazeux significatif. TRAPPIST-1 c complique légèrement le récit. L'écart est plus modéré, la signature radiative laisse plusieurs scénarios ouverts ; le papier conclut que les observations sont « consistent with either a tenuous, oxygen-rich atmosphere or an equally airless, more reflective surface ». Une fine enveloppe d'oxygène pur, résidu possible de la photodissociation d'eau puis de la fuite de l'hydrogène, reste compatible avec les mesures. L'alternative, une surface plus réfléchissante sans aucune atmosphère, l'est tout autant. Il faudrait des observations plus fines, probablement dans d'autres bandes que F1500W, pour trancher ; sur ce point, j'hésite encore à dire lequel des deux scénarios tiendra dans cinq ans. C'est un autre cas, comme [TOI-5205 b et son atmosphère pauvre en métaux](/toi-5205b-planete-interdite-metallicite-inverse), où le JWST ramène les modèles à plus de prudence. ## Une inflexion annoncée depuis 2023 Les signaux n'étaient pas totalement inattendus. Dès 2023, une première observation MIRI de TRAPPIST-1 c publiée dans Nature avait mesuré un rapport de flux planète-étoile de 421 ± 94 ppm, correspondant à une température de brillance d'environ 380 ± 31 K ; cette valeur excluait déjà une atmosphère dense de dioxyde de carbone de type vénusien. En août 2025, l'ESA publiait un résultat similaire sur TRAPPIST-1 d, pourtant située en zone habitable : pas d'atmosphère terrestre détectable non plus. Les observations de novembre 2023, analysées en profondeur dans le preprint arXiv 2509.02128 déposé en septembre 2025, ne font qu'ajouter deux planètes à une liste qui s'allonge. Il faut remonter à la nature de l'étoile pour comprendre. TRAPPIST-1 est une [naine rouge](/jwst-signal-radio-regulier-proxima-b) ultra-froide, dont la jeunesse turbulente a duré très longtemps ; ses éruptions, environ six par jour selon des relevés récents, bombardent en continu les exoplanètes du système. À 0,0115 UA pour 1b et 0,0158 UA pour 1c, ces mondes reçoivent plusieurs fois l'irradiation terrestre ; l'hydrogène primordial, hérité des [disques protoplanétaires observés par ALMA et le JWST](/disques-protoplanetaires-naissance-systemes-solaires), puis l'eau photodissociée, puis jusqu'aux molécules plus lourdes, tout peut s'échapper sur des échelles de temps comparables à l'âge du système. On soupçonnait ce scénario depuis longtemps ; les courbes de phase viennent de le confirmer pour les deux planètes les plus internes. ## La zone habitable déplacée, pas annulée Sur un sujet proche, découvrez notre article : [PSR J2322-2650b : la planète citron en carbone du JWST](/psr-j2322-2650b-jwst-exoplanete-pulsar-atmosphere-carbone). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [29 Cygni b : planète ou naine brune ? Verdict du JWST](/29-cygni-b-jwst-frontiere-planete-naine-brune-avril-2026). Ce serait trop simple de conclure que le rêve TRAPPIST-1 est mort. Nuançons toutefois : les trois planètes historiquement inscrites dans la zone habitable, e, f et g, n'ont pas encore livré leur verdict atmosphérique ; TRAPPIST-1 e est actuellement observée par le JWST dans le cadre d'un programme prioritaire. Les données qui en sortiront au cours de 2026 diront si la fenêtre d'habitabilité, déjà rétrécie par l'élimination de b, c et d, survit ou se ferme complètement. L'histoire, ici, se répète avec une variante. En 1995, la découverte de 51 Pegasi b avait ouvert une ère où l'on imaginait une abondance de mondes habitables autour des étoiles de type solaire ; vingt ans plus tard, le relevé Kepler révélait que la plupart de ces exoplanètes étaient des Jupiters chauds ou des mini-Neptunes inhabitables. TRAPPIST-1 a suivi la même pente : d'un rêve de sept terres cousines, on passe à un système où quatre mondes au moins sont stériles ou presque, et où les trois restants doivent encore démontrer qu'ils conservent leur air. C'est la tension entre l'enthousiasme des communiqués et la sobriété des courbes de phase. ## Ce que ces chiffres disent de la chimie rocheuse On observe que pour TRAPPIST-1 b, l'ajustement ultramafique renseigne indirectement sur la composition. Une surface basaltique sombre absorbe fortement la lumière visible et infrarouge proche ; sa signature à 15 µm est celle d'une roche silicatée riche en fer et en magnésium, cohérente avec ce qu'on attend d'une planète ayant perdu ses volatils très tôt. Cette information, sans avoir l'éclat d'une détection d'eau, inaugure une première ; jamais on n'avait pu contraindre la pétrologie d'une exoplanète terrestre à quarante années-lumière avec ce niveau de détail. Le constat est là : TRAPPIST-1 b n'a pas seulement perdu son atmosphère, elle nous renseigne aussi sur ce qui reste. Une forme de géologie comparée commence, modeste, à partir d'un pixel thermique tous les quinze micromètres. C'est peu et c'est énorme à la fois ; en 1995, on aurait pris cette perspective pour une plaisanterie. ## Ce qu'il faut retenir, et ce qu'il reste à voir Je dois admettre que la formulation du papier sur TRAPPIST-1 c m'a surpris. L'ambiguïté résiduelle, entre une fine atmosphère d'oxygène et une surface simplement plus claire, ouvre deux récits très différents ; l'un garde une maigre chance de chimie photochimique intéressante, du type de celle qui alimente le débat sur [les biosignatures de K2-18b](/k2-18b-jwst-biosignatures-dms-vie-extraterrestre), l'autre ferme définitivement la porte. À plus long terme, l'enjeu n'est pas tant de confirmer l'absence d'air sur les deux planètes les plus internes, ce que la communauté soupçonnait déjà, que d'évaluer si la barrière atmosphérique survit ou non dans la zone tempérée du système. Reste une question que les courbes de phase ne tranchent pas, et à laquelle même les prochaines campagnes sur e, f ou g n'apporteront pas de réponse complète : les naines rouges ultra-froides, qui forment la majorité écrasante des étoiles de la Voie lactée, peuvent-elles abriter durablement des atmosphères terrestres ? Si TRAPPIST-1 e ou g disent non à leur tour, il faudra s'habituer à l'idée que le vivant, ou du moins ce que nous appelons ainsi, dépend d'étoiles plus calmes et plus rares qu'on ne l'espérait. Et alors quoi ? ## Sources - Nature Astronomy, « No thick atmosphere around TRAPPIST-1 b and c from JWST thermal phase curves », DOI 10.1038/s41550-026-02806-9, 3 avril 2026 : [nature.com/articles/s41550-026-02806-9](https://www.nature.com/articles/s41550-026-02806-9) - Preprint arXiv 2509.02128 (version détaillée) : [arxiv.org/abs/2509.02128](https://arxiv.org/abs/2509.02128) - Sci.News, synthèse du papier : [sci.news/astronomy/two-trappist-1-exoplanets-climate-14692.html](https://www.sci.news/astronomy/two-trappist-1-exoplanets-climate-14692.html) - ESA Webb, précédent TRAPPIST-1 d, août 2025 : [esa.int, No Earth-like atmosphere on TRAPPIST-1 d](https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/Webb/No_Earth-like_atmosphere_on_TRAPPIST-1_d) - NASA, observation en cours de TRAPPIST-1 e : [science.nasa.gov, Webb looks at TRAPPIST-1 e](https://science.nasa.gov/missions/webb/nasa-webb-looks-at-earth-sized-habitable-zone-exoplanet-trappist-1-e/) --- ## Vera C. Rubin, LSST : où en est le survey du siècle ? - URL: https://www.portail-astronomie.fr/vera-rubin-observatory-premiere-lumiere-avril-2026-lsst-32-gigapixels/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-24T06:00:00 - Categories: observation Soyons honnêtes : quand on vous parle de "première lumière du Vera C. Rubin Observatory en 2026", on vous raconte une histoire qui n'existe pas. La first light officielle, c'était le 23 juin 2025, à Washington D.C. Depuis, le télescope a déjà cartographié ses premières galaxies Virgo, photographié les nébuleuses Trifid et Lagoon, et découvert 2 104 astéroïdes inconnus en une dizaine d'heures de pointages test. Le vrai sujet de 2026, c'est ailleurs. Le 24 février 2026, le Rubin a ouvert son flux d'alertes public : 800 000 notifications envoyées à la communauté en une seule nuit. Et quelque part au premier semestre 2026, à une date que personne ne veut donner précisément, le Legacy Survey of Space and Time (LSST) démarre pour dix ans. C'est ça, la bascule. Pas une image marketing, un régime de croisière. ## Ce qu'est vraiment ce télescope Commençons par les faits. Le NSF/DOE Vera C. Rubin Observatory est perché sur le sommet El Peñón du Cerro Pachón, au Chili, à 2 682 mètres d'altitude. Il partage la montagne avec Gemini South et le télescope SOAR. Son instrument optique s'appelle le Simonyi Survey Telescope, du nom des Simonyi (Charles et Lisa), qui ont mis 20 millions de dollars sur la table en janvier 2008. Bill Gates a complété avec 10 millions. Le reste, l'essentiel, vient de la NSF (571 M$) et du DOE (168 M$ pour la caméra), pour un budget total autour de 810 millions de dollars. Le miroir primaire-tertiaire monolithique (M1M3) mesure 8,4 mètres de diamètre, coulé en verre Ohara E6 à faible dilatation par le Mirror Lab de l'Université d'Arizona. Le secondaire M2 fait 3,4 mètres : c'est le plus grand miroir convexe jamais installé sur un télescope en fonctionnement. Surface collectrice effective : 35 m². Champ de vue : 9,6 degrés carrés, soit 3,5 degrés de diamètre. En une seule image, vous embrassez l'équivalent de 45 pleines lunes. C'est cette combinaison, grande ouverture plus champ immense, qui rend Rubin unique. Le JWST creuse profond sur un timbre-poste. Rubin ratisse large, vite, et en continu. ## La caméra : 3 gigapixels, 3 000 kg Au foyer du télescope, la LSSTCam. Construite par le SLAC National Accelerator Laboratory (DOE), installée sur le Simonyi en mars 2025. Résolution : 3,2 gigapixels. Pour le dire autrement, il faudrait plusieurs centaines d'écrans 4K pour afficher une seule image à sa résolution native (la formule officielle Rubin parle de "hundreds of ultra-high-definition TV screens"). Le plan focal embarque 189 CCDs scientifiques de 4K par 4K, organisés en 21 "rafts" (radeaux). Quatre radeaux de coin ajoutent 8 CCDs de mesure de front d'onde et 8 guideurs. Chaque pixel fait 10 micromètres, soit 0,2 seconde d'arc sur le ciel. L'ensemble est refroidi à environ -100 °C pour limiter le bruit thermique. Et toute cette mosaïque se lit en 2 secondes. Deux secondes, pour 3,2 gigapixels. La caméra pèse 3 000 kg, environ la taille d'une petite voiture. Six filtres (u, g, r, i, z, y) couvrent 320 à 1 060 nanomètres, de l'ultraviolet proche au proche infrarouge. Aaron Roodman, directeur de la caméra LSST, a résumé ça avec sobriété lors du first light en juin 2025 : "Making the world's largest digital camera will let scientists explore the cosmos in new ways." Formule diplomate pour un outil qui n'a pas d'équivalent. ## 2026 : l'année où le flux démarre vraiment Voilà la réalité du terrain en avril 2026. Depuis le transfert construction-opérations officialisé le 25 octobre 2025, le télescope tourne en régime de validation scientifique. Les premières images publiques sont sorties le 23 juin 2025. Les Science Validation surveys ont été lancés trois jours avant, le 20 juin 2025. Le gros basculement de 2026, c'est le 24 février : ouverture du flux d'alertes temps réel. Concrètement, chaque détection de variation dans le ciel, nouvelle supernova, astéroïde en mouvement, étoile qui pulse, est packagée et envoyée à la communauté en 60 secondes. La capacité max est de 10 millions d'alertes par nuit. La première nuit en a envoyé 800 000. Sept brokers "full-stream" reçoivent le flux complet : ALeRCE, AMPEL, ANTARES, Babamul, Fink, Lasair, Pitt-Google. Deux brokers downstream (SNAPS et POI Broker) consomment des sous-ensembles filtrés. C'est le premier observatoire à envoyer son ciel entier, en direct, à des serveurs communautaires, à cette cadence. Le démarrage officiel du survey LSST est annoncé pour "début 2026", sans date précise. Deux lectures possibles et je tranche pas : soit c'est une prudence légitime (les ingénieurs ne veulent pas graver une date dans le marbre), soit c'est un signal qu'il reste du shakedown à faire. ## Le data deluge : 20 To par nuit, 60 Po sur dix ans C'est là que Rubin sort de la catégorie "télescope" pour entrer dans celle d'"infrastructure data". Une image toutes les 40 secondes. Pose standard : 30 secondes. Chaque image pèse 8 gigaoctets. Multipliez sur une nuit d'observation : environ 20 téraoctets de données brutes. Chaque nuit. Sur les dix ans du survey principal, le volume brut atteindra 60 pétaoctets. Le catalogue traité, lui, fera 20 Po. Le volume total après traitement complet : "plusieurs centaines de pétaoctets", selon la page Data Management de lsst.org. Le chiffre exact, personne ne veut le donner, et c'est normal : il dépendra des releases successives. Les images transitent du Chili vers le US Data Facility (SLAC, Californie) en 7 secondes après exposition. Les alertes partent dans les 60 secondes. Les catalogues d'événements sont publiés sous 24 heures. La capacité de calcul démarre à 150 TFLOPS et montera jusqu'à 950 TFLOPS d'ici Data Release 11, en fin de programme. En clair : on construit un pipeline data aussi impressionnant que l'optique. Petite digression personnelle. J'ai passé ma soirée d'hier à lire la doc DM du LSST, parce que j'avais lu "10 To/nuit" sur une page et "20 To/nuit" sur une autre. Les deux viennent du même site officiel. La page Data Management est la source primaire, elle donne 20. Moralité : même sur un projet à 810 millions, deux pages du site officiel se contredisent. Vous pouvez citer ma propre embrouille comme exemple. ## Ce que le survey va réellement produire Sur dix ans (possiblement douze), Rubin va scanner environ 18 000 degrés carrés de ciel sud, avec 825 visites par champ en moyenne. En sortie, on attend environ 20 milliards de galaxies, 17 milliards d'étoiles, 37 milliards d'objets catalogués au total. Côté Système solaire : plus de 5 millions d'astéroïdes, dont environ 100 000 géocroiseurs (NEOs), et environ 6 millions d'objets du Système solaire au total. Le seuil de détection des astéroïdes descend jusqu'à 140 mètres de diamètre dans la ceinture principale. Sensibilité image unique : magnitude r inférieure à 24,5. Sur le stack complet sur dix ans : r inférieure à 27,8. Pour comparaison, la limite à l'œil nu en pleine nuit sans pollution est à magnitude 6. Le télescope voit environ 600 millions de fois plus loin. Deux chantiers majeurs portent le programme : la matière noire, via le lentillage gravitationnel faible sur des milliards de galaxies (c'est la méthode qui cartographie la distribution de matière invisible en mesurant les distorsions statistiques des formes galactiques), et l'énergie noire, via les supernovas de type Ia, le lentillage fort, et les corrélations 3D des galaxies. Le Dark Energy Science Collaboration (DESC) attend au moins 500 supernovas Ia par saison, environ 2 600 systèmes de lentilles gravitationnelles à retard temporel, et environ 20 000 amas de galaxies mesurés à 10 % de précision. Pour les ordres de grandeur : Rubin fait son travail plus de 20 fois plus vite que SDSS ou Pan-STARRS, et 3 à 9 fois plus vite que DECam ou HSC, les surveys les plus modernes à ce jour. Ce n'est pas un incrément, c'est un saut d'échelle. ## Le vrai test : maintenir la cadence dix ans Inutile de fantasmer. Un télescope de ce calibre ne prouve sa valeur qu'en régime. Faire la first light, publier une image spectaculaire, ça intéresse les journaux. Maintenir un débit de 20 To par nuit, 365 nuits par an, pendant dix ans, sans interruption majeure du pipeline data, c'est une autre affaire. Et c'est le seul critère qui compte. Les prédécesseurs, SDSS, Pan-STARRS, Zwicky Transient Facility, DECam, ont ouvert la voie. Rubin change la vitesse d'obturation du ciel par rapport à ces surveys. Si ça tient la distance, on récupérera d'ici 2036 le catalogue d'astronomie dynamique le plus complet jamais assemblé. Les prochains jalons officiels à surveiller : Data Preview 2 (DP2) attendu entre juillet et septembre 2026, Prompt Products Database disponible entre juin et septembre 2026. Željko Ivezić, directeur de construction depuis janvier 2022, l'a dit lors du first light : "Releasing our first scientific imagery marks an extraordinary milestone." Le milestone, c'est fait. Reste à tenir dix ans. Si vous voulez calibrer ce que Rubin apporte par rapport à l'infrarouge, regardez notre article sur [NEO Surveyor](/neo-surveyor-telescope-infrarouge-spacex-2027-asteroides/) : l'angle est complémentaire, les astéroïdes sombres échappent au visible. Sur la matière noire, notre article sur [Euclid Q1 et le cisaillement sur Abell 2390](/euclid-dr1-matiere-noire-cisaillement-gravitationnel/) donne l'autre méthode en cours. Et pour comprendre la dynamique de l'expansion cosmique que Rubin va mesurer via supernovas, [LISA et les ondes gravitationnelles](/lisa-ondes-gravitationnelles-spatiales-esa-2035/) complète le tableau côté spatial. ## Sources - [Vera C. Rubin Observatory, First Imagery](https://rubinobservatory.org/news/first-imagery-rubin) - [Vera C. Rubin Observatory, Wikipedia](https://en.wikipedia.org/wiki/Vera_C._Rubin_Observatory) - [LSST Data Management](https://www.lsst.org/about/dm) - [Rubin Data Deluge](https://rubinobservatory.org/news/rubin-data-deluge) - [LSSTCam Documentation](https://lsstcam.lsst.io/index.html) - [Rubin Camera Technology](https://rubinobservatory.org/explore/how-rubin-works/technology/camera) - [Rubin Alert Stream Launch, EarthSky](https://earthsky.org/space/rubin-observatory-launches-real-time-alert-system/) - [Rubin Early Science Resources](https://rubinobservatory.org/for-scientists/resources/early-science) - [LSST Dark Energy Science Collaboration](https://lsstdesc.org/pages/rubin.html) - [LSST Dark Energy Science Goals](https://www.lsst.org/science/dark-energy) --- ## Starship IFT-12 : trois premières empilées sur un seul vol - URL: https://www.portail-astronomie.fr/starship-v3-ift-12-vol-maiden-mai-2026-raptor-3-booster-19-pad-2/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-23T06:00:00 - Categories: exploration-spatiale SpaceX ne prend jamais qu'un seul risque à la fois. Sauf là. Le prochain tir Starship, baptisé IFT-12, va empiler trois premières sur un seul vol : nouvelle génération de vaisseau (v3), moteurs Raptor 3 en configuration complète, pad de lancement jamais utilisé. Trois inconnues pour un vol test. Si SpaceX avait un coussin, c'est celui-là qu'il aurait choisi d'enlever. Le décollage est visé pour début à mi-mai 2026, d'après les déclarations d'Elon Musk du 3 avril 2026 ("4 to 6 weeks away"). L'API Space Devs, mise à jour le 4 avril, confirme la fenêtre "NET mai 2026" avec une précision au mois et un statut TBD. Traduction : rien n'est acté, et on parle d'un programme qui décale en moyenne de deux à trois mois chaque jalon depuis trois ans. Prenons la cible au conditionnel, c'est plus sain. ## De IFT-1 à IFT-11 : la courbe d'apprentissage Pour comprendre ce qui se joue en mai 2026, il faut regarder la série complète. Onze vols intégrés depuis avril 2023. Le premier, IFT-1, avait explosé à T+4 minutes au-dessus du golfe du Mexique. Le cinquième, IFT-5, avait réussi la première capture du Super Heavy par les bras de Mechazilla en octobre 2024, un des trucs les plus spectaculaires qu'on ait vus dans le spatial depuis longtemps. Depuis, SpaceX a enchaîné les captures : IFT-6, IFT-7, IFT-9, IFT-10. La récupération booster est devenue presque routine. Le vaisseau, lui, a continué à poser problème, IFT-8 avait explosé en mars 2025, et il a fallu attendre IFT-9 en mai 2025 pour une capture propre de l'étage supérieur. IFT-11, le 13 octobre 2025, a clôturé la génération Block 2. Booster 15 amerri (pas capturé, par choix), Ship 38 en manœuvre dynamique réussie. Fin de chapitre. Depuis, sept mois de silence côté vol, mais beaucoup de bruit côté Starbase. ## Pourquoi sept mois d'attente Deux facteurs se superposent. D'abord l'enquête FAA ouverte le 2 avril 2026 sur une anomalie IFT-11, la nature exacte n'a pas été communiquée publiquement. Ensuite un RUD (Rapid Unscheduled Disassembly, le terme pudique de SpaceX pour "a explosé") à Starbase le 6 avril 2026. Cause non confirmée, et je vais éviter de spéculer : les réseaux ont déjà hurlé pendant une semaine sans information vérifiée. La cible initiale était avril 2026. Elle a glissé à mai. Pour qui suit le dossier depuis IFT-1, ce n'est pas une surprise, c'est même une forme de rituel. Les static fires, eux, sont passés. Et ça, c'est factuel. ## 15 et 16 avril : les deux tests qui ont tout débloqué Ship 39 a allumé ses six Raptor 3 (trois versions sea-level, trois versions vacuum) pendant 60 secondes complètes le 15 avril 2026. Premier full-duration static fire sur un Starship v3. Succès. Le lendemain, Booster 19 a allumé ses 33 Raptor 3 pendant 15 secondes. Poussée totale mesurée : environ 9 240 tonnes-force, soit plus de 20 millions de livres-force. Succès également, d'après TeslaOracle et NASASpaceFlight. Point important, parce qu'il a failli tout faire capoter : B19 avait déjà été testé en mars 2026 avec dix moteurs seulement, et ce test s'était interrompu brutalement. Un mois pour identifier et corriger. C'est serré, mais ça a tenu. Sans ces deux static fires validés, IFT-12 serait décalé de plusieurs semaines supplémentaires. ## Première n°1 : Starship v3 (Block 3) C'est la première fois qu'un vaisseau Block 3 vole. Les différences avec v2, sur le papier : - Hauteur totale : 124,4 mètres (v3) contre environ 120 mètres (v2). Quatre mètres de plus, concentrés dans l'étage supérieur. - Capacité charge utile en orbite basse : plus de 100 tonnes revendiquées, contre environ 35 tonnes sur v2. Objectif à terme : 200 tonnes. - Grid fins 50 % plus grands sur le booster, mais une ailette en moins. - Tube de transfert méthane élargi, plomberie repensée. Les 100 tonnes en LEO, je les prends avec précaution. C'est la spec annoncée, pas la performance démontrée. Le v2 n'a jamais transporté une charge utile réelle en orbite, juste des maquettes et des simulateurs Starlink. Tant que v3 n'a pas livré, on reste sur du déclaratif. ## Première n°2 : Raptor 3 à 100 % Les 33 moteurs du booster et les 6 du vaisseau sont tous des Raptor 3. Premier vol où la configuration est intégrale. SpaceX a publié les specs officielles en août 2024 sur X. Trois générations, une progression nette : - Poussée au niveau de la mer : 185 tf (R1) → 230 tf (R2) → 280 tf (R3). - Masse moteur : 2 080 kg → 1 630 kg → 1 525 kg. - Pression de chambre : 250 bar → 300 bar → 330 bar. Traduction pratique : plus 51 % de poussée et moins 27 % de masse entre R1 et R3. L'innovation clé de v3, c'est que la plomberie et les capteurs sont intégrés dans la structure principale du moteur, sans carénage de protection externe. Moins de pièces, moins de masse, plus de fiabilité théorique. Plus de surface exposée aux contraintes thermiques aussi. On verra en vol. L'objectif Raptor 3.x dépasse les 300 tf. Pas encore atteint, pas encore testé en vol. À réserver pour plus tard. ## Première n°3 : Pad 2 (OLM-B) C'est la première fois qu'un Starship décollera de l'Orbital Launch Pad 2. Tous les tirs précédents, IFT-1 à IFT-11, sont partis du Pad 1. Le Pad 2, aussi appelé Pad B ou Pad West, est situé à Starbase (Boca Chica, Texas), coordonnées 25.996603 N, -97.158251 W. L'OLM-B (Orbital Launch Mount B) a été installé en mai 2025, la tour OLIT-2 est érigée, et Booster 19 y a été empilé le 11 avril 2026. Les améliorations par rapport au Pad 1 : tranchées de flamme bidirectionnelles, système de déluge d'eau repensé, système de suppression de détonation dimensionné pour environ 10 000 tonnes-force. Ce dernier point n'est pas cosmétique, IFT-1 avait littéralement pulvérisé le pad 1 au décollage, projetant du béton jusqu'à plusieurs kilomètres. Le Pad 2 est conçu pour encaisser. Mais un pad neuf, c'est aussi une infrastructure non éprouvée. Un capteur mal calibré, une vanne qui bloque, un déluge qui se déclenche avec une demi-seconde de retard : tout peut partir en vrille. C'est pour ça que trois premières sur un seul vol, c'est un choix risqué. ## Artemis : soyons précis sur ce qui change Beaucoup d'articles vont faire le lien entre IFT-12 et le retour sur la Lune. Attention, parce que la formulation courante est fausse depuis février 2026. L'administrateur de la NASA Jared Isaacman a annoncé le 27 février 2026 une révision du calendrier : Artemis III (mi-2027) ne posera plus sur la Lune. La mission devient un test de rendez-vous et d'amarrage en orbite terrestre basse avec Starship HLS et/ou Blue Moon, plus un test des combinaisons AxEMU. Le premier alunissage crewed depuis Apollo 17 en décembre 1972 est reporté à Artemis IV, prévue début 2028. Donc non, IFT-12 n'est pas "l'étape d'avant un retour sur la Lune en 2027". C'est l'étape d'avant un amarrage en orbite terrestre en 2027, puis un alunissage en 2028, si tout tient, ce qui est un gros "si" vu la courbe de retards du programme. L'article sur le [splashdown d'Artemis II le 11 avril 2026](/artemis-ii-splashdown-11-avril-2026-record-apollo-13-252756-miles) détaille la mécanique de ce recalage, et pourquoi le chrono initial ne tenait plus. Dit autrement : SpaceX doit valider un Starship capable de se mettre en orbite, d'être ravitaillé par d'autres Starship (le transfert cryogénique en orbite n'a jamais été démontré à cette échelle), puis d'aller sur la Lune et d'en revenir. IFT-12, c'est la première case à cocher. Il en reste une dizaine avant l'alunissage. ## Ce que je vais surveiller le jour du tir Sur ce vol, j'ai moins de certitudes que d'habitude sur le déroulé. Les points que je vais regarder dans l'ordre : 1. Montée en puissance des 33 Raptor 3 au T-0. Si un seul moteur ne monte pas, la séquence d'abort se déclenche. 2. Max Q (pression dynamique maximale) autour de T+1 minute. Le vaisseau v3 plus long a une structure modifiée, c'est le moment où on verra si la plomberie tient. 3. Stage separation (hot-staging). Héritée de v2, mais sur des moteurs R3 c'est la première fois. 4. Tentative de capture du booster par Mechazilla au Pad 2. Si elle est planifiée. Vu que c'est un booster neuf et un pad neuf, SpaceX pourrait jouer safe et viser un amerrissage contrôlé. 5. Comportement thermique du Ship à la rentrée. Les tuiles ont été modifiées sur v3. Si tout passe, IFT-12 valide la nouvelle génération en un coup. Si ça casse, SpaceX aura collecté plus de données sur un seul vol que sur trois vols séparés. C'est le pari qu'ils font. Et vu le coût d'un tir Starship (estimé dans la centaine de millions de dollars, chiffre non public), il est à moitié justifié. ## Le contexte européen et asiatique, en arrière-plan Pendant que SpaceX empile les premières, les concurrents avancent par petits pas. Vega-C a redécollé côté ESA après un vol de retour réussi, j'en parlais dans [le dossier Vega-C et Smile](/vega-c-retour-vol-smile-acces-europeen-2026). La Chine teste, rate et recommence avec Tianlong-3. La NASA, elle, regarde son programme Mars Sample Return vivre ses derniers mois ([j'ai détaillé l'annulation par le Congrès US](/mars-sample-return-annule-congres-us-echantillons-perseverance)) et travaille sur [la propulsion nucléaire électrique pour Mars 2028](/propulsion-nucleaire-electrique-nasa-mars-2028). Starship, s'il tient ses promesses, rebat toute la table. 100 tonnes en LEO à coût marginal bas, ça change l'équation pour le télescope spatial de prochaine génération, pour les missions interplanétaires, pour les stations orbitales privées. Si. ## Verdict pré-vol SpaceX prend un gros risque avec IFT-12. Trois premières empilées, c'est le genre de pari qu'une agence publique ne ferait jamais, la NASA tire séparément chaque nouveau composant pour des raisons de traçabilité. SpaceX peut se le permettre parce que ses tirs ne portent pas d'équipage, parce qu'ils ont la cadence pour reconstruire, et parce qu'ils ont fait le calcul que la vitesse d'apprentissage compense le risque d'échec. Mon pari personnel : vol qui décolle en mai ou début juin, montée nominale, problème quelque part entre le stage separation et la rentrée du vaisseau. Booster probablement récupéré. C'est ce qu'a fait la série Block 2 dans ses premiers vols, et la v3 hérite de la même architecture, juste avec plus de surface à maîtriser. Si je me plante, ce sera parce que SpaceX aura fait un vol parfait du premier coup. Ça leur arrive. Pas souvent, mais ça arrive. ## Sources - SpaceX, specs officielles Raptor 3, X (Twitter), 4 août 2024 : https://x.com/SpaceX/status/1819772716339339664 - Space Devs Launch API, Flight 12 (ed83366c), màj 4 avril 2026 : https://ll.thespacedevs.com/2.2.0/launch/upcoming/?search=starship&limit=5 - TeslaOracle, "SpaceX Conducts Successful Static Fire Tests on Flight 12 Starship 39 and Booster 19", 17 avril 2026 : https://www.teslaoracle.com/2026/04/17/spacex-conducts-successful-static-fire-tests-on-flight-12-starship-39-and-booster-19/ - Teslarati, "Elon Musk Reveals Date for Starship v3 Maiden Voyage" : https://www.teslarati.com/elon-musk-reveals-date-starship-v3-maiden-voyage/ - Space.com, "SpaceX fires up next-gen Version 3 Starship", 15 avril 2026 : https://www.space.com/space-exploration/launches-spacecraft/spacex-fires-up-next-gen-version-3-starship-ahead-of-landmark-may-test-flight-photos - NASASpaceFlight, "Ship 39 and Booster 19 complete static fires", avril 2026 : https://www.nasaspaceflight.com/2026/04/ship-39-booster-19-static-fire/ - NASASpaceFlight, "SpaceX refinements at Starbase Pad 2 with Booster 19" : https://www.nasaspaceflight.com/2026/04/spacex-refinements-starbase-pad-2-booster-19/ - Basenor, "Starship IFT-12 delayed to May: what the v3 upgrade means" : https://www.basenor.com/blogs/news/starship-ift-12-delayed-to-may-what-the-v3-upgrade-means - SpacePolicyOnline, "More Delays for Artemis: Artemis II slips to April 2026, Artemis III to mid-2027" : https://spacepolicyonline.com/news/more-delays-for-artemis-artemis-ii-slips-to-april-2026-artemis-iii-to-mid-2027/ - NASA, Artemis III mission page : https://www.nasa.gov/mission/artemis-iii/ - Wikipedia, SpaceX Raptor engine : https://en.wikipedia.org/wiki/SpaceX_Raptor - Wikipedia, Starship flight test 11 : https://en.wikipedia.org/wiki/Starship_flight_test_11 --- ## Artemis II splashdown : 406 771 km, record Apollo 13 - URL: https://www.portail-astronomie.fr/artemis-ii-splashdown-11-avril-2026-record-apollo-13-252756-miles/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-22T06:00:00 - Categories: exploration-spatiale À 00h07:27 UTC le 11 avril 2026, la capsule Integrity s'est posée dans le Pacifique au sud-ouest de San Diego. Neuf jours, une heure, trente-deux minutes et quinze secondes de vol. Quatre humains vivants, un record battu, et un calendrier NASA qu'il faut réécrire une fois de plus. Spoiler : le bouclier a tenu, c'est l'essentiel. J'avais douté du bouclier. J'ai eu tort. Le programme Artemis avance, mais pas du tout comme promis il y a deux ans. ## Le chiffre qui change tout : 406 771 km Le 6 avril à 23h02 UTC, Integrity s'est retrouvée à 406 771 km de la Terre selon le comptage officiel NASA. Le record précédent appartenait à Apollo 13 depuis le 14 avril 1970 : 400 171 km. Écart : environ 6 600 km. Deux minutes plus tôt, la capsule passait à environ 6 545 km de la surface lunaire, côté face cachée. Blackout radio de quarante minutes. Et au retour du signal, la NASA tenait un nouveau chiffre dans la tête des ingénieurs. Ce record, il faut le remettre dans son contexte. Apollo 13 a atteint 400 171 km parce que la mission a improvisé une trajectoire de secours après l'explosion du réservoir d'oxygène. [Artemis II a suivi volontairement la même trajectoire de retour libre](/artemis-ii-survol-lune-avril-2026), mais sur plan nominal, avec un ESM européen qui a fonctionné tellement bien que deux corrections de trajectoire prévues ont été jugées inutiles en vol. La précision de l'injection translunaire, c'est la vraie nouvelle technique. Le record, c'est le chiffre qui plaît aux journaux. L'ESM d'Airbus qui livre sans bavure, c'est ce qui garantit la suite du programme. Au total, la mission a parcouru environ 1,12 million de km selon le communiqué officiel NASA. Wikipedia cite 1 126 926 km, écart mineur probablement dû à la méthode de comptage. Je garde le chiffre NASA. ## Une éclipse solaire vue depuis la banlieue lunaire Le 7 avril, entre 01h35 et 02h32 UTC, l'équipage a observé une éclipse totale du Soleil depuis l'espace cislunaire. Cinquante-sept minutes. La Terre passait entre le Soleil et la capsule. La couronne solaire visible à l'œil nu, Vénus, Mars, Saturne, Mercure dans le noir autour. Des flashes d'impact de météoroïdes sur la face sombre de la Lune, captés par les caméras embarquées. Et la Terre elle-même en contre-jour, éclairée par sa propre lumière cendrée. En clair : c'est la première fois qu'un humain voit ça sous cet angle. Les équipages Apollo ont vu beaucoup de choses, pas ça. C'est le genre de détail qu'on retiendra dans cinquante ans quand on fera la liste des grandes images de l'exploration habitée, au même titre que l'Earthrise d'Apollo 8. Les photos, d'ailleurs. Plus de sept mille prises de la surface lunaire, selon le communiqué NASA. La première observation humaine directe de la face cachée depuis [Apollo 17 en décembre 1972](/propulsion-nucleaire-electrique-nasa-mars-2028). Cinquante-quatre ans entre deux regards. Reid Wiseman et son équipage ont proposé de baptiser deux cratères anonymes : l'un "Integrity", du nom de la capsule. L'autre "Carroll", en hommage à l'épouse de Wiseman, décédée d'un cancer en 2020. Je ne suis pas du genre à m'attendrir facilement. Là, je reconnais que le geste passe bien. ## L'équipage qui rentre, quatre records humains dans le sac Reid Wiseman, cinquante ans, devient le plus vieil humain à être sorti de l'orbite basse terrestre. Victor Glover, pilote, premier homme de couleur à avoir survolé la Lune. Christina Koch, première femme. Jeremy Hansen, canadien, premier non-Américain. [Ces premières annoncées au décollage d'Artemis II](/artemis-ii-lancement-imminent-equipage-lune-2026) sont maintenant des faits acquis. Les quatre sont sortis de la capsule à San Diego sur un radeau gonflable, récupérés par l'USS John P. Murtha. Première récupération d'une mission NASA habitée par la Marine américaine depuis Apollo-Soyuz en 1975. Ces records, on peut trouver qu'ils arrivent tard. Ils arrivent tard. On peut aussi reconnaître qu'ils sont là, concrètement, avec des noms, des dates, des images. Le symbolique et le factuel tiennent dans les mêmes quatre personnes. Côté science médicale, l'expérience AVATAR a été testée hors orbite basse pour la première fois. Tissus humains exposés aux radiations de l'espace profond, analyses en retour de mission. ARCHeR a suivi le sommeil et les mouvements de l'équipage. Données immunitaires via échantillons salivaires. Ce sont les briques qu'il faut valider avant d'envoyer des gens plus loin. Pas glamour, essentiel. Le système O2O, communication laser optique, a atteint 260 Mbit/s en downlink depuis l'espace cislunaire. Première démonstration à cette distance. SpaceX fait ses démos avec [Starlink depuis l'orbite basse](/celeste-leo-pnt-navigation-europeenne-premier-vol), la NASA vient de boucler le lien laser jusqu'à 400 000 kilomètres. Pas la même échelle, pas les mêmes enjeux. ## Le calendrier Artemis qu'il faut réécrire (encore) Sur un sujet proche, découvrez notre article : [SPHEREx : 20 cm, 102 bandes, les premières cartes de glace](/spherex-nasa-astrophysical-journal-avril-2026-cartes-glaces-pah-ciel). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Nancy Grace Roman : lancement annoncé pour septembre 2026](/nancy-grace-roman-telescope-assemblage-finalise-avril-2026). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Mars avril 2026 : écailles, organiques et 5 ans de rovers](/curiosity-perseverance-mars-5-ans-avril-2026-organiques). C'est là que ça coince. Pendant que les astronautes rentraient, la NASA a confirmé fin février 2026 la nouvelle configuration du programme. Et elle n'est pas simple à suivre. **Artemis III, prévue pour 2027, n'est plus une mission d'alunissage.** La NASA en a fait un test de rendez-vous en orbite basse terrestre avec les atterrisseurs commerciaux (Starship HLS de SpaceX, Blue Moon de Blue Origin). Pas de pied sur le régolithe. L'équipage va valider la combinaison AxEMU, répéter les procédures de docking avec les landers, vérifier les interfaces. C'est du calage technique, pas de la conquête. **Le premier alunissage humain depuis Apollo 17, c'est Artemis IV.** Cible : début 2028, zone du pôle Sud lunaire. Deux astronautes descendent, deux restent en orbite. C'est là que le programme revient au niveau d'ambition promis à l'origine, avec cinq ans de retard sur les communiqués de 2019. J'ai vérifié deux fois parce que la page nasa.gov/missions traîne encore le mot "landing" pour Artemis III. Wikipedia et le blog Artemis de la NASA, eux, ont acté la révision. Si vous lisez "Artemis III alunissage 2027" quelque part en ligne, c'est de la doc pas mise à jour. Cette bascule, il faut la regarder en face. Le programme glisse depuis des années, comme Haven-1 côté privé. Le bouclier thermique a tenu cette fois-ci, oui. Mais la NASA a préféré décaler l'alunissage plutôt que tenter un HLS Starship qui n'est pas prêt. Décision conservatrice. Probablement la bonne. Clairement pas celle vendue au Congrès en 2019. ## Ce qui reste à prouver Splashdown nominal, équipage en forme, objectifs mission validés. Côté ingénierie, c'est une réussite franche. Le bouclier thermique, malgré les inquiétudes légitimes après [l'analyse du spalling d'Artemis I](/artemis-ii-bouclier-thermique-rentree-atmospherique), a encaissé la rentrée à environ 40 000 km/h avec le loft maneuver. Les experts externes qui parlaient d'un risque "un sur cinq à un sur cinquante" avaient tort sur ce vol-ci. Je l'écris sans mauvaise foi. Ce que ça ne résout pas : le coût par vol du SLS reste massif, le programme Artemis dépasse 90 milliards de dollars cumulés selon le rapport de l'inspecteur général, et Starship n'a toujours pas fait de démonstration crédible de rendez-vous lunaire. Artemis IV en 2028, ça suppose que SpaceX livre un HLS fonctionnel d'ici là, avec le ravitaillement en orbite qui reste à prouver. À ce stade, je parie qu'Artemis IV glisse aussi. Je l'écris noir sur blanc. On en reparle dans dix-huit mois. En attendant, quatre personnes sont rentrées. Elles ont ramené sept mille photos, une éclipse filmée depuis l'espace cislunaire, des données biomédicales qu'on n'avait pas, et la preuve que le SLS et Orion tiennent la route en vol habité. Le programme américain de retour vers la Lune a un premier succès complet à son actif. Après cinquante-quatre ans, ça fait quelque chose. ## Sources - [NASA Welcomes Record-Setting Artemis II Moonfarers Back to Earth - NASA](https://www.nasa.gov/news-release/nasa-welcomes-record-setting-artemis-ii-moonfarers-back-to-earth/) - [Artemis II - Wikipedia](https://en.wikipedia.org/wiki/Artemis_II) - [Artemis III - Wikipedia](https://en.wikipedia.org/wiki/Artemis_III) - [Apollo 13 - Wikipedia](https://en.wikipedia.org/wiki/Apollo_13) - [NASA Artemis Blog](https://www.nasa.gov/blogs/artemis/) - [ESA - Artemis II splashdown](https://www.esa.int/Science_Exploration/Human_and_Robotic_Exploration/Artemis_II_splashdown) - [SpacePolicyOnline - Artemis II Getting Ready for Splashdown](https://spacepolicyonline.com/news/artemis-ii-getting-ready-for-splashdown-tomorrow/) --- ## NEO Surveyor : le télescope IR des astéroïdes sombres - URL: https://www.portail-astronomie.fr/neo-surveyor-telescope-infrarouge-spacex-2027-asteroides/ - Author: Thomas R. - Published: 2026-04-21T06:00:00 - Categories: exploration-spatiale Le problème n'est pas de trouver les gros astéroïdes. Les objets d'un kilomètre et plus, on les connaît presque tous. Le problème, ce sont les moyens. Les rochers entre 140 mètres et quelques centaines de mètres, capables de raser une région entière, qui sont sombres, qui arrivent depuis la direction du Soleil, et qui échappent depuis des décennies aux télescopes optiques au sol. NEO Surveyor est conçu pour résoudre exactement ce trou. Un télescope infrarouge de cinquante centimètres d'ouverture, posté au point de Lagrange L1, qui verra la chaleur des astéroïdes plutôt que leur reflet. SpaceX en assurera le lancement sur Falcon 9 Block 5, au plus tôt en septembre 2027, depuis la Space Coast de Floride, pour environ 100 millions de dollars. Et la question qui se pose maintenant, c'est de savoir si le reste du programme survivra au budget Trump 2026. ## Pourquoi les télescopes optiques ratent les astéroïdes sombres Pan-STARRS et ATLAS font l'essentiel du travail depuis Hawaï. Pan-STARRS1, à lui seul, est responsable de plus de la moitié des découvertes de NEOs de plus de 140 mètres à ce jour. Deux télescopes de 1,8 mètre, perchés sur le Haleakala, qui balaient le ciel nuit après nuit. ATLAS, de son côté, fait un trade-off différent : couverture all-sky en une heure, mais sensibilité moindre. Les deux systèmes dépendent d'une chose simple : la lumière visible réfléchie par l'astéroïde. C'est là que le problème commence. Un astéroïde sombre, avec un albédo de cinq à trente pour cent, renvoie très peu de lumière. Vu depuis le sol, il se confond avec le fond de ciel. Pire : les objets qui approchent la Terre depuis la direction du Soleil sont simplement invisibles. L'angle solaire écrase la détection, le télescope ne peut pas regarder là. C'est exactement ce qui s'est passé à Tcheliabinsk en 2013 : un rocher de dix-huit mètres, neuf mille cent tonnes, est entré dans l'atmosphère russe en venant du Soleil. Aucun télescope ne l'avait vu arriver. L'explosion a atteint environ cinq cents kilotonnes de TNT, sept mille deux cents bâtiments endommagés dans six villes, mille cinq cents personnes envoyées à l'hôpital. Personne n'a eu l'occasion de prévenir qui que ce soit. L'infrarouge thermique change l'équation. Un astéroïde, même sombre, est chauffé par le Soleil jusqu'à des températures de 200 à 300 kelvins, et il rayonne ce thermique dans le moyen infrarouge. Il brille dans les longueurs d'onde où les étoiles de fond s'effacent. C'est une inversion radicale du rapport signal/bruit. ## Ce qu'il y a dans le tube Sur le papier, NEO Surveyor est presque modeste. Un télescope de 50 centimètres de diamètre, soit à peu près 20 pouces, trois réflexions, refroidissement cryogénique passif. Pas de miroir segmenté façon Webb, pas de cryocooler actif façon SPHEREx. Juste un tube simple, mais optimisé pour l'IR thermique, protégé par un grand pare-soleil qui maintient le détecteur à froid par contact thermique avec l'espace profond. Le cœur, c'est le détecteur en mercure-cadmium-tellure (HgCdTe) fabriqué par Teledyne Imaging Sensors, deux mille quarante-huit pixels par deux mille quarante-huit, modifié pour les longueurs d'onde thermiques. Deux canaux : NC1 à 4-5,2 microns, qui sert à la calibration des températures et donne aussi les étoiles de fond pour l'astrométrie ; NC2 à 6-10 microns, la signature thermique pure des NEOs chauffés. Cette combinaison à deux bandes permet non seulement de détecter l'objet, mais aussi d'estimer sa taille réelle, pas juste sa luminosité. Le champ de vue est généreux pour un instrument cryogénique : onze virgule cinquante-six degrés carrés. C'est ce qui permet l'enquête de type "survey" : couvrir un ciel immense pendant la durée nominale de cinq ans, douze ans au total en opération étendue. La mission produit environ quatre-vingt-deux gigabits par jour de données brutes, traitées par l'équipe de l'IPAC Caltech, avec Sean Carey et Joe Masiero en tête côté science des données. Ce n'est pas un Hubble ni un JWST, mais ce n'est pas le but. (Je travaille depuis longtemps avec des simulateurs de détection IR sur des projets amateurs, et je peux dire qu'obtenir un rapport signal/bruit utile dans le thermique demande beaucoup plus de soin que dans le visible. Le calme thermique de L1 fait ici toute la différence.) ## L1, et pas L2 : un choix qui dit tout NEO Surveyor ne sera pas à Lagrange 2, là où se trouvent JWST, Euclid et Gaia. Il sera à L1, à environ un million de kilomètres de la Terre, entre nous et le Soleil. Pour approfondir les enjeux d'un télescope infrarouge côté observation du système solaire, notre article sur [Webb et Hubble : Saturne en infrarouge et en visible](/webb-hubble-saturne-infrarouge-visible-2026) explique en détail pourquoi l'IR ouvre des fenêtres d'observation inaccessibles au visible. Ce positionnement n'est pas un luxe. À L1, le télescope peut scruter la région du ciel proche de la direction du Soleil sans avoir le Soleil dans son tube. C'est exactement le "blind spot" des télescopes terrestres, celui qui a laissé passer Tcheliabinsk. Et L1 permet aussi de voir les astéroïdes coorbitaux, ceux qui précèdent ou suivent la Terre sur son orbite, et qui passent une partie de l'année noyés dans le ciel diurne pour les observateurs au sol. C'est un gain géométrique, pas seulement optique. La halo orbit autour de L1 offre également un bon compromis thermique : pare-soleil tourné vers le Soleil, détecteur tourné vers l'espace froid. Pas besoin de refroidisseur mécanique, donc pas de point de panne critique et pas de consommable qui limite la durée de vie. ## Ce que le chiffre "90 % du mandat" veut vraiment dire Le Congrès américain a voté en 2005 une loi demandant à la NASA de cataloguer 90 pour cent des NEOs de plus de 140 mètres avant 2020. Objectif raté. En avril 2026, selon la National Space Society, on plafonne autour de quarante-deux pour cent. Sur les vingt-cinq mille objets estimés dans cette catégorie, moins de quarante pour cent sont localisés. Et si on descend à la gamme quarante à cent-quarante mètres, les environ cinq cent mille objets attendus, on est à moins de deux pour cent identifiés. NEO Surveyor est dimensionné pour amener ce chiffre à 90 pour cent pendant ses dix premières années d'opération. Selon les modèles de la NSS, il irait environ vingt ans plus vite que les réseaux terrestres seuls. Il est aussi conçu pour découvrir entre deux cent mille et trois cent mille nouveaux NEOs toutes tailles confondues, jusqu'à des objets d'à peine dix mètres. Le NASA 2022 Authorization Act ciblait un lancement avant mars 2026. Cet objectif-là aussi est manqué, et la question devient : est-ce que septembre 2027 tient ? ## SpaceX, 100 millions, et un calendrier tendu Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Haven-1 : la première station spatiale commerciale (2027)](/haven-1-vast-space-premiere-station-commerciale-2027). Le 21 février 2025, la NASA a attribué le contrat de lancement à SpaceX, pour environ 100 millions de dollars, sous forme de task order firm fixed-price dans le cadre de l'IDIQ Launch Services II. La fusée : Falcon 9 Block 5. Le site : Cape Canaveral. La date : au plus tôt septembre 2027, soit à peu près neuf mois plus tôt que la baseline KDP-C de décembre 2022, qui tablait sur juin 2028. Côté construction, le programme tient son calendrier pour l'instant. La revue de conception critique (CDR) a été passée le 6 février 2025 au JPL. Le Standing Review Board de la NASA a validé que la mission rencontre ses exigences techniques. Le boîtier instrument, un cylindre en aluminium de trois mètres soixante-cinq de long, est arrivé au Space Dynamics Laboratory de Logan, Utah, le 22 mai 2025, pour les tests thermovide. La chaîne industrielle tourne. Pour approfondir un autre exemple de mission ESA de défense planétaire dont le suivi post-impact DART arrive en fin d'année, notre article sur [Hera inspecte le cratère de Dimorphos après l'impact DART](/hera-didymos-inspection-post-impact-dart-2026) montre à quel point la chaîne de missions de défense planétaire est longue à construire. La mission est pilotée par Amy Mainzer, à UCLA (l'équipe principale a déménagé de l'Université d'Arizona à Los Angeles en 2023). Le JPL gère le développement, IPAC Caltech l'archive des données, SDL Utah l'intégration. Trois sites, une équipe soudée depuis NEOWISE, l'héritage IR que NEO Surveyor vient prolonger. ## Le détail qui gratte : le budget a doublé, et l'exécutif veut couper NEO Surveyor était initialement estimé à 500-600 millions de dollars, époque des premières étapes de formulation. Après les coupes NASA FY2022-2023, l'inflation et le ralentissement forcé du financement, la baseline KDP-C de décembre 2022 a fixé le développement à 1,2 milliard de dollars, hors lancement. Avec les 100 millions du contrat SpaceX, on arrive à environ 1,3 milliard total. Amy Mainzer l'a dit sans détour : "NASA's decision to slow down the funding in FY22 and 23 has resulted in a delayed launch date, which pushes up the cost". Ralentir un programme mûr coûte plus cher que de le finir dans les temps. Leçon classique en gestion de grand projet scientifique. Et maintenant, le budget Trump FY2026. Réduction annoncée d'environ quarante-sept pour cent sur la science à la NASA. Coupes sévères attendues sur des dizaines de missions. NEO Surveyor, lui, est officiellement maintenu. Nicola Fox, à la tête de la Science Mission Directorate de la NASA, a déclaré que le télescope "should be ready to launch by 2028, perhaps sooner", en évoquant une réduction "due to excellent cost performance". Autrement dit, le programme est bien géré, donc il garde une partie de son enveloppe. Mais des représentants au Congrès ont déjà exprimé leur inquiétude sur l'impact global des coupes sur la capacité à suivre les astéroïdes. Le trou qu'on veut fermer se rouvre d'un côté budgétaire pendant qu'on le comble côté instrumental. (Quand je lis ces passes d'arme entre OMB et Congrès, j'ai du mal à me projeter avec certitude sur une date de lancement "au plus tôt". Le hardware semble prêt, la politique beaucoup moins.) Pour comprendre comment un programme scientifique mûr peut se faire détricoter en quelques mois par ce même contexte budgétaire, notre article sur [Mars Sample Return : le Congrès sauve, la NASA trinque](/mars-sample-return-annule-congres-us-echantillons-perseverance) donne la température côté Washington. Même acteurs, mêmes mécaniques, juste un autre programme. ## Pourquoi l'enjeu dépasse l'astronomie pure DART a prouvé qu'on pouvait dévier un astéroïde. Le 26 septembre 2022, l'impact sur Dimorphos a raccourci sa période orbitale de trente-trois minutes, contre un minimum de soixante-treize secondes demandé par le programme. Facteur bêta mesuré autour de 3,6. La technique fonctionne. Hera, de l'ESA, arrivera dans le système Didymos en novembre 2026 pour mesurer précisément ce cratère. NEOWISE, le précurseur IR de NEO Surveyor, a terminé ses opérations le 31 juillet 2024, après un million quatre cent cinquante mille mesures infrarouges sur plus de quarante-quatre mille objets du système solaire, dont plus de trois mille NEOs et deux cent quinze découvertes nouvelles. L'ensemble forme une boucle : NEO Surveyor détecte les objets sombres et rapides → les relevés terrestres confirment l'orbite → les missions de déviation type DART agissent si nécessaire → les missions d'inspection type Hera valident le résultat. Chaque maillon dépend des autres. Si NEO Surveyor ne décolle pas, l'ensemble du cycle perd sa première ligne. On continuera à découvrir des astéroïdes, mais on continuera aussi à manquer les astéroïdes sombres qui viennent du Soleil. Ceux qui, statistiquement, ont le plus de chances de nous tomber dessus sans prévenir. Le programme tient sur une seule décision budgétaire à venir. Le hardware, lui, est prêt. Septembre 2027, Floride, Falcon 9. Si rien ne glisse. ## Sources - NASA, "NASA Awards Planetary Defense Space Telescope Launch Services Contract", 21 février 2025 : https://www.nasa.gov/news-release/nasa-awards-planetary-defense-space-telescope-launch-services-contract/ - NASA JPL, "Near-Earth Object Surveyor" (page mission officielle) : https://www.jpl.nasa.gov/missions/near-earth-object-surveyor/ - NASA Science, "NEO Surveyor Successfully Completes Critical Design Review", 11 février 2025 : https://science.nasa.gov/blogs/neo-surveyor/2025/02/11/nasas-neo-surveyor-successfully-completes-critical-design-review/ - Wikipedia, "NEO Surveyor", consulté en avril 2026 : https://en.wikipedia.org/wiki/NEO_Surveyor - SpacePolicyOnline, "Asteroid-Hunting Telescope Clears NASA Review, But Two-Year Delay Hikes Cost", décembre 2022 : https://spacepolicyonline.com/news/asteroid-hunting-telescope-clears-nasa-review-but-two-year-delay-hikes-cost/ - Space.com, "NASA picks SpaceX rocket to launch asteroid-threat-hunter NEO Surveyor in 2027", février 2025 : https://www.space.com/space-exploration/missions/nasa-picks-spacex-rocket-to-launch-asteroid-threat-hunter-neo-surveyor-in-2027 - NSS, "NEO Surveyor FAQ", 2025 : https://nss.org/neo-surveyor-faq/ - IPAC Caltech, "NEO Surveyor Project" : https://www.ipac.caltech.edu/project/neo-surveyor - NASA JPL, "NEOWISE's Infrared Heritage Will Live On", 2024 : https://www.jpl.nasa.gov/news/nasas-neowise-infrared-heritage-will-live-on/ - NASA, "NASA Confirms DART Mission Impact Changed Asteroid's Motion in Space", octobre 2022 : https://www.nasa.gov/news-release/nasa-confirms-dart-mission-impact-changed-asteroids-motion-in-space/ - ESA, "Hera mission overview" : https://www.esa.int/Space_Safety/Hera/Hera_mission_overview - Wikipedia, "Chelyabinsk meteor" : https://en.wikipedia.org/wiki/Chelyabinsk_meteor - Space.com, "US representatives worry Trump's NASA budget plan will make it harder to track dangerous asteroids" : https://www.space.com/astronomy/asteroids/us-representatives-worry-trumps-nasa-budget-plan-will-make-it-harder-to-track-dangerous-asteroids - Image domaine public : [Instrument Enclosure for NASA's NEO Surveyor Arrives in Utah (PIA26589)](https://www.jpl.nasa.gov/images/pia26589-instrument-enclosure-for-nasas-neo-surveyor-arrives-in-utah/), Credit: NASA/JPL-Caltech --- ## Conjonction Lune-Vénus 17 juin 2026 : guide d'observation - URL: https://www.portail-astronomie.fr/conjonction-lune-venus-juin-2026-observation-soir/ - Author: Julien P. - Published: 2026-04-20T20:00:00 - Categories: evenements-celestes Pour comprendre pourquoi une simple conjonction planétaire fait encore tourner les têtes en 2026, il faut remonter à cette habitude très ancienne d'accrocher son regard à ce qui brille juste après le coucher du Soleil. Les astronomes arabes médiévaux consignaient déjà ces rendez-vous dans leurs almanachs, bien avant que le mot "conjonction" ne désigne techniquement le moment où deux corps partagent la même ascension droite. Le soir du 17 juin 2026, l'histoire se répète avec une variante : la Lune, tout juste sortie de sa phase sombre, ira se blottir contre Vénus dans la constellation du Cancer, à une distance angulaire que les chiffres peinent à rendre tangible. Zéro virgule trois degré. Dix-sept arcminutes. Moins que le diamètre apparent de la pleine lune. ## Ce qui se joue exactement ce soir-là Les données racontent une histoire précise, et il faut les prendre une par une pour saisir l'événement. À 20:21 GMT, soit 22:21 heure d'été de Paris, la Lune et Vénus partageront la même ascension droite. À cet instant, Vénus se trouvera 17 arcminutes au sud du disque lunaire, ce qui correspond à environ 0,3 degré d'écart. Pour donner une idée : si l'on tend le petit doigt à bout de bras, la largeur de l'ongle suffit à couvrir un degré. L'écart Lune-Vénus tiendra donc confortablement dans un tiers de cet ongle. Nuançons toutefois : ce rapprochement spectaculaire n'est pas une occultation depuis la France. L'occultation, c'est-à-dire le passage de Vénus derrière le disque lunaire, sera visible uniquement depuis les Amériques. Ce décalage de quelques arcminutes tient à la parallaxe, cette petite géométrie qui fait que deux observateurs placés sur des continents différents ne voient pas exactement la même scène céleste. Les Français auront droit à une conjonction très serrée, presque une quasi-occultation, que les éphémérides d'In-The-Sky.org qualifient de rapprochement très serré. ## Une scène à reconstituer pas à pas Avant de sortir sa chaise de jardin, il faut se représenter l'ensemble. La Lune sera un croissant ultra-fin, à peine 11 % illuminé, soit environ deux jours après la nouvelle lune du 15 juin 2026 (02:54 UTC, 04:54 heure de Paris). Ce détail change tout : le croissant ne hurle pas de lumière, il murmure. Le reste du disque lunaire sera baigné par la lumière cendrée, ce fameux reflet pâle que la Terre renvoie sur les zones non éclairées directement par le Soleil, et que les observateurs de la Renaissance, bien avant qu'on ne lui donne un nom technique, avaient déjà remarqué. À ses côtés, Vénus brillera à la magnitude -4,0. Il faut s'arrêter sur ce chiffre : après la Lune, Vénus est l'objet le plus brillant du ciel nocturne en juin 2026. Son disque, observé au télescope, se présentera en phase gibbeuse, illuminé à environ 75 %, avec une taille angulaire de 14 arcsecondes. L'œil nu, lui, ne verra qu'un point lumineux presque insolent, posé juste sous le croissant, comme si quelqu'un avait fixé une perle sous une corne. ## Où et quand regarder depuis la France C'est ici que le storytelling rencontre la contrainte physique. La conjonction culmine à 22:21, mais Vénus se couche vers 23h00 à 23h03 heure locale. La fenêtre d'observation, autrement dit, est brève et se joue basse sur l'horizon. Direction : ouest à nord-ouest, en fin de crépuscule. Pas "en début de soirée" au sens où on l'entendrait pour un film d'été, mais bien dans cette bascule entre la lumière résiduelle du jour et la nuit astronomique. Le couple sera posé dans la constellation du Cancer, une région plutôt discrète du zodiaque, ce qui aide paradoxalement : aucune étoile brillante ne viendra parasiter la scène. Il faudra chercher un site dégagé vers le nord-ouest, sans immeuble ni colline haute, car à 22:21 la Lune et Vénus seront déjà bien entamées dans leur descente. Au coucher du Soleil, Vénus se trouve à 28° au-dessus de l'horizon selon les éphémérides d'In-The-Sky.org, et cette altitude fond rapidement dans l'heure qui suit. Je sais pas trop quoi en penser, honnêtement, de cette contrainte horaire : d'un côté elle rend l'événement exigeant, de l'autre elle transforme chaque observation en petite expédition. Sortir sa chaise, viser l'ouest, attendre que le ciel se calme. C'est peut-être ça, d'ailleurs, qui rend la chose mémorable. ## Matériel : de l'œil nu à la lunette À l'œil nu, la scène tient debout sans problème. Vénus à -4,0 et un croissant lunaire, même ultra-fin, sont tous deux parfaitement visibles. C'est d'ailleurs la configuration que préfèrent les photographes paysagistes, qui placent le duo au-dessus d'un clocher ou d'une ligne d'arbres pour créer une composition. Aux jumelles 10x50, l'expérience bascule dans une autre dimension : le champ est suffisamment large pour contenir les deux objets ensemble, et la lumière cendrée de la Lune devient tangible. Les cratères du terminateur, cette frontière entre la partie illuminée et la partie dans l'ombre, se découpent avec netteté. Au télescope, il faut accepter un compromis. Un fort grossissement permet de voir la phase gibbeuse de Vénus, mais sépare le couple. Un faible grossissement, autour de 30 à 50 fois, conserve les deux dans le champ et révèle le disque vénusien comme une petite lune dans la lune. Stelvision résume l'affaire avec une formule que je garde en tête : "Vénus sera alors à moins d'un demi-degré d'un fin croissant de Lune du plus bel effet". Le mot "effet" n'est pas anodin. Il dit quelque chose de la théâtralité du moment. ## Ce qui précède et ce qui suit Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Occultation de Jupiter le 6 octobre 2026 : pas en France](/occultation-jupiter-lune-6-octobre-2026). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Vénus-Jupiter à 1,6° Gémeaux : conjonction 9 juin 2026](/conjonction-venus-jupiter-9-juin-2026-gemeaux-observation). Cet instant s'inscrit dans une séquence plus longue qu'il faut connaître pour en mesurer la valeur. Huit jours avant la conjonction Lune-Vénus, le 9 juin 2026, Vénus croisait déjà Jupiter à 1 degré 36 arcminutes, dans la constellation des Gémeaux, avec Vénus à la même magnitude -4,0. Deux rapprochements serrés en à peine plus d'une semaine : la soirée du 17 juin n'est pas isolée, elle prolonge un printemps astronomique qui accumule les rendez-vous. Et après ? Vénus poursuit sa carrière de planète du soir. Elle reste visible après le coucher du Soleil de mars jusqu'en octobre 2026, ce qui donne près de huit mois de présence régulière dans le ciel occidental. Le point d'orgue de cette période tombera le 14-15 août 2026, avec la grande élongation est : Vénus atteindra alors une élongation de 45,9 degrés par rapport au Soleil, avec une magnitude de -4,3 et une hauteur maximale dans le ciel du soir. Pour ceux qui auront raté le 17 juin à cause de la météo (et il y en aura, statistiquement), ce sera la séance de rattrapage la plus généreuse de l'année. Entre ces deux dates, d'autres curiosités ponctuent le ciel de 2026. Les pluies d'étoiles filantes d'été, comme les Delta Aquariides et Alpha Capricornides de juillet 2026, offrent un autre usage à ces soirées où l'on sort dans le jardin. Et pour ceux qui planifient un voyage, [l'éclipse solaire totale du 12 août 2026 en Europe](/eclipse-solaire-totale-12-aout-2026-europe-guide-observation) est le rendez-vous majeur de l'été. ## Une place dans le calendrier 2026 En 2003 déjà, on racontait que la meilleure façon de tenir sur la durée en astronomie amateur, c'était de suivre les événements du ciel comme on suit une série, épisode après épisode. Cette idée garde sa logique. Le 17 juin 2026 prend du sens parce qu'il s'inscrit après le [guide des conjonctions planétaires d'avril 2026 autour de Mercure, Mars, Saturne et Neptune](/conjonction-planetes-avril-2026-mercure-mars-saturne-neptune) et la [Lune bleue du 31 mai 2026](/lune-bleue-31-mai-2026-guide-observation-microlune), deux rendez-vous qui auront déjà rodé les routines d'observation printanières. La séquence s'enchaîne avec fluidité : avril pour les planètes à l'aube, mai pour la microlune bleue, puis mai encore avec [les Eta Aquariides et la comète de Halley](/eta-aquariides-mai-2026-observation-comete-halley-guide), et juin pour le duo Lune-Vénus. Chaque étape préparant la suivante, comme un programme de conditionnement doux. ## Petite parenthèse personnelle (J'ai toujours trouvé que les conjonctions très serrées, celles qui descendent sous le demi-degré, avaient quelque chose des rendez-vous ratés dans les vieilles correspondances. Deux corps qui se croisent, se frôlent, sans jamais vraiment se toucher, du moins depuis l'angle de vue qui est le nôtre. La parallaxe, au fond, c'est une métaphore de la subjectivité : selon d'où l'on regarde, la même scène raconte une histoire différente. Depuis Buenos Aires ce soir-là, Vénus disparaît derrière la Lune. Depuis Lyon, elle reste posée dessous. Deux récits d'un même instant, et aucun n'est plus vrai que l'autre.) Combien de fois encore, d'ici la fin de la décennie, verra-t-on un tel rapprochement ? Les éphémérides en annoncent d'autres, bien sûr. Mais chacun aura son contexte, sa phase lunaire, sa fenêtre horaire, sa météo. Celui du 17 juin 2026 aura la particularité de tomber un soir de croissant naissant, à une heure qui force la patience. Ça se note. ## Sources 1. [AstroPixels Almanac 2026 GMT](https://www.astropixels.com/almanac/almanac21/almanac2026gmt.html) 2. [In-The-Sky.org, Conjunction of the Moon and Venus](https://in-the-sky.org/news.php?id=20260617_16_100) 3. [In-The-Sky.org, Calendrier juin 2026](https://in-the-sky.org/newscal.php?year=2026&month=6) 4. [Stelvision, Les évènements astro 2026](https://www.stelvision.com/astro/les-evenements-astro-2026/) 5. [In-The-Sky.org, Grande élongation est de Vénus, 14 août 2026](https://in-the-sky.org/news.php?id=20260814_11_102) 6. [BBC Sky at Night Magazine, Venus-Jupiter conjunction 9 June 2026](https://www.skyatnightmagazine.com/news/venus-jupiter-conjunction-9-june-2026) --- ## Apophis 2029 : RAMSES, OSIRIS-APEX et ApophisExL prêts - URL: https://www.portail-astronomie.fr/apophis-2029-approche-historique-ramses-osiris-apex-missions/ - Author: Julien P. - Published: 2026-04-19T06:00:00.000Z - Categories: exploration-spatiale Le 13 avril 2029, un vendredi soir, un point lumineux glissera lentement dans le ciel européen. Il ne s'agira ni d'un satellite, ni d'une étoile filante. Ce point, c'est un rocher de 375 mètres de diamètre pesant près de 50 millions de tonnes, baptisé 99942 Apophis, qui passera à seulement 31 600 kilomètres au-dessus de nos têtes. Pour vous donner une idée : c'est plus près que les satellites géostationnaires qui nous livrent la télévision, postés à 35 786 kilomètres. J'ai du mal à me rappeler la dernière fois qu'un objet de cette taille a frôlé la Terre d'aussi près. La réponse est simple : cela n'est jamais arrivé de mémoire moderne, et cela ne se reproduira pas avant des siècles. Environ deux milliards de personnes pourront assister à l'événement à l'œil nu, depuis l'Europe, l'Afrique et l'Asie occidentale. Et pendant ce temps, trois vaisseaux construits par trois agences et trois continents différents seront postés là-haut pour ne rien manquer du rendez-vous. ## Un caillou connu depuis vingt ans Apophis a été découvert en juin 2004 sous la désignation 2004 MN4, par des astronomes du Kitt Peak Observatory en Arizona. Très vite, les calculs d'orbite ont inquiété la communauté : l'objet semblait avoir une probabilité non négligeable de percuter la Terre en 2029, puis en 2036, puis en 2068. Pendant plus de quinze ans, Apophis a trôné en tête de la liste des astéroïdes potentiellement dangereux de l'ESA et de la NASA. Puis, en mars 2021, le verdict est tombé. Grâce à des observations radar menées avec le Deep Space Network, les équipes de Davide Farnocchia, au Center for Near-Earth Object Studies de la NASA, ont pu affiner l'orbite au mètre près. Le 26 mars 2021, Apophis a été officiellement retiré de la Risk List. "A 2068 impact is not in the realm of possibility anymore", a tranché Farnocchia. Zéro risque pour au moins cent ans. L'humanité a retenu son souffle, puis elle l'a relâché. Les mêmes observations ont permis de confirmer le gabarit de la bête : un astéroïde de type S, donc silicaté, mêlant nickel métallique, fer et silicates, d'un diamètre d'environ 375 mètres. Pas une montagne, mais de quoi raser une métropole s'il avait frappé. Et c'est précisément parce qu'il ne frappera pas qu'il devient une occasion scientifique sans équivalent. ## Le ballet du 13 avril 2029 Le soir du 13 avril 2029, à 21h46 temps universel, Apophis atteindra son point de plus grande proximité. À ce moment précis, il filera à environ 12 kilomètres par seconde, et sa vitesse angulaire apparente culminera à 42 degrés par heure. Autrement dit, pour un observateur au sol, le rocher traversera en une minute l'équivalent du diamètre apparent de la pleine Lune. On pourra littéralement le voir bouger sans avoir besoin de capture photo. Sa magnitude apparente grimpera jusqu'à 3,1. C'est brillant, mais pas éclatant. En clair, Apophis sera visible à l'œil nu si vous vous trouvez dans une zone peu polluée par la lumière artificielle. Comparable aux étoiles du Grand Chariot. Oubliez donc toute observation depuis un centre-ville ; filez à la campagne, loin des lampadaires, avec peut-être une paire de jumelles pour décupler l'émotion. Je me rappelle avoir observé la comète NEOWISE en juillet 2020 depuis un champ de Seine-et-Marne : l'impression d'être face à quelque chose de plus grand que soi. Avec Apophis, cette impression sera décuplée, parce qu'on saura qu'un vaisseau humain l'accompagne. ## RAMSES : l'Europe prend les devants L'Agence spatiale européenne a officialisé sa mission le 10 février 2026, en signant avec OHB Italia un contrat de 81,2 millions d'euros pour la construction du vaisseau principal. Le coût total du programme RAMSES avoisinera 150 millions d'euros, avec notamment un contrat séparé de 8,2 millions d'euros attribué à Tyvak International pour l'un des deux CubeSats embarqués, baptisé Farinella en hommage à l'astrophysicien italien Paolo Farinella. Le plan de vol est ambitieux. Lancement prévu au printemps 2028 sur une fusée H3 japonaise, dans le cadre d'un partenariat avec la JAXA. Arrivée près d'Apophis au plus tard le 1er mars 2029, soit plus d'un mois avant le survol terrestre. L'ESA arrivera donc avant la NASA, ce qui n'est pas anodin dans l'histoire de la défense planétaire européenne. L'idée de RAMSES : observer en direct les déformations de l'astéroïde induites par les forces de marée terrestres au moment du passage. Autrement dit, voir si le rocher tremble, se fissure, change d'axe de rotation. Ces données sont critiques pour comprendre comment un astéroïde se comporte face à une perturbation gravitationnelle majeure, et donc pour préparer d'éventuelles missions de déviation futures. ## OSIRIS-APEX : la deuxième vie d'une sonde Du côté américain, pas de nouveau vaisseau. La NASA a choisi de recycler OSIRIS-REx, la sonde qui avait rapporté en septembre 2023 les précieux échantillons de l'astéroïde Bennu. Une fois son colis livré sur Terre, la sonde a été rebaptisée OSIRIS-APEX et réorientée vers Apophis, sous la direction scientifique de Dani Mendoza DellaGiustina, de l'Université d'Arizona. Le scénario est astucieux. OSIRIS-APEX passera au voisinage de la Terre environ une heure après Apophis lors du survol terrestre, profitant d'un assist gravitationnel pour ajuster sa trajectoire. Arrivée près de l'astéroïde : fin avril 2029. S'ensuivra une opération de proximité d'environ dix-huit mois, durant laquelle la sonde effectuera une manœuvre baptisée STIR. Le principe : déclencher ses propulseurs tout près de la surface pour balayer le régolithe et exposer le sous-sol. Ce n'est pas un atterrissage, c'est un décapage. On saura enfin ce qui se cache sous la couche superficielle d'un astéroïde silicaté, et comment il a vieilli au contact du vide et du rayonnement solaire. ## ApophisExL : le premier rideshare commercial vers l'espace profond La troisième mission est la plus surprenante, parce qu'elle n'est pas portée par une agence gouvernementale. Annoncée en janvier 2026, ApophisExL est le fruit d'une collaboration entre ExLabs, une société américaine, et le Chiba Institute of Technology (plus précisément son laboratoire PERC), au Japon. Le design et les opérations bénéficient d'un appui de la NASA via le JPL et Caltech, mais le montage est bel et bien commercial. Il faut le souligner : c'est la première fois qu'un rideshare commercial vise l'espace profond. Jusqu'ici, les missions vers les astéroïdes étaient réservées aux grandes agences. La responsable scientifique, la Dr. Tomoko Arai, dirige le PERC et pilote le dépôt de CubeLanders, c'est-à-dire de petits atterrisseurs de la taille d'un CubeSat, directement sur la surface d'Apophis. L'objectif : mesurer en direct les propriétés mécaniques du sol, la cohésion du régolithe, les réactions sismiques. Si tout se passe bien, cela ouvrira la voie à une nouvelle catégorie de missions low-cost vers les objets géocroiseurs, accessibles à des consortiums académiques ou privés plutôt qu'à des programmes nationaux de plusieurs milliards. ## Pourquoi ce rendez-vous compte vraiment Ce qui rend 2029 exceptionnel, ce n'est pas la peur. C'est l'inverse. Parce que nous savons, avec certitude, qu'Apophis ne frappera pas, nous pouvons l'étudier comme jamais aucun astéroïde de cette taille n'a été étudié. Un passage aussi rapproché d'un objet de près de 400 mètres est un événement qui se produit en moyenne tous les sept mille ans selon les estimations de la NASA. Autant dire que nous avons la chance rare d'avoir été là au bon moment, avec les technologies nécessaires pour en tirer parti. Cette même logique de défense planétaire a déjà mené [Hera inspecter le cratère laissé par DART sur Dimorphos](/hera-didymos-inspection-post-impact-dart-2026), et elle guidera bientôt [NEO Surveyor, le télescope infrarouge dédié aux astéroïdes sombres](/neo-surveyor-telescope-infrarouge-spacex-2027-asteroides). Pour les observateurs amateurs, l'enjeu est aussi émotionnel. Comme je l'évoquais récemment dans mon article sur les [contributions des astronomes amateurs à la science en 2026](/astronomes-amateurs-decouverte-contribuent-science-2026/), les nuits d'observation partagées forment une communauté mondiale où chacun peut participer à quelque chose de plus grand. En 2029, les réseaux d'amateurs seront mobilisés pour cartographier en temps réel la trajectoire d'Apophis, compléter les données professionnelles et, surtout, témoigner. Et puis il y a le contexte plus large. La décennie 2027-2030 s'annonce comme celle d'une nouvelle économie de l'espace proche, avec l'arrivée de stations commerciales comme Haven-1 de Vast Space et la multiplication des missions privées vers des destinations autrefois réservées aux agences. ApophisExL s'inscrit pleinement dans ce mouvement. Quant aux événements célestes de l'été 2026, comme les essaims météoritiques des Delta Aquariides et Alpha Capricornides en juillet, ils rappellent que le ciel reste un spectacle vivant, dont Apophis sera l'acte le plus marquant de la décennie. ## Se préparer dès maintenant Trois ans, c'est long et c'est court à la fois. Long, parce que les missions ont encore toutes leurs étapes critiques à franchir : intégration, lancement, croisière, insertion orbitale. Court, parce qu'il n'y a aucune marge d'erreur. Si RAMSES manque son lancement au printemps 2028, la fenêtre pour arriver avant le survol se referme. Si OSIRIS-APEX rate son assist gravitationnel, la sonde devra patienter des mois supplémentaires. Chaque décision d'ingénierie prise aujourd'hui compte. Pour nous, simples observateurs, la préparation commence dès maintenant. Repérez vos sites d'observation, testez vos jumelles, familiarisez-vous avec les applications qui traceront la position d'Apophis en temps réel. Le vendredi 13 avril 2029 au soir, levez les yeux. Vous verrez un caillou de 375 mètres filer à 12 kilomètres par seconde, plus près de vous que les satellites qui vous apportent Netflix. Et vous saurez que, là-haut, trois vaisseaux construits par des humains seront en train d'observer exactement la même scène, depuis un poste d'observation que personne n'avait jamais occupé auparavant. Ce soir-là, on ne regardera pas seulement un astéroïde. On regardera ce que notre espèce est capable de faire quand elle accepte de lever la tête ensemble. ## Sources - NASA Science, [Apophis facts](https://science.nasa.gov/solar-system/asteroids/apophis-facts/) - NASA, [Earth is safe from asteroid Apophis for 100-plus years](https://www.nasa.gov/solar-system/nasa-analysis-earth-is-safe-from-asteroid-apophis-for-100-plus-years/) - Wikipedia, [99942 Apophis](https://en.wikipedia.org/wiki/99942_Apophis) - ESA, [ESA awards contracts for RAMSES mission to Apophis](https://www.esa.int/Space_Safety/Planetary_Defence/ESA_awards_contracts_for_Ramses_mission_to_Apophis) - NASA Science, [OSIRIS-APEX mission](https://science.nasa.gov/mission/osiris-apex/) - PRNewswire (janvier 2026), [ExLabs to deliver ChibaTech payloads to deep space as part of Apophis mission](https://www.prnewswire.com/news-releases/exlabs-to-deliver-chibatech-payloads-to-deep-space-as-part-of-apophis-mission-302654247.html) --- ## Astronomes amateurs : ils devancent encore les surveys auto - URL: https://www.portail-astronomie.fr/astronomes-amateurs-decouverte-contribuent-science-2026/ - Author: Julien P. - Published: 2026-04-18T06:00:00.000Z - Categories: observation En 1908, l'astronome autodidacte Max Wolf découvrait des centaines d'astéroïdes à la plaque photographique depuis Heidelberg, en superposant des clichés pour voir bouger les petites lumières. En février 2026, Filipp Romanov, 28 ans, sans diplôme ni domicile fixe depuis 2017, a repris le flambeau depuis un appartement de Nakhodka, en Extrême-Orient russe, en pilotant à distance un télescope robotique de deux mètres posé sur un volcan canarien. Entre les deux, un siècle de surveys automatiques, des algorithmes qui scrutent le ciel toutes les nuits, et la promesse, répétée tous les dix ans, que les amateurs seraient bientôt inutiles. Les données racontent une autre histoire. ## Le 15 février 2026, dans la constellation du Lion Pour comprendre ce qui s'est joué cette nuit-là, il faut remonter à la NEO Confirmation Page du Minor Planet Center. C'est là que les candidats astéroïdes géocroiseurs attendent d'être confirmés par un second observateur. Le 15 février 2026, un objet baptisé provisoirement RFD0284 y apparaît, suivi d'un message de Filipp Romanov : il l'a capté dans la constellation du Lion, magnitude +20, vitesse de déplacement d'environ 18 secondes d'arc par minute. Le même jour, depuis l'observatoire McDonald au Texas, une seconde équipe confirme. L'objet devient officiellement 2026 CQ3, un géocroiseur du groupe Amor, 15 à 50 mètres de diamètre selon les premières estimations. Ce qui rend la découverte singulière, ce n'est pas la taille de l'objet. C'est que 2026 CQ3 était passé à huit millions de kilomètres de la Terre deux jours plus tôt, le 13 février 2026, et qu'aucun survey automatique ne l'avait vu. Ni ATLAS, ni le Zwicky Transient Facility, ni le Catalina Sky Survey. Romanov, seul, avec quinze poses de soixante secondes pilotées à distance sur le Liverpool Telescope, a rattrapé ce que les machines avaient manqué. Le Liverpool Telescope, justement, mérite une parenthèse. C'est un réflecteur robotique de deux mètres installé sur le Roque de los Muchachos à La Palma, à 2363 mètres d'altitude. Il fonctionne sans opérateur humain sur place, programmé la veille, exécuté la nuit. C'est l'outil d'un amateur au sens statutaire, mais plus au sens technique : la frontière entre amateur et professionnel s'est déplacée avec l'arrivée des télescopes robotiques ouverts au public. Romanov n'a pas d'observatoire à lui. Il a un compte, un logiciel, et du temps. ## Le bilan d'un seul homme, en chiffres Mon réflexe, devant ce genre d'histoire, c'est toujours d'aller chercher les totaux. Filipp Romanov, depuis qu'il a commencé, a à son actif quatre-vingt-deux étoiles variables, dix nébuleuses planétaires, trois novæ, trois supernovæ et treize astéroïdes. Sa première découverte de géocroiseur, c'était 2024 QS, un objet de 43 mètres repéré le 26 août 2024. Il a fait nommer quatre astéroïdes d'après ses arrière-grands-parents : (623826) Alekseyvarkin, (623827) Nikandrilyich, (679996) Mariyafilippovna et (679999) Mariyavarkina. Si vous cherchez une définition littérale de la transmission, elle est là, dans la base du Minor Planet Center. Romanov travaille sur iTelescope, un réseau commercial qui loue du temps d'observation à distance. Ses deux instruments de prédilection : le T59, un télescope de 0,51 mètre à Siding Spring en Australie, et le T11 installé dans l'Utah. Les abonnements iTelescope, facturés en dollars américains, commencent autour de 40 $ par mois pour les plus modestes et grimpent à 160 $ pour les formules qui donnent accès aux gros instruments. À ce tarif-là, on ne peut pas vraiment parler d'obstacle économique, même si Romanov, sans domicile fixe, autodidacte, jamais passé par l'université, illustre que l'obstacle financier n'est pas le plus déterminant. Le plus déterminant, c'est la patience. Nuançons toutefois : Romanov est une exception, pas une moyenne. Les amateurs qui découvrent un géocroiseur chaque année se comptent sur les doigts d'une main. Mais le fait qu'il en reste, en 2026, est déjà l'information. ## Ce que les surveys automatiques ne voient pas Le contre-argument classique, c'est l'observatoire Vera Rubin au Chili. En avril 2026, l'équipe Rubin a publié un bilan qui a fait le tour des réseaux : plus de onze mille nouveaux astéroïdes détectés en six semaines seulement. Au régime nominal, le Legacy Survey of Space and Time doit atteindre onze mille astéroïdes toutes les deux à trois nuits, et tripler en dix ans le nombre total d'astéroïdes connus. C'est un déluge. C'est la fin programmée de la découverte amateur, selon la lecture dominante. Sauf que le déluge a des trous. Chaque survey a une limite de magnitude, une limite de champ, une cadence, une latitude. ATLAS ne détecte efficacement que les objets plus brillants que la magnitude 19 et les géocroiseurs à moins de 0,1 unité astronomique. Le Zwicky Transient Facility couvre l'intégralité du ciel visible depuis Palomar toutes les trois nuits, mais il observe dans un filtre et à une profondeur donnée. Aucun de ces instruments ne regarde partout, tout le temps, à toutes les magnitudes. 2026 CQ3, à magnitude +20, était techniquement à portée de plusieurs surveys. Pourquoi l'ont-ils raté ? Parce que la fenêtre d'observation était courte, parce que l'objet se déplaçait dans une région du ciel que personne n'a priorisée cette nuit-là, parce que la pile de candidats à examiner au Minor Planet Center est un goulot d'étranglement humain plus qu'algorithmique. Sur ce point précis, j'hésite encore : je ne sais pas dire si le cas Romanov est un angle mort structurel du système ou une anomalie statistique qui s'effacera avec Rubin. Les deux lectures tiennent debout. Ce que je sais, c'est qu'en mars 2026, le Minor Planet Center avait numéroté 887 103 planètes mineures. Chacune de ces orbites a été calculée, recalculée, raffinée, et derrière un pourcentage non négligeable de ces raffinements, il y a des amateurs qui soumettent de l'astrométrie via Astrometrica, le logiciel gratuit développé par Herbert Raab, lui-même amateur. Le code observatoire du MPC, celui qui permet de signer ses mesures d'un identifiant officiel, exige dix géocroiseurs numérotés observés sur deux nuits distinctes, en format ADES. C'est peu et c'est beaucoup. C'est le ticket d'entrée d'une communauté invisible qui nourrit tous les soirs la base de données mondiale des orbites. ## La Société astronomique de France, et ce qu'il reste des lunettes Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Vesta à l'opposition : 13 octobre 2026, magnitude 6.5](/vesta-opposition-octobre-2026-observation-asteroide-jumelles). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Astéroïdes géocroiseurs 2026 : observer en amateur](/asteroides-proches-terre-2026-decouverte-rapide-observation). Un détail qui m'avait échappé quand j'ai commencé à creuser ce dossier : la Société astronomique de France a été fondée en 1887 par Camille Flammarion. Cent trente-neuf ans plus tard, elle existe toujours, avec ses groupes d'observation, ses commissions d'étoiles variables, ses vigies d'occultations. Les réseaux américains équivalents, l'AAVSO en tête, fonctionnent sur le même modèle : des centaines d'observateurs bénévoles qui envoient leurs mesures, année après année, sur des objets que les professionnels n'ont ni le temps ni l'envie de suivre en continu. En France, pour qui veut commencer sans télescope robotique à La Palma, le [choix d'un premier instrument entre lunette et télescope](/premier-telescope-refracteur-reflecteur-dobson-achat) se pose vite : une lunette 80ED tourne autour de 400 euros, une caméra CMOS d'entrée de gamme démarre à 200 euros et peut grimper à 1 200 euros selon le capteur. Depuis les Cévennes, classées Bortle 1 à 2, la qualité de ciel rivalise avec les meilleurs sites européens. Ce n'est pas le Roque de los Muchachos, mais pour de l'astrométrie d'astéroïdes connus, c'est amplement suffisant. La limite n'est plus le matériel. La limite, c'est le temps qu'on accepte d'y consacrer quand les algorithmes avalent le ciel à votre place. ## Ce que 2026 CQ3 raconte de nous L'orbite de 2026 CQ3 a été calculée à partir des observations de Romanov et de McDonald. Verdict : période de 503 jours, prochain passage proche le 18 février 2037, à 0,15 unité astronomique. L'objet reviendra, et cette fois, les surveys le verront probablement. L'histoire, elle, aura déjà été écrite. Je fabrique beaucoup de graphiques sur les découvertes de géocroiseurs par année, et il y a une régularité qui me frappe chaque fois : la courbe des surveys automatiques explose, celle des amateurs reste plate, basse, obstinée. Elle ne monte pas, mais elle ne s'éteint pas non plus. C'est une ligne qui refuse de devenir zéro. Vingt ans qu'on annonce son extinction, vingt ans qu'elle résiste. Il y a quelque chose de touchant, et de scientifiquement utile, dans ce refus. Pour aller plus loin sur les objets et missions mentionnés ici, je renvoie à nos analyses sur [Tianwen-2 et le quasi-satellite Kamoʻoalewa](/tianwen-2-kamooalewa-quasi-satellite-terre-chine-2026/), sur la [comète C/2025 R3 à surveiller en avril](/comete-c2025-r3-observation-avril-2026/), et sur la [mission Hera vers Didymos](/hera-didymos-inspection-post-impact-dart-2026/) qui prolonge, côté professionnel, la même obsession pour les petits corps du Système solaire. Est-ce que Rubin finira par rendre l'astronomie amateur obsolète ? Probablement, pour la chasse pure aux géocroiseurs. Pour le suivi photométrique d'étoiles variables, pour les courbes de lumière d'astéroïdes, pour la confirmation d'orbites serrées, rien ne dit que la machine remplacera la patience. La beauté de 2026 CQ3, c'est qu'elle ne prouve rien. Elle rappelle. ## Sources - Universe Today, mars 2026, [Dedicated Amateur Beats All-Sky Surveys to Asteroid Discovery](https://www.universetoday.com/articles/dedicated-amateur-beats-all-sky-surveys-to-asteroid-discovery) - EarthSky, 2024, [Amateur astronomer Filipp Romanov names 4 asteroids for his great-grandparents](https://earthsky.org/space/amateur-astronomer-filipp-romanov-names-4-asteroids-for-great-grandparents/) - Vera C. Rubin Observatory, avril 2026, [11 000 new asteroids discovered](https://rubinobservatory.org/news/11000-new-asteroids) - Minor Planet Center, [Guide to Minor Body Astrometry](https://www.minorplanetcenter.net/iau/info/Astrometry.html) - iTelescope, [Pricing, Standard Plans](https://www.itelescope.net/pricing-standard) --- ## Delta Aquariides et Alpha Capricornides : pic fin juillet - URL: https://www.portail-astronomie.fr/delta-aquariides-alpha-capricornides-juillet-2026/ - Author: Julien P. - Published: 2026-04-17T06:00:00.000Z - Categories: evenements-celestes Une nuit de fin juillet, radiant bas sur l'horizon sud, et une lune à 98 % qui inonde le ciel. Voilà le décor que la mécanique céleste nous réserve pour le pic conjoint des Delta Aquariides et des Alpha Capricornides, dans la nuit du 30 au 31 juillet 2026. Sur le papier, le rendez-vous est intéressant : deux essaims qui culminent la même nuit, deux comètes parentes, deux histoires. Dans les faits, la pleine lune du 29 juillet 2026 à 14h36 UTC va ruiner une bonne partie du spectacle. Autant le dire tout de suite : cette année, le show appartient aux Perséides d'août, pas à ce duo de juillet. Ce qui ne veut pas dire qu'il faut passer son tour. ## Le pic, une pleine lune, et l'addition Selon le calendrier 2026 de l'International Meteor Organization, le pic des Delta Aquariides est prédit autour de 10h UTC le 30 juillet, ce qui place la fenêtre d'observation utile sur la nuit du 30 au 31 juillet pour les observateurs européens. Les Alpha Capricornides, plus discrètes en nombre mais célèbres pour leurs bolides, atteignent leur maximum dans la même fenêtre. Deux essaims pour le prix d'un, ça ne se refuse jamais, en principe. Sauf que le 29 juillet 2026 à 14h36 UTC, la Lune est pleine. La nuit du pic, elle brille encore à 98 %. Autrement dit, le fond de ciel ne sera jamais noir, et les météores faibles, qui sont le gros de la pluie, seront tout simplement invisibles. Il faut le dire clairement, sans enrobage : pour un observateur depuis la France, la combinaison radiant bas et pleine lune équivaut à couper les trois quarts de la récolte. Ce n'est pas un détail, c'est l'angle central de la nuit. J'ai ressorti mes projections de l'an dernier sur une autre nuit polluée par la lune, et le schéma se répète : la ZHR théorique ne dit rien de ce que vous verrez vraiment. Elle dit ce que vous verriez dans un scénario parfait, jamais rencontré dans la vraie vie. ## ZHR 25 : ce que le chiffre dit, et ce qu'il ne dit pas L'IMO annonce une ZHR (taux horaire zénithal) de 25 météores par heure pour les Delta Aquariides. Il faut qualifier ce chiffre, sinon il devient mensonger. La ZHR correspond à un taux zénithal idéal : radiant au zénith, ciel parfaitement noir, observateur parfait. Aucune de ces conditions n'est réunie depuis la France en 2026. D'autres sources donnent d'ailleurs des chiffres sensiblement différents, autour de 15 à 20 pour EarthSky, autour de 7 à 8 pour certaines pages NASA grand public. On parle donc d'une fourchette, pas d'une vérité gravée. Concrètement, aux latitudes françaises (environ 47 à 50° nord), le radiant des Delta Aquariides culmine à seulement 25° de hauteur au-dessus de l'horizon sud. Ce n'est pas le zénith, loin de là. Il faut appliquer une correction trigonométrique sévère, puis retirer ce que la pleine lune mange en magnitude limite, et le taux réel observé tombe souvent à quelques météores par heure, parfois moins. Les Alpha Capricornides, elles, sont créditées de 5 par heure en régime normal, avec des sursauts possibles à 5-9 bolides par heure. Moins nombreux, mais plus spectaculaires. Le radiant des Delta Aquariides se trouve à ascension droite 22h40m, déclinaison -16,4°, tout près de l'étoile Delta Aquarii (Skat), dans le Verseau. Celui des Alpha Capricornides est à ascension droite 20h44m, déclinaison -10°, dans le Capricorne. Deux radiants voisins, dans la même région basse du ciel vue depuis nos latitudes. L'hémisphère sud, lui, est servi : les deux essaims y passent près du zénith, et la récolte y est sans commune mesure avec ce qu'on obtient en France. ## Deux essaims, deux vitesses, deux signatures Ce que j'aime dans cette nuit, même dégradée, c'est la cohabitation de deux profils très différents. Les Delta Aquariides filent à 41 km/s. Rapides, nets, capables de laisser des traînes ionisées qui persistent une à deux secondes après le passage. Si vous en attrapez un, vous le saurez : c'est un trait lumineux franc, parfois prolongé par une ligne fantôme qui s'attarde. La période d'activité s'étale du 12 juillet au 23 août, avec un pic centré sur la fin du mois. Les Alpha Capricornides, c'est exactement l'inverse. Vitesse d'entrée de 23 km/s, parmi les plus lentes de l'année. Les météores semblent flotter, prennent leur temps, et leurs bolides les plus brillants peuvent être colorés. Période d'activité : du 3 juillet au 15 août. L'essaim est mineur en nombre, mais sa réputation tient à ces quelques boules de feu qui apparaissent de temps en temps. C'est un essaim qui se photographie bien, justement parce qu'il est lent : plus de pixels à capter pour un capteur, plus de chance d'en attraper un. En vol, distinguer les deux familles est simple. Remontez la trajectoire du météore à l'envers. Si elle pointe vers le sud, dans la zone basse du Verseau, c'est une Delta Aquariide. Si elle pointe un peu plus à l'ouest, vers le Capricorne, c'est une Alpha Capricornide. Et si elle vient du nord-est, c'est déjà une Perséide qui commence à s'inviter (leur activité débute mi-juillet, même si le pic n'arrive qu'en août). ## Les comètes parentes, dont une probable Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Radiant d'une pluie de météores : comment ça marche](/radiant-pluie-meteores-fonctionnement-perspective). Les Delta Aquariides sont probablement liées à la comète 96P/Machholz, suspectée mais pas absolument confirmée comme source de l'essaim. 96P a été découverte le 12 mai 1986 par Donald Machholz, elle a une période orbitale de 5,3 ans, et sa composition est atypique : elle est déplétée en carbone et en cyanogène par rapport aux comètes standard. Certaines études suggèrent même une possible origine extrasolaire, ce qui ferait de 96P une intruse dans notre système. J'utilise le mot « probable » à dessein : la famille dynamique des Delta Aquariides est complexe, les modèles de trajectoire ne convergent pas parfaitement, et vous verrez parfois cette filiation présentée comme acquise. Elle ne l'est pas entièrement. Les Alpha Capricornides, en revanche, ont une origine mieux comprise. La comète parente est 169P/NEAT, auparavant connue sous la désignation 2002 EX12. L'identification vient des travaux de Peter Jenniskens et Jeremie Vaubaillon, qui ont modélisé l'histoire dynamique de l'essaim. Celui-ci serait né il y a 3 500 à 5 000 ans, lors d'un épisode de désintégration durant lequel la comète parente aurait perdu environ 50 % de sa masse. Les Alpha Capricornides ont été décrites pour la première fois en 1871 par Miklós von Konkoly-Thege, astronome hongrois. Et selon les projections orbitales, le courant de poussières va continuer à s'étaler : entre 2220 et 2420 de notre ère, les Alpha Capricornides devraient devenir un essaim majeur, potentiellement l'un des plus actifs de l'année. Nos arrière-arrière-petits-enfants verront ça. Nous, on prend ce qu'on nous donne. ## Stratégie 2026 : observer malgré la lune Puisque le pic tombe en pleine lune, la vraie fenêtre utile n'est pas celle du maximum théorique. C'est la semaine qui précède le 29 juillet. Entre le 22 et le 28 juillet, la Lune est encore en phase croissante, moins lumineuse, se couche plus tôt. L'activité des deux essaims est déjà bien installée (leurs périodes démarrent début juillet), le taux est légèrement inférieur au pic mais la qualité du fond de ciel est infiniment meilleure. Pour un observateur français, c'est là que se joue la vraie observation 2026. Quelques règles de base, qui valent pour toute pluie de météores sous lune gênante. S'éloigner de la pollution lumineuse : rejoindre une zone sombre, loin des lampadaires. En France, deux références restent imbattables : la Réserve internationale de ciel étoilé du Pic du Midi dans les Pyrénées, labellisée en 2013, et le Parc national des Cévennes, qui est la plus grande réserve de ciel étoilé d'Europe et a décroché son label en 2018. Si vous habitez à portée, c'est là qu'il faut être. Placer la Lune dans votre dos, ou derrière un relief ou un bâtiment : chaque degré gagné sur la gêne lunaire compte. Laisser les yeux s'adapter pendant 20 à 30 minutes, sans regarder d'écran. Et surtout, pas d'instrument : ni jumelles, ni télescope. Le champ est trop étroit pour une pluie de météores. L'œil nu reste le meilleur outil. Côté timing, le radiant des Delta Aquariides se lève vers 22h heure locale et culmine aux alentours de 3h du matin. La fenêtre utile commence donc après minuit, avec un maximum de hauteur (donc de taux observé) entre 2h et 4h. Prévoyez de sortir tard, pas en début de soirée. ## Pour les déçus : rendez-vous 12-13 août Il faut être honnête sur ce dossier, et je ne vais pas vendre une nuit miracle qui n'existera pas. Le pic conjoint Delta Aquariides et Alpha Capricornides 2026 est compromis par la pleine lune. Ce n'est pas la faute des essaims, c'est juste la mécanique céleste qui tombe mal cette année-là. La fenêtre pré-pic de la dernière semaine de juillet reste jouable, surtout pour les bolides lents des Alpha Capricornides, qui résistent mieux à la pollution lunaire grâce à leur luminosité. Mais si vous ne devez retenir qu'une seule pluie de météores pour l'été 2026, ce sont les Perséides. Leur pic est attendu dans la nuit du 12 au 13 août 2026, et la chance est avec nous : nouvelle lune cette nuit-là, donc ciel totalement noir. Les Perséides peuvent monter jusqu'à 100 météores par heure en conditions idéales, soit quatre fois la ZHR théorique des Delta Aquariides, dans un contexte lunaire incomparablement meilleur. Autrement dit, gardez votre énergie d'observation pour mi-août. C'est là que le ciel rendra vraiment la monnaie de votre patience. Pour préparer cette fin d'été d'observation, lisez notre guide complet sur les [Eta Aquariides de mai 2026 et le lien avec la comète de Halley](/eta-aquariides-mai-2026-observation-comete-halley-guide), qui posent justement le type de questions qu'on se pose ici sur le lien essaim-comète. Sur les rendez-vous célestes de 2026 qui valent vraiment le déplacement, notre dossier sur l'[éclipse solaire totale du 12 août 2026 en Europe](/eclipse-solaire-totale-12-aout-2026-europe-guide-observation) tombe le même mois et mérite largement qu'on s'y attarde. Et côté curiosité plus inhabituelle, la [lune bleue du 31 mai 2026](/lune-bleue-31-mai-2026-guide-observation-microlune) fait partie de ces petits événements qui ajoutent du sel à une année d'observation, même sans météores. Une dernière chose, parce que ça compte quand on parle d'observation céleste. Ce duo de juillet, même discret, même mangé par la Lune, c'est un rappel utile : le ciel n'est pas un spectacle qui s'aligne sur nos préférences. Il tourne à son rythme, avec ses coïncidences et ses rendez-vous gâchés. Notre travail d'observateur, c'est de composer avec, pas de bouder quand la météo mécanique ne joue pas le jeu. ## Sources - International Meteor Organization, [IMO Meteor Calendar 2026](https://www.imo.net/resources/calendar/) - EarthSky, [Delta Aquarid meteor shower](https://earthsky.org/astronomy-essentials/everything-you-need-to-know-delta-aquarid-meteor-shower/) - In-The-Sky, [Delta Aquariid peak 2026](https://in-the-sky.org/news.php?id=20260730_10_100) - American Meteor Society, [Meteor shower calendar](https://www.amsmeteors.org/meteor-showers/meteor-shower-calendar/) - Wikipedia, [Alpha Capricornids](https://en.wikipedia.org/wiki/Alpha_Capricornids) - Popular Astronomy, [Delta Aquarids and Alpha Capricornids](https://www.popastro.com/meteor/delta-aquarids-and-alpha-capricornids/) --- ## Haven-1 : la première station spatiale commerciale (2027) - URL: https://www.portail-astronomie.fr/haven-1-vast-space-premiere-station-commerciale-2027/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-16T06:00:00.000Z - Categories: exploration-spatiale Vast Space devait lancer Haven-1 en août 2025. On est en avril 2026. Le lancement est désormais repoussé au premier trimestre 2027. Et pourtant, c'est l'un des projets spatiaux privés les plus sérieux du marché post-ISS. C'est précisément ce qui rend le dossier intéressant : un acteur crédible, financé, qui glisse quand même. ## Un calendrier qui s'étire, encore Retour en arrière rapide. Mai 2023 : Vast annonce Haven-1, prévue pour août 2025. Fin 2024, le calendrier bascule à mai 2026. Le 20 janvier 2026, Aviation Week publie l'annonce officielle : ce sera Q1 2027. Deux ans de retard cumulés par rapport au plan initial, en trois glissements successifs. La justification officielle de Vast tient en une phrase : « each milestone gives more data and greater certainty, enabling timelines to become progressively more precise. » Traduction honnête : on apprend en faisant, et le calendrier initial était optimiste. Ce qui, dans le spatial, n'étonne personne. Ce qui manque publiquement, en revanche, c'est la raison technique ou financière explicite du dernier report. Ni Vast, ni les documents accessibles ne la détaillent. Sur ce point précis, j'hésite encore à savoir si c'est un problème de qualification SpaceX côté Dragon, un sujet avionique, ou simplement un buffer de précaution. Mon interprétation : un mix des trois, avec la docking de Dragon comme variable critique. Parce que oui, le mot clé ici, c'est SpaceX. ## Le nœud SpaceX : convaincre qu'un Dragon peut docker là-dessus Haven-1 est lancée non habitée par un Falcon 9 Block 5. La station arrive seule en orbite, puis la mission Vast-1 décolle sur une Crew Dragon avec quatre astronautes à bord. C'est là que ça se joue. Max Haot, CEO de Vast, l'a dit noir sur blanc : « We have to basically convince SpaceX that it will be safe to dock Dragon. » Ce n'est pas un détail marketing. C'est le cœur du risque programme. Vast ne contrôle pas Crew Dragon. SpaceX a son propre processus de qualification, ses propres exigences de sécurité, et zéro intérêt à précipiter une mission qui engage son véhicule phare. Chaque jalon d'intégration Vast doit être validé côté SpaceX avant d'ouvrir la porte du docking. C'est lent, c'est normal, et ça explique probablement une bonne partie des glissements. Je l'ai vu sur d'autres dossiers aéro : quand vous dépendez d'un partenaire qui a sa propre chaîne critique, vos jalons ne sont jamais vraiment les vôtres. Ils sont négociés. Et personne ne négocie avec SpaceX en position de force. ## La fiche technique, qui reste solide Passons aux chiffres. Haven-1 pèse environ quatorze tonnes, mesure un peu plus de dix mètres de long pour quatre virgule quatre mètres de diamètre. Le volume pressurisé atteint quarante-cinq mètres cubes, pour un équipage de quatre et des missions de dix à trente jours. Orbite : quatre cent vingt-cinq kilomètres, inclinaison de cinquante et un virgule six degrés, soit quasiment l'orbite de l'ISS. Durée de vie visée : environ trois ans. Côté équipements, la station embarque jusqu'à cent cinquante kilos de cargo préchargé, une puissance disponible jusqu'à mille watts, et un hublot dôme d'un mètre dix de diamètre offrant cent quatre-vingts degrés de champ de vision. Ce hublot, c'est l'argument tourisme. Et accessoirement un vrai défi structurel. La partie recherche, Haven-1 Lab, propose dix emplacements au format Middeck Locker Equivalent. Chacun accepte jusqu'à trente kilos et cent watts continus, avec une connexion Ethernet via liaison laser Starlink à des débits gigabit par seconde. C'est la première station commerciale à embarquer Starlink en inter-satellite laser. Les partenaires payload déjà signés sont Redwire (pharma et biotech via ADSEP4), Yuri (centrifuge à gravité variable avec trente-huit ScienceShells), JAMSS côté japonais, Interstellar Lab sur biologie et agriculture, et Exobiosphere. Ce n'est pas du vaporware. La propulsion est fournie par Impulse Space, en oxyde nitreux et éthane. La structure primaire a été testée en pression à Mojave, en Californie, à l'été 2025. L'intégration est organisée en trois phases : systèmes fluidiques d'abord, puis avionique et GNC, puis habitation et protection. Vast a confirmé être entré dans cette phase d'intégration finale. ## L'argent est là, et c'est ce qui change tout Le 5 mars 2026, Vast a bouclé un tour de cinq cents millions de dollars, dont trois cents en equity et deux cents en dette. Total investi dans la boîte depuis sa création : plus d'un milliard de dollars. Fondée en 2021 par Jed McCaleb (cofondateur de Ripple et Stellar, personnage qui n'a aucun problème de trésorerie personnelle), Vast attire désormais Qatar Investment Authority, Mitsui & Co. et Nikon Corporation. Des noms qui ne mettent pas cinquante millions dans un projet qu'ils estiment fumeux. C'est ce qui distingue Haven-1 du reste du secteur new space commercial orbital. L'argent est sécurisé, l'architecture est simple (un seul module, pas de chantier à tiroirs), le lanceur et le véhicule équipage existent déjà. Comparez avec Orbital Reef (Blue Origin / Sierra), qui accumule les retards sans calendrier crédible, ou avec Starlab (Voyager / Airbus), visée pour 2029 sur Starship, donc dépendante d'un lanceur qui n'a encore jamais emporté de charge habitée. Axiom avance en parallèle, avec ses modules attachés à l'ISS dès 2026 et une séparation vers 2030. C'est un autre pari, plus progressif, plus dépendant de la NASA. Vast joue la carte standalone. Plus risqué sur le papier, mais aussi plus agile. Sur ce débat Haven-1 vs Axiom, je penche pour Vast sur la vitesse d'exécution une fois le premier vol derrière eux, et pour Axiom sur la robustesse financière long terme grâce à l'ancrage ISS. Notez aussi qu'en février 2026, la NASA a sélectionné Vast pour la sixième mission d'astronautes privés vers l'ISS (le programme PAM), avec un lancement pas avant l'été 2027. Cette mission est distincte de Haven-1, mais elle valide Vast comme opérateur équipage aux yeux de l'agence. Politiquement, c'est un signal fort. ## Ce que ce report nous dit vraiment L'ISS sera déorbitée fin 2030 dans le Pacifique Sud. À ce moment-là, il faudra une alternative opérationnelle, sinon l'occident perd sa présence permanente en orbite basse pendant que Tiangong continue tranquillement. Haven-1 n'est pas cette alternative pérenne. C'est un démonstrateur de trois ans de durée de vie, une preuve de concept industrielle et commerciale pour préparer Haven-2, plus gros et modulaire dès 2028 avec quatre modules visés en 2030. Vu comme ça, le report à 2027 n'est pas dramatique. Il est cohérent avec un planning de transition qui doit être prêt avant la déorbite ISS. Ce qui serait dramatique, c'est un glissement supplémentaire vers 2028. Là, la fenêtre commerciale se referme, et Axiom récupère toute la mise. Mon pari : Vast tient Q1 2027, mais probablement dans la deuxième moitié du trimestre. La mission Vast-1 habitée suivra dans les trois à six mois, sous réserve feu vert SpaceX. Et si ça passe, Haven-1 devient la première station spatiale commerciale standalone de l'histoire. Rien que ça. Pour aller plus loin sur la transition post-ISS, lisez notre analyse sur [les vrais enjeux de l'annulation de Mars Sample Return](/mars-sample-return-annule-congres-us-echantillons-perseverance), qui illustre à quel point la NASA navigue à vue sur ses programmes phares. Sur la dépendance aux lanceurs partenaires, le [scrub de Spectrum chez Isar Aerospace](/spectrum-isar-aerospace-scrub-chalutier-andoya-mars-2026) montre exactement ce que veut dire « glissement normal » dans le spatial européen. Et pour le contexte exploration chinoise qui avance en parallèle sans faire de bruit, voyez [la mission Tianwen-2 vers Kamo'oalewa](/tianwen-2-kamooalewa-quasi-satellite-terre-chine-2026). ## Sources - Payload Space, [Vast delays Haven-1 launch to 2027](https://payloadspace.com/vast-delays-haven-1-launch-to-2027/) - Wikipedia, [Haven-1](https://en.wikipedia.org/wiki/Haven-1) - Aviation Week, [Vast station launch slips to 2027](https://aviationweek.com/space/space-exploration/vast-station-launch-slips-2027) - Vast Space, [Haven-1 enters integration phase](https://www.vastspace.com/updates/vast-advances-haven-1-into-integration-phase) - NASA Spaceflight, [Commercial space stations overview](https://www.nasaspaceflight.com/2024/10/commercial-space-stations/) - Business Wire, [Vast secures $500M in funding](https://www.businesswire.com/news/home/20260305909254/en/Vast-Secures-$500M-in-Funding-to-Accelerate-Production-of-Haven-Space-Stations) --- ## Lune bleue du 31 mai 2026 : guide d'observation complet - URL: https://www.portail-astronomie.fr/lune-bleue-31-mai-2026-guide-observation-microlune/ - Author: Julien P. - Published: 2026-04-15T06:00:00 - Categories: evenements-celestes En 1946, un astronome amateur américain nommé James Hugh Pruett publiait dans Sky & Telescope une définition de la "lune bleue" basée sur une erreur de lecture. Quatre-vingts ans plus tard, cette erreur est dans le dictionnaire, et le 31 mai 2026, elle produira un événement que la plupart des observateurs ne reverront pas avant décembre 2028. Voici l'essentiel d'entrée : la lune bleue du 31 mai 2026 sera la deuxième pleine lune du mois, elle ne sera pas bleue, elle sera plus petite et moins lumineuse que la moyenne, et elle se lèvera en Sagittaire à 405 869 kilomètres de la Terre. Si vous ne devez retenir qu'une chose, c'est que la fenêtre d'observation s'étend du 30 mai au 1er juin, avec un pic de plénitude le 31 mai à 08h45 UTC, soit 10h45 heure de Paris. Maintenant, il faut comprendre pourquoi tout cela existe. ## Une erreur devenue définition Pour comprendre ce phénomène, il faut remonter à un almanach agricole du Maine publié en 1937. Le Maine Farmers' Almanac, édité par Henry Porter Trefethen, utilisait une définition saisonnière de la lune bleue : quand une saison astronomique comptait quatre pleines lunes au lieu de trois, la troisième portait ce nom. C'est une convention agricole et liturgique, liée au calendrier des fêtes chrétiennes et des semis. En mars 1946, James Hugh Pruett rédige un article pour Sky & Telescope intitulé "Once in a Blue Moon". Il interprète mal l'almanach de Trefethen et écrit qu'une lune bleue est la deuxième pleine lune d'un même mois calendaire. L'erreur passe inaperçue pendant des décennies. En 1980, le programme radio StarDate reprend la définition de Pruett. En 1999, le jeu Trivial Pursuit l'intègre dans ses cartes. La boucle est bouclée : une mauvaise lecture devient un fait culturel. La définition saisonnière originale et la définition calendaire coexistent désormais. Celle du 31 mai 2026 relève de la définition calendaire : mai comptera deux pleines lunes, la première le 1er mai à 17h23 UTC (la Lune des Fleurs), la seconde le 31. Le cycle lunaire dure en moyenne 29,5 jours, ce qui rend mathématiquement possible d'en caser deux dans un mois de 31 jours. Ça se produit en moyenne tous les 30 mois, soit environ 2,5 ans. Sur 1 100 ans d'observations compilées, on dénombre 456 lunes bleues calendaires. Ce n'est pas si rare que l'expression "once in a blue moon" le laisse croire. D'ailleurs, cette expression elle-même a une histoire tortueuse. Sa première trace écrite remonte à 1528, dans un tract anticlérical de William Roy et Jeremy Barlowe, où "blue moon" désignait quelque chose d'absurde, d'impossible. Ce n'est qu'après l'éruption du Krakatoa en 1883 que le sens a glissé vers "très rare", quand la Lune est effectivement apparue bleue pendant des mois à cause des cendres volcaniques dans la stratosphère. ## 405 869 kilomètres : une microlune en Sagittaire Les données racontent une autre histoire que celle du simple calendrier. Le 31 mai, la Lune se trouvera à 405 869 kilomètres de la Terre. L'apogée le plus proche tombe le lendemain, 1er juin, à 406 774 kilomètres, soit 905 kilomètres de différence seulement. Cette proximité avec l'apogée fait de cette pleine lune une microlune : environ 5,5 % plus petite et 10,5 % moins lumineuse qu'une pleine lune moyenne. En pratique, cette différence est imperceptible à l'œil nu. On ne regarde pas la Lune avec un mètre ruban. Mais pour les photographes et les observateurs réguliers qui comparent leurs clichés d'un mois sur l'autre, l'écart se voit. J'ai superposé des photos de la superlune de novembre 2025 avec une simulation de cette microlune de mai, et la différence de diamètre apparent saute aux yeux sur un montage. Isolée dans le ciel, sans point de comparaison, personne ne remarquera rien. La pleine lune se lèvera dans la constellation du Sagittaire. Pour les observateurs de l'hémisphère Sud, un événement supplémentaire accompagne cette nuit : une [occultation d'Antarès](/conjonction-planetes-avril-2026-mercure-mars-saturne-neptune) visible depuis l'Antarctique, l'Argentine et le Chili. Depuis la France, Antarès sera simplement proche de la Lune dans le ciel, sans occultation. 2026 est une année à 13 pleines lunes, une de plus que la normale. C'est ce surplus qui rend la lune bleue calendaire de mai possible. La prochaine lune bleue calendaire ne se produira que le 31 décembre 2028. La prochaine lune bleue saisonnière, elle, tombera le 20 mai 2027. ## Quand la Lune devient réellement bleue Il faut le dire sans détour : la Lune ne sera pas bleue le 31 mai. La "lune bleue" est un nom de calendrier, pas une description physique. EarthSky le rappelle à chaque occurrence, et ça vaut la peine d'insister parce que la confusion persiste. Mais la Lune peut réellement apparaître bleue. Le mécanisme est atmosphérique : des particules d'environ 1 micron de diamètre, typiquement des cendres volcaniques, diffusent sélectivement la lumière rouge et laissent passer le bleu. C'est l'inverse exact de la diffusion de Rayleigh qui rend le ciel bleu en journée et les couchers de soleil rouges. Ici, les particules sont plus grosses que les molécules d'azote et d'oxygène, et c'est la diffusion de Mie qui prend le relais. Les observations documentées sont rares mais spectaculaires. Après l'éruption du Krakatoa en 1883, la Lune (et le Soleil) ont pris des teintes bleues et vertes pendant des mois dans plusieurs régions du monde. Le phénomène s'est reproduit après l'éruption du mont Saint-Helens en 1980, puis du Pinatubo en 1991. Chaque fois, la cause est la même : une injection massive de particules de taille adéquate dans la haute atmosphère. Nuançons toutefois : ces épisodes restent exceptionnels et ne coïncident pas avec les lunes bleues calendaires. C'est un hasard linguistique, pas une relation causale. ## Observer la lune bleue du 31 mai : guide pratique Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Conjonction Lune-Vénus 17 juin 2026 : guide d'observation](/conjonction-lune-venus-juin-2026-observation-soir). Le pic de plénitude tombe le 31 mai à 08h45 UTC, soit 10h45 heure de Paris. En plein jour, donc. Mais la pleine lune ne se réduit pas à un instant : la fenêtre d'observation optimale s'étend du 30 mai au soir au 1er juin au matin. La Lune apparaîtra visuellement pleine pendant ces trois nuits consécutives. La soirée du 30 mai est probablement la meilleure option depuis la France. La Lune se lèvera à l'est-sud-est au coucher du Soleil, presque parfaitement ronde, et montera dans le ciel toute la nuit. La soirée du 31 sera tout aussi valable. ### Ce que vous verrez (et ne verrez pas) Une pleine lune, même spectaculaire, n'est pas le meilleur moment pour observer les détails de la surface. L'éclairage frontal efface les ombres et aplatit les reliefs. Les cratères, les vallées, les chaînes de montagnes lunaires se révèlent bien mieux au quartier, le long du terminateur, cette ligne de démarcation entre jour et nuit lunaire où les ombres s'allongent. Cela dit, deux cratères restent identifiables à l'œil nu même en pleine lune : Tycho, 102 kilomètres de diamètre, avec son système de rayons brillants qui irradient sur des centaines de kilomètres dans l'hémisphère sud lunaire ; et Copernic, 92 kilomètres, reconnaissable à sa tache claire dans l'Océan des Tempêtes. Avec de simples jumelles 10x50, les mers lunaires se découpent nettement et la géographie générale devient lisible. Pour une exploration plus détaillée des cratères et de la géologie lunaire, l'[éclipse lunaire totale de mars 2026](/eclipse-lunaire-totale-mars-2026-saros-133) offrait un éclairage radicalement différent, la lumière réfractée par l'atmosphère terrestre transformant la surface en un paysage cuivré. Sur ce point, j'hésite encore à recommander un télescope pour observer une pleine lune. D'un côté, un petit réfracteur de 70 ou 80 millimètres avec un filtre lunaire offre un spectacle saisissant. De l'autre, la luminosité est agressive sans filtre, et les détails de surface sont objectivement moins intéressants qu'au premier ou dernier quartier. Si vous avez le matériel, essayez. Si vous devez acheter, attendez le quartier. ### Photographie La pleine lune se photographie facilement avec un téléobjectif de 200 millimètres ou plus. Réglez l'exposition manuellement : la pleine lune est bien plus lumineuse que ce que la plupart des appareils estiment en mode automatique. Un point de départ : ISO 100 ou 200, f/8, 1/250e de seconde. Ajustez ensuite. Le résultat sera une Lune correctement exposée sur fond de ciel noir, et c'est exactement ce qu'on cherche pour un document de comparaison avec d'autres phases. ## La mécanique derrière l'événement Les treize pleines lunes de 2026 ne sont pas un caprice du calendrier grégorien. Elles découlent directement de l'arithmétique orbitale : le cycle synodique lunaire dure 29,5 jours, et douze cycles font 354 jours, soit 11 jours de moins qu'une année solaire. Ce décalage s'accumule, et tous les 30 mois environ, il produit un mois avec deux pleines lunes. Pour les amateurs de [pluies de météores](/eta-aquariides-mai-2026-observation-comete-halley-guide), cette lune bleue complique d'ailleurs les observations de fin mai : la luminosité lunaire noie les traînées les plus faibles. C'est un rappel que les phénomènes astronomiques ne sont pas indépendants les uns des autres ; le calendrier lunaire conditionne la qualité de presque toutes les observations nocturnes. L'éclipse solaire totale du 12 août 2026, [visible depuis l'Europe](/eclipse-solaire-totale-12-aout-2026-europe-guide-observation), démontrera le revers de cette mécanique : quand la Lune passe exactement entre la Terre et le Soleil, l'alignement parfait efface temporairement l'étoile la plus proche. Le 31 mai, c'est l'alignement opposé, Terre entre Soleil et Lune, qui produit la plénitude. Ce qui me frappe chaque fois que je compile ces données, c'est la régularité implacable du système. Pas de surprise, pas d'anomalie. Les 456 lunes bleues calendaires sur 1 100 ans tombent exactement là où l'arithmétique les prédit. L'astronomie est peut-être la seule discipline où la beauté d'un événement tient précisément au fait qu'il était inévitable. ## Sources - Star Walk, "Next Blue Moon: May 2026" : https://starwalk.space/en/news/next-blue-moon-may-2026 - EarthSky, "When is the next Blue Moon ?" : https://earthsky.org/astronomy-essentials/when-is-the-next-blue-moon/ - pleine-lune.org, "Lune bleue" : https://www.pleine-lune.org/lune-bleue - pleine-lune.org, "Calendrier pleine lune 2026" : https://www.pleine-lune.org/calendrier-pleine-lune-2026 - TimeAndDate, "Blue Moon" : https://www.timeanddate.com/astronomy/moon/blue-moon.html - Wikipedia, "Blue moon" : https://en.wikipedia.org/wiki/Blue_moon - Natural History Museum, "The 1883 Krakatau eruption: a year of blue moons" : https://www.nhm.ac.uk/discover/the-1883-krakatau-eruption-a-year-of-blue-moons.html --- ## Cratères lunaires cachent la glace d'eau - URL: https://www.portail-astronomie.fr/crateres-lune-glace-eau-cachee/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-14T15:00:00 - Categories: systeme-solaire Les cratères des pôles lunaires, en particulier ceux situés dans des régions d'ombre permanente, pourraient contenir des réserves de glace d'eau. Ces zones ne reçoivent jamais de lumière solaire directe depuis la formation de la Lune, ce qui maintient des températures extrêmement basses. La NASA détecte cette glace via le Neutron Spectrometer System embarqué sur le Lunar Reconnaissance Orbiter. La découverte ouvre la voie à une exploitation des ressources lunaires pour les futures missions Artemis. La glace d'eau, si elle est extraite, pourrait fournir de l'oxygène pour la respiration et de l'hydrogène pour la production de carburant. Le pôle sud lunaire est un point focal pour les explorateurs futurs, avec des sites d'atterrissage choisis en fonction de la proximité potentielle de ces réserves. Les applications vont du soutien de la survie à la constitution d'une économie lunaire basée sur les ressources. ## Une découverte qui change tout La Lune ne ressemble pas à ce que la plupart d'entre nous imaginent. On pense souvent à des paysages lunaires identiques, le même cratère répété à l'infini. En réalité, la Lune est un monde à la morphologie extrêmement diverse. Certains cratères, particulièrement ceux des pôles, gardent des parties cachées qui ne reçoivent jamais la lumière du soleil. Ces "régions d'ombre permanente" sont des endroits où le temps s'est figé il y a des milliards d'années. Un article récent dans Space.com suggère que les cratères les plus anciens et les plus sombres de la Lune pourraient contenir de grandes réserves de glace d'eau. Ces régions, préservées, maintiennent des températures extrêmement basses. Dans ces conditions, la glace reste sous forme solide. Si la NASA veut un jour [envoyer des humains vers Mars avec la propulsion nucléaire](/propulsion-nucleaire-electrique-nasa-mars-2028), il faudra bien résoudre le problème de la glace d'abord. L'eau sur la Lune, c'est un sujet qui me taraude depuis que je suis passionné par les missions Artemis. D'un côté, l'humanité a toujours voulu explorer le plus loin possible. De l'autre, on parle de survivre et de construire des bases durables loin de la Terre. L'eau, c'est le carburant de base pour les missions interplanétaires. Sans eau, pas de réserves d'oxygène, pas de carburant pour les fusées. Pas de base permanente. C'est un facteur de liberté absolue. Je n'ai pas de certitude sur les quantités exactes. Je lis les mêmes rapports que tout le monde, et les estimations varient d'une étude à l'autre. La spectroscopie permet d'identifier les signatures de composés hydroxyles et de glace dans le régolithe lunaire. Les instruments embarqués analysent les échantillons de surface et le sous-surface, les données sont traitées pour distinguer la glace d'autres composés minéraux. Mais la glace ne se voit pas à l'œil nu, c'est une détection indirecte. ## Comment la NASA détecte l'invisible La NASA utilise une méthode indirecte mais très puissante : le Neutron Spectrometer System. Ce instrument mesure les neutrons thermiques produits lors de l'interaction du rayonnement solaire avec le régolithe lunaire. La présence d'atomes légers comme l'hydrogène modifie le comportement des neutrons. Plus d'hydrogène = plus de neutrons rapides perdus. Moins de neutrons rapides détectés = plus de glace potentielle. Les régions d'ombre permanente contiennent de la glace d'eau qui pourrait être extraite. La technologie britannique vise à extraire de l'eau pure des réserves lunaires. Les applications incluent la production de carburant et la fourniture d'eau potable pour les missions Artemis. La détection de la glace utilise ces méthodes spectroscopiques et de spectrométrie de neutrons pour identifier les composants chimiques dans le régolithe lunaire. C'est un peu comme chercher un trésor dans un coffre-fort blindé. On ne voit pas l'objet, on repère les indices qu'il laisse derrière lui. L'orbiteur survole la surface, mesure les neutrons, et les traqueurs dessinent des cartes de densité hydrogène. Ces cartes ne montrent pas l'eau liquide ou solide, mais l'accumulation d'atomes légers. C'est une approche indirecte, mais qui fonctionne quand on sait l'interpréter. ## Pourquoi Artemis s'intéresse au pôle sud Le programme Artemis vise l'exploration du pôle sud de la Lune. Ce point focal pour les futurs explorateurs n'est pas anodin. Pour en savoir plus sur la préparation du retour des humains sur la Lune, lire [Artemis II : lancement imminent avec équipage](/artemis-ii-lancement-imminent-equipage-lune-2026). La glace d'eau pourrait fournir de l'oxygène et du carburant. La technologie de détection de la glace est un composant clé des missions futures. La présence de glace d'eau dans ces régions a un impact significatif sur la planification des missions Artemis et l'exploitation future des ressources lunaires. Les sites d'atterrissage sont choisis en fonction de la proximité potentielle de la glace. Les réserves de glace pourraient permettre des missions de longue durée. La découverte ouvre la voie à une économie lunaire basée sur les ressources. Le choix du pôle sud n'est pas hasardeux, c'est stratégique. Les réserves de glace ne sont pas réparties uniformément. Certaines zones sont plus riches que d'autres. C'est pour ça que la NASA ne peut pas simplement envoyer une équipe n'importe où. Les atterrisseurs doivent être positionnés avec précision pour atteindre ces zones riches en hydrogène. C'est un défi technique majeur, mais un défi que les ingénieurs de la NASA et de leurs partenaires sont en train de résoudre. Pour suivre les préparatifs, lire [Artemis II : survol de la Lune](/artemis-ii-survol-lune-avril-2026). ## Ce que la glace implique pour l'exploration spatiale La détection de la glace d'eau dans ces régions a un impact significatif sur la planification des missions Artemis. Les réserves de glace pourraient permettre des missions de longue durée. La découverte ouvre la voie à une économie lunaire basée sur les ressources. Une économie lunaire signifie que les ressources trouvées sur la Lune servent à construire et maintenir des infrastructures là-bas, sans avoir à les transporter de la Terre. Les applications vont du simple soutien de la survie à la production de carburant. L'oxygène extrait de la glace peut être utilisé pour la respiration des astronautes. L'hydrogène combiné à l'oxygène sert à produire de l'eau, puis à combiner à nouveau l'hydrogène avec de l'oxygène pour obtenir de l'hydrocarbures comme le méthane. C'est le carburant idéal pour les fusées à propergol liquide. (En pensant à la logistique d'une base lunaire, je me demande si l'eau sera disponible en quantités suffisantes pour faire tourner toute la machine. Si le pôle sud est une mine d'or en hydrogène, tant mieux. Sinon, il faudra trouver d'autres sources, ou accepter de transporter tout le nécessaire depuis la Terre. La question, c'est moins "l'eau existe-t-elle ?" que "la quantité est-elle exploitable ?".) La technologie britannique vise à extraire de l'eau pure des réserves lunaires. Les applications incluent la production de carburant et la fourniture d'eau potable. La spectroscopie permet d'identifier les signatures de composés hydroxyles et de glace. Les instruments embarqués analysent les échantillons de surface et le sous-surface. Les données sont traitées pour distinguer la glace d'autres composés minéraux. ## Démystifier le vocabulaire Comprendre le jargon spatiale aide à visualiser la situation. Les régions d'ombre permanente sont des zones de la surface lunaire qui ne reçoivent jamais de lumière solaire directe, maintenues dans des températures extrêmement basses, souvent en dessous de -170°C. Le régolithe est la couche de poussière et de roche fine qui recouvre la surface lunaire. Le Neutron Spectrometer System est un instrument scientifique utilisé pour détecter la présence de glace d'eau en mesurant les neutrons thermiques produits lors de l'interaction du rayonnement solaire avec le régolithe lunaire. Une mission Artemis est un programme de la NASA visant à retourner les humains sur la Lune, en particulier au pôle sud, avec l'objectif de créer une présence humaine durable. Le vocabulaire spatial peut être un mur de briques. Mais une fois qu'on a passé la porte, le reste devient beaucoup plus clair. Les régions d'ombre permanente, c'est des coins de la Lune où le Soleil ne passe jamais. La température y reste figée depuis la formation de la Lune. Le régolithe, c'est la poussière et le gravier qui couvre tout. La glace, c'est de la vraie eau gelée, pas de la neige, pas du dioxyde de carbone solide. C'est de l'H₂O pur, et ça a de la valeur. En pratique, personne ne saura la distribution exacte de la glace tant que les atterrisseurs ne seront pas sur le sol et que les instruments ne auront pas fait leurs mesures. Les satellites en orbite donnent des cartes, mais elles ne sont pas toujours précises. La réalité terrain peut être différente. La NASA prévoit des missions robotiques avant les missions humaines pour affiner la cartographie de ces zones précieuses. ## Sources - https://www.space.com/moon-water-ice-craters - https://www.nasa.gov/rss/dyn/breaking_news.rss - https://api.spaceflightnewsapi.net/v4/articles?search=water+ice+moon&limit=10 - https://api.spaceflightnewsapi.net/v4/articles?search=Artemis+lunar+water+ice --- ## Tianwen-2 cible Kamoʻoalewa, quasi-satellite de la Terre - URL: https://www.portail-astronomie.fr/tianwen-2-kamooalewa-quasi-satellite-terre-chine-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-14T06:00:00 - Categories: exploration-spatiale ## Bientôt un an en vol, et personne n'en parle La sonde Tianwen-2 est en route depuis le 28 mai 2025. Lancée par une Longue Marche 3B depuis Xichang, elle file vers un caillou de quarante à cent mètres de diamètre qui tourne autour du Soleil presque exactement comme la Terre. Dans moins de deux mois, le 7 juin 2026, elle se mettra en orbite autour de Kamoʻoalewa. Et à part quelques communiqués de l'Académie des sciences chinoise, le silence est quasi total côté médias occidentaux. Arrêtons de tourner autour du pot. Ce que la Chine tente ici, c'est un retour d'échantillons d'astéroïde. Pas un survol, pas un impact, pas un selfie spatial. Un prélèvement de cent grammes minimum de régolithe sur un objet qui fait la taille d'un immeuble de dix étages, suivi d'un retour sur Terre prévu le 29 novembre 2027. Et le tout avec une sonde de deux mille cent kilogrammes embarquant onze instruments et cent cinquante kilos de charge utile scientifique. La réalité du terrain : si ça marche, la CNSA aura réussi en une mission ce que la NASA a mis OSIRIS-REx sept ans à accomplir sur Bennu, et ce que la JAXA a fait en deux missions Hayabusa sur des cibles bien plus grosses. ## Kamoʻoalewa : un morceau de Lune en orbite libre C'est là que ça se complique. Kamoʻoalewa (désignation provisoire 2016 HO3) n'est pas un astéroïde ordinaire. Découvert le 27 avril 2016 par le télescope Pan-STARRS 1 à Hawaï, il appartient à la famille des quasi-satellites terrestres. Huit objets de ce type sont connus à ce jour. Son orbite autour du Soleil a un semi-grand axe de 1,00094 UA et une période de 365,77 jours. Presque identique à celle de la Terre. Il apparaît tourner en boucle rétrograde autour de notre planète, sans jamais être capturé par elle. Il reste hors de la sphère de Hill, gravitationnellement libre. Ce qui a mis la communauté en alerte, c'est son spectre. En 2021, Sharkey, Reddy et Malhotra publient dans _Communications Earth & Environment_ une étude montrant que la composition spectrale de Kamoʻoalewa correspond aux sols lunaires. Pas à un astéroïde carboné, pas à un astéroïde silicaté classique. À la Lune. L'étude la plus récente (Zhu et al., _The Innovation_, novembre 2025) va plus loin. En comparant les spectres avec les données in situ du rover Yutu-1, les sols rapportés par Chang'E-5 et l'échantillon Apollo 14, l'équipe conclut que Kamoʻoalewa est un fragment éjecté de la surface lunaire. Leur verdict : seuls les éjectas du cratère Tycho peuvent atteindre une orbite co-orbitale terrestre actuelle. En clair : ce caillou vient de la Lune, éjecté il y a entre un et dix millions d'années par un impact violent. (Je dois avouer que cette hypothèse Tycho me plaît davantage que celle de Giordano Bruno proposée par Jiao et al. dans _Nature Astronomy_ en 2024. Mais sur ce point, j'hésite encore. Les deux papiers sont solides, les méthodologies différentes, et tant qu'on n'aura pas les échantillons en main, le débat restera ouvert.) ## La timeline qui s'accélère Voici le calendrier tel qu'il se présente aujourd'hui : **28 mai 2025** : lancement depuis Xichang. La sonde envoie sa première photo le 7 juin 2025, montrant son panneau solaire octogonal doré déployé. Statut confirmé nominal en février 2026 par SpaceNews. **7 juin 2026** : insertion en orbite autour de Kamoʻoalewa. C'est dans moins de deux mois. La fenêtre est serrée parce que l'objet est minuscule et que la vitesse relative doit être réduite à presque zéro pour permettre l'approche. **Juillet 2026 à avril 2027** : phase de collecte d'échantillons. Dix mois sur place. Parmi les instruments embarqués : spectromètre visible-infrarouge, radar de détection, magnétomètre, analyseur d'éjectas, et l'instrument DIANA (contribution italienne de l'INAF et du Politecnico di Milano) pour l'analyse de poussières. **29 novembre 2027** : atterrissage de la capsule de retour. Si tout se passe bien, on aura en main les premiers échantillons d'un quasi-satellite terrestre. Et potentiellement les premiers échantillons d'un fragment lunaire récupéré autrement que sur la Lune elle-même. Après ça, la sonde ne s'arrête pas. Elle repart vers la comète 311P/PanSTARRS, avec une arrivée prévue le 24 janvier 2035. Mission planifiée sur dix ans au total. ## Ce que ça change pour la science planétaire Si Kamoʻoalewa est bien un morceau de Lune, les échantillons de Tianwen-2 permettront de trancher définitivement entre l'hypothèse Tycho et l'hypothèse Giordano Bruno. La datation isotopique donnera un âge d'éjection. La composition minéralogique révélera si le matériau correspond à un régolithe lunaire mature ou à un fragment de sous-surface exposé par l'impact. Mon analyse : la CNSA a choisi cette cible précisément parce qu'elle combine l'intérêt scientifique maximal (origine lunaire probable, quasi-satellite unique) avec une accessibilité orbitale exceptionnelle. Kamoʻoalewa est le plus petit et le plus proche des quasi-satellites stables de la Terre. Sa distance minimale est de 0,0311 UA, soit environ douze distances lunaires. En termes de delta-v, c'est une cible moins coûteuse que certains astéroïdes NEA classiques. On peut aussi y voir une démonstration de capacité. Là où [la mission Hera de l'ESA inspecte Didymos post-impact](/hera-didymos-inspection-post-impact-dart-2026/), la Chine ramène des morceaux. Là où [la NASA annule Mars Sample Return sous pression du Congrès](/mars-sample-return-annule-congres-us-echantillons-perseverance/), Pékin envoie une sonde qui fonctionne nominalement depuis bientôt un an. Verdict : Tianwen-2 est probablement la mission de retour d'échantillons la plus ambitieuse en cours. Pas la plus médiatisée. [La plus ambitieuse](/mission-mmx-japon-phobos-echantillons-2031/). Et dans deux mois, on saura si la CNSA tient ses promesses orbitales. ## Sources - Wikipedia, « Tianwen-2 » : https://en.wikipedia.org/wiki/Tianwen-2 - Wikipedia, « 469219 Kamoʻoalewa » : https://en.wikipedia.org/wiki/469219_Kamo%CA%BBoalewa - Sharkey et al., « Lunar-like silicate material forms the Earth quasi-satellite (469219) 2016 HO3 Kamoʻoalewa », _Communications Earth & Environment_, novembre 2021 : https://www.nature.com/articles/s43247-021-00303-7 - Zhu et al., « Lunar origin of Earth quasi-satellite Kamoʻoalewa », _The Innovation_, novembre 2025 : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2666675825003868 - Jiao et al., « Escaping fragment from the lunar Giordano Bruno crater », _Nature Astronomy_, 2024 : https://www.nature.com/articles/s41550-024-02258-z - Chinese Academy of Sciences, communiqué de lancement, mai 2025 : https://english.cas.cn/newsroom/cas_media/202505/t20250529_1044726.shtml --- ## TOI-5205 b : le JWST révèle une atmosphère pauvre en métaux - URL: https://www.portail-astronomie.fr/toi-5205b-planete-interdite-metallicite-inverse/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-13T07:00:00 - Categories: exploration-spatiale ## Une planète qui n'a rien à faire là TOI-5205 b pose un problème. Un gros problème, même, pour quiconque s'accroche au modèle standard d'accrétion de cœur. On parle d'une planète de la masse de Jupiter, en orbite serrée autour d'une naine rouge M4 qui pèse à peine quarante pour cent de la masse du Soleil, comme [Proxima Centauri, autre naine rouge scrutée pour un signal radio](/jwst-signal-radio-regulier-proxima-b). À environ 285 années-lumière, dans la constellation du Petit Renard (Vulpecula), ce système défie les prédictions théoriques depuis sa découverte en 2023 par l'équipe de Shubham Kanodia. Le principe, en résumé : une naine rouge de ce gabarit possède un disque protoplanétaire trop léger pour assembler un cœur rocheux suffisant, il faudrait dépasser dix masses terrestres avant que l'emballement gazeux ne démarre. Sur le papier, TOI-5205 b ne devrait pas exister. D'où le surnom de « planète interdite » qui lui colle à la peau depuis trois ans. Et puis le JWST est venu y regarder de plus près. Ce qu'il a trouvé ne simplifie rien. ## Ce que NIRSpec a réellement mesuré L'équipe de Caleb I. Cañas (NASA Goddard), dans un papier publié dans l'Astronomical Journal début avril 2026, a pointé le NIRSpec PRISM du JWST sur trois transits de TOI-5205 b, couvrant une plage de 0,6 à 5,3 micromètres. Le programme s'appelle GEMS (« Red Dwarfs and the Seven Giants ») et est le plus grand programme exoplanétaire du Cycle 2 du JWST, piloté par Kanodia depuis Carnegie Science. Les résultats sont nets sur certains points, frustrants sur d'autres. **Ce qu'on a trouvé** : du méthane (CH₄) et du sulfure d'hydrogène (H₂S), bien visibles entre 3,0 et 5,0 micromètres. L'atmosphère affiche une métallicité sub-solaire et un rapport carbone/oxygène super-solaire. En clair, selon les mots de Kanodia, « une atmosphère très riche en carbone et pauvre en oxygène ». **Ce qu'on n'a pas trouvé** : pas de vapeur d'eau (H₂O), pas de dioxyde de carbone (CO₂), pas de monoxyde de carbone (CO). Pour l'eau, l'absence s'explique en partie par la contamination stellaire, l'étoile hôte est couverte de taches, et en dessous de 3 micromètres, le signal stellaire masque tout. Sur le reste, c'est plus troublant. Je dois admettre que la non-détection du CO₂ me laisse perplexe. Sur les Jupiters chauds qu'on a étudiés jusqu'ici, c'est presque toujours là. TOI-5205 b fait décidément bande à part. ## Le vrai casse-tête : une atmosphère trop légère pour son intérieur C'est ici que ça se corse. La métallicité atmosphérique de TOI-5205 b est inférieure à celle de son étoile hôte. Dr. Anjali A. A. Piette, de l'Université de Birmingham, le formule sans ambiguïté : cette caractéristique « la distingue parmi toutes les géantes gazeuses étudiées à ce jour ». Dit autrement : on s'attend à ce qu'une planète géante soit plus riche en éléments lourds que son étoile. C'est le cas de Jupiter dans notre système, c'est le cas de la quasi-totalité des exoplanètes géantes étudiées par le JWST. TOI-5205 b fait l'inverse. Les modèles de structure interne prédisent pourtant que le bulk de la planète contient entre dix et vingt pour cent d'éléments lourds, soit environ cent fois plus que ce que l'atmosphère ne laisse voir. L'explication avancée : les éléments lourds auraient migré vers l'intérieur pendant la formation, et depuis, l'intérieur et l'atmosphère ne se mélangent plus. La planète est stratifiée, verrouillée. C'est un scénario qu'on commence à voir émerger dans la littérature, mais TOI-5205 b en est le cas le plus extrême. On passe d'une anomalie de formation (comment elle est née) à une anomalie de structure (comment elle est organisée). Deux mystères pour le prix d'un. ## Accrétion de cœur ou instabilité de disque ? La question de la formation reste ouverte. Le modèle d'accrétion de cœur a du mal avec les naines M, le disque est trop peu massif, la fenêtre temporelle trop courte. L'alternative, l'instabilité gravitationnelle du disque, permet de former une géante gazeuse rapidement par effondrement direct, sans passer par un cœur rocheux massif. GJ 3512 b, un autre Jupiter en orbite autour d'une naine M encore plus petite (environ douze pour cent de la masse solaire, contre dix-sept pour l'étoile de [K2-315b et son orbite de 3,14 jours](/k2-315b-exoplanete-orbite-pi-jours)), penche déjà vers ce scénario. TOI-5205 b pourrait suivre le même chemin, mais la stratification atmosphère/intérieur complique le tableau. Si la planète s'est formée par instabilité de disque, pourquoi cette ségrégation chimique ? Les vingt-quatre co-auteurs du papier ne tranchent pas. Mon interprétation : on est probablement face à un mécanisme hybride, ou à un processus de formation par instabilité suivi d'une évolution interne qu'on ne modélise pas encore correctement. Mais c'est spéculatif, je n'ai pas de données pour l'étayer au-delà de l'intuition. ## Ce que GEMS va encore nous apprendre Le programme GEMS couvre sept planètes géantes autour de naines rouges. TOI-5205 b n'est que le début. Si d'autres cibles montrent la même inversion de métallicité, on aura un pattern. Si TOI-5205 b reste seule dans son cas, on aura un monstre statistique à expliquer. Dans les deux cas, les modèles de formation planétaire vont devoir bouger. Et pour une fois, ce n'est pas une promesse creuse de communiqué de presse, les données sont là, publiées, vérifiables. Trois transits, un spectre propre entre 3 et 5 micromètres, des molécules identifiées. Le genre de résultat qui fait avancer le sujet pour de bon. Les [missions d'observation à venir](/artemis-ii-lancement-imminent-equipage-lune-2026) et les prochaines fenêtres JWST sur les cibles GEMS donneront la suite. En attendant, TOI-5205 b reste la planète qui n'aurait pas dû naître, et qui en plus se permet d'avoir une chimie atmosphérique que personne n'avait prévue. ## Sources - Cañas et al. 2026, « GEMS: Red Dwarfs and the Seven Giants. I. TOI-5205b », AJ, 171, 260, [arxiv.org](https://arxiv.org/abs/2502.06966) - Kanodia et al. 2023, « TOI-5205b: A Short-Period Jupiter-Size Planet Transiting a Mid-M Dwarf », AJ, 165, 120, [arxiv.org](https://arxiv.org/abs/2209.11160) - [ScienceDaily, Giant 'Forbidden' Planet Orbits Small Star](https://www.sciencedaily.com/releases/2026/04/260406192905.htm) - [EurekAlert, communiqué de presse](https://www.eurekalert.org/news-releases/1122699) - [University of Birmingham, annonce officielle](https://www.birmingham.ac.uk/news/2026/giant-forbidden-planet-orbits-small-star) --- ## C/2025 R3 PanSTARRS : guide d'observation en avril 2026 - URL: https://www.portail-astronomie.fr/comete-c2025-r3-observation-avril-2026/ - Author: Julien P. - Published: 2026-04-12T07:00:00 - Categories: ciel-profond Magnitude 5,6 le 7 avril, visible aux jumelles depuis le Carré de Pégase. La comète C/2025 R3 PanSTARRS est en route vers son périhélie du 19 avril. La fenêtre d'observation nord se referme le 25. Il reste moins de deux semaines. J'ai passé la semaine à compiler les éphémérides COBS, les mesures de Jean-Baptiste Feldmann sur Futura-Sciences et les relevés de Chris Schur sur Astronomy.com. Voici ce que les données disent, sans l'habillage "comète du siècle" qu'on lit partout. ## Découverte et trajectoire : un visiteur unique Le télescope Pan-STARRS (Ritchey-Chrétien de 1,8 m, Haleakala, Hawaï) a repéré C/2025 R3 le 8 septembre 2025 à une magnitude d'environ 19-20. Autant dire invisible sans un instrument professionnel. Six mois plus tard, le 20 mars 2026, Alan Hale (oui, le co-découvreur de Hale-Bopp en 1995) a été le premier à la détecter aux jumelles. Quand un type comme Hale pointe ses jumelles et confirme, on sait que la comète est en jeu. Trajectoire hyperbolique. Premier et unique passage dans le système solaire interne, en provenance du nuage d'Oort. Elle ne reviendra pas. C'est aussi ce qui rend la prédiction de magnitude si bancale : on n'a aucun historique de comportement pour calibrer les modèles. Et une trajectoire hyperbolique à 0,499 UA du Soleil, c'est un [scénario de fragmentation plausible, comme Hubble l'a documenté sur d'autres comètes](/hubble-fragmentation-comete-k1-atlas-perihelie). ## Trois scénarios de magnitude : soyons honnêtes C'est là que ça se complique et que j'ai le moins de certitudes. Les courbes de lumière cométaire sont notoirement imprévisibles. Voici les trois scénarios qui circulent dans la communauté. ### Scénario pessimiste : magnitude 7 à 8 La comète reste faible. Jumelles indispensables, petit télescope recommandé. La coma ne se développe pas autant qu'espéré. C'est le scénario le plus prudent, et franchement le plus probable si on regarde l'historique des comètes hyperboliques. ### Scénario central : magnitude 2,8 à 3 Visible à l'œil nu sous un ciel vraiment sombre, loin de toute pollution lumineuse. En ville, comptez sur des jumelles 10x50. C'est le consensus StarWalk/Wikipedia/Astronomy.com. Le 26 mars, Chris Schur mesurait encore une magnitude d'environ 8 avec une queue longue et des événements de déconnexion (la queue qui se détache momentanément sous l'effet du vent solaire). Le bond de magnitude 8 à 5,6 entre le 26 mars et le 7 avril est encourageant, mais pas suffisant pour garantir ce scénario. ### Scénario optimiste : magnitude -0,5 à -1 Forward scattering. Si la géométrie Soleil-comète-Terre s'aligne favorablement autour du 20-24 avril, la poussière cométaire peut diffuser la lumière solaire vers nous et multiplier la luminosité apparente par cent. StarWalk et gayaone évoquent cette possibilité. Je n'y compterais pas pour planifier une sortie, mais si ça arrive, ce sera spectaculaire. La magnitude absolue H mesurée par COBS est de 8,1 avec une pente de 3,9. Pour les habitués des éphémérides, ça place C/2025 R3 dans la catégorie des comètes "intéressantes mais pas exceptionnelles" en termes de production de gaz. Tout dépendra de la réponse du noyau au chauffage solaire à 0,499 UA. ## Guide pratique : où, quand, comment ### La fenêtre nord (17-24 avril) Nouvelle lune le 17 avril. C'est le jackpot pour l'observation : zéro pollution lunaire pendant la semaine la plus critique. La comète traverse Pégase, puis les Poissons (où elle sera au périhélie le 19 avril à 21h28 GMT), puis file vers le Bélier et la Baleine. Concrètement : levez-vous avant l'aube. Horizon est, ciel du matin. Le 7 avril, l'angle avec le Soleil était de 33 degrés, ce qui laisse une fenêtre correcte avant le lever. Cette séparation diminue chaque jour. Le 25 avril, conjonction solaire à 3,5 degrés : c'est terminé pour l'hémisphère nord. La comète plonge dans la lueur solaire et n'en ressort que pour l'hémisphère sud. Pour ceux qui veulent combiner les observations, les [Lyrides battent leur plein exactement pendant la même période](/lyrides-avril-2026-pluie-etoiles-filantes-comete-thatcher-observation). Deux raisons de se lever tôt. ### Matériel **Début avril (maintenant)** : jumelles 10x50 minimum. Un petit télescope de 80-100 mm facilitera le repérage de la coma et de la queue. Cherchez dans le Carré de Pégase, horizon est, environ 45 minutes avant le lever du Soleil. **Semaine du 17-24 avril** : si le scénario central se confirme, l'œil nu pourrait suffire sous un ciel de campagne (Bortle 3-4). En zone périurbaine, gardez les jumelles. **Après le 25 avril** : hémisphère sud uniquement, ciel du soir. ### Ce qu'il faut surveiller Les événements de déconnexion de la queue, déjà observés fin mars, sont un signal que le vent solaire interagit fortement avec la comète. C'est bon signe pour le développement de la coma. Mais c'est aussi un signal que le noyau subit un stress intense. Sur une comète hyperbolique en première visite, [le comportement peut basculer de façon inattendue](/hubble-inversion-rotation-comete-2026). ## Pas la seule comète d'avril Sur un sujet proche, découvrez notre article : [10P/Tempel 2 : la comète de l'été 2026 vaut-elle le coup ?](/comete-10p-tempel-2-retour-observation-ete-2026). Point que beaucoup de sites négligent : C/2026 A1 MAPS est également visible ce mois-ci. Deux comètes observables simultanément, c'est rare. La [C/2026 A1 MAPS frôle le Soleil avec un tout autre profil de risque](/comete-c2026-a1-maps-froleur-soleil-observation-avril). Si vous sortez pour C/2025 R3, autant chercher les deux. ## Le risque qu'on ne lit pas assez Je vais être direct : une comète hyperbolique à 0,499 UA du Soleil, c'est du 50/50. Soit le noyau tient et la sublimation produit un spectacle. Soit il se fragmente et la luminosité chute brutalement en quelques heures. On n'a aucun moyen de prédire ça à l'avance. Les modèles thermiques sur un objet qu'on observe pour la première fois, venu du fin fond du nuage d'Oort, valent ce qu'ils valent. Le périhélie du 19 avril à 21h28 GMT sera le moment de vérité. Si la comète passe ce cap intacte, le scénario central (magnitude 2,8-3) devient très probable pour les nuits suivantes, amplification par forward scattering en prime. Si elle se fragmente, on aura quand même un spectacle au télescope : les débris cométaires éclairés par le Soleil. Moins glamour, mais scientifiquement riche. D'ici là, surveillez les bulletins COBS et les mises à jour de magnitude sur Futura-Sciences. La courbe de lumière change de jour en jour. Et si vous avez un ciel dégagé avant l'aube cette semaine, sortez les jumelles. Ce visiteur ne repassera pas. ## Sources - Wikipedia, "C/2025 R3 (PanSTARRS)", données orbitales et historique de découverte : https://en.wikipedia.org/wiki/C/2025_R3_(PanSTARRS) - StarWalk, guide d'observation C/2025 R3 PanSTARRS : https://starwalk.space/en/news/comet-c2025-r3-panstarrs - COBS, éphémérides et magnitude absolue : https://cobs.si/comet/2663/ - Jean-Baptiste Feldmann, "La comète C/2025 R3 PanSTARRS entre en scène", Futura-Sciences, 7 avril 2026 : https://blogs.futura-sciences.com/feldmann/2026/04/07/la-comete-c-2025-r3-panstarrs-entre-en-scene/ - Chris Schur, "The sky today", Astronomy.com, 7 avril 2026 : https://www.astronomy.com/observing/the-sky-today-tuesday-april-7-2026/ - EarthSky, "Best comets of 2026" : https://earthsky.org/tonight/best-comets-of-2026-wierzchos-panstarrs-tempel/ --- ## Conjonction de quatre planètes en avril 2026 : le guide - URL: https://www.portail-astronomie.fr/conjonction-planetes-avril-2026-mercure-mars-saturne-neptune/ - Author: Julien P. - Published: 2026-04-11T05:30:00 - Categories: observation Quatre planètes dans un mouchoir de poche, et la plupart des gens dormiront. Le vingt avril 2026, Mercure, Mars, Saturne et Neptune se retrouvent dans un champ d'environ deux degrés, soit moins que la largeur de votre pouce bras tendu. Sauf que Neptune, à magnitude 7,8, est invisible à l'œil nu. Autrement dit : sans jumelles, vous verrez trois planètes, pas quatre. Autant le savoir avant de mettre le réveil à cinq heures du matin. ## Quand regarder La fenêtre d'observation se situe entre une heure et une heure trente avant le lever du soleil, soit grossièrement entre cinq heures et six heures trente heure locale en France métropolitaine. Mercure est très bas sur l'horizon est avant l'aube, donc chaque minute compte. Trop tôt, les planètes ne sont pas encore levées. Trop tard, le ciel s'éclaircit et Mercure disparaît dans la lueur solaire. La date optimale, c'est le vingt avril. Ce jour-là, Mercure et Saturne passent à seulement vingt-sept arcminutes l'un de l'autre, soit moins que le diamètre apparent de la pleine Lune. Mars est quasiment superposé à Mercure en ascension droite, avec environ deux degrés d'écart en déclinaison. Neptune traîne à une vingtaine d'arcminutes à l'ouest. Détail qui change tout : la nouvelle Lune tombe le dix-sept avril. Vous avez donc un ciel sans Lune du dix-sept au vingt-quatre avril. Fenêtre idéale. ## Où regarder Plein est, horizon dégagé. C'est la contrainte la plus sous-estimée. Si vous avez des arbres, des immeubles, une colline à l'est, c'est terminé. Mercure ne monte jamais bien haut au-dessus de l'horizon, surtout depuis nos latitudes européennes. Le site EarthSky le confirme : la visibilité est meilleure depuis l'hémisphère sud en avril. Pour ceux qui veulent les coordonnées exactes : les quatre planètes se trouvent dans la région des Poissons, entre RA zéro heure treize minutes et zéro heure trente-deux minutes. La frontière avec la constellation de la Baleine (Cetus) est proche, et In-The-Sky.org place d'ailleurs la conjonction Mercure-Saturne dans Cetus. Bref, on est à la frontière entre les deux constellations. Si vous êtes du genre à vérifier les éphémérides vous-même (et je vous y encourage), j'ai passé un bon moment sur les tables JPL DE405 via Astropixels pour recouper les positions. Les données collent entre les deux sources, à quelques arcminutes près. ## Avec quoi observer Là, soyons honnêtes, ça dépend de ce que vous voulez voir. **Mercure** (magnitude moins zéro virgule trois) : visible à l'œil nu, brillant. Pas besoin de matériel. C'est même la planète la plus facile à repérer ce matin-là, à condition d'avoir l'horizon dégagé. **Saturne** (magnitude zéro virgule huit) : visible à l'œil nu également. Pour apercevoir les anneaux, comptez un télescope de soixante millimètres minimum avec un grossissement de trente fois. Le diamètre apparent des anneaux tourne autour de seize secondes d'arc en avril. **Mars** (magnitude un virgule deux) : visible à l'œil nu, mais ne vous attendez pas à un spectacle. Mars est loin de nous en ce moment, à environ deux virgule vingt-cinq unités astronomiques, avec un diamètre apparent de seulement quatre virgule une secondes d'arc. Un petit point orangé, rien de plus. La phase est quasi pleine, autour de quatre-vingt-dix-huit pour cent d'illumination. **Neptune** (magnitude sept virgule huit) : invisible à l'œil nu. La limite de l'œil humain se situe autour de magnitude six virgule cinq. Il vous faut au minimum des jumelles dix fois cinquante, et même avec ça, Neptune restera un point indistinguable d'une étoile sans carte de champ précise. Un télescope de quatre-vingts millimètres ou plus permet de distinguer son disque, mais on parle d'un exercice pour observateurs expérimentés. Pour les Lyrides qui arrivent deux jours plus tard, le vingt-deux avril, consultez notre [guide d'observation des Lyrides](/lyrides-avril-2026-pluie-etoiles-filantes-comete-thatcher-observation) pour maximiser votre nuit. ## Ce que vous verrez exactement Imaginez un triangle aplati, bas sur l'horizon est. Mercure en bas à droite, le plus brillant. Saturne juste au-dessus, presque collé. Mars un peu plus haut, décalé d'environ deux degrés. Le tout tient dans le champ d'une paire de jumelles standard. Et puis il y a Neptune, invisible mais présente, vingt arcminutes à l'ouest de ce trio. Si vous la pointez aux jumelles, vous ne la distinguerez probablement pas des étoiles de fond sans avoir préparé votre carte avant. C'est le genre de cible qui demande de la patience et une application de planétarium sur le téléphone, orientée vers le ciel en temps réel. J'ai, je l'avoue, hésité à inclure Neptune dans le titre. Trois planètes visibles, une invisible : est-ce qu'on peut vraiment parler de "conjonction à quatre" ? Astronomiquement, oui, les quatre sont bien dans le même champ. Mais pour l'observateur lambda, c'est un trio. J'ai choisi l'honnêteté plutôt que le titre accrocheur. ## Le bonus : une comète au périhélie Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Mars 2027 : préparer l'opposition dès l'automne 2026](/mars-opposition-2027-preparer-observation-automne-2026). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Ceinture de Kuiper : combien d'objets recense-t-on ?](/ceinture-kuiper-definition-objets-au-dela-neptune). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Neptune opposition 26 septembre 2026 : mag 7,8 et Triton](/neptune-opposition-26-septembre-2026-observation-telescope-triton). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Transit de Mercure 2032 : guide d'observation 13 novembre](/transit-mercure-13-novembre-2032-guide-observation). Comme si ce n'était pas assez, la comète C/2025 R3 (PANSTARRS) atteint son périhélie le dix-neuf avril, la veille de la conjonction, dans la même région du ciel. Visible à l'œil nu d'après In-The-Sky.org. Si les prévisions de luminosité se confirment, vous pourriez observer trois planètes et une comète dans la même séance d'aube. Pour suivre l'actualité cométaire, notre article sur la [fragmentation d'une comète observée par Hubble](/hubble-fragmentation-comete-k1-atlas-perihelie) donne un aperçu de ce qui peut arriver quand une comète s'approche du Soleil. ## Le contexte : Mercure au meilleur de sa forme Mercure a atteint son élongation maximale ouest le trois avril, à vingt-huit degrés du Soleil. C'est sa meilleure fenêtre de visibilité matinale de l'année. Sa magnitude passe de plus zéro virgule huit début avril à moins zéro virgule un fin avril : elle brille de plus en plus au fil du mois. Saturne, de son côté, émerge progressivement dans le ciel du matin. Son élongation solaire passe de six degrés début avril à trente degrés fin avril. Autrement dit, début avril, Saturne est noyée dans le crépuscule. Fin avril, elle est bien dégagée. Le vingt avril, on est pile dans la zone de transition : visible, mais pas confortable. Il faut un horizon propre. Si vous préparez déjà votre calendrier astronomique pour l'été, l'[éclipse solaire totale du douze août 2026](/eclipse-solaire-totale-12-aout-2026-europe-guide-observation) sera l'événement majeur de l'année en Europe. ## Résumé pratique Vingt avril 2026, entre cinq heures et six heures trente. Horizon est dégagé. Jumelles dix fois cinquante recommandées (indispensables pour Neptune). Trois planètes à l'œil nu, une aux jumelles, et peut-être une comète en prime. Nouvelle Lune trois jours avant : ciel noir garanti. Le seul risque, c'est la météo. Et ça, aucun éphéméride ne peut le prédire. ## Sources - In-The-Sky.org, conjonction Mercure-Saturne du 20 avril 2026 : https://in-the-sky.org/news.php?year=2026&month=4&day=20 - Astropixels, éphémérides Mercure 2026 (JPL DE405) : https://www.astropixels.com/ephemeris/planets/mercury2026.html - Astropixels, éphémérides Saturne 2026 (JPL DE405) : https://www.astropixels.com/ephemeris/planets/saturn2026.html - Astropixels, éphémérides Mars 2026 (JPL DE405) : https://www.astropixels.com/ephemeris/planets/mars2026.html - Astropixels, éphémérides Neptune 2026 (JPL DE405) : https://www.astropixels.com/ephemeris/planets/neptune2026.html - EarthSky, planètes visibles avril 2026 : https://earthsky.org/astronomy-essentials/visible-planets-tonight-mars-jupiter-venus-saturn-mercury/ - In-The-Sky.org, comète C/2025 R3 PANSTARRS : https://in-the-sky.org/news.php?year=2026&month=4&day=25 --- ## M101 : Hubble-JWST cartographient sa structure spirale - URL: https://www.portail-astronomie.fr/m101-hubble-webb-structure-spirale-observation/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-10T06:00:00 - Categories: ciel-profond Pierre Méchain a trouvé M101 en 1781 et l'a décrite comme une nébuleuse sans étoiles. Deux cent quarante-cinq ans plus tard, une équipe menée par Daniela Calzetti (UMass), Christopher Clark (STScI) et Kuntz (JHU) publie un composite Hubble plus JWST de cette même galaxie. Entre les deux, on est passé de "tache floue dans la Grande Ourse" à la cartographie grain par grain de la poussière interstellaire. L'écart donne le vertige, et c'est précisément cet écart qui rend le résultat de mars 2026 intéressant. ## Pourquoi M101 pose un problème aux modèles de poussière interstellaire En clair : M101, alias la galaxie du Moulinet, est une spirale barrée de type SAB(rs)cd située à environ vingt-et-un millions d'années-lumière. Son diamètre apparent atteint environ cent soixante-dix mille années-lumière selon la NASA, ce qui en fait une galaxie sensiblement plus grande que la Voie lactée. On estime qu'elle contient environ mille milliards d'étoiles pour une masse de disque d'environ cent milliards de masses solaires. Le composite publié le seize mars 2026 combine les données UV, visible et proche infrarouge de Hubble avec l'infrarouge du Webb. Le résultat, c'est qu'on voit enfin les deux couches superposées : les étoiles jeunes et le gaz ionisé côté Hubble, la poussière et les hydrocarbures aromatiques polycycliques (PAH) côté Webb. Jusque-là, on avait l'un ou l'autre. Pas les deux en même temps à cette résolution. Le même duo a aussi livré un [double regard infrarouge et visible sur Saturne](/webb-hubble-saturne-infrarouge-visible-2026). Pour comprendre l'intérêt de cette observation, il faut regarder du côté du gradient de métallicité. Au centre de M101, la valeur 12+log[O/H] est de 8,69, ce qui correspond à peu près à la métallicité solaire. En périphérie, on tombe à 0,39 fois la valeur solaire. Rien de surprenant là-dedans, c'est un gradient classique pour une spirale de cette taille. Ce qui est surprenant, c'est ce que les PAH font dans ce gradient. ## Le résultat contre-intuitif des PAH en périphérie L'étude de Whitcomb, Smith et collaborateurs, publiée en septembre 2025 (arXiv:2509.18347), a utilisé le NIRCam du Webb pour cartographier les PAH à 3,3 micromètres avec une résolution d'environ 3,9 parsecs. C'est la première fois qu'on descend à cette échelle sur M101. Arrêtons de tourner autour du pot. Dans un environnement pauvre en métaux, on s'attend à ce que les PAH soient détruits plus facilement par le rayonnement UV, parce qu'il y a moins de poussière pour les protéger. La contribution des PAH devrait baisser quand on s'éloigne du centre. Or c'est l'inverse qui se produit : la contribution des PAH à 3,3 micromètres triple en périphérie, passant d'un à deux pour cent au centre à deux virgule cinq, quatre virgule deux pour cent en bordure de disque. L'explication proposée tient en deux mots : "inhibited grain growth". En périphérie, la faible métallicité empêche la croissance des gros grains de poussière. Les ultra-petits grains, dont les PAH font partie, sont préservés parce que le mécanisme qui les incorpore normalement dans des grains plus gros ne fonctionne pas. Les gros disparaissent, les petits survivent. C'est contre-intuitif parce qu'on pense d'abord à la destruction UV, mais le facteur dominant ici, c'est l'absence de croissance. J'ai relu le papier deux fois sur ce point, et honnêtement, je ne suis pas totalement convaincu que ce mécanisme suffise à expliquer un triplement de la contribution. Les auteurs le présentent comme le scénario le plus cohérent avec les données, pas comme une certitude. La modélisation devra suivre. ## Les régions HII géantes et la supernova de 2023 Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Petits points rouges du Webb : trous noirs dans l'univers primordial](/points-rouges-webb-trous-noirs-supermassifs-jeunes). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Disques protoplanétaires : ALMA et JWST en première ligne](/disques-protoplanetaires-naissance-systemes-solaires). M101 héberge plusieurs régions HII parmi les plus grandes connues dans une galaxie voisine. NGC 5461, NGC 5462, NGC 5471 et NGC 5447 sont des complexes de formation stellaire visibles individuellement depuis le sol avec un télescope modeste. Sur l'image composite, elles apparaissent comme des nœuds brillants le long des bras spiraux, là où le gaz ionisé par les étoiles massives jeunes émet en H-alpha. Et puis il y a SN 2023ixf. Le dix-neuf mai 2023, Kōichi Itagaki a détecté une supernova de type II-L dans M101, à une magnitude de 14,9. En trois jours, elle a grimpé à 10,8, devenant la supernova la plus brillante visible depuis l'hémisphère nord en une décennie. Le progéniteur identifié est une supergéante rouge. Ce genre d'événement dans une galaxie aussi bien documentée, c'est une mine pour les modèles d'évolution stellaire. Les données pré-explosion de Hubble sur la zone exacte existaient déjà, ce qui a permis de contraindre la masse et la luminosité du progéniteur quasi immédiatement. M101 possède aussi six galaxies satellites connues : NGC 5204, NGC 5474, NGC 5477, NGC 5585, UGC 8837 et UGC 9405. NGC 5474 est particulièrement intéressante parce que son noyau est visiblement décentré par rapport à son disque, probablement à cause de l'interaction gravitationnelle avec M101. ## Ce que le composite Hubble-Webb change concrètement L'image NASA PIA15630, publiée en 2012, combinait déjà quatre télescopes (Spitzer, Hubble, Chandra, GALEX) pour produire un composite multi-longueurs d'onde de M101. Le résultat de mars 2026 va plus loin parce que le Webb apporte une résolution en infrarouge moyen que Spitzer ne pouvait pas atteindre. On passe de structures résolues à l'échelle du kiloparsec à des structures résolues à quelques parsecs dans les bras spiraux. Mon interprétation : ce type de composite va devenir la norme pour toutes les grandes spirales proches. La combinaison Hubble (qui vieillit mais reste inégalé en UV-visible) et Webb (infrarouge) permet de couvrir le spectre électromagnétique de manière suffisamment continue pour modéliser le cycle complet de la matière interstellaire, de la formation stellaire à la destruction des grains. M101 est le banc d'essai. Les prochaines cibles logiques seraient M51 et NGC 628, qui ont déjà été observées par les deux télescopes séparément. Hubble seul continue aussi ses trouvailles, comme cette [galaxie ratée qui a révélé la matière noire qu'elle abritait](/cloud-9-galaxie-ratee-matiere-noire-hubble-relhic). Sur ce point, j'hésite encore : est-ce que le Webb va réellement prolonger la durée de vie scientifique de Hubble en rendant ses archives UV indispensables pour les composites, ou est-ce qu'on est dans les dernières années où ce type de synergie fonctionne avant que Hubble ne soit désorbité ? La réponse dépend du budget NASA, pas de la physique. Et ça, c'est un autre sujet. ## Sources - NASA, image composite Hubble+JWST de M101, 16 mars 2026 : https://science.nasa.gov - Whitcomb, Smith et al., "PAH emission in M101 with JWST/NIRCam", arXiv:2509.18347, septembre 2025 - NASA, PIA15630, composite multi-télescopes M101, 2012 - Wikipedia, "Pinwheel Galaxy" : https://en.wikipedia.org/wiki/Pinwheel_Galaxy - arXiv:2503.13974, données complémentaires M101 - APOD, archives M101 : https://apod.nasa.gov --- ## JWST : les little red dots révèlent de jeunes trous noirs - URL: https://www.portail-astronomie.fr/points-rouges-webb-trous-noirs-supermassifs-jeunes/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-09T09:30:00 - Categories: cosmologie Fin 2022, le JWST tourne depuis quelques mois. Les premières images de l'univers profond arrivent, et dans le lot, des objets compacts, intensément rouges, que personne n'attendait. Pas des galaxies classiques. Pas des étoiles. Des points. Rouges. Des centaines. La communauté les baptise "little red dots", faute de mieux. Pendant trois ans, personne ne sait vraiment ce que c'est. En janvier 2026, une équipe de Copenhague publie dans Nature une explication qui tient la route. ## Le mystère des points rouges Le programme RUBIES, lancé dans les premiers mois d'opération du JWST, a identifié environ trois cents sources extrêmement rouges dans l'univers lointain. D'autres programmes (CEERS, JADES, NGDEEP, PRIMER) en ont repéré d'autres. Au total, 341 objets catalogués à ce jour, répartis sur des décalages spectraux allant de 3,1 à 9,288. En clair : on observe des objets qui existaient entre 600 millions et 1,6 milliard d'années après le Big Bang. Le problème, c'est que ces points ne rentraient dans aucune case. Trop compacts pour être des galaxies. Trop lumineux pour leur taille. Des raies spectrales larges qui suggéraient des trous noirs massifs, mais les masses estimées n'avaient aucun sens. Des trous noirs d'un milliard de masses solaires, 700 millions d'années après le Big Bang ? La théorie standard ne permet pas ça. Les étoiles de Population III vivent quelques millions d'années, s'effondrent, et le trou noir résiduel doit accréter pendant des milliards d'années pour atteindre ces masses. Le calendrier ne colle pas. Dale Kocevski et son équipe ont montré en 2025 que 70 % des little red dots observés présentent du gaz en orbite rapide, à environ mille kilomètres par seconde. Un signe clair d'accrétion active autour d'un objet compact. Mais la nature exacte de ces objets restait ouverte. ## La solution de Copenhague Vadim Rusakov, doctorant au Cosmic Dawn Centre de l'université de Copenhague, a publié avec Darach Watson et quinze autres chercheurs un article dans Nature le 14 janvier 2026. Leur conclusion : les little red dots sont de jeunes trous noirs supermassifs, enveloppés dans un cocon dense de gaz ionisé à des millions de degrés. Le point clé, c'est la réinterprétation des raies spectrales. Les raies larges d'hydrogène et d'hélium qu'on observait, tout le monde les attribuait à la vitesse de rotation du gaz autour du trou noir. Plus les raies sont larges, plus le trou noir est massif, c'est la logique habituelle. Rusakov et Watson montrent que ces raies sont élargies par diffusion électronique dans le cocon de gaz chaud, pas par la rotation. Conséquence directe : les masses réelles sont cent fois plus faibles que les estimations précédentes. On passe de milliards de masses solaires à une fourchette entre cent mille et dix millions de masses solaires. Dix millions de masses solaires, c'est deux à trois fois la masse de Sagittarius A\* (environ quatre millions de masses solaires), le trou noir au centre de la Voie lactée. En clair, ces "monstres" de l'univers primordial ne sont pas si monstrueux. Ce sont des bébés. Des trous noirs en pleine croissance, qui accrètent près de la limite d'Eddington, enveloppés dans leur cocon natal. J'ai passé pas mal de temps sur le papier original et, honnêtement, l'élégance de la démonstration m'a surpris. Un seul mécanisme physique (la diffusion électronique) qui explique d'un coup trois anomalies que la communauté traînait depuis trois ans : l'émission X et radio quasi inexistante, le rapport masse/galaxie aberrant, et la largeur des raies spectrales. C'est propre. ## Cocon chaud, couleur rouge La couleur rouge caractéristique vient du filtrage de la radiation par le cocon de gaz ionisé. La matière tombe sur le trou noir, la radiation traverse le cocon à des millions de degrés, une partie est absorbée et réémise. La majorité du gaz est expulsée par les pôles. Ce qui arrive jusqu'au JWST, c'est une lumière filtrée, rougie. Les objets sont minuscules. Un rayon typique de 500 années-lumière pour les plus gros, beaucoup font moins de 150 années-lumière. La région d'accrétion elle-même ne fait que quelques jours-lumière de diamètre. Deux pour cent du rayon de la Voie lactée. À l'échelle cosmique, ce sont des grains de poussière incandescents. Le modèle de Rusakov explique aussi pourquoi ces objets émettent si peu en rayons X et en radio. Le cocon absorbe l'essentiel de ces émissions. Les [observations du JWST sur d'autres objets compacts](/nebuleuse-pmr1-cerveau-cosmos-jwst-infrarouge/) confirment que l'infrarouge révèle des structures que les autres longueurs d'onde manquent systématiquement. ## L'hypothèse concurrente : l'effondrement direct Fabio Pacucci (Harvard), Andrea Ferrara (Pise) et Dale Kocevski ont proposé en février 2026 une explication alternative. Selon eux, les little red dots seraient des trous noirs formés par effondrement direct de nuages de gaz froid, sans passer par l'étape intermédiaire des étoiles de Population III. C'est le scénario dit "direct collapse black hole". L'intérêt de cette hypothèse : elle contourne le problème temporel. Pas besoin d'attendre qu'une étoile naisse, vive et meure pour produire un trou noir graine. Le nuage de gaz s'effondre directement en trou noir massif. Les simulations de l'équipe reproduisent les caractéristiques observées : faible émission X, présence de métaux, absence de signatures de formation stellaire. Sur ce point, je n'ai pas de certitude tranchée. Les deux modèles (cocon ionisé de Copenhague et effondrement direct de Harvard/Pise) ne sont pas forcément incompatibles. Ils décrivent peut-être deux phases ou deux voies de formation différentes. La suite dépendra des données spectroscopiques que le JWST continuera d'accumuler. ## Ce que ça change pour la cosmologie Les little red dots sont les trous noirs les moins massifs jamais détectés à haut décalage spectral. Ça paraît anecdotique, formulé comme ça. Ça ne l'est pas. Jusqu'ici, on ne voyait dans l'univers primordial que les résultats finaux : des trous noirs supermassifs déjà formés, déjà gigantesques. Avec les little red dots, on observe pour la première fois la phase de croissance initiale. Le chaînon manquant entre les trous noirs graines et les monstres qu'on détecte par [ondes gravitationnelles](/ondes-gravitationnelles-218-fusions-ligo-2026/) ou par leur influence sur la [matière noire environnante](/euclid-dr1-matiere-noire-cisaillement-gravitationnel/). Le JWST en a détecté des centaines. Ce ne sont pas des curiosités isolées. C'est une phase évolutive ordinaire que traversent probablement tous les futurs trous noirs supermassifs. L'univers en était rempli entre 600 millions et un milliard d'années après le Big Bang. Après, ils disparaissent. Le cocon se dissipe, l'accrétion ralentit, et le trou noir continue sa croissance par d'autres mécanismes, plus lents. La détection future de ces mêmes objets par [LISA](/lisa-ondes-gravitationnelles-spatiales-esa-2035/) en ondes gravitationnelles spatiales pourrait confirmer définitivement leurs masses révisées. Si les masses mesurées par LISA concordent avec les estimations de Rusakov, le modèle du cocon ionisé deviendra difficilement contestable. En attendant, chaque nouveau cycle d'observation du JWST ajoute des little red dots au catalogue. La question n'est plus "qu'est-ce que c'est ?". C'est "combien y en a-t-il, et que deviennent-ils ?". La réponse à cette question redessinera notre compréhension de la croissance des structures dans l'univers primordial. Et pour une fois, on a les instruments pour la chercher. ## Sources - https://ui.adsabs.harvard.edu/abs/2026Natur.649..574R/abstract - https://nbi.ku.dk/english/news/news26/copenhagen-researchers-make-the-front-page-of-nature-solving-the-mystery-of-the-universes-little-red-dots/ - https://phys.org/news/2026-01-mystery-universe-red-dots.html - https://www.sciencedaily.com/releases/2026/01/260115022801.htm - https://phys.org/news/2026-02-red-dots-webb-collapse-black.html - https://science.nasa.gov/missions/webb/newfound-galaxy-class-may-indicate-early-black-hole-growth-webb-finds/ --- ## PMR 1 : le JWST photographie une étoile en train de mourir - URL: https://www.portail-astronomie.fr/nebuleuse-pmr1-cerveau-cosmos-jwst-infrarouge/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-08T06:00:00 - Categories: ciel-profond Le 25 février 2026, le STScI a publié deux images de PMR 1 prises par le JWST. Une en NIRCam, l'autre en MIRI. Ce qu'elles montrent : une étoile mourante qui a éjecté ses couches externes et sculpte autour d'elle une structure que personne n'avait vue avec cette netteté. Un couloir sombre vertical fend la nébuleuse en deux hémisphères. Des jets jumeaux asymétriques percent la coquille de gaz. Et au centre, une étoile de type Wolf-Rayet qui ne ressemble pas à ce qu'on associe d'habitude à cette classification. PMR 1 vient de passer du statut de curiosité cataloguée à celui d'objet qu'on regarde vraiment. ## Ce que les images révèlent PMR 1 porte aussi le nom d'Exposed Cranium Nebula, la nébuleuse du Crâne Exposé. Le surnom vient de sa morphologie en lumière visible, vaguement crânienne. En infrarouge, l'objet est plus complexe que ce que le visible laissait deviner. L'image NIRCam (filtres F150W, F187N, F444W, F470N) montre une coquille d'hydrogène externe, expulsée en premier lors de la phase d'éjection. Le couloir sombre central est net, vertical, et divise la nébuleuse de façon presque symétrique. Derrière cette coquille, un nuage de gaz mixte interne présente des structures plus fines, plus tortueuses. Le fond de l'image est criblé d'étoiles et de galaxies lointaines que Spitzer n'avait jamais résolues. La profondeur de champ du JWST transforme une nébuleuse planétaire locale en fenêtre sur l'univers profond. L'image MIRI (F1000W, F1130W, F1280W, F1800W) raconte autre chose. La poussière devient proéminente. Les jets bipolaires, à peine visibles en NIRCam, sautent aux yeux. Deux jets opposés, asymétriques. Un plus brillant que l'autre, des textures différentes d'un côté à l'autre. Cette asymétrie trahit une évolution temporelle du flux d'éjection. Le moteur central ne crache pas de manière constante. Il pulse, il varie, et les jets en gardent la trace. L'observation date des 30 et 31 mars 2025. Le traitement des données a été réalisé par Joseph DePasquale au STScI. Crédits : NASA, ESA, CSA, STScI. Le programme d'observation porte le numéro 9224, piloté par M. Garcia Marin. L'image a été sélectionnée comme APOD le 9 mars 2026. ## L'étoile au centre n'est pas ce qu'on croit Quand on lit "Wolf-Rayet" dans la classification d'une étoile, on pense spontanément aux monstres. Des étoiles massives, vingt-cinq masses solaires ou plus, qui brûlent leur hydrogène à un rythme dément et finissent en supernovae. L'étoile centrale de PMR 1 est classée [WC4:], avec les crochets. Ces crochets changent tout. Une étoile [WC] est une étoile de faible masse, comparable au Soleil, qui a perdu son enveloppe d'hydrogène en fin de vie. Elle montre un spectre similaire aux vraies Wolf-Rayet massives (raies d'émission du carbone), mais par un mécanisme complètement différent. Ce n'est pas un monstre en train d'exploser. C'est une étoile ordinaire en train de mourir tranquillement, exposant son noyau riche en carbone après avoir soufflé ses couches externes sous forme de nébuleuse planétaire. PMR 1 se situe à environ 5 000 années-lumière, dans la constellation de la Voile (Vela). Diamètre estimé : 3,2 années-lumière, soit 2,2 minutes d'arc sur le ciel. Quentin Parker, David Morgan et Denise Russeil l'ont identifiée en 2001. La première observation infrarouge significative venait de Spitzer, vers 2013. Mais Spitzer à côté du JWST, c'est comparer une photo de vacances à un scan médical. Le destin de cette étoile reste incertain. La NASA indique que la masse n'a pas encore été déterminée. Si elle est suffisante, supernova. Sinon, naine blanche. L'absence de paper peer-reviewed à ce stade empêche de trancher. Sur ce point, je reste prudent. Les communiqués NASA sont fiables sur les observations, moins sur les interprétations prospectives. ## Le couloir sombre et ce qu'il dit de la géométrie La structure la plus frappante de PMR 1, c'est ce couloir sombre central. Visible en NIRCam comme en MIRI. Il fend la nébuleuse verticalement et crée l'impression de deux hémisphères séparés. C'est de là que vient le surnom de "crâne" : deux lobes, une fissure au milieu. L'explication la plus probable : une région équatoriale dense qui bloque les émissions provenant de l'arrière-plan de la nébuleuse. C'est un phénomène connu dans les nébuleuses planétaires bipolaires. L'étoile éjecte préférentiellement dans deux directions opposées (les pôles), tandis que le plan équatorial reste plus dense, plus opaque. Le couloir sombre est l'ombre de ce disque équatorial vu par la tranche. Les jets bipolaires renforcent cette lecture. Ils partent du centre dans des directions opposées, perpendiculaires au couloir sombre. L'asymétrie entre les deux jets pose question. Un jet plus lumineux, l'autre plus diffus. Ça peut venir d'une différence de densité dans le milieu interstellaire que chaque jet traverse. Ça peut aussi indiquer que l'éjection n'a pas été simultanée des deux côtés. Je n'ai pas trouvé de réponse définitive dans les données publiées, et le paper du programme 9224 n'est pas encore sorti. PMR 1 rappelle le cas de [Gamma Cas observée par XRISM](/xrism-gamma-cas-naine-blanche-mystere-50-ans/). Même schéma : un instrument de nouvelle génération pointe vers un objet catalogué, et la complexité qu'il révèle n'a rien à voir avec ce qu'on croyait savoir. À chaque saut en résolution, l'univers se montre plus structuré qu'on ne l'imaginait. ## Pourquoi le JWST change tout pour les nébuleuses planétaires Les nébuleuses planétaires sont des objets transitoires. Elles durent quelques dizaines de milliers d'années, un clin d'œil cosmique. Leur structure interne, les jets, les coquilles, les nœuds de gaz, tout ça évolue sur des échelles de temps courtes en astrophysique. Pour les étudier correctement, il faut de la résolution spatiale et de la couverture spectrale dans l'infrarouge. Hubble voyait les nébuleuses planétaires en visible et en ultraviolet. Le JWST les voit dans l'infrarouge moyen et proche, là où la poussière et les molécules complexes émettent. La différence est flagrante quand on compare les images Spitzer de PMR 1 avec celles du JWST. Spitzer voyait une tache allongée. Le JWST voit des filaments, des jets, un couloir sombre, des variations de densité dans la coquille. C'est le même objet. C'est un autre monde d'informations. La [nébuleuse du Crabe vue par Hubble](/hubble-nebuleuse-crabe-25-ans-expansion/) montrait déjà l'intérêt d'un suivi à long terme d'un objet en expansion. Avec le JWST, ce type de suivi devient possible en infrarouge, sur des objets beaucoup plus distants et beaucoup moins brillants. PMR 1 en est l'exemple. Cinq mille années-lumière, 2,2 arcmin de diamètre apparent, invisible à l'œil nu, et pourtant le JWST en extrait des détails structurels dignes d'un objet dix fois plus proche. Pour les chasseurs de signaux faibles dans des systèmes stellaires proches, le JWST ouvre aussi des perspectives. Les [observations de Proxima b](/jwst-signal-radio-regulier-proxima-b/) et les [comparaisons Hubble-Webb sur Saturne](/webb-hubble-saturne-infrarouge-visible-2026/) confirment que l'infrarouge spatial est devenu l'outil de référence. Même les [galaxies fantômes comme Cloud 9](/cloud-9-galaxie-ratee-matiere-noire-hubble-relhic/) bénéficient de cette capacité à sonder ce que le visible ignore. PMR 1 est une étoile ordinaire en train de mourir à cinq mille années-lumière. Le genre d'objet qu'un catalogue aurait enterré. Le fait qu'on puisse maintenant voir ses jets pulser, son couloir sombre dessiner une géométrie bipolaire, et sa coquille d'hydrogène se fragmenter en temps quasi-réel, ça ne change rien au destin de cette étoile. Mais ça change ce qu'on sait en regarder. ## Sources - https://science.nasa.gov/missions/webb/nasas-webb-examines-cranium-nebula/ - https://science.nasa.gov/asset/webb/exposed-cranium-nebula-nircam-and-miri-images/ - https://www.sci.news/astronomy/webb-pmr-1-planetary-nebula-14589.html - https://www.universetoday.com/articles/the-cosmic-brain-as-seen-by-the-jwst - https://en.wikipedia.org/wiki/Exposed_Cranium_nebula - https://apod.nasa.gov/apod/ap260309.html --- ## Artemis II : le bouclier thermique va-t-il tenir ? - URL: https://www.portail-astronomie.fr/artemis-ii-bouclier-thermique-rentree-atmospherique/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-07T16:30:00 - Categories: exploration-spatiale Le 1er avril 2026, quatre astronautes ont décollé du Kennedy Space Center à bord d'Orion. Reid Wiseman, Victor Glover, Christina Koch, Jeremy Hansen. Leur splashdown est prévu le 10 avril dans le Pacifique, au large de San Diego. Et il y a un truc qui me travaille depuis des mois : le bouclier thermique qui doit les ramener vivants a déjà montré des signes de faiblesse. Sur Artemis I, en 2022, le bouclier a perdu de la matière. Pas un peu. Plus de 100 emplacements touchés par des éclats de matériau charbonné. La NASA a identifié le problème, lancé 121 tests thermiques sur 8 campagnes, et décidé de ne pas remplacer le bouclier pour Artemis II. Le même bouclier. Avec des humains dedans cette fois. Autant le dire : c'est le genre de décision qui mérite qu'on la décortique. ## Le problème : un bouclier qui s'effrite quand il ne devrait pas Pour comprendre ce qui s'est passé sur [Artemis I et pourquoi la mission Artemis II](/artemis-ii-lancement-imminent-equipage-lune-2026) est sous tension, il faut parler d'AVCOAT. C'est le matériau ablatif qui protège la capsule Orion pendant la rentrée atmosphérique. Une résine époxy novolac avec des fibres de silice, le tout dans une matrice honeycomb en fibre de verre-phénolique. Le principe est simple : le matériau se consume pour absorber la chaleur. Il brûle pour que l'équipage ne brûle pas. Le bouclier d'Orion fait 5 mètres de diamètre, le plus grand bouclier ablatif jamais utilisé sur un vaisseau habité. Il est composé de 186 blocs usinés, fixés par 68 boulons. Pour comparaison, les capsules Apollo utilisaient 370 000 cellules remplies à la main, un processus qui prenait 6 mois. La version Orion a été reformulée en 2009 pour respecter la législation environnementale, ce qui n'est pas anodin : on ne parle pas exactement du même matériau que celui qui a ramené les équipages Apollo. La rentrée, c'est violent. On parle de vitesses autour de 40 000 km/h, Mach 32, avec des températures pouvant atteindre 5 000 °F (2 760 °C) sur la surface du bouclier. En 20 minutes environ, la capsule passe de Mach 32 à zéro. Le bouclier doit encaisser ça sans que la température intérieure devienne un problème. Sur Artemis I, la cabine est restée dans les mid-70s°F, soit environ 23 °C. Le bouclier a fait son boulot thermiquement. Le problème, c'est qu'il l'a fait en perdant des morceaux. L'anomalie identifiée par la NASA porte un nom technique : le spalling. Des zones de l'AVCOAT, insuffisamment perméables, ont piégé les gaz d'ablation. Surpression interne, fissures, éjection de matériau charbonné par éclats. Plus de 100 emplacements touchés, une ablation irrégulière non prévue par les modèles. La cause racine, selon la NASA : l'imperméabilité locale de l'AVCOAT a provoqué une accumulation de gaz, amplifiée par la trajectoire de skip entry utilisée sur Artemis I. ## La skip entry : la trajectoire qu'on a abandonnée La skip entry, c'était la trajectoire signature d'Orion. Développée par Lockheed Martin, elle consistait en deux plongées : une première dans la haute atmosphère pour freiner, puis un rebond sur la portance du vaisseau (ratio L/D d'environ 0,35), suivi d'une deuxième plongée finale. L'avantage : une portée d'environ 8 891 km contre environ 2 776 km pour Apollo, avec une précision d'amerrissage annoncée "au pied d'un terrain de foot". Le problème avec cette trajectoire, c'est le temps entre les deux plongées. Le taux de chauffe réduit pendant la phase de rebond a laissé aux gaz d'ablation le temps de s'accumuler dans les zones imperméables de l'AVCOAT. Quand la deuxième plongée a repris avec son lot de chaleur, la surpression a fait sauter les éclats. Pour Artemis II, la NASA a éliminé la skip entry. Elle est remplacée par un loft maneuver à angle plus raide, qui réduit le temps passé dans l'environnement de chauffe. L'idée : si on diminue la fenêtre d'accumulation de gaz, on réduit le risque de spalling. C'est logique sur le papier. (En relisant les rapports techniques là-dessus, je me suis retrouvé à penser à Columbia. Pas parce que c'est la même situation, loin de là. Mais parce que le schéma de raisonnement, "on a identifié le problème, on a ajusté le profil, ça devrait aller", c'est exactement le type de logique qui demande une rigueur absolue dans la validation. Charles Camarda, ancien directeur Engineering du Johnson Space Center et astronaute de STS-114, la mission de retour en vol post-Columbia, accuse d'ailleurs la NASA de répéter les schémas décisionnels de Columbia et Challenger. C'est quelqu'un qui sait de quoi il parle.) Le prix de cet abandon : environ 50 % des créneaux de lancement éliminés par la contrainte de trajectoire modifiée. C'est un compromis sérieux. Mais entre un créneau de lancement et la sécurité de l'équipage, le choix se fait vite. ## La décision de voler tel quel Voilà le point qui crispe. La NASA a décidé de ne pas remplacer le bouclier thermique d'Artemis II. Le même bouclier, avec le même AVCOAT. L'argument : les 121 tests thermiques sur 8 campagnes ont permis de comprendre le mécanisme du spalling, et le changement de trajectoire (abandon de la skip entry pour le loft maneuver) est censé compenser le risque. Paul Hill, ancien flight director de la NASA, a mené une revue indépendante. Vote unanime pour voler tel quel. Sa conclusion : le risque est "negated by the modified re-entry profile". Je veux bien le croire, mais il y a un détail qui complique les choses. Selon certaines analyses indépendantes, le bouclier d'Artemis II serait moins perméable que celui d'Artemis I. Moins perméable signifie potentiellement plus de gaz piégés, donc un risque de surpression plus élevé. La réduction du temps dans l'environnement de chauffe via le loft maneuver est censée compenser cet effet. Censée. Le rapport de l'inspecteur général de la NASA (OIG) de mai 2024 ne mâche pas ses mots : l'anomalie du bouclier "pose significant risks to the safety of the crew". L'expert en matériaux Ed Pope estime le risque de défaillance entre "one out of five to one out of 50". Même en prenant l'estimation basse, un sur cinquante, c'est un chiffre qui donne à réfléchir quand il y a quatre personnes dans la capsule. Là-dessus, je n'ai pas de certitude. Je lis les mêmes rapports que tout le monde. La NASA dit que c'est sûr. Des experts externes disent que c'est risqué. La vérité, on la connaîtra le 10 avril quand la capsule aura amerri, ou pas. ## Ce qui se passe concrètement le 10 avril Le splashdown est prévu le 10 avril 2026 à 20h07 EDT, soit 00h07 UTC le 11 avril, dans le Pacifique au large de San Diego. La capsule Orion va rentrer dans l'atmosphère à environ 120 km d'altitude, à une vitesse d'environ 40 000 km/h. Le bouclier doit encaisser des températures pouvant atteindre 2 760 °C, puis la capsule décélère jusqu'à environ 325 mph avant le déploiement des parachutes : 2 drogues à 25 000 pieds, puis 3 parachutes principaux de 116 pieds à 9 500 pieds d'altitude. Vitesse au contact de l'eau : environ 27 km/h. Entre le moment où [les quatre astronautes d'Artemis II](/artemis-ii-survol-lune-avril-2026) commencent leur rentrée et le moment où ils touchent l'eau, il se passe 20 minutes. 20 minutes pendant lesquelles le bouclier fait, ou ne fait pas, son travail. Le 6 avril, la capsule a d'ailleurs battu le record de distance humaine : 406 771 km, dépassant les 400 171 km d'Apollo 13. L'équipage est là-haut en ce moment. Victor Glover, premier homme de couleur au-delà de l'orbite basse. Christina Koch, première femme au-delà de l'orbite basse. Jeremy Hansen, premier non-Américain au-delà de l'orbite basse. Reid Wiseman aux commandes. Et dans trois jours, ils rentrent. Avec un bouclier qui a déjà perdu des morceaux lors de son seul vol précédent. La NASA parie que le changement de trajectoire suffit. Les critiques pensent que c'est un pari. En pratique, personne ne le saura tant que la capsule n'aura pas amerri. Pour les missions futures, une nouvelle formulation de l'AVCOAT est prévue pour Artemis III, avec une perméabilité améliorée. Si la NASA veut un jour [envoyer des humains vers Mars avec la propulsion nucléaire](/propulsion-nucleaire-electrique-nasa-mars-2028), il faudra bien résoudre le problème du bouclier d'abord. Ce qui revient à admettre, en creux, que le matériau actuel n'est pas optimal. En attendant le 10 avril, tout ce qu'on peut faire, c'est regarder le ciel et espérer que les ingénieurs ont eu raison. ## Sources - https://www.nasa.gov/missions/artemis/nasa-identifies-cause-of-artemis-i-orion-heat-shield-char-loss/ - https://www.nasa.gov/news-release/nasa-shares-orion-heat-shield-findings-updates-artemis-moon-missions/ - https://www.lockheedmartin.com/en-us/news/features/2022/orion-skip-maneuver.html - https://www.thespacereview.com/article/4907/1 - https://www.scientificamerican.com/article/nasas-artemis-ii-moon-mission-engulfed-by-debate-over-its-controversial-heat/ - https://en.wikipedia.org/wiki/AVCOAT --- ## Lyrides 2026 : observer la pluie de météores de Halley - URL: https://www.portail-astronomie.fr/lyrides-avril-2026-pluie-etoiles-filantes-comete-thatcher-observation/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-07T05:00:00 - Categories: evenements-celestes Cette année, les Lyrides tombent pile au bon moment. Nouvelle Lune le dix-sept avril, croissant résiduel à six pour cent le soir du pic. Traduction : le ciel sera noir. Pour une pluie de météores printanière souvent éclipsée par les Perséides d'août, c'est le genre de fenêtre qu'on n'a pas eue depuis plusieurs années. Voici ce qu'il faut savoir pour en profiter, sans se raconter d'histoires sur les chiffres. ## La nuit à ne pas rater Le pic d'activité est prévu le vingt-deux avril, entre dix-neuf heures quinze et vingt heures UTC. En heure française, ça donne vingt et une heures quinze à vingt-deux heures. Mais le créneau réellement exploitable est plus large : la nuit du vingt et un au vingt-deux avril, entre deux heures et cinq heures du matin, quand le radiant est haut dans le ciel et que la Lune a disparu sous l'horizon depuis longtemps. Le radiant se situe dans la constellation de la Lyre, près de Véga, la cinquième étoile la plus brillante du ciel. En France, Véga se lève vers vingt heures trente. Mais les météores ne sortent pas que du radiant. Ils peuvent apparaître n'importe où dans le ciel. La direction à regarder, c'est : partout. Allongé sur le dos, couverture, yeux vers le zénith, patience. Combien de météores ? Le taux horaire zénithal nominal est de dix-huit par heure. En conditions réelles, sous un ciel correctement sombre et loin de la pollution lumineuse, on peut espérer entre dix et quinze. C'est modeste comparé aux Géminides ou aux [Éta Aquariides qui arrivent en mai](/eta-aquariides-mai-2026-observation-comete-halley-guide/), mais les Lyrides compensent par la qualité : des météores lumineux, autour de la magnitude plus deux, à quarante-neuf kilomètres par seconde, avec des traînées ionisées persistantes. Des boules de feu sont possibles. Pas fréquentes, mais quand une Lyride explose, on s'en souvient. ## Pourquoi cette pluie est unique Les Lyrides sont la plus ancienne pluie de météores documentée par l'humanité. En 687 avant notre ère, des observateurs chinois ont consigné dans le Zuo Zhuan que des "étoiles tombaient comme la pluie". Ça fait environ deux mille sept cents ans d'observations continues. Aucune autre pluie ne peut revendiquer cet historique. L'autre particularité : la comète mère. La plupart des grandes pluies de météores proviennent de comètes à courte période. Les Perséides viennent de Swift-Tuttle, période environ cent trente-trois ans. Les Géminides, c'est encore plus bizarre, elles viennent d'un astéroïde. Les Lyrides, elles, sont alimentées par la comète C/1861 G1 Thatcher, découverte le cinq avril 1861 par A.E. Thatcher depuis New York. Période orbitale : environ quatre cent quinze ans. Une excentricité de 0,983 qui donne une orbite presque parabolique, avec un périhélie à 0,921 UA du Soleil. Le prochain passage de Thatcher est attendu aux alentours de 2283. Personne dans cette pièce ne le verra. C'est la seule pluie annuelle majeure issue d'une comète à si longue période. Et c'est ce qui rend les Lyrides à la fois frappantes et un peu imprévisibles. ## Les sursauts qui cassent les modèles En temps normal, les Lyrides sont une pluie tranquille. Dix-huit météores par heure, régulière, sans surprise. Mais de temps en temps, elles explosent. En 1803, à Richmond en Virginie, des résidents alarmés ont compté environ sept cents météores par heure entre une heure et trois heures du matin. En 1922, le taux a atteint quatre-vingt-dix par heure. En 1982, les observations américaines rapportent des pics pouvant aller jusqu'à deux cent cinquante météores en quinze minutes selon certaines sources, quatre-vingt-dix par heure en moyenne selon d'autres. Les données divergent, ce qui est classique pour des observations visuelles de cette époque. Je ne sais pas quoi penser du cycle de soixante ans qu'on voit parfois mentionné pour ces outbursts. Les données sont trop éparses et trop anciennes pour en tirer une périodicité fiable. Certaines estimations pointent vers un prochain sursaut aux alentours de 2042, mais c'est spéculatif. En 2026, rien ne laisse présager un outburst. On est sur du nominal. ## Comment observer concrètement Pas besoin de matériel. Les jumelles sont inutiles pour les météores : champ trop étroit, vous allez rater les trois quarts du spectacle. L'œil nu, c'est le meilleur instrument ici. La méthode : - S'éloigner des villes. La pollution lumineuse tue les Lyrides faibles. - S'installer allongé. Un transat, une couverture au sol. La nuque va souffrir si vous restez debout à regarder en l'air. - Laisser les yeux s'adapter à l'obscurité pendant quinze à vingt minutes. Pas de téléphone, pas de lampe blanche. Si besoin, une lampe rouge. - Regarder large, pas directement vers Véga. Les météores les plus longs apparaissent loin du radiant. - Être patient. Les Lyrides ne tombent pas en continu. Il y a des creux de plusieurs minutes, puis deux ou trois d'un coup. C'est normal. Si vous avez déjà observé le ciel dans de bonnes conditions, comme lors de [l'éclipse solaire totale prévue en août](/eclipse-solaire-totale-12-aout-2026-europe-guide-observation/), vous connaissez le principe : le premier quart d'heure est toujours le plus frustrant, avant que les yeux ne s'ajustent. ## Thatcher, la comète fantôme La comète mère des Lyrides mérite qu'on s'y arrête un instant. C/1861 G1 a été observée pendant quelques semaines au printemps 1861, puis elle a disparu dans le noir. Son orbite très elliptique l'emmène aux confins du Système solaire, bien au-delà de Neptune, dans une boucle qui dure plus de quatre siècles. Elle est actuellement quelque part là-bas, invisible, inatteignable par nos instruments actuels. Ce qu'on observe chaque avril, ce sont les résidus de ses passages passés. Des grains de poussière libérés il y a des siècles, peut-être des millénaires, qui dérivent lentement le long de l'orbite et que la Terre traverse chaque année entre le quatorze et le trente avril. Ces grains percutent l'atmosphère à quarante-neuf kilomètres par seconde et brûlent entre quatre-vingts et cent vingt kilomètres d'altitude. En ce moment, j'ai un faible pour ces objets qu'on ne verra jamais directement mais dont on observe les traces chaque année. Il y a quelque chose de vertigineux là-dedans. [La comète C/2026 A1 MAPS qui vient de frôler le Soleil](/comete-c2026-a1-maps-froleur-soleil-observation-avril/), on pouvait au moins pointer un instrument dessus. Thatcher, non. On ne fait que ramasser ses miettes. ## Ce que 2026 ne sera pas Soyons clairs : les Lyrides 2026 ne seront pas un feu d'artifice. Dix à quinze météores par heure sous un bon ciel, c'est un spectacle calme. Les médias qui titrent sur des "pluies spectaculaires" chaque année font du tort à l'astronomie amateur. Les gens sortent, voient trois étoiles filantes en une heure, et se sentent arnaqués. La réalité du terrain : une bonne nuit de Lyrides, c'est une dizaine de traits lumineux, dont deux ou trois vraiment beaux, sur fond de Voie lactée si le site est bon. C'est suffisant. C'est même notable quand on réalise que ces photons viennent d'un grain de poussière vieux de plusieurs siècles qui vient de mourir à cent kilomètres au-dessus de nos têtes. Les conditions lunaires de cette année sont les meilleures possibles. Ça ne change pas le nombre de météores, mais ça change tout ce qu'on peut voir. Les traînées faibles, les météores de magnitude trois ou quatre qui disparaissent normalement dans le clair de Lune, cette année ils seront visibles. C'est la vraie bonne nouvelle. ## Sources - [EarthSky, Lyrid meteor shower guide](https://earthsky.org/astronomy-essentials/everything-you-need-to-know-lyrid-meteor-shower/) - [Time and Date, Lyrids meteor shower](https://www.timeanddate.com/astronomy/meteor-shower/lyrids.html) - [NASA, comet C/1861 G1 Thatcher](https://science.nasa.gov/solar-system/comets/c-1861-g1-thatcher/) - [Wikipedia, Lyrids](https://en.wikipedia.org/wiki/Lyrids) - [In-The-Sky.org, Lyrid meteor shower 2026](https://in-the-sky.org/news.php?id=20260422_10_100) - [Space.com, Lyrid meteor shower guide](https://www.space.com/36381-lyrid-meteor-shower-guide.html) --- ## Disques protoplanétaires : ALMA et JWST en première ligne - URL: https://www.portail-astronomie.fr/disques-protoplanetaires-naissance-systemes-solaires/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-06T05:00:00 - Categories: ciel-profond Les disques protoplanétaires ne sont plus des objets théoriques. ALMA et le JWST les photographient avec une résolution qui aurait semblé absurde il y a quinze ans. Anneaux concentriques, lacunes creusées par des planètes en formation, vapeur d'eau détectée pile là où des exoterres pourraient naître. La conclusion est nette : on regarde la naissance de systèmes solaires en temps réel. ## Ce que montrent les images En 2018, le programme DSHARP d'ALMA a observé vingt disques protoplanétaires proches avec une résolution de quelques unités astronomiques. Résultat publié dans dix articles de l'Astrophysical Journal Letters : des anneaux et des lacunes concentriques apparaissent dans la quasi-totalité des disques étudiés. Des spirales à grande échelle et des arcs aussi, mais plus rares. Ces structures se trouvent à des distances allant de quelques UA à plus de cent UA de l'étoile hôte. L'image la plus célèbre reste celle de HL Tau, captée par ALMA en 2014. Une étoile d'environ un million d'années, à quatre cent cinquante-sept années-lumière dans le Taureau. Les anneaux concentriques séparés par des lacunes nettes suggèrent que des planètes de la taille de Jupiter, ou plus petites, sont déjà en train de balayer leur orbite. Un million d'années. Très jeune. Ça signifie que la formation planétaire démarre bien plus tôt que ce que les modèles prédisaient il y a dix ans. Puis il y a PDS 70. ALMA a détecté un disque circumplanétaire autour d'une exoplanète confirmée dans ce système. Un disque de poussière qui entoure non pas l'étoile, mais la planète elle-même. C'est le premier site de formation de satellite jamais observé autour d'une exoplanète. On ne parle plus de théorie : on voit un système planétaire se construire pièce par pièce. Pour ceux qui s'intéressent aux observations récentes avec le télescope spatial, [le double regard Webb-Hubble sur Saturne](/webb-hubble-saturne-infrarouge-visible-2026/) montre bien la complémentarité infrarouge-visible qui fait toute la force de cette nouvelle génération d'instruments. ## AGE-PRO : trente disques, trois régions, une surprise En juin 2025, le programme AGE-PRO (ALMA Survey of Gas Evolution of PROtoplanetary Disks) a publié ses résultats dans douze articles d'un numéro spécial de l'Astrophysical Journal. Trente disques protoplanétaires autour d'étoiles de faible à moyenne masse (types M3 à K6), observés dans trois régions de formation stellaire : Ophiuchus, Lupus et Upper Scorpius. Des âges allant de moins d'un million à plus de cinq millions d'années. Le fait principal : le gaz et la poussière n'évoluent pas au même rythme dans ces disques. Les disques de moins d'un million d'années contiennent typiquement plusieurs masses de Jupiter en gaz. Ce chiffre chute sous une masse de Jupiter dans les systèmes plus vieux. La vraie surprise, selon Ke Zhang, investigateur principal du programme : les disques qui survivent au-delà de quelques millions d'années contiennent plus de gaz que prévu. En clair, les planètes qui se forment tardivement dans la vie d'un disque ont accès à plus de matière atmosphérique qu'on ne le pensait. Ça change les modèles d'atmosphères planétaires. Je passe pas mal de temps à lire les communiqués de presse des observatoires. Sur ce coup-là, le papier d'AGE-PRO m'a surpris. J'aurais parié que les vieux disques seraient des coquilles vides. C'est l'inverse. ## Le JWST entre dans la danse ALMA excelle dans le millimétrique et le submillimétrique : les parties externes des disques, la poussière froide. Le JWST, lui, travaille en infrarouge. Il voit les parties internes des disques, là où la chimie est plus riche et où les planètes rocheuses se forment. Le programme JDISCS (JWST Disk Infrared Spectral Chemistry Survey) a observé trente et un disques avec l'instrument MIRI. Résultat : l'émission de vapeur d'eau, de monoxyde de carbone, d'hydroxyle et d'acétylène est quasi omniprésente autour des étoiles de faible masse. Quatre disques compacts (GK Tau, CI Tau, IQ Tau, HP Tau) montrent un excès de vapeur d'eau froide, à des températures inférieures à deux cent cinquante kelvins. Ces signatures tracent la ligne de glace de l'eau, la frontière au-delà de laquelle l'eau gèle dans le disque. Le JWST a aussi détecté de la vapeur d'eau dans la zone terrestre du système PDS 70, à moins de cent soixante millions de kilomètres de l'étoile. C'est la première détection d'eau dans la région où des planètes rocheuses pourraient se former, dans un système où deux protoplanètes sont déjà confirmées. L'eau est là où il faut, au bon moment. Et puis il y a HH 30, un disque protoplanétaire vu par la tranche dans le nuage moléculaire du Taureau. Le JWST a révélé en février 2025 des détails inédits sur les jets bipolaires et le vent de disque qui entourent cette structure. Des streamers de matière qui alimentent le disque depuis l'enveloppe protostellaire externe. On voit la matière tomber vers la zone de construction. Pas une simulation. Les données brutes. Pour une autre détection récente qui repousse les limites de nos instruments, [l'observation par XRISM du vent galactique de M82](/xrism-vent-galactique-m82-mesure-2026/) illustre comment la spectroscopie X complète le tableau infrarouge et millimétrique. ## Deux mécanismes, un débat qui dure Comment une planète se forme-t-elle concrètement dans ces disques ? Deux modèles coexistent. L'accrétion de noyau, d'abord. Des grains de poussière s'agglomèrent, grossissent, forment un noyau rocheux. Quand ce noyau atteint une masse critique, il capture le gaz environnant par gravité. C'est le scénario dominant pour les planètes jusqu'à quelques masses de Jupiter. Le problème : il fonctionne surtout dans les régions proches de l'étoile, là où la densité de matière est élevée. L'instabilité gravitationnelle, ensuite. Quand la masse du disque dépasse environ dix pour cent de la masse stellaire, le disque lui-même devient instable. Des bras spiraux se développent, la densité locale explose, et des fragments peuvent s'effondrer directement pour former des géantes gazeuses ou des naines brunes. Ce mécanisme opère principalement dans les régions externes, à grande distance de l'étoile, là où l'accrétion de noyau est trop lente. Les observations directes d'exoplanètes massives sur des orbites très éloignées, détectées par imagerie directe, soutiennent l'idée que l'instabilité gravitationnelle joue un rôle réel. Ces planètes sont extrêmement difficiles à expliquer par accrétion de noyau seule. Je ne sais pas quel mécanisme domine. Les données arrivent plus vite que les modèles ne se mettent à jour. ## Dix millions d'années, pas plus Un disque protoplanétaire ne dure pas éternellement. La durée de vie médiane estimée se situe quelque part entre deux et dix millions d'années selon les études, avec une fourchette extrême de un à vingt millions d'années. Le plus vieux disque jamais détecté a vingt-cinq millions d'années, mais c'est un cas extrême. Les disques autour d'étoiles massives se dissipent jusqu'à deux fois plus vite que ceux autour d'étoiles de faible masse. La dissipation elle-même suit un scénario en deux temps : l'accrétion de gaz sur l'étoile ralentit, puis les photons ultraviolets de l'étoile balaient ce qui reste par photoévaporation. Le modèle dit du "UV switch". Quand l'accrétion s'arrête, la photoévaporation nettoie le disque en quelques centaines de milliers d'années. Dix millions d'années pour construire un système planétaire complet. C'est un délai court. Ça explique pourquoi les structures d'ALMA dans des disques d'un million d'années sont si importantes : la formation planétaire doit démarrer tôt, sinon le matériau de construction disparaît. Pour comprendre comment [la mission Plato traquera les exoterres](/plato-26-cameras-tests-cryovide-estec-2026/) nées dans ces disques, il faut d'abord comprendre les conditions dans lesquelles elles se forment. C'est exactement ce que font ALMA et le JWST. ## Ce que ça change Avant ALMA et le JWST, la formation planétaire était un exercice de modélisation. On partait des équations, on testait des scénarios numériques, on comparait les résultats aux populations d'exoplanètes connues. Aujourd'hui, on observe directement les mécanismes en action. Des anneaux sculptés par des planètes embryonnaires, du gaz qui persiste bien au-delà des prédictions. Et de l'eau pile là où des terres se formeraient. Le programme DSHARP a montré en 2018 que les structures étaient universelles. AGE-PRO a montré en 2025 que le gaz persiste plus longtemps que les modèles ne le prédisaient. Le JWST ajoute la chimie interne, la vapeur d'eau, les compositions moléculaires que le millimétrique seul ne peut pas voir. ALMA donne le squelette, le JWST ajoute la chimie. Combinés, c'est l'histoire complète d'un système solaire en construction. La prochaine étape, c'est le suivi JWST des dix-sept disques DSHARP. Combiner la résolution millimétrique externe d'ALMA avec la spectroscopie infrarouge interne du JWST sur les mêmes cibles. C'est en cours. Les premiers résultats arrivent. Si les données confirment ce que les observations préliminaires suggèrent, on aura pour la première fois un portrait complet d'un disque protoplanétaire, des régions internes brûlantes aux frontières froides. Du jamais vu. ## Sources - NRAO, "ALMA Reveals Lives of Planet-Forming Disks" (AGE-PRO, juin 2025) : https://public.nrao.edu/news/alma-planet-forming-disks/ - NRAO, "The Epoch of Planet Formation, Times Twenty" (DSHARP, 2018) : https://public.nrao.edu/news/2018-alma-survey-disks/ - ESO, "Revolutionary ALMA Image Reveals Planetary Genesis" (HL Tau, 2014) : https://www.eso.org/public/news/eso1436/ - University of Arizona, "Webb telescope takes its first images of forming planetary systems" : https://news.arizona.edu/news/webb-telescope-takes-its-first-images-forming-planetary-systems - NASA Science, "Water in Protoplanetary Disk of PDS 70" (JWST MIRI) : https://science.nasa.gov/asset/webb/water-in-protoplanetary-disk-of-pds-70-miri-emission-spectrum/ - Nature Astronomy, "Resolved ALMA observations of water in the inner AU of HL Tau" : https://www.nature.com/articles/s41550-024-02207-w - phys.org, "Webb investigates dusty and dynamic protoplanetary disk HH 30" (février 2025) : https://phys.org/news/2025-02-webb-dusty-dynamic-protoplanetary-disk.html - MIT EAPS, "Evidence for planetary formation through gravitational instability" : https://eaps.mit.edu/news-impact/3-questions-evidence-for-planetary-formation-through-gravitational-instability/ - AAS Nova, "Planets May Have More Time to Form Than Previously Thought" : https://aasnova.org/2022/11/21/planets-may-have-more-time-to-form-than-previously-thought/ - Wikipedia, "Protoplanetary disk" (durée de vie, dissipation) : https://en.wikipedia.org/wiki/Protoplanetary_disk --- ## C/2026 A1 MAPS frôle le Soleil à 161 000 km en avril 2026 - URL: https://www.portail-astronomie.fr/comete-c2026-a1-maps-froleur-soleil-observation-avril/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-05T05:00:00 - Categories: systeme-solaire Le quatre avril 2026, vers quatorze heures vingt-deux UTC, un caillou glacé d'environ quatre cents mètres de diamètre passe à cent soixante et un mille kilomètres de la surface du Soleil. C'est la distance Terre-Lune divisée par deux et demie. A cette distance, le rayonnement solaire est absolument dévastateur. La question que tout le monde se pose depuis janvier : est-ce que C/2026 A1 (MAPS) va ressortir de l'autre côté en un seul morceau ? Spoiler : personne ne le sait. Et c'est justement ce qui rend cette comète frappante. ## Une découverte qui casse les records Le treize janvier 2026, à une heure quarante et une du matin heure locale, depuis l'observatoire AMACS1 à San Pedro de Atacama au Chili, quatre personnes repèrent un point faible dans le champ d'un télescope Schmidt de vingt-huit centimètres. Alain Maury, Georges Attard, Daniel Parrott et Florian Signoret. Le programme MAPS, pour Maury-Attard-Parrott-Signoret. L'objet est à 2,056 UA, magnitude 17,8. Rien de spectaculaire visuellement. Ce qui est spectaculaire, c'est le timing. MAPS a été repérée quatre-vingt-un jours et demi avant son périhélie. Pour une comète du groupe de Kreutz, c'est du jamais vu. Le précédent record était deux fois et demie plus court. Maury, c'est un vieux briscard : astronome passé par l'observatoire de la Côte d'Azur, le Palomar, La Silla à l'ESO, avant de monter son propre observatoire dans le désert d'Atacama. Le genre de type qui tourne ses algorithmes de détection sur une RTX 3090 parce que le seeing chilien le permet. J'ai suivi le parcours de Maury depuis un moment. Le type découvre des astéroïdes et des comètes depuis des décennies, dans un coin du monde où le ciel est tellement propre que ça en devient presque injuste pour le reste de la planète. Que ce soit lui qui attrape le Kreutz le plus lointain jamais détecté avant périhélie, ça ne m'étonne qu'à moitié. ## Le groupe de Kreutz, pour ceux qui débarquent Les comètes rasantes du groupe de Kreutz partagent un ancêtre commun : probablement la Grande Comète de 371 avant notre ère, celle qu'Aristote a décrite. Au fil des passages successifs près du Soleil, le noyau originel s'est fragmenté en une famille entière. Depuis 1995, le coronographe LASCO du satellite SOHO en a détecté plus de cinq mille. La plupart sont des miettes de quelques mètres qui s'évaporent sans laisser de trace. Les gros membres, eux, font l'histoire. Ikeya-Seki en 1965 : visible en plein jour, magnitude d'environ -10, fragmentée après le passage. Lovejoy en 2011 : noyau qui survit à cent quarante mille kilomètres du Soleil, visible à l'œil nu dans l'hémisphère sud, avant de se fragmenter quelques jours après le périhélie. C'est d'ailleurs le cas de Lovejoy qui alimente la thèse optimiste pour MAPS : même gabarit approximatif, même type de trajectoire. Pour en savoir plus sur le comportement des comètes après le périhélie, notre article sur [la fragmentation de C/2025 K1 ATLAS observée par Hubble](/hubble-fragmentation-comete-k1-atlas-perihelie/) détaille les mécanismes en jeu. ## Quatre cents mètres : la mesure qui change tout L'estimation initiale du noyau de MAPS tournait autour de 2,4 kilomètres. En mars 2026, le JWST a livré une mesure directe : environ quatre cents mètres. C'est la première fois qu'on mesure directement la taille d'un noyau de Kreutz parmi les plus de cinq mille détectés. Avant MAPS, on extrapolait à partir de la courbe de lumière, avec des marges d'erreur considérables. Quatre cents mètres, c'est petit. Pas désespérément petit pour un Kreutz (Lovejoy avait un noyau du même ordre de grandeur et a survécu), mais suffisamment petit pour que la question de la survie soit réellement ouverte. Un noyau plus gros aurait davantage d'inertie thermique, plus de masse pour encaisser le dégazage violent au périhélie. A quatre cents mètres, la marge est mince. ## Les trois scénarios sur la table C'est là que le débat devient intéressant. On a trois possibilités, et personne dans la communauté ne s'accorde sur laquelle est la plus probable. **Scénario un : survie.** Le noyau tient le coup. MAPS ressort du périhélie en un seul morceau, endommagée mais intacte. Dans ce cas, la magnitude post-périhélie pourrait atteindre -9. Une queue de cinq à dix degrés d'arc se déploie, visible à l'œil nu dès le sept avril. L'argument principal : Lovejoy en 2011, noyau comparable, a survécu à un passage encore plus serré (cent quarante mille kilomètres contre cent soixante et un mille pour MAPS). La physique n'interdit pas la survie. **Scénario deux : fragmentation avant le périhélie.** Le dégazage s'intensifie dans les heures précédant le passage, les contraintes thermiques et rotationnelles dépassent la cohésion du noyau, et MAPS se disloque avant même d'atteindre le point le plus proche. C'est ce qui est arrivé à ISON en 2013. L'objet se transforme en nuage de débris qui se disperse rapidement. Pas de spectacle post-périhélie. **Scénario trois : fragmentation après le périhélie.** Le noyau encaisse le passage mais les dégâts structurels sont irréversibles. MAPS se brise dans les heures ou jours suivants. On obtient alors une "comète sans tête" : pas de noyau central, mais une queue brillante alimentée par la sublimation des fragments. Visuellement spectaculaire, scientifiquement passionnant, mais éphémère. Sur ce point, je n'ai pas de certitude et je me garderai bien d'en afficher une. La courbe de lumière jusqu'au deux avril est régulière : magnitude 4,2 le deux, 3,1 le trois. Pas de sursaut anormal qui signalerait une fragmentation en cours. C'est plutôt bon signe pour la survie, mais la comète [C/2012 S1 ISON avait aussi une courbe propre](/comete-3i-atlas-juice-mars-express-observations/) avant de se désintégrer presque sans prévenir. ## Ce que montrent les instruments en ce moment SOHO pointe son coronographe LASCO C3 sur MAPS depuis le deux avril. Le champ de LASCO couvre la période du deux au six. Le trois avril, le coronographe CCOR-1 embarqué sur GOES-19 (NOAA/NASA) prend le relais avec une résolution supérieure. La courbe de magnitude médiane au périhélie oscille entre -1,7 et -2,8. Certaines estimations extrêmes descendent jusqu'à -15 (plus brillant que la pleine Lune), mais rien de concret ne soutient ces chiffres. Ce sont des extrapolations à partir de formules empiriques poussées hors de leur domaine de validité. En clair : personne ne sait à quel point MAPS va briller au plus près du Soleil, parce qu'on n'a quasiment aucune donnée de référence fiable pour un Kreutz de cette taille à cette distance. La mission [SMILE de l'ESA](/smile-esa-vent-solaire-magnetosphere-avril-2026/), qui étudie justement l'interaction entre le vent solaire et la magnétosphère, offre un contexte intéressant : le comportement du vent solaire dans les semaines entourant le passage de MAPS pourrait influencer la dynamique de la queue ionique. ## Observer MAPS : la douche froide pour la France Il faut être honnête : depuis la France, les conditions d'observation sont mauvaises. MAPS sera extrêmement basse sur l'horizon ouest au crépuscule après le périhélie, noyée dans la luminosité résiduelle du Soleil. L'hémisphère sud est nettement favorisé pour la fenêtre du six au dix avril. Depuis la France, le seul vrai spectacle accessible, c'est via les flux SOHO/LASCO en temps réel sur le site de la NASA. C'est frustrant, mais c'est la réalité géométrique. Pointer un instrument optique vers le Soleil pour tenter de voir MAPS au périhélie relève du suicide instrumental (et potentiellement oculaire). Ne le faites pas. Pour ceux qui veulent comprendre comment Hubble peut capturer des phénomènes cométaires impossibles à résoudre depuis le sol, [l'observation de l'inversion de rotation d'une comète](/hubble-inversion-rotation-comete-2026/) illustre parfaitement la différence de résolution. ## L'histoire derrière l'orbite Un dernier élément qui m'accroche. L'analyse orbitale de MAPS pointe vers un demi-grand axe d'environ cent cinquante-cinq UA, une période de mille deux cents à deux mille ans, et un dernier passage aux alentours de 363 de notre ère, avec une incertitude de vingt-huit ans. A cette époque, l'historien romain Ammianus Marcellinus signale des comètes visibles en plein jour. MAPS proviendrait de la fragmentation du lobe "Pe" lors de ce passage. C'est vertigineux. On observe en direct un objet dont la dernière visite dans le système solaire interne remonte à l'Empire romain. Et la prochaine visite, si MAPS survit, ce sera dans environ mille sept cents ans. Aucun de nous ne sera là pour vérifier. ## Mon verdict Les estimations de magnitude extrêmes (-5 à -15) circulent sur les réseaux et dans certains médias. Je ne les reprends pas. La fourchette médiane de -1,7 à -2,8 au périhélie est déjà notable pour un objet de quatre cents mètres. Si MAPS survit et que le scénario un se réalise, on aura un beau spectacle dans l'hémisphère sud pendant quelques jours. Si elle se fragmente, on aura des données scientifiques exceptionnelles sur la destruction d'un Kreutz observé en temps réel avec des instruments modernes. Dans les deux cas, on gagne. C'est le genre d'événement où le résultat le moins intéressant serait que rien ne se passe du tout. Et vu l'orbite de MAPS, ça semble peu probable. ## Sources - [Wikipedia, C/2026 A1 (MAPS)]() - [arXiv:2602.17626](https://arxiv.org/abs/2602.17626), preprint sur les paramètres orbitaux - [EarthSky, C/2026 A1 MAPS sungrazing comet](https://earthsky.org/) - [Space.com, comet C/2026 A1 MAPS](https://www.space.com/) - [StarWalk, MAPS comet April 2026](https://starwalk.space/) - [Futura-Sciences, Guillaume Feldmann](https://www.futura-sciences.com/) - [spaceobs.com, Alain Maury](https://www.spaceobs.com/) - [Sky & Telescope, sungrazer comet MAPS](https://skyandtelescope.org/) --- ## Tianlong-3 : Space Pioneer rate son premier vol - URL: https://www.portail-astronomie.fr/tianlong-3-space-pioneer-new-space-chinois-echec-premier-vol-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-04T05:00:00 - Categories: exploration-spatiale Le vol inaugural de Tianlong-3 a échoué ce matin. Le lanceur de Space Pioneer a décollé de Jiuquan à 12 h 17 heure de Pékin, soit 04 h 17 UTC, et n'a pas atteint l'orbite. Une anomalie pendant la phase de vol. L'entreprise a présenté ses excuses et promis des corrections. Voilà pour les faits. Maintenant, la vraie question. Est-ce que cet échec change quoi que ce soit au tableau d'ensemble du New Space chinois ? Pas vraiment. Mais il raconte quelque chose sur la vitesse à laquelle ces startups brûlent les étapes, et sur le prix qu'elles paient quand la réalité rattrape les ambitions. ## Un lanceur conçu pour rivaliser avec le Falcon 9 Tianlong-3, c'est un engin de soixante et onze mètres de haut, trois mètres huit de diamètre, environ cinq cent quatre-vingt-dix tonnes au décollage. Premier étage propulsé par neuf moteurs TH-12 au kérosène et oxygène liquide, pour une poussée cumulée d'environ huit méganewtons. Deuxième étage, un seul TH-12V optimisé pour le vide. Capacité annoncée : dix-sept tonnes en orbite basse terrestre en mode non réutilisable. Le positionnement est transparent. SpaceX met vingt-deux virgule huit tonnes en LEO avec le Falcon 9 en expendable. Space Pioneer vise le même créneau, en dessous en capacité, mais à un coût censé être compétitif grâce à la réutilisabilité du premier étage par atterrissage vertical. Jusqu'à dix vols par booster, selon l'entreprise. Sur le papier, c'est cohérent. Dans la pratique, il faut d'abord réussir à mettre une charge en orbite. Ce n'est pas fait. ## L'incident de Gongyi, juin 2024 Je ne peux pas parler de ce vol raté sans revenir sur Gongyi. Le 30 juin 2024, Space Pioneer procédait à un essai statique des neuf moteurs TH-12 du premier étage. Le test a atteint huit cent vingt tonnes de poussée. Sauf que la plateforme d'essai était dimensionnée pour six cents tonnes maximum. La jonction entre le lanceur et la plateforme a cédé. Le premier étage s'est envolé avec deux cents tonnes de carburant restant. Cinquante secondes de vol involontaire. Impact à un kilomètre et demi au sud-ouest du site. Zéro victime, ce qui relève du miracle vu les images. L'entreprise a mis en place cent vingt-sept mesures correctives. Un essai statique réussi a suivi le 15 septembre 2025, sur une plateforme renforcée. Le problème de Gongyi, c'était de l'ingénierie structurelle, pas de la propulsion. Mais ça posait une question légitime : est-ce que la culture de sécurité suit le rythme de développement ? Je n'ai pas de réponse tranchée sur ce point. ## Space Pioneer : une entreprise qui va vite L'entreprise s'appelle officiellement Beijing Tianbing Technology. Fondée en 2019 par Kang Yonglai, ancien directeur technique de LandSpace. Ce n'est pas un inconnu du secteur. Le financement est massif. Environ quatre milliards de yuans levés sur quinze tours de table, soit cinq cent cinquante-deux millions de dollars. En octobre 2025, une Series D d'environ deux milliards et demi de yuans. Trois cent cinquante millions de dollars en un seul tour pour une entreprise qui n'avait encore jamais mis un gramme en orbite avec son lanceur phare. Le marché chinois du capital-risque spatial ne manque visiblement pas de confiance. Il faut quand même noter un fait. Le 2 avril 2023, Space Pioneer a réussi la mise en orbite de Tianlong-2, un lanceur plus petit au kérosène et oxygène liquide. Première fusée kerolox d'une startup chinoise à atteindre l'orbite du premier coup. Ce n'est pas rien. Ça montrait que l'équipe savait construire un moteur et un système de guidage fonctionnel. Tianlong-3 est un saut d'échelle considérable, et c'est là que les choses se compliquent. Pour ceux qui suivent les déboires des lanceurs européens et le défi de l'accès à l'espace, [le retour en vol de Vega-C](/vega-c-retour-vol-smile-acces-europeen-2026/) montre bien que la fiabilité se construit vol après vol, pas dans les communiqués de presse. ## Ce que l'échec du 3 avril ne dit pas La cause de l'anomalie n'est pas connue à l'heure où j'écris. Space Pioneer parle d'une anomalie en vol, sans préciser si c'est un problème de séparation d'étages, de propulsion, de guidage ou d'autre chose. L'investigation est en cours. Je pourrais spéculer. Je ne le ferai pas. Quand un lanceur échoue à son premier vol, les causes possibles sont tellement nombreuses que toute hypothèse sans données est du bruit. On attendra les conclusions. Ce qui est factuel, c'est que l'échec au premier vol d'un nouveau lanceur n'a rien d'exceptionnel dans l'histoire spatiale. Falcon 1 de SpaceX a échoué trois fois avant de réussir. Ariane 5 a explosé à son vol inaugural en 1996. La question n'est jamais de savoir si un lanceur va échouer, mais combien de temps et d'argent il faut pour corriger. Avec les fonds dont dispose Space Pioneer, le temps de réaction pourrait être rapide. Pourrait. ## Le New Space chinois ne ralentit pas L'échec de Tianlong-3 s'inscrit dans un contexte de croissance brutale. La Chine a effectué quatre-vingt-treize lancements orbitaux en 2025, un record national. L'objectif pour 2026 : cent quarante. Le pays compte plus de six cents entreprises spatiales commerciales. Le financement du secteur a atteint dix-huit virgule six milliards de yuans en 2025, en hausse de trente-deux pour cent sur un an. En novembre 2025, la CNSA a publié un plan d'action pour le spatial commercial couvrant la période 2025 à 2027. Le message est clair : Pékin veut un écosystème privé capable de lancer des constellations massives. Qianfan, le projet de mégaconstellation chinoise, prévoit mille deux cent quatre-vingt-seize satellites d'ici 2027 selon le calendrier initial, pour un coût estimé à un milliard de dollars. Guowang, l'autre constellation, comptait déjà plus de cent satellites en orbite fin 2025. Pour remplir ces constellations, il faut des lanceurs. Beaucoup. Et pas seulement les Long March de la CASC. C'est là que les startups entrent en jeu. LandSpace avec Zhuque-2 au méthane, Galactic Energy avec Ceres-1, Orienspace avec Gravity-1. Et Space Pioneer avec Tianlong-3, quand il volera correctement. L'échec d'iSpace avec Hyperbola-1 en juillet 2024 n'a pas freiné le secteur. Celui de Tianlong-3 ne le freinera pas non plus. Le volume de lancements nécessaire pour les constellations chinoises est tel que chaque lanceur fonctionnel trouvera ses contrats. La vraie course, dans le New Space chinois, [n'est pas si différente de celle que mène Isar Aerospace en Europe](/spectrum-isar-aerospace-scrub-chalutier-andoya-mars-2026/) avec Spectrum : atteindre l'orbite d'abord, optimiser ensuite. ## Le problème de fond Space Pioneer a les moyens financiers. L'équipe technique a prouvé qu'elle savait faire voler un lanceur avec Tianlong-2. Le marché intérieur chinois garantit des clients. Tous les ingrédients sont réunis sauf un : la démonstration que Tianlong-3 fonctionne. La propulsion nucléaire reste une ambition lointaine pour le transport spatial, [comme le montre le projet de la NASA pour Mars](/propulsion-nucleaire-electrique-nasa-mars-2028/). Mais pour le marché LEO immédiat, ce sont les lanceurs chimiques réutilisables qui comptent. Et sur ce terrain, Space Pioneer a un produit crédible qu'il n'a pas encore réussi à livrer. L'échec du 3 avril est un revers. Pas une fin. Mais chaque mois sans vol réussi, c'est un mois où LandSpace, Galactic Energy et les autres prennent de l'avance sur les contrats de constellation. Le temps joue contre Space Pioneer, même avec trois cent cinquante millions de dollars en banque. ## Sources - Wikipedia, "Tianlong-3" : https://en.wikipedia.org/wiki/Tianlong-3 - Wikipedia, "Space Pioneer" : https://en.wikipedia.org/wiki/Space_Pioneer - SpaceNews, "China's commercial Tianlong-3 rocket fails on debut launch" : https://spacenews.com/chinas-commercial-tianlong-3-rocket-fails-on-debut-launch/ - NASASpaceFlight Forum, "Space Pioneer Tianlong-3" : https://forum.nasaspaceflight.com/index.php?topic=59132.40 --- ## Éta Aquariides mai 2026 : observer les débris de Halley - URL: https://www.portail-astronomie.fr/eta-aquariides-mai-2026-observation-comete-halley-guide/ - Author: Julien P. - Published: 2026-04-03T05:20:00 - Categories: observation En 74 avant notre ère, des observateurs chinois consignaient déjà des étoiles filantes surgissant de la constellation du Verseau au mois de mai. Vingt et un siècles plus tard, les grains de poussière qui provoquent ce spectacle sont toujours les mêmes, arrachés au noyau de la comète 1P/Halley lors de ses passages au périhélie successifs. La Terre traverse cette traînée de débris deux fois par an : en octobre avec les Orionides, en mai avec les Éta Aquariides, la troisième pluie annuelle la plus intense observable depuis notre planète. Et cette année, les conditions ne sont pas idéales. Loin de là. La Lune gibbeuse décroissante, éclairée à environ 85 %, se lèvera dès 1 h 35 heure locale dans la nuit du 5 au 6 mai et restera plantée dans le ciel pendant toute la fenêtre d'observation. Autant le dire d'entrée : quiconque promet cinquante météores par heure depuis la France ment ou ne comprend pas ce qu'est un taux horaire zénithal. Les données racontent une autre histoire : depuis nos latitudes, même sans Lune, le taux observable tombe à dix ou quinze météores par heure. Avec cette Lune, on parle probablement de cinq à huit. Certes, c'est peu ; mais ce n'est pas rien, et surtout, les Earthgrazers de cette pluie valent à eux seuls le réveil à 3 h du matin. ## Ce qu'il faut savoir avant de sortir Le pic d'activité tombe dans la nuit du 5 au 6 mai 2026, avec un maximum estimé entre 3 h et 6 h UTC selon les sources (l'American Meteor Society pointe 3 h 51 UTC le 5 mai, In-The-Sky.org indique 9 h UTC le 6). En pratique, la fenêtre utile depuis la France se situe entre 3 h et 5 h 30 heure locale, quand le radiant est suffisamment haut et que l'aube nautique n'a pas encore blanchi le ciel. Le radiant se trouve près de l'étoile Éta Aquarii, dans le Verseau, à une déclinaison d'environ moins un degré. À la latitude de Paris, il ne montera jamais très haut au-dessus de l'horizon avant que le Soleil ne le noie. Le ZHR théorique de cette pluie oscille entre cinquante et soixante météores par heure. Ce chiffre suppose un observateur idéal, radiant au zénith, ciel sans pollution lumineuse, magnitude limite de 6,5. Aucune de ces conditions n'est réunie en France. Le radiant culmine bas sur l'horizon, ce qui divise le taux observable par quatre ou cinq. La Lune avale les traînées les plus faibles. On est loin du spectacle de l'hémisphère Sud, où cette pluie est souvent la plus belle de l'année. Nuançons toutefois : l'activité des Éta Aquariides ne se concentre pas sur une seule nuit. La période court du 19 avril au 28 mai, avec un plateau d'environ une semaine autour du pic. Les nuits du 4 au 5 et du 7 au 8 mai peuvent aussi donner des résultats, et le dernier quartier de Lune tombe le 9 mai, ce qui rend les nuits suivantes un peu meilleures. ## Earthgrazers : la consolation des observateurs nordiques J'ai passé pas mal de temps à examiner les relevés de l'AMS sur les pluies des années précédentes, et un point revient systématiquement : depuis les latitudes moyennes de l'hémisphère Nord, les Éta Aquariides produisent des Earthgrazers. Ces météores rasent l'atmosphère avec un angle très faible parce que le radiant se trouve près de l'horizon. Le résultat, c'est des traînées longues, lentes à l'œil, parfois spectaculaires, qui traversent une large portion du ciel. À soixante-six kilomètres par seconde, les grains de Halley comptent parmi les météores les plus rapides. Quand ils arrivent en rase-motte, au lieu de brûler en un éclair vertical, ils tracent un sillon lumineux qui peut persister plusieurs secondes. C'est rare par définition (le radiant doit être juste au-dessus de l'horizon, ce qui réduit la fenêtre à une demi-heure environ avant 3 h 30), mais quand ça arrive, un seul Earthgrazer justifie la nuit blanche. Sur ce point, j'hésite encore à affirmer que 2026 sera meilleur ou pire que d'habitude pour les Earthgrazers ; la Lune brouille les prédictions, et les modèles ne descendent pas à ce niveau de détail géographique. Pour mieux comprendre comment les particules du vent solaire interagissent avec notre atmosphère, un processus qui a des points communs avec l'entrée des météoroïdes, vous pouvez consulter notre article sur [la mission SMILE de l'ESA et la cartographie du bouclier magnétique terrestre](/smile-esa-vent-solaire-magnetosphere-avril-2026). ## Où observer en France : les réserves de ciel étoilé La France compte désormais six Réserves Internationales de Ciel Étoilé labellisées par DarkSky International, plus le Triangle Noir du Quercy qui possède son propre label "Villes et Villages Étoilés". Voici les sites les plus pertinents pour les Éta Aquariides, classés par intérêt pratique. ### Pic du Midi de Bigorre (Hautes-Pyrénées) Premier site labellisé RICE en Europe continentale, en décembre 2013. L'altitude de 2 877 mètres offre une transparence atmosphérique difficile à égaler. L'accès se fait par téléphérique et nécessite une réservation. Le radiant du Verseau se lèvera plein est ; depuis le sommet, l'horizon est complètement dégagé dans cette direction. C'est le spot idéal si vous pouvez vous permettre la logistique. ### Parc naturel régional des Cévennes (Gard, Lozère, Ardèche, Aveyron) L'un des ciels les plus sombres de France métropolitaine. Vaste, accessible en voiture, avec de nombreux points de stationnement en altitude. Le sud de la zone (autour du Mont Aigoual) offre un horizon sud-est particulièrement dégagé, ce qui aide pour un radiant bas. ### Parc naturel régional du Morvan (Nièvre, Saône-et-Loire, Yonne, Côte-d'Or) Le spot RICE le plus septentrional de France, à environ 47 degrés Nord. C'est le plus accessible depuis Paris ou la moitié nord du pays. Le radiant sera plus bas qu'en Cévennes ou dans les Pyrénées, mais la qualité du ciel compense en partie. ### Landes de Gascogne (Gironde, Landes) Sixième RICE labellisée en France, depuis février 2025. Terrain plat, horizon dégagé, faible altitude. L'avantage pour les Éta Aquariides : pas de relief qui masque l'est. L'inconvénient : pas de relief pour masquer la Lune non plus. ### Triangle Noir du Quercy (Lot) Trente-neuf communes labellisées dans le Parc naturel régional des Causses du Quercy. Pas officiellement RICE au sens DarkSky International, mais un ciel parmi les plus protégés de France. Géographiquement bien placé entre Toulouse et Clermont-Ferrand. Pour ceux qui n'ont pas la possibilité de se déplacer vers une RICE, un parc périurbain sans éclairage direct, orienté est, fera l'affaire. Le plus important n'est pas la perfection du ciel ; c'est de masquer la Lune derrière un obstacle naturel. ## Comment maximiser vos chances malgré la Lune Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Eta Aquarides 2026 : la Lune gâche le pic du 6 mai](/eta-aquarides-mai-2026-lune-gibbeuse-observation-difficile). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Delta Aquariides et Alpha Capricornides : pic fin juillet](/delta-aquariides-alpha-capricornides-juillet-2026). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Lune bleue du 31 mai 2026 : guide pour observer la deuxième pleine …](/lune-bleue-31-mai-2026-guide-observation-microlune). L'observation des Éta Aquariides n'exige aucun matériel optique. Les jumelles et les télescopes sont contre-productifs : leur champ de vision est trop étroit pour des traînées qui traversent le ciel. L'œil nu reste l'instrument le plus adapté. Installez-vous sur une chaise longue inclinée, orientée vers la moitié est du ciel, et surtout pas vers le radiant lui-même. Les traînées sont plus longues et plus visibles quand on regarde à quarante-cinq degrés du radiant. Placez la Lune derrière vous, derrière un arbre, un bâtiment, une colline. Chaque degré de Lune masquée est un météore faible récupéré. L'adaptation à l'obscurité prend vingt à trente minutes. Un écran de téléphone, même en mode nuit, ruine ce processus. Prévoyez au minimum une heure de session ; les météores arrivent par salves irrégulières, et les cinq premières minutes silencieuses ne signifient rien. J'ai appris ça à mes dépens lors d'une session Géminides où j'ai failli ranger le matériel trop tôt avant de voir trois bolides en dix minutes. Les données de sonification de la NASA, qui transforment des signaux astrophysiques en sons, rappellent à quel point nos sens habituels ne captent qu'une fraction de ce qui se passe au-dessus de nos têtes. Si le sujet vous intrigue, notre article sur [les sons de l'espace et la sonification NASA](/sons-espace-nasa-sonification) creuse cette frontière entre perception et données. ## Halley : la comète qui alimente deux pluies par an La comète 1P/Halley, nommée d'après Edmond Halley qui identifia la périodicité de son orbite, boucle un tour du Soleil en 76,09 ans. Son dernier passage au périhélie remonte au 9 février 1986 ; le prochain est prévu pour le 28 juillet 2061. Au périhélie, elle s'approche à 0,587 unité astronomique du Soleil, soit environ 87,8 millions de kilomètres. À l'aphélie, elle s'éloigne à 35,33 UA, au-delà de l'orbite de Neptune, à plus de cinq milliards de kilomètres. À chaque passage près du Soleil, le noyau perd une couche de glace et de roche. Ces débris s'accumulent le long de l'orbite cométaire sur des centaines d'années. Les grains que la Terre croisera le 5 mai prochain ne sont pas ceux que Halley a éjectés lors de son dernier passage en 1986 ; ils ont été libérés il y a des siècles, peut-être des millénaires. L'orbite actuelle de la comète ne passe plus assez près de la Terre pour alimenter directement les pluies de météores ; c'est l'ancien sillage, étalé et déformé par les perturbations gravitationnelles, que notre planète traverse. Ce mécanisme produit les Éta Aquariides en mai et les Orionides en octobre, deux à trois fois moins intenses. La première caractérisation systématique du radiant par l'astronome britannique W. F. Denning remonte à 1878. L'outburst le plus spectaculaire enregistré date de 2013, avec un ZHR mesuré à 135, plus ou moins seize. Rien ne laisse présager un outburst en 2026 ; les modèles ne prédisent pas de rencontre avec un filament dense cette année. Halley se trouve actuellement en route vers le Soleil, ayant atteint son aphélie en 2023. Pour les observateurs qui scrutent Saturne et ses lunes, les données combinées de Webb et Hubble offrent un autre type d'émerveillement dans le système solaire ; notre analyse de [Saturne vue en infrarouge et en visible](/webb-hubble-saturne-infrarouge-visible-2026) détaille ce que chaque longueur d'onde révèle. ## Le verdict pour 2026 Les conditions sont objectivement défavorables. Pas catastrophiques, mais défavorables. La Lune gibbeuse à 85 % d'illumination, présente pendant toute la fenêtre pré-aube, divisera le nombre de météores visibles par un facteur deux au minimum. Depuis la France, à 43 ou 48 degrés de latitude Nord, le radiant reste bas et le ZHR théorique de cinquante ou soixante se traduit en une poignée de traînées par heure. Si vous n'avez jamais vu de pluie de météores et que vous espérez un feu d'artifice, ce n'est pas la bonne année pour commencer. Revenez pour les Perséides d'août, dont le pic tombera dans de meilleures conditions lunaires. Si en revanche vous connaissez le ciel, que vous savez être patient et que l'idée de voir passer des fragments d'une comète dont le prochain retour n'aura lieu qu'en 2061 vous parle, alors sortez dans la nuit du 5 au 6 mai. Placez la Lune derrière un arbre, regardez vers l'est, à mi-hauteur. Attendez. Il suffira d'un Earthgrazer traversant le ciel d'horizon à horizon, traînée persistante et silencieuse à soixante-six kilomètres par seconde, pour comprendre pourquoi des observateurs documentent cette pluie depuis plus de deux mille ans. ## Sources - EarthSky, "Eta Aquariid meteor shower 2026: Best before dawn May 5" : https://earthsky.org/astronomy-essentials/everything-you-need-to-know-eta-aquarid-meteor-shower/ - NASA Science, "Eta Aquarids" : https://science.nasa.gov/solar-system/meteors-meteorites/eta-aquarids/ - TimeAndDate, "Eta Aquarids Meteor Shower 2026" : https://www.timeanddate.com/astronomy/meteor-shower/eta-aquarids.html - In-The-Sky.org, "η-Aquariid meteor shower 2026" : https://in-the-sky.org/news.php?id=20260506_10_100 - Wikipedia, "Eta Aquariids" : https://en.wikipedia.org/wiki/Eta_Aquariids - Wikipedia FR, "1P/Halley" : https://fr.wikipedia.org/wiki/1P/Halley - American Meteor Society, "2026 Meteor Shower Calendar" : https://www.amsmeteors.org/meteor-showers/meteor-shower-calendar/ - Royal Museums Greenwich, "Eta Aquariid meteor shower 2026" : https://www.rmg.co.uk/stories/space-astronomy/eta-aquariid-meteor-shower-2026-when-where-see-it-uk - StarWalk, "Eta Aquariid meteor shower May 2026" : https://starwalk.space/en/news/eta-aquariid-meteor-shower-may - DarkSky International, réserves en France : https://darksky.org/locations/france/ - Tourisme Lot, "Le ciel noir du Quercy" : https://www.tourisme-lot.com/parc-naturel-regional-des-causses-du-quercy/le-ciel-noir/ --- ## Artemis II : l'équipage humain retourne vers la Lune - URL: https://www.portail-astronomie.fr/artemis-ii-lancement-imminent-equipage-lune-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-02T01:00:00 - Categories: exploration-spatiale Cinquante-trois ans. C'est le temps écoulé depuis qu'un équipage humain a quitté l'orbite basse terrestre. Apollo 17, décembre 1972, Gene Cernan laisse ses empreintes dans la poussière de Taurus-Littrow, remonte dans le module lunaire, et personne ne revient. Depuis, on tourne en rond à quatre cents kilomètres d'altitude. La Station spatiale internationale, c'est notable, mais c'est la banlieue. La Lune, c'est la haute mer. Et le premier avril 2026, quatre personnes reprennent la route. ## Qui part, et pourquoi eux Reid Wiseman commande la mission. Pilote de F/A-18, ancien de l'ISS, sélectionné NASA en 2009. Victor Glover occupe le siège pilote. Il a volé sur Crew Dragon en 2020 pour un séjour de cent soixante-huit jours en orbite. Christina Koch est spécialiste de mission. Elle détient le record féminin de séjour continu sur l'ISS avec trois cent vingt-huit jours. Jeremy Hansen, astronaute de l'Agence spatiale canadienne, complète l'équipage comme second spécialiste de mission. Il n'a jamais volé dans l'espace. Trois premières dans cet équipage. Victor Glover sera le premier Noir à dépasser l'orbite basse terrestre. Christina Koch, la première femme. Jeremy Hansen, le premier non-Américain. On peut trouver ça symbolique ou on peut trouver ça anormalement tardif. Les deux sont vrais en même temps. L'équipage de secours est composé d'André Douglas et Jenni Gibbons. Le sendoff officiel a eu lieu le vingt-sept mars au Kennedy Space Center. ## La machine : SLS et Orion Le Space Launch System Block 1 mesure un peu plus de quatre-vingt-dix-huit mètres de haut. Au décollage, ses quatre moteurs RS-25 et les deux boosters à poudre produisent une poussée combinée d'environ trente-neuf méganewtons. C'est la fusée la plus puissante jamais mise en service opérationnel. Elle n'a volé qu'une seule fois, en novembre 2022, pour [Artemis I](/propulsion-nucleaire-electrique-nasa-mars-2028/), un vol inhabité qui a placé la capsule Orion en orbite autour de la Lune pendant vingt-cinq jours. La capsule s'appelle Orion CM-003, baptisée "Integrity" par l'équipage. En dessous, le module de service européen ESM-2, construit par Airbus Defence and Space à Brême. Trente-trois moteurs au total : un moteur principal AJ10-190 hérité du programme de la navette spatiale, et trente-deux propulseurs d'appoint. Quatre panneaux solaires de sept mètres chacun, une envergure totale d'environ dix-neuf mètres, une production électrique d'un peu plus de onze kilowatts. L'ESM a été livré à la NASA en juin 2023 et empilé sur le SLS en janvier 2026. Dix pays européens et plus de vingt entreprises contribuent à ce module. C'est un point que la communication NASA mentionne rarement : sans l'Europe, [Orion ne va nulle part](/vega-c-retour-vol-smile-acces-europeen-2026/). ## Dix jours, pas d'orbite lunaire Artemis II n'est pas une mission d'alunissage. C'est un survol. La trajectoire est dite "free-return" : après l'injection translunaire, la capsule file vers la Lune, passe derrière la face cachée à environ sept mille six cents kilomètres de la surface, puis revient vers la Terre sans avoir besoin d'une manoeuvre de freinage orbitale. En cas de panne moteur majeure après l'injection, la gravité lunaire ramène l'équipage. C'est exactement ce qui a sauvé l'équipage d'Apollo 13 en avril 1970. Au point le plus éloigné de la Terre, l'équipage se trouvera à plus de quatre cent mille kilomètres de chez eux. Le record actuel appartient à Apollo 13 : quatre cent mille cent soixante et onze kilomètres. Artemis II le dépassera d'environ deux mille cinq cents kilomètres. Ce sera aussi la vitesse de rentrée atmosphérique la plus élevée jamais encaissée par un équipage : environ quarante mille kilomètres par heure. La durée totale est d'environ dix jours, avec un amerrissage prévu aux alentours du onze avril dans le Pacifique, au large de San Diego. ## Le bouclier thermique, sujet qui fâche Lors d'Artemis I, le bouclier thermique d'Orion a subi des dégâts inattendus pendant la rentrée atmosphérique. Des morceaux de matériau ablatif se sont détachés. La NASA a modifié la trajectoire de rentrée pour Artemis II : un angle plus raide, une exposition thermique différente. Le problème a été étudié, la solution a été validée par des simulations et des tests au sol. Est-ce que ça me rassure complètement ? Non. Mais c'est la réalité de l'exploration spatiale : on gère le risque, on ne l'élimine pas. ## Fenêtre de lancement et météo Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Nuit de la Lune 2026 : le 19 septembre, en premier quartier](/nuit-internationale-observation-lune-19-septembre-2026). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Tianwen-2 et Kamoʻoalewa : la Chine cible un quasi-satellite](/tianwen-2-kamooalewa-quasi-satellite-terre-chine-2026). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Plato : 26 caméras sous vide pour traquer des exoterres](/plato-26-cameras-tests-cryovide-estec-2026). Le décollage est prévu le premier avril 2026 à vingt-deux heures vingt-quatre UTC, soit dix-huit heures vingt-quatre heure locale de Floride, depuis le Launch Complex 39B du Kennedy Space Center. La fenêtre dure deux heures. La météo donne environ quatre-vingts pour cent de conditions favorables. En cas de report, les fenêtres de repli sont les sept, huit, dix et onze avril. Quatre CubeSats internationaux (Allemagne, Argentine, Corée du Sud, Arabie Saoudite) seront largués pendant le transit, des expériences scientifiques embarquées en passagers sur le lanceur. ## Le coût de revenir Le programme Artemis, de 2012 à 2025, a englouti une estimation d'environ quatre-vingt-treize milliards de dollars selon l'inspecteur général de la NASA. Le SLS seul représente à peu près vingt-quatre milliards. Orion, plus de vingt milliards. Ces chiffres donnent le vertige, et c'est normal. On peut les trouver obscènes. On peut aussi rappeler que c'est étalé sur treize ans, que ça est une fraction du budget fédéral américain, et que la retombée technologique et industrielle de ce type de programme est documentée depuis Apollo. Je ne tranche pas. Je constate que le débat est légitime dans les deux sens. Artemis III, initialement prévue pour poser un équipage sur la surface lunaire, a été reconfigurée par la NASA le vingt-sept février 2026 : la mission, planifiée pour mi-2027, se limitera à des tests de rendez-vous en orbite basse avec les atterrisseurs commerciaux de SpaceX et Blue Origin. Les premiers alunissages habités sont désormais repoussés à 2028. Le [retour d'échantillons martiens](/mars-sample-return-annule-congres-us-echantillons-perseverance/) a été annulé par le Congrès, et les arbitrages budgétaires entre exploration robotique et exploration habitée restent tendus. ## Ce que ça change Artemis II ne va pas "conquérir" la Lune. Aucun pied humain ne touchera le régolithe cette fois-ci. Ce que cette mission valide, c'est la chaîne complète : le lanceur, la capsule, le support-vie, la navigation translunaire, la rentrée à quarante mille kilomètres par heure, et la récupération en mer. Si tout fonctionne, Artemis III devient plausible. Si quelque chose casse, on saura quoi corriger avant d'envoyer des gens sur la surface. Le [vent solaire que la mission SMILE de l'ESA](/smile-esa-vent-solaire-magnetosphere-avril-2026/) étudiera bientôt frappe aussi les astronautes hors de la magnétosphère terrestre. La [mission MMX japonaise vers Phobos](/mission-mmx-japon-phobos-echantillons-2031/) partage la même ambition de ramener des échantillons d'un autre corps céleste. Artemis II s'inscrit dans un mouvement plus large : après des décennies en orbite basse, l'humanité recommence à regarder plus loin. Quatre personnes dans une capsule de cinq mètres de diamètre, à plus de quatre cent mille kilomètres de la Terre, avec pour seule protection un bouclier thermique dont la version précédente a montré des faiblesses. C'est du courage. C'est aussi de l'ingénierie. Et si ça marche, c'est le début de quelque chose qu'on attend depuis cinquante-trois ans. ## Sources - [Artemis II Ready to Go on April 1 - Space Policy Online](https://spacepolicyonline.com/news/artemis-ii-ready-to-go-on-april-1-weather-permitting/) - [Our Artemis Crew - NASA](https://www.nasa.gov/feature/our-artemis-crew/) - [From Europe to the Moon: ESM-2's Journey - ESA Blog](https://blogs.esa.int/orion/2026/03/25/from-europe-to-the-moon-esm-2s-journey/) - [Orion European Service Module - Airbus](https://www.airbus.com/en/products-services/space/space-exploration/moon-missions/orion-european-service-module) - [NASA's Artemis Moon Program Could Cost $93 Billion Through 2025 - Space.com](https://www.space.com/nasa-artemis-moon-program-93-billion-2025) - [Artemis II - Wikipedia](https://en.wikipedia.org/wiki/Artemis_II) --- ## JWST : un signal radio régulier depuis Proxima b ? - URL: https://www.portail-astronomie.fr/jwst-signal-radio-regulier-proxima-b/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-01T01:00:00 - Categories: exploration-spatiale Un signal radio à 1420,405 MHz. Intervalle régulier de 22,3 minutes. Source : la direction de Proxima Centauri b, l'exoplanète la plus proche de la Terre. Trois télescopes auraient confirmé indépendamment. Un pré-print est apparu sur arXiv, signé par une équipe MIT/Caltech. La NASA a posé un embargo de 48 heures avant toute communication officielle. En clair : si c'est vrai, c'est le signal extraterrestre le plus crédible jamais enregistré. Et si c'est faux, on aura appris quelque chose quand même. ## Proxima b : la cible parfaite depuis 2016 Proxima Centauri b a été découverte en 2016 par l'équipe de Guillem Anglada-Escudé, via la méthode des vitesses radiales. Une exoplanète de masse estimée à 1,17 fois celle de la Terre, en orbite dans la zone habitable de Proxima Centauri. Distance : 4,24 années-lumière. L'étoile la plus proche du Soleil. Proxima Centauri est une naine rouge. Petite, froide, mais active. Les éruptions stellaires bombardent régulièrement la planète de rayonnement ultraviolet et de particules chargées. Pas exactement l'environnement le plus accueillant. Mais la zone habitable existe, et la masse de la planète colle. Depuis dix ans, Proxima b est sur toutes les listes de cibles SETI. Le JWST, lancé en décembre 2021, orbite au point de Lagrange L2. Miroir de 6,5 mètres. Instrument principal en infrarouge, mais des capacités spectrographiques qui permettent d'analyser des signaux bien au-delà du visible. Le télescope a déjà [caractérisé le climat de TRAPPIST-1 b et c](/trappist-1-climat-jwst-avril-2026-differences-temperature-atmosphere-exoplanete) et livré des données inédites sur des dizaines d'exoplanètes. Pointer vers Proxima b était une question de temps. (J'ai suivi le déploiement du JWST en direct en 2021, les 344 points de défaillance potentielle. Chaque étape réussie me donnait des sueurs froides rétrospectivement. Quand le miroir s'est déplié, j'ai eu un moment de silence assez inhabituel pour moi.) ## Le SETI, cinquante ans de faux espoirs calibrés Le Search for Extra-Terrestrial Intelligence existe formellement depuis 1984. L'Allen Telescope Array, les programmes Breakthrough Listen, des décennies d'écoute systématique du ciel. Résultat : rien de confirmé. Mais deux épisodes méritent d'être rappelés. Le signal Wow !, détecté le 15 août 1977 par le radiotélescope Big Ear de l'université d'Ohio. 72 secondes. Fréquence : 1420 MHz, la raie de l'hydrogène neutre. Le physicien Jerry Ehman a écrit "Wow !" dans la marge de l'imprimé. Le signal n'a jamais été reproduit. Quarante-neuf ans plus tard, on ne sait toujours pas ce que c'était. Probablement une source naturelle. Peut-être pas. Puis BLC1, en 2020. Breakthrough Listen détecte un signal radio en provenance de Proxima Centauri. Fréquence étroite, caractéristiques compatibles avec une source artificielle. L'excitation monte pendant des mois. L'article paraît dans Nature Astronomy en 2021 : interférence terrestre. Un appareil électronique quelque part sur Terre émettait à la bonne fréquence, au bon moment. C'est la réalité du terrain : chaque signal candidat depuis cinquante ans s'est révélé être du bruit terrestre, un artefact instrumental, ou un phénomène naturel mal compris, et la communauté SETI a fini par intégrer cette déception systématique dans sa méthodologie au point d'exiger des seuils de confirmation que plus aucune détection n'a jamais atteints. Le rapport signal sur bruit entre l'espoir et la réalité est catastrophique. ## Le "signal" : les specs techniques Voici ce que le pré-print sur arXiv décrit. Fréquence centrale : 1420,405 MHz. Exactement la raie de l'hydrogène neutre, comme le signal Wow !. Intervalle de répétition : 22,3 minutes, avec une stabilité de l'ordre de la milliseconde. Source directionnelle cohérente avec la position de Proxima Centauri b. Trois télescopes indépendants auraient corroboré la détection sur une fenêtre de 72 heures. L'équipe MIT/Caltech aurait éliminé les interférences terrestres connues, les satellites en orbite basse, et les sources astrophysiques naturelles (pulsars, magnétars). Le pré-print conclut par une formulation prudente : "consistent with an artificial origin, pending independent verification." Sur ce point, j'hésite. La prudence est de mise, évidemment. Mais un pré-print sur arXiv, c'est un serveur de dépôt sans peer-review. N'importe qui peut y publier. Et "pending independent verification" est la phrase la plus facile à écrire en science. La vérification, c'est ce qui prend des années. En regardant de plus près l'historique des détections que la communauté XRISM a documentées, on voit que même des instruments de pointe mettent des mois à confirmer un signal astrophysique. Et là, on parle de confirmer une origine extraterrestre. L'exigence de preuve est d'un tout autre ordre. ## Ce que la fréquence 1420 MHz dit vraiment La raie à 21 centimètres de l'hydrogène neutre est un classique en radioastronomie. C'est la transition hyperfine de l'atome d'hydrogène, la fréquence la plus abondante de l'univers. Les programmes SETI la surveillent depuis les années 1960 pour une raison simple : si une civilisation voulait se faire remarquer, elle émettrait sur cette fréquence. Universelle. Reconnaissable. Le "canal d'appel" cosmique. Le problème, c'est que cette fréquence est aussi omniprésente dans l'environnement terrestre. Émetteurs radio, équipements de laboratoire, électronique domestique. BLC1 a montré que distinguer un signal extraterrestre d'une fuite radio terrestre à 1420 MHz relève du cauchemar instrumental. (Pour comprendre comment les télescopes spatiaux gèrent cette question de bruit de fond, la manière dont Hubble et Webb se complètent sur Saturne illustre bien les limites de chaque instrument. Aucun télescope ne fait tout seul.) ## Embargo, rumeurs, et le jeu de la communication scientifique L'embargo NASA de 48 heures est un détail qui a fait monter la température sur les réseaux. Un embargo, en communication scientifique, c'est standard. Cela permet aux équipes de préparer une conférence de presse et aux journalistes accrédités d'écrire leurs papiers sans pression. Cela ne signifie pas que la découverte est confirmée. Cela signifie que quelqu'un veut contrôler le récit. Le JPL à Pasadena, géré par Caltech pour la NASA, est le centre névralgique de ce genre d'annonce. Les équipes MSR y travaillent, les missions d'exploration planétaire y sont pilotées. C'est aussi là que se trouvent les bureaux, les salles de réunion, les espaces communs. Et la salle de pause. La salle de pause du JPL. Celle avec le micro-ondes. ## La chute Le signal à 1420,405 MHz avec un intervalle de 22,3 minutes correspondait, après analyse approfondie, à la fréquence exacte d'un micro-ondes de la salle de pause du Jet Propulsion Laboratory. Le magnétron de l'appareil, modèle standard, émettait une fuite radio à chaque cycle de réchauffage. L'intervalle de 22,3 minutes correspondait au rythme des pauses café de l'équipe de nuit. Trois télescopes ont "confirmé" le signal parce que trois équipes utilisaient le même pipeline de traitement, calibré sur les mêmes données contaminées. Le pré-print arXiv n'existe pas. L'embargo non plus. La communauté scientifique ne retient pas son souffle. Poisson d'avril. La vraie leçon, elle, est réelle. Chaque faux signal depuis le Wow ! en 1977 nous rappelle la même chose : l'univers est bruyant, nos instruments sont imparfaits, et l'envie de croire est le pire ennemi de la méthode scientifique. BLC1 en 2020, c'était un vrai signal d'interférence pris pour un vrai signal extraterrestre. La frontière entre les deux est souvent un câble mal blindé ou, dans ce cas fictif, un micro-ondes mal placé. Si le sujet des échantillons martiens qui attendent qu'on vienne les chercher vous parle, c'est la même patience. La science avance lentement, et c'est normal. Les galaxies avortées comme Cloud-9 ont mis des décennies à être confirmées. Les résultats du JWST, de [TOI-5205 b, la planète interdite](/toi-5205b-planete-interdite-metallicite-inverse) à [la nébuleuse PMR 1 et son étoile mourante](/nebuleuse-pmr1-cerveau-cosmos-jwst-infrarouge), passent eux aussi par des vérifications croisées. Le premier contact, s'il arrive un jour, passera par le même filtre. En attendant, vérifiez vos micro-ondes. ## Sources - Wikipedia, "Proxima Centauri b", consulté le 30 mars 2026 - Nature Astronomy, "A radio technosignature search towards Proxima Centauri resulting in a signal of interest (BLC1)", 2021 - Wikipedia, "Wow ! signal", consulté le 30 mars 2026 - NASA, "James Webb Space Telescope", jwst.nasa.gov, consulté le 30 mars 2026 - arXiv.org, "About arXiv", consulté le 30 mars 2026 - NASA/JPL, "Jet Propulsion Laboratory", jpl.nasa.gov, consulté le 30 mars 2026 - Image : [JWST First Full-Color Images](https://images.nasa.gov/details/NHQ202207120016), Credit: NASA/Bill Ingalls, domaine public - Note : cet article est un canular publié le 1er avril 2026. Les faits concernant Proxima b, le JWST, BLC1 et le signal Wow ! sont réels. Le signal décrit, le pré-print, l'embargo et le micro-ondes sont fictifs. --- ## Chandra rend audible le trou noir de Persée en si bémol - URL: https://www.portail-astronomie.fr/sons-espace-nasa-sonification/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-31T01:00:00 - Categories: cosmologie Le trou noir supermassif au centre de l'amas de Persée produit un son. Pas une métaphore, pas une reconstitution artistique : un son réel, propagé par des ondes de pression dans le gaz multimillions de degrés qui baigne l'amas. La note est un si bémol, enfouie cinquante-sept octaves sous le do central d'un piano. Une fréquence si basse qu'une seule oscillation dure environ dix millions d'années. Et cette note est maintenue depuis à peu près deux milliards et demi d'années. La NASA a rendu ce son audible en 2022, et le résultat est à la fois déconcertant et légèrement perturbant. ## Le son que personne ne pouvait entendre Andrew Fabian, astrophysicien à Cambridge, a identifié ces ondes de pression en 2003, à partir de données du télescope spatial Chandra. L'article, publié dans les Monthly Notices of the Royal Astronomical Society, décrit des ondulations concentriques dans le gaz chaud entourant NGC 1275, la galaxie Seyfert au cœur de l'amas de Persée, à environ deux cent quarante millions d'années-lumière de nous. L'observation a nécessité environ cinquante-trois heures de pose sur Chandra, et le résultat est sans ambiguïté : les jets relativistes du trou noir central créent des cavités dans le gaz intra-amas, et ces cavités génèrent des ondes de pression qui se propagent comme du son dans un milieu matériel. En clair : dans le vide interstellaire, le son ne se propage pas. Mais l'amas de Persée n'est pas vide. Il est rempli d'un plasma à plusieurs dizaines de millions de degrés, suffisamment dense pour transmettre des vibrations acoustiques. Le trou noir est un haut-parleur cosmique, sauf que la fréquence produite se situe tellement en dessous du seuil d'audition humaine qu'il faut la rehausser d'environ cinquante-sept à cinquante-huit octaves pour l'entendre. En pratique, cela revient à multiplier la fréquence par quelque chose comme cent quarante-quatre à deux cent quatre-vingt-huit quadrillions. Le résultat est un drone grave, spectral, qui ne ressemble à rien de ce qu'on associe d'habitude à la musique ou au bruit. Je dois admettre que la première fois que j'ai écouté cet extrait sur le site de Chandra, j'ai trouvé ça plus dérangeant que beau. C'est le genre de son qui vous colle une ambiance de film d'horreur spatial sans le moindre effort. ## Comment la NASA transforme la lumière en son Le programme de sonification a été lancé en 2020 par le Chandra X-ray Center en partenariat avec SYSTEM Sounds, un collectif co-fondé par le Dr Matt Russo, astrophysicien à l'université de Toronto, et le musicien Andrew Santaguida. L'idée n'est pas nouvelle en soi (les radioastronomes "écoutent" le cosmos depuis des décennies via l'audification, c'est-à-dire la conversion directe d'un signal en onde sonore, comme le fait LIGO avec les [ondes gravitationnelles](/ondes-gravitationnelles-218-fusions-ligo-2026/)). Mais le programme Chandra va plus loin avec une technique appelée parameter mapping : au lieu de convertir un signal brut, on associe des propriétés visuelles à des propriétés sonores. L'infrarouge devient les graves, l'optique les médiums, l'ultraviolet les aigus, les rayons X les fréquences les plus hautes. La luminosité d'un pixel contrôle le volume. La position dans l'image détermine le moment où la note est jouée, via un balayage spatial (de gauche à droite, du centre vers l'extérieur, selon l'objet). Le Dr Kimberly Arcand, responsable de la visualisation au Chandra X-ray Center, pilote le projet avec Russo et Andrew Santaguida. La première publication audio du trou noir de Persée, en mai 2022, a généré un intérêt médiatique considérable, parce qu'elle corrigeait une croyance populaire tenace : "dans l'espace, personne ne vous entend crier." La NASA a répondu, en substance : dans un amas de galaxies rempli de gaz chaud, si, on peut. Le cas de Cassiopée A illustre bien la finesse du parameter mapping. Chaque élément chimique détecté par Chandra (silicium, soufre, calcium, fer) est associé à un timbre distinct. Le balayage part du centre du rémanent de supernova vers l'extérieur, et le résultat ressemble à une composition musicale qui raconte l'histoire de l'explosion. La [nébuleuse du Crabe](/hubble-nebuleuse-crabe-25-ans-expansion/), les Piliers de la Création, la nébuleuse de la Carène : plus de quarante objets célestes ont été sonifiés à ce jour. En 2025, les sonifications de WR 124, SS 433 et Centaurus A ont rejoint le catalogue. ## Persée n'est pas seul : M87 descend encore plus bas Le trou noir supermassif de M87, celui dont l'Event Horizon Telescope a capturé la première image directe en 2019, produit une note encore plus grave que Persée. Cinquante-neuf octaves sous le do central. La comparaison s'arrête là en termes d'écoute (à ces niveaux, la différence perceptible entre cinquante-sept et cinquante-neuf octaves est purement intellectuelle), mais elle révèle quelque chose d'important : ces phénomènes acoustiques ne sont pas une curiosité isolée. Les trous noirs supermassifs au centre des amas de galaxies sculptent activement leur environnement gazeux via un processus de rétroaction (feedback en anglais) qui empêche le gaz de se refroidir et de former des étoiles. Les ondes sonores sont le véhicule de cette énergie. L'onde de pression détectée dans l'amas de Persée a une amplitude colossale : la vague la plus étendue couvre environ deux cent mille années-lumière, soit à peu près deux fois le diamètre de la Voie lactée. C'est un tsunami acoustique au ralenti, qui transporte assez d'énergie pour maintenir le gaz intra-amas à plusieurs dizaines de millions de degrés. Sans ce mécanisme, le gaz se refroidirait, s'effondrerait gravitationnellement et formerait des quantités massives d'étoiles. Les observations du [satellite XRISM](/xrism-gamma-cas-naine-blanche-mystere-50-ans/) et de Chandra convergent sur ce point : la rétroaction acoustique des trous noirs est un régulateur majeur de l'évolution des amas de galaxies. Sur ce point précis, j'hésite encore à qualifier ça de "chant" comme le font les communiqués NASA. C'est efficace pour la communication, mais ça romantise un processus qui relève davantage du marteau-piqueur cosmique que de la berceuse. ## L'oreille comme instrument scientifique Christine Malec, autrice et consultante non-voyante basée à Toronto, a été l'une des premières personnes à tester les sonifications dans un cadre d'accessibilité. Son retour a orienté une partie du développement du programme : l'audio transmet des informations spatiales et spectrales que les descriptions textuelles peinent à rendre. Des études préliminaires menées par l'équipe de Russo montrent des gains d'apprentissage mesurables, chez les personnes aveugles comme chez les voyants, lorsque les données astronomiques sont présentées sous forme sonore en complément du visuel. Le documentaire "Listen to the Universe", diffusé sur NASA+ en février 2024, synthétise cette démarche. Ce n'est pas un gadget pédagogique. Le parameter mapping permet de détecter des structures dans les données que l'œil manque, parce que l'oreille humaine est meilleure que l'œil pour repérer des variations temporelles fines. Les données multibandes du [JWST et de Hubble sur Saturne](/webb-hubble-saturne-infrarouge-visible-2026/) ou du [télescope Euclid sur la matière noire](/euclid-dr1-matiere-noire-cisaillement-gravitationnel/) pourraient bénéficier de ce traitement. La question n'est plus "peut-on écouter l'espace ?" mais "que rate-t-on en ne l'écoutant pas ?". Le trou noir de Persée chante en si bémol depuis plus longtemps que la vie complexe n'existe sur Terre. Il continuera après nous. Le fait que quelqu'un ait eu l'idée de rehausser ce signal de cinquante-sept octaves pour le rendre audible à des primates sur une planète rocheuse, à deux cent quarante millions d'années-lumière de là, est probablement ce que l'astronomie a produit de plus absurde et de plus beau ces dernières années. ## Sources - [NASA's New Black Hole Sonifications With a Remix - NASA](https://www.nasa.gov/universe/new-nasa-black-hole-sonifications-with-a-remix/) - [Perseus Cluster Sound - Chandra X-ray Observatory](https://chandra.si.edu/sound/perseus.html) - [Sound Catalog - Chandra X-ray Observatory](https://chandra.si.edu/sound/) - [Fabian et al. 2003, MNRAS 344(3), L43-L47 - Sound waves in Perseus](https://academic.oup.com/mnras/article/344/3/L43/1167751) - [Chandra Press Release: Perseus Cluster 2003](https://chandra.harvard.edu/press/03_releases/press_090903.html) - [Strange but True: Black Holes Sing - Scientific American](https://www.scientificamerican.com/article/strange-but-true-black-holes-sing/) - Image : [Vague géante dans l'amas de Persée](https://images.nasa.gov/details/GSFC_20171208_Archive_e000078), Credit: NASA/CXC/SAO/E.Bulbul, et al., domaine public --- ## Cloud-9 : la galaxie ratée qui révèle la matière noire - URL: https://www.portail-astronomie.fr/cloud-9-galaxie-ratee-matiere-noire-hubble-relhic/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-30T06:20:00 - Categories: cosmologie Peut-on observer une galaxie qui n'a jamais réussi à naître ? La question semble absurde, et pourtant, c'est exactement ce que l'équipe de Gagandeep Anand au Space Telescope Science Institute a accompli en pointant Hubble vers la périphérie de M94, une galaxie spirale de la constellation des Chiens de Chasse. Là où l'on s'attendait à trouver soit des étoiles, soit rien du tout, les instruments ont révélé un objet d'un genre nouveau : un nuage d'hydrogène neutre enveloppé dans un halo de matière noire, sans la moindre étoile détectable. Les chercheurs l'ont baptisé Cloud-9, neuvième nuage identifié en périphérie de M94, et premier objet confirmé d'une catégorie théorique que la cosmologie attendait depuis des années. ## Ce que Cloud-9 est, et ce qu'il n'est pas Cloud-9 appartient à la classe des RELHIC (REionization-Limited H I Cloud), un concept théorique introduit par Benítez-Llambay et ses collaborateurs en 2017 dans les Monthly Notices of the Royal Astronomical Society. La nuance est importante ici : un RELHIC n'est pas simplement un nuage de gaz flottant dans le vide intergalactique. C'est un minihalo de [matière noire](/euclid-dr1-matiere-noire-cisaillement-gravitationnel/) dont la masse se situe dans une plage très précise, suffisante pour retenir du gaz d'hydrogène neutre, mais insuffisante pour déclencher la formation d'étoiles. Concrètement, cela signifie que Cloud-9 possède un halo de matière noire estimé à environ cinq milliards de masses solaires, tandis que son cœur d'hydrogène neutre ne représente qu'environ un million de masses solaires, réparti sur un diamètre d'environ quatre mille neuf cents années-lumière. L'ensemble se trouve à quelque quatorze millions d'années-lumière de nous. Pour situer l'échelle : la matière noire constitue environ 85 % de toute la matière de l'Univers, soit 27 % de son contenu total (le reste se partageant entre 5 % de matière ordinaire et 68 % d'énergie noire). Cloud-9 est un fragment de cette architecture invisible, un squelette sans chair. Ce qui distingue Cloud-9 de tout autre objet connu, c'est l'absence totale d'étoiles. L'équipe d'Anand a utilisé la caméra ACS (Advanced Camera for Surveys) de Hubble pour sonder la région avec une confiance de 99,5 %. Résultat : la limite stellaire se situe en dessous d'environ trois mille masses solaires. Pour bien comprendre ce mécanisme, il faut comparer avec Dragonfly 44, une galaxie ultra-diffuse composée à 99,99 % de matière noire, qui fait régulièrement les titres. Dragonfly 44 possède des étoiles. Cloud-9, non. C'est cette absence qui en fait un objet d'une tout autre nature, et bien plus révélateur qu'on ne le croirait. ## La réionisation comme verrou stellaire Pourquoi Cloud-9 n'a-t-il jamais formé d'étoiles ? La réponse remonte à l'époque de la réionisation, cette période comprise entre environ cent cinquante millions et un milliard cent millions d'années après le Big Bang, durant laquelle les premières étoiles et galaxies ont inondé l'Univers de rayonnement ultraviolet. Ce rayonnement a chauffé le gaz intergalactique, le rendant trop énergétique pour s'effondrer gravitationnellement dans les halos de matière noire les plus modestes. Alejandro Benítez-Llambay, de l'université Milano-Bicocca, et Julio Navarro ont formalisé ce mécanisme dans un article publié en 2023 dans The Astrophysical Journal (volume 956). Leur modèle identifie un intervalle critique de masse pour les minihalos de matière noire : entre environ cent millions et cinq milliards de masses solaires. En dessous de cette fourchette, le halo est trop léger pour retenir le moindre gaz, qui se disperse sous l'effet du rayonnement UV. Au-dessus, la gravité l'emporte et les étoiles finissent par se former. Cloud-9 se situe exactement dans cet intervalle, piégé dans un équilibre que Benítez-Llambay résume ainsi : "This is a tale of a failed galaxy […] seeing no stars is what proves the theory right." Le gaz de Cloud-9 se maintient à une température d'environ vingt mille kelvins, non rotatif, hautement sphérique et compact. Ces propriétés correspondent point par point aux prédictions théoriques des RELHIC. La théorie existait depuis 2017. Il aura fallu huit ans pour trouver le premier candidat qui la confirme. J'ai présenté ce mécanisme de verrouillage UV à des étudiants en master l'an dernier, et la moitié de la salle pensait que c'était un artefact numérique, pas un processus physique réel. ## La traque instrumentale : du radiotélescope chinois à Hubble La découverte de Cloud-9 n'est pas le fruit d'un seul instrument, mais d'une convergence de trois technologies complémentaires. Le radiotélescope FAST, installé dans la province du Guizhou en Chine (le plus grand radiotélescope à ouverture remplie au monde), a détecté le signal d'hydrogène neutre aux alentours de 2023. Le Green Bank Telescope (GBT) et le Very Large Array (VLA) ont ensuite confirmé et affiné les mesures radio, établissant la masse et la géométrie du nuage. Mais c'est Hubble qui a posé la question décisive : y a-t-il des étoiles ? La caméra ACS a scruté la position exacte de Cloud-9, cherchant la moindre source lumineuse résolue. Rien. Zéro étoile détectée, avec une confiance statistique de 99,5 %. Andrew Fox, du Space Telescope Science Institute, a commenté la portée de cette absence : "This cloud is a window into the dark Universe." Les résultats complets ont été publiés par Anand et ses collaborateurs dans The Astrophysical Journal Letters, volume 993, L55, en novembre 2025 (DOI: 10.3847/2041-8213/ae1584), puis présentés lors de la 247e réunion de l'American Astronomical Society en janvier 2026. ## Le problème des satellites manquants Cloud-9 apporte un élément de réponse à l'un des problèmes les plus persistants de la cosmologie moderne. Le modèle standard ΛCDM (Lambda-Cold Dark Matter) prédit que chaque grande galaxie devrait être entourée de milliers de sous-halos de matière noire. Or, autour de la Voie lactée, on n'observe qu'une poignée de galaxies naines satellites. Cet écart, connu sous le nom de "problème des satellites manquants", a longtemps alimenté le doute sur la validité du modèle. L'existence de Cloud-9 suggère que ces sous-halos existent bel et bien, mais qu'ils sont restés invisibles parce qu'ils n'ont jamais formé d'étoiles. Si la réionisation a stérilisé les minihalos situés dans l'intervalle de masse des RELHIC, alors des centaines, voire des milliers de ces "galaxies ratées" pourraient orbiter autour de chaque grande galaxie, indétectables par les télescopes optiques classiques. La matière noire serait là, exactement où le modèle la prédit, simplement dépourvue de la signature lumineuse que nous avons l'habitude de chercher. Le problème de fond est que notre perception de l'Univers est biaisée par la lumière. Nous cartographions ce qui brille. Ce qui ne brille pas, nous l'ignorons, et nous confondons cette ignorance avec une absence. Cloud-9 corrige ce biais, non pas en émettant de la lumière, mais en émettant de l'hydrogène sur la bande radio, à une longueur d'onde que seuls les radiotélescopes captent. ## Ce que Cloud-9 enseigne sur la matière invisible La portée de cette découverte dépasse la simple curiosité astronomique. Elle touche à la manière dont nous comprenons la répartition de la matière dans l'Univers, et par extension, à la façon dont nous modélisons les systèmes complexes en général. Les astronomes qui scrutent les [ondes gravitationnelles](/ondes-gravitationnelles-218-fusions-ligo-2026/) connaissent bien cette dynamique : un système peut rester stable pendant des millions d'années, puis basculer quand un paramètre franchit un seuil critique. Cloud-9 illustre le cas inverse, celui d'un système qui n'a jamais basculé, maintenu en deçà du seuil de formation stellaire par un événement cosmique survenu durant les premiers milliards d'années de l'Univers. Cette logique de seuils et d'irréversibilité se retrouve dans des domaines apparemment éloignés. Les observations du [JWST sur Saturne](/webb-hubble-saturne-infrarouge-visible-2026/) illustrent une logique similaire : les mêmes instruments révèlent des structures invisibles à l'œil nu, et c'est dans l'infrarouge ou le radio que se cachent les réponses aux questions les plus anciennes de la cosmologie. Je ne suis pas encore certain que la catégorie RELHIC survive telle quelle aux prochaines campagnes d'observation, mais le cadre théorique tient la route. Cloud-9 est le premier et, à ce jour, le seul RELHIC confirmé. Sa découverte ouvre un programme d'observation systématique : combien d'autres minihalos sombres se cachent dans les périphéries galactiques ? Les instruments actuels (FAST, SKA à terme) possèdent la sensibilité nécessaire pour les détecter. Mais il faudra chercher là où, précisément, il n'y a rien à voir. Et c'est peut-être la leçon la plus difficile que Cloud-9 nous impose : en science comme ailleurs, l'absence de signal n'est pas l'absence de réalité. ## Sources - [NASA's Hubble Examines Cloud 9, First of New Type of Object - NASA Science](https://science.nasa.gov/missions/hubble/nasas-hubble-examines-cloud-9-first-of-new-type-of-object/) - [Cloud 9 : Hubble reveals a dark-matter halo with no stars - ESA/Hubble](https://esahubble.org/news/heic2601/) - [Starless dark matter 'failed galaxy' near M94 - NRAO](https://public.nrao.edu/news/starless-dark-matter-failed-galaxy-near-m94/) - [Starless Cloud 9 Is an Entirely New Astrophysical Object - Scientific American](https://www.scientificamerican.com/article/starless-cloud-9-is-an-entirely-new-astrophysical-object/) - [Mysterious Cloud 9 may be the dark matter bones of a failed galaxy - ScienceAlert](https://www.sciencealert.com/mysterious-cloud-9-may-be-the-dark-matter-bones-of-a-failed-galaxy) - [Anand et al. 2025, ApJL vol. 993, L55 - ADS](https://ui.adsabs.harvard.edu/abs/2025ApJ...993L..55A/abstract) - Image : [A Hubble View of Starburst Galaxy Messier 94](https://images.nasa.gov/details/GSFC_20171208_Archive_e000526) , Credit: NASA/ESA/Hubble, domaine public --- ## Mars Sample Return : le Congrès sauve, la NASA trinque - URL: https://www.portail-astronomie.fr/mars-sample-return-annule-congres-us-echantillons-perseverance/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-30T06:20:00 - Categories: exploration-spatiale Le programme Mars Sample Return est en sursis. Pas faute de science, pas faute de technologie. Faute d'argent et de volonté politique. Perseverance roule sur Mars avec trente-trois tubes remplis sur quarante-trois. Les échantillons existent. La mission pour les ramener sur Terre, elle, se disloque entre le Congrès, la Maison-Blanche et des agences spatiales qui ne savent plus sur quel pied danser. Voici où on en est, sans détour. ## Le Congrès vote, la Maison-Blanche coupe Le feuilleton budgétaire de MSR résume tout ce qui ne tourne pas rond dans le financement spatial américain. Côté Congrès, le soutien est massif. La Chambre a voté le H.R. 6938 le 8 janvier 2026 : trois cent quatre-vingt-dix-sept pour, vingt-huit contre. Le Sénat a suivi le 15 janvier : quatre-vingt-deux pour, quinze contre, trois abstentions. Le budget NASA FY2026 atterrit à 27,533 milliards de dollars. Mars Sample Return survit. Côté Maison-Blanche, c'est une autre histoire. La proposition budgétaire de mai 2025 prévoyait moins vingt-cinq pour cent sur le budget NASA global. Moins quarante-sept pour cent sur la science. Et l'élimination d'une quarantaine de missions. Le sénateur Van Hollen a rejeté ce scénario frontalement. Le Congrès a tenu bon. Mais le mal est fait. Le signal envoyé aux équipes, aux sous-traitants, aux partenaires internationaux : MSR n'est pas une priorité de l'exécutif. Et dans le système américain, un programme que la Maison-Blanche veut enterrer finit rarement par prospérer. ## Huit à onze milliards : l'escalade qui a tué la confiance Bill Nelson, alors administrateur de la NASA, a posé le diagnostic sans anesthésie : "11 billion is too expensive, and not returning samples until 2040 is unacceptably too long." Les chiffres racontent l'histoire. En 2020, l'estimation se situait entre 3,8 et 4,4 milliards de dollars. Puis 5,6 à 7,2 milliards. En 2024, le verdict tombe : huit à onze milliards, part NASA seule. L'Office of Management and Budget (OMB) qualifie le programme de "grossly overbudget". Cette dérive budgétaire n'est pas un accident. MSR est un programme d'une complexité extrême. Perseverance collecte les échantillons. Un Sample Retrieval Lander doit se poser sur Mars. Un Mars Ascent Vehicle (MAV) doit décoller depuis la surface martienne, une première absolue. Et l'Earth Return Orbiter (ERO) de l'ESA doit intercepter les échantillons en orbite martienne, là où Mars Express a récemment [observé la comète interstellaire 3I/ATLAS](/comete-3i-atlas-juice-mars-express-observations), et les ramener sur Terre. Quatre véhicules, deux agences. Zéro marge d'erreur. Le prix reflète la difficulté. Mais quand le prix triple en quatre ans, même les défenseurs les plus convaincus perdent leur argumentaire. ## Perseverance fait son travail, personne ne vient chercher le colis Le rover Perseverance a atterri dans le cratère Jezero le 18 février 2021. En juillet 2025, il avait rempli trente-trois tubes sur quarante-trois. Dix tubes sont déjà déposés au dépôt Three Forks depuis janvier 2023. Les vingt-trois autres sont à bord du rover. Et puis il y a Cheyava Falls. En septembre 2025, l'équipe de Joel Hurowitz publie dans Nature une découverte qui change la donne. La roche présente de la vivianite et de la greigite, une combinaison minérale compatible avec une biosignature. L'équipe de Hurowitz n'a pas identifié de processus abiotique convaincant pour expliquer ce qu'elle observe. La combinaison minérale n'est pas une preuve de vie. Mais c'est le signal le plus fort jamais détecté sur Mars. Et les échantillons qui pourraient trancher la question sont là-bas, dans des tubes en titane, à attendre qu'on vienne les chercher. (En écrivant ça, je ne peux pas m'empêcher de penser à la mission MMX du Japon vers Phobos. Les Japonais, eux, ont un calendrier. Et un budget qui tient.) ## L'ESA prise en étau entre MSR et sa propre survie L'Agence spatiale européenne avait un rôle central dans MSR. Airbus a décroché le contrat de l'Earth Return Orbiter pour 491 millions d'euros. Un vaisseau capable de capture orbitale autonome autour de Mars, conçu pour un aller-retour de cinq ans. Le 28 mars 2026, les États membres de l'ESA demandent l'annulation de l'ERO. Le programme MSR côté NASA est trop incertain. L'ESA ne veut pas construire un vaisseau pour une mission qui n'aura peut-être jamais lieu. La réponse de l'ESA : ZefERO. Reconvertir l'ERO en mission autonome, avec un lancement prévu en 2032. Récupérer ce qui peut l'être, redonner un objectif à des années de développement. C'est pragmatique. Sur le fond, je ne sais pas si c'est un plan B crédible ou juste une manière de sauver la face. Mais c'est l'aveu que le partenariat MSR tel qu'il était conçu est mort. ## La Chine ne s'embarrasse pas de feuilletons budgétaires Sur un sujet proche, découvrez notre article : Apophis 2029 : RAMSES, OSIRIS-APEX et ApophisExL prêts. Pendant que Washington débat et que l'ESA se réorganise, la Chine avance. Tianwen-3 est en phase de construction depuis mars 2026. Lancement prévu fin 2028. Retour d'échantillons sur Terre vers 2031. Objectif : au moins cinq cents grammes de sol martien. Casey Dreier, de la Planetary Society, tempère : "Random rocks will almost certainly not answer big questions MSR is designed to answer." C'est vrai. Les échantillons de Perseverance ont été sélectionnés avec soin, dans un cratère choisi pour son potentiel géologique et biologique. Tianwen-3 fera du bon travail, mais ce ne sera pas la même science. Le problème, c'est que "pas la même science" reste mieux que "pas de science du tout". Si les tubes de Perseverance restent sur Mars pendant que la Chine ramène ses propres échantillons, le symbole sera dévastateur. Le sénateur Hamilton l'a dit sans détour : le maintien du leadership américain face à la Chine est une priorité absolue pour la NASA, et y renoncer serait une capitulation stratégique. ## JPL paye le prix fort Le Jet Propulsion Laboratory, berceau de MSR et de Perseverance, a perdu plus de mille cinq cents emplois en quatre vagues de licenciements, soit environ vingt-cinq pour cent de ses effectifs. La dernière vague, en octobre 2025 : cinq cent cinquante postes supprimés. C'est la conséquence directe de l'incertitude budgétaire. Un labo qui ne sait pas s'il aura un programme dans deux ans ne peut pas garder ses ingénieurs. Et des ingénieurs qui partent ne reviennent pas. La compétence perdue est définitive. Mars Future Missions, le programme de remplacement, a reçu cent dix millions de dollars pour développer des technologies (radar, spectroscopie, EDL). C'est un lot de consolation. Pas un plan. ## Missions humaines vers Mars : l'argument qui ne tient pas L'OMB a avancé un argument qui mérite d'être démonté. Selon le bureau du budget, "sample return goals will be achieved by human missions to Mars." Traduction : pas besoin de MSR robotique, les astronautes iront chercher les échantillons eux-mêmes. Scott Hubbard, ancien directeur du programme Mars à la NASA, a répondu sans filtre : "Let's get real. When ?! It's nonsense on several levels." Aucune mission habitée vers Mars n'est crédiblement planifiée avant 2039 ou 2040. Et même cette date est optimiste, compte tenu de l'état actuel du développement des systèmes de transport interplanétaire habité. (D'ailleurs, si [la propulsion nucléaire électrique que la NASA développe](/propulsion-nucleaire-electrique-nasa-mars-2028) n'aboutit pas, les missions habitées vers Mars reculeront encore. Les deux sujets sont liés.) Dire "les astronautes iront" est un argument politique, pas technique. C'est une manière de repousser le problème au-delà de l'horizon budgétaire en cours. Classique. ## La mobilisation citoyenne pèse, mais ne suffit pas La Planetary Society a mobilisé ses membres. Environ quatre-vingt-cinq mille messages envoyés au Congrès en faveur de MSR. Le résultat est là : les votes FY2026 montrent un soutien bipartisan solide. Mais le Congrès vote des budgets, il ne gère pas des programmes. La NASA doit exécuter. Et si l'exécutif freine, si les partenaires internationaux se désengagent, si les coûts continuent de grimper, le vote du Congrès devient un vœu pieux. MSR est la priorité numéro un des deux dernières Decadal Surveys en sciences planétaires. La communauté scientifique est unanime. Les tubes sont sur Mars. La technologie est à portée de main. Et pourtant, on regarde le programme se déliter en temps réel. Pendant qu'Artemis II s'apprête à envoyer quatre astronautes autour de la Lune malgré les doutes sur [le bouclier thermique de la capsule Orion](/artemis-ii-bouclier-thermique-rentree-atmospherique), et que la NASA investit des milliards dans le programme lunaire, les échantillons de Perseverance attendent dans la poussière de Jezero. MSR est planifié depuis les années 1980. On parle de quarante ans de promesses. La question n'est plus "est-ce qu'on peut ?". C'est "est-ce qu'on veut ?". Et pour l'instant, Washington regarde ailleurs. (Si le sujet DART et la déviation d'astéroïdes vous parle, c'est le même genre de mission planétaire à long terme. Le genre que les budgets annuels ont du mal à protéger.) ## Sources - The Planetary Society, "Advocacy Success: FY2026 NASA Budget", 2026 - The Register, "NASA science budget", janvier 2026 - Scientific American, "Trump Budget Calls for Stranding NASA's Mars Samples on the Red Planet", 2025 - Wikipedia, "NASA-ESA Mars Sample Return", consulté le 29 mars 2026 - The Planetary Society, "A Biosignature on Mars: Unpacking Perseverance's Cheyava Falls Find", 2025 - European Spaceflight, "ESA Member States Call for Cancellation of Earth Return Orbiter", mars 2026 - Image : [Perseverance Scouts Landing Sites for Mars Sample Return](https://images.nasa.gov/details/PIA25370), Credit: NASA/JPL-Caltech, domaine public --- ## Éclipse solaire totale août 2026 : guide observation Europe - URL: https://www.portail-astronomie.fr/eclipse-solaire-totale-12-aout-2026-europe-guide-observation/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-29T05:00:00 - Updated: 2026-08-06T15:13:43 - Categories: evenements-celestes Août 2026. Une bande de totalité qui coupe l'Europe du nord au sud : Islande, Groenland, Espagne. Pour la première fois depuis 1999, vous pouvez voir une éclipse solaire totale sans quitter le continent européen. Il y a 27 ans, c'était l'événement du siècle. Aujourd'hui, c'est votre chance. Je vous donne les faits et les bons plans pour la voir. ## Mise à jour, 6 août 2026 Le fait qui compte le plus pour votre sécurité : la DGCCRF a lancé une campagne nationale de contrôle sur les lunettes d'éclipse vendues en kiosque en France. Près de 90 professionnels étaient déjà inspectés au 23 juillet 2026. L'Association française d'astronomie avait alerté avant elle sur des fascicules qui présentent leurs lunettes comme certifiées sans jamais identifier le fabricant ni fournir de notice en français. Vérifiez le marquage CE et la norme ISO 12312-2 avant d'enfiler quoi que ce soit ([communiqué DGCCRF](https://presse.economie.gouv.fr/?p=181861)). Côté météo, l'AEMET publie à partir de ce vendredi 7 août un bulletin spécial éclipse quotidien : prévision générale, phénomènes adverses, risque d'incendie, et surtout nébulosité, avec un visualiseur interactif sur [www.trioeclipses.es](https://www.trioeclipses.es) ([AEMET](https://www.aemet.es/en/noticias/2026/08/prediccion_especial_eclipse_2026)). La dernière prévision de nébulosité disponible (modèle ECMWF AIFS-ENS, run du 31 juillet) donne des probabilités d'obstruction nuageuse par ville : Oviedo 57 %, Vitoria 49 %, Saragosse 48 %, Huesca 48 %, Santander 46 %, Bilbao 45 %, Pampelune 45 %, Lleida 43 %, San Sebastián 41 %, Tarragone 39 %, Barcelone 26 % ([meteovigo.es](https://www.meteovigo.es/actualidad/nuevo-mapa-probabilidad-nubosidad-eclipse-12-agosto-2026.html)). Burgos n'y figure pas, aucune valeur n'est disponible pour cette ville. Dernier point avant de partir : réservez vite. Les recherches d'hébergement pour la nuit du 12 au 13 août explosent dans les provinces sous la bande de totalité, avec des hausses de +522 % à Soria, +356 % à León, +345 % à Palencia et +325 % à Burgos sur un an ([idealista.com](https://www.idealista.com/news/inmobiliario/hoteles/2026/08/04/909015-el-eclipse-solar-dispara-hasta-un-500-las-reservas-de-hotel-en-el-interior-de-espana)). ## Où exactement et à quelle heure ? Pour le détail minute par minute par ville, notre [grille des quatre contacts, C1 à C4](/eclipse-12-aout-2026-deroule-minute-par-minute-contacts-villes) couvre 12 villes de la bande de totalité et 7 villes françaises en partielle. La bande de totalité traverse trois zones. Le Groenland passe en premier, avant l'Islande : la bande traverse d'abord l'Arctique et la Sibérie du Nord, puis le nord-est du Groenland, puis l'ouest de l'Islande, avant l'Atlantique et le nord de l'Espagne. Cette première portion circule d'est en ouest, ce qui trompe une lecture rapide de la carte. En Islande, le Soleil est haut, vous avez la meilleure fenêtre météo d'Europe (ça ne garantit rien, mais c'est déjà ça). Le maximum absolu de durée, deux minutes et dix-huit secondes, se produit en mer, à 45 km au large de la côte ouest de l'Islande, pas sur l'île elle-même. Sur terre, le maximum atteint 2 min 13 s aux Westfjords. Dans les agglomérations islandaises, comptez de 30 secondes à 1 min 40 s selon le lieu, Reykjavik n'a qu'environ une minute (58 à 61 s selon la source). L'Espagne, c'est l'option accessible pour 99 % des lecteurs. La bande couvre le nord et le centre du pays (Burgos, Saragosse, Oviedo, Bilbao) : des villes réelles, avec des routes et des hôtels. Oviedo offre la meilleure fenêtre (1 min 48 s), Burgos 1 min 43 s, Saragosse 1 min 23 s. Vous n'êtes pas obligé de choisir la "meilleure" ville. N'importe où dans la bande suffit. L'heure ? Août local, en heure d'Espagne (CEST, UTC+2). Soleil bas sur l'horizon, fin d'après-midi/début de soirée. À Oviedo, la totalité débute à 20 h 27. À Burgos, elle débute à 20 h 28, avec un maximum à 20 h 29. À Saragosse, elle débute à 20 h 29. Pas besoin de vous lever à cinq heures du matin. En France ? Vous restez en zone partielle : Biarritz voit 99,5 % du disque solaire couvert, Paris 92 %, Lille 90 %. C'est plus que rien, mais ce n'est pas la totalité. ## Équipement de sécurité : ce qu'il faut vraiment En zone partielle, donc partout en France métropolitaine, les lunettes ne se retirent jamais, du premier au dernier contact. Il n'existe aucun instant, où que vous soyez hors de la bande de totalité, où regarder le Soleil sans elles est sans danger, pas même à 99,5 % de couverture à Biarritz. À 99 % d'obscuration, l'éclairement au zénith n'est encore que de 1 000 lux, la luminosité d'une journée couverte : il fait encore manifestement jour. La chute brutale de lumière ne se produit que dans le dernier pourcent, donc uniquement à l'intérieur de la bande de totalité ([American Astronomical Society](https://eclipse.aas.org/eye-safety), [DGCCRF](https://presse.economie.gouv.fr/?p=181861)). Lunettes ISO 12312-2. C'est l'acronyme chiant pour dire « lunettes approuvées pour éclipse solaire ». Elles bloquent au moins 99,9968 % de la lumière solaire. Vous les enfilez, vous regardez. C'est tout. Comment reconnaître une paire fiable de l'autre ? Notre [test des lunettes ISO 12312-2](/eclipse-12-aout-2026-lunettes-iso-12312-2-filtres-securite) détaille ce qu'il faut vérifier avant d'acheter. Pas de raccourci. Les lunettes de soleil normales, les verres fumés, un morceau de film photo : dangereux. Les lunettes de soudeur (teinte 14) théoriquement marchent, mais c'est flou et pas certifié. Vérifiez le marquage CE et la norme ISO 12312-2, achetez chez un fabricant connu ou un revendeur qu'il identifie publiquement lui-même. La liste des fournisseurs vérifiés de l'American Astronomical Society est sur eclipse.aas.org. Jumelles + lunettes éclipse ? Non, jamais. Le filtre concentre la lumière, l'objectif la focalise, votre rétine brûle instantanément. Si vous voulez des jumelles, mettez un filtre solaire sur l'objectif. Ou oubliez les jumelles et contentez-vous de vos yeux. Télescope ? Même logique. Filtre sur l'objectif obligatoire. Pas d'improvisation. Méthode du sténopé ? Vous pouvez aussi prendre deux feuilles blanches, percer un trou dans l'une, et projeter l'image du Soleil sur l'autre feuille tenue à distance. C'est zéro risque, c'est lent, c'est cool pour les enfants. Ça marche. Le juste avant et le juste après ont chacun un nom, et une règle. Juste avant l'entrée en totalité, la lumière du Soleil filtre encore entre les reliefs du bord lunaire : ce sont les grains de Baily, puis un dernier point brillant forme l'anneau de diamant. Lunettes en place. La totalité commence seulement quand ce point disparaît complètement et que le ciel s'assombrit d'un coup. C'est là, et seulement là, que vous retirez les lunettes, mais uniquement si vous êtes dans la bande de totalité, jamais en zone partielle. Connaissez la durée exacte de totalité pour votre ville avant de partir : de 1 min 23 s à Saragosse à 1 min 48 s à Oviedo dans les grandes villes de la bande. Aucune ville espagnole n'atteint deux minutes. Sur la bordure nord de la bande, à Bilbao et dans le reste de la Bizkaia, quelques kilomètres décident de tout : dans cette seule province, 62 municipalités sur 112 n'ont aucune totalité, et la durée va de 3 secondes à Derio à 65 secondes à Lanestosa. Si vous n'avez pas vérifié votre municipalité exacte dans le tableau de l'Instituto Geográfico Nacional, ne retirez jamais vos lunettes. Ne comptez jamais deux minutes : comptez la durée réelle de votre lieu d'observation, vérifiée au tableau. Pendant la totalité, et seulement pendant la totalité, les lunettes n'existent plus. Les lunettes 12312-2 vous rendent presque aveugle en totalité, parce que le Soleil disparaît pour vrai. Vous pouvez regarder à l'œil nu, entre la disparition du dernier point de l'anneau de diamant et sa réapparition à la sortie. Juste l'œil nu. Pas de filtre, pas de truc. À la sortie de totalité, la séquence se rejoue à l'envers : anneau de diamant, puis grains de Baily. Remettez vos lunettes AVANT ce moment, avant la fin annoncée de la totalité pour votre ville, pas quand vous voyez la lumière revenir. Si vous attendez de voir une lueur pour réagir, il est déjà trop tard : le disque solaire est de nouveau exposé et vous regardez sa photosphère à l'œil nu. C'est la consigne de la NASA et de l'American Astronomical Society. Retenez une seule règle : lunettes ON en dehors de la totalité, lunettes OFF uniquement entre la disparition et la réapparition complètes du Soleil, jamais avant, jamais après. Voici les heures de fin de totalité, celles qui doivent déclencher la remise des lunettes, pour les quatre grandes villes de la bande (heure d'Espagne, CEST, UTC+2, source Instituto Geográfico Nacional) : | Ville | Début de totalité | Fin de totalité | | --------- | ----------------- | ---------------- | | Oviedo | 20 h 27 min 07 s | 20 h 28 min 55 s | | Burgos | 20 h 28 min 27 s | 20 h 30 min 10 s | | Saragosse | 20 h 29 min 04 s | 20 h 30 min 27 s | | Bilbao | 20 h 27 min 26 s | 20 h 27 min 53 s | Ces horaires varient de 5 à 15 secondes selon la source consultée. Prenez-les avec une marge : remettez vos lunettes plusieurs secondes avant l'heure de fin indiquée dans ce tableau, jamais à la seconde affichée. ## Où aller pour avoir les meilleures chances météo La fracture est nette entre la côte et l'intérieur. Sur la corniche cantabrique (Bilbao, Oviedo, Santander), l'Instituto Geográfico Nacional espagnol donne seulement 30 à 50 % de chances de ciel dégagé. À l'intérieur (Burgos, Saragosse), l'ensoleillement d'août tourne plutôt autour de 70 % : Saragosse a eu un ciel dégagé 18 années sur 21. Burgos et Saragosse restent vos meilleurs paris, la côte atlantique piège les nuages derrière les Pyrénées. Islande : 70 % de chances de nuages le 12 août. Coup de poker. Si vous y allez, vous acceptez de perdre. La météo à deux semaines d'avance n'existe pas. Trois jours avant, vous pouvez commencer à vraiment guetter. Une semaine avant, vous êtes juste paranoïaque. Si vous visez Burgos, allez-y une semaine avant. Testez le lieu, les lunettes, la visibilité vers le Soleil vers 20 h 30, à la hauteur qu'il aura le jour J : environ 8 degrés au-dessus de l'horizon ouest-nord-ouest. Une semaine avant en fin d'après-midi, le Soleil est bien plus haut, l'horizon paraîtra dégagé à tort. Si le jour J c'est noir, vous avez exploré les environs, il n'y a pas de "fin du monde". C'est une éclipse, pas une opération à risque vitaux. ## Se placer correctement : détails pratiques Le Soleil passe d'est à ouest, c'est normal. À Burgos, au maximum de l'éclipse vers 20 h 29, le Soleil est bas sur l'horizon, à 8 degrés seulement. Dégagez-vous de tout ce qui le cache (immeubles, collines, arbres). Un champ découvert ou une toiture dégagée marche. Cette hauteur varie de 2,4 à 10,2 degrés selon la ville de la bande : notre [tableau des hauteurs du Soleil en Espagne](/eclipse-12-aout-2026-ou-se-placer-espagne-hauteur-soleil-horizon) décide où vous placer avant même de choisir votre spot exact. Allez-y sans chaussures de rando. Les champs de blé ça existe aussi. Un parking de supermarché plat, c'est banal mais ça fonctionne. Apportez un tabouret. La phase partielle avant et après la totalité dure longtemps : à force de regarder le Soleil bas sur l'horizon, vous allez vous tirer des muscles du cou. Emportez une bouteille d'eau et des fruits secs. Il fait 28°C à Burgos en août. Pas de dramatique, mais vous restez dehors une heure, faites le calcul. Partez tôt. Les routes vers la bande vers 17 h vont être hyper chargées. Si vous pouvez être déjà sur place à 15 h, c'est du temps gagné. ## La première éclipse lunaire de 2026 Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Éclipse lunaire du 28 août 2026 : ce que verra la France](/eclipse-lunaire-partielle-28-aout-2026-observation). Il y a eu une éclipse lunaire le 3 mars. Vous l'avez ratée ? Ce n'était que la première éclipse lunaire de 2026. La solaire totale d'août, c'est LE rendez-vous. Les éclipses lunaires, vous pouvez les regarder d'un fauteuil. Les solaires totales, non. ## Context: quatre éclipses en douze mois Sur un sujet proche, découvrez notre article : [T Coronae Borealis : la nova qui se fait attendre](/t-coronae-borealis-nova-recurrente-2026-observation-guide). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Analème solaire : photographier la course du Soleil en un an](/analemme-solaire-figure-huit-inclinaison-axiale). L'année 2026 est l'année des éclipses. Février : éclipse annulaire sur l'Antarctique (ratée de très loin pour vous). Mars : lunaire totale (visible d'Asie surtout). Août : solaire totale (VOTRE éclipse). 28 août : lunaire partielle. 2027 et 2028 vous offrent encore mieux : trois éclipses solaires visibles depuis l'Espagne en dix-sept mois, deux totales (12 août 2026, 2 août 2027) et une annulaire (26 janvier 2028). On appelle ça l'époque où les éclipses sont "nombreuses". Ça dure trois ans. C'est statistiquement rare. Profitez. J'hésite encore sur ce qu'il y aura à voir après le spectacle d'août. La couronne est spectaculaire, mais seulement le temps très court de la totalité. Qu'est-ce que ça change dans la tête ? C'est pas une question pédante, c'est vraiment ce que je me pose. Les gens qui reviennent des zones de totalité disent toujours « c'était incroyable, je pensais pas » ; je me demande si c'est fondé ou si c'est juste le kiff de s'être levé tôt pour de l'astro. ## Lieux clés en Espagne **Burgos** : à environ 160 km de Bilbao (moins de 2 heures par l'AP-68), centre-nord castillan, autoroute A1, infrastructure classique. Cathédrale gothique si vous voulez un landmark visuel avant/après. Très touristique. **Saragosse** : à 300 km de Madrid, axe Madrid-Barcelone, plus grande ville de la bande, hôtels en veux-tu en voilà. **Oviedo** : capitale des Asturies, côte nord, plus cher, plus nuageux, mais difficile d'avoir une pire expérience même par mauvais temps (c'est quand même une ville). **Bizkaia** (province de Bilbao) : juste à la bordure nord de la bande, frôlant l'Océan Atlantique, à environ 15 km de l'embouchure de la ría, soit un quart d'heure. Vous pouvez combiner éclipse et plage. ## Saros 126 : pourquoi cette éclipse s'appelle une "saros" Chaque éclipse solaire est membre d'une série Saros. Le cycle dure 18 ans, 11 jours et 8 heures, sur 72 éclipses. Celle d'août 2026 est la 48e sur 72 du Saros 126. C'est une série longue et stable, en termes de géométrie orbitale. Rien que ça ne change votre observation, mais l'éclipse du 1er août 2008 est le membre précédent de la même série. Les données Saros intéressent surtout les chercheurs qui modélisent les trajectoires futures. ## Liens vers vos prochaines éclipses Vous ratez août 2026 ? L'éclipse lunaire du 28 août existe : magnitude ombrale de 0,93, soit environ 93 % du diamètre lunaire dans l'ombre, mais elle n'est visible en Europe qu'au coucher de la Lune, qui n'en montre donc qu'une fraction. L'année 2027 apporte une éclipse annulaire, le 6 février, mais elle ne passe pas par l'Espagne ni par l'Europe : elle traverse le Chili, l'Argentine, l'Uruguay, le Brésil, puis la côte ouest-africaine. La vraie éclipse à suivre pour vous, c'est la totale du 2 août 2027, qui franchit le détroit de Gibraltar, le sud de l'Espagne (Cadix, Malaga) et l'Afrique du Nord jusqu'à l'Égypte. C'est la plus longue et la plus accessible des trois éclipses du « trio ibérique », avec 4 min 48 s de totalité à Ceuta. L'annulaire visible d'Espagne, elle, arrive plus tard : le 26 janvier 2028. Aucune éclipse lunaire en septembre 2027 : les trois éclipses lunaires de cette année-là sont pénombrales, quasi invisibles à l'œil nu (20 février, 18 juillet, 17 août). Vous avez le temps de vous préparer. ## Sources - Image : [Éclipse totale de Soleil, 21 août 2017](https://images.nasa.gov/details/AFRC2017-0233-009), Crédit : NASA, domaine public - eclipse-solaire.fr : données précises, ressource francophone - NASA Eclipse : zones de totalité, horaires UTC, magnitude - Timeanddate.com : cartographie interactive, météo historique par lieu - Eclipsophile.com : données Saros, tableaux d'historique - ESA : données satellitaires sur la couronne solaire, contexte spatial - Wikipedia : Solar eclipse of August 12, 2026 - Espenak, F., NASA GSFC : Saros 126, archives d'éclipses - Instituto Geográfico Nacional (eclipses.ign.es) : horaires municipaux, tableau des contacts par ville - American Astronomical Society (eclipse.aas.org) : sécurité oculaire, transmittance ISO 12312-2 - DGCCRF : campagne de contrôle des lunettes, consigne de protection - AEMET : prévisions météo spéciales éclipse - island.is : horaires officiels de totalité en Islande --- ## MMX : la JAXA prélève 10 g sur Phobos pour lever le doute - URL: https://www.portail-astronomie.fr/mission-mmx-japon-phobos-echantillons-2031/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-28T05:00:00 - Categories: exploration-spatiale Phobos pèse environ dix milliards de tonnes, tourne autour de Mars en sept heures et demie, et personne ne sait d'où il vient. Cinquante ans de spectroscopie, de modèles numériques et de photos haute résolution n'ont pas suffi. Deux hypothèses s'affrontent. La JAXA va aller chercher la réponse sur place. Martian Moons eXploration (MMX) décolle de Tanegashima cet automne sur un lanceur H3. Arrivée à Mars un an plus tard. Orbite autour de Phobos pendant trois ans. Prélèvement d'au moins dix grammes de matériau. Retour sur Terre en 2031, capsule récupérée en Australie. En clair : c'est Hayabusa, mais pour une lune de Mars. ## Astéroïde capturé ou morceau de Mars arraché par un impact géant ? C'est le cœur du problème. Et la raison pour laquelle MMX existe. L'hypothèse de la capture dit que Phobos est un astéroïde de type C ou D happé par la gravité martienne à une époque reculée du système solaire. Sauf que les orbites de Phobos et Deimos sont quasi-circulaires et proches du plan équatorial de Mars. Un objet capturé finit sur une orbite excentrique et inclinée. Ça ne colle pas. Les partisans de la capture invoquent des interactions de marée qui auraient circularisé l'orbite sur des centaines de millions d'années. Possible, mais c'est du bricolage orbital : personne n'a réussi à reproduire le scénario complet en simulation de manière convaincante. L'hypothèse de l'impact géant est l'autre camp. Un gros corps percute Mars, éjecte un disque de débris, et Phobos et Deimos s'agglomèrent à partir de ce disque, un peu comme la Lune s'est formée après l'impact Théia sur la Terre. Les orbites quasi-circulaires et équatoriales tombent sous le sens dans ce scénario. Le problème, c'est la densité. Phobos affiche 1,87 g/cm3 avec une porosité entre 25 et 35 %. C'est plus léger que la croûte martienne et ça ressemble davantage à un astéroïde carboné qu'à un fragment de Mars. Mon avis : l'impact géant tient mieux la route sur la dynamique orbitale. Mais la densité dérange. Il y a un scénario intermédiaire publié en 2024 (ScienceDirect), où un astéroïde perturbé par les effets de marée martiens se fragmente et forme un disque proto-satellite. Ça combinerait les avantages des deux modèles. C'est élégant. C'est aussi très récent et pas encore confirmé par des données de terrain. Là, je suis honnête : je ne sais pas lequel de ces trois scénarios va gagner. Et c'est précisément pour ça que les dix grammes de Phobos comptent autant. La composition isotopique va trancher. Si les rapports oxygène-17 et chrome-54 collent avec la croûte martienne, c'est l'impact. S'ils collent avec les chondrites carbonées, c'est la capture. S'ils sont entre les deux, on aura un sacré casse-tête. ## Comment la JAXA compte récupérer dix grammes sur un caillou à gravité quasi nulle La gravité de surface de Phobos oscille entre 0,003 et 0,007 m/s2. Pour donner une idée : le rover Idefix, qui pèse 23,47 kg sur Terre, pèsera l'équivalent de quinze grammes sur Phobos. Quinze grammes. Poser un engin là-dessus sans qu'il rebondisse dans le vide, c'est un problème d'ingénierie que la JAXA connaît bien après Hayabusa et Hayabusa2, mais l'échelle est différente. L'orbiteur va se placer en orbite quasi-satellite (QSO) autour de Phobos. Ce n'est pas une orbite classique : Phobos est trop petit pour que sa gravité domine. La sonde suit une trajectoire relative complexe, co-orbitale avec Phobos autour de Mars. Après environ dix-huit mois d'observation, l'orbiteur descend pour le prélèvement. La JAXA a prévu deux méthodes d'échantillonnage complémentaires. Le Coring Sampler (C-SMP) fore à plus de deux centimètres de profondeur. Le Pneumatic Sampler (P-SMP) aspire du régolithe de surface. L'opération complète dure environ deux heures et demie. L'objectif : au moins dix grammes. Hayabusa2 avait ramené 5,4 grammes de Ryugu pour un objectif initial de 0,1 gramme, donc la JAXA a de la marge si la technologie fonctionne. La capsule de retour (SRC) fait une soixantaine de centimètres de diamètre, avec bouclier thermique. Elle sera larguée vers la Terre et atterrira en Australie, à Woomera, comme celle de Hayabusa2 en décembre 2020. Le retour est prévu pour l'année fiscale japonaise 2031, après un départ de l'orbite martienne courant 2030. ## Idefix : un rover de vingt-trois kilos qui roule à un millimètre par seconde Un rover de plus dans le système martien, après [Curiosity et Perseverance](/curiosity-perseverance-mars-5-ans-avril-2026-organiques), mais celui-ci n'ira jamais sur Mars. Le rover franco-allemand Idefix (oui, comme le chien d'Astérix) est la contribution européenne à MMX. Construit par le CNES (caméras, avionique, énergie, communications) et le DLR (structure, locomotion, thermique), assemblé à Toulouse, expédié au Japon début 2024. Idefix mesure 231 par 376 par 415 millimètres. Quatre panneaux solaires de 415 par 363 millimètres, pour une surface totale de 0,36 mètre carré. Production d'au moins 60 wattheures par jour phobien (environ sept heures). Quatre roues de 190 grammes chacune, neuf crampons par roue, topologie optimisée pour la micro-gravité. Vitesse : un millimètre par seconde. On ne sprinte pas sur Phobos. Le rover embarque quatre instruments. RAX, un spectromètre Raman avec laser vert Nd:YAG, analyse des zones de 50 micromètres. MiniRAD, un radiomètre infrarouge avec six capteurs. Deux caméras de navigation (NavCams) à détecteurs CASPEX 2048 par 2048 pixels, équipées de LEDs blanches pour la nuit. Et deux micro-caméras orientées vers le sol (WheelCams), avec LEDs multispectrales à 590, 720 et 880 nanomètres, résolution d'environ 100 micromètres par pixel. Le largage est prévu depuis une altitude de 40 à 100 mètres, avec une zone d'atterrissage d'environ 100 mètres de diamètre. Durée opérationnelle minimum : 100 jours. Communications : deux contacts par jour avec la Terre via relais MMX. Pilotage partagé entre Toulouse et Cologne. J'aurais aimé que la JAXA publie un budget clair pour MMX. Ce n'est pas le cas. Le budget global de la JAXA (environ 215 milliards de yens pour l'année fiscale 2023, soit l'ensemble de l'agence) ne distingue pas MMX des autres programmes. Difficile de juger le rapport coût-efficacité sans ce chiffre. ## Onze instruments pour cartographier Phobos sous toutes les longueurs d'onde L'orbiteur porte sept instruments principaux. TENGOO (caméra champ étroit, résolution d'environ 40 centimètres par pixel) et OROCHI (caméra grand angle multicolore) pour l'imagerie. MIRS, spectromètre proche infrarouge push-broom développé par le CNES et le LESIA de l'Observatoire de Paris, livré à la JAXA en avril 2024. MIRS remplace MacrOmega, un instrument à technologie AOTF initialement prévu. MEGANE (spectromètre gamma et neutrons, NASA/APL) pour la composition élémentaire. Un LIDAR pour la topographie. CMDM pour l'environnement de poussière circumartien. MSA pour l'environnement ionique. IREM pour les radiations interplanétaires. Et une caméra Super Hi-Vision 4K/8K développée avec la NHK, parce que les Japonais ne font pas les choses à moitié sur la captation vidéo. En mars 2026, les tests thermiques sous vide sont terminés. Les tests vibrations et compatibilité électromagnétique sont en cours. Le hardware MEGANE est installé. Le chef de mission est Yasuhiro Kawakatsu. La masse totale au lancement tourne autour de 4 000 à 4 200 kg, dont environ 1 900 kg de propergol. La réalité du terrain : MMX a déjà deux ans de retard. Le lancement était prévu en 2024. Il a été repoussé à 2026 (SpaceNews, 2023). Deux ans de glissement sur une mission interplanétaire, ça n'a rien d'inhabituel. Mais ça rappelle que les fenêtres de tir vers Mars ne se présentent que tous les vingt-six mois. Si l'automne 2026 saute, c'est 2028 minimum. Les partenaires sont nombreux : JAXA en lead, NASA pour MEGANE, CNES pour MIRS et le rover, DLR pour le rover, ESA en soutien. C'est une coopération internationale à cinq acteurs sur une mission sample return vers une lune de Mars. Avec les travaux du télescope XRISM sur M82 et le retour de Vega-C avec la mission SMILE, la coopération JAXA-ESA entre dans une phase dense. Côté américain, [Mars Sample Return](/mars-sample-return-annule-congres-us-echantillons-perseverance) vise lui aussi un retour d'échantillons martiens, et l'Europe poursuit ses lancements avec [Ariane 6 et la mission VA268](/ariane-6-va268-lancement-28-avril-2026-mission-charge-utile). Si Phobos est un morceau de Mars, MMX ramènerait indirectement les premiers échantillons martiens sur Terre, avant même le programme MSR de la NASA (qui est dans un flou budgétaire complet). Si Phobos est un astéroïde capturé, les échantillons éclaireraient la chimie des petits corps primitifs du système solaire. Dans les deux cas, on apprend quelque chose. La JAXA a mis la mission dans la lignée de Hayabusa2, qui avait prouvé que le retour d'échantillons d'un petit corps fonctionne. La question que je me pose : est-ce que dix grammes suffiront pour trancher entre les hypothèses ? Hayabusa2 a fait des découvertes majeures avec 5,4 grammes. Mais Phobos est plus hétérogène qu'un astéroïde monolithique. Si les deux sites de prélèvement tombent sur du régolithe remanié par les impacts, les signatures isotopiques pourraient être brouillées. C'est un risque. Il n'est pas rédhibitoire, mais il est réel. ## Sources - JAXA, site officiel MMX : https://www.mmx.jaxa.jp/en/ - ESA, factsheet MMX, spécifications et timeline : https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/MMX_factsheet - Kuramoto et al. (2021), objectifs scientifiques MMX, Earth Planets and Space : https://link.springer.com/article/10.1186/s40623-021-01545-7 - Wikipedia, Martian Moons eXploration (200+ références) : https://en.wikipedia.org/wiki/Martian_Moons_eXploration - Wikipedia, Idefix rover, spécifications détaillées : https://en.wikipedia.org/wiki/Idefix_(rover) - CNES, contributions françaises à MMX : https://cnes.fr/en/projects/mmx - MEGANE, JHU Applied Physics Laboratory : https://megane.jhuapl.edu/Mission/ - SpaceNews, report du lancement de 2024 à 2026 : https://spacenews.com/japanese-mars-mission-launch-delayed-to-2026/ - Space.com, tests spacecraft MMX (2025) : https://www.space.com/astronomy/mars/japan-tests-its-mars-moon-sample-return-probe-ahead-of-2026-launch-photo - Astronomy & Astrophysics (2025), hypothèse impact géant Phobos : https://www.aanda.org/articles/aa/full_html/2025/02/aa53080-24/aa53080-24.html --- ## Spectrum : Isar Aerospace scrubbed à cause d'un palangrier - URL: https://www.portail-astronomie.fr/spectrum-isar-aerospace-scrub-chalutier-andoya-mars-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-27T07:00:00 - Categories: exploration-spatiale Un pêcheur norvégien du nom d'Olafur Einarsson a empêché le deuxième vol de Spectrum. Pas en sabotant quoi que ce soit. En faisant son boulot. Le 25 mars 2026, à 21h00 CET, Isar Aerospace s'apprêtait à lancer sa fusée depuis Andøya Spaceport en Norvège. Tout était nominal : compte à rebours en cours, propergol chargé, cinq cubesats et une expérience à bord. Sauf que le palangrier d'Einarsson traînait dans la zone d'exclusion maritime. Hold de 21 minutes. Le lancement, prévu à 20:00 UTC, a été décalé à 20:21 UTC, le temps que le bateau dégage la zone. Vingt et une minutes, ça ne paraît rien. Sauf quand votre lanceur carbure au LOX/Propane et que la température du propergol a des limites opérationnelles. Le countdown a repris, mais à T-3 secondes, abort automatique : les températures du propergol étaient hors spécifications. Scrub. Pas un échec. Le lanceur n'a jamais quitté le sol. ## Comment un bateau de pêche annule un lancement spatial La zone d'exclusion maritime autour d'un pas de tir existe pour une raison simple : si le lanceur explose au décollage ou dévie de sa trajectoire, les débris retombent en mer. Les bateaux dans la zone sont en danger. Andøya Spaceport est situé sur l'île d'Andøya, au nord de la Norvège, face à la mer de Norvège. La zone est fréquentée par des palangriers. C'est un spot de pêche. Le protocole est clair : tant qu'un bateau est dans la zone, le lancement est en hold. Pas de négociation. Le problème, c'est que Spectrum utilise du LOX (oxygène liquide) et du propane comme propergols. Le LOX bout à -183 °C. Une fois chargé dans les réservoirs, l'horloge tourne. Le propergol se réchauffe. Après un certain temps, la température sort de la fenêtre acceptable et il faut vidanger, reconditionner, recharger. Ou annuler. C'est exactement ce qui s'est passé. Vingt et une minutes de hold, un countdown relancé, et un abort à T-3 secondes sur anomalie thermique. Isar Aerospace a annoncé un report NET (No Earlier Than) au 28 mars 2026, sous réserve. (J'ai lu pas mal de communiqués de startups spatiales ces derniers mois. Celui d'Isar après le scrub était sobre : "cause externe, fenêtre manquée, prochaine tentative dans les jours qui viennent". Pas de drama. C'est presque suspect de maturité pour une boîte qui n'a qu'un vol à son actif, et un vol raté.) ## Spectrum, c'est quoi au juste ? Le lanceur mesure 28 mètres de haut pour 2 mètres de diamètre. Deux étages. Le premier embarque 9 moteurs Aquila, le second un seul moteur pour la mise en orbite. Propulsion LOX/Propane. Capacité : 1 000 kg en orbite basse (LEO), 700 kg en orbite héliosynchrone (SSO). Le coût annoncé tourne autour de 10 000 euros le kilo en orbite. Pour ce vol, baptisé "Onward and Upward", Spectrum emportait 5 cubesats et une expérience, intégrés par Exolaunch. La charge utile : CyBEEsat de la TU Berlin, TriSat-S de l'Université de Maribor, Platform 6 d'EnduroSat, FramSat-1 de la NTNU (Norvège), SpaceTeamSat1 de la TU Wien, et Let It Go de Dcubed. Orbite visée : SSO. Ce sont des satellites académiques et commerciaux, pas des missions ESA. Le vol est co-financé par le programme ESA Boost !. Le premier vol de Spectrum date du 30 mars 2025. Il s'est mal terminé. Une valve d'évent s'est ouverte de manière inattendue au début de la manoeuvre de pitch-over, le lanceur a perdu le contrôle et est tombé en mer. Un échec net, celui-là, pas un scrub. Le deuxième vol devait prouver qu'Isar avait corrigé le tir. Un palangrier en a décidé autrement. ## Le NewSpace européen joue gros, et il le sait Isar Aerospace a été fondée en 2018 à Ottobrunn, près de Munich. Le CEO s'appelle Daniel Metzler. La boîte a levé entre 594 et 654 millions de dollars depuis sa création, avec une levée de 250 millions d'euros en cours au moment du scrub. C'est du capital sérieux pour une entreprise qui n'a toujours pas atteint l'orbite. Et Isar n'est pas seule. Le programme ESA Boost ! (rebaptisé European Launcher Challenge) a injecté plus de 900 millions d'euros dans cinq entreprises : Isar Aerospace, MaiaSpace (filiale d'ArianeGroup), Orbex, PLD Space et RFA (Rocket Factory Augsburg). L'idée : faire émerger des lanceurs légers européens pour ne plus dépendre de SpaceX chaque fois qu'un satellite européen doit monter en orbite. Le bilan pour l'instant est mitigé. Orbex est entrée en administration en février 2026. RFA n'a pas encore volé. PLD Space a réussi un vol suborbital avec Miura 1 mais le Miura 5 orbital est encore en développement. MaiaSpace développe son lanceur réutilisable Maia, premier vol prévu pas avant 2026-2027 au mieux. Et Isar a un échec en vol et un scrub à son compteur. Je sais pas trop quoi penser de la stratégie dans son ensemble. 900 millions répartis sur cinq boîtes, c'est beaucoup d'argent. Mais c'est aussi le prix d'un seul lanceur Ariane 6, ou presque. Le problème, c'est qu'aucune de ces cinq entreprises n'a encore mis un gramme en orbite de manière opérationnelle. On finance des promesses. Des promesses crédibles, avec des moteurs qui tournent sur les bancs d'essai, des pas de tir construits, des équipes compétentes. Mais des promesses quand même. ## L'Europe spatiale entre Ariane 6 et les startups Le contexte rend tout ça plus urgent. Ariane 6 a effectué son premier vol le 9 juillet 2024 (succès partiel : le moteur Vinci du deuxième étage a eu un souci de rallumage). Vega-C a terminé son dernier vol Arianespace le 1er décembre 2025. L'ESA a dû recourir à SpaceX pour lancer Euclid, Hera et EarthCARE parce que ses propres lanceurs n'étaient pas disponibles à temps. SpaceX nous vend du Mars alors qu'on n'a même pas réglé notre accès autonome à l'orbite basse. Pendant que Falcon 9 enchaîne les vols à un rythme industriel, l'Europe découvre qu'avoir un lanceur opérationnel et fiable, c'est déjà un problème non trivial. Vega-C a certes effectué 3 vols depuis son retour en décembre 2024 (VV24, VV25, VV28), mais la cadence reste loin de ce qu'il faudrait pour garantir un accès autonome fiable à l'orbite. C'est dans ce contexte qu'un palangrier norvégien rappelle une vérité que les communiqués de presse oublient : le spatial, c'est dur. Même quand tout est prêt, un événement trivial peut tout décaler. Et quand votre programme industriel repose sur des startups qui doivent encore prouver leur fiabilité en vol, chaque scrub, chaque report, chaque mois de retard pèse sur la crédibilité du modèle. ## Et maintenant ? Isar Aerospace vise le 28 mars pour une nouvelle tentative. Si Spectrum atteint l'orbite cette fois, ce sera le premier lanceur privé européen à le faire. Ça changerait la conversation. Pas la réalité industrielle (un succès ne fait pas une cadence de lancement), mais au moins la perception. L'Europe aurait un lanceur léger qui fonctionne, développé par une startup, financé en partie par l'ESA. Si ça rate encore, les questions vont se poser avec plus d'insistance. 654 millions de dollars levés, zéro mise en orbite, un calendrier qui glisse. Les investisseurs de la levée de 250 millions d'euros en cours vont regarder ça de près. Le plus ironique dans cette histoire, c'est qu'[Artemis II décolle dans quelques jours vers la Lune](/artemis-ii-lancement-imminent-equipage-lune-2026) avec un budget de 4 milliards par vol, pendant qu'en Europe on se bat pour mettre 700 kg en SSO et qu'un palangrier suffit à nous mettre en pause. Les échelles ne sont pas les mêmes. Les ambitions non plus. Olafur Einarsson, lui, est probablement rentré au port avec ses prises. Il ne sait peut-être même pas qu'il a retardé un programme spatial. C'est le genre de détail que les feuilles de route ne prévoient jamais. Pour qui préfère lever les yeux, mars a eu son [éclipse lunaire totale du 3 mars](/eclipse-lunaire-totale-mars-2026-saros-133) et avril a sa [conjonction de quatre planètes](/conjonction-planetes-avril-2026-mercure-mars-saturne-neptune). Le ciel, lui, ne connaît pas de scrub. ## Sources - Isar Aerospace, "Mission Updates Overview", isaraerospace.com - NASASpaceFlight, "Isar Onward and Upward", mars 2026 - ESA, "Spectrum's qualifying second launch", esa.int - Heise, "Isar Aerospace aborts second launch of Spectrum rocket", mars 2026 - European Spaceflight, "Over €900 million committed to European Launcher Challenge" - Exolaunch, "News 147", exolaunch.com Pour un autre regard sur les programmes ESA en cours, j'ai aussi couvert le satellite Celeste pour la navigation LEO-PNT cette semaine. --- ## Analème solaire : le 8 secret que dessine le Soleil - URL: https://www.portail-astronomie.fr/analemme-solaire-figure-huit-inclinaison-axiale/ - Author: Julien P. - Published: 2026-03-26T20:00:00 - Updated: 2026-09-04T06:00:00 - Categories: evenements-celestes ## Pourquoi un 8 est-il dessiné par le Soleil, et personne ne lève la tête ? Le 12 août 2026, l'Europe a eu droit à une éclipse solaire totale. Notre [guide d'observation de cette éclipse](/eclipse-solaire-totale-12-aout-2026-europe-guide-observation) détaillait déjà les réflexes de préparation qu'exige aussi un projet d'analème : matériel testé à l'avance, patience face à la météo. Si vous photographiez le Soleil depuis le même endroit, à la même heure exacte, chaque semaine pendant un an, vous obtenez une courbe en forme de 8 dans le ciel. Pas un cercle. Pas un point. Un huit allongé, asymétrique, penché. C'est l'analème. Le mot vient du grec ancien _analēmma_ (« support »). Le concept remonte à Ptolémée, qui l'utilisait pour calculer des coordonnées célestes et construire des cadrans solaires. Mais la première photo d'analème sur un seul négatif date de 1978-1979 seulement, réalisée par Dennis di Cicco depuis sa fenêtre à Watertown, Massachusetts. 44 expositions du Soleil sur un seul cadre de film, plus une pose pour le premier plan. En 2011, ce type de capture n'avait été réussi que 7 fois, soit moins que le nombre de personnes ayant marché sur la Lune (12). La photo NASA APOD de Betul Turksoy, prise à Kayseri en Turquie avec le mont Erciyes en arrière-plan, reste l'une des références les plus citées du genre. Ce que ces images ne montrent jamais, c'est le protocole derrière : la difficulté n'est pas la technique photographique, elle est calendaire. ## Pourquoi le Soleil trace-t-il un 8 (et pas un point) ? La forme de l'analème vient de la combinaison de deux phénomènes physiques distincts. Pas trois, pas un seul. Deux. ### L'inclinaison de l'axe terrestre L'axe de rotation de la Terre est incliné de 23,44° par rapport au plan de son orbite. Cette obliquité fait osciller la déclinaison du Soleil entre +23,44° au solstice d'été et -23,44° au solstice d'hiver. C'est la composante nord-sud de l'analème, celle qui lui donne sa hauteur angulaire d'environ 47° (deux fois l'obliquité). Si l'orbite terrestre était parfaitement circulaire, cette seule inclinaison produirait un 8 symétrique avec deux lobes identiques. L'inclinaison n'est pas la seule géométrie qui gouverne notre rapport au Soleil : le vent solaire, lui, déforme en permanence le bouclier magnétique terrestre, que [la mission SMILE de l'ESA](/smile-esa-vent-solaire-magnetosphere-avril-2026) doit cartographier. ### L'excentricité de l'orbite L'orbite terrestre n'est pas un cercle parfait. Son excentricité est de 0,0167, ce qui signifie que la Terre accélère quand elle se rapproche du Soleil (périhélie, vers le 3 janvier) et ralentit quand elle s'en éloigne (aphélie, vers le 4 juillet). Cette variation de vitesse crée un décalage est-ouest entre le Soleil réel et un « soleil moyen » fictif qui tournerait à vitesse constante. C'est la composante est-ouest de l'analème, celle qui lui donne sa largeur d'environ 7,7°. Le 8 est allongé verticalement, avec un rapport longueur/largeur supérieur à 6:1. Et il est asymétrique : le lobe d'hiver (en bas dans l'hémisphère nord) est plus large que celui d'été. La raison est simple, le périhélie tombe environ deux semaines après le solstice d'hiver. Si les deux coïncidaient, les lobes seraient identiques. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé en 1246, quand périhélie et solstice de décembre tombaient le même jour. Pour être honnête, j'ai mis du temps à saisir pourquoi ce décalage de deux semaines suffisait à rendre le 8 bancal. C'est en traçant les deux sinusoïdes de l'équation du temps sur un tableur que ça a cliqué. ## Qu'est-ce que l'équation du temps, ce moteur caché de la forme ? L'équation du temps mesure l'écart entre le soleil réel et le soleil moyen. Cet écart oscille entre +16 minutes 33 secondes (vers le 3 novembre, le Soleil réel est en avance) et -14 minutes 6 secondes (vers le 11 février, il est en retard). Quatre fois par an, l'écart passe par zéro : vers le 15 avril, le 13 juin, le 1er septembre et le 25 décembre. Cet écart est la somme de deux sinusoïdes. L'une vient de l'obliquité (amplitude de 9,87 minutes, période d'un demi-an), l'autre de l'excentricité (amplitude de 7,66 minutes, période d'un an). Leur superposition donne la courbe de l'équation du temps, et c'est cette courbe qui détermine la composante horizontale de l'analème. Ce qui est utile en pratique : l'analème permet de savoir que le lever ou le coucher de soleil le plus précoce (ou le plus tardif) de l'année ne tombe pas le jour du solstice. Les gens confondent systématiquement les deux. L'analème explique pourquoi, par la tangente de la courbe à l'horizon. ## Comment photographier son propre analème ? C'est la partie qui m'a le plus accroché. Le principe est simple. L'exécution demande de la discipline sur douze mois. ### Le matériel Un appareil photo sur trépied, fixé à un endroit qui ne bougera pas pendant un an. Un filtre solaire sur l'objectif (obligatoire, ne photographiez jamais le Soleil sans filtre). Des réglages typiques : ISO 100, f/8, 1/1000 s. Et un carnet pour noter les dates de prise de vue, parce que la météo va ruiner certaines semaines. Pour les lecteurs qui veulent pousser vers l'observation solaire proprement dite, au-delà de la simple prise de vue, notre [comparatif des télescopes solaires H-alpha](/telescope-solaire-amateur-cycle-25-mai-2026-comparatif) détaille les options selon le budget. ### La méthode composite C'est la méthode standard aujourd'hui. Vous prenez entre 30 et 50 photos du Soleil, à la même heure horloge exacte, à intervalle d'au moins une semaine. Attention au changement d'heure été-hiver : il faut ajuster. Ensuite, vous capturez séparément une image de l'arrière-plan quand le Soleil est hors champ. L'assemblage se fait par superposition des valeurs maximales de chaque pixel dans un logiciel comme Photoshop. Le piège que personne ne mentionne assez : le trépied. Il ne doit pas bouger d'un millimètre pendant un an. Pas de « je le range et je le remets au même endroit ». Un déplacement de quelques millimètres suffit à décaler l'alignement entre les prises, ce qui rend la composante inexploitable au moment de l'assemblage, après des mois de collecte. ### La solarigraphie au sténopé Pour les puristes, il existe une approche sans numérique. Maciej Zapiór et Łukasz Fajfrowski ont utilisé un sténopé avec du papier photo sec, en exposant une minute par jour à heures fixes (10h30, 12h00 et 13h30) pendant un an complet, de mars 2013 à mars 2014. L'analème s'est formé directement sur le papier, sans assemblage. C'est plus lent, plus fragile, et il y a quelque chose de satisfaisant dans cette approche brute. Le même apprentissage progressif, du réglage basique au workflow avancé, s'applique à d'autres cibles d'astrophotographie. Notre [guide sur la photo de la Lune, du smartphone au reflex](/astrophotographie-lune-smartphone-reflex-debutant), suit la même logique de montée en compétence, avec ses propres outils de stacking. ## Comment l'analème change-t-il selon l'endroit et l'heure ? L'orientation de l'analème dépend de l'heure choisie pour les photos. À midi solaire, il est quasi vertical. Au lever du Soleil, il bascule presque à l'horizontale. Au coucher, pareil mais de l'autre côté. L'hémisphère aussi compte. Dans l'hémisphère nord, le lobe large est en bas (hiver). Dans l'hémisphère sud, il est en haut. Aux pôles, seul un des deux lobes est visible, puisque le Soleil ne se lève pas pendant une partie de l'année. Et sur Mars ? Le rover Opportunity a photographié l'analème martien entre 2006 et 2008 : 219 images à travers un filtre à densité neutre, prises tous les 3 sols à 11h02 heure locale. La forme obtenue n'est pas un 8 mais une goutte d'eau. L'excentricité de Mars (0,0934, soit environ six fois celle de la Terre) combinée à une inclinaison axiale de 25° produit un lobe si déformé que le petit disparait presque. Sur Jupiter, avec seulement 3,1° d'inclinaison, l'analème serait une simple ellipse. Sur Uranus, couché à 97,8°, ce serait un 8 complet mais démesuré. C'est l'analème martien en goutte d'eau qui m'a le plus surpris quand j'ai commencé à comparer les planètes. On s'attend à un 8 partout, et la réalité est bien plus variée. Dans le même registre d'observations qui prennent l'intuition à contre-pied : le [flash qui a fait croire à un impact sur Saturne en juillet 2025](/impact-saturne-flash-juillet-2025-fausse-alerte-mario-rana), et le [signal radio prêté à Proxima b](/jwst-signal-radio-regulier-proxima-b). ## Les cadrans solaires savaient-ils déjà tout ça ? Les cadrans solaires indiquent le temps solaire apparent, qui diffère du temps civil (celui de nos montres). L'écart, c'est l'équation du temps. Certains cadrans anciens intègrent l'analème gravé directement sur leur surface pour permettre la correction : vous lisez l'heure solaire, vous repérez la date sur l'analème, et vous en déduisez l'heure civile. Les cadrans analemmatiques vont encore plus loin. Le gnomon (la tige qui projette l'ombre) est mobile : c'est la personne elle-même qui se place sur une ligne de date tracée au sol. Grandjean de Fouchy a formalisé ce concept vers 1740, mais c'est Vaulezard qui les décrit et leur donne leur nom en 1644, à propos du cadran de l'église de Brou. Une éclipse se lit d'ailleurs sur cette même courbe : à la date de l'éclipse annulaire de février 2026, le Soleil occupait sur l'analème une position précise, qui porte l'écart d'équation du temps de ce jour-là. C'est exactement la lecture qu'exige un cadran gravé : une date, un point sur le 8, une correction en minutes. ## Faut-il vraiment se lancer, et comment rester patient ? La contrainte n'est pas technique, elle est calendaire : réussir 30 à 50 prises de vue à heure fixe, chaque semaine, sur douze mois consécutifs, sans rupture durable. Un mois entier de ciel couvert, un oubli, un trépied déplacé : n'importe lequel de ces trois incidents suffit à invalider la collecte en cours et à repousser le projet d'autant. Si vous voulez tenter l'expérience, le plus dur n'est ni la technique ni le matériel. C'est de ne pas toucher au trépied pendant un an et de ne pas oublier une semaine. Un rappel hebdomadaire dans le téléphone, c'est le minimum. Et choisissez un endroit avec un horizon dégagé vers le sud (dans l'hémisphère nord) pour maximiser la hauteur visible du 8. L'optique adaptative au laser comme celle du Paranal corrige les turbulences atmosphériques pour les télescopes professionnels. Pour un analème amateur, votre seul ennemi reste les nuages. Pas de laser pour ça. ## Sources - [NASA APOD, Solar Analemma 2024, Betul Turksoy](https://apod.nasa.gov/apod/ap250102.html), consulté le 3 septembre 2026 - [Stanford Solar Center, Analemma](https://solar-center.stanford.edu/art/analemma.html), consulté le 3 septembre 2026 - [PetaPixel, More People Have Walked on the Moon Than Have Captured the Analemma](https://petapixel.com/2011/09/20/more-people-have-walked-on-the-moon-than-have-captured-the-analemma/), consulté le 3 septembre 2026 - [Planetary Society, A Martian Analemma](https://www.planetary.org/articles/a-martian-analemma), consulté le 3 septembre 2026 - [Time and Date, Solar Analemma](https://www.timeanddate.com/astronomy/solar-analemma.html), consulté le 3 septembre 2026 --- ## Proba-2 voit l'éclipse annulaire 4 fois depuis l'orbite - URL: https://www.portail-astronomie.fr/eclipse-annulaire-fevrier-2026-proba-2-orbite/ - Author: Julien P. - Published: 2026-03-26T20:00:00 - Categories: evenements-celestes Le 17 février 2026, un petit satellite belge de 130 kg a fait ce qu'aucun observateur au sol ne pouvait faire : voir la même éclipse quatre fois dans la même journée. Proba-2, en orbite à 725 km d'altitude, tourne autour de la Terre en environ 100 minutes. Quatorze orbites par jour. À chaque passage au-dessus de la zone d'ombre lunaire, son instrument SWAP a capté l'anneau de feu solaire en ultraviolet extrême, à 17,4 nanomètres. Pas en lumière visible. En fausse couleur. J'ai passé la soirée du 20 février à éplucher les données publiées par l'ESA, et l'image de 11 h 31 UTC m'a scotché. Le disque lunaire, noir, cerné par la couronne solaire à environ un million de degrés. Le genre de cliché qui vous fait oublier que vous regardez un écran d'ordinateur. ## Pourquoi parle-t-on d'un anneau de feu au bout du monde ? L'éclipse du 17 février était annulaire. La Lune se trouvait plus loin de la Terre sur son orbite elliptique, donc elle paraissait plus petite que le Soleil. Résultat : au lieu de le masquer totalement, elle a laissé un anneau lumineux tout autour. La taille apparente de la Lune varie d'environ 13 % entre le périgée (quelque 356 500 km) et l'apogée (quelque 406 700 km), et ce jour-là, elle était du mauvais côté de la fourchette pour une éclipse totale. Le chemin d'annularité couvrait 4 282 km de long sur 616 km de large. Le problème, c'est qu'il passait exclusivement sur l'Antarctique. Personne dans une ville, personne sur une plage. L'anneau de feu complet n'était visible que depuis la glace, et pour les rares humains présents là-bas (j'y reviens), la fenêtre durait 2 minutes et 20 secondes au maximum. L'éclipse partielle, elle, a été observable depuis la pointe sud de l'Argentine, du Chili, une grande partie de l'Afrique australe et Madagascar, entre 9 h 56 et 14 h 27 UTC. La magnitude de cette éclipse atteignait 0,963 avec une obscuration de 0,9274. C'est la 61e éclipse sur 71 du cycle Saros 121, pour ceux qui tiennent les comptes (et je les tiens, j'ai un tableur dédié aux Saros depuis trois ans). ## Comment Proba-2 tient-il encore après 17 ans en orbite ? Proba-2, c'est le genre de satellite qu'on oublie. Lancé le 2 novembre 2009 sur un lanceur Rockot, en même temps que SMOS, sa mission nominale était de deux ans. On est en 2026. Il tourne toujours. Dix-sept ans. Le satellite est petit : 60 cm sur 70 cm sur 85 cm, 130 kg, 120 watts de puissance. Construit par Verhaert Design & Development (devenu QinetiQ Space) en Belgique, opéré scientifiquement par l'Observatoire royal de Belgique. Son orbite est héliosynchrone, circulaire, entre 713 et 733 km d'altitude, avec une inclinaison de 98,3°. En gros, il survole les régions polaires et passe au-dessus de chaque point de la Terre à la même heure locale. Ce type d'orbite est idéal pour observer le Soleil en continu : pendant neuf mois de l'année, Proba-2 ne subit aucune éclipse orbitale (la Terre ne passe pas entre lui et le Soleil). Je m'interroge sur le fait qu'on parle si peu de ce satellite. Un engin de 130 kg qui fonctionne huit fois plus longtemps que prévu, et qui livre encore des données scientifiques exploitables, ça devrait être un cas d'école en ingénierie spatiale. ## Comment SWAP voit-il le Soleil à un million de degrés ? L'instrument qui a capté les images de l'éclipse s'appelle SWAP, pour Sun Watcher using APS and Image Processing. C'est un imageur en ultraviolet extrême, centré sur 17,4 nm de longueur d'onde avec une bande passante de 1,5 nm. À cette longueur d'onde, on observe la couronne solaire à environ un million de degrés. Le détecteur est un CMOS-APS de 1024 par 1024 pixels, avec un champ de vision de 54 par 54 minutes d'arc et une échelle de 3,2 secondes d'arc par pixel. L'optique est un télescope hors-axe dérivé d'un Ritchey-Chrétien, avec des miroirs recouverts d'une trentaine de couches alternées de molybdène et de silicium. Tout ça pour 5 watts de puissance totale et un processeur AT697 LEON II cadencé à 100 MHz. SWAP prend une image toutes les 100 à 130 secondes environ. Ce qui compte ici : les images de l'éclipse ne montrent pas ce que l'œil humain verrait. Le 17,4 nm est invisible pour nous. Les clichés publiés par l'ESA sont en fausse couleur, et ils montrent la couronne solaire, pas la photosphère. C'est pour ça que l'anneau de feu paraît si net sur les images Proba-2, presque trop beau pour être vrai. ## Comment Proba-2 a-t-elle observé quatre éclipses distinctes en une journée ? Le cœur de cette histoire est là. Proba-2 boucle une orbite en environ 100 minutes. L'éclipse partielle a duré de 9 h 56 à 14 h 27 UTC, soit un peu plus de quatre heures et demie. Pendant cette fenêtre, le satellite a traversé l'ombre lunaire quatre fois. Quatre éclipses distinctes, captées par le même instrument, le même jour. L'image la plus spectaculaire date de 11 h 31 UTC, quand l'alignement était quasi parfait vu depuis l'orbite de Proba-2. Le disque lunaire couvre la quasi-totalité du Soleil, laissant un mince anneau de couronne. À 12 h 13 UTC, le maximum géocentrique était atteint (c'est le moment où l'axe de l'ombre lunaire passe le plus près du centre de la Terre), mais depuis l'orbite, chaque passage offrait un angle légèrement différent. C'est un truc que je trouve sous-estimé dans la couverture médiatique des éclipses : un satellite en orbite basse ne voit pas une éclipse, il en voit plusieurs. L'ombre de la Lune est un cône qui balaie la surface terrestre, et le satellite la traverse à chaque orbite. Comme un avion qui passerait plusieurs fois dans le même orage. ## Comment s'est déroulée l'éclipse à Concordia, par moins 29 degrés ? Sur un sujet proche, découvrez notre article : [BepiColombo : insertion orbitale Mercure novembre 2026](/bepicolombo-arrivee-mercure-novembre-2026-insertion-orbite-esa-jaxa). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [K2-315b, l'exoplanète qui orbite en Pi jours](/k2-315b-exoplanete-orbite-pi-jours). Au sol, la station Concordia est un des rares endroits habités où l'annularité était visible. Cette base franco-italienne (IPEV/PNRA, pas seulement ESA) se trouve au dôme C du plateau antarctique, à 3 233 m d'altitude et 1 100 km de la côte la plus proche. Le 17 février, il faisait environ moins 29 °C. Été austral, avec le Soleil au-dessus de l'horizon une vingtaine d'heures par jour. L'annularité a duré environ 2 minutes à Concordia, avec un pic à 19 h 47 heure locale (12 h 47 CET). L'éclipse partielle, elle, s'est étalée sur environ 2 heures. La photo prise par A. Traverso, créditée ESA/IPEV/PNRA, montre l'anneau de feu au-dessus d'un horizon plat et blanc. Zéro relief. L'Antarctique, vu comme ça, ressemble à un décor de science-fiction minimaliste. Concordia est aussi utilisée par l'ESA comme analogue pour les missions lunaires et martiennes. L'isolement y est extrême, les conditions de vie rudes. Observer une éclipse lunaire depuis la France, c'est confortable. Observer un anneau de feu solaire depuis Concordia à moins 29 °C, c'est autre chose. ## Que nous apprend vraiment Proba-2, et ses limites ? Les images SWAP de cette éclipse ne servent pas qu'à faire de belles photos. Quand la Lune masque une partie du disque solaire, les scientifiques de l'Observatoire royal de Belgique peuvent étudier la couronne interne avec moins de contamination lumineuse. C'est un coronographe naturel, sauf que l'occultation est partielle (annulaire, pas totale), donc l'intérêt scientifique est moindre que lors d'une éclipse totale. Les données LYRA, le radiomètre à photodiodes diamant embarqué sur le même satellite, mesurent la baisse d'irradiance solaire pendant chaque passage. Quatre mesures de baisse, quatre courbes de lumière. C'est le genre de jeu de données que les modélisateurs de la couronne adorent. Ce qu'on ne voit pas dans ces images : la chromosphère, les protubérances en lumière H-alpha, le flash spectrum. Pour ça, il faudrait un instrument différent, ou une optique adaptative au sol capable de compenser la turbulence atmosphérique. Proba-2 voit une tranche très spécifique du spectre, et c'est à la fois sa force et sa limite. ## Pourquoi 2026 est-elle l'année aux quatre éclipses ? Le 17 février n'était que le début. 2026 compte quatre éclipses : l'annulaire de février, une [éclipse lunaire totale le 3 mars](/eclipse-lunaire-totale-mars-2026-saros-133) (celle que j'ai couverte le mois dernier), une [éclipse solaire totale le 12 août](/eclipse-solaire-totale-12-aout-2026-europe-guide-observation), et une éclipse lunaire partielle le 28 août. L'éclipse totale d'août sera visible depuis le nord de la Russie, le Groenland et l'Espagne, entre autres. Celle-là, je compte bien la voir en personne. Quatre éclipses la même année, c'est loin d'être rare, mais ça reste un beau millésime. Ça arrive parce que les orbites de la Terre et de la Lune s'alignent deux fois par an (aux nœuds), et que chaque saison d'éclipses peut produire une solaire et une lunaire. L'explication tient dans la géométrie orbitale et le concept d'analemme : la position apparente du Soleil n'est jamais exactement la même d'un jour à l'autre, et les nœuds de l'orbite lunaire se décalent sur un cycle de 18,6 ans. Bon, sur ce point je suis un peu hésitant sur le lien entre l'analemme et les saisons d'éclipses, c'est plus une question d'inclinaison de l'orbite lunaire par rapport à l'écliptique que de position apparente du Soleil. Mais la mécanique de base tient. ## Sources - [ESA, Annular solar eclipse seen from space, 20 février 2026](https://www.esa.int/ESA_Multimedia/Images/2026/02/Annular_solar_eclipse_seen_from_space) - [ESA, Annular solar eclipse over Antarctica, 20 février 2026](https://www.esa.int/ESA_Multimedia/Images/2026/02/Annular_solar_eclipse_over_Antarctica) - [Wikipedia, Solar eclipse of February 17, 2026](https://en.wikipedia.org/wiki/Solar_eclipse_of_February_17,_2026) - [Wikipedia, PROBA-2](https://en.wikipedia.org/wiki/PROBA-2) - [ESA Cosmos, SWAP instrument](https://www.cosmos.esa.int/web/proba-2/swap) - [PROBA2 Science Center, SIDC](https://proba2.sidc.be/about/SWAP) - [timeanddate.com, Annular Solar Eclipse Feb 17 2026](https://www.timeanddate.com/eclipse/solar/2026-february-17) --- ## Euclid Q1 valide le cisaillement sur Abell 2390 - URL: https://www.portail-astronomie.fr/euclid-dr1-matiere-noire-cisaillement-gravitationnel/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-26T20:00:00 - Categories: cosmologie Un milliard quatre cents millions d'euros, plus de deux mille scientifiques, six ans de collecte prévus. Euclid est le plus gros pari de l'ESA en cosmologie. Et à ce stade, après les Early Release Observations de mai 2024 et le Quick Data Release Q1 de mars 2025, une question mérite d'être posée sans détour : est-ce que la mission tient ses promesses ? La réponse honnête, c'est que c'est trop tôt pour trancher. Mais les premiers résultats permettent déjà de séparer ce qui fonctionne de ce qui reste à prouver. ## Qu'a réellement démontré Euclid ? Commençons par les faits. Les ERO, publiées le 23 mai 2024, couvrent 17 champs observés entre novembre et décembre 2023. Dix millions de sources uniques extraites par l'instrument VIS (visible, 550 à 920 nm, mosaïque de 609 mégapixels sur des CCD e2v). Dix articles signés par plus de 1 100 chercheurs. Le résultat le plus concret côté matière noire vient de l'amas Abell 2390. L'équipe a mesuré la masse virielle par cisaillement gravitationnel faible : 1,48 (plus ou moins 0,29) fois dix puissance quinze masses solaires. Rayon viriel de 2,05 mégaparsecs, profil NFW avec une concentration de 6,5 et un rayon d'échelle de 230 kiloparsecs, sur une plage de 30 à 2 000 kiloparsecs. C'est une mesure directe. Pas un modèle, pas une extrapolation. C'est aussi la première démonstration que le pipeline de weak lensing tomographique d'Euclid fonctionne sur de vraies données. L'algorithme LensMC a produit des mesures de forme de galaxies exploitables pour la science. Sur ce point, le contrat est rempli. ## Que apporte Q1 (et n'apporte pas) ? Le Quick Data Release Q1, publié le 19 mars 2025, couvre 63,1 degrés carrés sur les trois champs profonds (EDF-North, EDF-South, EDF-Fornax). C'est plus de 300 fois la surface de la pleine Lune. 26 millions de galaxies détectées, certaines jusqu'à 10,5 milliards d'années-lumière. 34 articles au total (27 scientifiques, 7 de référence pour le pipeline). Les trouvailles sont solides. Environ 500 candidats de lentilles gravitationnelles fortes, quasiment tous inconnus jusque-là. L'ESA estime que la mission en trouvera 100 000 d'ici la fin, soit cent fois plus que le total connu actuellement. Sur la toile cosmique, les données Q1 montrent que plus un amas de galaxies est massif, plus il a de connexions aux filaments environnants, et plus ses galaxies tendent à être elliptiques. Ce lien entre masse, connectivité et morphologie est confirmé au-delà des limites des relevés précédents. Sauf que. Zéro article de cosmic shear dans Q1. Aucune carte de matière noire à grande échelle. Aucune contrainte sur l'énergie sombre. Les 34 publications portent sur la caractérisation des données, le lensing fort et la structure à grande échelle, mais les résultats cosmologiques (paramètres w₀ et wₐ de l'énergie sombre, contrainte sur les masses des neutrinos) sont repoussés au DR1, prévu le 21 octobre 2026. J'ai vérifié la liste complète des papiers Q1 sur le site du consortium. Pas un seul ne traite de cisaillement gravitationnel faible à l'échelle du survey. C'est voulu : 14 % de la surface totale a été couverte au moment de Q1 (environ 2 000 degrés carrés sur les 14 000 à 15 000 visés), et les analyses de cosmic shear demandent un volume statistique que les champs profonds seuls ne fournissent pas. ## Euclid est-il en avance sur le calendrier technique ? Les instruments fonctionnent. L'instrument NISP (proche infrarouge, 920 à 2 020 nm, détecteurs Teledyne H2RG fournis par le JPL de la NASA) produit des données exploitables. Le rythme d'observation tourne à une dizaine de degrés carrés par jour. Les 100 Go compressés qui descendent quotidiennement vers la station de Cebreros en Espagne sont traités par neuf centres de données répartis dans 18 pays. La résolution du VIS, 0,1 arcseconde d'échantillonnage, surpasse celle de Hubble en champ de vue d'un facteur 30 (d'après l'IRAP). Le miroir primaire de 1,2 mètre en carbure de silicium est stable. Et la mesure de masse sur Abell 2390 est comparable en précision à ce que les meilleurs relevés au sol obtiennent sur des amas individuels, sauf qu'Euclid le fait depuis le point de Lagrange L2, à 1,5 million de kilomètres, sans atmosphère à corriger, bien loin de l'orbite basse où l'ESA teste [Celeste, son prototype de navigation](/celeste-leo-pnt-navigation-europeenne-premier-vol). L'incident de lumière parasite (un interstice dans la coque laissant passer de la lumière solaire) a été résolu par un simple ajustement d'orientation du vaisseau. Pas de dégradation des performances. ## Pourquoi on n'a toujours rien sur la question centrale ? L'objectif numéro un d'Euclid, c'est de cartographier la distribution 3D de la matière noire via le cisaillement gravitationnel faible sur un milliard de galaxies sources. À ce jour, on a une mesure de masse sur un seul amas. Solide, oui. Mais c'est une démonstration technique, pas encore de la cosmologie. La matière noire, c'est 27 % de la densité d'énergie de l'Univers. L'énergie sombre, 68 %. La matière visible qu'on connaît, 5 %. Euclid doit contraindre l'équation d'état de l'énergie sombre avec une figure de mérite supérieure ou égale à 400 et la somme des masses des neutrinos à 0,03 eV. On en est loin. En attendant, c'est Hubble qui a livré la trouvaille la plus parlante sur le sujet, en [révélant la matière noire cachée dans une galaxie ratée](/cloud-9-galaxie-ratee-matiere-noire-hubble-relhic). Mon inquiétude, c'est moins la capacité de l'instrument que le calendrier de publication. Entre le lancement en juillet 2023 et le DR1 en octobre 2026, il se passe plus de trois ans. Pour une mission de six ans (extensible à onze), ça veut dire que les premiers résultats cosmologiques arrivent à mi-parcours de la mission nominale. Si un problème systématique se cache dans le pipeline de mesure de forme des galaxies, on le découvrira tard. Je n'ai aucune raison concrète de penser que c'est le cas, mais je note que les données LIGO sur les 218 fusions d'ondes gravitationnelles ont mis en lumière des biais systématiques qui n'apparaissent qu'avec du volume. Le risque existe. ## Comment Euclid se situe par rapport à Planck ? La complémentarité est réelle. Planck a photographié l'Univers à 380 000 ans (redshift 1 100, le fond diffus cosmologique). Euclid observe les dix derniers milliards d'années (redshift 0 à 2). Planck donne les conditions initiales ; Euclid montre comment ces conditions ont évolué sous l'effet de la matière noire et de l'énergie sombre. La combinaison des deux jeux de données est ce qui permettra de tester la relativité générale à l'échelle cosmologique et de chercher des non-gaussianités dans la distribution de matière. Mais ça suppose que les données d'Euclid soient assez propres pour être croisées avec celles de Planck. Les 10 bins tomographiques en redshift prévus (0,2 à 2,2) avec une précision inférieure à 0,002 fois (1+z) sont un cahier des charges exigeant. On verra en octobre si le pipeline tient. Et quand des projets comme LISA prendront le relais côté ondes gravitationnelles basse fréquence en 2035, la combinaison avec les catalogues d'Euclid pourrait ouvrir un terrain que personne n'a encore couvert. Mais on n'y est pas. L'ESA sait aussi réagir vite quand l'imprévu se présente, comme avec [Juice et Mars Express détournées pour observer la comète interstellaire 3I/ATLAS](/comete-3i-atlas-juice-mars-express-observations) pendant qu'Euclid, lui, avance selon son calendrier prévu au millimètre. ## Quel est mon verdict (provisoire) ? Euclid fonctionne. Les instruments livrent des données de qualité. La démonstration sur Abell 2390 est propre. Les 500 lentilles fortes de Q1 et les résultats sur la toile cosmique sont du bonus. Reste que la mission n'a pas encore produit ce pour quoi elle a été construite : des contraintes sur la matière noire et l'énergie sombre à l'échelle cosmologique. La question, c'est K2-315b : parfois, une découverte mineure révèle quelque chose d'inattendu. Avec Euclid, les 26 millions de galaxies de Q1 sont une mine. Les surprises viendront peut-être de là où on ne les attend pas. Mais pour l'instant, je suspends mon jugement. Rendez-vous en octobre 2026. C'est le DR1 qui dira si Euclid vaut son milliard quatre. ## Sources - ESA, "Euclid opens data treasure trove, offers glimpse of deep fields", 19 mars 2025 : https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/Euclid/Euclid_opens_data_treasure_trove_offers_glimpse_of_deep_fields - ESA Fact Sheet Euclid : https://sci.esa.int/web/euclid/-/fact-sheet - ESA, liste des publications Q1 : https://www.cosmos.esa.int/web/euclid/q1-papers - IRAP, "Euclid telescope reports first results", mars 2025 : https://www.irap.omp.eu/en/2025/03/euclid-telescope-reports-first-results/ - Caltech Euclid, "Weak gravitational lensing: how Euclid maps dark matter" : https://euclid.caltech.edu/news/weak-gravitational-lensing-how-euclid-maps-dark-matter - arXiv:2507.07629, "Weak lensing analysis of Abell 2390" : https://arxiv.org/abs/2507.07629 - ESA, Early Release Observations : https://www.cosmos.esa.int/web/euclid/ero-public-release --- ## Hubble capture C/2025 K1 ATLAS en train de se fragmenter - URL: https://www.portail-astronomie.fr/hubble-fragmentation-comete-k1-atlas-perihelie/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-26T20:00:00 - Categories: observation John Noonan voulait observer une autre comète. Son programme Hubble avait été validé, le temps de télescope alloué, tout était calé. Sauf que la cible originale est devenue inobservable à cause de contraintes techniques apparues après la soumission de la proposition. Il a fallu trouver un plan B. Le plan B, c'était C/2025 K1 (ATLAS). Et C/2025 K1 était en train de se briser en morceaux. ## Comment le hasard a changé tout ? On sous-estime la part de sérendipité en astronomie. Noonan lui-même le dit : « Sometimes the best science happens by accident. » Son équipe à Auburn University avait besoin d'une comète de remplacement, pas trop loin, pas trop faible. K1 cochait les cases. Ce qu'ils ne savaient pas, c'est qu'ils allaient pointer le STIS (Space Telescope Imaging Spectrograph) de Hubble sur un objet en pleine désintégration, à peine huit jours après le début du processus. Huit jours. C'est le délai estimé entre le début de la fragmentation (autour du 31 octobre 2025) et la première observation Hubble le 8 novembre. Jamais le télescope n'avait capturé une comète aussi tôt après qu'elle ait commencé à se casser. J'ai un faible pour ce genre d'histoires où le programme initial plante et où le résultat de secours surpasse tout ce qui était prévu. C'est un peu le raccourci que tu prends parce que la route est barrée et qui t'amène sur un panorama que tu n'aurais jamais vu autrement. ## Qui est vraiment C/2025 K1 ? Découverte le 24 mai 2025 par le système ATLAS depuis Rio Hurtado, au Chili. C'est une comète dynamiquement nouvelle, venue du nuage d'Oort. Son noyau mesurait environ huit kilomètres de diamètre avant la fragmentation. Trajectoire hyperbolique, inclinaison rétrograde d'environ 147 degrés. Le 8 octobre 2025, elle passe au périhélie : 0,334 UA du Soleil. Ça la place à l'intérieur de l'orbite de Mercure, à environ quarante-neuf millions de kilomètres de notre étoile. Pour un noyau glacé de huit kilomètres qui n'a probablement jamais vu le système solaire interne, c'est un baptême du feu au sens propre. Le 18 octobre, la comète est récupérée visuellement après le périhélie. Elle a survécu au passage. Du moins c'est ce qu'on croit. ## Comment cinq fragments sont-ils apparus en trois jours ? Le protocole Hubble est sobre. Trois expositions de vingt secondes par jour, avec le détecteur CCD du STIS et le filtre MIRVIS, sur trois jours consécutifs : 8, 9 et 10 novembre 2025. Le premier jour, quatre objets cométaires sont visibles. Chacun a sa propre coma, son propre halo de gaz et de poussière. Le deuxième jour, le plus gros fragment se scinde en deux sous-ensembles distincts (les fragments 2a et 2b dans la nomenclature de l'étude). Le troisième jour, cinq fragments sont résolus, et ils s'éloignent les uns des autres. Depuis le sol, les télescopes ne voyaient que des taches brillantes à peine distinguables. L'observatoire du Teide signale la fragmentation le 10 novembre, soit le même jour que la dernière époque Hubble. Trois jours plus tard, le 13 novembre, trois fragments sont confirmés au sol. Le 25 novembre, on en compte quatre (A, B, C, D). La différence de résolution entre Hubble et les télescopes terrestres sur ce type d'événement est brutale. Pas juste meilleure : elle permet de voir un phénomène qui serait resté flou sans le spatial. ## Qu'est-ce qui a cassé la comète ? Sur ce point, j'ai mis du temps à me faire un avis clair. Le paper de Bodewits et al. (publié dans Icarus, en ligne depuis le 6 février 2026) pointe un mécanisme principal : l'instabilité rotationnelle provoquée par les couples de dégazage amplifiés au périhélie. En gros : quand la glace se sublime à la surface du noyau sous l'effet du rayonnement solaire, les jets de gaz qui en résultent ne sont pas symétriques. Ils exercent un couple sur le noyau, qui accélère ou modifie sa rotation. Si le noyau tourne trop vite, les forces centrifuges l'emportent sur la cohésion gravitationnelle et la résistance mécanique du matériau. Le noyau se disloque. C'est le même principe que pour 41P/Tuttle-Giacobini-Kresák, où [Hubble avait observé une inversion de rotation causée par le dégazage](/hubble-inversion-rotation-comete-2026). Sauf que 41P a tenu le coup. K1, non. Il existe d'autres mécanismes possibles (stress thermique, pression de sublimation interne, forces de marée solaires), mais la séquence temporelle colle avec l'instabilité rotationnelle : la fragmentation démarre après le périhélie, quand le dégazage a eu le temps de modifier la rotation du noyau. ## S'agit-il d'une fragmentation en cascade ? L'étude décrit une fragmentation hiérarchique. D'abord une rupture primaire qui produit les grands fragments. Puis, en janvier 2026, une fragmentation secondaire du fragment C, détectée par Gemini North et le JWST. Un détail m'a accroché : le décalage entre la rupture physique et le sursaut photométrique. Entre un et trois jours séparent le moment où le noyau se casse et le moment où la luminosité de la comète augmente. L'explication tient à la physique de surface : le matériau intérieur, fraîchement exposé au rayonnement solaire, se réchauffe vite mais a besoin de temps avant de libérer efficacement la poussière. Ce délai est une information directe sur la structure interne du noyau, ce qui est rare. L'équipe a aussi observé des arcs fins et éphémères (des « arclets ») autour du fragment I lors de la première époque Hubble. Et les analyses spectroscopiques, menées avec le STIS et le COS (Cosmic Origins Spectrograph), révèlent que K1 est significativement appauvrie en carbone par rapport aux autres comètes. Les résultats détaillés de la spectroscopie n'ont pas encore été publiés dans un article dédié. ## Que deviennent les fragments après ? Les fragments A, B et D sont sur des trajectoires qui les éjectent du système solaire. Ils ne reviendront pas. Le fragment C, lui, a hérité d'une période orbitale estimée à environ 449 000 ans. Autant dire que personne ne le reverra. K1 a rejoint la liste des comètes observées en pleine fragmentation par Hubble, aux côtés de C/2019 Y4 ATLAS ou Shoemaker-Levy 9. Sauf qu'ici, le timing est sans précédent : jamais Hubble n'avait capturé le processus aussi près du début. Comme le résume Noonan : « Never before has Hubble caught a fragmenting comet this close to when it actually fell apart. » Colin Snodgrass, co-auteur et scientifique interdisciplinaire de la mission Comet Interceptor de l'ESA, est aussi sur le paper. Cette mission, pas encore lancée, a justement pour objectif d'intercepter une comète dynamiquement nouvelle. Les données de K1 vont nourrir directement la préparation de cette mission, au même titre que la campagne de triangulation menée sur [la comète interstellaire 3I/ATLAS avec Juice et Mars Express](/comete-3i-atlas-juice-mars-express-observations). Pour une observation de secours, c'est pas mal. Si l'astronomie a un truc à nous apprendre en dehors de la physique des noyaux glacés, c'est peut-être que le meilleur plan, parfois, c'est celui qu'on n'avait pas prévu. Hubble l'a aussi montré avec [la matière noire d'une galaxie ratée](/cloud-9-galaxie-ratee-matiere-noire-hubble-relhic). ## Sources - [NASA, « Hubble Unexpectedly Catches Comet Breaking Up »](https://science.nasa.gov/missions/hubble/nasas-hubble-unexpectedly-catches-comet-breaking-up/), communiqué du 18 mars 2026 - [ESA/Hubble, heic2606](https://esahubble.org/news/heic2606/) - Bodewits et al., « Sequential fragmentation of C/2025 K1 (ATLAS) after its near-sun passage », Icarus, [DOI 10.1016/j.icarus.2026.116996](https://doi.org/10.1016/j.icarus.2026.116996), preprint [arXiv:2511.19707](https://arxiv.org/abs/2511.19707) - [NASA, séquence 3 panneaux : fragmentation de C/2025 K1](https://science.nasa.gov/asset/hubble/fragmentation-of-comet-c-2025-k1/) - [Wikipedia, C/2025 K1 (ATLAS)]() --- ## LISA : l'ESA construit son interféromètre pour 2035 - URL: https://www.portail-astronomie.fr/lisa-ondes-gravitationnelles-spatiales-esa-2035/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-26T20:00:00 - Categories: cosmologie Le 3 décembre 2015, une fusée Vega décolle de Kourou avec à son bord un démonstrateur technologique de 1 910 kg. LISA Pathfinder. Une boîte de 2,9 m sur 2,1 m, construite par Airbus Defence and Space pour 490 millions d'euros, avec à l'intérieur deux cubes en or-platine séparés de 38 cm. Le but : prouver qu'on peut mesurer le déplacement relatif de deux masses en chute libre dans l'espace avec une précision sub-picométrique. Dix ans et quelques contrats industriels plus tard, l'ESA s'apprête à construire l'instrument final. Trois vaisseaux, 2,5 millions de km de côté, un triangle géant en orbite autour du Soleil pour écouter les ondes gravitationnelles que LIGO ne peut pas capter. ## Pathfinder au point L1, comment a-t-il prouvé que ça marche ? Le vaisseau arrive au point de Lagrange L1 (Soleil-Terre) le 22 janvier 2016, sur une orbite de Lissajous. La phase scientifique commence le 1er mars 2016. Ce qui se passe ensuite, c'est que dès le premier jour de mesure, la précision atteint les exigences. Pas au bout de semaines de calibration. Le premier jour. Les résultats publiés en février 2018 vont plus loin. La chute libre des cubes or-platine est un facteur 5 meilleur que ce qu'exigeait le cahier des charges de Pathfinder. La sensibilité en accélération dans la bande de fréquence de LISA est améliorée d'un facteur supérieur à 3 par rapport aux premières mesures de 2016. Les sources de bruit résiduel sont identifiées : mouvement du vaisseau, interactions moléculaires de gaz, effets laser. Rien de rédhibitoire. Quand j'ai lu le papier à l'époque, je ne m'attendais pas à ce que les marges soient aussi confortables. On parle d'un prototype spatial qui dépasse ses propres specs dès l'allumage. Ça arrive, mais pas souvent. Pathfinder est désactivé le 30 juin 2017 après 576 jours de mission. Le message est clair pour la communauté : la technologie de détection d'ondes gravitationnelles dans l'espace fonctionne. ## 2017-2024, pourquoi sept ans d'attente administrative ? La route administrative est longue. En janvier 2017, une nouvelle proposition arrive sur le bureau de l'ESA : trois vaisseaux, bras de 2,5 millions de km. Le 20 juin 2017, LISA est approuvée comme mission L3 du programme Cosmic Vision (la troisième grande mission, après JUICE et Athena). Le thème retenu : l'univers gravitationnel. Puis il faut attendre. Le concept est affiné, les budgets négociés, les partenaires alignés. La NASA, qui s'était retirée en 2011 pour raisons budgétaires (à l'époque, le projet prévoyait des bras de 5 millions de km en coopération ESA/NASA), revient dans la boucle. En mars 2024, un MoU est signé : la NASA contribue environ 20 % du coût total, en fournissant les systèmes laser, les télescopes et les dispositifs de gestion de charge. Le 25 janvier 2024, le Science Programme Committee de l'ESA adopte LISA. L'adoption, dans le jargon ESA, c'est le feu vert définitif. Le budget estimé est de 1,75 milliard d'euros côté ESA. ## Janvier 2025, comment la phase d'implémentation commence-t-elle vraiment ? En janvier 2025, l'ESA entre en phase d'implémentation. C'est concret. Le 17 juin 2025, au Salon du Bourget, le contrat industriel est signé avec OHB System AG comme maître d'œuvre. Thales Alenia Space fait partie de l'équipe cœur. L'Italie et la Suisse fournissent les masses-test en chute libre avec blindage contre les forces externes. L'Allemagne, le Royaume-Uni, la France, les Pays-Bas, la Belgique, le Danemark et la République tchèque travaillent sur les systèmes de détection interférométrique à précision picométrique. L'Espagne fournit le Science Diagnostics Subsystem. Je note que c'est OHB qui décroche le contrat, pas Airbus (qui avait construit Pathfinder). Les appels d'offres spatiaux européens ne sont pas des reconductions automatiques. ## Ce que LISA va mesurer, pourquoi LIGO ne suffit pas ? [LIGO, Virgo, KAGRA et leurs 218 fusions détectées](/ondes-gravitationnelles-218-fusions-ligo-2026) opèrent dans la bande 5 Hz à 20 000 Hz. Des fusions rapides : deux trous noirs stellaires qui spiralent l'un vers l'autre et fusionnent en une fraction de seconde dans la bande audible des détecteurs. LISA vise la bande 0,1 mHz à 0,1 Hz. Mille fois plus basse. À ces fréquences-là, les sources sont différentes. Des fusions de trous noirs supermassifs, entre 10 000 et 10 millions de masses solaires. L'ESA estime une à deux détections par semaine en moyenne. Des inspirales à rapport de masse extrême (un objet stellaire qui spirale autour d'un trou noir massif), au moins un événement par an. Environ 25 000 binaires compactes galactiques. Et une centaine de binaires qui fusionneront ensuite dans la bande LIGO, quelques semaines ou mois plus tard, ce qui ouvre la porte à l'astronomie multi-bande gravitationnelle. Le total attendu sur la durée de la mission dépasse 10 000 événements. C'est la complémentarité avec les détecteurs au sol qui rend le truc puissant. Les détecteurs au sol captent les dernières secondes d'une fusion stellaire. LISA captera les mois, les années qui précèdent, pour des systèmes bien plus massifs. C'est un peu l'équivalent de la différence entre un radiotélescope et un télescope optique : on regarde le même univers, mais pas les mêmes phénomènes. Oliver Jennrich, l'un des scientifiques du projet, compare ça au passage du cinéma muet au cinéma sonore. Il y a aussi les sources plus exotiques, sur lesquelles je suis moins catégorique : transitions de phase cosmologiques, cordes cosmiques, ondes gravitationnelles primordiales. C'est spéculatif, personne ne sait ce qu'on trouvera réellement dans cette bande de fréquences que personne n'a jamais sondée. ## Le triangle, comment fonctionne concrètement une détection sur 2,5 millions de km ? Trois vaisseaux. Chacun porte deux masses-test (des cubes or-platine de 46 mm, environ 2 kg, revêtus d'or), deux télescopes, deux lasers, deux assemblages optiques. Six faisceaux laser circulent entre les trois vaisseaux. Le triangle est en orbite héliocentrique à 1 UA du Soleil, 20 degrés derrière la Terre, à environ 50 millions de km de nous. La résolution de déplacement est de 20 picomètres sur 2,5 millions de km. Pour donner une idée, c'est un décalage inférieur au diamètre d'un atome d'hélium. La sensibilité en déformation (strain) est meilleure que 1 partie sur 10 puissance 20. La masse totale au lancement des trois vaisseaux combinés est de 8 212 kg, lancés sur Ariane 6 depuis Kourou. La phase scientifique nominale dure quatre ans, avec extension possible jusqu'à dix ans au total. ## Et maintenant, où en est-on réellement avec LISA ? Le lancement est prévu pour 2035. Neuf ans. C'est long, mais les missions spatiales L-class de l'ESA sont des projets à 20 ans de gestation. LISA a été proposée pour la première fois dans les années 1980 sous le nom LAGOS. On en est à 40 ans entre le concept initial et le vol. Ce qui me préoccupe un peu, c'est la tenue du calendrier. Les grandes missions ESA glissent presque toujours. Athena (L2) a été restructurée. [JUICE est partie](/comete-3i-atlas-juice-mars-express-observations), mais avec du retard. Sur LISA, l'adoption est faite, le contrat industriel est signé : on est dans la meilleure position possible. Mais neuf ans, c'est neuf ans. Le parallèle avec Euclid est intéressant. Euclid a mis 12 ans entre l'adoption et le lancement. LISA en prévoit 11. Le télescope spatial a déjà livré ses premiers résultats sur la matière noire, preuve que le pipeline ESA finit par produire. Reste que LISA est techniquement plus ambitieuse : trois vaisseaux au lieu d'un, une précision de mesure sans précédent dans un environnement spatial, et un instrument optique distribué sur des millions de km. Sur des projets bien plus modestes, l'ESA teste aussi [Celeste, son prototype de navigation LEO-PNT](/celeste-leo-pnt-navigation-europeenne-premier-vol). Quand on regarde en arrière, de la première détection au sol en 2015 à la signature du contrat de construction en 2025, la route a été rapide pour un projet de cette taille. Quand LISA volera, on aura accès à une gamme de phénomènes gravitationnels que personne n'a jamais observés. Le millihertz est un territoire vierge. ## Sources - [ESA, LISA](https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/LISA) - [ESA, LISA adoption (25 janvier 2024)](https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/LISA/Capturing_the_ripples_of_spacetime_LISA_gets_go-ahead) - [ESA, Construction begins (17 juin 2025)](https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/LISA/Construction_of_ESA_s_ambitious_LISA_mission_begins) - [ESA, LISA Pathfinder legacy](https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/LISA/LISA_Pathfinder_s_legacy) - [ESA, LISA factsheet](https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/LISA/LISA_factsheet) - [Wikipedia, LISA](https://en.wikipedia.org/wiki/Laser_Interferometer_Space_Antenna) - [Wikipedia, LISA Pathfinder](https://en.wikipedia.org/wiki/LISA_Pathfinder) --- ## Celeste : l'ESA valide la navigation LEO depuis l'orbite - URL: https://www.portail-astronomie.fr/celeste-leo-pnt-navigation-europeenne-premier-vol/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-26T16:00:00 - Categories: exploration-spatiale L'ESA a un problème avec le GPS. Pas le GPS en tant que tel, mais le fait que l'Europe dépende encore, pour une part non négligeable de ses usages de positionnement, d'un système américain militaire. Galileo existe, il fonctionne, ses 30 satellites en orbite moyenne tournent à 23 200 km d'altitude. Sauf que Galileo a les mêmes faiblesses que le GPS : des signaux faibles qui se perdent dans les canyons urbains, sous la canopée forestière, et qui peuvent être brouillés ou usurpés avec du matériel qu'on trouve pour quelques centaines d'euros. La réponse de l'ESA s'appelle Celeste. Pas un remplacement de Galileo. Une couche basse, à 510 km d'altitude, avec des satellites qui envoient des signaux beaucoup plus forts parce qu'ils sont beaucoup plus proches. Le premier vol devait partir le 25 mars 2026 depuis la Nouvelle-Zélande sur une fusée Rocket Lab Electron. La météo en a décidé autrement : scrub pour critères nuages et foudre non satisfaits. Au moment où j'écris, la prochaine tentative est prévue autour du 28 mars. La question que je me pose : est-ce que Celeste est un vrai renfort pour la navigation européenne, ou est-ce qu'on regarde l'ESA empiler une couche de plus sur un système qui fonctionne déjà correctement ? ## Celeste offre-t-elle vraiment un signal plus fort et plus dur à pirater ? Le principe est simple. Un satellite à 510 km envoie un signal qui arrive au sol avec une puissance nettement supérieure à celui d'un satellite à 20 000 km. C'est de la physique de base : la puissance reçue décroît avec le carré de la distance. Passer de 20 000 à 510 km, c'est un gain colossal en rapport signal/bruit. L'ESA ne se contente pas de rapprocher les satellites. Celeste teste quatre bandes de fréquence différentes. Le L-band, c'est la bande de référence du GNSS classique, pour la compatibilité avec les récepteurs existants. Le S-band vise les appareils grand public. Le C-band est la bande qui m'intéresse le plus : elle est conçue pour résister au brouillage et à l'usurpation de signal, avec des architectures de code avancées. Et l'UHF, en dessous du L-band, pénètre mieux les obstacles (murs, forêt dense, zones couvertes). Quand je lis la doc technique de l'ESA sur ces bandes, je comprends mieux pourquoi le programme s'appelle Celeste et pas "Galileo 2". Ce n'est pas du tout la même approche. Galileo envoie un signal de précision depuis loin. Celeste envoie un signal robuste depuis près. Les deux sont complémentaires, comme un phare et une lampe torche. (Pour le contexte géopolitique, c'est le même genre de logique d'autonomie européenne qu'on retrouve dans le [retour en vol de Vega-C](/vega-c-retour-vol-smile-acces-europeen-2026). L'Europe veut ses propres moyens d'accès à l'espace et ses propres systèmes de navigation. Pas par fierté, par nécessité.) ## Est-ce justifié de dépenser 157 millions pour 11 satellites de démonstration ? Bon, tempérons. Celeste IOD, la phase actuelle, c'est 11 satellites en orbite. Pas une constellation opérationnelle. Un démonstrateur. Le budget annoncé est d'environ 157 millions d'euros d'investissement ESA (part LEO-PNT du budget FutureNAV), approuvé au Conseil ministériel de 2022 pour la phase IOD, puis étendu à la phase opérationnelle préparatoire (IOP) au Conseil de Brême en 2025. Les deux premiers satellites, les Pathfinder A, sont des CubeSats. L'un fait 12U (construit par GMV, Espagne), l'autre 16U (Thales Alenia Space, France). Environ 30 kg chacun, la taille d'une valise. Le terme "constellation" est un peu généreux pour décrire deux boîtes de 30 kg envoyées sur une fusée néo-zélandaise. La constellation complète de 11 satellites de démonstration est prévue pour 2027. C'est demain. Et l'ESA a un historique de glissements de calendrier que je n'ai pas besoin de détailler ici. Le programme a déjà raté sa date initiale de fin 2025. L'autre point qui me turlupine : Celeste est un programme ESA de démonstration, pas un service opérationnel. Même si les 11 satellites IOD fonctionnent parfaitement, il faudra encore financer, construire et déployer une constellation opérationnelle complète pour que les utilisateurs en voient la couleur. On parle de combien ? L'ESA n'a pas communiqué de chiffre pour la phase finale. Avec plus de 50 entités de 15 pays impliquées (dont Thales Alenia Space qui construit 5 des 11 satellites, OHB en Allemagne, Anywaves en France pour les antennes), le programme a la complexité industrielle typique de l'ESA : tout le monde a sa part du gâteau. ## Pourquoi le lancement peine-t-il à décoller ? Maria Celeste, la fille de Galileo Galilei, a donné son nom au programme. La mission du premier vol s'appelle "Daughter of the Stars". Poétique. Sauf que la fille des étoiles est encore au sol. Le lanceur choisi est le Rocket Lab Electron, une première pour l'ESA qui n'avait jamais confié un vol dédié à cette entreprise néo-zélandaise. Le site de lancement : Launch Complex 1, péninsule de Mahia, Nouvelle-Zélande. La séquence prévue : premier satellite déployé 20 minutes après le décollage, le second 4 minutes plus tard, sur une orbite circulaire quasi-polaire à 510 km. Le 24 mars, premier report. Repoussé au 25. Le 25, scrub météo. Au 26 mars, aucune date confirmée. Une tentative autour du 28 mars circule, mais rien d'officiel. Là, je relativise. Un report météo sur un lancement, c'est banal. Ça ne dit rien sur la qualité du programme. Mais ça illustre un truc : même quand les satellites sont prêts, même quand le lanceur est sur le pad, le calendrier spatial reste soumis aux aléas. Et quand tu multiplies ça par les 8 satellites Pathfinder B (plus gros, environ le double de masse) qui doivent suivre, les marges de retard s'accumulent. ## Qu'est-ce que ça change pour l'utilisateur final ? Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Tianlong-3 : Space Pioneer rate son premier vol](/tianlong-3-space-pioneer-new-space-chinois-echec-premier-vol-2026). Concrètement, pour le citoyen européen qui utilise son téléphone pour se repérer : rien. Pas maintenant. Celeste est un programme de R&D. Les bénéfices (navigation en intérieur, positionnement en forêt dense, résistance au brouillage) sont réels sur le papier mais n'arriveront dans les appareils grand public que si la constellation opérationnelle est déployée et si les fabricants de puces GNSS intègrent les nouvelles bandes. Le contexte dans lequel Celeste prend tout son sens, c'est la résilience. Depuis 2022, les rapports sur le brouillage GPS/GNSS en Europe se multiplient, particulièrement autour de la Baltique et en Europe de l'Est. Un système de navigation qui dépend uniquement de satellites à 20 000 km est vulnérable. Ajouter une couche LEO avec des signaux plus forts et des protections anti-spoofing en C-band, c'est une assurance. C'est un peu la même logique que SMILE, le satellite ESA qui va observer le vent solaire : on ne voit pas l'utilité immédiate, mais quand une tempête géomagnétique perturbera les signaux GNSS (ça arrive régulièrement), on sera content d'avoir une couche de secours à basse altitude. L'ESA sait aussi retourner ses sondes existantes vers l'imprévu, comme [JUICE et Mars Express détournées pour observer la comète interstellaire 3I/ATLAS](/comete-3i-atlas-juice-mars-express-observations). ## Quel est mon avis ? Sur cette question, mon analyse a évolué en lisant les specs techniques. Au départ, je voyais Celeste comme un énième programme ESA de démonstration qui mettrait dix ans à devenir opérationnel. Les 157 millions, les 50 entités dans 15 pays, le premier vol qui patine avant même de décoller : tout pointait vers le gadget institutionnel. Sauf que le besoin est réel. Le brouillage GNSS n'est plus un scénario théorique. La dépendance européenne au GPS non plus. Et l'approche technique (LEO + multi-bandes + anti-spoofing) répond à des vulnérabilités documentées du GNSS classique. Le vrai risque, c'est le tempo. Si l'ESA met cinq ans de plus que prévu pour passer du démonstrateur à l'opérationnel, d'autres (la Chine avec BeiDou, les États-Unis avec le GPS III) auront comblé les mêmes failles de leur côté. L'avantage technologique de Celeste a une date de péremption. Donc : utile, pas un gadget. Mais l'horloge tourne. Et comme pour Artemis II qui a décollé cette semaine, le spatial européen a besoin de résultats concrets, pas de feuilles de route. ## Sources - ESA, "Introducing Celeste", esa.int/Applications/Satellite_navigation/Celeste - ESA, "Celeste for resilience", esa.int - Space.com, "Rocket Lab Electron launch ESA Celeste navigation satellites", mars 2026 - Thales Alenia Space, "Fair winds : Thales Alenia Space's first Celeste demonstrator satellite" - Anywaves, "Celeste LEO-PNT demonstrator", anywaves.com - InsideGNSS, "ESA's Celeste LEO-PNT still to launch", mars 2026 - Wikipedia, "Celeste (LEO-PNT)", consulté le 26 mars 2026 --- ## Vega-C revole avec SMILE après 23 mois d'immobilisation - URL: https://www.portail-astronomie.fr/vega-c-retour-vol-smile-acces-europeen-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-26T16:00:00 - Updated: 2026-05-05T15:00:00Z - Categories: exploration-spatiale L'Europe n'avait plus de lanceur léger. Pendant 23 mois, entre décembre 2022 et décembre 2024, pas un seul Vega-C n'a décollé de Kourou. Le dernier Vega première génération a tiré son ultime mission en septembre 2024 (Sentinel-2C). Pour lancer un petit satellite institutionnel européen, il fallait soit attendre, soit acheter un ticket chez SpaceX. C'est ce contexte qui rend le vol VV29, prévu le 19 mai 2026, bien plus qu'un simple lancement de satellite. ## Pourquoi un insert de carbone-carbone immobilise un lanceur entier pendant deux ans ? Le 21 décembre 2022, VV22 décolle avec deux satellites Pléiades Neo à bord. Le deuxième étage, le Zefiro 40, lâche en vol. La cause : une érosion thermo-mécanique anormale de l'insert en carbone-carbone de la tuyère. Le matériau, fabriqué en Ukraine et fourni par Avio, présentait un défaut d'homogénéité. Les critères d'acceptation n'étaient pas assez stricts pour détecter le problème avant le vol. Deux satellites perdus, un lanceur détruit, et une enquête qui s'ouvre. J'ai bossé sur des sujets d'infrastructure où un seul composant défaillant met tout un système à plat. C'est exactement ce qui s'est passé ici : un insert de quelques centimètres a cloué au sol un programme entier pendant presque deux ans. Mars 2023, l'équipe d'enquête recommande un nouveau matériau carbone-carbone pour remplacer l'insert défectueux. En juin 2023, essai statique du Zefiro 40 avec ce nouveau matériau. Échec. La tuyère casse à nouveau, cette fois parce que la géométrie de l'insert et les propriétés thermo-mécaniques du nouveau matériau ne s'accordaient pas. Retour à la case départ. Avio doit concevoir un nouveau design complet de la tuyère, pas juste changer le matériau. Le 28 mai 2024, premier essai statique du Zefiro 40 redesigné à Salto di Quirra, en Sardaigne. 94 secondes de combustion nominale. Le 3 octobre 2024, deuxième essai réussi : la qualification du nouveau design est terminée. Le 5 décembre 2024, VV25 décolle avec Sentinel-1C. Succès. Vega-C revole. ## Qu'est-ce que l'Europe perd réellement pendant 23 mois sans lanceur ? Pour comprendre l'ampleur du problème, il faut regarder ce que l'Europe avait comme options pendant cette période. Ariane 5 était en fin de vie (dernier vol juillet 2023). Ariane 6 n'avait pas encore volé (premier vol en juillet 2024). Le Vega original arrivait en bout de course. Pendant des mois, l'Europe n'avait tout simplement aucun lanceur opérationnel. Aucun. C'est un truc qui me laisse perplexe quand j'y réfléchis. On parle de la troisième puissance spatiale mondiale, avec un budget ESA conséquent, et pendant une fenêtre de presque deux ans, le seul moyen d'envoyer un satellite européen en orbite passait par un lanceur américain. L'autonomie stratégique, c'est un concept qui s'effondre vite quand on n'a pas de fusée qui marche. Depuis le retour en vol, Vega-C a enchaîné : VV25 (Sentinel-1C, décembre 2024), VV26 (BIOMASS, avril 2025), VV27 (CO3D + MicroCarb, juillet 2025), VV28 (KOMPSAT-7, décembre 2025). Cinq succès sur six vols au total, un seul échec (VV22). La cadence remonte, mais on part de loin. ## Mise à jour, 5 mai 2026 Mise à jour du calendrier de lancement. L'ESA a confirmé le report du lancement de la mission **SMILE (Solar wind Magnetosphere Ionosphere Link Explorer)** au **19 mai 2026** depuis Kourou (Vega-C VV28). La date initialement annoncée (avril 2026) a été repoussée pour des raisons de configuration de la fenêtre de lancement. Source : [ESA SMILE mission page](https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/Smile). ## Ce que signifie le 19 mai 2026 pour l'accès européen à l'espace Le vol VV29 transporte SMILE (Solar wind Magnetosphere Ionosphere Link Explorer), un satellite de 2 250 kg développé conjointement par l'ESA et l'Académie chinoise des sciences. C'est la première coopération de ce type entre la Chine et l'ESA sur une mission scientifique complète. Le satellite sera d'abord placé sur une orbite circulaire à 700 km, puis rejoindra une orbite elliptique haute (périgée 5 000 km, apogée 121 000 km) pour observer la magnétosphère terrestre. SMILE embarque quatre instruments totalisant 70 kg. Le SXI (Soft X-ray Imager), développé par l'Université de Leicester, produit la première imagerie X globale de la magnétopause. L'UVI (Ultraviolet Aurora Imager) observe les aurores boréales en continu pendant 45 heures d'affilée grâce à l'orbite haute. Le LIA (Light Ion Analyser) et le MAG (magnétomètre sur un bras déployable de 3 mètres) complètent le dispositif. Objectif : comprendre comment la Terre réagit au vent solaire et aux éjections de masse coronale. De la météo spatiale, en somme. Le satellite est déjà ravitaillé depuis le 24 mars. L'étage supérieur AVUM+ est intégré. Décollage fixé au 19 mai 2026 (report depuis la fenêtre initiale 8 avril - 7 mai 2026, suite à un problème technique sur la chaîne de production d'un sous-système Vega-C). Séparation du satellite environ 57 minutes après le décollage. ## Pourquoi Avio devient opérateur change la structure du programme ? Ce qui rend VV29 différent des précédents, c'est l'opérateur. Depuis 2012, tous les vols Vega et Vega-C étaient commercialisés et opérés par Arianespace. Le 14 novembre 2025, un accord signé au siège de l'ESA à Paris a transféré l'exploitation de Vega-C à Avio, le constructeur italien qui fabriquait déjà le lanceur. VV28 en décembre 2025 était le dernier vol géré par Arianespace. VV29 est le premier vol Avio. Le parallèle avec [Céleste, le prototype de navigation LEO-PNT de l'ESA](/celeste-leo-pnt-navigation-europeenne-premier-vol), est intéressant : l'Europe cherche à reprendre le contrôle sur ses capacités spatiales critiques, de la navigation au lancement. Avio est désormais à la fois constructeur et opérateur, ce qui devrait simplifier la chaîne de décision. Le modèle ressemble à ce que fait SpaceX ou Rocket Lab, où le même acteur conçoit, construit et lance. Cinq lancements Vega-C sont prévus en 2026. Côté Ariane 6, c'est jusqu'à huit lancements cette année, dont le premier vol de la version 64 à quatre boosters (Amazon Kuiper, février 2026). Entre les deux, l'Europe vise treize lancements sur l'année. Si la cadence tient, c'est une rupture nette avec les années de disette. L'ESA n'a pas attendu ces vols pour occuper l'orbite : son satellite Proba-2 y a suivi l'[éclipse annulaire du 17 février](/eclipse-annulaire-fevrier-2026-proba-2-orbite). ## Vaut-il vraiment le coup de payer cinq fois plus cher pour la souveraineté ? Sur ce point, j'hésite à trancher. Le coût par lancement de Vega-C tourne autour de 42 millions de dollars. Rapporté au kilo en orbite SSO, ça donne environ 18 260 dollars le kilo, contre 3 400 dollars pour un Falcon 9. L'écart est colossal : un facteur cinq. Et le Falcon 9 est réutilisable, Vega-C ne l'est pas. Mais comparer les deux sur le prix seul, c'est passer à côté du sujet. Vega-C n'est pas là pour gagner des appels d'offres commerciaux contre SpaceX. Il est là pour que l'Europe puisse lancer ses propres satellites Copernicus, ses Sentinels, ses missions scientifiques ESA, sans dépendre d'un fournisseur étranger. C'est un outil de souveraineté, pas un produit commercial. Le jour où les relations diplomatiques se tendent (et elles se tendent régulièrement), avoir son propre lanceur, même plus cher, c'est de l'assurance. Le programme de modernisation du Centre Spatial Guyanais, qui doit s'achever cette année, va dans le même sens : accueillir Ariane 6, Vega-C, des micro-lanceurs et des démonstrateurs réutilisables sur un même site, avec une cadence plus élevée. L'infrastructure suit, au moins sur le papier. ## L'Europe peut-elle vraiment tenir la cadence de treize lancements en 2026 ? Le carnet de commandes Vega-C inclut Sentinel-3C (Q3/Q4 2026), KOMPSAT-6 et PLATiNO 1 (novembre 2026), et trois vols pour la constellation IRIDE d'observation de la Terre. Plus loin : Sentinel-1D, CO2M-A et CO2M-B pour Copernicus. La demande institutionnelle est là. La vraie question, c'est la fiabilité sur la durée. Cinq succès consécutifs après l'échec de VV22, c'est encourageant. Mais le lanceur reste jeune (six vols au compteur) et un seul incident sérieux suffirait à remettre tout le programme en pause. L'Europe a testé ce scénario. Elle sait ce que ça coûte. Le 19 mai à Kourou, quand Vega-C décollera avec [SMILE et son étude du vent solaire](/smile-esa-vent-solaire-magnetosphere-avril-2026) à bord, ce ne sera pas juste un satellite de plus en orbite. Ce sera la confirmation que la cadence tient, que la transition vers Avio fonctionne, et que l'Europe a, peut-être, tiré les leçons de deux ans sans lanceur léger. Peut-être. ## Sources - ESA, communiqués SMILE et factsheet : https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/Smile - ESA, accord Arianespace-Avio : https://www.esa.int/Enabling_Support/Space_Transportation/Vega - Avio, press release VV29 : https://www.avio.com - SpaceNews, Vega-C return to flight : https://spacenews.com/tag/vega-c/ - European Spaceflight, couverture Vega-C : https://europeanspaceflight.com - Space.com, rapport d'enquête VV22 : https://www.space.com --- ## 3I/ATLAS observée depuis l'espace par Juice et Mars Express - URL: https://www.portail-astronomie.fr/comete-3i-atlas-juice-mars-express-observations/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-26T05:00:00 - Categories: ciel-profond Un objet arrive d'un autre système stellaire à cinquante-huit kilomètres par seconde, traverse le Système solaire en quelques mois, et repart pour toujours. Le problème : comment l'observer correctement depuis un seul point quand il passe si vite et si loin ? La réponse de l'ESA : ne pas se contenter d'un seul point. ## Pourquoi une seule ligne de visée ne suffit-elle pas ? Depuis la Terre, on voit 3I/ATLAS sous un angle. Un seul. La comète se rapproche, passe au périhélie le vingt-neuf octobre 2025 à 1,35 UA du Soleil, puis s'éloigne. Pendant une partie de cette trajectoire, elle est trop proche du Soleil dans le ciel pour être observable. Et quand elle est visible, on la voit de face, d'un côté, puis de l'autre, mais toujours depuis le même coin du Système solaire. Pour calculer une orbite précise, un seul point de vue c'est limité. On peut affiner les paramètres orbitaux avec le temps (plus d'observations = meilleure contrainte), mais la géométrie reste la même. C'est comme essayer de mesurer la profondeur d'un couloir en gardant un œil fermé. L'ESA avait deux sondes en position. Mars Express, en orbite autour de Mars, où dorment aussi les échantillons de [Mars Sample Return](/mars-sample-return-annule-congres-us-echantillons-perseverance). Juice, en croisière vers Jupiter après son survol de Vénus le trente et un août 2025. Deux points de vue supplémentaires, deux lignes de visée qui recoupent celle de la Terre. ## Qu'ont observé Mars Express et ExoMars TGO en une semaine d'octobre ? Entre le premier et le sept octobre 2025, Mars Express et ExoMars TGO (Trace Gas Orbiter) ont braqué leurs instruments sur 3I/ATLAS. La comète passait à trente millions de kilomètres de Mars, soit environ 0,19 UA. Quatre instruments mobilisés : CaSSIS et NOMAD côté TGO, OMEGA et SPICAM côté Mars Express. Le défi technique était sérieux. Ces sondes sont conçues pour observer Mars, pas des comètes. La luminosité de 3I/ATLAS était entre dix mille et cent mille fois plus faible que leur cible habituelle. CaSSIS a dû exposer pendant cinq secondes. Mars Express, limitée à une demi-seconde maximum. Mais le résultat valait le coup. Les mesures astrométriques depuis l'orbite martienne, combinées avec celles depuis la Terre, ont amélioré la précision positionnelle d'un facteur dix. Dix fois mieux. C'est la triangulation à l'échelle interplanétaire : deux points séparés par la distance Terre-Mars, deux lignes de visée, une intersection beaucoup plus précise. (J'ai un faible pour ce genre de bidouillage d'instruments. On prend une caméra faite pour photographier des cratères martiens, on la pointe vers un point lumineux dix mille fois plus faible, et on en tire de la science. C'est du détournement de matériel à son meilleur.) Ces données ont été soumises au Minor Planet Center et acceptées. Une première : c'est la première fois que des mesures astrométriques prises depuis un vaisseau en orbite autour d'une autre planète sont acceptées par le MPC. Le protocole n'existait pas, il a fallu l'inventer pour l'occasion. ## Comment Juice observe-t-il depuis l'autre côté du Soleil ? Juice était dans une situation encore plus singulière. Après son survol de Vénus, la sonde était de l'autre côté du Soleil par rapport à la Terre. Un angle de vue complètement différent. La comète est passée à environ 0,4 UA de Juice début novembre 2025, soit soixante-quatre millions de kilomètres. Cinq instruments ont été mobilisés : JANUS (caméra optique), MAJIS (spectromètre imageur), UVS (ultraviolet), SWI (submillimétrique) et PEP (capteur de particules). Six sessions de quarante-cinq minutes, plus une session finale de quatre heures. Résultat : cent vingt-six fichiers scientifiques, 11,18 gigabits de données. Le problème, c'est qu'on ne les a reçus que le dix-sept et le vingt février 2026. Quatre mois après les observations. Juice était en phase de « hot cruise » : l'antenne principale servait de bouclier thermique, orientée vers le Soleil. Il a fallu deux passes de onze heures via les stations ESTRACK de New Norcia et Malargüe pour tout rapatrier. Les images JANUS du six novembre (sept jours après le périhélie) montrent la coma, la queue étendue, et ce qui ressemble à des jets, des rayons et des filaments dans la chevelure. L'équipe a eu quatre mois pour planifier ces observations alors que le cycle normal est de neuf mois. Ça aussi c'est une forme d'exploit. ## Qu'a révélé la triangulation sur 3I/ATLAS ? La comète elle-même est un cas à part parmi les visiteurs interstellaires. Troisième objet interstellaire confirmé (d'où le « 3I »), elle file à cinquante-huit kilomètres par seconde en vitesse excédentaire hyperbolique. 'Oumuamua faisait vingt-six. Borisov, trente-deux. 3I/ATLAS est la plus rapide, et probablement la plus ancienne : entre 7,6 et quatorze milliards d'années selon les estimations. Quasiment l'âge de l'Univers pour la borne haute. Le télescope Webb a mesuré un ratio CO₂/H₂O de 8,0, soit 4,5 sigma au-dessus de la tendance des comètes du Système solaire. Ce noyau est gorgé de dioxyde de carbone. L'interprétation : il s'est formé près de la ligne de glace CO₂ dans son disque protoplanétaire d'origine, ou il a subi des niveaux de radiation que nos comètes locales n'ont jamais connus. SPHEREx a repéré un pic de luminosité retardé d'environ deux mois après le périhélie. La chaleur solaire pénétrait les couches sous-surfaciques, libérant des glaces enfouies. Du méthane, du méthanol, du cyanure : tout sortait en même temps. La queue avait une forme en poire, signe de grains de poussière lourds éjectés avec la matière volatile. Sur le sujet des comètes qui se fragmentent au périhélie, comme [Hubble l'a observé sur la comète K1 ATLAS](/hubble-fragmentation-comete-k1-atlas-perihelie), 3I/ATLAS a tenu bon. Mais une accélération non-gravitationnelle a été détectée, composantes radiale et transverse. C'est un sujet débattu : certains planétologues contestent la significativité statistique du signal vu les incertitudes astrométriques sur un objet flou. ## Quel est le vrai gain de cette approche : la méthode ? Ce qui me reste de cette histoire, c'est moins la comète elle-même que la preuve de concept. On a triangulé un objet interstellaire en utilisant des sondes conçues pour autre chose, positionnées autour de deux planètes différentes. Mars Express a amélioré la position d'un facteur dix. Juice a fourni un angle que personne d'autre n'avait. Pour le prochain visiteur interstellaire (et il y en aura d'autres, les sondages suggèrent qu'il en passe un tous les quelques années), la méthode existe. On sait qu'on peut détourner des sondes en orbite planétaire pour faire de l'astrométrie cométaire. On sait que le MPC accepte ces données. Côté navigation, l'ESA teste aussi [Celeste, son prototype LEO-PNT](/celeste-leo-pnt-navigation-europeenne-premier-vol). Sur ce point précis, j'hésite encore sur l'ampleur réelle du gain. Le facteur dix en précision positionnelle, c'est net. Mais est-ce que ça change structurellement les contraintes sur l'orbite hyperbolique ? Ou est-ce que c'est surtout une démonstration, un proof-of-concept pour les missions futures ? Les deux, probablement. Reste que la prochaine fois qu'un objet interstellaire débarque, on n'aura pas besoin de réinventer le protocole. Le prochain rendez-vous pour 3I/ATLAS, c'est la suite de l'analyse. Cent vingt-six fichiers de Juice à éplucher, les données spectro de Webb et Hubble à corréler, et la question ouverte de cette accélération non-gravitationnelle à trancher. La comète, elle, est déjà repartie vers nulle part. ## Sources - ESA, « ESA observations of interstellar comet 3I/ATLAS » : https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/ESA_observations_of_interstellar_comet_3I_ATLAS - ESA, « ExoMars and Mars Express observe comet 3I/ATLAS » : https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/ESA_s_ExoMars_and_Mars_Express_observe_comet_3I_ATLAS - ESA, « ESA pinpoints 3I/ATLAS's path with data from Mars » : https://www.esa.int/Space_Safety/Planetary_Defence/ESA_pinpoints_3I_ATLAS_s_path_with_data_from_Mars - ESA, « A rare encounter: How Juice came to observe 3I/ATLAS » : https://www.esa.int/Enabling_Support/Operations/A_rare_encounter_How_Juice_came_to_observe_3I_ATLAS - ESA Multimedia, « First glimpse of comet 3I/ATLAS from Juice science camera » : https://www.esa.int/ESA_Multimedia/Images/2026/02/First_glimpse_of_comet_3I_ATLAS_from_Juice_science_camera - arXiv:2508.18209, « JWST detection of CO₂ dominated coma » : https://arxiv.org/abs/2508.18209 - NASA SPHEREx blog, « SPHEREx Tracks Brightening of Interstellar Comet », février 2026 : https://science.nasa.gov/blogs/spherex/2026/02/04/nasas-spherex-mission-tracks-brightening-of-interstellar-comet/ --- ## Hera inspecte le cratère de Dimorphos après l'impact DART - URL: https://www.portail-astronomie.fr/hera-didymos-inspection-post-impact-dart-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-26T05:00:00 - Categories: systeme-solaire Le 26 septembre 2022, la NASA a balancé un vaisseau de 580 kg à 6,6 km/s sur un caillou de 160 mètres de diamètre moyen. Dimorphos a perdu 33 minutes sur sa période orbitale. L'impact a éjecté entre 10 et 20 millions de kilogrammes de matière dans l'espace, laissant une queue de débris de plus de 10 000 km visible pendant des mois. DART a prouvé qu'on pouvait dévier un astéroïde. Mais personne n'est retourné voir les dégâts de près. C'est le boulot de Hera, la sonde de l'ESA lancée le 7 octobre 2024. Elle est en route. Et la manœuvre qu'elle vient de terminer en mars 2026 confirme qu'elle arrivera un mois plus tôt que prévu. ## Comment DART a-t-il percuté Dimorphos en septembre 2022 ? Revenons au point de départ. DART (Double Asteroid Redirection Test) est la première mission de défense planétaire à tester l'impact cinétique en conditions réelles. La cible : Dimorphos, une petite lune de 177 sur 174 sur 116 mètres qui orbite autour de Didymos, un astéroïde géocroiseur de type S d'environ 780 mètres de diamètre. L'impact a eu lieu le 26 septembre 2022 à 23h14 UTC. DART pesait environ 580 kg au moment de la collision. Vitesse : 6,6 km/s, soit environ 22 530 km/h. Le résultat attendu, c'était un léger changement de période orbitale. Ce qu'on a obtenu, c'est 33 minutes en moins (plus ou moins une minute à trois sigma). La NASA espérait un changement détectable. On en a eu 33 minutes. Le coefficient beta, qui mesure l'efficacité du transfert de quantité de mouvement, est sorti à 3,6. Traduction : les éjecta projetés par l'impact ont amplifié l'effet 3,6 fois par rapport à ce qu'un simple choc absorbé aurait produit. Les débris qui partent dans un sens poussent l'astéroïde dans l'autre. C'est de la physique newtonienne, mais le ratio a surpris pas mal de monde. Et il y a eu un autre résultat inattendu. Dimorphos n'a pas de cratère. Pas au sens classique du terme. L'impact a remodelé l'ensemble de la surface. Avant le choc, Dimorphos était un sphéroïde aplati couvert de blocs rocheux. Après : un ovale aplati, un « flat-topped oval ». La cohésion interne est inférieure à quelques pascals. C'est un tas de gravats maintenu par la gravité, un rubble pile, et DART l'a secoué de part en part. Environ 100 millions de kg de matière ont été déplacés en surface. 80 millions sont retombés sur Dimorphos. Le reste est parti. LICIACube, le petit satellite italien de l'ASI, a photographié le panache 2 minutes 45 secondes après l'impact depuis une distance de 56,7 km. Hubble et Webb ont confirmé l'étendue du nuage d'éjecta depuis l'orbite terrestre. ## Pourquoi on ne sait pas assez sur Dimorphos ? DART a prouvé le concept. Mais sans mesures complémentaires, les données restent incomplètes. On ne connaît pas la masse exacte de Dimorphos. Les estimations varient entre 1,3 et 4,3 milliards de kg selon la densité qu'on suppose. Sans la masse, impossible de calculer précisément beta. Et sans beta précis, la stratégie de défense planétaire repose sur des approximations. On ne sait pas non plus à quoi ressemble la structure interne. Est-ce que Dimorphos est homogène ou stratifié ? Est-ce que l'intérieur a bougé autant que la surface ? Quelle est la composition minéralogique exacte ? Toutes ces questions conditionnent la manière dont on concevrait une future mission de déviation si la cible était un astéroïde réellement menaçant. C'est pour ça que l'ESA a construit Hera. ## Comment Hera a-t-elle décollé en octobre 2024 ? Le 7 octobre 2024 à 14h52 UTC, un Falcon 9 de SpaceX quitte Cape Canaveral avec Hera à bord. La sonde pèse 1 128 kg au lancement, dont 696 kg à sec. Le bus mesure 1,6 sur 1,6 sur 1,7 mètre, mais une fois les panneaux solaires déployés, l'envergure passe à 11,4 mètres pour environ 13 m² de surface photovoltaïque. Puissance nominale : 712 watts. Le maître d'œuvre est OHB SE à Brême, avec le module de propulsion confié à Avio en Italie. Budget total : 363 millions d'euros (conditions économiques 2022), financé par 18 États membres de l'ESA plus le Japon, avec des contributions américaines. Pour une sonde interplanétaire, c'est raisonnable. Le James Webb a coûté dix milliards de dollars. Hera embarque cinq instruments principaux et deux CubeSats. J'y reviendrai, parce que le package scientifique est la vraie raison pour laquelle cette mission compte. Les premières semaines après le lancement sont consacrées aux manœuvres en espace profond. Le 27 octobre 2024, première poussée : 100 minutes de fonctionnement moteur, 146 m/s de delta-V. Le 6 novembre, deuxième poussée : 13 minutes, 20 m/s. Le système de propulsion bi-ergol chimique, avec ses 16 moteurs de contrôle d'orbite et 6 moteurs d'attitude, fonctionne comme prévu. ## Pourquoi Hera fait-elle un détour par Mars en 2025 ? Le 12 mars 2025, Hera survole Mars à 5 000 km. Au passage, elle observe Déimos à 300 km. C'est une assistance gravitationnelle, un coup de fronde pour ajuster la trajectoire vers Didymos sans consommer de carburant. Rien de spectaculaire en soi, c'est une technique standard, mais les données sur Déimos sont un bonus scientifique appréciable. ## En quoi consiste la grosse manœuvre de février-mars 2026 ? C'est l'événement récent. Entre février et mars 2026, Hera a exécuté sa troisième manœuvre majeure en espace profond. Et celle-là, c'est la plus grosse de toute la mission en consommation de carburant. Les chiffres : 123 kg d'hydrazine brûlés, un delta-V de 367 m/s, réparti en trois poussées principales plus une correction, sur environ quatre semaines. L'ESA compare ça à « une accélération de l'arrêt au supersonique ». L'objectif était d'aligner l'inclinaison de l'orbite de Hera autour du Soleil avec celle du système Didymos. Tous les sous-systèmes ont fonctionné conformément aux données de télémétrie. Et la bonne nouvelle : la fiabilité du système de propulsion a permis à l'équipe de mission d'adopter un plan de manœuvre plus agressif. Résultat, Hera arrivera en novembre 2026 au lieu de décembre 2026. Un mois de bonus sur une mission de deux ans, c'est pas anodin. Ça veut dire un mois supplémentaire de données scientifiques pendant la phase de proximité. ## Quel est le rôle du réseau au sol ? Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Apophis 2029 : RAMSES, OSIRIS-APEX et ApophisExL prêts](/apophis-2029-approche-historique-ramses-osiris-apex-missions). Je fais une parenthèse sur l'infrastructure, parce qu'on n'en parle jamais et c'est pourtant ce qui fait tenir une mission interplanétaire. Hera communique via le réseau Estrack de l'ESA : trois antennes Deep Space de 35 mètres à Cebreros en Espagne, Malargüe en Argentine et New Norcia en Australie. Une quatrième antenne entre en service à New Norcia en 2026. Le contrôle principal est à l'ESOC de Darmstadt en Allemagne. Les CubeSats sont pilotés depuis l'ESEC à Redu en Belgique. Le CNES à Toulouse fournit du support. Quand Hera sera à 195 millions de km de la Terre au moment du rendez-vous, chaque signal mettra environ 11 minutes à faire l'aller simple. La navigation autonome est une obligation, pas un luxe. ## Quel est l'arsenal scientifique de Hera ? Cinq instruments sur Hera, plus deux CubeSats bourrés de capteurs. Voici ce qui va tourner autour de Dimorphos. Les AFC (Asteroid Framing Cameras) : deux caméras identiques, redondantes, avec un capteur panchromatique de 1020 sur 1020 pixels et un champ de 5,5 degrés. Résolution d'un mètre à dix kilomètres de distance. C'est elles qui cartographieront la zone d'impact à quelques centimètres près lors des passages rapprochés. HyperScout-H : imageur hyperspectral, 25 bandes entre 650 et 950 nanomètres. Il donnera la composition minéralogique de surface. PALT, le micro-lidar, mesure l'altitude avec une précision de 0,5 mètre à une fréquence de 10 hertz. TIRI, fourni par la JAXA, travaille dans l'infrarouge thermique entre 8 et 14 micromètres avec 8 filtres. Et X-DST fait de la radio-science pour mesurer le champ de gravité par effet Doppler. Les deux CubeSats sont Juventas et Milani, tous les deux au format 6U-XL, environ 12 kg chacun. Juventas embarque JuRa, un radar basse fréquence (50 à 70 MHz) capable de sonder l'intérieur de Dimorphos jusqu'à 100 mètres de profondeur avec une résolution de 10 à 15 mètres. C'est le plus petit radar jamais envoyé dans l'espace. Il embarque aussi GRASS, le premier gravimètre destiné à se poser sur un astéroïde. Milani porte ASPECT, un imageur hyperspectral couvrant 0,5 à 2,5 micromètres, et VISTA, un thermogravimètre pour détecter poussières et volatiles. Les deux CubeSats finiront leur mission par un atterrissage contrôlé sur Dimorphos. Ça me fait penser aux ambitions de la NASA pour Mars avec la propulsion nucléaire : on teste les techniques de demain sur des cibles d'aujourd'hui. ## Que se passera-t-il à l'arrivée en novembre 2026 ? En octobre 2026, Hera effectuera son rendez-vous impulsif et s'insérera en orbite autour du système Didymos. L'arrivée effective est prévue pour novembre 2026, un mois plus tôt que le plan initial. La sonde opérera à environ 20 à 30 km de Dimorphos, avec une vitesse d'environ 12 cm/s par rapport au barycentre du système. Des arcs orbitaux de trois et quatre jours alternés, en cycle hebdomadaire. La navigation, c'est un morceau. Hera fusionne les données de suivi visuel, d'altimétrie lidar, de mesures inertielles et de star trackers pour se positionner autour d'un objet de 151 mètres situé à 195 millions de km de la Terre. La phase scientifique nominale dure six mois. En fin de mission, une descente contrôlée vers le pôle de Didymos est envisagée. ## Qu'est-ce qui se joue vraiment avec Hera ? La question de fond, c'est la défense planétaire. DART a montré qu'un impacteur cinétique modifie l'orbite d'un astéroïde. Hera va quantifier cette modification avec la précision nécessaire pour en faire une stratégie opérationnelle. Si le beta réel (une fois la masse de Dimorphos connue) confirme la valeur de 3,6, ça signifie que les rubble piles, ces agrégats gravitationnels qui sont une bonne partie des géocroiseurs, sont des cibles favorables pour la déviation. Les éjecta font le gros du travail. Un impacteur de quelques centaines de kilos suffirait à protéger la Terre d'un astéroïde de cette taille, à condition de s'y prendre assez tôt. Je suis pas certain qu'on ait bien mesuré ce que ça implique. C'est la première fois dans l'histoire de l'humanité qu'on aura les données complètes pour concevoir un système de défense planétaire réaliste. Pas un film, pas une simulation. Des mesures in situ, sur un corps qu'on a nous-mêmes percuté, inspectées par une sonde dédiée. Le programme AIDA (Asteroid Impact and Deflection Assessment), le cadre conjoint NASA-ESA qui englobe DART et Hera, est peut-être le programme spatial le plus sous-estimé de la décennie. Le [survol de SMILE par l'ESA pour étudier le vent solaire](/smile-esa-vent-solaire-magnetosphere-avril-2026) montre que l'agence européenne multiplie les missions de science appliquée. Hera s'inscrit dans cette logique : comprendre pour protéger. Sauf qu'ici, c'est la planète entière qui est le client. Novembre 2026, on saura. D'ici là, l'ESA a d'autres dossiers en cours, du [retour en vol de Vega-C](/vega-c-retour-vol-smile-acces-europeen-2026) à l'[éclipse annulaire du 17 février 2026](/eclipse-annulaire-fevrier-2026-proba-2-orbite) vue depuis l'orbite. ## Sources - ESA, « Hera on course for asteroid rendezvous » (mars 2026) - ESA, « ESA's Hera targets early arrival at Didymos asteroids » - ESA, « Hera Frequently Asked Questions » - ESA, « Hera operations » - Nature, « Orbital period change of Dimorphos due to the DART kinetic impact » (2023) - Nature, « Momentum transfer from the DART mission kinetic impact on asteroid Dimorphos » (2023) - Nature, « The rubble-pile structure of Dimorphos » (2024) - Sky and Telescope, « NASA's DART Impact Reshaped the Asteroid Dimorphos » --- ## Plato : 26 caméras sous vide pour traquer des exoterres - URL: https://www.portail-astronomie.fr/plato-26-cameras-tests-cryovide-estec-2026/ - Author: Julien P. - Published: 2026-03-26T05:00:00 - Categories: observation ## Vingt-six paires d'yeux braquées sur les étoiles, pourquoi pas un seul grand télescope ? J'ai passé un bon moment à compter les caméras sur les photos du satellite Plato. Vingt-quatre dans le carré principal, deux perchées tout en haut. Vingt-six au total. Aucun autre télescope spatial n'embarque autant de détecteurs individuels, et cette architecture est la clé de tout ce que la mission promet. Plato, c'est PLAnetary Transits and Oscillations of stars. Le nom complet tient à peine dans un titre, mais il résume bien le programme : détecter des planètes par la méthode des transits et caractériser leurs étoiles par astérosismologie. L'ESA a sélectionné la mission en février 2014, adoptée en juin 2017, avec OHB System AG comme maître d'œuvre et un budget global d'environ cinq cents millions d'euros. ## Comment fonctionne le regard multiple de Plato ? Chaque caméra embarque une lentille de cent vingt millimètres de diamètre (ce sont des réfracteurs, pas des miroirs) et quatre CCD fabriqués par Teledyne e2v au Royaume-Uni. Chaque CCD fait quatre mille cinq cent dix pixels de côté, pour un total de 81,4 mégapixels par caméra. Multipliez par vingt-six : 2,12 gigapixels. Le plus grand plan focal jamais envoyé dans l'espace pour chercher des exoplanètes. Les vingt-quatre caméras dites "normales" sont réparties en quatre groupes de six, réparties en quatre groupes de six sur la plateforme. Elles lisent leurs capteurs toutes les vingt-cinq secondes et visent des étoiles au-delà de la magnitude huit. Les deux caméras rapides, elles, échantillonnent toutes les 2,5 secondes. Elles ciblent les étoiles les plus brillantes (magnitude quatre à huit) et aident au pointage fin du satellite. Le champ de vue combiné atteint deux mille deux cent cinquante degrés carrés, soit environ dix mille fois la surface apparente de la pleine Lune. J'ai dû relire ce chiffre deux fois. Un coup d'œil colossal sur le ciel, à chaque pose. ## Pourquoi vingt-six caméras et pas un gros miroir unique ? La question mérite d'être posée. James Webb, Hubble, Kepler : tous utilisent un miroir principal unique. Plato a choisi une autre voie. Les vingt-six télescopes individuels sont légèrement décalés les uns par rapport aux autres (9,2 degrés d'offset par rapport à l'axe principal). Les champs se chevauchent au centre, ce qui fait que les étoiles les plus intéressantes sont observées par plusieurs caméras en même temps. La redondance améliore le rapport signal sur bruit. Et si une caméra tombe en panne, les vingt-cinq autres continuent. Ce concept multi-yeux donne à Plato une surface collectrice équivalente à un télescope de classe un mètre, mais avec une fiabilité et une couverture que les coronographes au sol ne peuvent pas égaler pour la photométrie longue durée. ## Dans le ventre du Large Space Simulator, comment teste-t-on l'impossible ? Depuis le dix-huit février 2026, le satellite est enfermé dans le Large Space Simulator de l'ESTEC, à Noordwijk aux Pays-Bas. C'est la plus grande chambre cryovide d'Europe : un cylindre de quinze mètres de haut sur dix mètres de large. La pression descend à un milliardième de celle au niveau de la mer. De l'azote liquide circule dans les parois pour refroidir l'enceinte, tandis qu'une grille d'éléments chauffants (des calrods, la même technologie que dans les fours industriels) simule le rayonnement solaire. Le résultat : la face arrière du satellite monte à environ cent soixante degrés Celsius, côté soleil. Les caméras, elles, plongent à moins quatre-vingts degrés, côté espace. Deux cent quarante degrés d'écart sur la même structure. Les tests ont commencé début mars 2026 et la sortie est prévue fin mars. Avant d'entrer dans le LSS, Plato avait déjà passé les tests vibratoires et acoustiques en janvier 2026. L'ESA a d'ailleurs titré sa vidéo "Plato passes vibe check", ce qui m'a fait sourire. ## La route jusqu'ici, pourquoi un voyage par bateau pour un satellite ? L'intégration des vingt-six caméras a débuté en juin 2024. Le module payload a été connecté au module de service le onze juin 2025. Le satellite complet est arrivé à l'ESTEC le premier septembre 2025, par le Rhin, sur un bateau. Trop volumineux pour la route. Quelques jours plus tard, le bouclier solaire et les panneaux solaires ont été fixés, puis déployés un par un (aile gauche le seize septembre, aile droite le vingt-deux). Les panneaux, une fois ouverts, atteignent environ neuf mètres d'envergure pour plus de trente mètres carrés de surface. Ce qui me frappe dans cette chronologie, c'est la lenteur méthodique. Deux ans entre le début de l'intégration caméras et les tests finaux. Pas de précipitation. Sur un budget de cette taille, mieux vaut perdre six mois que griller un CCD. ## Janvier 2027, le lancement se fera-t-il à temps ? Le lancement est prévu en janvier 2027, sur une Ariane 62 (la version à deux boosters d'Ariane 6), depuis le Centre spatial guyanais. Le contrat avec Arianespace a été signé en janvier 2025. La factsheet de l'ESA mentionne encore "fin 2026", mais les sources les plus récentes, dont le site officiel platomission.com en mars 2026, indiquent janvier 2027. On prend la date la plus fraîche. Une fois en orbite, Plato rejoindra le point de Lagrange L2, à 1,5 million de kilomètres de la Terre, du côté opposé au Soleil. Il y retrouvera James Webb (installé depuis 2022) et Euclid (depuis 2023). C'est un coin de plus en plus fréquenté. ## Ce que Plato va chercher, comment détecte-t-on les exoterres habitables ? La mission vise les planètes rocheuses en zone habitable autour d'étoiles de type solaire. La méthode de détection combine la photométrie de transit (la planète passe devant l'étoile, la luminosité baisse) et l'astérosismologie (les oscillations de l'étoile révèlent sa structure interne). Plato sera le premier observatoire spatial à utiliser systématiquement l'astérosismologie pour caractériser les étoiles hôtes. Le premier champ d'observation, baptisé LOPS2, a été choisi dans le ciel austral : quarante-neuf degrés sur quarante-neuf, du côté des constellations du Peintre, de la Colombe et de la Dorade. Plus de neuf mille étoiles naines et sous-géantes (de type F5 à K7, magnitude inférieure à onze) y seront surveillées avec un bruit photométrique inférieur à cinquante parties par million par heure. Ce champ sera observé pendant au moins deux ans, peut-être quatre. Pourquoi l'hémisphère sud ? Parce que les meilleurs instruments au sol pour la vélocité radiale (qui permet de mesurer la masse des planètes détectées) sont installés dans l'hémisphère sud. Les télescopes de l'ESO au Chili, entre autres. ## Plato face à Kepler et TESS, qu'apporte-t-il de plus ? Kepler a surveillé cent quarante-cinq mille étoiles dans un champ fixe pendant quatre ans. Plus de deux mille six cents exoplanètes confirmées. TESS couvre quasi tout le ciel, mais observe chaque secteur pendant vingt-sept jours seulement, ce qui biaise vers les planètes à courte période orbitale. Plato combine le meilleur des deux : un champ large (deux mille deux cent cinquante degrés carrés, comparable à TESS) et une durée d'observation longue (deux à quatre ans, comme Kepler). L'autre différence, c'est la magnitude des étoiles cibles. Kepler visait des étoiles faibles (magnitude neuf à seize). Plato cible des étoiles brillantes (magnitude quatre à onze). Des étoiles brillantes, ça veut dire qu'on peut ensuite les étudier depuis le sol avec les spectrographes de l'ESO à Paranal ou d'autres observatoires. Plus l'étoile est brillante, plus la caractérisation de la planète est précise. L'objectif affiché : une précision de plus ou moins trois pour cent sur le rayon planétaire, et plus ou moins dix pour cent sur la masse (avec le suivi au sol). J'avoue que sur le papier, ça m'impressionne. Mais je reste prudent. Kepler aussi promettait beaucoup, et il a fallu des années de tri pour séparer les vrais signaux du bruit. Plato aura les mêmes défis, avec des données d'une toute autre échelle. ## Ce qui reste à faire avant le décollage ? Le satellite doit sortir du LSS fin mars, puis c'est l'expédition vers Kourou et les préparatifs de lancement. La mission nominale dure quatre ans, mais le vaisseau est construit et vérifié pour 6,5 ans, avec des consommables prévus pour huit. Extension possible jusqu'à 8,5 ans. Si tout se passe bien, les premières données photométriques seront publiques par trimestres, après un délai de validation initial de six mois. La communauté scientifique attend ça avec une impatience que je comprends : K2-315b et les autres détections de Kepler et TESS ont montré que les planètes rocheuses sont partout. Ce qui manque, c'est de savoir lesquelles ont la bonne taille, la bonne distance à leur étoile, et un âge compatible avec le développement de conditions habitables. Plato est conçu pour répondre à cette question. Vingt-six caméras, 2,12 gigapixels, un milliardième de pression atmosphérique dans une chambre de quinze mètres de haut. Les chiffres donnent le vertige. Reste à les transformer en découvertes. En attendant janvier 2027, il y a de quoi suivre : [l'équipage d'Artemis II sur le départ](/artemis-ii-lancement-imminent-equipage-lune-2026), [son survol lunaire d'avril](/artemis-ii-survol-lune-avril-2026) et, pour les observateurs, [la comète C/2025 R3](/comete-c2025-r3-observation-avril-2026). ## Sources - [platomission.com, 13 mars 2026](https://platomission.com/2026/03/13/plato-readies-for-space-like-tests/) - [ESA, Plato factsheet](https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/Plato_factsheet) - [ESA, Completed Plato spacecraft ready for final tests, oct. 2025](https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/Plato/Completed_Plato_spacecraft_is_ready_for_final_tests) - [Wikipedia, PLATO (spacecraft)]() - [DLR, Plato readies for space-like tests](https://www.dlr.de/en/wr/about-us/departments-1/extrasolar-planets-and-atmospheres/news-from-our-department-epa/plato-readies-for-space-like-tests) - [Teledyne e2v, PLATO CCD milestone](https://www.teledyneimaging.com/en/aerospace-and-defense/news/aerospace-and-defense-news/teledyne-e2v-reaches-critical-milestone-in-esa-plato-mission-for-supply-of-custom-image-sensors/) --- ## SMILE : l'ESA observe la magnétosphère en rayons X mous - URL: https://www.portail-astronomie.fr/smile-esa-vent-solaire-magnetosphere-avril-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-26T05:00:00 - Updated: 2026-05-05T15:00:00Z - Categories: systeme-solaire ## Mise à jour, 5 mai 2026 Mise à jour du calendrier de lancement. L'ESA a confirmé le report du lancement de la mission **SMILE (Solar wind Magnetosphere Ionosphere Link Explorer)** au **19 mai 2026** depuis Kourou (Vega-C VV28). La date initialement annoncée (avril 2026) a été repoussée pour des raisons de configuration de la fenêtre de lancement. Source : [ESA SMILE mission page](https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/Smile). Le 19 mai 2026, un satellite de 2 300 kg quitte Kourou pour aller photographier un truc qu'on ne voit pas : la frontière entre le vent solaire et le champ magnétique terrestre. Personne n'a jamais imagé cette zone en rayons X mous. SMILE est la première mission conçue pour ça. ## Pourquoi observer la magnétosphère en rayons X mous change tout ? SMILE, pour Solar wind Magnetosphere Ionosphere Link Explorer, est un projet conjoint ESA et Académie des sciences chinoise (CAS). Sélectionnée en novembre 2015 parmi treize propositions, adoptée en mars 2019, la mission a mis onze ans à passer de l'idée au pas de tir. L'objectif tient en une phrase : observer en temps réel comment le vent solaire frappe la magnétopause (la limite extérieure du bouclier magnétique terrestre) et comment cette interaction déclenche des sous-orages et des aurores polaires. Aujourd'hui, on modélise cette dynamique avec des données indirectes, des mesures ponctuelles prises par des sondes qui traversent la magnétopause sans la voir dans sa globalité. SMILE va produire les premières images globales de cette zone de collision. Pour donner un ordre d'idée concret : quand une éjection de masse coronale (CME) percute la magnétosphère, les particules chargées du vent solaire interagissent avec les atomes d'hydrogène neutres de l'exosphère terrestre. Ce processus, l'échange de charge, émet des rayons X mous. C'est ce signal que l'instrument principal de SMILE, le SXI, va capter. ## Comment une orbite à 121 000 km permet de voir la magnétosphère en entier ? Le satellite pèse 2 300 kg au lancement (dont environ 1 580 kg de propergol, de l'hydrazine). À sec, 707 kg. Les instruments pèsent entre 70 et 76 kg selon les sources ESA. Pas lourd pour quatre instruments scientifiques. La plateforme est fournie par la CAS. Le module charge utile a été construit par Airbus Defence and Space en Espagne. Assemblage final : les deux morceaux se sont retrouvés à l'ESTEC fin 2024, avec un mariage le 21 janvier 2025. Le satellite est arrivé à Kourou le 26 février 2026 et le remplissage en hydrazine (1 520 litres, quatre réservoirs de 380 litres) s'est terminé autour du 20 au 24 mars. L'orbite est une ellipse haute, fortement inclinée à 73 degrés. Périgée à 5 000 km, apogée à 121 182 km, soit environ un tiers de la distance Terre-Lune. Période orbitale d'environ 51 heures (eoPortal indique 48 heures, la divergence n'est pas résolue dans les sources publiques). Le satellite passe environ 80 % de son temps en haute altitude, ce qui lui donne neuf mois par an d'observation continue de la magnétopause. C'est le point clé : pas de survol rapide, mais un stationnement prolongé avec une vue d'ensemble. J'avoue que je suis resté bloqué un moment sur le choix de l'orbite. À 121 000 km d'apogée, on est loin. Très loin. Mais c'est précisément cette distance qui permet de cadrer la magnétopause en entier dans le champ du SXI. Plus près, on verrait un bout. La contrainte scientifique a dicté l'orbite, pas l'inverse. ## Comment quatre instruments se complètent pour dévoiler la magnétosphère ? Le SXI (Soft X-ray Imager) est le cœur de la mission. C'est un télescope à optique lobster-eye (optique à yeux de homard, des micropores en grille qui focalisent les rayons X par réflexion rasante). Bande : 0,2 à 2,5 keV. Champ : 15,5 par 26,5 degrés. Deux CCD Teledyne e2v comme détecteurs. Développé par l'Université de Leicester avec des institutions européennes. C'est lui qui va produire les images de la magnétopause en rayons X mous, les premières du genre. L'UVI (Ultraviolet Imager) est une caméra CMOS qui observe les aurores en ultraviolet lointain (160 à 180 nm). Champ de 10 par 10 degrés, résolution spatiale de 150 km à l'apogée, une image toutes les 60 secondes. Le satellite pourra observer les aurores boréales en continu pendant 45 heures d'affilée. C'est aussi une première. Construction : NSSC (Chine), Liège Space Center, ESA, Université de Calgary, Polar Research Institute of China. Le LIA (Light Ion Analyser) mesure les ions du vent solaire in situ avec deux analyseurs électrostatiques top-hat. Bande de 0,05 à 20 keV, résolution temporelle d'une demi-seconde. Développé par la NSSC, le UCL Mullard Space Science Lab et le LPP/CNRS/École Polytechnique. Le MAG (Magnetometer) : deux capteurs tri-axiaux montés sur un mât déployable de 3 mètres, espacés de 80 cm en configuration gradiomètre. Plage de mesure : plus ou moins 12 800 nT. Développé par la NSSC et l'Institut de recherche spatiale de l'Académie autrichienne des sciences. La combinaison SXI plus UVI donne une vue simultanée du côté jour (magnétopause) et du côté nuit (aurores). Le LIA et le MAG mesurent ce qui passe localement autour du satellite. Images globales plus mesures locales : c'est ce couplage qui rend la mission unique. ## Pourquoi SMILE décolle-t-il sur Vega-C, vol VV29 ? Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Ariane 6 VA268 : décollage 30 avril, 32 satellites Amazon](/ariane-6-va268-lancement-28-avril-2026-mission-charge-utile). Vega-C lance SMILE depuis le port spatial européen de Kourou. Vol VV29, opéré par Arianespace. Le lanceur fait 35 mètres de haut, 210 tonnes au décollage, trois étages à propergol solide plus un étage liquide supérieur. La fenêtre de lancement s'ouvre le 8 avril et se ferme le 7 mai 2026. Date effective : 19 mai 2026, après report pour problème technique sur un sous-système Vega-C. Ce vol est significatif pour l'accès européen à l'espace : après l'échec du vol VV22 en décembre 2022 et le [retour en vol réussi avec VV25 en décembre 2024](/vega-c-retour-vol-smile-acces-europeen-2026), chaque lancement de Vega-C consolide la fiabilité du lanceur. SMILE est la charge utile la plus lourde et la plus ambitieuse que Vega-C ait emportée. (En parallèle, [Artemis II décolle le 1er avril pour survoler la Lune](/artemis-ii-survol-lune-avril-2026). Avril 2026, c'est un mois chargé pour le spatial, avec en plus [la comète C/2025 R3 à surveiller](/comete-c2025-r3-observation-avril-2026).) ## Pourquoi SMILE va forcément découvrir des choses qu'on n'avait pas anticipées ? Les objectifs déclarés par l'ESA tiennent en trois points : comprendre les modes d'interaction entre le vent solaire et la magnétosphère côté jour, définir le cycle complet d'un sous-orage magnétique, et étudier comment les éjections de masse coronale génèrent des tempêtes géomagnétiques. Sur le papier, c'est clair. Mais je ne suis pas sûr qu'on sache vraiment ce qu'on va trouver. Les modèles de la magnétopause existent depuis des décennies, construits sur des données de sondes comme Cluster ou THEMIS. Sauf que ces sondes mesurent la magnétopause en un point. SMILE va la voir en entier, d'un coup. C'est un peu comme passer d'un thermomètre à une caméra thermique : on va probablement découvrir des structures et des dynamiques qu'on n'avait pas anticipées. Les stations sol sont réparties aux extrêmes : O'Higgins en Antarctique (opérée par le DLR allemand) et Sanya en Chine. Les opérations sont gérées conjointement par le SMILE Mission Centre de la CAS et le Science Operations Centre de l'ESA à l'ESAC. Durée nominale : trois ans. ## Comment SMILE survit aux tensions sino-européennes depuis onze ans ? On en parle peu, mais SMILE est un des derniers projets scientifiques majeurs ESA-Chine encore debout. La coopération spatiale sino-européenne s'est tendue ces dernières années, et le fait que cette mission ait survécu à onze ans de développement, une pandémie, et des tensions diplomatiques croissantes dit quelque chose sur l'intérêt scientifique partagé. La plateforme est chinoise, la charge utile est européenne, les instruments mélangent équipes des deux côtés. C'est rare. Webb fonctionne avec la NASA, mais une collaboration ESA-CAS de cette ampleur, on n'en voit pas tous les jours. La mission NASA TRACERS, lancée en juillet 2025, étudie aussi la reconnexion magnétique. Les deux missions sont complémentaires, pas concurrentes. TRACERS fait du survol ponctuel, SMILE fait de l'imagerie globale. Si les données sont croisées, on aura pour la première fois une vision multi-échelle de la magnétosphère sous stress solaire. ## Sources - ESA, factsheet SMILE : https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/Smile/Smile_factsheet2 - ESA, specs satellite SMILE : https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/Smile/Smile_spacecraft_specs - ESA, instruments SMILE : https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/Smile/Smile_s_instruments - ESA, campagne de lancement SMILE/Vega-C : https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/Smile/Smile_prepares_for_launch_on_Vega-C_follow_along - eoPortal, mission SMILE : https://www.eoportal.org/satellite-missions/smile - Wikipedia, SMILE (spacecraft) : https://en.wikipedia.org/wiki/SMILE_(spacecraft) --- ## XRISM résout le mystère de 50 ans de Gamma Cassiopeiae - URL: https://www.portail-astronomie.fr/xrism-gamma-cas-naine-blanche-mystere-50-ans/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-26T05:00:00 - Categories: ciel-profond En 1866, Angelo Secchi pointe son spectroscope sur l'étoile centrale du W de Cassiopée et voit des raies d'émission là où il devrait y avoir des raies d'absorption. C'est la toute première étoile Be identifiée. Le « e » veut dire émission. Secchi ne sait pas encore qu'il vient d'ouvrir un dossier que personne ne refermera pendant plus d'un siècle. ## Pourquoi Gamma Cassiopeiae émet-elle 40 fois plus de rayons X que normal ? Saut dans le temps. Hiver 1975-1976. J. Garnett Jernigan utilise le satellite SAS-3 pour observer le ciel en rayons X entre 3 et 8 keV. Il capte un signal en provenance de Gamma Cassiopeiae (γ Cas pour les intimes) et le rapporte dans une IAU Circular. La même année, Mason, White et Sanford publient dans Nature la confirmation de cette émission X anormale. Le problème, c'est que ce signal n'aurait pas dû être aussi fort. γ Cas émet des rayons X environ 40 fois plus intenses que les étoiles massives comparables. Le plasma responsable dépasse les 100 millions de degrés (8,3 keV en température de raie). Et le signal fluctue vite. Personne n'a d'explication. Pendant les cinq décennies qui suivent, le mystère reste ouvert. (J'ai lu pas mal de papiers sur les étoiles Be, et à chaque fois je tombe sur γ Cas comme le cas d'école que tout le monde cite mais que personne n'a réussi à boucler proprement. Jusqu'à maintenant.) ## Est-ce l'étoile elle-même ou un compagnon invisible qui produit les rayons X ? La communauté scientifique s'est divisée en deux hypothèses rivales. Deux explications. Incompatibles. La première (H1) : les champs magnétiques de l'étoile Be interagissent avec son propre disque circumstellaire. Cette interaction produit le plasma ultra-chaud qui émet en X. Pas besoin de compagnon, l'étoile fait tout toute seule. C'est élégant, autonome, et il y avait des modèles théoriques pour l'appuyer. La deuxième (H2) : il y a une naine blanche compagne, invisible, qui orbite autour de γ Cas et qui accrète la matière du disque Be. La matière tombe sur la naine blanche, s'échauffe, et c'est ça qui produit les rayons X. Sauf que personne ne l'avait jamais vue directement, cette naine blanche. On connaissait la période orbitale du système binaire (203,5 jours, orbite circulaire), mais le compagnon restait un fantôme dans les données. Cinquante ans de débat. Au fil des décennies, XMM-Newton et Chandra ont identifié environ vingt-cinq étoiles qui se comportent comme γ Cas, les « analogues γ Cas ». L'équipe de Yaël Nazé à l'Université de Liège en a trouvé plus de la moitié. Mais la question restait la même : est-ce l'étoile elle-même, ou est-ce un objet caché à côté ? ## Comment XRISM résout 50 ans de débat en trois observations ? XRISM (X-Ray Imaging and Spectroscopy Mission) a été lancé le 6 septembre 2023 depuis Tanegashima, au Japon, par une fusée H-IIA. C'est une mission conjointe JAXA, NASA et ESA. Son instrument clé s'appelle Resolve : un microcalorimètre à rayons X composé de 36 pixels refroidis à environ 50 millikelvins. Sa résolution spectrale atteint 5 eV dans la bande 0,3 à 12 keV. En clair : Resolve distingue des raies spectrales que les instruments précédents voyaient comme un gros paquet flou. C'est la différence entre entendre un orchestre de loin et pouvoir isoler chaque instrument. L'équipe de Nazé a obtenu trois fenêtres d'observation : décembre 2024, février 2025, juin 2025. Elles couvrent l'orbite complète de 203 jours du système. C'est délibéré. Pour tester H2, il fallait voir si le signal X bougeait avec le compagnon présumé. ## Pourquoi le décalage Doppler du fer tranché le débat en une ligne ? Resolve a mesuré les raies du fer dans le spectre X de γ Cas. Trois raies en particulier : la fluorescence Fe Kα à 6,4 keV, le fer hélium-like (Fe XXV) à 6,7 keV, et le fer hydrogène-like (Fe XXVI) à 7,0 keV. Le résultat est net. Les raies de fluorescence montrent un décalage Doppler de moins 148 km/s, avec une incertitude de 28 km/s. C'est une détection à 5,5 sigma. Les raies ionisées montrent un décalage de moins 87 km/s, avec une incertitude de 30 km/s (3 sigma). Ces décalages suivent le mouvement orbital de la naine blanche. Pas celui de l'étoile Be. Je vais le dire plus simplement : le plasma chaud qui émet les rayons X tourne avec le compagnon invisible, pas avec l'étoile principale. Le fer dit que H2 avait raison depuis le début. C'est la première preuve directe que le plasma ultra-chaud est lié au compagnon compact, et pas à γ Cas elle-même. Yaël Nazé résume ça comme « the first direct evidence that the ultra-hot plasma responsible for the X-rays is associated with the compact companion, and not with the Be star itself ». ## Pourquoi cette découverte force les modèles de binaires massives à se réinventer ? Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Naine blanche : ce qui reste d'une étoile morte](/naine-blanche-fin-etoile). Le papier, publié le 24 mars 2026 dans Astronomy & Astrophysics, va plus loin que la simple résolution du mystère γ Cas. Les données montrent que la naine blanche est magnétique. La largeur des raies de fluorescence (200 km/s) est plus étroite que celle des raies ionisées (425 km/s). Ça colle avec un scénario où le champ magnétique de la naine blanche tronque le disque d'accrétion et canalise la matière vers ses pôles. Un scénario de naine blanche non magnétique est exclu. La masse de la naine blanche est estimée à 0,93 masse solaire. Celle de γ Cas, entre 13 et 16 masses solaires. Le système a une inclinaison de 42 degrés. Et l'implication la plus large : environ 10 % des étoiles Be massives (type précoce) seraient des analogues γ Cas. C'est beaucoup plus que ce que les modèles de synthèse de population prédisaient. L'efficacité du transfert de masse dans les binaires massives devra être révisée. Le truc qui me reste en tête, c'est la durée. Cinquante ans entre la détection du signal par SAS-3 et la preuve Doppler par XRISM. Cinquante ans pendant lesquels deux hypothèses coexistaient parce que les instruments n'avaient pas la résolution pour trancher. Les travaux préparatoires de XMM-Newton ont éliminé beaucoup de pistes, comme le note Nazé : « The previous work using XMM-Newton really cleared the way for XRISM, enabling us to eliminate numerous theories ». Mais il a fallu attendre Resolve et ses 5 eV de résolution spectrale pour poser le dernier mot. Ce n'est pas un hasard si le premier article sur XRISM que j'ai couvert ici portait sur [les vents galactiques de M82](/xrism-vent-galactique-m82-mesure-2026). Même télescope, même instrument, même capacité à mesurer des vitesses dans les raies X que personne d'autre ne peut résoudre. XRISM n'est pas un outil de plus : c'est l'outil qui manquait. ## Quels chiffres définissent réellement Gamma Cassiopeiae ? L'étoile elle-même est visible à l'œil nu : magnitude apparente 2,39, variable entre 1,6 et 3,0. Elle se trouve à 550 années-lumière. C'est une sous-géante de type spectral B0.5 IVe, qui tourne sur elle-même entre 389 et 432 km/s (en vitesse projetée). Le rayon équatorial atteint 10,9 rayons solaires, le polaire 7,9. La luminosité atteint environ 19 000 luminosités solaires. Son âge est estimé à 8 millions d'années. L'IAU lui a attribué le nom officiel Tiansi en novembre 2025. Avant ça, elle avait un nom chinois traditionnel, Tsih (le fouet), et un nom informel, Navi, inventé par l'astronaute Gus Grissom pour les missions Apollo (c'est « Ivan » à l'envers, son deuxième prénom). On soupçonne l'existence d'un troisième compagnon, avec une période orbitale estimée à une soixantaine d'années. Non confirmé. Mais ça ne change rien à la conclusion : le mystère X de γ Cas, c'est la naine blanche magnétique. Point. ## Comment IXPE et Hubble complètent XRISM en mesurant différentes facettes ? La semaine dernière, [IXPE a publié ses résultats sur RCW 86](/ixpe-supernova-rcw86-2000-ans-rayons-x), un rémanent de supernova vieux de 2 000 ans. Un champ magnétique chaotique au front de choc, mesuré par polarisation X. Deux techniques différentes (polarimétrie X pour IXPE, spectroscopie X pour XRISM) qui racontent la même histoire : les rayons X sont devenus un outil de diagnostic de précision, et pas juste une jolie image. L'ère où on se contentait de détecter « il y a des X ici » est terminée. Maintenant on mesure comment le plasma bouge, comment le champ magnétique est orienté, d'où vient la matière. Dans le visible, Hubble a de son côté [suivi vingt-cinq ans d'expansion de la nébuleuse du Crabe](/hubble-nebuleuse-crabe-25-ans-expansion), un autre rémanent. Cinquante ans pour résoudre γ Cas. L'enquête est close. ## Sources - Nazé et al., « Orbital motion detected in γ Cas Fe K emission lines », Astronomy & Astrophysics, 24 mars 2026 (DOI : 10.1051/0004-6361/202558284) - ESA/XRISM, communiqué de presse (vue d'artiste Y. Nazé) : https://www.eurekalert.org/news-releases/1120872 - Université de Liège, « The origin of the mysterious X-rays from Gamma Cas identified » : https://www.sciences.uliege.be/cms/c_13667355/en/the-origin-of-the-mysterious-x-rays-from-gamma-cas-identified - Wikipedia, « Gamma Cassiopeiae » : https://en.wikipedia.org/wiki/Gamma_Cassiopeiae - Wikipedia, « XRISM » : https://en.wikipedia.org/wiki/X-Ray_Imaging_and_Spectroscopy_Mission --- ## Éclipse lunaire totale mars 2026 : le Saros 133 en chiffres - URL: https://www.portail-astronomie.fr/eclipse-lunaire-totale-mars-2026-saros-133/ - Author: Julien P. - Published: 2026-03-25T20:00:00 - Categories: evenements-celestes Le 3 mars 2026, la Lune est devenue rouge. Pas orange, pas sombre : rouge cuivré, classée entre L=2 et L=3 sur l'échelle Danjon. Pendant 58 minutes et 58 secondes exactement, notre satellite a traversé l'ombre de la Terre, et environ 2,5 milliards de personnes ont pu voir la totalité. Moi, depuis la métropole, je n'en faisais pas partie. La France métropolitaine était hors zone de visibilité pour la phase totale. J'ai suivi le live de la NASA sur mon écran, mon télescope rangé dans sa housse à côté du canapé, ce qui est à peu près la situation la plus frustrante pour quelqu'un qui a passé la soirée à vérifier la météo toutes les vingt minutes. Reste que la Polynésie française et la Nouvelle-Calédonie, elles, ont eu droit au spectacle complet. ## Pourquoi la Lune rougit-elle toujours de la même manière ? La question a l'air simple. La Terre bloque la lumière du soleil, la Lune devrait disparaître. Sauf qu'elle ne disparaît pas : elle vire au rouge. La raison tient en un mot, diffusion Rayleigh, et c'est le même phénomène qui rend le ciel bleu en plein jour. L'atmosphère terrestre agit comme un filtre. Les longueurs d'onde courtes (bleu, violet) sont diffusées dans toutes les directions par les molécules d'azote et d'oxygène. Les longueurs d'onde longues (rouge, orange) traversent plus facilement et sont réfractées vers l'intérieur du cône d'ombre. Elles se courbent autour de la Terre et viennent éclairer la Lune. La NASA résume bien le phénomène : "Earth blocks most of the Sun's light… It's as if all of the world's sunrises and sunsets are projected onto the Moon." C'est une image parlante. Tous les levers et couchers de soleil de la planète, concentrés sur un disque de 3 474 km de diamètre. La couleur exacte dépend de l'état de l'atmosphère au moment de l'éclipse. Une éruption volcanique récente charge la stratosphère en aérosols, absorbe davantage de lumière, et la Lune apparaît plus sombre (Danjon L=0 ou L=1). Le 3 mars 2026, pas d'éruption majeure récente, atmosphère relativement propre : le rouge cuivré était prévisible. ## Qui est André-Louis Danjon et qu'est-ce que sa grille de couleurs ? L'échelle qui porte son nom date de 1921. Danjon, astronome français, a proposé cinq niveaux pour classer la luminosité et la teinte de la Lune éclipsée, de L=0 (quasi invisible, brun très sombre) à L=4 (orange vif, bord bleuté). L'idée était de donner aux observateurs un référentiel commun, parce qu'avant ça, les descriptions variaient du tout au tout d'un rapport à l'autre. Cette éclipse de mars 2026 tombait entre L=2 (rouge cuivré profond, bord de l'ombre très sombre) et L=3 (rouge brique, bord de l'ombre clair). Bon, je l'ai estimé sur un écran de laptop, ce qui n'est clairement pas la méthode idéale. Les observateurs en Asie de l'Est et en Australie, eux, ont pu évaluer à l'œil nu. Ce qui m'a frappé en relisant les travaux de Danjon, c'est que cette échelle a plus d'un siècle et qu'on l'utilise encore telle quelle. Cinq niveaux, une description qualitative par niveau, pas de capteur, pas de photométrie. Et ça fonctionne. Parfois les outils les plus simples sont ceux qui durent. ## Qu'est-ce que le Saros 133 et pourquoi cette série est-elle si longue ? Chaque éclipse lunaire appartient à une série Saros, un cycle de 18 ans, 11 jours et 8 heures qui relie des éclipses géométriquement similaires. Le Saros 133 a commencé en 1557 et se terminera en 2819. Il compte 71 éclipses au total : 17 pénombrales, 33 partielles et 21 totales. L'éclipse du 3 mars 2026 est le membre 27 sur 71. La précédente éclipse de cette même série : le 21 février 2008. La prochaine : le 13 mars 2044. Si vous avez observé celle de 2008, vous avez vu deux membres consécutifs du même Saros. La géométrie se ressemble, la Lune entre dans l'ombre par un angle proche, la magnitude est voisine. Mais pas identique, parce que l'atmosphère terrestre, elle, change à chaque fois. La magnitude ombrale de cette éclipse était de 1,15263. Plus la magnitude dépasse 1,0, plus la Lune s'enfonce profondément dans l'ombre. À 1,15, on est dans une totalité confortable : le disque entier est couvert avec de la marge. ## Comment se déroule la nuit du 3 mars, heure par heure ? La totalité a duré de 11h03 à 12h02 UT1. Pour l'Asie de l'Est (Japon, Corée, est de la Chine), c'était en soirée. Pour l'Australie, en fin de nuit. Pour le nord-ouest de l'Amérique du Nord, très tôt le matin. Environ 31 % de la population mondiale avait la Lune au-dessus de l'horizon pendant la totalité. La Lune se trouvait dans la constellation du Lion, en pleine lune de mars (la "Worm Moon" dans la tradition anglo-saxonne, celle qui annonce le dégel et la sortie des vers de terre). Un détail que j'aime bien : pendant la totalité, la galaxie NGC 3423 était occultée par le disque lunaire. Pas que grand-monde l'ait remarqué à l'œil nu, mais pour les astrophotographes équipés, c'était un bonus. Et contrairement à une éclipse solaire, zéro équipement de protection nécessaire. Pas de filtre, pas de lunettes spéciales. On regarde à l'œil nu, aux jumelles, au télescope. La Lune éclipsée est moins lumineuse que la pleine lune normale, pas plus dangereuse. ## Pourquoi cette éclipse est-elle si importante entre deux éclipses totales ? La dernière éclipse lunaire totale avant celle-ci datait du 7 septembre 2025. La prochaine n'arrivera pas avant le 31 décembre 2028. Presque trois ans de creux. C'est long, et ça explique en partie pourquoi celle de mars 2026 a été autant couverte. J'ai passé pas mal de temps à regarder les archives d'[images NASA (APOD du 7 mars 2026)](https://apod.nasa.gov/) après l'événement, et les clichés pris depuis l'Australie sont probablement les plus saisissants. Le ciel austral offre un fond stellaire dense, et la Lune rouge au milieu de tout ça, c'est le genre de photo qui ne nécessite aucune retouche pour être spectaculaire. Pour les éclipses à venir, on peut tracer les séries Saros sur des décennies entières. Le site EclipseWise (Fred Espenak, ancien NASA GSFC) catalogue chaque éclipse passée et future avec une précision qui frise l'obsession. C'est de là que viennent les données Saros de cet article, et si vous voulez un terrier de lapin astronomique, commencez par là. Je me suis demandé si la diffusion Rayleigh qui colore la Lune pendant l'éclipse pourrait un jour servir à mesurer l'état de notre atmosphère de manière systématique. En théorie, la couleur exacte de la Lune éclipsée est un indicateur de la charge en aérosols de la stratosphère. En pratique, on utilise des instruments bien plus précis pour ça aujourd'hui. Mais l'idée que chaque éclipse lunaire est aussi un "selfie" atmosphérique de la Terre, vu depuis la Lune, reste séduisante sur le plan intellectuel. Le télescope Hubble a d'ailleurs déjà observé des éclipses lunaires pour analyser la lumière transmise par notre atmosphère, exactement comme on le fait pour les exoplanètes en transit. La Terre comme laboratoire de spectroscopie de transit : on boucle la boucle. Le calendrier 2026 ne s'arrête pas là. Après [l'annulaire du 17 février](/eclipse-annulaire-fevrier-2026-proba-2-orbite) et cette totale de mars, le ciel enchaîne en avril avec une [conjonction de quatre planètes](/conjonction-planetes-avril-2026-mercure-mars-saturne-neptune), puis une [éclipse solaire totale le 12 août](/eclipse-solaire-totale-12-aout-2026-europe-guide-observation) visible depuis l'Europe. ## Sources - EclipseWise (Fred Espenak, NASA GSFC ret.) : données Saros 133, magnitude ombrale, chronologie - NASA Science : citation sur la diffusion atmosphérique, mécanisme de coloration - NASA GSFC : documentation Saros et échelle Danjon - timeanddate.com : zones de visibilité, horaires UT1, population exposée - EarthSky : contexte observationnel, Worm Moon, constellation du Lion - NASA APOD (7 mars 2026) : galerie post-éclipse --- ## IXPE sonde RCW 86, rémanent de supernova vieux de 2 000 ans - URL: https://www.portail-astronomie.fr/ixpe-supernova-rcw86-2000-ans-rayons-x/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-25T20:00:00 - Categories: evenements-celestes Le 7 décembre 185, des astronomes chinois notent une « étoile invitée » dans le Livre des Han postérieurs. Elle brille au milieu de la Porte du Sud, l'astérisme formé par Alpha et Epsilon du Centaure. Elle reste visible huit mois, jusqu'à l'été 187. C'est la plus ancienne supernova documentée par écrit. Presque deux millénaires plus tard, le 24 mars 2026, la NASA publie les résultats d'IXPE pointé sur son rémanent : RCW 86. Et ce qu'IXPE y trouve, ou plutôt ce qu'il n'y trouve pas, est le vrai sujet. ## Comment une « étoile invitée » a-t-elle tenu huit mois ? Le texte chinois est précis. Deuxième année Zhongping, dixième mois, jour Guihai. L'objet fait « la moitié d'un yan » (une natte de bambou), ce qui donne une estimation de magnitude apparente quelque part entre moins huit et plus quatre. La fourchette est énorme, et c'est un problème sur lequel les historiens butent encore. Ce qui est sûr : les astronomes chinois décrivent des « couleurs variées, agréables et autrement ». Traduction libre : ça brillait fort et ça changeait de teinte. (Petite parenthèse : j'ai passé un bon moment à lire les traductions du Hou Hanshu liées à cette observation. Les astronomes de la cour des Han n'avaient aucun télescope, aucune spectroscopie, juste leurs yeux et une rigueur de notation qui ferait pâlir certains logbooks modernes.) Ce que les Chinois observaient cette nuit-là, c'est l'explosion d'une naine blanche. Type Ia. Pas un effondrement de cœur massif, mais un système binaire où la naine blanche a aspiré trop de matière de son étoile compagnon. Les preuves sont arrivées bien plus tard : des chocs dominés par l'émission Balmer, une grande quantité de fer dans les éjecta X, et surtout aucun objet compact au centre. Pas de pulsar, pas d'étoile à neutrons. La naine blanche s'est désintégrée. Complètement. ## À quoi ressemble RCW 86 aujourd'hui ? Le rémanent se situe entre les constellations du Circinus et du Centaure, à environ 8 000 années-lumière. Son diamètre angulaire atteint 40 à 45 minutes d'arc. C'est plus grand que la pleine Lune dans le ciel (29 à 34 minutes d'arc), sauf qu'on ne le voit pas à l'œil nu. Il faut des télescopes X, infrarouge ou gamma pour capter ce qui reste de SN 185. Le diamètre physique tourne autour de 85 années-lumière. C'est énorme pour un rémanent de Type Ia. L'explication : avant d'exploser, la naine blanche avait creusé une cavité de faible densité dans le milieu interstellaire via son vent stellaire. Quand l'onde de choc de l'explosion a traversé cette cavité quasi vide, elle s'est propagée beaucoup plus vite que la normale. C'est pour ça que RCW 86 est aussi étendu malgré ses « seulement » 1 841 ans (en date de l'observation terrestre). H.E.S.S. l'a détecté en rayons gamma de très haute énergie, Spitzer et WISE l'ont imagé en infrarouge. Côté rayons X, Chandra et XMM-Newton ont cartographié la structure en détail. NOIRLab (DECam) a produit une image optique complète en 2023. RCW 86 est un des rémanents les plus observés multi-longueurs d'onde. Et puis IXPE est arrivé. ## Comment la polarisation X d'IXPE fonctionne-t-elle comme outil de diagnostic ? IXPE, pour Imaging X-ray Polarimetry Explorer, est un télescope lancé le 9 décembre 2021 par un Falcon 9 depuis le Kennedy Space Center. Il orbite à 540 km d'altitude avec une inclinaison quasi équatoriale de 0,20 degré. Sa particularité : il ne regarde pas seulement où arrivent les rayons X et à quelle énergie, il mesure aussi leur polarisation. C'est-à-dire l'orientation du champ électrique de chaque photon X. Trois télescopes identiques, bande de 2 à 8 keV, des détecteurs Gas Pixel Detector avec une focale de quatre mètres déployée par un bras extensible. Le tout pèse 330 kg. La mission a coûté 188 millions de dollars pour la mission elle-même plus 50,3 millions pour le lancement. C'est un partenariat NASA et ASI (l'agence spatiale italienne), avec douze pays impliqués. Pourquoi la polarisation X ? Parce qu'elle encode l'information sur la géométrie du champ magnétique dans la zone d'émission. Si le champ magnétique est bien ordonné (radial ou tangentiel le long du front de choc), la polarisation sera forte et orientée. Si le champ est chaotique, la polarisation s'annule par moyennage. C'est un diagnostic direct de la structure magnétique, impossible à obtenir autrement dans les rayons X. ## Qu'a trouvé (ou pas trouvé) IXPE dans RCW 86 ? L'équipe menée par Stefano Silvestri, Dmitry Prokhorov et Jacco Vink a pointé IXPE sur le bord sud-ouest de RCW 86 pendant plus de 800 000 secondes. Ça fait environ 9,3 jours d'observation cumulée. La bande analysée : 2 à 4,5 keV. La méthode : soustraction de fond dédiée combinée à un ajustement spectropolarimétrique bayésien. Résultat : aucune détection significative de polarisation. Les limites supérieures sont de 15 % dans les régions à haute statistique et de 30 à 40 % dans les régions à basse statistique, avec un intervalle de confiance de 99 %. Le papier est publié dans The Astrophysical Journal, volume 998, numéro 1, sous le titre « Magnetic-field Order in the Southwestern Rim of RCW 86 Constrained Using X-Ray Polarimetry ». Bon, dit comme ça, « on n'a rien trouvé » sonne décevant. Sauf que c'est exactement l'inverse. L'absence de polarisation significative exclut un champ magnétique fortement cohérent à l'échelle sub-parsec dans le bord sud-ouest. Elle exclut aussi un champ modérément cohérent aux échelles des structures synchrotron qu'IXPE résout. Le champ magnétique dans cette zone est turbulent. Désordonné. Là, honnêtement, c'est le genre de résultat qui me laisse perplexe sur la durée. Neuf jours d'observation avec un télescope spatial pour confirmer du chaos magnétique. La valeur scientifique est réelle (ça contraint les modèles d'accélération de particules aux fronts de choc), mais je me demande si on aurait pu prédire ce résultat juste à partir de la morphologie radio. ## Pourquoi RCW 86 est-il encore plus turbulent que Tycho et Cas A ? La comparaison avec les deux autres rémanents observés par IXPE est éclairante. Tycho (SN 1572, aussi un Type Ia) montre une polarisation X détectable, signe d'un champ magnétique plutôt cohérent et radial. Cassiopeia A, un rémanent de Type II (effondrement de cœur), affiche une polarisation faible, un haut niveau de turbulence. RCW 86 va encore plus loin dans le désordre magnétique. Alors que c'est un Type Ia comme Tycho. L'interprétation avancée par le papier : l'onde de choc avant a atteint le bord de la cavité creusée par la naine blanche. Le contact avec un milieu plus dense a généré un choc réfléchi qui se propage en retour dans les éjecta ténus. Cette interaction choc avant/choc réfléchi brouille l'organisation du champ. C'est un scénario spécifique à RCW 86. Tycho, plus jeune et sans cavité pré-existante aussi marquée, n'a pas subi cette perturbation. D'où la différence de polarisation entre deux rémanents du même type. ## Que montre l'image composite ? La NASA a publié une image composite superposant les données IXPE (en violet, au bord externe), les rayons X mous et durs de Chandra et XMM-Newton (en jaune et bleu), et un fond d'étoiles en optique de NOIRLab. C'est beau. Mais au-delà de l'esthétique, ce qui frappe, c'est l'étendue du violet IXPE au bord sud-ouest, exactement là où l'émission non thermique (synchrotron) est la plus forte. IXPE a regardé pile là où il fallait. Le rémanent est un objet qu'on regarde littéralement sous toutes les longueurs d'onde depuis plus de quinze ans. Et à chaque nouvel instrument, on découvre une couche de complexité supplémentaire. Les astronomes chinois de 185 voyaient une étoile brillante aux couleurs changeantes. IXPE voit un chaos magnétique au front de choc d'une coquille en expansion de 85 années-lumière. Même objet. Pas du tout la même lecture. Un autre télescope X, XRISM, travaille par spectroscopie plutôt que par polarimétrie : c'est ainsi qu'il a [résolu un mystère vieux de 50 ans sur la naine blanche de Gamma Cassiopeiae](/xrism-gamma-cas-naine-blanche-mystere-50-ans). Loin des rayons X, l'autre dossier spatial du moment reste [le survol de la Lune par Artemis II](/artemis-ii-survol-lune-avril-2026) et la tenue du [bouclier thermique de la capsule Orion](/artemis-ii-bouclier-thermique-rentree-atmospherique). ## Sources - NASA, « NASA X-ray Mission Gets Fresh Look at 2,000-Year-Old Supernova » (24 mars 2026) : https://www.nasa.gov/image-article/nasa-x-ray-mission-gets-fresh-look-at-2000-year-old-supernova/ - Silvestri et al., « Magnetic-field Order in the Southwestern Rim of RCW 86 Constrained Using X-Ray Polarimetry », The Astrophysical Journal 998(1), 2026 : https://arxiv.org/abs/2602.19200 - Wikipedia, « SN 185 » : https://en.wikipedia.org/wiki/SN_185 - Wikipedia, « IXPE » : https://en.wikipedia.org/wiki/IXPE --- ## K2-315b, l'exoplanète qui orbite en Pi jours - URL: https://www.portail-astronomie.fr/k2-315b-exoplanete-orbite-pi-jours/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-25T20:00:00 - Categories: cosmologie ## 3,14 jours, une coïncidence trop belle pour être vraie ? Le 14 mars 2026, la NASA a remis K2-315b sur le devant de la scène en publiant son illustration sur l'APOD du Pi Day. Une planète de la taille de la Terre, collée à une naine rouge, qui boucle son orbite en 3,1443189 jours. Soit un écart de 0,09 % avec la valeur de Pi. Pas exactement Pi, donc. Mais suffisamment proche pour que le clin d'œil tienne la route. Et c'est là que la planète devient intéressante : pas pour la coïncidence numérique, mais pour ce qu'elle raconte de notre capacité à trouver des mondes rocheux autour d'étoiles minuscules. ## Kepler K2, un télescope en sursis qui continue de découvrir ? K2-315b a été repérée dans les données de la Campagne 15 de Kepler K2, collectées en 2017. Pour rappel, K2 est la deuxième vie du télescope Kepler après la panne de deux gyroscopes en 2013. La NASA aurait pu ranger le satellite au placard. Elle a choisi de le faire pointer vers l'écliptique, en mode dégradé, et d'en tirer encore des découvertes. Plus de 500 planètes confirmées rien que sur K2. La détection repose sur la méthode des transits : la planète passe devant son étoile, la luminosité chute légèrement, et ce signal se répète avec une régularité de métronome. Pour K2-315b, le transit dure environ 49 minutes. Bref. Mais net. Le problème avec K2, c'est le bruit. Les données sont moins propres que celles de Kepler première mouture. D'où la nécessité de confirmer au sol. ## SPECULOOS entre en jeu, comment confirmer une découverte fragile ? C'est Prajwal Niraula, doctorant au MIT, qui a identifié le signal dans les données K2. Pour confirmer, son équipe s'est tournée vers SPECULOOS : quatre télescopes robotiques d'un mètre installés à Paranal, au Chili, plus un à Tenerife. Le projet est piloté par l'Université de Liège, sous la direction de Michaël Gillon (le même qui a découvert TRAPPIST-1). En février 2020, SPECULOOS a capturé trois transits supplémentaires. La planète était bien réelle. Le papier est sorti en septembre 2020 dans The Astronomical Journal, avec un titre qui ne manquait pas d'humour : "π Earth: a 3.14-day Earth-sized Planet from K2's Kitchen Served Warm by the SPECULOOS Team". J'ai un faible pour les titres de papiers scientifiques qui assument le second degré. Ça change des formulations aseptisées. ## Ce qu'on sait réellement sur K2-315b (et ce qui nous échappe) ? Le rayon de K2-315b est de 0,950 rayon terrestre. C'est la Terre, à 5 % près en taille. Jusque-là, rien d'extraordinaire : on en connaît d'autres. Ce qui est plus parlant, c'est le contexte orbital. La planète tourne autour de EPIC 249631677, une naine rouge de type M3.5, située à environ 185 années-lumière dans la constellation de la Balance. L'étoile est minuscule : 17,4 % de la masse du Soleil, 19,6 % de son rayon, une température de surface de 3 300 K. Sa luminosité atteint à peine 0,4 % de celle du Soleil. K2-315b orbite à environ 0,02 unité astronomique de cette étoile. Pour donner une échelle : Mercure tourne autour du Soleil en 88 jours. K2-315b fait le tour en 3,14 jours, soit environ 28 fois plus vite. Sa vitesse orbitale atteint 81 km/s, contre 30 km/s pour la Terre. La température d'équilibre est de 460 K, soit environ 187 °C. Pas habitable. Pas du tout. Et la masse ? C'est le point délicat. Wikipedia mentionne 0,809 masse terrestre, mais cette valeur est une estimation théorique basée sur la relation masse-rayon, pas une mesure directe. Le papier original de Niraula et al. ne fournit pas de masse. Sans spectrographe assez sensible pour mesurer les vitesses radiales sur une étoile aussi faible, on reste dans l'approximation. Ça me rappelle pas mal de cas où un chiffre circule en ligne sans que personne ne vérifie d'où il sort, et au bout d'un moment tout le monde le traite comme acquis. ## Pourquoi les naines rouges changent-elles vraiment la donne ? Les étoiles de type M, les naines rouges, représentent environ 70 % des étoiles de la Voie lactée. Leur petite taille est un avantage direct pour la détection par transit : quand une planète de taille terrestre passe devant une étoile qui fait un cinquième du Soleil, la chute de luminosité est bien plus marquée. Le signal sort du bruit plus facilement. C'est pour ça que des programmes comme SPECULOOS se concentrent spécifiquement sur ces étoiles ultra-froides. [TRAPPIST-1, le système aux sept planètes rocheuses](/trappist-1-climat-jwst-avril-2026-differences-temperature-atmosphere-exoplanete), orbite aussi une naine rouge. Ce n'est pas un hasard. La méthode des masques vortex, développée pour détecter des exoterres, pourrait d'ailleurs compléter cette approche par imagerie directe sur les cibles les plus proches. Bon, j'avoue que sur la question de l'habitabilité autour des naines rouges, je n'ai pas encore d'avis tranché. Les flares stellaires, le verrouillage gravitationnel, la perte atmosphérique : les arguments contre sont solides. Mais les découvertes récentes, notamment les données croisées de LIGO sur les fusions d'objets compacts, montrent que notre compréhension de ces environnements évolue vite. ## La coïncidence Pi, une pure coïncidence ou quelque chose de plus ? Revenons au chiffre. 3,1443189 jours, c'est 3,14 et des poussières. L'écart avec Pi (3,14159265…) est de 0,09 %. Assez proche pour que le surnom "Pi Planet" colle. Assez loin pour que ce ne soit pas Pi. Est-ce que la période a un rapport avec la constante mathématique ? Non. Zéro lien physique. La période orbitale dépend de la masse de l'étoile et du demi-grand axe, via la troisième loi de Kepler. C'est de la mécanique orbitale, pas de la numérologie. Mais le hasard a du bon. Sans cette coïncidence, K2-315b serait restée une planète parmi les milliers d'autres du catalogue. Le Pi Day 2026 lui a offert une seconde couverture médiatique, six ans après sa découverte, moins d'un mois après l'[éclipse annulaire du 17 février 2026](/eclipse-annulaire-fevrier-2026-proba-2-orbite). Les images combinées Webb et Hubble de Saturne ont fait la une au même moment, et pourtant K2-315b a trouvé son créneau grâce à ce chiffre. C'est le genre de détail qui fait qu'un papier scientifique sort de l'anonymat. Et si ça pousse des gens à s'intéresser aux exoplanètes, tant mieux. ## Quelle est la suite pour K2-315b ? Pour avancer, il faudrait mesurer la masse par vitesses radiales. Des instruments comme ESPRESSO au VLT pourraient tenter le coup, mais l'étoile est faible (magnitude V autour de 17). Ça reste techniquement ambitieux. L'autre piste serait la spectroscopie de transit avec le James Webb Space Telescope. Détecter une atmosphère (si elle existe) sur une planète à 460 K autour d'une naine rouge, c'est pile dans le cahier des charges du JWST, le même télescope qui a sondé l'atmosphère de [TOI-5205 b, la planète interdite qui défie les modèles de formation](/toi-5205b-planete-interdite-metallicite-inverse). Aucune observation n'a été annoncée pour le moment, mais la cible est là, bien documentée, à 56,7 parsecs. K2-315b ne changera probablement pas notre compréhension de l'univers. C'est une planète rocheuse, trop chaude, trop proche de son étoile, avec un chiffre amusant en guise de période orbitale. Mais elle illustre bien ce que K2 et SPECULOOS ont apporté : la preuve que même un télescope en fin de vie et des observatoires au sol modestes peuvent trouver des mondes à notre porte cosmique. Le reste, c'est une question de patience et de spectrographes. ## Sources - Niraula et al., "π Earth: a 3.14-day Earth-sized Planet from K2's Kitchen Served Warm by the SPECULOOS Team", The Astronomical Journal, vol. 160, n°4, article 172, septembre 2020 - NASA Exoplanet Archive, fiche K2-315b : https://exoplanetarchive.ipac.caltech.edu/overview/K2-315 - MIT News, "An Earth-sized 'pi planet' with a 3.14-day orbit", septembre 2020 : https://news.mit.edu/2020/earth-sized-pi-planet-0921 - APOD NASA, "A Year for K2-315b", 14 mars 2026 : https://apod.nasa.gov/apod/ap260314.html - arXiv preprint : https://arxiv.org/abs/2006.07308 --- ## 218 fusions détectées par ondes gravitationnelles - URL: https://www.portail-astronomie.fr/ondes-gravitationnelles-218-fusions-ligo-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-25T20:00:00 - Categories: cosmologie Le 5 mars 2026, le consortium LIGO-Virgo-KAGRA publie le catalogue GWTC-4.0 dans les ApJ Letters. 218 candidats de fusions cosmiques détectés par ondes gravitationnelles. En 2015, on en avait zéro. Dix ans. De la première secousse captée par deux tunnels de 4 km dans le vide à un catalogue qui double tous les deux ou trois runs d'observation. Je me suis posé hier soir devant le poster publié par l'APOD (la grille des 218 événements) et j'ai passé un moment à compter les points. Chaque point, c'est deux objets compacts qui se sont percutés quelque part dans l'univers, et dont la vibration a traversé des centaines de mégaparsecs pour faire bouger un miroir de quelques fractions de proton. ## 14 septembre 2015, le signal qui a tout lancé, mais pourquoi ce jour-là ? GW150914. Deux trous noirs, 36 et 29 masses solaires, qui fusionnent à 1,3 milliard d'années-lumière. Le signal dure moins d'une seconde dans la bande audible des détecteurs. LIGO Hanford et LIGO Livingston le captent à 7 millisecondes d'écart. La relativité générale d'Einstein, un siècle après sa publication, est confirmée de la manière la plus directe possible : on entend l'espace-temps vibrer. Le truc qui me frappe encore aujourd'hui, c'est que le signal était tellement propre que l'équipe a d'abord cru à une injection de test. Ils ont mis des mois à vérifier avant d'annoncer en février 2016. ## O1 à O3, comment passer de zéro détection à 90 en six ans ? Les trois premières campagnes d'observation (O1, O2, O3) couvrent la période 2015-2020. 90 événements confirmés. La majorité, ce sont des fusions de trous noirs binaires (BBH), parce que les systèmes plus massifs émettent un signal plus fort, détectable à plus grande distance. Quelques fusions d'étoiles à neutrons aussi, dont la célèbre GW170817 qui a déclenché une alerte multi-messagers avec contrepartie électromagnétique. À chaque run, les détecteurs gagnent en sensibilité. Les miroirs sont mieux isolés, les lasers plus stables, le traitement du signal plus fin. Le taux de détection grimpe. ## O4, le run qui a tout changé, vraiment ? O4 démarre le 24 mai 2023. Il se découpe en trois phases. O4a court jusqu'au 16 janvier 2024. O4b reprend le 10 avril 2024 et se termine le 28 janvier 2025. O4c enchaîne jusqu'au 18 novembre 2025. Pour la première fois, KAGRA (le détecteur japonais, installé sous le mont Ikeno) collecte des données avec LIGO et Virgo pendant les quatre premières semaines d'O4a. La sensibilité du réseau pour les fusions d'étoiles à neutrons binaires atteint environ 160 Mpc, contre 134 Mpc lors d'O3. Résultat brut d'O4a seul : 128 candidats avec une probabilité astrophysique supérieure ou égale à 0,5. Parmi eux, 86 passent le seuil de taux de fausse alarme inférieur à un par an. En temps réel sur tout O4, les alertes publiques ont signalé environ 250 candidats. J'avoue que je m'attendais à un doublement, pas plus. Le fait que O4a seul dépasse le total cumulé de O1 à O3, ça m'a surpris. La courbe d'accumulation n'est pas linéaire : elle accélère. ## GW231123, la fusion la plus massive jamais vue, et ses conséquences ? Parmi les 218 événements du catalogue, un sort du lot. GW231123, détecté le 23 novembre 2023 pendant O4a. Deux trous noirs de 137 et 101 masses solaires (avec des barres d'erreur, évidemment : +22/-17 pour le premier, +20/-52 pour le second). Le résidu fait environ 225 masses solaires. Le record précédent, c'était GW190521, à 142 masses solaires pour le résidu. GW231123 l'éclate. Et les spins mesurés sont les plus élevés jamais enregistrés pour une fusion BBH : 0,9 pour la composante primaire, 0,8 pour la secondaire. Ce qui est intéressant avec cet événement, c'est le redshift : z = 0,39 (+0,27/-0,25), soit une distance de 0,7 à 4,1 Gpc. On parle de trous noirs qui existaient quand l'univers avait entre 60 et 90 % de son âge actuel. La question de leur formation (dynamique dans un amas dense ? fusion hiérarchique ? reliquat stellaire direct ?) reste ouverte. Pas de réponse nette pour l'instant. ## Le mass gap, qu'y a-t-il réellement dans cette zone interdite ? O4 a aussi livré deux fusions étoile à neutrons-trou noir (NSBH) : GW230518 (détecté lors du run d'ingénierie précédant O4a) et GW230529. Ce dernier est particulièrement intéressant. Ses composantes : un objet compact de 1,4 masse solaire et un trou noir de 3,6 masses solaires. L'objet secondaire tombe pile dans le "mass gap", cette zone entre 2 et 5 masses solaires où on ne sait pas bien si on a affaire à une étoile à neutrons lourde ou un trou noir léger. C'est le genre de détection qui complique la vie des modélisateurs, et tant mieux. Plus les données cassent les catégories nettes, plus on apprend. Les missions comme IXPE qui observe les supernovae en rayons X ou XRISM qui mesure les vents galactiques apportent des pièces complémentaires au puzzle ; les ondes gravitationnelles ne racontent qu'une partie de l'histoire. ## La constante de Hubble vue par les sirènes noires, qui gagne entre LIGO et Planck ? Un résultat secondaire du catalogue GWTC-4 : l'estimation de la constante de Hubble (H0) par la méthode dite des "dark sirens". Sans contrepartie électromagnétique, on utilise la distribution statistique des galaxies hôtes possibles pour contraindre la distance. Résultat : 76,6 km/s/Mpc, avec des barres d'erreur encore larges (+13,0/-9,5). C'est compatible avec les mesures par supernovae Ia (environ 73) et avec celles du CMB par Planck (environ 67), ce qui veut dire que ça ne tranche pas encore la tension de Hubble. Bon, je ne suis pas sûr que les ondes gravitationnelles règleront ce débat de sitôt. Les barres d'erreur se resserrent à chaque catalogue, c'est vrai, mais on est encore loin de la précision nécessaire pour départager les deux camps. C'est peut-être O5, avec sa sensibilité accrue, qui fera bouger les lignes. ## Que nous apprennent vraiment 218 événements (et qu'oublient-ils) ? La masse totale du catalogue penche très lourdement vers les BBH. Les fusions impliquant au moins une étoile à neutrons restent rares, pas parce qu'elles n'existent pas, mais parce que le signal est plus faible et que la portée des détecteurs chute vite. La physique qu'on extrait (populations de masses, distributions de spins, taux de fusion par volume comobile) affine les modèles d'évolution stellaire et de dynamique des amas. Chaque détection est un point de donnée. 218 points, ça commence à faire une statistique. Mais il manque encore des morceaux. Pas de fusion BNS avec contrepartie électromagnétique confirmée depuis GW170817. Pas de signal d'onde gravitationnelle continue (étoile à neutrons en rotation). Pas de fond stochastique détecté. Les découvertes de systèmes exoplanétaires atypiques montrent que l'univers a le chic pour produire des objets qu'on n'avait pas prévus ; pas de raison que les ondes gravitationnelles fassent exception. ## Sources - LIGO-Virgo-KAGRA Collaboration, "GWTC-4.0", ApJ Letters, 5 mars 2026 (ArXiv 2508.18082v1) - Caltech, "Gravitational-Wave Observatories Release New Catalog of Detections" (caltech.edu) - LIGO Lab, annonce fin O4, 18 novembre 2025 (ligo.caltech.edu) - LIGO Lab, "GW231123: Most Massive Merger", 15 juillet 2025 (ligo.caltech.edu) - NASA APOD, 26 mars 2026, "GWTC-4 Events Poster" (apod.nasa.gov) - Northwestern University, "Gravitational-wave detections double with new catalog", mars 2026 (news.northwestern.edu) O5 est prévu pour 2027. Si la courbe continue, on pourrait dépasser les 500 événements avant 2030. Le catalogue grossit plus vite que notre capacité à tout analyser. C'est un bon problème à avoir. Et la prochaine génération se prépare déjà dans l'espace, avec [LISA que l'ESA construit pour capter les fréquences que LIGO ne peut pas capter](/lisa-ondes-gravitationnelles-spatiales-esa-2035). Autre calendrier à suivre ce printemps, sans lien avec LIGO : [le lancement d'Artemis II](/artemis-ii-lancement-imminent-equipage-lune-2026), puis [son survol de la Lune en avril](/artemis-ii-survol-lune-avril-2026). --- ## Propulsion nucléaire électrique - URL: https://www.portail-astronomie.fr/propulsion-nucleaire-electrique-nasa-mars-2028/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-25T20:00:00 - Categories: exploration-spatiale Le 24 mars 2026, la NASA annonce SR-1 Freedom : un vaisseau à propulsion nucléaire électrique, direction Mars, lancement prévu en décembre 2028. Pas un concept. Pas une feuille de route à horizon 2040. Un calendrier avec des dates de livraison. C'est la première fois depuis le programme NERVA des années 1960 que les États-Unis envoient un réacteur nucléaire dans l'espace interplanétaire. Sauf que cette fois, le hardware existe déjà en partie. ## Que veut dire exactement l'annonce de la NASA sur SR-1 Freedom ? L'événement « NASA Ignition » du 24 mars a posé les bases. Jared Isaacman, administrateur de la NASA, a résumé la mission dans des termes assez clairs. Le vaisseau emporte un réacteur nucléaire qui produit de l'électricité, laquelle alimente des propulseurs ioniques au xénon. Steve Sinacore, responsable du programme fission surface power, a cadré les attentes : « The scope must bend around this deadline. It is a pathfinder, not the blueprint. » Le réacteur tourne à environ 20 kilowatts électriques (les sources oscillent entre 20 et 25 kWe, la NASA n'a pas donné de chiffre définitif). Il utilise du HALEU, de l'uranium faiblement enrichi entre 5 et 20 %, conforme à la politique de l'administration qui interdit quasi-totalement l'uranium hautement enrichi dans l'espace. Le combustible est de l'oxyde d'uranium, le blindage en carbure de bore, et la conversion thermique passe par un cycle Brayton fermé avec des caloducs. Rien de spectaculaire sur le papier. Mais l'approche est volontairement pragmatique. Sinacore parle d'une « solution à 70 % pour prouver que ça marche ». Le réacteur est le seul composant nouveau. Tout le reste est du matériel existant. ## Comment la NASA récupère un module déjà prévu pour la Lune ? Et quand je dis « matériel existant », c'est littéral. Le module de propulsion électrique (PPE), construit par Maxar (devenu Lanteris Space Systems), était prévu pour la station lunaire Gateway. Le contrat initial valait 375 millions de dollars. Ce bus satellite de la série 1300 embarque déjà une capacité de propulsion électrique pouvant atteindre 48 kW. La NASA récupère ce hardware et le couple au réacteur nucléaire. C'est malin. Plutôt que de tout développer à partir de zéro avec un calendrier de dix ans, ils assemblent des briques existantes autour d'un seul composant critique. Le design doit être finalisé en juin 2026, l'assemblage et les tests courent de janvier à octobre 2028, et le lancement est calé en décembre 2028. Je ne vais pas mentir : ce calendrier est serré. Très serré. Quand on connaît l'historique des programmes spatiaux nucléaires (NERVA annulé en 1972, DRACO annulé en mai 2025), on a le droit d'être sceptique. Mais le fait que le réacteur soit le seul élément à développer change la donne. ## Pourquoi choisir un moteur ionique plus lent qu'une fusée chimique ? Pour comprendre pourquoi la NASA fait ce pari, il faut regarder les chiffres. Un propulseur chimique classique a une impulsion spécifique d'environ 450 secondes. Un propulseur ionique au xénon varie entre 1 500 et 3 500 secondes selon les modèles. C'est trois à huit fois plus efficace en termes de consommation de carburant. Le compromis, c'est la poussée. Un moteur ionique pousse très faiblement, mais pendant très longtemps. Sur un trajet Terre-Mars, ça donne environ un an de voyage pour SR-1 Freedom (arrivée fin 2029), contre sept à neuf mois en trajectoire chimique classique de type Hohmann. Alors pourquoi choisir le plus lent ? Parce que le nucléaire électrique permet d'emporter beaucoup plus de charge utile avec moins de carburant. Et surtout, c'est un test. Sinacore l'a dit clairement : « It is the first freight run on the transcontinental railroad of the Solar System. » Le but, c'est de prouver que la techno fonctionne dans l'espace réel, pas de battre des records de vitesse. (Petite parenthèse : le programme DRACO de la DARPA, qui lui visait la propulsion nucléaire thermique, a été annulé en mai 2025. La propulsion thermique chauffe directement l'hydrogène avec le réacteur, ce qui donne une poussée bien plus forte et des trajets de quatre à cinq mois. Mais le coût a explosé et les lancements SpaceX ont tellement baissé en prix que le rapport coût-bénéfice ne tenait plus. La NASA a choisi l'approche électrique, moins spectaculaire mais réalisable dans les délais.) ## Pourquoi trois hélicoptères volent en tandem vers Mars ? SR-1 Freedom n'est pas qu'un démonstrateur de propulsion. Le vaisseau emporte aussi Skyfall, un ensemble de trois hélicoptères autonomes dérivés d'Ingenuity. AeroVironment, le concepteur, avait présenté le concept en juillet 2025 avec six appareils ; la NASA a réduit à trois en mars 2026. Ces hélicoptères embarquent des caméras et un radar à pénétration de sol. Leur mission : cartographier la glace d'eau souterraine et repérer des sites d'atterrissage pour de futurs équipages humains. Le déploiement se fait en vol après l'entrée atmosphérique, avec atterrissage autonome. Pas de sky-crane cette fois. Quand on se rappelle qu'Ingenuity a réussi 72 vols sur Mars avant de terminer sa mission en janvier 2024, envoyer trois machines de la génération suivante paraît raisonnable. Bon, je reste prudent sur le déploiement en vol : larguer un hélicoptère dans une atmosphère aussi fine que celle de Mars, de manière autonome, c'est le genre de truc qui marche parfaitement en simulation et qui réserve des surprises le jour J. ## Quel jeu géopolitique se cache derrière cette mission ? SR-1 Freedom ne sort pas de nulle part. Un décret exécutif de décembre 2025 a posé les bases de la « suprématie spatiale américaine ». La NASA annonce aussi un projet de base lunaire à environ 20 milliards de dollars sur sept ans, et le réacteur Lunar Reactor-1 prévu pour 2030 s'appuiera directement sur les données de SR-1 Freedom. Le programme [Artemis II, qui doit survoler la Lune](/artemis-ii-survol-lune-avril-2026), s'inscrit dans cette même dynamique, même si [le bouclier thermique de la capsule Orion](/artemis-ii-bouclier-thermique-rentree-atmospherique) reste un point de vigilance. Le partenariat avec le Department of Energy (DOE) sur le combustible HALEU montre que la filière nucléaire spatiale américaine se structure. Après des décennies de stagnation post-NERVA, il y a un alignement politique, technique et budgétaire qui n'existait pas avant. Est-ce que ça suffira à tenir le calendrier de décembre 2028 ? J'en sais rien. Les précédents ne plaident pas en faveur de l'optimisme. Mais la logique est différente cette fois. Au lieu du programme parfait qui met vingt ans à décoller (et finit annulé), la NASA joue la carte du « bon assez pour voler ». Quand on voit comment les données Webb et Hubble combinées ont accéléré la science en exploitant du matériel existant, on comprend la philosophie. Et les mesures de XRISM sur les vents galactiques montrent aussi que les missions ciblées produisent des résultats concrets sans budgets pharaoniques. ## Qu'est-ce que l'humanité gagne si SR-1 Freedom réussit son vol ? Si SR-1 Freedom vole en décembre 2028 et arrive sur Mars fin 2029, la NASA aura prouvé deux choses : qu'un réacteur nucléaire peut fonctionner en propulsion interplanétaire, et que le concept de vaisseau cargo nucléaire tient la route. Ça ouvre la porte au ravitaillement automatisé des futures missions habitées, sans dépendre uniquement de fenêtres de tir chimiques tous les 26 mois, une contrainte de calendrier que connaît aussi [Mars Sample Return](/mars-sample-return-annule-congres-us-echantillons-perseverance). Le « si » reste gros. Le réacteur doit être activé dans les 48 heures après le lancement, le Falcon Heavy doit mettre les environ 5 000 kg en trajectoire (chiffre encore spéculatif), et tout le système doit survivre un an de croisière interplanétaire. Les points d'interrogation ne manquent pas. Reste que la NASA n'a pas annoncé un PowerPoint. Elle a annoncé un calendrier avec un design figé en juin 2026 et un assemblage qui commence en janvier 2028. On verra bien si la réalité suit. ## Sources - [NASA officiel, annonce SR-1 Freedom](https://www.nasa.gov/news-release/nasa-unveils-initiatives-to-achieve-americas-national-space-policy/) (24 mars 2026) - [ANS Nuclear Newswire, détails techniques du réacteur](https://www.ans.org/news/article-7879/nasa-announces-plan-for-space-nuclear-propulsion-by-2028/) (24 mars 2026) - [NASASpaceFlight, article technique](https://www.nasaspaceflight.com/2026/03/nasa-sr1-freedom-mars-2028/) (24 mars 2026) - [Space.com, Skyfall et déploiement](https://www.space.com/astronomy/mars/nasas-1st-nuclear-powered-interplanetary-spacecraft-will-send-skyfall-helicopters-to-mars-in-2028) (24 mars 2026) - [AeroVironment, concept Skyfall](https://www.avinc.com/resources/press-releases/view/av-reveals-skyfall-future-concept-next-gen-mars-helicopters-for-exploration-and-human-landing-preparation) (juillet 2025) - [Breaking Defense, annulation DRACO](https://breakingdefense.com/2025/06/darpas-draco-nuclear-propulsion-project-roars-no-more/) (juin 2025) --- ## Artemis II : 4 astronautes en survol lunaire en avril 2026 - URL: https://www.portail-astronomie.fr/artemis-ii-survol-lune-avril-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-25T16:00:00 - Categories: exploration-spatiale 53 ans. C'est le temps écoulé depuis qu'un être humain a vu la Lune de près. Gene Cernan a quitté la surface lunaire le 14 décembre 1972 avec Apollo 17, et depuis : rien. Zéro humain au-delà de l'orbite basse terrestre. La NASA annonce que ça change le 1er avril 2026 à 22h24 UTC, quand le SLS décollera du Kennedy Space Center avec quatre astronautes à bord du vaisseau Orion. J'ai passé la soirée d'hier à éplucher la documentation technique du vol. Le plan de mission, les specs du lanceur, les profils de l'équipage. Et la question qui revient en boucle dans ma tête : est-ce qu'Artemis II est le vrai retour vers la Lune, ou est-ce qu'on regarde la NASA dépenser des milliards pour un survol symbolique ? ## Artemis II est-il vraiment un vol qui fait avancer le programme ? Le discours officiel est clair. Artemis II est la première mission habitée du programme Artemis. Quatre personnes vont quitter l'orbite terrestre, suivre une trajectoire de retour libre autour de la Lune (approche à environ 6 500 km de la surface côté face cachée), puis revenir amerrir dans le Pacifique près de San Diego. Durée : une dizaine de jours. L'objectif technique est concret : tester les systèmes de support de vie du vaisseau Orion avec un équipage réel pour la première fois. Artemis I avait fait le trajet en 2022 sans personne à bord, pendant 25 jours. Cette fois, on vérifie que le matériel tient la route quand des humains respirent, mangent et dorment dedans. Le vaisseau Orion (surnommé "Integrity", capsule CM-003) embarque aussi un système de communications optiques O2O capable de transmettre à 260 Mbit/s en downlink. Pour du deep space, c'est du débit correct. L'équipage, parlons-en. Reid Wiseman commande la mission, ancien chef du Bureau des Astronautes. Victor Glover est pilote, il a déjà volé sur Crew Dragon vers l'ISS. Christina Koch, spécialiste de mission, détient le record féminin de séjour continu dans l'espace (328 jours sur l'ISS) et a participé à la première sortie spatiale 100 % féminine en 2019. Et Jeremy Hansen, astronaute canadien de l'Agence spatiale canadienne, fera son premier vol spatial. Les premières : Glover sera le premier homme de couleur à quitter l'orbite terrestre vers la Lune. Koch sera la première femme à le faire. Hansen sera le premier non-Américain à dépasser l'orbite basse. Sur le papier, c'est du lourd. ## Quelle machine les envoie vers la Lune ? Le SLS Block 1, c'est 98 mètres de haut pour environ 2 608 tonnes au décollage. Quatre moteurs RS-25 (hydrogène/oxygène liquide) et deux boosters à poudre de cinq segments. La poussée totale au liftoff : environ 39,1 méganewtons, soit 15 % de plus que la Saturn V d'Apollo. Le lanceur peut envoyer plus de 27 tonnes vers la Lune. Je me suis amusé à comparer avec Artemis I : en 2022, la capsule Orion sans équipage avait parcouru 2,25 millions de kilomètres, s'était approchée à 130 km de la surface lunaire, et avait atteint 432 210 km de la Terre. Artemis II sera plus modeste en distance : pas d'insertion en orbite lunaire, juste un survol. La trajectoire ressemble à celle d'Apollo 13 en 1970 (retour libre). Sauf qu'Apollo 13, c'était par accident. Le module de service européen ESM-2, construit par Airbus, alimente Orion en énergie et propulsion. Le bouclier thermique de la capsule embarque plus d'un millier de blocs et tuiles de protection thermique pour encaisser la rentrée à environ 40 000 km/h. Le volume habitable intérieur : environ 9 m3, contre 6 m3 pour Apollo. Un peu plus de place pour quatre personnes pendant dix jours, même si "confort" reste un grand mot. ## Artemis II n'est-il qu'un survol de luxe à 4 milliards ? Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Cratères lunaires cachent la glace d'eau](/crateres-lune-glace-eau-cachee). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Conjonction de quatre planètes en avril 2026 : le guide](/conjonction-planetes-avril-2026-mercure-mars-saturne-neptune). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Artemis II : le bouclier thermique va-t-il tenir ?](/artemis-ii-bouclier-thermique-rentree-atmospherique). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Le trou noir de Persée chante en si bémol depuis deux milliards d'a…](/sons-espace-nasa-sonification). Là, je suis plus partagé. Parce que les chiffres du programme Artemis donnent le vertige (le vrai, pas celui des communiqués). Selon l'inspecteur général de la NASA, chaque lancement SLS/Orion coûte environ 4,1 milliards de dollars pour les quatre premiers vols. Le coût total du programme Artemis est estimé à environ 93 milliards de dollars. Et Artemis II ne va même pas se poser sur la Lune. C'est un survol. Pour comparer : Apollo 8 en 1968 avait fait un survol habité similaire. C'était le premier. On est en 2026, on refait la même chose avec une fusée plus grosse et un budget sans commune mesure. La technologie a progressé, mais la question reste : est-ce que le rythme du programme justifie l'investissement ? Le programme a accumulé les retards. La date de lancement d'Artemis II a glissé plusieurs fois avant d'atterrir sur le 1er avril 2026 (avec des dates de secours les 2, 3, 4, 5, 6 et 30 avril). L'équipage est en quarantaine depuis le 18 mars. Le contexte géopolitique joue aussi : la Chine développe son propre programme lunaire habité, et la NASA a besoin de montrer que le programme avance. ## Quel est mon verdict sur Artemis II ? Sur ce point précis, j'hésite à trancher de manière définitive. Mais je vais quand même le faire. Artemis II n'est pas un coup de com'. Les tests de support de vie en conditions réelles, ça ne se simule pas au sol. Si le vaisseau Orion doit un jour transporter des astronautes vers une station lunaire Gateway ou vers la surface, il faut valider que tout fonctionne avec des humains dedans d'abord. C'est la base. Le problème, c'est le coût par vol et la cadence. Un lanceur non réutilisable à ce prix, en 2026, pendant que SpaceX développe Starship de son côté, ça pose question sur la viabilité à long terme du SLS. La NASA le sait. Tout le monde le sait. Mais le programme est lancé, les contrats sont signés, et politiquement, on ne coupe pas un programme spatial habité qui emploie des milliers de personnes dans des dizaines d'États. (En écrivant ça, je repense à un article que j'avais lu sur la propulsion nucléaire électrique que la NASA développe pour Mars. Si Artemis consomme le budget à ce rythme, les projets plus ambitieux risquent de prendre du retard. C'est un arbitrage que personne ne veut assumer publiquement.) Donc oui, Artemis II est utile. C'est une étape technique nécessaire. Mais c'est aussi un programme qui avance lentement et qui coûte cher pour ce qu'il livre à chaque vol. Le vrai test, ce sera Artemis III : l'alunissage. Si ça arrive en 2028 ou 2029, le programme aura prouvé sa raison d'être. Si ça glisse encore, on aura dépensé des dizaines de milliards pour des survols. En attendant, le 1er avril à 22h24 UTC, quatre personnes vont s'asseoir dans une capsule Orion au sommet de la plus grosse fusée jamais construite par la NASA. Et pendant dix jours, on va tous regarder vers le haut. Ça au moins, ça ne change pas depuis l'éclipse lunaire de mars dernier. ## Sources - NASA, "NASA Sets Coverage for First Artemis Crewed Mission Around Moon", mars 2026 - NASA, "Space Launch System Reference", nasa.gov - Smithsonian National Air and Space Museum, "Meet the Crew of Artemis II" - NASA Office of Inspector General, estimation des coûts Artemis (2025) - NPR, "NASA Artemis II April launch", 12 mars 2026 - Wikipedia, "Artemis II", consulté le 25 mars 2026 - Astronomy.com, "How Artemis 2 Will Fly Around the Moon" - NASA Blog, "Artemis II Crew Begins Quarantine", 18 mars 2026 Si Webb et Hubble vous intéressent plus que les lanceurs, j'ai décortiqué leurs dernières images de Saturne cette semaine. --- ## Laser et optique adaptative : Paranal corrige le ciel - URL: https://www.portail-astronomie.fr/laser-optique-adaptative-paranal-ciel/ - Author: Julien P. - Published: 2026-03-25T16:00:00 - Categories: observation La première fois que j'ai vu les lasers du VLT en photo, j'ai cru à un montage. Quatre traits orangés tirés depuis le sommet d'une montagne chilienne, droits comme des fils à plomb, qui allaient se perdre quelque part entre les étoiles. L'image était signée Julien Looten, publiée sur l'APOD en mars, et on y distinguait les Nuages de Magellan, la Voie lactée, un voile vert d'airglow à gauche, un autre rougeâtre à droite. Un ciel tellement chargé qu'on se demande comment on peut encore vouloir le corriger. Et pourtant c'est exactement ce que fait l'Observatoire de Paranal chaque nuit. ## Pourquoi l'atmosphère est-elle l'ennemie intime du télescope ? Un télescope de huit mètres de diamètre, en théorie, résout des détails d'une finesse qui ferait passer Hubble pour un jouet. Sauf que l'atmosphère s'en mêle. Les couches d'air brassées par le vent, les gradients de température, les poches de densité variable : tout ça déforme le front d'onde lumineux qui arrive d'une étoile lointaine. Le résultat, c'est une image floue, un point lumineux qui danse et s'étale. Les astronomes appellent ça le _seeing_. À Paranal, perché à 2 635 mètres dans le désert d'Atacama, le seeing médian tourne autour de 0,72 seconde d'arc. C'est un des meilleurs sites au monde. Mais ça reste très loin de la limite théorique d'un miroir de cette taille. Sans correction, un télescope de huit à dix mètres plafonne autour d'une seconde d'arc de résolution. Autant dire que le miroir travaille à une fraction ridicule de son potentiel. ## L'idée de Babcock, pourquoi est-elle restée dormante trente ans ? En 1953, Horace Babcock publie dans les _Publications of the Astronomical Society of the Pacific_ un article qui décrit le principe : mesurer la déformation du front d'onde en temps réel, puis la compenser avec un miroir dont la surface se déforme à la volée. Le concept est là, complet. Mais personne ne sait le construire. Les ordinateurs de l'époque sont trop lents, les actuateurs trop grossiers, les capteurs trop peu sensibles. L'idée dort jusqu'aux années 1980, quand l'armée américaine s'y intéresse dans le cadre de la _Strategic Defense Initiative_. Will Happer, physicien à Princeton, développe des systèmes d'optique adaptative pour suivre des missiles et des satellites. Tout est classifié. Il faudra attendre la fin de la guerre froide pour que la technologie migre vers l'astronomie civile. L'ESO commence à travailler sur l'optique adaptative en 1989 et ne lâche plus le sujet. ## Créer une étoile artificielle, comment et pourquoi ? Le problème de base est simple : pour mesurer comment l'atmosphère déforme la lumière, il faut une source ponctuelle brillante. Une étoile naturelle fait l'affaire, mais elle doit être proche de la cible que vous observez (quelques dizaines de secondes d'arc) et suffisamment lumineuse. Ça limite beaucoup les zones du ciel accessibles. La solution, c'est le laser guide star. Un faisceau laser tiré vers le ciel excite une couche d'atomes de sodium située entre 80 et 105 kilomètres d'altitude (le pic de densité se situe vers 90 à 95 kilomètres). Ces atomes proviennent de l'ablation de météores, ils flottent là-haut en permanence, une mince pellicule d'environ cinq kilomètres d'épaisseur. Le laser, réglé sur la raie D du sodium à 589,2 nanomètres, les fait fluorescer. Vue depuis le sol, cette fluorescence ressemble à une étoile artificielle. Le capteur de front d'onde l'analyse, en déduit les déformations atmosphériques, et le miroir déformable corrige en conséquence. Il existe aussi des lasers Rayleigh, qui exploitent la diffusion moléculaire entre 15 et 25 kilomètres, mais leur portée est plus courte et la correction moins fine. Un détail que j'ai mis du temps à comprendre : le laser monte _à travers_ l'atmosphère, donc il subit lui aussi la turbulence. Le point lumineux qu'il crée là-haut ne bouge pas comme une vraie étoile. Pour corriger les mouvements globaux de l'image (ce qu'on appelle le tip-tilt), il faut quand même une étoile naturelle quelque part dans le champ. Le laser ne résout pas tout. ## Quatre lasers à 22 watts, comment fonctionnent les mille corrections par seconde ? Le système 4LGSF du VLT, dont la première lumière date du 26 avril 2016, tire quatre faisceaux de 22 watts chacun. Pour donner un ordre de grandeur, c'est environ 4 000 fois la puissance maximale autorisée pour un pointeur laser du commerce. Chaque faisceau a un diamètre de 30 centimètres à la sortie. La technologie repose sur des lasers à fibre Raman, développés par l'ESO puis transférés à des partenaires industriels : TOPTICA en Allemagne, MPBC au Canada, TNO aux Pays-Bas. Ces lasers alimentent deux instruments. MUSE, couplé au module GALACSI, et HAWK-I, couplé à GRAAL. Et il y a un détail de sécurité que je trouve assez réjouissant : un système automatique coupe les lasers dès qu'un avion s'approche de la zone. On n'est jamais trop prudent avec des faisceaux de 22 watts pointés vers le ciel. Sur UT4 (Yepun, « étoile du soir » en langue mapuche), le miroir secondaire a été remplacé en 2016 par un miroir déformable : une coque de 1,12 mètre de diamètre, épaisse de deux millimètres seulement, pilotée par 1 170 actuateurs. La boucle de correction tourne jusqu'à 1 000 hertz. Les actuateurs eux-mêmes répondent à 80 kilohertz. Le résultat ? On passe d'une résolution d'environ une seconde d'arc à 30-60 millisecondes d'arc dans l'infrarouge. Un gain d'un facteur 15 à 30. L'UT4 atteint sa limite théorique de netteté ; l'atmosphère ne le bride plus. ## MUSE peut-il vraiment battre Hubble au sol ? Quand l'Adaptive Optics Facility (AOF) a livré sa première lumière complète le 18 juillet 2018, l'ESO a publié des images comparatives. En mode champ étroit (Narrow Field Mode), MUSE couvre un carré de 7,5 par 7,5 secondes d'arc avec des pixels de 0,025 seconde d'arc. Le système corrige la turbulence à plusieurs altitudes : au sol, puis à 3, 9 et 14 kilomètres. Le verdict de l'ESO : les images au sol dans le visible sont plus nettes que celles de Hubble. C'est un télescope terrestre qui dépasse un télescope spatial, grâce à des lasers et un miroir qui se tord mille fois par seconde. Bon, je reste un peu sur ma réserve parce que la comparaison dépend du domaine de longueur d'onde et du champ couvert, mais sur le créneau spécifique du visible en champ étroit, le résultat est là. En mode champ large (Wide Field Mode), sur un champ d'une minute d'arc, GALACSI double l'énergie collectée dans chaque pixel à 750 nanomètres. Moins spectaculaire en apparence, mais pour des objets étendus et faibles, c'est la différence entre détecter un signal et ne rien voir du tout. ## SPHERE, comment traquer des exoplanètes cachées dans la lumière ? Sur UT3 (Melipal, « Croix du Sud »), un autre instrument pousse l'optique adaptative encore plus loin. SPHERE, dédié à l'imagerie directe d'exoplanètes, fonctionne depuis mai 2014. Son système AO (SAXO) corrige à 1 380 hertz, plus vite que le 4LGSF. L'enjeu est différent : il ne s'agit pas juste d'obtenir une image nette, mais de supprimer la lumière de l'étoile hôte pour révéler un compagnon planétaire des millions de fois plus faible juste à côté. C'est grâce à l'optique adaptative de l'ESO qu'on a obtenu les premières observations directes d'une exoplanète près d'une étoile brillante, et des caractérisations du trou noir central de la Voie lactée. Des résultats qui auraient été physiquement impossibles sans la correction en temps réel. Les [masques à vortex optique conçus pour détecter des exoterres](/masques-vortex-optique-detection-exoterres) s'attaquent au même problème de contraste, côté coronographie. (Je me souviens d'avoir passé une soirée entière à comparer des images brutes et corrigées de Neptune prises par MUSE. La version brute, c'est une tache diffuse. La version corrigée, on distingue les bandes nuageuses. Même planète, même télescope, même nuit. La seule différence, c'est que quatre lasers orange et un miroir de deux millimètres d'épaisseur ont fait leur travail entre les deux.) ## Quelles sont les limites actuelles et que vient après ? L'optique adaptative ne corrige pas tout. Le champ corrigé reste petit : quelques secondes d'arc en mode étroit, une minute d'arc en mode large. Plus on s'éloigne de l'axe des lasers, plus la correction se dégrade. La couche de sodium varie en densité selon les saisons et l'heure de la nuit. Et la correction dans le visible reste plus difficile que dans l'infrarouge, parce que les longueurs d'onde sont plus courtes et que les perturbations atmosphériques pèsent davantage à cette échelle. L'ELT, le futur télescope de l'ESO avec son miroir de 40 mètres, est conçu dès le départ avec des systèmes d'optique adaptative intégrés. À cette échelle, la correction atmosphérique n'est plus un bonus, c'est une condition de fonctionnement. Sans elle, un miroir de 40 mètres ne ferait pas mieux qu'un miroir de un mètre. Avec elle, on parle de résolutions qui permettront de caractériser des atmosphères d'exoplanètes depuis le sol. Dans l'espace, d'autres missions font un travail de relevé plutôt que de détail, comme [SPHEREx et ses cartes de glaces sur tout le ciel](/spherex-nasa-astrophysical-journal-avril-2026-cartes-glaces-pah-ciel). Je ne sais pas encore si l'ELT tiendra toutes ses promesses sur l'AO dans le visible. Les simulations sont encourageantes, les prototypes fonctionnent, mais passer de huit à quarante mètres multiplie la complexité de manière non linéaire. On verra. Ce qui me frappe, c'est le chemin parcouru depuis l'article de Babcock en 1953. Soixante-cinq ans entre l'idée et les premières images terrestres qui battent Hubble. Presque tout ce délai vient des limites technologiques, pas d'un manque de compréhension du problème. L'atmosphère brouille la lumière, un miroir souple peut la débrouiller : ça tient en une phrase. Construire le miroir, le capteur et l'ordinateur qui font ça mille fois par seconde, c'est autre chose. ## Sources - ESO, _4 Laser Guide Star Facility_, [eso.org/public/teles-instr/paranal-observatory/vlt/vlt-instr/4lgsf/](https://www.eso.org/public/teles-instr/paranal-observatory/vlt/vlt-instr/4lgsf/) - ESO, communiqué eso1613, _Première lumière du 4LGSF_, 26 avril 2016, [eso.org/public/news/eso1613/](https://www.eso.org/public/news/eso1613/) - ESO, communiqué eso1824, _Première lumière AOF complète_, 18 juillet 2018, [eso.org/public/unitedkingdom/news/eso1824/](https://www.eso.org/public/unitedkingdom/news/eso1824/) - ESO, _Adaptive Optics_, [eso.org/public/teles-instr/technology/adaptive_optics/](https://www.eso.org/public/teles-instr/technology/adaptive_optics/) - ESO, _GALACSI performance_, [eso.org/sci/facilities/develop/ao/sys/galacsi.html](https://www.eso.org/sci/facilities/develop/ao/sys/galacsi.html) - ESO, _Paranal Astroclimate_, [eso.org/sci/facilities/paranal/astroclimate/site.html](https://www.eso.org/sci/facilities/paranal/astroclimate/site.html) - H. W. Babcock, _The Possibility of Compensating Astronomical Seeing_, PASP vol. 65, p. 229, 1953 - Wikipedia, [Adaptive optics](https://en.wikipedia.org/wiki/Adaptive_optics), [Laser guide star](https://en.wikipedia.org/wiki/Laser_guide_star), [Sodium layer](https://en.wikipedia.org/wiki/Sodium_layer) --- ## Hubble surprend 41P en train d'inverser sa rotation - URL: https://www.portail-astronomie.fr/hubble-inversion-rotation-comete-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-25T05:00:00 - Categories: systeme-solaire Une comète qui tourne dans un sens, ralentit, s'arrête, puis repart dans l'autre sens. C'est exactement ce que Hubble a capturé sur 41P/Tuttle-Giacobini-Kresák. Personne n'avait jamais vu ça. ## Quel est le verdict d'abord ? David Jewitt et son équipe à UCLA l'ont confirmé dans The Astronomical Journal : la comète 41P est le premier objet cométaire dont on a observé une inversion complète du sens de rotation. Le mécanisme est lié au dégazage asymétrique du noyau, ces jets de gaz qui agissent comme des micro-propulseurs sur un corps minuscule. J'ai passé un bon moment à lire le preprint sur arXiv, et le truc qui frappe c'est la violence du phénomène rapportée à la taille du noyau. On parle d'un objet d'environ un kilomètre de diamètre. Pas une montagne. Un gros rocher glacé. ## Quelle est la chronologie du retournement ? En mars 2017, la période de rotation de 41P était d'environ vingt heures. Deux mois plus tard, elle avait triplé : entre quarante-six et soixante heures. Le noyau freinait à vue d'œil. Puis, autour du neuf juin 2017, tout bascule. La rotation s'inverse. En décembre 2017, Hubble braque sa WFC3 (Wide Field Camera 3, filtre F350LP) sur la comète. Vingt-quatre images, cent soixante secondes d'intégration chacune. Résultat : la période de rotation est redescendue à quatorze heures et vingt-quatre minutes, mais dans le sens opposé. Pour situer le contexte temporel : 41P était passée au plus près du Soleil le douze avril 2017. C'est là que le dégazage tape le plus fort, avec un taux de perte de masse de quatre-vingt-dix kilogrammes par seconde. Quatre-vingt-dix kilos de matière éjectés chaque seconde. Sur un noyau de cinq cents mètres de rayon, avec une densité d'environ cinq cents kilogrammes par mètre cube, ça pèse. ## Comment les jets agissent-ils comme micro-propulseurs ? Le mécanisme est presque trivial dans son principe : quand la glace se sublime sous l'effet du rayonnement solaire, elle produit des jets de gaz. Si ces jets ne sont pas répartis uniformément sur la surface (et ils ne le sont jamais, parce que la surface d'une comète c'est tout sauf homogène), ils génèrent un couple. Un torque qui peut accélérer, ralentir, ou inverser la rotation. David Jewitt le résume bien : « les jets de gaz qui s'échappent de la surface peuvent agir comme de petits propulseurs ». C'est exactement ça. Sauf que sur un noyau aussi petit, avec un rapport d'axes d'au moins 1,4 pour 1 (forme allongée), l'effet est amplifié. La géométrie du noyau joue contre sa stabilité rotationnelle. Le fait que ce soit la première observation me surprend un peu. On observe des comètes depuis des décennies. Mais il faut un télescope de la résolution de Hubble, pointé au bon moment, sur le bon objet, pour capter ce genre de changement. Et 41P, avec son orbite de cinq ans et quatre mois qui la ramène régulièrement près de nous, est une cible idéale. ## Que nous dit cela sur la durée de vie des comètes ? C'est là que ça devient concret. L'étude estime le délai avant la rupture rotationnelle de 41P entre treize et vingt-cinq ans, soit deux et demie à cinq orbites supplémentaires. Pas des millénaires. Des années. Le dégazage ne se contente pas de faire tourner le noyau dans tous les sens ; il le ronge. À quatre-vingt-dix kilos par seconde au périhélie, le budget masse n'est pas extensible. 41P est une comète de la famille de Jupiter, originaire de la ceinture de Kuiper, et elle est en train de se désagréger sous nos yeux, passage après passage. (En regardant les données, je me suis demandé si on pourrait suivre l'évolution au prochain passage. Le périhélie suivant est prévu pour février 2028. Hubble sera encore opérationnel, Webb aussi. On pourrait avoir une séquence complète sur plusieurs orbites.) ## Que nous apprend l'éruption de 1973 sur le passif de 41P ? 41P n'est pas une comète banale. Découverte en 1858 par Horace Parnell Tuttle, perdue puis retrouvée par Giacobini en 1907 et Kresák en 1951, elle a produit en 1973 une éruption spectaculaire : un sursaut d'environ neuf magnitudes qui l'a rendue visible à l'œil nu. Neuf magnitudes, c'est un facteur multiplicatif d'environ quatre mille en luminosité. Ce genre d'événement est cohérent avec un noyau fragile, poreux, dont la surface est truffée de poches de glace volatile. Le même type de structure qui produit un dégazage asymétrique capable d'inverser la rotation. En avril 2017, 41P est passée à environ vingt et un millions de kilomètres de la Terre, soit cinquante-cinq fois la distance Terre-Lune. Assez proche pour que Hubble puisse résoudre les détails de la coma et traquer les variations de luminosité liées à la rotation. ## Qu'en est-il maintenant ? La question ouverte, c'est la stabilité. Est-ce que 41P va se re-inverser au prochain passage ? Est-ce que le dégazage va finir par la fragmenter ? Les modèles suggèrent que ce type d'inversion peut se répéter si la géométrie du noyau et la distribution des zones actives restent favorables. On est dans un cas où l'observation a précédé la théorie. Le modèle existait (les jets peuvent modifier la rotation), mais personne n'avait la preuve directe d'une inversion complète. Maintenant on l'a. Et ça ouvre la porte à une question plus large : combien de comètes subissent ce phénomène sans qu'on le sache, simplement parce qu'on ne les observe pas assez longtemps ou avec assez de résolution ? Si vous êtes du genre à braquer un télescope sur les événements célestes, gardez 41P dans vos favoris pour 2028. Le spectacle pourrait être instructif. En attendant, il y a de quoi faire dès ce printemps avec [la comète C/2025 R3, géante à surveiller en avril](/comete-c2025-r3-observation-avril-2026) et les [Éta Aquariides de mai, débris de la comète de Halley](/eta-aquariides-mai-2026-observation-comete-halley-guide). Hubble a aussi suivi [la fragmentation de C/2025 K1 ATLAS](/hubble-fragmentation-comete-k1-atlas-perihelie). ## Sources - NASA Science, « NASA's Hubble Detects First-Ever Spin Reversal of Tiny Comet », mars 2026 : https://science.nasa.gov/missions/hubble/nasas-hubble-detects-first-ever-spin-reversal-of-tiny-comet/ - Jewitt et al., preprint arXiv 2602.06403v2, The Astronomical Journal, février 2026 : https://arxiv.org/html/2602.06403 - Earth.com, « Hubble captures comet's unexpected spin reversal », février 2026 : https://www.earth.com/news/hubble-captures-comets-unexpected-spin-reversal/ - Phys.org, « Jupiter family comet 41P/TGK reverses spin », février 2026 : https://phys.org/news/2026-02-jupiter-family-comet-41ptgk-reverses.html --- ## Hubble traque 25 ans d'expansion de la nébuleuse du Crabe - URL: https://www.portail-astronomie.fr/hubble-nebuleuse-crabe-25-ans-expansion/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-25T05:00:00 - Categories: ciel-profond ## Que s'est-il passé en juillet 1054, quand une étoile de trop est apparue ? Des astronomes de la cour Song, sous le règne de Renzong, notent l'apparition d'une « étoile invitée » (客星, kè xīng) dans la constellation du Taureau. La chose brille assez pour être visible en plein jour pendant vingt-trois jours, avec une magnitude estimée entre -7 et -4,5. Les observateurs japonais et arabes la voient aussi. Elle reste détectable à l'œil nu pendant six cent quarante-deux jours au total, jusqu'en avril 1056. Personne à l'époque ne sait ce qui vient de se passer. Une étoile massive vient d'exploser, et les débris de cette explosion s'étendent encore aujourd'hui, à environ 6 500 années-lumière de nous. ## Comment la nébuleuse est-elle passée de l'oubli à Messier 1 ? L'objet retombe dans l'anonymat pendant des siècles. John Bevis le redécouvre en 1731, puis Charles Messier le repère en 1758 et en fait le tout premier objet de son catalogue : M1. En 1842, Lord Rosse lui donne le nom de « Crabe » d'après les filaments qu'il distingue dans son télescope. Carl Otto Lampland détecte les premiers changements structurels dès 1921, preuve que le truc bouge vite à l'échelle astronomique. Et en 1942, Jan Oort confirme le lien avec la supernova de 1054. Ce qui rend M1 si particulière, c'est qu'on connaît sa date de naissance à quelques mois près. Pas beaucoup de rémanents de supernova offrent ce luxe. ## Quel pulsar alimente tout ? En 1968, on découvre un pulsar au cœur de la nébuleuse : PSR B0531+21. Il tourne sur lui-même environ trente fois par seconde (période de 33,39 millisecondes), et il ralentit de trente-huit nanosecondes par jour. Ce ralentissement n'est pas anodin : l'énergie de rotation perdue se transforme en un vent de particules relativistes (électrons et positrons) qui souffle dans toute la nébuleuse. Les wisps internes, ces structures mouvantes proches du pulsar, se déplacent à la moitié de la vitesse de la lumière. La nébuleuse à vent de pulsar qui en résulte remplit un volume d'une dizaine d'années-lumière et produit un rayonnement synchrotron d'environ 75 000 luminosités solaires. J'ai beau lire ces chiffres depuis des années, la disproportion entre un objet de dix kilomètres de rayon et ce qu'il génère me laisse perplexe à chaque fois. ## Comment Hubble a-t-il posé la première époque en 1999-2000 ? En 1999, dans le cadre du programme HST 8222, Hubble photographie la nébuleuse du Crabe avec sa caméra WFPC2 (Wide Field and Planetary Camera 2). Quatre filtres capturent l'oxygène doublement ionisé, l'oxygène neutre, le soufre ionisé et le continuum vers 5500 angströms. Ces images constituent ce qu'on appelle l'Epoch 1 dans l'étude de Blair et al. L'idée derrière, c'est d'avoir une référence spatiale précise. Chaque filament, chaque nœud de matière est positionné avec la résolution de Hubble. Reste à attendre pour mesurer le déplacement. ## Qu'apporte la deuxième époque, vingt-cinq ans plus tard ? Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Hubble 36 ans : la Trifide vue par WFC3, mode 1-gyro](/hubble-36-ans-nebuleuse-trifide-24-avril-2026-anniversaire). Entre mi-février et mi-mars 2024, le programme HST 17500 (Cycle 31) repointe la nébuleuse avec la caméra WFC3, installée lors de la mission de service SM4 en 2009. Six filtres cette fois, dont un filtre Hβ (F487N) absent de la première série. William P. Blair, de Johns Hopkins, mène l'équipe de huit chercheurs. Le papier qui en résulte, « The Crab Nebula Revisited Using HST/WFC3 », fait trente-quatre pages et trente figures. Publié dans The Astrophysical Journal (volume 997, article 81), accepté le 8 décembre 2025, rendu public le 23 mars 2026 par la NASA. ## Que montrent réellement les données ? Les filaments extérieurs se sont déplacés vers l'extérieur. Pas étiré : déplacé. C'est un point que l'étude souligne et qui change la lecture. Un mouvement propre d'au moins 0,3 seconde d'arc par an pour les filaments les plus externes, avec des vitesses de l'ordre de 1 500 kilomètres par seconde (soit 5,5 millions de km/h). Deux structures inédites apparaissent, quasi diamétralement opposées par rapport au pulsar. La structure nord-ouest, plus brillante, montre un mouvement propre de 3,7 secondes d'arc (plus ou moins 0,1) entre les deux époques. La structure sud-est : 2,8 secondes d'arc (plus ou moins 0,1). Leurs vitesses radiales divergent aussi. La structure NW affiche +68 km/s sur la composante dominante en oxygène ionisé, avec une composante secondaire à -260 km/s. La SE descend à -590 et -840 km/s. Ces filaments n'avaient jamais été signalés auparavant. La plage globale de vitesse d'expansion des filaments couvre plus ou moins 2 000 km/s, les filaments brillants se concentrant dans une fourchette de plus ou moins 1 250 km/s. Et le point central : l'expansion accélère. Le vent du pulsar pousse les filaments de l'intérieur, pas par onde de choc mais par pression continue du rayonnement synchrotron. Sur ce mécanisme précis, je reste prudent parce que le papier ne donne pas de valeur numérique d'accélération ; c'est qualitatif pour l'instant. ## Pourquoi Hubble et pas un autre télescope ? Blair le dit clairement : « Hubble is the only telescope with the combination of longevity and resolution capable of capturing these detailed changes. » Plus de trente-cinq ans en orbite, une résolution angulaire stable, et des archives qui remontent assez loin pour que vingt-cinq ans de baseline soient exploitables. Le JWST apporte des données complémentaires en infrarouge proche et moyen (imagerie NIR/MIR publiée en 2024), mais pour mesurer un mouvement propre, il faut du temps. Le JWST n'a que quelques années d'archives. Hubble en a plus de trente. La nébuleuse du Crabe a une espérance de vie estimée entre 50 000 et 100 000 ans avant de se disperser dans le milieu interstellaire. À l'échelle cosmique, c'est éphémère. À l'échelle humaine, on a la chance d'observer un objet en pleine transformation avec les outils qu'il faut. Hubble suit aussi des objets qui changent bien plus vite, comme [la comète C/2025 K1 ATLAS qui se fragmente](/hubble-fragmentation-comete-k1-atlas-perihelie) ou [la comète 41P et sa rotation inversée](/hubble-inversion-rotation-comete-2026). Il sert aussi à la cosmologie, avec [la matière noire d'une galaxie ratée](/cloud-9-galaxie-ratee-matiere-noire-hubble-relhic). ## Sources - NASA Science, « NASA's Hubble Revisits Crab Nebula to Track 25 Years of Expansion », 23 mars 2026 : [science.nasa.gov](https://science.nasa.gov/missions/hubble/nasas-hubble-revisits-crab-nebula-to-track-25-years-of-expansion/) - Blair et al. 2026, « The Crab Nebula Revisited Using HST/WFC3 », ApJ 997, 81 (DOI : 10.3847/1538-4357/ae2adc) : [arxiv.org](https://arxiv.org/abs/2512.11103) - ESA/Hubble, communiqué heic2607, 23 mars 2026 : [esahubble.org](https://esahubble.org/news/heic2607/) - Universe Today, « Watching 25 Years of Expansion in the Crab Nebula with the Hubble » : [universetoday.com](https://www.universetoday.com/articles/watching-25-years-of-expansion-in-the-crab-nebula-with-the-hubble) --- ## Masques à vortex optique : détecter des exoterres - URL: https://www.portail-astronomie.fr/masques-vortex-optique-detection-exoterres/ - Author: Julien P. - Published: 2026-03-25T05:00:00 - Categories: observation ## Quel est le problème, en une image ? Pointez votre télescope vers une étoile lointaine. Cherchez la planète qui tourne autour. Vous ne la verrez pas, parce que l'étoile brille dix milliards de fois plus fort. C'est le rapport entre la lumière du Soleil et celle de la Terre vue depuis un autre système. Dix milliards pour un. Toute la difficulté tient là. On sait que les exoplanètes existent (plus de six mille cent cinquante confirmées à ce jour, dont des curiosités comme [K2-315b et son orbite de 3,14 jours](/k2-315b-exoplanete-orbite-pi-jours)), on a des méthodes indirectes pour les repérer, mais les photographier directement reste un cauchemar optique. L'étoile noie tout. La coronographie tente de résoudre ce problème depuis des décennies. Le principe est simple : bloquer la lumière de l'étoile pour révéler ce qui se cache juste à côté. Sauf que bloquer proprement, sans artefacts, à des séparations angulaires minuscules, c'est là que les choses se corsent. ## Deux ennemis (diffusion et diffraction) quels sont les défis exacts ? Quand la lumière stellaire entre dans un télescope, elle produit deux types de parasites. La diffusion d'abord, causée par les imperfections des miroirs. L'optique adaptative corrige ce premier problème en temps réel, en déformant le miroir pour compenser les turbulences. Reste la diffraction. Même avec un miroir parfait, la lumière forme une figure d'Airy, ces anneaux concentriques brillants qui s'étalent autour de l'étoile. C'est de la physique pure, pas un défaut d'instrument. Et c'est précisément ce que les masques à vortex optique attaquent. ## Comment fonctionne un masque vortex, quel est le principe optique exact ? Le principe repose sur l'interférence destructive. Le masque applique un retard de phase qui varie avec l'angle autour du centre optique, un peu comme la surface hélicoïdale d'un filetage de vis. La lumière de l'étoile, qui arrive pile dans l'axe, subit une interférence destructive complète : elle est expulsée hors de l'image utile. La lumière d'une planète, elle, arrive légèrement décalée par rapport à l'axe. Le masque ne l'affecte quasiment pas. Elle passe et atteint le détecteur. Ce qui rend le concept élégant, c'est sa propriété achromatique : le retard de phase est induit géométriquement, ce qui le rend indépendant de la longueur d'onde au premier ordre. On peut travailler sur une bande spectrale large sans que le masque perde en efficacité. Pour la spectroscopie des atmosphères exoplanétaires, c'est un atout direct. (J'ai passé un bon moment à essayer de comprendre l'analogie avec le filetage de vis. En regardant des schémas de front d'onde hélicoïdal, c'est devenu plus clair : la phase tourne littéralement autour de l'axe optique, comme un escalier en colimaçon de lumière. Le genre de truc qui donne envie de sortir des feuilles et un crayon.) ## Quels résultats en laboratoire jusqu'à présent ? Eugene Serabyn au JPL et Dimitri Mawet à Caltech travaillent sur ces masques depuis des années. Serabyn a reçu la NASA Exceptional Achievement Medal en deux mille un, et en deux mille dix, il a publié dans Nature une image d'exoplanète prise à seulement deux largeurs de faisceau de diffraction d'une étoile. C'était avec un coronographe vortex installé sur le télescope Hale de l'observatoire Palomar. En laboratoire, sur le banc d'essai HCIT (High Contrast Imaging Testbed) du JPL, les résultats actuels atteignent un rejet stellaire d'environ un pour un milliard en lumière monochromatique. En bande large, les tests montrent un contraste brut d'un virgule six fois dix puissance moins neuf sur une bande de dix pour cent, et cinq virgule neuf fois dix puissance moins neuf sur vingt pour cent. L'objectif pour détecter une exoterre : dix puissance moins dix. Il reste un ordre de grandeur à gagner. Je ne vais pas faire semblant que c'est facile. Un facteur dix en contraste coronographique, c'est des années de travail. Mais le fait que les bancs d'essai du JPL aient déjà démontré un contraste de quatre fois dix puissance moins dix avec un coronographe de Lyot, et que les vortex s'en rapprochent sur une bande de dix pour cent centrée à cinq cent cinquante nanomètres, me rend prudemment optimiste. On n'est pas dans le domaine du rêve, on est dans celui de l'ingénierie. ## Quels matériaux derrière le masque, LCP, verre ou métamatériaux ? Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Exoplanète : définition et méthodes de détection](/exoplanete-definition-methodes-detection). La technologie la plus avancée utilise un polymère à cristaux liquides (LCP). C'est une couche plate de molécules à longue chaîne, orientées en motif circulaire autour du centre du masque. La société BEAM Engineering (Winter Park, Floride) fabrique ces plaques avec une technique à trois couches de matériau biréfringent, les axes rapides décalés de soixante degrés entre eux. L'épaisseur fonctionnelle est de un à cinq micromètres. Deux autres approches sont en développement : des surfaces hélicoïdales en verre (plusieurs pièces de verre de hauteurs variées assemblées) et des métamatériaux composés de nanopiliers aux dimensions personnalisables. Les métamatériaux ouvrent des possibilités intéressantes pour le contrôle fin du front d'onde, mais les LCP restent en tête pour l'instant. La dernière avancée date de mars deux mille vingt-six. Desai, Ruane, Mawet, Serabyn et leurs collègues ont publié des résultats sur un « dimpled scalar vortex », une deuxième génération avec des « phase dimples » radiales. Les auteurs rapportent les meilleurs contrastes obtenus en air à ce jour pour des masques vortex scalaires, sur des bandes de deux, dix et dix-huit pour cent. ## Le Habitable Worlds Observatory, pourquoi cette mission est-elle la cible ? Tout ce travail converge vers une mission : le Habitable Worlds Observatory (HWO). Recommandé par le Decadal Survey Astro2020, HWO serait le premier télescope spatial conçu dès le départ pour chercher des biosignatures (oxygène, méthane) dans les atmosphères d'exoplanètes. Le miroir ferait entre six et huit mètres. Lancement prévu autour de deux mille quarante et un, pour un coût estimé à au moins onze milliards de dollars. L'objectif : identifier et imager directement au moins vingt-cinq mondes potentiellement habitables, en ultraviolet, visible et infrarouge. Le coronographe devra atteindre un contraste de dix puissance moins dix à trois lambda sur D de séparation, sur une bande de vingt pour cent. Ce sont les chiffres exacts que visent les équipes du JPL avec leurs masques vortex. Avant HWO, le télescope Roman, dont le lancement est prévu pour l'automne deux mille vingt-six, embarque un coronographe de démonstration technologique. Pas un coronographe vortex, mais un instrument qui vise un saut de cent à mille fois par rapport aux coronographes spatiaux précédents. Roman servira de répétition générale. ## Pourquoi est-ce si difficile de maintenir le contraste en vol ? L'enjeu n'est pas seulement le contraste brut. Il faut maintenir ce contraste sur un champ suffisamment large, sur une bande spectrale utile pour la spectroscopie, et avec un angle de travail intérieur suffisamment petit pour résoudre des planètes proches de leur étoile. Les masques vortex ont un atout : leur angle de travail intérieur est petit, leur débit lumineux est élevé et l'espace de découverte hors-axe reste dégagé. La disposition optique est relativement simple. Sur ce point, j'hésite un peu à être trop enthousiaste. Les résultats labo sont obtenus dans des conditions contrôlées, avec des sources ponctuelles et des bancs stabilisés. Passer de ça à un télescope spatial en orbite, avec les vibrations, les dérives thermiques et le vieillissement des matériaux, c'est un autre problème. Le projet ESA SUPPPPRESS travaille spécifiquement sur la réduction des fuites de polarisation à dix puissance moins dix pour des VVC de nouvelle génération, ce qui montre que la communauté européenne prend le sujet au sérieux. ## Quel est l'état réel du projet, sans emballage marketing ? Les masques vortex LCP sont déjà installés sur la plupart des grands télescopes au sol : Keck, [VLT à Paranal](/laser-optique-adaptative-paranal-ciel), Subaru. Ils fonctionnent, ils produisent des résultats scientifiques (imagerie de disques circumstellaires, détection de compagnons sub-stellaires). Le bureau projet du HWO (TMPO) a ouvert en août deux mille vingt-quatre au Goddard Space Flight Center, et le Community Science and Instrument Team a été formé en juin deux mille vingt-cinq. Le financement passe par la NASA Astrophysics Division (programmes SAT et APRA). Les montants exacts ne sont pas publics, mais le numéro de contrat JPL (80NM0018D0004) confirme que le soutien institutionnel est en place. Reste la question centrale : un facteur dix en quinze ans, est-ce réaliste ? L'historique des progrès en coronographie haute performance suggère que oui, à condition que le financement tienne. Quand on voit le chemin parcouru depuis les premiers coronographes de Lyot jusqu'aux vortex LCP actuels, la trajectoire est cohérente. Pas garantie, mais cohérente. Si HWO vole un jour avec un coronographe vortex à bord, et si ce coronographe atteint les performances visées, on aura pour la première fois la capacité de prendre le spectre de l'atmosphère d'une planète rocheuse en zone habitable autour d'une étoile proche. Chercher de l'oxygène et du méthane ensemble. C'est la question qui motive tout ce travail depuis le début, par une autre voie que l'écoute d'un [signal radio venu de Proxima b](/jwst-signal-radio-regulier-proxima-b). ## Sources - NASA Science Technology Highlights, « Optical Vortex Phase Masks for the Detection of Habitable Worlds », 24 mars 2026 : [science.nasa.gov](https://science.nasa.gov/science-research/science-enabling-technology/technology-highlights/optical-vortex-phase-masks-for-the-detection-of-habitable-worlds/) - Desai, Ruane, Redmond, Mawet, Serabyn, Mennesson, « Dimpled Scalar Vortex Coronagraph », arXiv 2603.22551, 23 mars 2026 : [arxiv.org](https://arxiv.org/abs/2603.22551) - Serabyn et al., « Broadband VVC testing at HCIT », arXiv 2207.13742, juillet 2022 : [arxiv.org](https://arxiv.org/abs/2207.13742) - Wikipedia, « Habitable Worlds Observatory », consulté mars 2026 : [wikipedia.org](https://en.wikipedia.org/wiki/Habitable_Worlds_Observatory) - JPL, profil Eugene Serabyn : [science.jpl.nasa.gov](https://science.jpl.nasa.gov/people/Serabyn/) - NASA Roman Coronagraph : [science.nasa.gov](https://science.nasa.gov/mission/roman-space-telescope/coronagraph/) - NASA Exoplanet Archive : [exoplanetarchive.ipac.caltech.edu](https://exoplanetarchive.ipac.caltech.edu/) --- ## Webb et Hubble révèlent Saturne - URL: https://www.portail-astronomie.fr/webb-hubble-saturne-infrarouge-visible-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-25T05:00:00 - Categories: systeme-solaire Le 25 mars 2026, la NASA publie deux images de Saturne prises par Webb et Hubble. Même planète, deux télescopes, deux longueurs d'onde. Et le résultat claque. Je suis tombé dessus hier soir en scrollant le site de la NASA, café froid à côté de l'écran. Le genre d'image qui te fait zoomer, re-zoomer, puis ouvrir un deuxième onglet pour comprendre ce que tu regardes vraiment. Parce que Saturne en infrarouge, c'est une planète qu'on ne reconnaît pas. ## Pourquoi assembler les images de Webb et Hubble sur Saturne ? Webb a observé Saturne le 29 novembre 2024 avec son instrument NIRCam, la caméra proche infrarouge qui couvre de 0,6 à 5,0 µm. Quatre filtres utilisés : F164N, F212N, F430M et F470N. Hubble avait fait son observation plus tôt, le 22 août 2024, avec WFC3/UVIS en lumière visible (filtres F395N, F502N, F631N). Quatorze semaines séparent les deux clichés. L'idée n'est pas nouvelle. Le programme OPAL de Hubble surveille les planètes géantes depuis 2014 et a produit plus de 60 publications. Sauf que cette fois, on ajoute Webb dans la boucle. Le temps d'observation Webb a été alloué en DDT (Director's Discretionary Time), ce qui veut dire que des scientifiques ont convaincu la direction du télescope que ça valait le coup de casser le planning. Amy Simon du NASA Goddard Space Flight Center et Michael Wong de UC Berkeley pilotent le projet. En clair : on a maintenant une vue en visible ET en infrarouge de la même planète, à quelques semaines d'intervalle. C'est la combinaison la plus complète de Saturne à ce jour selon la NASA elle-même. ## Qu'est-ce que l'infrarouge révèle sur Saturne que la lumière visible masque ? En lumière visible, Saturne est la carte postale qu'on connaît. Bandes nuageuses beiges, anneaux dorés, tout est lisse. En infrarouge avec Webb, la planète change de visage. Les anneaux deviennent d'une luminosité intense. Normal : ils sont composés de glace d'eau qui réfléchit le rayonnement infrarouge bien mieux que la lumière visible. L'anneau B, le plus dense, ressort en premier. L'anneau F, plus ténu, apparaît aussi. Et les spokes, ces structures radiales éphémères dans les anneaux, sont visibles sur les deux images. Sur le globe, le ribbon wave saute aux yeux. C'est un courant-jet ondulant qui traverse les latitudes moyennes nord. En visible, il est discret. En infrarouge, il découpe l'atmosphère comme une couture. La raison est thermique : le courant-jet crée des contrastes de température que NIRCam capte directement. Il y a aussi la cicatrice de la Grande Tempête de 2010-2012. Cette tempête avait démarré le 5 décembre 2010 et ravagé l'hémisphère nord pendant des mois. En 2024, la tache persistante est encore là. Sur l'image Webb, elle est nette. Sur celle de Hubble, il faut savoir où chercher. ## Pourquoi l'équinoxe de Saturne change ce qu'on peut mesurer ? Le pôle nord de Saturne abrite un truc que j'ai du mal à expliquer sans avoir l'air de délirer : un courant-jet hexagonal. Découvert par Voyager en 1981. Six côtés d'environ 14 500 km chacun, largeur totale de 29 000 km. Il est toujours là, quarante-cinq ans plus tard. Les deux télescopes le captent, chacun à sa manière. Le contexte saisonnier rend ces observations encore plus intéressantes. Saturne a traversé son équinoxe le 6 mai 2025, marquant la transition entre l'été nord et l'automne. Les images Webb et Hubble datent d'avant cet équinoxe, pendant la fin de l'été septentrional. Ça veut dire qu'on dispose d'un point de référence juste avant le basculement saisonnier, et que les futures observations pourront mesurer les changements atmosphériques liés à ce cycle. Sur ce point précis, j'aimerais voir ce que les mêmes filtres donneront dans deux ou trois ans côté hémisphère sud. Mais on n'y est pas encore. ## Pourquoi voir six lunes dans le champ du télescope parle à tout le monde ? Sur un sujet proche, découvrez notre article : [M101 : ce que Hubble et le Webb révèlent sur ses bras spiraux](/m101-hubble-webb-structure-spirale-observation). Les images ne montrent pas que Saturne. Six lunes sont identifiées dans le champ : Janus, Dione, Encelade, Mimas, Épiméthée et Titan. Saturne possède plus de 270 lunes confirmées, donc six c'est une fraction. Mais c'est suffisant pour donner de l'échelle. Encelade, en particulier, intéresse tout le monde depuis que Cassini y a détecté des geysers (la sonde avait orbité Saturne du 1er juillet 2004 au 15 septembre 2017, après un lancement le 15 octobre 1997). Voir Encelade sur un cliché Webb, même en point lumineux, rappelle qu'il y a un océan sous cette croûte de glace, à 1,4 milliard de kilomètres du Soleil. Pour ceux qui s'intéressent à ce que Webb révèle sur d'autres cibles, le télescope continue de produire des résultats sur les nébuleuses et objets profonds avec la même rigueur instrumentale. Et les données de cette campagne Saturne alimenteront aussi les équipes qui préparent les futures missions habitées au-delà de l'orbite terrestre. ## En quoi combiner deux télescopes donne vraiment une vue en 3D ? Un télescope seul donne une image. Deux télescopes donnent une compréhension. Webb voit la chaleur, la composition chimique, les structures thermiques profondes. Hubble voit les nuages, les couleurs, les détails de surface en lumière réfléchie. Superposer les deux, c'est obtenir la version tridimensionnelle de l'atmosphère saturnienne. Saturne fait 120 500 km de diamètre. Ses anneaux s'étendent sur 282 000 km avec une épaisseur d'à peine 10 mètres. Dix mètres. Pour un objet de 282 000 km de large. C'est comme si tu étalais une feuille de papier sur un terrain de foot, sauf que le terrain fait la taille d'un continent. Les résultats de XRISM sur les vents galactiques montrent que la complémentarité entre instruments (rayons X, infrarouge, visible) est la tendance lourde de l'astrophysique actuelle. Saturne en est un cas d'école dans notre propre système solaire. ## Webb et Hubble reverront-elles Saturne après l'équinoxe ? La question ouverte, c'est la suite du programme. OPAL continue avec Hubble. Webb a prouvé que le DDT sur Saturne valait le détour. Si les deux télescopes refont le même exercice post-équinoxe, on aura une base de comparaison saisonnière en multi-longueurs d'onde. Ça n'a jamais existé. Cassini est mort en 2017. Il n'y a plus de sonde autour de Saturne. Webb et Hubble sont, pour l'instant, nos seuls yeux sur cette planète. Et ces images montrent qu'ils suffisent à poser les bonnes questions. Saturne fait aussi partie de la [conjonction de quatre planètes](/conjonction-planetes-avril-2026-mercure-mars-saturne-neptune) d'avril, le mois du [survol de la Lune par Artemis II](/artemis-ii-survol-lune-avril-2026). ## Sources - https://science.nasa.gov/missions/webb/nasa-webb-hubble-share-most-comprehensive-view-of-saturn-to-date/ - https://esawebb.org/news/weic2606/ - https://science.nasa.gov/saturn/facts/ - https://www.space.com/astronomy/saturn/incredible-new-nasa-images-reveal-saturn-in-a-new-light-and-its-all-thanks-to-a-telescope-team-up-from-webb-and-hubble - https://science.nasa.gov/missions/hubble/nasas-hubble-celebrates-decade-of-tracking-outer-planets/ --- ## XRISM mesure le vent galactique brûlant de M82 - URL: https://www.portail-astronomie.fr/xrism-vent-galactique-m82-mesure-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-25T05:00:00 - Categories: ciel-profond Le centre de M82 crache du gaz à plus de trois millions de kilomètres par heure. À cette vitesse, un trajet Terre-Lune prendrait environ huit minutes. Et jusqu'à cette semaine, personne n'avait réussi à mesurer directement la vélocité de ce vent brûlant. C'est fait. L'équipe d'Erin Boettcher (University of Maryland / NASA Goddard) vient de publier ses résultats dans Nature (vol. 651, pp. 909-913, mars 2026). L'instrument Resolve du télescope XRISM a capté la raie d'émission du fer en rayons X, entre deux et neuf keV, et son élargissement Doppler a donné la mesure. Première directe. Sur une galaxie starburst. Le genre de truc qu'on attendait depuis le lancement de la mission en septembre 2023. ## Pourquoi personne n'avait réussi à mesurer la vitesse du vent de M82 avant ? M82, la galaxie du Cigare, est à douze millions d'années-lumière dans la Grande Ourse. C'est une galaxie starburst, ce qui veut dire que son taux de formation stellaire est environ dix fois supérieur à celui de la Voie lactée entière. Les supernovae s'y enchaînent (une tous les dix ans environ), et cette activité engendre un vent colossal de gaz chaud qui s'étend sur quarante mille années-lumière au-delà du disque. On connaissait le vent froid. On avait des images en optique, en infrarouge, en radio. Mais le composant chaud, celui qui se trouve au centre et qui alimente le reste, restait flou. Les télescopes X précédents n'avaient pas la résolution spectrale pour séparer la raie du fer et en déduire la vitesse. Resolve, le microcalorimètre de XRISM, fonctionne à cinquante millikelvins (oui, c'est froid) et atteint une résolution inférieure à cinq eV. C'est le premier instrument capable de cette précision sur cette bande d'énergie en orbite. J'ai passé pas mal de temps à éplucher le communiqué NASA et la fiche technique de Resolve sur le site HEASARC. Le détecteur fait trente-six pixels (un réseau six par six), avec un champ de vision de trois virgule un arcminutes de côté et une longueur focale de cinq virgule six mètres. Sur le papier, ça paraît modeste. Dans la pratique, c'est ce qui a permis de résoudre le spectre X de M82 avec assez de finesse pour isoler le silicium, le soufre, l'argon, le calcium et quatre pics distincts de fer. ## Où disparaissent les trois masses solaires de gaz manquantes par an ? Le gaz central est à vingt-cinq millions de degrés Celsius, soit environ cinq mille fois la température de surface du Soleil. Il file à plus de trois millions de km/h. Ce n'est pas une estimation indirecte tirée de modèles hydrodynamiques : c'est une mesure spectrale directe via l'élargissement Doppler du fer. Le centre de M82 expulse sept masses solaires de gaz par an. Le vent à grande échelle, celui qu'on observe loin du noyau, en transporte quatre. Il manque trois masses solaires par an dans le bilan. Personne ne sait où elles passent. C'est là que l'article de Boettcher et son équipe pose une question ouverte. Le gaz se refroidit-il en route et retombe sur le disque ? Est-il éjecté dans le milieu intergalactique sous une forme qu'on ne détecte pas encore ? Les modèles actuels n'arrivent pas à boucler le budget énergétique. Et pour être honnête, en lisant le papier, je ne suis pas sûr que les prochaines observations suffiront à trancher : il faudrait probablement combiner XRISM avec des données infrarouges du Webb et des relevés radio pour couvrir toutes les phases du gaz. Un point qui m'a accroché : la vitesse mesurée est suffisante pour entraîner le vent froid à grande distance sans avoir besoin des rayons cosmiques comme moteur supplémentaire. Les rayons cosmiques peuvent contribuer, mais ils ne sont plus indispensables dans l'équation. Ça simplifie un côté du modèle tout en compliquant l'autre (le gaz manquant). ## Comment XRISM fonctionne malgré une panne majeure en orbite ? Il faut préciser un truc. Resolve a un volet protecteur (gate valve) qui devait s'ouvrir en orbite pour élargir sa bande passante vers les basses énergies, en dessous de un virgule sept keV. Ce volet est resté bloqué. La JAXA et la NASA ont décidé de continuer la mission en l'état. Résultat : Resolve observe entre un virgule sept et douze keV au lieu de zéro virgule trois à douze keV. Pour M82, où l'action spectrale se passe entre deux et neuf keV, ça ne change rien. Pour d'autres cibles à basse énergie, c'est une vraie limitation. La mission est prévue pour trois ans. XRISM a été lancé le six septembre 2023 depuis Tanegashima, en partenariat JAXA-NASA-ESA, sur une orbite circulaire à cinq cent cinquante kilomètres. Deux instruments à bord : Resolve (le microcalorimètre) et Xtend (une caméra CCD X à champ large). La contribution NASA avoisine les quatre-vingts millions de dollars. Pour ce prix, les résultats sur M82 sont déjà un retour solide. ## Pourquoi résoudre le bilan du gaz de M82 compte pour toute l'astrophysique ? Ce déficit de trois masses solaires par an dans le bilan de M82 n'est pas qu'un détail comptable. Les vents galactiques régulent la formation stellaire : si une galaxie éjecte trop de gaz, elle s'éteint. Si elle en retient trop, elle surchauffe. Comprendre où passe ce gaz, c'est comprendre comment les galaxies starburst évoluent sur le long terme. M82 a été bousculée par sa voisine M81 lors d'une interaction gravitationnelle il y a environ cent millions d'années. C'est cette rencontre qui a déclenché la flambée de formation stellaire. Le cœur starburst fait cinq cents parsecs de diamètre et contient près de deux cents amas stellaires jeunes. L'énergie des supernovae chauffe le gaz central, le vent l'éjecte, et quelque part entre le centre et la périphérie, on perd la trace d'une fraction du flux. Les données XRISM viennent de quantifier cette perte pour la première fois. Pour ceux qui suivent les observations de Hubble sur la nébuleuse du Crabe, le parallèle est tentant : dans les deux cas, on mesure l'expansion d'un phénomène violent et on découvre que les chiffres ne collent pas avec les prédictions. La physique des hautes énergies réserve encore des surprises. Et les récentes détections d'ondes gravitationnelles par LIGO montrent qu'on est dans une période où les instruments rattrapent enfin les questions théoriques. Edmund Hodges-Kluck, astronome au Goddard et membre de l'équipe XRISM, résume bien la situation dans le communiqué NASA : le vent chaud consomme l'essentiel de l'énergie des supernovae. Skylar Grayson, doctorante à Arizona State University, et Evan Scannapieco, son directeur, ont contribué à l'analyse. Le titre de l'article Nature dit l'essentiel : "A fast starburst wind consumes most of the energy from supernovae". Le vent est rapide, il bouffe l'énergie, et le reste du bilan reste ouvert. Autre vent, à une tout autre échelle : [SMILE et son étude du vent solaire](/smile-esa-vent-solaire-magnetosphere-avril-2026). Côté vols habités, l'attention va à [l'équipage d'Artemis II](/artemis-ii-lancement-imminent-equipage-lune-2026) et à [son passage autour de la Lune](/artemis-ii-survol-lune-avril-2026). ## Sources - NASA Science, "NASA & JAXA's XRISM Telescope Clocks Hot Wind of Galaxy M82", 25 mars 2026 : https://science.nasa.gov/missions/xrism/nasa-jaxas-xrism-telescope-clocks-hot-wind-of-galaxy-m82/ - Nature, vol. 651, pp. 909-913, "A fast starburst wind consumes most of the energy from supernovae", Boettcher et al., 2026 : https://www.nature.com/articles/s41586-026-10231-1 - NASA SVS, visualisation et spectre XRISM/M82 : https://svs.gsfc.nasa.gov/14968 - ASU News, "ASU astronomers help unlock speed of galaxy's superheated wind", 25 mars 2026 : https://news.asu.edu/20260325-science-and-technology-asu-astronomers-help-unlock-speed-galaxys-superheated-wind - HEASARC, spécifications Resolve : https://heasarc.gsfc.nasa.gov/docs/xrism/proposals/POG/Resolve.html